L'Hydre et l'Académie

    Antoine Compagnon, Les antimodernes. De Joseph de Maistre à Roland Barthes

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    Johnathan R. Razorback
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    Antoine Compagnon, Les antimodernes. De Joseph de Maistre à Roland Barthes

    Message par Johnathan R. Razorback le Ven 14 Oct - 15:22

    https://books.google.fr/books?id=0LMwDAAAQBAJ&pg=PT255&lpg=PT255&dq=descartes+de+maistre&source=bl&ots=mCRBjSEyeb&sig=vvGNTRKtR6dsKQfl5GCWXcfDZnA&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwiJuLTPyNrPAhXHCMAKHdNhDhkQ6AEIKzAD#v=onepage&q=descartes%20de%20maistre&f=false

    "Les véritables antimodernes sont aussi, en même temps, des modernes, encore et toujours des modernes, ou des modernes malgré eux."

    "Thomisme auquel Maritain s'était converti après avoir renié Bergson, suspect d'une des dernières hérésies condamnées par Rome au début du XXe siècle, le "modernisme"."

    "Il y avait des traditionalistes avant 1789, il y en a toujours eu, mais non pas des antimodernes au sens intéressant, moderne, du mot."

    "Nous sommes attentifs aux chemins qui n'ont pas été empruntés par l'histoire. Les vaincus et les victimes nous touchent, et les antimodernes s'apparentent aux victimes de l'histoire. Ils entretiennent une relation particulière avec la mort, la mélancolie et le dandysme: Chateaubriand, Baudelaire, Barbey d'Aurevily sont les héros de l'antimodernité. De ce point de vue encore, nous tendons à voir les antimodernes comme plus modernes que les modernes et que les avant-gardes historiques: en quelque sorte ultramodernes, ils ont maintenant l'air plus contemporains et proches de nous parce qu'ils étaient plus désabusés. Notre curiosité pour eux s'est accrue avec notre suspicion postmoderne à l'égard du moderne."

    "De Chateaubriand à Proust au moins, entre Le Génie du christianisme et A la recherche du temps perdu, en passant par Baudelaire et tant d'autres, le génie antimoderne s'est réfugié dans la littérature, et dans la littérature même que nous qualifions de moderne, dans la littérature dont la postérité a fait son canon, littérature non traditionnelle mais proprement moderne car antimoderne, littérature dont la résistance idéologique est inséparable de son audace littéraire [...]
    La littérature est sinon de droite, du moins résistante à la gauche, suivant ce que Thibaudet voyait comme un dextrisme esthétique faisant contrepoids au sinistrisme immanent à la vie politique et parlementaire française des XIXe et XXe siècles, et surtout de la Troisième République, celle des lettres, celle des professeurs
    ."

    "Avec le recul du temps, Chateaubriand triomphe de Lamartine, Baudelaire de Victor Hugo, Flaubert de Zola, Proust d'Anatole France, ou Valéry, Gide, Claudel, Colette -la merveilleuse génération des classiques de 1870-, des avant-gardes historiques du début du XXe siècle."

    "La "divine surprise" comme Charles Maurras nomma l'accession du maréchal Pétain au pouvoir sans coup d'Etat et la "contre-révolution spontanée" qui suivit, aura rendu improbable le jeu antimoderne -jeu avec le feu-, mais seulement pour un temps, non pour toujours."

    "Une série de thèmes caractérisent l'antimodernité entendue non comme néo-classicisme, académisme, conservatisme ou traditionalisme, mais comme la résistance et l'ambivalence des véritables modernes. Topoi apparus dès le lendemain de la Révolution française et revécus depuis deux siècles sous des formes variées, ces figures de l'antimodernité peuvent être reconduites à un nombre restreint de constantes -six exactement-, et encore elles forment un système où nous les verrons se recouper souvent. Pour décrire la tradition antimoderne, une figure historique ou politique est d'abord indispensable: la contre-révolution bien sûr. En deuxième lieu, il nous faut une figure philosophique: on songe naturellement aux anti-Lumières, à l'hostilité contre les philosophes et la philosophie du XVIIIe siècle. Puis il y aurait une figure morale ou existentielle, qualifiant le rapport de l'antimoderne au monde: le pessimisme se retrouve partout, même si la mode à laquelle il donna lieu ne se déclara qu'à la fin du XIXe siècle. Contre-révolution, anti-Lumières, pessimisme, ces trois premiers thèmes sont liés à une vision du monde inspirée par l'idée du mal. C'est pourquoi la quatrième figure de l'antimoderne doit être religieuse ou théologique ; or le péché originel fait partie du décor antimoderne habituel. En même temps, si l'antimoderne a de la valeur, s'il compose un canon littéraire, c'est parce qu'il définit une esthétique: on peut associer celle-ci à sa cinquième figure, le sublime. Enfin, l'antimoderne a un ton, une voix, un accent singulier ; on reconnaît le plus souvent l'antimoderne à son style. Aussi la sixième et dernière figure de l'antimoderne sera-t-elle une figure de style: quelque chose comme la virupération ou l'imprécation."

    "Contre-révolution figurait parmi les 418 mots nouveaux ajoutés au Dictionnaire de l'Académie en 1798, définie comme "seconde révolution au sens contraire de la première, et rétablissant les choses dans leur état précédent"."

    "Le contre-révolutionnaire est d'abord un émigré, à Coblence ou à Londres, bientôt en exil chez lui."

    "Les premiers contre-révolutionnaires appartiennent à trois courants: conservateur, réactionnaire et réformiste.
    Les adeptes de la première doctrine, conservateurs ou traditionalistes, entendaient rétablir l'Ancien Régime tel qu'en lui-même avant 1789, fût-ce sans les faiblesses ni les abus ; ils défendaient, suivant la doctrine de Bossuet dans son Discours sur l'histoire universelle, l'absolutisme intégral, c'est-à-dire la monarchie traditionnelle depuis Louis XIV, dans la plénitude de son autorité, limitée seulement par les coutumes, la loi naturelle, la morale et la religion ; ils plaidaient pour le rétablissement d'une autorité royale effective et centralisée.
    Suivant la deuxième doctrine, réactionnaire au sens d'un attachement aux droits historiques de la noblesse d'épée, donc à un passé plus ancien, on se déclarait favorable au prélibéralisme aristocratique, c'est-à-dire à la liberté et à la souveraineté des grands, avant leur asservissement sous la monarchie absolue vécue comme une tyrannie. Par méfiance du centralisme classique, on demendait, comme au temps de la Fronde contre Richelieu et Louis XIV, un retour non à la monarchie absolue, mais aux "lois fondamentales du royaume" et aux coutumes anciennes, oubliées depuis le XVIIe siècle. On louait les libertés féodales avant que l'adage du XVIe siècle, "Si veut le roi, si veut la loi", n'entrât en vigueur et imposât le "despotisme royal". On chérissait le temps où le roi élu était le dépositaire de la volonté du peuple. Fénélon, Saint-Simon, Montesquieu s'étaient ainsi déclarés en faveur d'un retour de la France à ses institutions anciennes. Actifs en 1787-1788, à la veille de la Révolution, les défenseurs des droits historiques de la noblesse d'épée furent d'abord favorables à la Déclaration des droits de l'homme, qui protégerait la nation d'un despote, mais ils se convertirent après la nuit du 4 août 1789 et l'abolition des privilèges, et s'en prirent alors à la démocratie et au républicanisme.
    Comme La Boétie et Montaigne, ils caressaient l'idéal d'une république aristocratique illustrée par Venise. Le libéralisme, après tout, fut une invention d'aristocrates afin de résister à l'absolutisme croissant de la monarchie, lors de la Ligue et de la Fronde, chez Corneille ou chez Montesquieu. [...]
    La troisième tendance, réformiste, était celle des "monarchiens", modérés, pragmatiques, rationalistes, admirateurs de 1688 ou de 1776, adeptes du modèle anglais ou américain (Mounier, Malouet, Mallet du Pan), autrement dit "constitutionnels".
    "

    -Antoine Compagnon, Les antimodernes. De Joseph de Maistre à Roland Barthes, Folio, coll. Folio.essais, 2016 (2005 pour la première édition), 720 pages.



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