L'Hydre et l'Académie

    Aristote, Œuvres complètes

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    Johnathan R. Razorback
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    Aristote, Œuvres complètes

    Message par Johnathan R. Razorback le Jeu 13 Nov - 15:22

    http://books.google.fr/books?id=Nmy6BAAAQBAJ&printsec=frontcover&dq=Aristote+oeuvres&hl=fr&sa=X&ei=jctkVPDwIIXkaMycgqgB&ved=0CDcQ6AEwAw#v=onepage&q=Aristote%20oeuvres&f=false

    "De quelque façon qu'on s'y prenne, il est de toute manière extrêmement malaisé d'atteindre une quelconque position convaincante [à propos de l'âme]." (p.76)

    "Dans la majorité des cas, l'âme ne subit, ni ne fait rien sans le corps. Ainsi, se mettre en colère, s'emporter, désirer ou, d'une manière globale, sentir." (p.83)

    "Dans notre examen qui porte sur l'âme, tout en traitant de questions embarrassantes dont il faut venir à bout chemin faisant, nous devons nécessairement prendre en compte l'ensemble des opinions de tous ceux qui, antérieurement, ont professé une idée à son sujet, afin de recueillir ce qui est bien fondé dans leurs propos et, le cas échéant, de nous mettre en garde devant ce qui ne l'est pas." (p.89)

    "La première incorrection est de dire que l'âme est une grandeur [physique ou mathématique]." (p.107)

    "Comment donc, en effet, pourrait-elle penser, si elle est une grandeur ?" (p.108)

    "Tout énoncé rationnel est une définition ou bien une démonstration." (p.110)

    "Ils attachent l'âme au corps et l'y rapportent, sans avoir, au préalable, déterminé en vertu de quel motif, ni de quelle disposition du corps." (p.112)

    "Si l'harmonie consiste bien en une certaine proportion de choses mélangées ou en une composition, l'âme, en revanche, ne peut être aucune des deux." (p.114)

    "La sensation prend son départ dans tels objets précis." (p.118)

    "Certains déclarent [tels Platon], de leur côté, que l'âme est morcelable, et qu'une partie pense, mais une autre désire. Qu'est-ce donc alors qui peut bien assurer la cohésion de l'âme, si la nature l'a rendue morcelable ? Car, en définitive, ce n'est pas le corps de toute façon. On pense, en effet, qu'au contraire, c'est plutôt l'âme qui assure la cohésion du corps, puisque, lorsqu'elle s'en est allée, il se dissipe et se putréfie." (p.132)

    "Il faut nécessairement que l'âme soit substance comme forme d'un corps naturel qui a potentiellement la vie." (p.136)

    "Il y a de la vie là où se trouve ne serait-ce qu'une seule quelconque des manifestations telles que l'intelligence, la sensation, le mouvement local et le repos, ou encore le mouvement nutritif, dépérissement et croissance." (p.141)

    "L'animal [est] fondamentalement identifiable grâce au critère de la sensation. En effet, les êtres qui ne bougent pas et ne changent pas de place, mais qui sont doués de sensation, nous les appelons des animaux et pas seulement des vivants. Or le fondement de la sensation, dévolu à tous, est le toucher. Et, de même que la fonction nutritive peut être séparée du toucher et de toute sensation, de la même façon le toucher peut l'être des autres sensations. Mais nous appelons nutritive cette sorte de parcelle de l'âme que même les végétaux ont en partage, alors que, manifestement, les animaux possèdent tous la sensation tactile." (p.142)

    "L'âme, c'est ce qui fait que nous vivons, sentons et réfléchissons, au sens premier. Si bien qu'elle doit être une sorte de raison ou de forme, et non une matière ou un sujet. Il y a, en effet, trois façons / d'entendre la substance, comme nous l'avons dit, qui sont, respectivement, la forme, la matière et le composé des deux. Et, parmi elles, la matière est potentialité, tandis que la forme est réalisation. Puisque donc le composé des deux représente l'être animé, ce n'est pas le corps qui est réalisation de l'âme, mais c'est, au contraire, celle-ci qui est réalisation d'un certain corps." (p.145)

    "Par faculté, nous voulions dire ce qui permet la nutrition, l'appétit, la sensation, le mouvement local, la nutrition." (p.146)

    "On ne trouve, chez les plantes, que la faculté nutritive, tandis qu'ailleurs, celle-ci va de pair avec la faculté sensitive. Or, dans ces conditions, la faculté appétitive est également présente. Or, dans ces conditions, la faculté appétitive est également présente. L'appétit est, en effet, désir, ardeur et souhait. Or tous les animaux ont l'un des sens, le toucher ; et qui se trouve doué de sensation, est aussi accessible au plaisir et à la peine, à ce qui est agréable ou douloureux ; et, dans ces conditions, il est également doué du désir, puisque ce dernier est l'appétit de l'agréable. De surcroît, les animaux possèdent le sens de la nourriture, puisque le toucher est sens de la nourriture." (p.147)

    "La faim et la soif sont désirs." (p.147)

    "Sans le nutritif, le sensitif n'existe pas, mais le nutritif se détache du sensitif chez les plantes." (p.149)

    "Certains des animaux doués de sensations possèdent la faculté du mouvement local, d'autres non." (p.150)

    "L'âme nutritive [...] est la première faculté de l'âme et la plus commune, celle en vertu de laquelle la vie appartient à tous.
    Ses fonctions consistent à assurer la reproduction et la nutrition
    ." (p.151)

    "La sensation, passe pour être une sorte d'altération. Or, nul n'a de sensation, qui n'ait point l'âme en partage. Et le cas de la croissance et du dépérissement est semblable. Car nul ne dépérit, ni ne croît dans l'ordre naturel, sans se nourrir. Or nul ne se nourrit qui n'ait point part à la vie." (p.154)

    "La sensation réside dans le fait de recevoir un mouvement et d'être affecté, comme on l'a dit, puisqu'elle passe pour être une sorte d'altération. [...] Si l'on demande pourquoi l'on n'a pas aussi de sensation des sens eux-mêmes, ou pourquoi, sans les objets extérieurs, les sens ne produisent pas de sensation (alors qu'ils contiennent le feu, la terre et les autres éléments qui sont objets de sensation en eux-mêmes ou dans leurs accidents), c'est donc évidemment que le sensitif n'est pas alors en activité, en n'existe que potentiellement. Aussi n'y a-t-il pas de sensation." (p.160)

    "L'affection est subie par le dissemblable, mais, lorsqu'il l'a subie, il est semblable." (p.161)

    "Le sensitif, par ailleurs, est potentiellement tel que le sensible déjà réalisé, comme on l'a dit. Donc, au moment où il est affecté, il n'est pas semblable à celui-ci, mais une fois qu'il a été affecté, il se trouve assimilé et est tel que lui." (p.164-165)

    "J'entend par [objet] propre [de chaque sens], ce qui ne se laisse pas percevoir par un autre sens et qui ne laisse pas de place à l'illusion. Ainsi, la vue perçoit la couleur, l'ouïe le son et le goût la saveur. Le toucher, lui, comporte effectivement un plus grand nombre de différences. Mais il n'en reste pas moins que chaque sens est juge de ces différences. Et, s'il se trompe, ce n'est pas sur le fait d'une couleur ou d'un son, mais bien sur l'identité ou la localisation du coloré ou du sonore." (p.165)

    "Le mouvement, le repos, le nombre, la figure, la grandeur [...] ne sont propres à aucun sens, mais sont communs à tous ; en effet, un mouvement sensible au toucher l'est aussi à la vue." (p.166)

    "Le corps doit aussi constituer pour le sens tactile, un milieu intermédiaire intégré à notre nature, à travers lequel se produisent les sensations, lesquelles sont multiples." (p.191)

    "Toutes nos sensations s'opèrent pas le truchement d'un milieu." (p.192)

    "[Nous ne sentons] pas ce qui est chaud ou froid, dur ou tendre au même degré que nous, mais bien les excès. Comme quoi le sens présente une sorte d'état moyen entre les contraires qu'on trouve dans les sensibles. Et telle est la raison pourquoi il juge des sensibles. C'est que la moyenne permet de juger. Elle devient, en effet, chacun des extrêmes par rapport à l'autre. Et s'il faut, quand on veut percevoir le blanc et le noir, n'être ni l'un ni l'autre actuellement, mais l'un et l'autre à la fois potentiellement (et cela vaut aussi dans le cas des autres sens), il faut aussi, dans le cas du toucher, n'être ni chaud, ni froid." (p.194)

    "De toute sensation, en général, on doit concevoir l'idée que le sens constitue ce qui est propre à recevoir les formes sensibles sans la matière." (p.195)

    "Il faut nécessairement que si quelques sens fait défaut, nous fasse également défaut un organe sensoriel quelconque." (p.198)

    "Chaque sens porte sur le sensible qui lui est assujetti, avec pour résidence l'organe sensoriel en tant que tel, et il juge des différences que présente ce sensible qui lui est assujetti." (p.209)

    "Sentir et penser ne revient pas au même." (p.214)

    "La représentation, en effet, se distingue et de la sensation et de la réflexion: elle n'a pas lieu sans la sensation et, sans elle, il n'y a pas de croyance." (p.215)

    "Le sensitif ne va pas sans le corps, tandis que l'intelligence en est séparée." (p.224)

    "La faculté sensitive permet de juger du chaud et du froid, ainsi que des qualités dont la chair constitue une certaine proportion." (p.225)

    "Sans l'exercice des sens, on ne peut rien apprendre, ni comprendre. [...] Les contenus de la représentation sont, en effet, comme des données du sens, sauf qu'ils sont sans matière." (p.239)

    "La représentation sensitive, comme on l'a dit, appartient également aux animaux privés de raison, tandis que la représentation délibérative appartient aux animaux doués de raison." (p.249)

    "La raison pour laquelle nous n'avons pas de sensation par les os, les cheveux et les parties de ce genre, c'est qu'elles sont formées de terre. Et les plantes n'ont pas de sensation pour la même raison: c'est qu'elles sont formées de terre. Or, sans le toucher, aucun autre sens ne saurait leur être attribuée et l'organe de ce sens n'est formé exclusivement ni de terre, ni d'aucun autre élément." (p.256)
    -Aristote, De l'âme, in Gallimard, coll. Flammarion, 1993, 292 pages.

    "Il apparaît que les propriétés les plus importantes, aussi bien celles qui sont communes à tous les animaux que celles qui sont propres que celles qui sont propres à certains d'entre eux, sont celles qui sont communes à la fois à l'âme et au corps, comme la sensation, la mémoire, l'impulsion, l'appétit et le désir en général, et en outre le plaisir et la peine." (p.65)

    "Que par ailleurs toutes les propriétés qui viennent d'être mentionnées soient communes à l'âme et au corps, cela n'est pas douteux. Toutes, en effet, surviennent, pour les unes avec la sensation, pour les autres par la sensation. Certaines sont précisément des affections de la sensation, d'autres des dispositions de la sensation, d'autres encore assurent sa protection et sa sauvegarde, d'autres enfin provoquent sa destruction et sa privation." (p.66)

    "Chaque animal, en tant qu'animal, possède nécessairement la sensation. C'est par cela en effet que nous distinguons entre ce qui est animal et ce qui ne l'est pas. Si l'on traite maintenant de chaque sens en particulier, le toucher et le goût accompagnent nécessairement tous les animaux, le toucher pour la raison alléguée dans le traité De l'âme, et le goût à cause de la nutrition. C'est en effet ce sens qui distingue entre le plaisant et le désagréable dans la nourriture, de sorte que l'on se détourne de l'un et que l'on recherche l'autre, et, d'une manière générale, la saveur est une propriété de ce qui est nutritif. Quant aux sensations externes, chez les animaux capables de marcher, comme l'odorat, l'ouïe et la vue, leur présence assure la sauvegarde de tous ceux qui les possèdent, en leur permettant de rechercher leur nourriture en fonction d'une sensation antécédente et de se détourner de ce qui est mauvais et dangereux ; mais chez ceux qui possèdent en outre l'intelligence, ces sensations existent en vue du bien-vivre." (p.67)

    "La faculté de la vue nous révèle un grand nombre de différences de toutes sortes parce que tous les corps ont part à la couleur, si bien que c'est également par son intermédiaire que l'on perçoit le mieux les sensibles communs (j'appelle "communs" la grandeur, la figure, le mouvement, le nombre) ; l'ouïe, quant à elle, ne révèle que les différences du son, et, pour un petit nombre d'animaux, celles de la voix. Par accident, toutefois, c'est l'ouïe qui contribue le plus à l'intelligence. En effet, le discours, parce qu'il est audible, est cause du savoir, non pas par soi, mais par accident, car il se compose de mots et chaque mot est un symbole." (p.67)

    "Les organes sensoriels, parties du corps dans lesquelles les sens se situent naturellement." (p.68)

    "Démocrite, quand à lui, a raison de dire que l'œil est eau, mais il a tort de croire que la vision est l'image réfléchie. Ce phénomène se produit en effet parce que l'œil est lisse, et la vision n'est pas dans l'œil mais dans celui qui voit. Cette affection, en effet, est une réflexion. Mais, d'une façon générale, la production des images et la réflexion n'étaient alors pas encore clairement expliquées, semble-t-il. Il est également étrange qu'il ne se soit pas demandé pourquoi seul l'œil voit et aucune des autres choses sur lesquelles les simulacres se réfléchissent. Que donc l'organe de la vision soit fait d'eau, c'est vrai ; cependant la vision ne se produit pas en tant qu'il est eau, mais en tant qu'il est diaphane ; et c'est là une qualité qui est commune aussi à l'air. Mais l'eau se contient et se condense plus facilement que l'air. C'est pourquoi la pupille, et l'œil en son entier, sont fait d'eau." (p.70)

    "Il est clair que pour rendre compte de cette manière de chacun des organes sensoriels, c'est-à-dire les faire correspondre chacun à un élément, il faut supposer que, dans l'œil, ce qui voit est constitué d'eau, alors que ce qui perçoit les sons est constitué d'air et que l'odorat est du feu (en effet, ce que l'odorat est en acte, la faculté olfactive doit l'être en puissance, car le sensible fait passer le sens à l'acte, de sorte que, nécessairement, ce qu'il est alors, il l'était auparavant en puissance. D'autre part, l'odeur est une sorte d'exhalaison fumeuse, et toute exhalaison fumeuse vient du feu. C'est pourquoi aussi l'organe sensoriel de l'odorat a son lieu propre dans la partie qui entoure le cerveau. En effet, la matière de ce qui est froid est en puissance chaude ; et la génération de l'œil s'explique de la même façon: il se constitue à partir du cerveau et celui-ci est la plus humide et la plus froide des parties du corps). Quant à l'organe du toucher, il est fait de terre et le goût est une espèce du toucher. Aussi l'organe de ces deux sens est-il lié au cœur, car celui-ci s'oppose au cerveau et il est la partie la plus chaude du corps." (p.72)

    "Le sentir n'est pas comme l'acquisition, mais comme l'exercice du savoir." (p.81)

    "Démocrite et la plupart des physiciens qui traitent de la sensation font quelque chose de tout à fait absurde. Ils font en effet de tous les sensibles des objets du toucher. Pourtant, s'il en allait ainsi, il est évident que chacun des autres sens serait une sorte de toucher. Or il n'est pas difficile de s'apercevoir que c'est impossible. En outre, ils traitent des sensibles qui sont communs à tous les sens, comme s'ils étaient propres à chacun. En effet, le nombre, la figure, le rugueux et le lisse, comme l'aigu et l'émoussé des corps solides sont communs à plusieurs sens, sinon à tous, du moins à la vue et au toucher. C'est aussi pourquoi l'on peut se tromper sur les sensibles communs, mais pas sur les sensibles propres. Ainsi la vue ne se trompe pas sur la couleur, ni l'ouïe sur les sons." (p.83)

    "Une première espèce d'odeurs correspond aux saveurs, comme nous l'avons dit, et elles contiennent par accident l'agréable et le désagréable (en effet ce sont des affections de la faculté nutritive, et quand nous avons de l'appétit, leurs odeurs sont agréables, alors qu'elles ne le sont pas pour ceux qui sont repus et ne désirent plus rien, pas plus qu'elles ne sont agréables à ceux qui n'apprécient pas la nourriture qui dégage ces odeurs). [...] Les autres odeurs, quant à elles, sont agréables en soi, comme par exemple celles des fleurs." (p.86)

    "Chacune de ces qualités [couleur, saveur, odeur, son, lourd, léger, chaud, froid, dur, mou] est productrice de sensation (car c'est à leur capacité de mettre la sensation en mouvement que toutes doivent leur nom." (p.91)

    "L'intellect ne saisit pas les objets externes sans le concours de la sensation." (p.91)

    "Dans l'exercice d'une unique sensation, l'âme ne peut percevoir simultanément deux qualités si elles n'ont pas été mélangées. [...] Il n'est [...] pas possible que l'on perçoive deux choses en même temps par une seule sensation." (p.98)

    "Tout sensible est une grandeur et il n'y a pas d'indivisible qui soit sensible." (p.103)

    "L'objet de l'odorat et celui de l'ouïe, c'est-à-dire tous ceux des sensibles que l'on ne perçoit pas par contact." (p.103)

    "Quand on possède la science et la sensation en dehors de leur exercice même, alors on se souvient dans un cas, que l'on a appris ou étudié, dans l'autre, qu'on a entendu, vu ou senti de quelque autre manière." (p.106)

    "L'antérieur et le postérieur sont dans le temps." (p.108)

    "On considère que celui qui sent est éveillé et que tout individu éveillé a la sensation d'un certain mouvement, externe ou interne. Si donc le fait d'être éveillé ne réside pas en autre chose que dans le fait de sentir, il est clair que c'est ce par quoi l'on sent qui fait que les individus éveillés sont éveillés et que les individus endormis sont endormis." (p.122)

    "La veille se définit par la libération de la sensation." (p.124)

    "Le sommeil est une certaine affection de la partie sensitive, comme un lien et une immobilisation, de sorte que, nécessairement, tout animal qui dort possède la partie sensitive." (p.124)

    "Il est impossible que l'acte de la sensation, au sens éminent et absolu du terme, se produise en même temps que l'on dort." (p.124)

    "Les êtres qui possèdent la sensation connaissent aussi la souffrance et la jouissance et les êtres qui connaissent ces états possèdent aussi l'appétit. Mais les plantes ne possèdent rien de tout cela." (p.125)

    "Certains animaux ont tous les sens, alors que certains ne les ont pas tous." (p.126)

    "Tous les sens subissent nécessairement la même affection dans ce qu'on appelle le sommeil." (p.126)

    "Chaque sens en particulier possède d'une part quelque chose de propre, d'autre part quelque chose de commun (ainsi la vue possède-t-elle en propre le voir, l'ouïe l'entendre et chaque sens les autres facultés de la même manière) ; posons d'autre part qu'il y a aussi une faculté commune qui les accompagne tous, et par laquelle on sent que l'on voit et que l'on entend (en effet ce n'est assurément pas par la vue qu'on voit, et ce n'est certes pas par le goût, ni par la vue ni par les deux que l'on juge et que l'on est apte à juger que ce qui est sucré diffère de ce qui blanc, mais c'est grâce à une partie commune à tous les organes sensoriels ; c'est en effet une unique sensation et l'organe sensoriel principal est un, bien qu'il diffère en tant qu'il est une sensation qui se rapporte à chaque genre de sensible, comme le son et la couleur)." (p.126)

    "Le sommeil ne consiste pas dans le repos des sens et dans leur non-usage, pas plus que dans l'impossibilité de sentir (dans les cas d'évanouissement en effet se produit aussi quelque chose de tel, car l'évanouissement est une impuissance de la sensibilité et certains cas d'inconscience prennent aussi cette forme ; en outre, ceux dont les veines du cou sont comprimées deviennent insensibles). Le sommeil se produit, plutôt, quand il devient impossible de faire usage de la sensibilité, non pas dans n'importe quel organe sensoriel, ni sous l'effet de n'importe quelle cause, mais, comme on vient de le dire, dans l'organe sensoriel premier par lequel nous avons la sensation de toutes choses. En effet, lorsque celui-ci ne peut plus accomplir sa fonction, les organes sensoriels sont tous dans l'impossibilité de sentir, mais quand c'est le cas de l'un d'eux, il n'y a pas nécessité que lui ne sente pas." (p.128)

    "Tous les animaux sanguins ont un cœur et le principe du mouvement et de la sensation principale vient de cet organe." (p.129)

    "Tout animal se meut lorsqu'une certaine sensation, propre ou externe, se produit dans l'organe sensoriel premier." (p.130)
    -Aristote, Petits traités d’histoire naturelle (Parva Naturalia), Gallimard, coll. Flammarion, 2000, 229 pages.


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    « Et comment peut-il être bon, lui qui n’a pas même de sévérité contre les méchants ! »  
    -Archélaos de Sparte.


    « Agir par vertu n’est autre chose en nous qu’agir et vivre, conduits par la raison, et conserver son être, et d’après ce fondement de la vertu qu’il faut rechercher sa propre utilité. »
    -Spinoza, Éthique, IV, 24, 1677.

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    Re: Aristote, Œuvres complètes

    Message par Johnathan R. Razorback le Mar 18 Oct - 14:25

    "La question qui sert de tremplin à ce que nous appelons l' "éthique" aristotélicienne est donc en réalité de savoir que faire de préférence pour donner sens à la vie humaine, lorsque, libre, affranchi de tout besoin économique, l'on peut se consacrer tout entier à ce qui nous semble le mieux. Et les réponses controversées à cette question sont supposées définir en quelque sorte une politique des loisirs, au bénéfice de l'homme libre, disposant de tout son temps, sinon soustrait entièrement à l'obligation de travailler pour vivre. D'où le soin que met Aristote à récuser l'éventualité selon laquelle le jeu puisse sérieusement rendre heureux, c'est-à-dire donner sens parfaitement à la vie humaine. D'où aussi, dès le départ, lorsqu'il s'agit de présenter les genres de vie adoptés le plus souvent, l'absence totale de référence à tout ce qui pourrait être l'exercice d'un métier ou d'un art quelconque. Ce silence peut surprendre aujourd'hui ceux pour qui le travail ou, plus encore, la vie artistique sont des valeurs. Mais c'est un silence qui, du point de vue d'Aristote, s'explique parfaitement. Ce n'est pas seulement du fait qu'une vie professionnelle ou l'exercice d'un art à titre de métier répondent le plus souvent au besoin de simplement vivre ; c'est aussi et surtout du fait que ces activités "productrices" sont finalisées par l'œuvre qu'elles produisent "en dehors" d'elles-mêmes. La raison d'être de ces activités qu'on appellera plus tard "transitives" est en effet dans cela même qu'elles produisent. Par conséquent, de telles activités ne sont pas en elles-mêmes des fins ultimes pour lesquelles l'on puisse se proposer de vivre." (p.26-27)

    "Aristote admet bien entendu qu'utile ou plaisante, l'œuvre produite n'est pas créée sans plaisir chez son auteur et qu'au contraire, le plaisir de l'auteur est à la mesure de la réussite de son produit [...]. Mais, précisément, Aristote exclut comme une évidence qu'un produit réussi (de beaux chants) puisse ultimement donner sens à la vie humaine, parce que cela voudrait dire que la vie de l'homme, en définitive, n'aurait pas de sens en dehors d'elle-même, mais trouverait sa justification ultime hors d'elle-même, dans certains produits que d'autres tiennent pour utiles ou agréables ; ce qui, pour notre philosophe, est une forme manifeste d'aliénation, comparable à l'aliénation servile. Il n'évoque même pas la possibilité qu'on puisse envisager les choses autrement." (note 3 p.27)

    "Une réflexion sur le plaisir, la vertu et la sagacité ne conduit donc pas Aristote à prendre vraiment parti dans la controverse qui oppose les genres de vie tels que leurs partisans respectifs les défendent. En somme, il est probablement acquis d'avance, à ses yeux, qu'aucun genre de vie tel que ses partisans le défendent ne répond exactement à l'exigence de donner un sens ultime à l'existence humaine. Pourtant -et c'est là une tendance caractéristique de la critique aristotélicienne dans le traitement de toutes les questions philosophiques- Aristote incline à penser qu'il y a une part de vérité dans chacune des aspirations qu'incarnent à leur façon les trois genres de vie identifiés. Le défi qu'il relève [...] consiste donc plutôt à montrer que le plaisir, la vertu et la sagacité sont des valeurs qui, loin de s'exclure mutuellement, non seulement sont conciliables, mais sont de nature à s'unir et se fondre dans un même genre de vie qui donne un sens ultime à l'existence humaine." (p.29)

    "Si l'intelligence du bien à poursuivre, plutôt que l'habileté à trouver rationnellement, par délibération, les moyens de l'atteindre, constitue le trait distinctif de la sagacité, c'est à son lien avec la vertu morale qu'elle doit ce trait distinctif. D'où la nuance, capitale, qui sépare l'aristotélisme du pur rationalisme éthique. La bonne action, selon Aristote, n'est pas celle qui traduit simplement la raison, mais celle qui traduit la raison droite, car la sagacité n'est raison droite que par son association avec la vertu morale." (p.42-43)
    -Richard Bodéüs, Introduction à Aristote, Éthique à Nicomaque, GF Flammarion, 2004, 560 pages.

    "S'agissant de la politique, on n'est pas un auditeur approprié lorsqu'on est jeune. Car on n'a pas l'expérience des actions que suppose l'existence, alors que les arguments sont tirés d'elles et portent sur elles ; et de plus, enclin par ailleurs à suivre ses affections, on va écouter en vain et sans profit, dès lors que la fin n'est pas connaissance, mais action. Et puis importe qu'on soit jeune par l'âge ou jeunet de caractère, car le défaut n'a rien à voir avec le temps, mais vient du fait qu'on se comporte affectivement dans la vie et la poursuite de chaque chose. Pour de telles personnes, en effet, la connaissance devient sans utilité, comme pour ceux qui ne sont pas maîtres d'eux-mêmes, alors que, pour ceux qui rationalisent leurs désirs et leurs actions, il peut y avoir un grand profit à tirer d'un savoir sur ces matières." (p.51-52)

    "Et quel est le bien placé au sommet de tous ceux qui sont exécutables ?
    Sur un nom, en somme, la toute grosse majorité tombe d'accord: c'est le bonheur, en effet, disent et la masse et les personnes de marque. Au reste, avoir une vie de qualité ou réussir, c'est la même chose dans leurs conceptions, qu'être heureux. Mais le bonheur, qu'est-ce que c'est ? On entre dans la controverse et la masse n'apporte pas une réponse pareille à celle des sages
    ." (p.53-54)

    "Il faut partir des données connues." (p.55)

    "La conception qu'on a du bien et du bonheur, non sans raison, découle selon toute apparence du mode d'existence que l'on mène.

    Pour la masse et les gens les plus grossiers, c'est le plaisir. Aussi bien l'existence qu'ils aiment est-elle faite de jouissances -car les trois modes principaux d'existence les plus saillants sont celle qu'on vient de dire, celle du politique et, troisièmement, l'existence consacrée à la méditation. Ainsi donc la masse se montre complètement servile, préférant une existence de bestiaux
    ." (p.56-57)

    "Le bien ne peut être une quelconque réalité commune, universelle et une." (p.60)

    "Par ailleurs, est final, disons-nous, le bien digne de poursuite en lui-même, plutôt que le bien poursuivi en raison d'un autre ; de même, celui qui n'est jamais objet de choix en raison d'un autre, plutôt que les biens dignes de choix et en eux-mêmes et en raison d'un autre ; et donc, est simplement final le bien digne de choix en lui-même en permanence et jamais en raison d'un autre. Or ce genre de bien, c'est dans le bonheur surtout qu'il consiste, semble-t-il. Nous le voulons, en effet, toujours en raison de lui-même et jamais en raison d'autre chose. L'honneur, en revanche, le plaisir, l'intelligence et n'importe quelle vertu, nous les voulons certes aussi en raison d'eux-mêmes (car rien n'en résulterait-il, nous voudrions chacun d'entre eux), mais nous les voulons encore dans l'optique du bonheur, dans l'idée que, par leur truchement, nous pouvons être heureux, tandis que le bonheur, nul ne le veut en considération de ces biens-là, ni globalement, en raison d'autre chose." (p.67)

    "Le bonheur paraît quelque chose de final et d'autosuffisant, étant la fin de tout ce qu'on peut exécuter." (p.68)

    "De même, en effet, qu'un flûtiste, un sculpteur, tout artiste et globalement ceux qui ont un certain office et une action à exécuter semblent trouver, dans cet office, leur bien et leur excellence, de la même façon, on peut croire que l'homme aussi se trouve dans cette situation, si tant est qu'il ait quelque office.
    Serait-ce donc qu'un menuisier et un cordonnier ont des offices et des actions à exécuter, alors que l'homme n'en aurait aucun et serait naturellement sans fonction ? Ou bien peut-on poser qu'à l'exemple de l'œil, de la main, du pied et en somme chacun de ses membres, qui ont visiblement un office, l'homme aussi en a un, à côté de tous ceux-là ? Alors, que peut-il donc bien être ?
    Vivre, en effet, constitue manifestement un office qu'il a en commun même avec les plantes ; or on cherche ce qui lui est propre ; il faut donc écarter la vie nutritive ou de croissance. D'autre part, il y aurait, à sa suite, une certaine vie sensitive ; mais manifestement, elle aussi, est commune au cheval, au bœuf et à tout animal. Reste donc une certaine vie active à mettre au compte de ce qu'il y a de rationnel, c'est-à-dire ce qui, d'un côté, obéir à la raison et, de l'autre, la possède et réfléchit
    ." (p.70)

    "Avec la vérité, en effet, toutes les données sont en accord, tandis qu'avec l'illusion, on constate bien vite leur désaccord." (p.74)

    "Nul ne dirait juste celui qui n'a pas de joie à faire la justice, ni généreux celui qui n'en a pas aux actions généreuses [...] les actions vertueuses sont plaisantes, mais aussi bonnes et belles." (p.77)

    "Le bonheur est ensemble la chose la meilleure, la plus belle et la plus plaisante." (p.77)

    "Confier ce qu'il y a de plus grand et de plus beau [c.a.d le bonheur] à la fortune serait par trop étourdis." (p.80)

    "Nous avons posé que la fin de la politique est le bien suprême. Or la politique met le plus grand soin à faire que les citoyens possèdent certaines qualités, qu'ils soient bons et en mesure d'exécuter ce qui est beau.
    Notre sentiment a donc de l'allure quand nous refusons de dire heureux un bœuf, un cheval ou n'importe quel autre animal, car nul d'entre eux n'est en mesure d'avoir en partage ce genre d'activité. Et c'est pour ce motif que même un enfant n'est pas heureux, parce qu'il n'est pas encore capable d'exécuter de telles actions, vu son âge
    ." (p.81)

    "Si l'on ne veut pas déclarer heureux les gens en vie, c'est en raison des vicissitudes de la vie et parce qu'on se fait du bonheur l'idée d'une chose ferme et malaisée à renverser de quelque façon que ce soit, alors que la roue de la fortune tourne souvent pour les mêmes individus. Il est clair, en effet, que si nous suivons pas à pas les caprices de la fortune, nous allons souvent dire que le même individu et heureux et malheureux tour à tour, donnant de l'homme heureux l'image d'une sorte de caméléon et d'édifice branlant.

    Ne faut-il pas plutôt dire que s'en remettre, pour en juger, aux caprices de la fortune est incorrect de toutes les façons ? Ce n'est pas à eux que tient, en effet, le fait de vivre bien ou mal. Au contraire, ils offrent le supplément dont a besoin l'existence humaine, comme nous le disions. Et ce qui en décide souverainement, ce sont les actes vertueux dans le cas du bonheur et les actes contraires à la vertu dans le contraire
    ." (p.83-84)

    "[L'homme heureux] supportera aussi les caprices de la fortune avec le plus beau visage et restera partout entièrement à son affaire, du moins s'il est véritablement bon "et d'une carrure irréprochable".
    Cependant, bien des choses se produisent au gré de la fortune et il y a une différence entre les grands et les petits aléas.
    Quand elles sont petites, les marques d'une bonne fortune et pareillement d'une fortune opposée ne pèsent évidemment pas lourd dans la vie.
    Quand ce sont, en revanche, de grandes faveurs et qu'elles se répètent souvent, elles peuvent accroitre considérablement la félicité de l'existence, car elles l'assortissent naturellement ainsi d'une parure en supplément et l'on en peut faire un bel usage et vertueux.
    A l'inverse, si ce sont des revers, ils entament et gâtent la félicité car ils accumulent chagrins et obstacles à bien des activités. Et pourtant, même dans ces cas, on voit dans tout son éclat ce qui est beau, chaque fois que quelqu'un supporte sans aigreur des infortunes nombreuses et de taille, non par insensibilité à la douleur, mais parce qu'il possède noblesse et grandeur d'âme
    ." (p.85)

    "On ne peut être, en effet, arraché au bonheur aisément, ni par n'importe quel revers. Au contraire, cela nécessite de grandes infortunes, qui se multiplient. Après de telles infortunes, on ne peut pas non plus recouvrer le bonheur en peu de temps." (p.86)
    -Aristote, Éthique à Nicomaque, Livre I, traduction Richard Bodéüs, GF Flammarion, 2004, 560 pages.

    "La période où l'homme bon et le méchant se distinguent avec le moins d'évidence, est celle du sommeil. Aussi dit-on qu'il n'y a pas la moindre différence, la moitié de l'existence, entre les gens heureux et les misérables. Et c'est le cas selon toute vraisemblance, car l'inactivité en quoi consiste le sommeil est celle de l'âme dans les limites où elle peut être dite vertueuse ou vicieuse. A moins que dans une faible mesure, certaines émotions ne lui parviennent encore et que, par là, les représentations oniriques des gens honnêtes ne valent mieux que celles du tout-venant!" (p.96)

    "Il y a quelque chose, à côté de la raison, qui lui est contraire et qui marche contre elle.

    Comment s'en distingue-t-elle ? Peu importe, mais elle aussi, visiblement, participe de la raison, comme nous le disions ; elle est, en tout cas, aux ordres de la raison chez le continent et peut-être est-elle plus encore à son écoute chez le tempérant et le courageux, puisque, en tout, chez eux, elle s'accorde à la raison.

    Visiblement donc, l'irrationnel lui-même est double, puisque le végétatif n'a d'aucune façon part à la raison, tandis que l'appétitif ou globalement le désidératif y participe d'une certaine façon, c'est-à-dire dans la mesure où il est à son écoute et prêt à lui obéir. Il en tient compte au sens où nous disons tenir compte des avis de notre père et de nos amis [...]
    Que l'irrationnel obéisse d'une certaine façon à la raison, c'est d'ailleurs ce que suggèrent encore l'admonestation et toutes les formes de réprimandes ou d'encouragements
    ." (p.97-98)

    "La sagesse, la compréhension, la sagacité sont d'ordre intellectuel, mais la générosité et la tempérance, d'ordre moral." (p.98)

    "Aucun des vertus morales ne nous est donnée naturellement." (p.99)

    "Rien de ce qui est naturel ne se modifie par l'habitude. Ainsi, la pierre qui se porte naturellement vers le bas, ne peut prendre l'habitude de se porter vers le haut, même si on veut la lui faire contracter en la jetant dix mille fois en l'air." (p.100)

    "Les vertus, nous les tirons d'actes préalables, comme c'est le cas des techniques au demeurant. En effet, ce qu'on doit apprendre à faire, c'est en le faisant que nous l'apprenons. Ainsi, c'est en bâtissant qu'on devient bâtisseur et en jouant de la cithare qu'on devient cithariste. De la même façon, c'est donc aussi en exécutant des actes justes que nous devenons justes, des actes tempérants qu'on devient tempérant et des actes courageux qu'on devient courageux." (p.100-101)

    "Les législateurs, en effet, cherchent à créer, chez leurs concitoyens, les habitudes qui les rendent bons et le souhait de tout législateur est celui-là. Quant à tous ceux qui échouent à le faire, ils ratent leur but. Et c'est là ce qui distingue un bon régime politique d'un mauvais." (p.101)

    "L'excès de gymnastique et son défaut ruinent la vigueur et, pareillement, le boire et le manger en trop grande ou trop petite quantité ruinent la santé, tandis que, en quantité mesurée, ils la produisent, l'accroissent et la conservent.
    C'est donc ce qui se passe aussi dans le cas de la tempérance, du courage et des autres vertus. En effet, celui que tout fait fuir, qui a peur de tout et qui ne fait front devant rien, devient un lâche ; et celui qui ne craint absolument rien, mais marche au-devant de tous les dangers, devient un téméraire. Pareillement, de son côté, celui qui jouit de chaque plaisir et ne se garde d'aucun, devient intempérant, tandis que celui qui les fuit tous, comme font les rustres, devient quelqu'un d'insensible.
    Donc ce qui ruine la tempérance et le courage, ce sont l'excès et le défaut, tandis que l'équilibre les conserve
    ." (p.104)

    "Plaisirs et chagrins rendent mauvais, parce qu'on poursuit les uns et qu'on fuit les autres à mauvais escient: tantôt ce sont ceux qu'il ne faut pas, tantôt c'est quand il ne faut pas, tantôt c'est de la façon qu'il ne faut pas... et on peut ainsi déterminer, à la lumière de la raison, toute une série de manières de mal se comporter." (p.106)

    "Par affections, j'entends: appétit, colère, crainte, intrépidité, envie, joie, amour, haine, tristesse, jalousie, pitié, ... en somme, ce qui entraîne à sa suite plaisir et chagrin.
    Par capacités: ce qui fait dire que nous sommes enclins à ces affections, par exemple, que nous sommes capables de colère ou de chagrin ou de pitié.
    Et par états: ce qui fait que nous sommes, relativement à ces affections, dans de bonnes ou de mauvaises dispositions. Si, par exemple, nous avons pour la colère de fortes ou de faibles dispositions, nous sommes mal disposés, mais si nous y sommes moyennement disposés, c'est une bonne disposition. Et il en va de même relativement aux autres affections
    ." (p.110-111)

    "Nous tenons nos capacités de la nature, alors que nous ne naissons pas naturellement bons ou mauvais." (p.112)

    "La vertu de l'homme doit aussi être l'état qui fait de lui un homme bon et qui lui permet de bien remplir son office propre." (p.112-113)

    "La vertu est un état décisionnel qui consiste en une moyenne fixée relativement à nous." (p.116)

    "Lorsqu'elles ont trait aux actions, les définitions universelles sont assez creuses, alors que celles qui portent sur le particulier font mieux voir la vérité, car les actions appartiennent au domaine des choses particulières et c'est sur ce terrain-là qu'on a besoin de parler de la même voix." (p.118-119)
    -Aristote, Éthique à Nicomaque, Livre II, traduction Richard Bodéüs, GF Flammarion, 2004, 560 pages.

    "Semblent non consentis les actes qui s'accomplissent (a) par violence ou (b) par ignorance." (p.131)

    "De telles actions sont embrouillées, mais elles ont plutôt l'air d'être consenties." (p.132)

    "Il est sans doute certains actes, auxquels on ne peut se laisser contraindre. Au contraire, il faut plutôt mourir en subissant les plus terribles tourments." (p.133)

    "Ceux qui agissent par violence et contre leur gré le font en peinant, alors que ceux qui exécutent un acte parce qu'il est agréable et beau le font avec plaisir." (p.135)

    "Tout méchant ignore ce qu'il doit réellement accomplir et ce dont il lui faut se garder ; c'est même en raison de ce genre de déviation que les hommes deviennent injustes et globalement mauvais. [...] L'ignorance impliquée dans la décision d'agir du méchant n'entraîne pas son non-consentement à l'action ; au contraire, elle est seulement responsable de sa méchanceté." (p.136)

    "On doit aussi se mettre en colère devant certaines choses et avoir de l'appétit pour certaines autres, la santé, par exemple, et l'apprentissage." (p.139-140)

    "La décision n'est pas une chose qu'ont également en partage les êtres sans raison, alors que l'appétit et l'ardeur le sont. [...]
    De plus, la décision peut contrarier l'appétit, alors que l'appétit ne se contrarie pas lui-même.
    De plus, l'appétit a pour objet l'agréable et le pénible, alors que la décision n'a pour objet ni le pénible ni l'agréable
    ." (p.141)

    "Et de plus, le souhait porte plutôt sur la fin, alors que la décision porte sur ce qui conduit à cette fin. Ainsi, nous souhaitons avoir la santé, mais nous décidons les actes par lesquels nous l'aurons. Nous souhaitons aussi être heureux et nous en exprimons le souhait, mais dire "nous le décidons", ça sonne faux, parce, en somme, la décision, selon toute apparence, concerne ce qui dépend de nous-mêmes." (p.142)

    "Les choses éternelles ne sont jamais matière à délibération: par exemple, l'Univers." (p.144)

    "Dans l'absolu et en vérité l'objet du souhait, c'est le bien, mais chaque particulier trouve souhaitable ce qui lui paraît bon. Ainsi donc, le vertueux trouve souhaitable ce qui est véritablement bon, tandis que le vilain trouve souhaitable n'importe quoi." (p.151)

    "Le grand nombre, en revanche, est en proie, semble-t-il, à l'illusion due au plaisir, car celui-ci n'est pas un bien mais paraît l'être. La masse prend donc l'agrément pour le bien et fuit le chagrin comme le mal." (p.152)

    "Si nous ne pouvons faire remonter nos actes à d'autres points de départ que ceux qu'on trouve en nous, alors les forfaits qui ont en nous leurs points de départ sont, eux aussi, des choses qui dépendent de nous et ils sont consentis." (p.153)

    "Le vicieux, tout comme le vertueux, dispose aussi de lui-même dans ses actions, à défaut d'en disposer quand il s'agit de la fin." (p.157)
    -Aristote, Éthique à Nicomaque, Livre III, traduction Richard Bodéüs, GF Flammarion, 2004, 560 pages.

    "Les vertus dont nous avons parlé et esquissé le genre sont des moyennes et des états ; elles ont pour origine les mêmes actions qu'elles engagent d'elles-mêmes à exécuter ; elles sont à notre portée, et elles relèvent du consentement." (p.159)

    "Il y a un certain nombre de maux qu'on doit craindre, c'est-à-dire qu'il est beau de craindre et mal de ne pas le faire. Ainsi, l'infamie: celui qui la redoute est en effet honnête et respectable et celui qui ne la craint pas est un impudent." (p.160)

    "[Les dangers que suppose la guerre] impliquent en effet le plus grand risque et le plus beau. [...] Donc, au sens fondamental du terme, sera dit courageux celui que n'effraie pas une belle mort ni rien de ce qui conduit à la mort de façon imminente, c'est-à-dire principalement les dangers de la guerre." (p.161)

    "Celui qui affronte dans sa crainte ce qu'il doit et pour la cause qu'il doit -il faut aussi que ce soit comme il doit et quand il doit, et qu'il soit intrépide de la même façon-, celui-là est courageux. C'est en effet comme l'exige la situation et comme le voudrait la raison que s'exercent les affections et les actions du courageux." (p.163)

    "On définit [...] chaque être par sa fin." (p.163)

    "Le lâche est [...] une sorte de pessimiste puisqu'il craint tout, alors que le courageux est tout le contraire, car l'intrépidité est la marque de l'optimiste." (p.164)

    "Mourir pour fuir la pauvreté, un chagrin d'amour ou quelque chose de désagréable n'est pas le fait d'un courageux, mais plutôt d'un lâche. C'est mollesse en effet que vouloir échapper aux choses pénibles et on affronte alors le trépas, non parce que c'est beau, mais pour fuir un mal." (p.165)

    "Ce n'est pas par contrainte qu'on doit être courageux, mais parce que c'est beau." (p.166)

    "Il n'en semblera pas moins que le comportement courageux poursuit une fin agréable, quoique cela soit éclipsé par les circonstances qui l'entourent.
    Ainsi en va-t-il encore dans les concours gymniques. Les pugilistes en effet trouvent agréable la fin pour laquelle ils combattent (la couronne et les honneurs). Or les coups reçus sont douloureux pour des gens faits de chair et ils leur sont pénibles, ainsi que tout le travail ardu qu'ils se donnent. Et le grand nombre de ces coups fait que le but, qui est modeste, paraît n'avoir aucun agrément. Si donc tel est aussi le but que poursuit le courage, la mort et les blessures seront pénibles au courageux et envisagées par lui à contrecœur ; mais il les affrontera parce que c'est beau ou parce que c'est laid de ne pas le faire. [...]
    Toutes les vertus n'impliquent donc pas une activité agréable, sauf dans la mesure où l'on touche à la fin.
    " (p.171)

    "L’intempérant cultive l'appétit de tous les plaisirs ou des plus excitants, et il se laisse guider par l'appétit jusqu'à leur sacrifier tout le reste." (p.177)

    "Des personnes pour qui les plaisirs manquent d'attraits et auxquelles les agréments n'inspirent pas la joie qui convient, de telles personnes ne se rencontrent pas vraiment, car la nature humaine répugne à pareille insensibilité." (p.178)

    "Si donc, il se trouve un être qui n'a de plaisir à rien et trouve indifférente une chose ou l'autre, il doit être bien loin de la nature humaine." (p.178)

    "Insatiable est l'aspiration à l'agréable, sollicité comme elle l'est de tous côtés chez celui qui est privé d'intelligence. [...]
    Tout comme l'enfant doit vivre aux ordres de son instructeur, exactement de la même façon, l'appétitif doit en effet respecter la raison. Aussi doit-il, chez le tempérant, s'accorder avec elle, car leur but à tous deux est, chez lui, ce qui est beau. Autrement dit, l'appétitif du tempérant a pour objet ce qu'il doit, comme il le doit, quand il le doit, et, de son côté, la raison dispose aussi de la sorte.
    Voilà donc ce que nous devions dire de la tempérance
    ." (p.180)

    "Est [...] prodigue celui qui se ruine par sa propre faute. Or une façon, semble-t-il, de se ruiner, c'est aussi de détruire son avoir, vu que la vie en dépend." (p.181)

    "La richesse fait partie des choses utiles." (p.181)

    "La vertu en effet a plutôt pour caractéristique de bien faire que de bénéficier, et d'exécuter les belles actions plutôt que de ne pas en accomplir de laides. Or on n'a pas de peine à voir que donner se rattache à l'acte de bien faire et d'accomplir ce qui est beau, tandis que retirer un profit se rattache à l'acte de bénéficier ou de s'abstenir de mal faire." (p.182)

    "Le geste vertueux a de l'agrément ou se fait sans peine et il est ce qu'il y a de moins affligeant." (p.183)

    "La vertu fait éprouver plaisir et chagrin pour les motifs qu'il faut et de la manière qu'il faut." (p.185)

    "Il en est en revanche dont l'excès consiste à faire des profits en puisant à toutes les sources tout ce qu'ils peuvent, comme ceux qui se livrent à des besognes sordides: les loueurs de prostituées et tous les individus de cet acabit, ou les prêteurs de petites sommes à gros intérêts... Toutes ces personnes, en effet, ont des sources de revenus indues ou font des profits en quantité indue. Du reste, leur trait commun, c'est l'intérêt sordide visiblement, puisque tous, par appât d'un gain minime, endurent des marques d'opprobre." (p.189)

    "Celui qui se digne de grandes faveurs alors qu'il en est indigne, est un vaniteux [...]
    Quant à celui qui pense mériter de moindres faveurs que celles auxquelles il a droit, c'est un pusillanimes
    ." (p.197)

    "L'honneur, c'est la récompense de la vertu et ce que l'on rend comme un dû aux hommes de bien." (p.199)

    "L'homme de bien seul doit être honoré." (p.201)

    "Sans une vertu parfaitement achevée en effet, ces biens extérieurs [pouvoir et richesses] n'en sont pas et les gens qui possèdent ce genre de biens deviennent méprisants et orgueilleux car, sans vertu, il n'est pas facile de porter avec équilibre les fardeaux de la bonne fortune. Or, incapables de le faire et s'imaginant supérieurs aux autres, ils les méprisent alors qu'eux-mêmes agissent n'importe comment." (p.201)

    "Le magnanime, lui, a de justes raisons de mépris, parce qu'il se fait des autres une opinion vraie." (p.201)

    "[Le magnanime] trouve par ailleurs nécessaire d'afficher ce qu'il déteste et ce qu'il aime, car le secret trahit un timoré, de cultiver la vérité plutôt que l'opinion et de parler et d'agir au grand jour." (p.203)

    "Accepter d'être traîné dans la boue ou détourner les yeux quand ses intimes le sont semblent des attitudes serviles." (p.209)

    "Il ne sied pas d'avoir la même préoccupation envers des familiers et des étrangers." (p.212)

    "Celui qui est perpétuellement mécontent, on l'a dit, c'est un grincheux et un querelleur." (p.213)

    "L'on ne s'amuse pas de la même façon selon qu'on a de la nature d'un homme de condition libre ou celle d'un être servile et il y a une différence selon qu'on a de l'éducation ou qu'on n'en a pas." (p.219)

    "La détente et l'amusement sont dans l'existence une nécessité." (p.221)

    "Quant à la pudeur, il ne convient pas d'en parler comme d'une quelconque vertu puisqu'elle a plutôt l'allure d'une affection que d'un état." (p.221)

    "Toutefois, cette affection ne s'accorde pas avec n'importe quel âge. Elle convient au contraire à la jeunesse.
    Nous croyons en effet qu'on doit à cet âge être pudique parce que la vie affective pousse à beaucoup de fautes et que la pudeur les empêche.
    " (p.222)
    -Aristote, Éthique à Nicomaque, Livre IV, traduction Richard Bodéüs, GF Flammarion, 2004, 560 pages.

    "Le genre d'état qu'on entend appeler justice est celui qui pousse à exécuter les actes justes, c'est-à-dire qui entraîne à agir justement et à souhaiter tout ce qui est juste. De la même manière d'ailleurs, on dit aussi de l'injustice qu'elle est l'état qui entraîne à être injuste et à souhaiter ce qui est injuste." (p.225)

    "Il semble que soient injustes et l'individu qui transgresse la loi et celui qui se montre cupide et inéquitable. [...] Donc, ce qui est juste, c'est ce qui est légal et c'est ce qui est équitable, tandis que ce qui est injuste, c'est ce qui est illégal et ce qui est inéquitable." (p.227)

    "Nous appelons justes les prescriptions susceptibles de produire et de garder le bonheur et ses parties constituantes au profit de la communauté des citoyens." (p.229)

    "La justice constitue la vertu finale, et ce, non de manière pure et simple, mais relativement à autrui." (p.230)

    "Beaucoup de personnes en effet, dans leurs affaires personnelles, savent se comporter avec vertu, alors que dans les affaires qui regardent autrui, ils en sont incapables." (p.231)

    "Le pire individu est celui dont la méchanceté s'exerce autant contre lui-même qu'envers ses proches, mais le meilleur n'est pas celui dont la vertu s'exerce envers lui-même: c'est au contraire celui qui l'exerce envers autrui, car ce comportement représente une tâche difficile." (p.231-232)

    "La loi prescrit en effet chaque vertu dans la vie et interdit toute manifestation de méchanceté." (p.235)

    "Si les personnes ne sont pas égales, elles ne peuvent obtenir des parts égales.
    Et c'est de là que viennent les disputes et les plaintes, soit que des parts inégales se trouvent attribuées à des personnes égales, soit que des personnes inégales se trouvent en possession de parts égales lors des distributions.
    De plus, la considération du mérite donne le voir. Ce qui est juste dans les partages doit en effet, tout le monde le reconnaît, refléter un certain mérite
    ." (p.238)

    "Donc, ce qui est juste, c'est quelque chose de proportionnel." (p.238)

    "Le moindre mal est en effet préférable au plus grand ; or le préférable constitue le bien et plus il est préférable, plus ce bien est grand." (p.241)

    "L'égalité ne traduit pas la proportionnalité exigée dans le premier cas: elle traduit au contraire la proportion arithmétique." (p.241-242)

    "La seule chose que considère la loi, traitant les personnes sur un pied d'égalité, c'est de savoir si l'une a commis une injustice dont l'autre a été victime, autrement dit, si l'un a causé un dommage dont l'autre a été victime." (p.242)

    "C'est en effet parce qu'on retourne en proportion de ce qu'on reçoit que la Cité se maintient." (p.247)

    "Elle porte ce nom de monnaie [en grec: nomisma], parce qu'elle tient, non pas à la nature, mais à la loi [en grec: nomos] et qu'il ne tient qu'à nous d'en changer et de la retirer de l'usage." (p.249)

    "On peut commettre une injustice sans être quelqu'un d'injuste. [...]
    Qu'on suppose en effet quelqu'un qui a eu commerce avec une femme, sachant à qui il avait affaire, mais pas sous l'empire d'une décision, cèdent au contraire à l'affection: il commet certes une injustice, mais il n'est pas un homme injuste. Ainsi, l'on n'est pas voleur, même si l'on a volé, ni adultère, même si l'on a commis un adultère
    ." (p.254)

    "Personne ne décide de se nuire à lui-même. C'est pourquoi il ne peut être question d'injustice dans le rapport à soi-même." (p.258)

    "Dans ce qui est juste entre concitoyens, il y a, d'un coté, ce qui est naturel et, de l'autre, ce qui est légitime.
    Est naturel, ce qui présente partout la même puissance, et ce qui est juste indépendamment du fait que l'opinion l'approuve ou non.
    Est, en revanche, légitime, ce qu'il est au départ totalement indifférent d'instituer d'une façon ou d'une autre, mais qui, une fois établi, prends son importance [juste conventionnel, comme le code de la route].
    " (p.260)

    "Quelqu'un se montre juste ou injuste dans ses actes chaque fois qu'il les exécute de son plein gré." (p.265)

    "Lorsqu'on fait du tort à la suite d'une décision, on est quelqu'un d'injuste et de méchant." (p.268)

    "Nul n'est une victime consentante de l'injustice, parce que nul ne souhaite se nuire [...] nul en effet ne souhaite ce qu'il ne croit pas être vertueux. [...]
    Voilà donc pour ce qui est de subir l’injustice: la victime n'est pas consentante, c'est évident.
    " (p.273)

    "L'honnête, tout en étant juste, n'est pas ce que prescrit la loi, mais un correctif de ce qui est légalement juste. Et le motif en est que la loi est toujours universelle. Or sur certains points, il n'est pas possible de s'exprimer correctement en termes généraux. Par conséquent, dans les cas où la nécessité impose une formule universelle mais qu'on ne peut la libeller correctement, la loi prend alors en compte ce qui arrive le plus fréquemment, sans ignorer ce qu'elle laisse de côté.
    Et elle n'en est pas moins une loi correcte. Car la faute n'est pas inhérente à la loi ni au législateur, mais à la nature des choses dont il traite, car telle est dès l'abord la matière des actions possibles. Chaque fois donc que la loi se prononce en termes généraux et que survient un cas qui, sur ce point, fait exception à la règle générale, il est alors normal, dans les limites du détail que laisse de côté le législateur et que n'a pas touché sa formule trop simple, de corriger le défaut: c'est précisément le correctif que le législateur lui-même aurait apporté s'il avait été dans cette situation et qu'il aurait précisé, s'il avait su, dans un article de loi. [...]
    Voilà qu'elle est la nature de l'honnête: un correctif à la loi dans les limites où elle est en défaut en raison de son universalité
    ." (p.280-281)

    "Il y a en effet, parmi les choses justes, celles qui traduisent chacune la vertu et font l'objet d'une disposition de loi. Ainsi, la loi commande de ne pas se suicider. Or ce qu'elle commande de ne pas faire, elle l'interdit." (p.283)
    -Aristote, Éthique à Nicomaque, Livre V, traduction Richard Bodéüs, GF Flammarion, 2004, 560 pages.

    "Délibérer en effet et calculer reviennent au même." (p.291)

    "L'action n'est pas [...] production ni la production, action." (p.300)
    -Aristote, Éthique à Nicomaque, Livre VI, traduction Richard Bodéüs, GF Flammarion, 2004, 560 pages.


    Dernière édition par Johnathan R. Razorback le Mer 1 Nov - 19:02, édité 26 fois


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    « Et comment peut-il être bon, lui qui n’a pas même de sévérité contre les méchants ! »  
    -Archélaos de Sparte.


    « Agir par vertu n’est autre chose en nous qu’agir et vivre, conduits par la raison, et conserver son être, et d’après ce fondement de la vertu qu’il faut rechercher sa propre utilité. »
    -Spinoza, Éthique, IV, 24, 1677.

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    Johnathan R. Razorback
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    Re: Aristote, Œuvres complètes

    Message par Johnathan R. Razorback le Dim 4 Juin - 20:30

    http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/table.htm

    http://docteurangelique.free.fr/bibliotheque/complements/Aristotemetaphysiquepascalenau2008.htm

    "Tous les hommes ont un désir naturel de savoir."

    "On n’attribue la sagesse à aucune des connaissances qui viennent par les sens, quoiqu’ils soient le vrai moyen de connaître les choses particulières ; mais ils ne nous disent le pourquoi de rien ; par exemple, ils ne nous apprennent pas pourquoi le feu est chaud, mais seulement qu’il est chaud."

    "Tout le monde entend par la sagesse à proprement parler la connaissance des premières causes et des principes ; de telle sorte que, comme nous l’avons déjà dit, sous le rapport de la sagesse, l’expérience est supérieure à la sensation, l’art à l’expérience, l’architecte au manœuvre et la théorie à la pratique. Il est clair d’après cela que la sagesse par excellence, la philosophie est la science de certains principes et de certaines causes."
    -Aristote, Métaphysique, Livre I, Chapitre 1.

    "Enseigner, c’est dire les causes de chaque chose."

    "Ce fut, en effet, l’étonnement d’abord comme aujourd’hui, qui fit naître parmi les hommes les recherches philosophiques. Entre les phénomènes qui les frappaient, leur curiosité se porta d’abord sur ce qui était le plus à leur portée ; puis, s’avançant ainsi peu à peu, ils en vinrent à se demander compte de plus grands phénomènes, comme des divers états de la lune, du soleil, des astres, et enfin de l’origine de l’univers. Or, douter et s’étonner, c’est reconnaître son ignorance. Voilà pourquoi on peut dire en quelque manière que l’ami de la philosophie est aussi celui des mythes ; car la matière du mythe, c’est l’étonnant, le merveilleux. Si donc on a philosophé pour échapper à l’ignorance, il est clair qu’on a poursuivi la science pour savoir et sans aucun but d’utilité. Le fait eu fait foi : car tout ce qui regarde les besoins, le bien-être et la commodité de la vie était déjà trouvé, lorsqu’on entreprit un tel ordre de recherches. Il est donc évident que nous ne cherchons la philosophie dans aucun intérêt étranger ; et comme nous appelons homme libre celui qui s’appartient à lui-même et qui n’appartient pas à un autre, de même la philosophie est de toutes les sciences la seule libre ; car seule elle est à elle-même son propre but."

    "Dieu est reconnu de tout le monde comme le principe même des causes."
    -Aristote, Métaphysique, Livre I, Chapitre 2.

    "Il est évident qu’il faut acquérir la science des causes premières, puisque nous ne pensons savoir une chose que quand nous croyons en connaître la première cause. Or, on distingue quatre sortes de causes, la première est l’essence et la forme propre de chaque chose ; car il faut pousser la recherche des causes aussi loin qu’il est possible, et c’est la raison dernière d’une chose qui en est le principe et la cause. La seconde cause est la matière et le sujet ; la troisième le principe du mouvement ; la quatrième, enfin, celle qui répond à la précédente, la raison et le bien des choses ; car la fin de tout phénomène et de tout mouvement, c’est le bien."

    "La plupart des premiers philosophes ont cherché dans la matière les principes de toutes choses. Car ce dont toute chose est, d’où provient toute génération et où aboutit toute destruction, l’essence restant la même et ne faisant que changer d’accidents, voilà ce qu’ils appellent l’élément et le principe des êtres ; et pour cette raison, ils pensent que rien ne naît et que rien ne périt, puisque cette nature première subsiste toujours."

    "Empédocle reconnut quatre éléments, ajoutant la terre à ceux que nous avons nommés ; selon lui, ces éléments subsistent toujours et ne deviennent pas, mais le seul changement qu’ils subissent est celui de l’augmentation ou de la diminution, lorsqu’ils s’agrègent ou se séparent. Anaxagore de Clazomènes, qui naquit avant ce dernier, mais qui écrivit après lui, suppose qu’il y a une infinité de principes : il prétend que toutes les choses formées de parties semblables comme le feu et l’eau, ne naissent et ne périssent qu’en ce sens que leurs parties se réunissent ou se séparent, mais que du reste rien ne naît ni ne périt, et que tout subsiste éternellement. De tout cela on pourrait conclure que jusqu’alors on n’avait considéré les choses que sous le point de vue de la matière."

    "Aussi quand un homme vint dire qu’il y avait dans la nature, comme dans les animaux, une intelligence qui est la cause de l’arrangement et de l’ordre de l’univers, cet homme parut seul avoir conservé sa raison au milieu des folies de ses devanciers. Or, nous savons avec certitude qu’Anaxagore entra le premier dans ce point de vue."

    "Leucippe et son ami Démocrite disent que les éléments primitifs sont le plein et le vide, qu’ils appellent l’être et le non être ; le plein ou le solide, c’est l’être ; le vide ou le rare, c’est le non-être ; c’est pourquoi ils disent que l’être n’existe pas plus que le non-être, parce que le corps n’existe pas plus que le vide : telles sont, sous le point de vue de la matière, les causes des êtres. De même que ceux qui posent comme principe une substance unique, expliquent tout le reste par les modifications de cette substance – en donnant pour principe à ces modifications le rare et le dense – ainsi ces philosophes placent dans les différences les causes de toutes choses. Ces différences sont au nombre de trois : la forme, l’ordre et la position. Ils disent, en effet, que les différences de l’être viennent de la configuration, de l’arrangement et de la tournure, Or, la configuration c’est la forme, l’arrangement l’ordre, et la tournure la position. Ainsi, A diffère de N par la forme, AN de NA par l’ordre, et Z de N par la position. Quant au mouvement, à ses lois et à sa cause, ils ont traité cette question avec beaucoup de négligence, comme les autres philosophes."
    -Aristote, Métaphysique, Livre I, Chapitre 3.

    "Tous ceux qui ont prétendu que l’univers est un, et qui, dominés par le point de vue de la matière, ont voulu qu’il y ait une seule et même nature, et une nature corporelle et étendue, ceux-là sans contredit se trompent de plusieurs manières ; car ainsi, ils posent seulement les éléments des corps et non ceux des choses incorporelles, quoiqu’il existe de telles choses. Puis, quoiqu’ils entreprennent de dire les causes de la génération et de la corruption, et d’expliquer la formation des choses, ils suppriment le principe du mouvement. Ajoutez qu’ils ne font pas un principe de l’essence et de la forme ; et aussi, qu’ils donnent sans difficulté aux corps simples, à l’exception de la terre, un principe quelconque, sans avoir examiné comment ces corps peuvent naître les uns des autres ; je parle du feu, de la terre, de l’eau et de l’air, lesquels naissent, en effet, les uns des autres, soit par réunion, soit par séparation. Or, cette distinction importe beaucoup pour la question de l’antériorité et de la postériorité des éléments."
    -Aristote, Métaphysique, Livre I, Chapitre 7.

    "Il semble impossible que l’essence soit séparée de la chose dont elle est l’essence : si cela est, comment les idées qui sont les essences des choses, en seraient-elles séparées ? Dans le Phédon, il est dit que les causes de l’être et du devenir sont les Idées. Pourtant, même en admettant l’existence des Idées, les êtres participants ne sont pas engendrés sans l’intervention de la cause motrice. Et comme beaucoup d’autres objets sont produits, par exemple une maison et un anneau, dont nous disons qu’il n’y a pas d’Idées, il en résulte qu’il est évidemment possible, pour les autres choses aussi, d’exister et de devenir par des causes analogues à celles des objets dont nous parlons."

    "Les Mathématiques sont devenues, pour les modernes, toute la Philosophie, quoiqu’ils disent qu’on ne devrait les cultiver qu’en vue du reste."
    -Aristote, Métaphysique, Livre I, Chapitre 8.

    "La philosophie primitive, jeune et faible encore, semble bégayer sur toutes choses."
    -Aristote, Métaphysique, Livre I, Chapitre 9.

    "Il est impossible d’atteindre complètement la vérité, et que tous la manque complètement. [...] Chaque philosophe explique quelque secret de la nature[...] Il est donc juste d’avoir de la reconnaissance non-seulement pour ceux dont on partage les opinions, mais pour ceux-là même qui ont traité les questions d’une manière un peu superficielle ; car eux aussi ont contribué pour leur part.."
    -Aristote, Métaphysique, Livre II, Chapitre 1.

    "Il est évident qu’il y a un premier principe, et qu’il n’existe ni une série infinie de causes, ni une infinité d’espèces de causes. Ainsi, sous le point de vue de la matière, il est impossible qu’il y ait production à l’infini ; que la chair, par exemple, vienne de la terre, la terre de l’air, l’air du feu, sans que cela s’arrête. De même pour le principe du mouvement : on ne dira pas que l’homme a été mis en mouvement par l’air, l’air par le soleil, le soleil par la discorde, et ainsi à l’infini. De même encore, on ne peut, pour la cause finale, aller à l’infini et dire que la marche est en vue de la santé, la santé en vue du bonheur, le bonheur en vue d’autre chose, et que toute chose est toujours ainsi en vue d’une autre. De même enfin pour la cause essentielle."

    "Par cause finale on entend ce qui ne se fait pas en vue d’autre chose, mais au contraire ce en vue de quoi autre chose se fait. De sorte que s’il y a ainsi quelque chose qui soit le dernier terme, il n’y aura pas de production infinie : s’il n’y a rien de tel, il n’y a point de cause finale. Ceux qui admettent ainsi la production à l’infini, ne voient pas qu’ils suppriment par là même le bien. Or, y a-t-il quelqu’un qui voudrait entreprendre une chose, s’il ne devait pas arriver à l’achever ? Ce serait l’acte d’un insensé. L’homme raisonnable agit toujours en vue de quelque chose ; et c’est-là une fin, car le but qu’on se propose est une fin. On ne peut pas non plus ramener indéfiniment l’essence à une autre essence. Il faut s’arrêter. Toujours l’essence qui précède est plus essence que celle qui suit ; mais si ce qui précède ne l’est pas encore, à plus forte raison ce qui suit."
    -Aristote, Métaphysique, Livre II, Chapitre 2.

    "On doit nécessairement être mieux à même de juger, quand on a entendu, comme parties adverses en quelque sorte, toutes les raisons opposées."
    -Aristote, Métaphysique, Livre III, Chapitre 1.

    "N’y a-t-il qu’une espèce de substance, y en a-t-il plusieurs ? De ce dernier avis sont, par exemple, ceux qui admettent les idées, ainsi que les êtres intermédiaires objets des sciences mathématiques. Ils disent que les idées sont par elles-mêmes causes et substances, comme nous l’avons vu, en traitant cette question dans le premier livre. Cette doctrine est sujette à mille objections. Mais ce qu’il y a de plus absurde, c’est de dire qu’il existe des êtres particuliers en dehors de ceux que nous voyons dans l’univers, mais que ces êtres sont les mêmes que les êtres sensibles, à cette seule différence près que les uns sont éternels, les autres périssables : en effet, tout ce qu’ils disent, c’est qu’il y a l’homme en soi, le cheval, la santé en soi ; imitant en cela ceux qui disent qu’il y a des dieux, mais que ces dieux ressemblent aux hommes. Les uns ne font pas autre chose que des hommes éternels ; les idées des autres ne sont de même que des êtres sensibles éternels."
    -Aristote, Métaphysique, Livre III, Chapitre 2.

    "Connaître un objet, c’est, pour nous, connaître son unité, son identité et son caractère général. Or, si cela est nécessaire, et s’il faut qu’en dehors des choses particulières il y ait quelque chose, il y aura nécessairement, en dehors des choses particulières, les genres, soit les genres les plus rapprochés des individus, soit les genres les plus élevés."

    "Dirons-nous donc qu’il n’y a rien en dehors de choses particulières ? Alors il n’y aurait rien d’intelligible, il n’y aurait plus que des objets sensibles, il n’y aurait science de rien, à moins qu’on ne nomme science, la connaissance sensible. Il n’y aurait même rien d’éternel, ni d’immobile ; car tous les objets sensibles sont sujets à destruction, et sont en mouvement. Or, s’il n’y a rien d’éternel, la production même est impossible. Car il faut bien que ce qui devient soit quelque chose, ainsi que ce qui fait devenir ; et que la dernière des causes productrices soit de tout temps, puisque la chaîne des causes a un terme, et qu’il est impossible que rien soit produit par le non-être."

    "Un, numériquement, ou individuel, c’est la même chose, puisque nous appelons individuel ce qui est un par le nombre : l’universel, au contraire, c’est ce qui est dans tous les individus."

    "Hésiode et tous les Théologiens n’ont cherché que ce qui pouvait les convaincre eux-mêmes, et n’ont pas songé à nous. Des principes ils font des dieux, et les dieux ont produit toutes choses ; puis ils ajoutent que les êtres qui n’ont pas goûté le nectar et l’ambroisie sont destinés à périr. Ces explications avaient sans doute un sens pour eux ; quant à nous, nous ne comprenons même pas comment ils ont pu trouver là des causes. Car, si c’est en vue du plaisir que les êtres touchent à l’ambroisie et au nectar, le nectar et l’ambroisie ne sont nullement causes de l’existence ; si au contraire c’est en vue de l’existence, comment ces êtres seraient-ils éternels, puisqu’ils auraient besoin de nourriture ?"

    "Si l’on n’établit pas que l’unité et l’être soient une substance, il s’ensuit qu’il n’y a plus rien de général, puisque ces principes sont ce qu’il y a de plus général au monde, et que si l’unité en soi, si l’être en soi, ne sont pas quelque chose, à plus forte raison n’y aura-t-il pas d’autre être en dehors de ce qu’on nomme le particulier."
    -Aristote, Métaphysique, Livre III, Chapitre 4.

    "Il est une science qui considère l’Être en tant qu’Être, et qui considère en même temps toutes les conditions essentielles que l’Être peut présenter. Cette science-là ne peut se confondre d’aucune manière avec les autres sciences, qui ont un sujet particulier, puisque pas une de ces sciences n’étudie d’une manière universelle l’Être en tant qu’Être ; mais, le découpant dans une de ses parties, elles limitent leurs recherches aux phénomènes qu’on peut observer dans cette partie spéciale. C’est ce que font, par exemple, les sciences mathématiques.

    Mais, quand on ne s’attache, comme nous, qu’aux principes et aux causes les plus élevées, on voit clairement que ces principes doivent être ceux d’une certaine nature prise en soi
    ."
    -Aristote, Métaphysique, Livre IV, Chapitre 1.


    _________________
    « Et comment peut-il être bon, lui qui n’a pas même de sévérité contre les méchants ! »  
    -Archélaos de Sparte.


    « Agir par vertu n’est autre chose en nous qu’agir et vivre, conduits par la raison, et conserver son être, et d’après ce fondement de la vertu qu’il faut rechercher sa propre utilité. »
    -Spinoza, Éthique, IV, 24, 1677.


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