L'Hydre et l'Académie

    Gabriel Deville, Aperçu sur le socialisme scientifique

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    Johnathan R. Razorback
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    Gabriel Deville, Aperçu sur le socialisme scientifique

    Message par Johnathan R. Razorback le Dim 29 Oct - 20:47

    https://www.marxists.org/francais/deville/works/1883/00/deville_18830000.htm

    « Le socialisme combat pour la disparition du salariat. »

    « Il n’y a pas à perfectionner, mais à supprimer l’Etat, qui n’est que l’organisation de la classe exploitante pour garantir son exploitation et maintenir dans la soumission ses exploités. Or, c’est un mauvais système pour détruire quelque chose que de commencer par le fortifier. Et ce serait augmenter la force de résistance de l’Etat que de favoriser l’accaparement par lui des moyens de production, c’est-à-dire de domination. Ne voyons-nous pas les ouvriers des industries d’Etat courbés, comparativement aux autres, sous un joug plus pénible à secouer ? »

    « Ce sont des salariés, ingénieurs ou administrateurs plus ou moins bien rétribués, mais en définitive des salariés, qui remplissent, à l’heure présente, les anciennes fonctions du propriétaire là où la forme collective de la propriété a remplacé la forme individuelle. C’est en dehors de la féodalité capitaliste, que s’est élaborée l’élite intellectuelle pourvue des aptitudes nécessaires à la mise en œuvre des forces productives. La suppression des actionnaires, c’est-à-dire du propriétaire devenu rouage inutile, n’occasionnerait donc aucun trouble dans la production. »

    « Les combinaisons sociales de l’époque bourgeoise, troublées à chaque instant par des modifications fondamentales des forces productives, sont loin d’avoir le caractère éminemment conservateur des modes de production précédents, et sont, par conséquent, plus aptes que ces derniers à créer rapidement une situation révolutionnaire. »

    « Dans les sociétés humaines, les combattants pour la vie sont dans des conditions d’inégalité étrangères à leur nature, les uns reçoivent une instruction dont les autres sont privés, les uns profitent des capitaux dont les autres sont dépourvus. Dès lors, le résultat de la lutte n’indique pas celui qui est réellement le meilleur, mais celui qui est socialement le mieux armé. »

    « Pour offrir un dérivatif aux passions populaires menaçantes, les Napoléon III, les Bismarck et les Alexandre de Russie ont songé à substituer les guerres de races aux luttes nationales intérieures. Ces diversions qui peuvent avoir pour leurs auteurs une utilité momentanée, sont désormais impuissantes à ressusciter le chauvinisme, à donner l’étranger comme aliment aux haines intestines détournées de leur but.
    Le capital n’a pas de patrie, il va là où il trouve de bons placements. Si l’exploitation bourgeoise est nécessairement devenue, par le fait des développements économiques, une exploitation internationale, si elle ne connaît ni races ni frontières, s’exerçant indifféremment partout où il y a à voler et l’intervention gouvernementale se produisant en sa faveur partout où elle s’exerce, en face de ce cosmopolitisme financier, de l’Internationale jaune, l’internationalisme ouvrier se dresse, correspondant au véritable antagonisme des intérêts en jeu
    . »

    « La classe moyenne, guidée par ses instincts conservateurs mais peu clairvoyants, s’interposait entre la bourgeoisie capitaliste et le prolétariat, au bénéfice de la première ; elle tend à disparaître, car la centralisation économique s’accroît, à ses dépens, par l’absorption constante des moyens de production appartenant aux petits détenteurs dans l’impossibilité de soutenir la concurrence des gros capitaux. »

    "Le socialisme demande l’égalité devant les moyens de développement et d’action, c’est-à-dire l’égalité du point de départ. Or, cette égalité n’entraîne, en aucun cas, ni l’égalité d’allure, ni l’égalité au point d’arrivée. En assurant à tous les organismes humains part égale devant les possibilités d’éducation et d’exercice, loin de réaliser l’uniformité, le socialisme fera germer et accentuera les inégalités naturelles, musculaires ou cérébrales. Ce sont là des différences que, quand même ce serait possible, le socialisme scientifique se garderait bien d’effacer, sachant que cette hétérogénéité est une des conditions essentielles du perfectionnement de l’espèce.

    Tant que l’égalité sociale devant les moyens de développement et d’action, déduite des tendances intimes de la production moderne, ne sera pas établie, proclamer le droit de l’homme à être libre équivaudra à accorder libéralement à un paralytique la permission de marcher.
    "

    "Au nom de la liberté du travail, on consacre la liberté pour le capitaliste d’exploiter à sa guise le travailleur, et pour le travailleur l’obligation de se soumettre."

    "La liberté est pour chacun, non le droit, qui ne signifie rien, mais le pouvoir moral et matériel de satisfaire ses besoins naturels ou acquis."

    "L’intérêt qui est le point de départ réel de tous les actes de l’homme."

    "Reprenant son individualité annihilée par la besogne mécanique que les progrès de la technologie tendront à abréger et à alléger, l’homme pourra, son travail terminé, goutter, au gré de ses désirs, les jouissances physiques résultant du complet exercice de ses organes, et les jouissances intellectuelles que procure la culture de la science et de l’art. Le plaisir, but de tout organisme vivant, se réalisera alors pour chacun conformément à sa nature."

    "Si, dans la période de traitement qu’exigera la modification de l’ordre social, refuser la liberté à ceux dont l’action pourrait mettre en péril notre réorganisation, c’est être autoritaire, nous sommes autoritaires. Nous voulons procéder autoritairement contre la caste ennemie, nous voulons supprimer les libertés capitalistes qui entravent l’épanouissement des libertés ouvrières."

    "Tous les progrès humains, toutes les transformations sociales et politiques de notre espèce, ont été l’œuvre de la force."

    "Quant à l’espoir de modifier directement l’état mental de la nation considérée dans son ensemble, c’est une utopie. Le milieu économique déterminant, avec les conditions d’existence, les idées de l’homme, pour changer chez tous celles-ci, il faut commencer par modifier les phénomènes extérieurs dont elles ne sont que la représentation cérébrale. La seule transformation à poursuivre est la transformation du mode de propriété."

    "La plupart des révolutions sont l’œuvre de minorités dont la volonté tenace et courageuse a été secondée par l’apathie de majorités moins énergiques. Serions-nous en République, si on avait attendu, avant de l’établir, l’adhésion de la majorité du pays à l’idée républicaine ?"
    -Gabriel Deville, Aperçu sur le socialisme scientifique, 1883.




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    « La racine de toute doctrine erronée se trouve dans une erreur philosophique. [...] Le rôle des penseurs vrais, mais aussi une tâche de tout homme libre, est de comprendre les possibles conséquences de chaque principe ou idée, de chaque décision avant qu'elle se change en action, afin d'exclure aussi bien ses conséquences nuisibles que la possibilité de tromperie. » -Jacob Sher, Avertissement contre le socialisme, Introduction à « Tableaux de l'avenir social-démocrate » d'Eugen Richter, avril 1998.

    "Il y a, de nos jours, beaucoup de gens qui s'accommodent très aisément de cette espèce de compromis entre le despotisme administratif et la souveraineté du peuple, et qui pensent avoir assez garanti la liberté des individus, quand c'est au pouvoir national qu'ils la livrent. Cela ne me suffit point." -Alexis de Tocqueville, De la Démocratie en Amérique, vol II, Quatrième Partie : Chapitre VI, 1840.


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