L'Hydre et l'Académie

    Paul Bourget, Essais de psychologie contemporaine + L’Écuyère

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    Johnathan R. Razorback
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    Paul Bourget, Essais de psychologie contemporaine + L’Écuyère

    Message par Johnathan R. Razorback le Jeu 10 Mai - 13:58

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Paul_Bourget

    http://andrebourgeois.fr/paul_bourget.htm

    https://www.persee.fr/doc/xxs_0294-1759_1995_num_45_1_3379

    http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k4057659

    "Jusqu'à la guerre de 1914, Bourget avait été un des principaux auteurs de son temps qui adhérèrent et restèrent fidèles au nouveau mouvement monarchiste. Cette adhésion à la suite de l'affaire Dreyfus, avait été précédée d'un retour à la religion, retour remarqué quoique s'inscrivant dans un mouvement assez général au cours des années 1890." (p.14)

    "A la fin du 19ème siècle, Bourget était un écrivain de tout premier plan en France: benjamin de l'Académie française, élu en 1895 à l'âge de 43 ans, critique littéraire écouté, dont les idées et la pénétration sur les questions artistiques étaient fort louées, il était également l'un des principaux théoriciens du roman psychologiste [...] qu'il opposait à l'omniprésent roman naturaliste.
    Proclamé par Maurras "Prince de la jeunesse", Bourget fut, en 1900, le seul des grandeurs auteurs de l'époque à se déclarer en faveur d'un mouvement monarchiste d'un nouveau genre, fondé non sur un préjugé sentimental, mais sur un monarchisme raisonné et scientifique. Monarchiste philosophique et positiviste, il était pour beaucoup de jeunes intellectuels de l'Action française celui qui avait tenté une synthèse de la pensée de Bonald, de Le Play et de Taine, ce qui faisait de lui une autorité intellectuelle vivante. Les œuvres de Maurras, Lasserre, Bainville, quelque brillantes qu'elles fussent déjà, n'avaient pas encore trouvé un écho assez puissant dans l'opinion ; et le mouvement monarchiste avait besoin d'une figure de la stature de Bourget.
    Bourget était en effet un publiciste qui avait ses entrées dans tous les journaux de son époque comme dans les milieux politiques et financiers ; qui était reçu dans les cercles de la noblesse et dans les salons les plus huppés: chez Mme Daudet, Mme de Loynnes, Mme Adam ; qui était en relations avec des hommes politiques républicains comme Freycinet et Poincaré aussi bien qu'avec des catholiques comme Brunetière et Mgr Cabriéris, ou des médecins et des psychologues tels que Joseph Grasset et Théodore Ribot
    ." (p.15)

    "Bien que l'année précédente, 1899, il eût signé la pétition antidreyfusarde de la Ligue de la patrie française, son attitude à l'égard de celle-ci restait très critique ; il la tenait pour une organisation opportuniste: "Un opinion sur une affaire n'est pas un principe". Il était également très réservé à l'égard de ses dirigeants: "Lemaître n'est qu'un anarchiste par bien des portions de son esprit... et Coppée, un jacobin typique" [Lettre à Barrès, 16 avril 1899]." (p.16)

    "Dans les années qui suivirent, sa collaboration avec l'Action française resta strictement littéraire ; mais il ne publia qu'un article dans le journal de Maurras, préférant les grands quotidiens. En revanche, il prit part aux activités de l'Institut de l'Action française, établi en 1906, ainsi qu'aux banquets de L'Appel au soldat ; notamment à celui dont il reçut l'hommage après la publication de L'étape et après l'orage que ses thèses avaient suscité dans l'opinion publique. Après que l'Action française eut institué une assemblée annuelle, au niveau national, Bourget fut plusieurs fois convié à y prononcer le discours d'ouverture, témoignant du prestige dont il jouissait auprès de ses militants." (p.17)

    "On le retrouve vice-président de la Ligue nationale pour la décentralisation (qui, sur ses instances, avait biffé le terme de républicaine), dirigé par Marcène, sénateur influent et républicain de vieille date, mais qui, à la suite de l'affaire Dreyfus, était devenu un des "désabusés du régime". En 1905, Bourget entrait au Comité de patronage de la Ligue des étudiants patriotes qui, parmi d'autres, tenta de combler le fossé entre royalistes et républicains."(p.17)

    "Bourget adhéra également à un cercle de débat idéologique royaliste et catholique, Tradition et progrès, dirigé, outre Bourget, par l'abbé Pascal, qui avait des rapports étroits avec Drumont, et par Firmin Baconnier, un des dirigeants de la Jeunesse catholique et antijuive, et auteur du Manuel du royaliste, ouvrage qui obtint une large diffusion. Ici encore, Bourget se retrouvait en compagnie de gens dont il ne partageait pas entièrement les voies politiques. Non qu'ils s'opposât aux antisémites ; loin de là: la question juive était pour lui une obsession. Ses journaux du temps de l'Affaire montre clairement sa colère contre ses amis juifs de naguère "dont j'ai été pour un long temps dupe". Il était d'ailleurs persuadé que les juifs étaient les seuls à avoir tiré profit de la Révolution et du régime républicain de la Troisième République ; et leur "patriotisme vulgaire" lui paraissait déplacé et le dégoûtait plutôt.
    A première vue, la politique antisémite était un exutoire à cette hostilité ; mais Bourget refusa néanmoins de s'y engager et de prendre part à quelque réunion publique que ce fût, où seraient entendus des slogans antisémites. Ce n'était pas la première fois qu'il manifestait des scrupules moraux et une retenue que ses compagnons plus jeunes ne comprenaient pas: en 1898, il avait refusé de se déclarer contre Zola ; et lorsque, en 1908, Barrès mena campagne au Parlement contre le transfert de la dépouille de Zola au Panthéon, Bourget lui écrivit qu'il l'aurait volontiers aidé "s'il n'y avait le souvenir personnel du pauvre Zola, très innocent, je vous jure, de cette farce "montée" par les dreyfusards de la politique". Ses fidélités personnelles jouèrent ainsi un rôle non négligeable dans le choix de ses participations à des réunions publiques ; mais son refus de l'antisémitisme relevait également d'un choix doctrinal ; on ne pouvait s'opposer à la démocratie et, à la fois, mobiliser les foules, comme le faisaient ses amis: les attaques contre la République devaient venir de l'élite de la société et de ses intellectuels ou bien encore de l'armée. Bourget restait ainsi un bourgeois élitiste impénitent et un artiste qui s'écartait de la foule autant que des opportunistes qui trahissaient leurs fidélités personnelles
    ." (p.17-18)

    "D'écrivain adulé, Bourget devint en effet un auteur contesté, voire décrié: les idées que véhiculaient ses romans étaient considérées comme "scandaleuses" même par ses compagnons de route. Certains critiques attribuèrent cette révolution vers une situation d'écrivain "engagé" au désir d'attirer l'attention du public. De fait, Bourget n'avait pu rééditer le succès du Disciple (1889), et ses tirages des années 1890 étaient restés médiocres. Les plus importants de ces romans "engagés", L'étape (1902), Un divorce (1904), L'émigré (1905), Le démon de midi (1914), Lazarine (1916) connurent, il est vrai, de meilleurs tirages, sans toutefois égaler celui du Disciple. S'y ajoutèrent les succès des pièces de Bourget: Un divorce (adaptation dramatique du roman, en 1908) ; La barricade (1910), qui fut sans doute le clou de la saison théâtrale de cette année ; Le tribun (1912). Les deux premières étaient la représentation de conflits sociaux et moraux parfaitement actuels, pour la gauche comme pour la droite françaises.
    Il reste que l'on n'y trouve guère de référence à l'idée monarchiste. Et si l'on a pu dire de Maurras qu'il était "un monarchisme sans roi", on le dira a fortiori du monarchisme de Bourget: son mode de pensée monarchiste se passait absolument de monarchie. A l'exception de celui de
    L'émigré, aucun des personnages principaux de ses romans ne manifestent un quelconque attachement pour l'idée monarchiste, quoiqu'ils soient tous catholiques fervents et qu'ils nourrissent les idées sociales du "traditionalisme intégral" (ou "traditionalisme par positivisme")."(p.19)

    "Le disciple manifestait en effet chez Bourget, en 1889, un réveil de la foi religieuse qui allait s'accentuer encore dans la décennie suivante." (p.19)

    "Il était l'écrivain du "juste milieu" bourgeois, à une époque où les qualités bourgeoises étaient vivement critiquées." (p.26)

    "Lors de la publication de L'étape (1902), Le Sillon s'était empressé d'en faire la critique, et seule L'Action française s'était mobilisée en sa faveur. Cette fois, les rôles furent inversés: Sangnier, enthousiasmé, prit part à des réunions de politiciens consacrées à la discussion de La barricade, alors que Maurras reprochait à Bourget son ignorance de la détresse ouvrière ; mais Bourget continua ses attaques contre la gauche et plus particulièrement contre ses politiciens bourgeois qui "menaient un mauvais combat". Dans Le tribun, il mettait en scène un président du Conseil socialiste forcé de reconnaître que sa famille lui était plus précieuse que ne lui permettait l'idéologie sociale de son parti et qui, en conséquence, démissionnait de ses fonctions." (p.27)
    -Mathias Yehoshua, Paul Bourget, écrivain engagé, Vingtième Siècle. Revue d'histoire, Année 1995, 45, pp. 14-29.

    https://fr.wikisource.org/wiki/L%E2%80%99%C3%89cuy%C3%A8re

    "Les portes vertes de ces box, ouvertes dans leur partie supérieure, donnaient sur une large cour au fond de laquelle se dressait une petite maison en briques rouges, avec des fenêtres étroites, très pareille, sous son revêtement de vigne vierge, à quelque demeure bourgeoise de Kensington. Cette ressemblance était encore accrue par une espèce de renflement vitré ménagé au premier étage, et où l’architecte avait essayé de reproduire le bow-window classique. La maison, enfin, montrait ce nom sur sa porte, laquelle était en bois peint et d’un seul battant : Epsom lodge. C’était probablement la seule de tout ce quartier, si exotique pourtant, qui fût baptisée ainsi, comme un cottage anglais. Avec cela, tous les garçons d’écurie étaient Anglais, les couvertures des chevaux anglaises, les licols anglais, les brides anglaises, les selles anglaises !…" (p.5)

    "Cette enfant de vingt-deux ans avait le plus idéal visage de miss blonde qui ait jamais illustré le vélin d’un Keepsake. Son teint délicat offrait au regard cette transparence blanche et rosé où l’on voit l’ondée d’un sang jeune et riche courir sous la peau. Elle avait le nez droit et coupé assez court, les lèvres bien ourlées, le menton un peu long, carré et frappé d’une fossette, les joues minces, la tête petite, tout cet ensemble qui donne souvent, aux jeunes filles anglaises, ce caractère d’une beauté si saine, si robuste, qu’elle est, par moments, presque masculine. Certaines statues de jeunes Grecques montrent un charme pareil, ainsi cette Électre du musée de Naples qui s’appuie de la main sur l’épaule d’Oreste, fille virginale des gymnastes, aussi grande que son frère et qui, pourtant, se distingue de lui par la grâce dans la force, par la pudeur dans l’énergie. Ce charmant et ferme visage de Mlle Hilda Campbell — car l’« Électre archaïsante » de la rue de Pomereu était tout prosaïquement la fille du marchand de chevaux — s’éclairait de deux yeux bleus, ceux de son père, mais qui prenaient, sous les sourcils et entre les cils d’or, une fraîcheur de pétale de pervenche. Une épaisse chevelure d’un fauve presque roux couronnait le front, qui n’était pas très haut, mais dans la coupe duquel un phrénologue eût retrouvé le signe de la volonté déjà révélée par le menton." (p.6-7)

    "De dix heures du matin jusqu’à six ou sept heures du soir, la jolie créature n’avait d’autre occupation que de se tenir en selle sur le dos de chevaux qui, bien souvent, n’avaient jamais senti une jupe frôler leur flanc. Ses belles tresses rousses massées sous son petit chapeau rond de feutre noir, une fleur à sa boutonnière et son joli buste serré dans le corsage sombre qui moulait ses fines épaules musclées, sa jambe prise dans la molletière de cuir jaune, l’éperon au talon, elle passait sa vie à manœuvrer de la rue de Pomereu à la porte du Bois, puis le long de l’allée des Poteaux et de la Reine-Marguerite, un des dear old boys ramenés, par son père, de quelque marché anglais. À pied, elle paraissait de taille moyenne. Sitôt en selle, à cause de son buste un peu long, elle semblait plus grande. Ses doigts gantés maniaient les rênes de bride et celles de filet avec cette sûreté légère qui traite les barres d’un cheval comme un virtuose les touches d’un piano. Ce petit tableau-là aussi, je le revois comme si c’était hier. L’animal danse et s’encapuchonne, il se traverse, il essaie de se dresser sur ses membres postérieurs, en tournant sur lui-même, pour jeter à bas cet insolite fardeau. La jeune fille ne bouge qu’à peine. On dirait qu’une magie émane d’elle. La souplesse de ses mouvements, le jeu de sa main, celui de sa jambe, rassurent le cheval. Il part, effaré au passage d’une automobile qui le frôle, — elles ne foisonnaient pas alors, — affolé au sifflement d’un train qui sort du tunnel de la Porte-Dauphine. L’écuyère le calme d’un mot, d’un geste, d’une caresse. Voici le Bois. Il jette son feu dans un temps de galop qu’elle lui permet… Une heure plus tard, quand elle rentre dans la cour de la rue de Pomereu, c’est au petit trot bien réglé de sa monture assagie, et elle saute à terre toute seule, sans que cette bataille avec la bête ait dérangé un seul des fils d’or fauve de sa chevelure, ni chiffonné la toile piquée de son col droit, ni froissé la basque de sa longue jaquette. Ses joues ont seulement rosi à l’air vif et dans l’ardeur de la course. Ses lèvres s’ouvrent sur ses fines dents blanches pour une respiration plus profonde, et un rien d’orgueil se lit dans ses yeux, tandis qu’elle flatte de la main le garrot fumant de son élève, lequel creuse le sol du sabot avec un dernier reste de révolte, — mais d’une révolte pourtant soumise." (p.6-8 )

    "Qui avait le loisir de démêler cette trace d’un sentiment si obscur, qu’il ne se connaissait peut-être pas lui-même, dans cette écurie toute retentissante du piaffement des sabots des bêtes sur le caillou de la cour ?" (p.11)

    "A sa mère elle était redevable de cette distinction de nature, de ce tour d’âme — osons le mot — qui voulait qu’elle conservât des façons si féminines dans un métier qui l’était si peu." (p.14)



    Dernière édition par Johnathan R. Razorback le Ven 16 Nov - 17:01, édité 4 fois


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    « La racine de toute doctrine erronée se trouve dans une erreur philosophique. [...] Le rôle des penseurs vrais, mais aussi une tâche de tout homme libre, est de comprendre les possibles conséquences de chaque principe ou idée, de chaque décision avant qu'elle se change en action, afin d'exclure aussi bien ses conséquences nuisibles que la possibilité de tromperie. » -Jacob Sher, Avertissement contre le socialisme, Introduction à « Tableaux de l'avenir social-démocrate » d'Eugen Richter, avril 1998.

    "La vraie volupté est remportée comme une victoire sur la tristesse [...] Il n’y a pas de grands voluptueux sans une certaine mélancolie, pas de mélancoliques qui ne soient des voluptueux trahis." -Albert Thibaudet, La vie de Maurice Barrès, in Trente ans de vie française, volume 2, Éditions de la Nouvelle Revue Française, 1919, 312 pages, p.40.

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    Re: Paul Bourget, Essais de psychologie contemporaine + L’Écuyère

    Message par Johnathan R. Razorback le Ven 16 Nov - 16:14

    https://archive.org/details/nouveauxessaisde00bour/page/n7

    "Stendhal [...] avec une inintelligence tout à fait indigne de son rare esprit [...] proscrivait les anciennes formes et n'hésitait pas à condamner par exemple d'une façon absolue la langue des vers." (p.86)
    -Paul Bourget, Nouveaux essais de psychologie contemporaine, Paris, Alphonse Lemerre Éditeur, 1886, 306 pages.



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    « La racine de toute doctrine erronée se trouve dans une erreur philosophique. [...] Le rôle des penseurs vrais, mais aussi une tâche de tout homme libre, est de comprendre les possibles conséquences de chaque principe ou idée, de chaque décision avant qu'elle se change en action, afin d'exclure aussi bien ses conséquences nuisibles que la possibilité de tromperie. » -Jacob Sher, Avertissement contre le socialisme, Introduction à « Tableaux de l'avenir social-démocrate » d'Eugen Richter, avril 1998.

    "La vraie volupté est remportée comme une victoire sur la tristesse [...] Il n’y a pas de grands voluptueux sans une certaine mélancolie, pas de mélancoliques qui ne soient des voluptueux trahis." -Albert Thibaudet, La vie de Maurice Barrès, in Trente ans de vie française, volume 2, Éditions de la Nouvelle Revue Française, 1919, 312 pages, p.40.


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