L'Hydre et l'Académie

    Denis Kambouchner (dir), Notions de philosophie

    Johnathan R. Razorback
    Johnathan R. Razorback
    Admin

    Messages : 5624
    Date d'inscription : 12/08/2013
    Localisation : France

    Denis Kambouchner (dir), Notions de philosophie Empty Denis Kambouchner (dir), Notions de philosophie

    Message par Johnathan R. Razorback le Mar 7 Juin - 14:21

    "La philosophie n'est sans doute pas à portée de tous les hommes ; mais à ceux qui en sont capables, elle offre ce qu'on peut imaginer de meilleur et de plus beau: une vue sur les choses éternelles ; un plein exercice de l'intelligence ; la société (effective ou idéale) des hommes les plus sages ; une forme de liberté à l'égard des passions et des accidents de cette vie." (p.10)

    "La philosophie a survécu, comme domaine et comme tradition, aux critiques les plus virulentes, aussi bien qu'à l'émancipation des savoirs qu'elle avait nourris dans son sein ; mais elle est aujourd'hui comme un ancien empire réduit aux dimensions d'une petite république: on respecte ses monuments, on révère peut-être son antiquité, mais de sa puissance il n'est plus question, si ce n'est sur le mode rétrospectif." (p.12)
    -Denis Kambouchner, in Notions de philosophie, I, Gallimard, coll Folio essais, 551 pages.

    « Héraclite […] dont le jeune Platon fut, au dire d’Aristote, un disciple fervent. »

    "Les perspectives ouvertes par la mécanique quantique rendent caduques les représentations continuistes de la structure de la matière à l'échelle subatomique et dans l'étude des hautes énergies." (p.67)
    -Paul Clavier, L’idée d’univers, in Denis Kambouchner, Notions de philosophie, I, Gallimard, coll Folio essais, 551 pages, p.31-125.

    "A la question "Qu'est-ce que la Nature ?", il y a une première réponse spontanée: c'est l'ensemble des choses et des événements que nous trouvons tout autour de nous et dont nous avons l'impression qu'ils sont indépendants de notre action -les pierres, les éclairs, les avalanches ; pas les automobiles, ni les œuvres d'art, ni les collisions de particules qui se produisent dans un accélérateur. Mais cette réponse est ambiguë: une pierre peut être une œuvre d'art, un éclair peut être produit en laboratoire, une avalanche peut être provoquée et, de toute façon, ce que l'homme perçoit sous la forme d'une extériorité indépendante de son intervention varie avec les époques et les religions. Il existe pourtant un point commun entre cette pierre, cette automobile et cette sculpture: si je les précipite dans un ravin, elles tomberont selon les mêmes "lois". On sera donc tenté, après réflexion, de répondre autrement, et de dire que la Nature est plutôt l'ensemble des phénomènes qui obéissent à des lois physiques et mathématiques universelles et nécessaires." (p.128)

    "Alors qu'auparavant l'espace était un espace hiérarchisé et non homogène, et le temps avant tout un durée, Galilée conçoit donc les espaces parcourus par un mobile comme tous équivalents." (p.146)

    "Après Galilée et Descartes, les fondements de la physique aristotélicienne sont détruits. [...]
    La distinction entre mouvements naturels et violents ayant perdu toute signification, la cosmologie appropriée est celle d'un espace infini, homogène et isotrope, un univers sans hiérarchies naturelles, sans considérations de perfection, de cause ou de finalité, unifié seulement par l'identité des lois mathématiques qui le régissent dans toutes ses parties.
    ." (p.148-149)
    -Catherine Chevalley, Nature et loi dans la philosophie moderne,  in Denis Kambouchner, Notions de philosophie, I, Gallimard, coll Folio essais, 551 pages, p.127-230.


    _________________
    « La racine de toute doctrine erronée se trouve dans une erreur philosophique. [...] Le rôle des penseurs vrais, mais aussi une tâche de tout homme libre, est de comprendre les possibles conséquences de chaque principe ou idée, de chaque décision avant qu'elle se change en action, afin d'exclure aussi bien ses conséquences nuisibles que la possibilité de tromperie. » -Jacob Sher, Avertissement contre le socialisme, Introduction à « Tableaux de l'avenir social-démocrate » d'Eugen Richter, avril 1998.

    "La vraie volupté est remportée comme une victoire sur la tristesse [...] Il n’y a pas de grands voluptueux sans une certaine mélancolie, pas de mélancoliques qui ne soient des voluptueux trahis." -Albert Thibaudet, La vie de Maurice Barrès, in Trente ans de vie française, volume 2, Éditions de la Nouvelle Revue Française, 1919, 312 pages, p.40.

    Johnathan R. Razorback
    Johnathan R. Razorback
    Admin

    Messages : 5624
    Date d'inscription : 12/08/2013
    Localisation : France

    Denis Kambouchner (dir), Notions de philosophie Empty Re: Denis Kambouchner (dir), Notions de philosophie

    Message par Johnathan R. Razorback le Lun 26 Nov - 13:21

    "[Pour Aristote] L'art est précieux en ce qu'il oblige à décomposer les quatre causes de tout changement physique, que la nature, elle, ignore, en tant que moments séparés. Mais avec son inventivité propre, la poiésis peine pour imiter la génération naturelle, et doit s'ordonner à des formes qu'elle n'a pas créées."
    (p.254)

    "Singuliers "ingénieurs de la Renaissance", du XVe siècle et du début du XVIe, ces génies multiples, peintres, inventeurs, conseillers des princes (allemands et surtout italiens) dans l'art militaire (artillerie, fortifications...) et l'aménagement des espaces (assèchement des marais...), comme aussi organisations de fêtes: Kyeser, Taccola, Alberti, Francesco di Giorgio Martini et bien sûr, Léonard de Vinci." (p.263)
    -Yves Schwartz, "La technique", in Denis Kambouchner (dir.), Notions de philosophie, II, Gallimard, coll Folio essais, 1995, 696 pages, pp.223-283.


    p.333.


    "Rousseau est, avec Locke, l'auteur le plus fréquemment cité par les constituants français." (p.660)

    "Entre la conception libérale des droits de l'homme que livre la Déclaration de 1789 et l'orientation sociale qui s'affirme à partir de 1793, il existe bien entendu une divergence politique. Elle a été fortement soulignée aussi bien par les premiers protagonistes du débat que par ceux qui l'ont poursuivie. Robespierre voit dans les partisans de l'intangibilité de la propriété des "âmes de boue, qui n'estim[ent] que l'or" sous couvert de proclamer la liberté ; il les compare à des "marchands de chair humaine". Inversement, les libéraux perçoivent dans la revendication d'égalité et de fraternité une vision animiste de la société: l'idée que les individus et les groupes défavorisés ont des créances sur elle revient à la considérer comme une personne, comme un sujet doué de volonté, alors qu'elle n'est qu'un ordre spontané et aléatoire. Mais la divergence est philosophique plus encore que politique, puisqu'elle concerne les statuts respectifs de l'individu et de la communauté politique. Considère-t-on l'individu comme étant pour l'essentiel ce qu'il est indépendamment de celle-ci, il convient alors de privilégier ce qui, parmi ses propriétés, manifeste cette indépendance [...] En revanche, si l'individu humain doit à la communauté d'être ce qu'il est, il faut considérer l'homme d'abord comme "être générique", ainsi que le dit Marx: il est alors un être essentiellement social, et cette détermination l'emporte sur ses propriétés et ses droits individuels. Dans cette perspective, les droits de liberté, qui demeurent pour beaucoup des possibilités vides, faute des conditions matérielles permettant de les exercer, "ne sont rien d'autre que les droits du membre de la société bourgeoise, séparé de l'homme et de la société". En revanche, le souci égalitaire est celui de l' "émancipation humaine", c'est-à-dire de l'advenir de l'humanité vraie en lieu et place de l' "homme dans son existence immédiate". Le débat entre les tenants de la priorité à la liberté et ceux pour qui l'égalité est première débouche ainsi en toute clarté -ce qui n'était pas encore le cas lors de la Révolution française- sur le problème du type de société susceptible de garantir effectivement les droits de l'homme total, droits qui pour Marx sont irréductibles aux libertés égoïstes du bourgeois. Étonnant renversement de la position initiale de la question: l' "appropriation réelle de l'essence humaine par l'homme et pour l'homme" suppose chez Marx l'abolition de la propriété privée, qui est au cœur de la conception libérale des droits de l'homme." (p.679-680)
    -Jean-François Kervégan, "Les droits de l'Homme", in Denis Kambouchner (dir.), Notions de philosophie, II, Gallimard, coll Folio essais, 1995, 696 pages, pp.637-696.




    _________________
    « La racine de toute doctrine erronée se trouve dans une erreur philosophique. [...] Le rôle des penseurs vrais, mais aussi une tâche de tout homme libre, est de comprendre les possibles conséquences de chaque principe ou idée, de chaque décision avant qu'elle se change en action, afin d'exclure aussi bien ses conséquences nuisibles que la possibilité de tromperie. » -Jacob Sher, Avertissement contre le socialisme, Introduction à « Tableaux de l'avenir social-démocrate » d'Eugen Richter, avril 1998.

    "La vraie volupté est remportée comme une victoire sur la tristesse [...] Il n’y a pas de grands voluptueux sans une certaine mélancolie, pas de mélancoliques qui ne soient des voluptueux trahis." -Albert Thibaudet, La vie de Maurice Barrès, in Trente ans de vie française, volume 2, Éditions de la Nouvelle Revue Française, 1919, 312 pages, p.40.

    Johnathan R. Razorback
    Johnathan R. Razorback
    Admin

    Messages : 5624
    Date d'inscription : 12/08/2013
    Localisation : France

    Denis Kambouchner (dir), Notions de philosophie Empty Re: Denis Kambouchner (dir), Notions de philosophie

    Message par Johnathan R. Razorback le Sam 27 Avr - 14:46

    "Le plus célèbre ouvrage philosophique jamais consacré à la justice n'est autre que la République, dont le sous-titre est précisément Peri dikaïou, "Du juste", et l'on sait que le traitement de cette question amène Platon aborder les problèmes les plus délicats de la philosophie, de l'éducation au statut de l'imitation, en passant par l'opposition fondatrice du sensible et de l'intelligible. Comme s'il était impossible de se saisir de la question de la justice sans opérer le détour ontologique le plus profond." (p.13-14)

    "Kant et après lui le jeune Fichte déplacent l'idée de nature humaine et pensent l'unité de l'humanité en termes de destination: les Droits de l'Homme ne sont pas des droits originaires. Il est cependant possible d'arguer que la rationalité et la liberté, la capacité d'arrachement aux déterminations naturelles, caractérisent bien une sorte paradoxale de nature, mais dont l'ouverture, la perfectibilité la distingue de toute essence immuable et implique la "discutabilité" des propositions éthiques et politiques. En tout état de cause, le recours à la Nature n'est guère satisfaisant, puisqu'il paraît possible de lui faire dire à peu près ce que l'on veut, comme le montre l'exemple du séduisant Calliclès. Le fondement du Droit ne peut qu'être lui-même de l'ordre de la convention, du discutable, même s'il s'agit d'une norme supérieure (universalisable), en ce sens qu'elle permet de critiquer les lois positives." (p.30)

    "On parlera d'abord de mérite pour désigner un ensemble de compétences actualisées, effectivement mises en œuvre ; c'est ainsi que l'on "récompense le mérite". Telle est, en principe, la finalité des examens: on est censé juger essentiellement des compétences réalisées, et non seulement des compétences possibles, même si les premières sont supposées être de bons indicateurs des secondes, y compris de leur propension à s'actualiser. De même, le sens négatif, pénal, du mérite ("Il n'a eu que ce qu'il méritait") renvoie à des vices actualisés, si l'on peut dire, et non seulement à des intentions de nuire (la menace étant considérée comme la première mise en mouvement d'un processus criminel).
    En un deuxième sens, un individu peut être considéré, non sans quelque paternalisme, comme "méritant", non au sens où il fait mieux que les autres, mais au sens où, étant parti de plus loin, il est arrivé à des résultats remarquables: le mérite ici mesure la distance entre le point de départ et la compétence acquise. On est d'autant plus méritant que la probabilité que l'on arrive à un niveau donné (sur une échelle de compétences) était relativement faible et que l'effort personnel que l'on a dû fournir était grand, ou encore que le "handicap" que l'on avait à rattraper était important, à supposer que ce parcours ne soit pas dû à la chance.
    Enfin, le mérite peut désigner avant tout des compétences d'ordre
    moral. Dans une première acceptation du terme, il s'identifie à la dignité morale: il est donc, pour les Modernes, partagé par tous les êtres humains. Dans une seconde acception, il est proportionnel à la vertu des actions de l'individu que l'on juge. En distinguant à nouveau compétences actualisées et effort en vue de les acquérir, on obtient la définition donnée par le Dictionnaire philosophique de Lalande: "Mérite: la vertu liée à un certain effort".
    Si l'on tient que le mérite se ramène aux compétences actualisées, on obtient l'idéal
    méritocratique. La compétition est un modèle possible: "Que le meilleur gagne !". C'est un principe hyperconcurrentiel, qui peut se traduire par le laisser-faire, le soumission sans restrictions aux contraintes brutales de la compétition entre les individus. Cela dit, le marché ne paraît pas exclusivement méritocratique, étant donné le rôle qu'y jouent le système de l'offre et de la demande et le hasard, comme on le verra plus loin. D'autre part, l'organisation de la propriété privée, si elle accorde une place à la transmission par héritage, n'est pas méritocratique: un partisan de l' "aristocratie des talents" ne peut qu'être hostile à ce type de transmission "imméritée", alors qu'un partisan de la liberté individuelle peut parfaitement s'en accommoder: le don est pour lui un mode légitime de transmission. En revanche, le méritocrate ne cesse de dénoncer tout ce qui peut ressembler à des privilèges indus, y compris ceux que garantissent des modes de transmission comme le legs."(p.44-46)

    "Nous supposerons également comme peu contestables l'idée selon une situation dans laquelle l'idée selon laquelle une situation dans laquelle tout le monde est plus satisfait que dans une autre est préférable à cette dernière (principe d'unanimité ou "de Pareto"). Si une situation A est plus inégalitaire que B, mais que tous les individus préfèrent pour ce qui les concerne A à B, alors A doit être "socialement" préférée à B." (p.51-52)

    "Comme la théorie kantienne, les approches libérales sont des approches déontologiques, qui mettent en avant le primat des règles et de leur respect (primat du Juste sur le Bien), alors que l'utilitarisme est une approche téléologique, qui définit d'abord la Fin, le Bien, et considère comme juste tout ce qui maximise le Bien (primat du Bien sur le Juste)." (p.62)

    "La diversité des idées du Bien est un capital commun, une richesse pour tous, en ce qu'elle favorise la diversification des expressions des qualités humaines." (p.72)
    -Alain Boyer, "Justice et égalité, in Denis Kambouchner (dir.), Notions de philosophie, III, Gallimard, coll Folio essais, 1995, 736 pages, pp.9-83.



    _________________
    « La racine de toute doctrine erronée se trouve dans une erreur philosophique. [...] Le rôle des penseurs vrais, mais aussi une tâche de tout homme libre, est de comprendre les possibles conséquences de chaque principe ou idée, de chaque décision avant qu'elle se change en action, afin d'exclure aussi bien ses conséquences nuisibles que la possibilité de tromperie. » -Jacob Sher, Avertissement contre le socialisme, Introduction à « Tableaux de l'avenir social-démocrate » d'Eugen Richter, avril 1998.

    "La vraie volupté est remportée comme une victoire sur la tristesse [...] Il n’y a pas de grands voluptueux sans une certaine mélancolie, pas de mélancoliques qui ne soient des voluptueux trahis." -Albert Thibaudet, La vie de Maurice Barrès, in Trente ans de vie française, volume 2, Éditions de la Nouvelle Revue Française, 1919, 312 pages, p.40.


    Contenu sponsorisé

    Denis Kambouchner (dir), Notions de philosophie Empty Re: Denis Kambouchner (dir), Notions de philosophie

    Message par Contenu sponsorisé


      La date/heure actuelle est Mer 22 Mai - 5:08