L'Hydre et l'Académie

    Jean Baudrillard, Simulacres et simulation + Le système des objets + L'échange symbolique et la mort

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    Johnathan R. Razorback
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    Jean Baudrillard, Simulacres et simulation + Le système des objets + L'échange symbolique et la mort

    Message par Johnathan R. Razorback le Sam 21 Nov - 11:40

    http://monoskop.org/images/4/4b/Baudrillard_Jean_Simulacres_et_simulation_1981.pdf

    https://monoskop.org/images/0/0e/Baudrillard_Jean_Le_syteme_des_objets_1968.pdf

    -Jean Baudrillard, Le Système des objets, 1968.

    https://monoskop.org/images/4/40/Baudrillard_Jean_Lechange_symbolique_et_la_mort_1976.pdf

    « Les anagrammes de Saussure, l’échange/don de Mauss –hypothèses plus radicales à long terme que celles de Freud et de Marx. » (p.6)

    « Impossibilité de distinguer (Lyotard) l’économie libidinale de l’économie même du système (celle de la valeur) […] impossibilité de distinguer (Deleuze) la schize capitaliste de la schize révolutionnaire. Car le système est le maître : il peut, comme Dieu, lier et délier les énergies, ce qui qu’il ne peut pas faire (et ce à quoi non plus il ne peut échapper), c’est être réversible. » (p.9)

    « Les luddites étaient bien plus lucides que Marx sur la portée de l’irruption de l’ordre industriel, et ils ont en quelque sorte aujourd’hui leur revanche, au terme catastrophique de ce processus, où Marx lui-même nous a fourvoyés, dans l’euphorie dialectique des forces productives. » (p.27)

    « Prendre acte de la disparition de l’usine, du travail et du prolétariat si on veut analyser la domination actuelle réelle du capital. » (p.35)

    « Le concept de plus-value n’a tout simplement plus de sens. » (p.37)

    « Par le salaire/revenu le capital charge les producteurs de faire circuler l’argent et de devenir ainsi les véritables reproducteurs du capital, mais plus profondément par le salaire/statut il en fait des preneurs de biens au même titre que lui ; capital, est preneur de travail. Chaque usager en use des objets de consommation, réduits au statut fonctionnel de production de services, comme le capital en use de la force de travail. Chacun est ainsi investi de la mentalité profonde du capital. » (p.37)

    « Seuls ceux qui échappent au tourniquet de la production et de la représentation peuvent en dérégler les mécanismes et fomenter, du fond de leur condition aveugle, un retournement de la « lutte de classes » qui pourrait bien être sa fin pure et simple comme lieu géométrique du « politique ». C’est ici que l’intervention des immigrés prend son sens dans les grèves récentes. […] Mais cette inversion n’est pas exclusive de celle de tout autre groupe privé de représentation sociale. Femmes, jeunes, lycéens, homosexuels, et « prolos » eux-mêmes, lorsqu’ils deviennent « sauvages », ou si on admet qu’au fond les syndicats ne les représentant pas du tout et ne représentent qu’eux-mêmes –nous sommes tous dans ces sens des « immigrées ». Inversement, ceux-ci peuvent cesser de l’être. » (p.43)

    « Le prolétaire est aujourd’hui un être « normal », le travailleur a été promu à la dignité d’ « être humain » à part entière, à ce titre d’ailleurs il reprend toutes les discriminations dominantes à son compte : il est raciste, sexiste, répressif. Par rapport aux déviants actuels, aux discriminés de tous ordres, il est du même côté que la bourgeoisie : du côté de l’humain, du côté du normal. Tant il est vrai que la loi fondamentale de cette société n’est pas la loi de l’exploitation, mais le code de la normalité. » (p.50)

    « La première onde de choc de ce passage de la production à la pure et simple reproduction a été Mai 68. Elle a touché l’Université d’abord, et d’abord les Facultés de sciences humaines, parce que c’est là qu’il est devenu plus évident (même sans une conscience « politique » claire) qu’on n’y produisait plus rien, et qu’on ne faisait plus qu’y reproduire (des enseignants, du savoir et de la culture, eux-mêmes facteurs de reproduction du système général). C’est cela, vécu comme inutilité totale, irresponsabilité […] relégation, qui a fomenté le mouvement étudiant de 68 (et non pas l’absence de débouchés –des débouchés, il y en a toujours assez dans la reproduction –ce qui n’existe plus, ce sont des lieux, des espaces où se produise véritablement quelque chose).
    Cette onde de choc court toujours. Elle ne peut que se propager jusqu’aux extrémités du système, au fur et à mesure que des secteurs entiers de la société tomberont du rang de forces productives au pur et simple statut de forces reproductives. Si ce processus a d’abord [sic] touché les secteurs de la culture, du savoir, de la justice, de la famille –c’est-à-dire les secteurs dits « superstructurels », il est clair qu’il affecte progressivement aujourd’hui aussi tout le secteur dit « infrastructurel » : une nouvelle génération de grèves depuis 68, partielles, sauvages, épisodiques peu importe, témoigne non plus de la « lutte de classes » d’un prolétariat assigné à la production, mais de la révolte de ceux qui, dans les usines mêmes, sont assignés à la reproduction.
    Pourtant, dans ce secteur même, ce sont les catégories marginales, anomiques, qui sont les premières touchées : jeunes O.S importés directement de la campagne à l’usine, immigrés, non-syndiqués, etc. Pour toutes les raisons qu’on a indiquées, le prolétariat « traditionnel », organisé et syndiqué, a en effet toutes les chances d’être le dernier à réagir, puisque c’est lui qui peut entretenir le plus longtemps l’illusion du travail « productif ». Cette conscience d’être, par rapport à tous les autres, de véritables « producteurs », d’être quand, même, fût-ce au prix de l’exploitation, à la source de la richesse sociale, cette conscience « prolétarienne », renforcée et sanctionnée par l’organisation, constitue certainement le plus sûr rempart idéologique contre la déstructuration du système actuel qui, loin de prolétariser des couches entières de la population, c’est-à-dire d’élargir l’exploitation du travail « productif », comme le veut la bonne théorie marxiste, aligne tout le monde sur le même statut de travailleur reproductif.
    Les travailleurs « productifs » manuel vivent, plus que tout autre, dans l’illusion de la production –tout comme ils vivent leur loisir dans l’illusion de la liberté.
    » (p.50-51)

    « Le jour où ce procès se généralisera dans toute la société, Mai 68 prendra la forme d’une explosion générale, et le problème de la liaison étudiants / travailleurs ne se posera plus : il ne faisait que traduire le fossé qui sépare ceux qui, dans le système actuel, croient encore en leur propre force de travail de ceux qui n’y croient plus. » (p.52)

    « Marcuse a signalé depuis longtemps ce dérapage de la dialectique matérialiste : les rapports de production, loin d’être déconstruits par les forces productives, se soumettent désormais les forces productives (science, technique, etc.) et y trouvent une légitimité nouvelle. Là aussi, il faut passer au deuxième niveau : ce sont les rapports sociaux de domination symbolique qui se soumettent le mode de production tout entier [sic] (forces productives et rapports de production tout ensemble). » (p.50-51)

    « Le mythe éthique, ascétique de l’accumulation et du travail s’effondre. Le capital, qui risque de crever de cette liquéfaction des valeurs, redevient donc nostalgique de sa grande période éthique, celle où produire avait un sens, l’âge d’or de la pénurie et du développement des forces productives. Pour redresser les finalités, pour réactiver le principe de l’économique, il faut régénérer la pénurie. D’où l’écologie, où la menace de rareté absolue restitue une éthique de la conservation de l’énergie. D’où la crise de l’énergie et des matières premières, véritable bénédiction pour un système à qui le miroir de la production ne renvoyait plus qu’une forme vide et affolée. La crise va permettre de rendre au code de l’économie son référentiel perdu, au principe de production une gravité qui lui échappait. On va retrouver le goût de l’ascèse. » (p.51)
    -Jean Baudrillard, L’échange symbolique et la mort, Gallimard, 1976, 341 pages.

    "Dans ce passage à un espace dont la courbure n'est plus celle du réel, ni celle de la vérité, l'ère de la simulation s'ouvre donc par une liquidation de tous les référentiels -pire: par leur résurrection artificielle dans les systèmes de signes, matériau plus ductile que le sens, en ce qu'il s'offre à tous les systèmes d'équivalences, à toutes les oppositions binaires, à toute l'algèbre combinatoire. Il ne s'agit plus d'imitation, ni de redoublement, ni même de parodie. Il s'agit d'une substitution au réel des signes du réel, c'est-à-dire d'une opération de dissuasion de tout processus réel par son double opératoire, machine signalétique métastable, programmatique, impeccable, qui offre tous les signes du réel et en court-circuite toutes les péripéties. Plus jamais le réel n'aura l'occasion de se produire -telle est la fonction vitale du modèle dans un système de mort, ou plutôt de résurrection qui ne laisse plus aucune chance à l'événement même de la mort." (p.11)

    "La vérité, la référence, la cause objective ont cessé d'exister." (p.13)

    "Le passage des signes qui dissimulent quelque chose aux signes qui dissimulent qu'il n'y a rien, marque le tournant décisif. Les premiers renvoient à une théologie de la vérité et du secret (dont fait encore partie l'idéologie). Les seconds inaugurent l'ère des simulacres et de la simulation, où il n'y a plus de Dieu pour reconnaître les siens, plus de Jugement dernier pour séparer le faux du vrai, le réel de sa résurrection artificielle, car tout est déjà mort et ressuscité d'avance.
    Lorsque le réel n'est plus ce qu'il était, la nostalgie prend tout son sens. Surenchère des mythes d'origine et des signes de réalité
    ." (p.17)

    "Contradictions introuvables." (p.28)

    "Le capital, immoral et sans scrupules, ne peut que s'exercer derrière une superstructure morale, et quiconque régénère cette moralité publique (par l'indignation, la dénonciation, etc.) travaille spontanément pour l'ordre du capital. Ainsi les journalistes du Washington Post." (p.28)

    "Il faut pas résister à ce processus en cherchant à affronter le système et à le détruire, car lui qui crève d'être dépossédé de sa mort, n'attend de nous que cela: que nous la lui rendions, que nous le ressuscitions par le négatif. Fin des praxis révolutionnaires, fin de la dialectique." (p.44)
    -Jean Baudrillard, Simulacres et simulation, Paris, Éditions Galilée, 1981.


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    «You'll have to think harder than you've ever done before, because you will be on your own -relying on your own judgment and the logic of the arguments you hear or consider, rejecting all authorities and all bromides, and taking nothing on faith. »  
    -Ayn Rand.



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