L'Hydre et l'Académie

    Ernst Bloch, Le Principe Éspérance

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    Johnathan R. Razorback
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    Ernst Bloch, Le Principe Éspérance

    Message par Johnathan R. Razorback le Mer 12 Avr - 17:54

    « Avec quelle exubérance n’a-t-on pas de tout temps rêvé d’une vie meilleure qui serait possible. La vie de tous les hommes est sillonée de rêvés éveillées dans lequels entre certes une part de fuite insignifiante, alanguissante aussi, dont les imposteurs savent tirer parti. Mais s’y trouve aussi autre chose, qui stimule, qui empêche que l’on s’accomode à l’existant néfaste et que l’on renonce. Cette autre partie a l’espoir pour noyau et peut-être instruite. »
    « Le désespoir est lui-même, tant dans l’expérience du fait qu’à la longue, l’état le plus intolérable qui soit, il est absolument insupportable aux besoins humains. C’est pourquoi l’imposture elle-même est contrainte, pour être efficace, d’avoir recours à l’espoir, qu’elle suscite par des propos rassurants et spécieux. »
    « Le phénomène gigantesque de l’utopie dans le monde est un des moins élucidés et des moins expliqués. »
    « Sur le plan philosophique l’avenir n’a guère reçu l’attention à laquelle il a droit. »
    « La nouvelle philosophie, telle que Marx l’a inauguré, est aussi la philosophie du Nouveau, celui qui nous attends tous, pour nous anéantir ou nous combler. »
    « L’Existant (Wesenheit) se confond avec l’Ayant-été (Ge-Wesenheit) et la chouette de Minerve ne prends son envol qu’à la tombée de la nuit, alors qu’elle est devenu trop vieille elle n’est plus qu’une ombre de vie.[…] Marx fut le premier à opposer à tout cela un pathos de la transformation, inaugurant ainsi une théorie qui ne se résigne plus à la contemplation et à la description. Les barrières dressées entre l’avenir et le passé s’effondrent d’elle-mêmes, de l’avenir non devenu devient visible dans le passé, tandis que du passé vengé et recueilli comme un héritage, du passé médiatisé et mené à bien devient visible dans l’avenir. »
    « Le thème fondamental de la philosophie qui est et demeure en devenant, c’est le Foyer (die Heimat) non encore devenu, le lieu de l’identité avec soi-même et avec les choses, non encore réussi et tel qu’il prend forme, qu’il s’édifie dans la lutte dialectique-matérialiste du Nouveau et de l’Ancien. »
    « Les grandes œuvres d’art offrent essentiellement le spectacle d’un pré-apparaître (Vor-Schein) axé sur le réel et sont le signe avant-coureur de leur objet parachevé produit dans son expression totale. »
    « Le concept du Non-Encore et de l’intention formatrice dirigée vers lui, ne trouve plus dans les utopies sociales son exemple unique, et même exhaustif ; et cela si importantes que soient devenues les utopies sociales, à ne les considérer qu’en tant que témoignages critiques d’une anticipation poussée jusqu’à son terme. »
    « La volonté ultime est d’être véritablement présent. […] Tel est le continue-limite de l’utopie auquel se réfère la prière du projet faustien : « Arrête-toi, tu es si beau. »
    « Ce n’est qu’après avoir renoncé au concept de l’être clos et statique que l’on pourra découvrir la véritable dimension de l’espérance. »
    « Si l’être se comprend à partir de son origine (Whoer), il se comprend aussi comme tendance ouverte vers une fin (Wohin). »
    « Les tourments endurés plus tard peuvent être plus pénibles que tout autre plus tard, excepté ceux du prisonnier. »
    « La nuit est pleine de tavernes et de châteaux, et dans tous il y a des peaux de bêtes, des hommes bâtis comme des arbres et jamais d’horloge. »
    « Orgueil et narcissisme empêchent souvent qu’on laisse à l’amour la place qui lui échoit si aisément en rêve. »
    « Le nom de l’être aimé rayonne sur les pierres, les tuiles et les grilles. »
    « Le remord est un sentiment que le monde bourgeois n’éprouve plus guère que dans les affaires. »
    « Dans la rue la plupart des gens ont l’air de penser à autre chose. Et cette autre chose, c’est principalement l’argent, mais aussi tout ce en quoi il peut être converti. Car sans lui il ne serait pas aussi facile de séduire par l’artifice, de charmer par l’élégance. »
    « Dans l’abîme de l’opulence flotte la brume de l’ennui. »
    « Les sociétés qui, contrairement à la société actuelle, bourgeoise et décadente, n’étaient pas prises de panique à la vue de la fin proche, considéraient la vieillesse comme un épanouissement souhaitable dont on avait tout lieu de se réjouir. »
    « Jeune est la passion du record, qui apparaît dans la dernière période de la société capitaliste et qui s’accompagne de la soif insensée de vitesse, sans cesse accrue par la technique ; cette dernière passion n’a pu se former qu’à la suite de l’apparition de véhicule motorisés. Mais c’est le capitalisme de monopole qui rendra cette passion abstraite et l’exaltera le plus aux fins d’éperonner les travailleurs et d’en retirer le plus rapidement possible un maximum de profit. »
    « Ni Freud, ni Adler, ni […] Jung ne songent un instant [que les pulsions] puissent être fonction de conditions économico-sociales. »
    « La jeune fille ou même l’homme adulte qui se languissent d’amour n’inspirent aucune pitié, alors que les lamentations de la faim sont les plus poignantes et les seules qui puissent d’ailleurs être répandues ouvertement. »
    « Pour Freud et ses clients, le souci du pain quotidien était bien le moindre. »
    « Plus de quatre-vingt-dix pour cent des cas de suicide résultent de la détresse pécuniaire, dix pour cent seulement du mal d’amour.[…] Il n’existe aucune explication du monde par la libido et ses déguisements plutôt que par l’économie et ses superstructures. C’est pourquoi nous nous proposons d’appeler enfin les choses par leur nom : c’est l’intérêt économique qui, sans être le seul en jeu, a pourtant une importance considérable. L’instinct de conservation dont il implique l’existence, est la plus solide de toutes les pulsions dites fondamentales et c’est elle qui s’est le plus fermement maintenue dans toutes les métamorphoses historiques et sociales dont elle était d’ailleurs à l’origine. »
    « La prétendue « nature humaine », dans le sens de la pulsion fondamentale et fixe qu’on à voulue trouver dans l’homme, n’a cessé d’être retravaillée au cours de l’histoire.[…] La recherche de la pulsion fondamentale reflète, plus que jamais, la pulsion propre à telle ou telle époque, et c’est pour cela qu’elle a abouti aux conclusions les plus diverses. Pour Rousseau l’ « homme de la nature » était une créature arcadienne gouvernée par la raison ; pour Nietzsche, c’était une créature dionysiaque et étrangère à la raison, c’est-à-dire que la première conception reflétait l’idéal du siècle des Lumières, la seconde celui de l’impérialisme. »
    « Celui qui rêve les yeux ouverts poursuit souvent des chimères et s’égare ; mais il ne dort pas et ne sombre pas dans les brumes de la nuit.[…] Bien des rêves éveillés animés d’une énergie et d’une expérience suffisantes, ont pris la réalité à bras le corps et l’ont remodelée pour lui arracher son consentement. »
    « Seule la lumière du jour peut éclairer et élucider les mystères recelés par la matière du monde nocturne. »
    « Ce qui pour le primitif était encore l’ « absence-de-chez-soi » (Unzuhause) dans une nature impénétrée, devient pour les victimes du capitalisme de monopole la société dans laquelle ils vivent, la gigantesque entreprise aliénée dans laquelle ils sont placés. »
    « L’angoisse ne se rapporte donc pas encore clairement à quelque chose qui est situé en dehors d’elle, à la différence du second affect d’attente négatif : la crainte, avec son mode de concentration soudaine : l’effoi, et son mode de concentration encore plus forte : l’épouvante. »
    « L’espoir, précisément face à la mort, se veut orienté vers la lumière et la vie, et refuse de laisser le dernier mot à l’échec ; il ne perd jamais de vue qu’il y a encore une issue. « Là où est le danger, il y a place aussi pour le salut », ce vers d’Hölderlin ne dépeint pas autre chose que le moment d’inflexion positif dialectique où la crainte de la mort disparaît. »
    « Les périodes de bouleversement baignent dans un climat lourd et semblent abriter un orage contenu. »
    « Celui qui est enchaîné à une étoile, dit Léonard de Vinci, ne se retourne pas. »
    «Psychiquement aussi, la saison des brumes est la plus propice aux semailles, mais il faut se garder d’y demeurer toujours. »
    « Qui dit génie, dit assiduité, mais assiduité telle qu’elle refuse de traîner son travail en longueur, ou de l’exécuter sans être constamment possédée par son sujet. Il ne peut y avoir de rupture entre la vision et l’œuvre, ni entre l’œuvre et la vision : « Le premier éclair de lumière, dit Van Gogh, qui nous transperce et nous embrase, doit avoir lui-même commencé à peindre. »
    « Toutes les œuvres ne sont pas possibles à toutes les époques. »
    « Le Non-encore-devenu, le Non-encore-réussi est une contrée sauvage qui n’en rappelle aucune autre, comparable à un désert inviolé, de par les dangers qu’elle abrite, de par les possibilités non-encore réalisées qu’elle renferme. »
    « Pour triompher de la difficulté, la connaissance, dans le sens de révélation de ce qui a été, n’est pas suffisante ; une autre connaissance est nécessaire dans le sens de la détermination du tracé de ce qui est en devenir. »
    « L’espérance dont le romantisme s’est paradoxalement montré si riche, ne s’inspirait que d’images antiques, d’un passé immémorial, du mythe, faisant ainsi obstacle à un avenir qui passait pour n’être que vent, vide, poussière. »
    « La société capitaliste se sent nier par l’avenir. »
    « Là où tout ne cesse prétendument de se renouveler, rien en fait ne change jamais. »
    « Le marxisme […] est le premier à introduire la notion d’avenir dans l’approche théorique et pratique de la réalité. »
    « Les contradictions objectives font sans cesse appel à cette interaction avec la contradiction subjective, faute de quoi naît l’hérésie, en fin de compte défaitiste, d’un automatisme objectiviste, d’après lequel les contradictions objectives suffiraient à elles seules à révolutionner le monde qu’elles parcourent. »
    « La soif de gain étouffe tout autre élan humain, et contrairement au plaisir de tuer, elle ne connaît pas de répit. »
    « Ce qui conférait sa force à cette bonne conscience, c’était le fait que l’intérêt capitaliste se disait axé sur l’intérêt du consommateur, sur sa satisfaction. […] Et lorsque le moment fut venu de combattre les derniers bastions de la féodalité, la bourgeoisie, classe fort peu héroïque, se drogua plus que jamais d’utopie. »
    « La classe agonisante entre […] dans la troisième phase idéologique où (après avoir pour ainsi dire entièrement perdu sa bonne foi dans la fausse conscience, autrement dit en prenant pleinement conscience de sa fraude) elle embaube la pourriture de l’infrastructure, la revêt d’un éclat phosphorescent en baptisant la nuit jour et le jour nuit. »
    « Lénine est parvenu à qualifier le socialisme d’idéologie du prolétariat révolutionnaire. »
    « Pour [Kant], le génie artistique n’est pas, comme l’homme moral, en conflit avec ses pulsions naturelles. »
    -Ernst Bloch, Le Principe Éspérance, tome 1.


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    «You'll have to think harder than you've ever done before, because you will be on your own -relying on your own judgment and the logic of the arguments you hear or consider, rejecting all authorities and all bromides, and taking nothing on faith. »  
    -Ayn Rand.


    «Il faut savoir accepter certains maux, dans la mesure où la tentative de les faire disparaître engendrerait des maux plus grands encore
    -Aristide Renou.


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