L'Hydre et l'Académie

    Aristote, Œuvres complètes

    Johnathan R. Razorback
    Johnathan R. Razorback
    Admin

    Messages : 5714
    Date d'inscription : 12/08/2013
    Localisation : France

    Aristote, Œuvres complètes Empty Aristote, Œuvres complètes

    Message par Johnathan R. Razorback le Jeu 13 Nov - 15:22

    http://books.google.fr/books?id=Nmy6BAAAQBAJ&printsec=frontcover&dq=Aristote+oeuvres&hl=fr&sa=X&ei=jctkVPDwIIXkaMycgqgB&ved=0CDcQ6AEwAw#v=onepage&q=Aristote%20oeuvres&f=false

    "Ce n'est pas une fois, que les mêmes opinions reparaissent périodiquement parmi les hommes, mais un nombre infini de fois." -Aristote, Les métérologiques, 339b 27, trad. Tricot, Vrin, 1976.

    "De quelque façon qu'on s'y prenne, il est de toute manière extrêmement malaisé d'atteindre une quelconque position convaincante [à propos de l'âme]." (p.76)

    "Dans la majorité des cas, l'âme ne subit, ni ne fait rien sans le corps. Ainsi, se mettre en colère, s'emporter, désirer ou, d'une manière globale, sentir." (p.83)

    "Dans notre examen qui porte sur l'âme, tout en traitant de questions embarrassantes dont il faut venir à bout chemin faisant, nous devons nécessairement prendre en compte l'ensemble des opinions de tous ceux qui, antérieurement, ont professé une idée à son sujet, afin de recueillir ce qui est bien fondé dans leurs propos et, le cas échéant, de nous mettre en garde devant ce qui ne l'est pas." (p.89)

    "La première incorrection est de dire que l'âme est une grandeur [physique ou mathématique]." (p.107)

    "Comment donc, en effet, pourrait-elle penser, si elle est une grandeur ?" (p.108)

    "Tout énoncé rationnel est une définition ou bien une démonstration." (p.110)

    "Ils attachent l'âme au corps et l'y rapportent, sans avoir, au préalable, déterminé en vertu de quel motif, ni de quelle disposition du corps." (p.112)

    "Si l'harmonie consiste bien en une certaine proportion de choses mélangées ou en une composition, l'âme, en revanche, ne peut être aucune des deux." (p.114)

    "La sensation prend son départ dans tels objets précis." (p.118)

    "Certains déclarent [tels Platon], de leur côté, que l'âme est morcelable, et qu'une partie pense, mais une autre désire. Qu'est-ce donc alors qui peut bien assurer la cohésion de l'âme, si la nature l'a rendue morcelable ? Car, en définitive, ce n'est pas le corps de toute façon. On pense, en effet, qu'au contraire, c'est plutôt l'âme qui assure la cohésion du corps, puisque, lorsqu'elle s'en est allée, il se dissipe et se putréfie." (p.132)

    "Il faut nécessairement que l'âme soit substance comme forme d'un corps naturel qui a potentiellement la vie." (p.136)

    "Il y a de la vie là où se trouve ne serait-ce qu'une seule quelconque des manifestations telles que l'intelligence, la sensation, le mouvement local et le repos, ou encore le mouvement nutritif, dépérissement et croissance." (p.141)

    "L'animal [est] fondamentalement identifiable grâce au critère de la sensation. En effet, les êtres qui ne bougent pas et ne changent pas de place, mais qui sont doués de sensation, nous les appelons des animaux et pas seulement des vivants. Or le fondement de la sensation, dévolu à tous, est le toucher. Et, de même que la fonction nutritive peut être séparée du toucher et de toute sensation, de la même façon le toucher peut l'être des autres sensations. Mais nous appelons nutritive cette sorte de parcelle de l'âme que même les végétaux ont en partage, alors que, manifestement, les animaux possèdent tous la sensation tactile." (p.142)

    "L'âme, c'est ce qui fait que nous vivons, sentons et réfléchissons, au sens premier. Si bien qu'elle doit être une sorte de raison ou de forme, et non une matière ou un sujet. Il y a, en effet, trois façons / d'entendre la substance, comme nous l'avons dit, qui sont, respectivement, la forme, la matière et le composé des deux. Et, parmi elles, la matière est potentialité, tandis que la forme est réalisation. Puisque donc le composé des deux représente l'être animé, ce n'est pas le corps qui est réalisation de l'âme, mais c'est, au contraire, celle-ci qui est réalisation d'un certain corps." (p.145)

    "Par faculté, nous voulions dire ce qui permet la nutrition, l'appétit, la sensation, le mouvement local, la nutrition." (p.146)

    "On ne trouve, chez les plantes, que la faculté nutritive, tandis qu'ailleurs, celle-ci va de pair avec la faculté sensitive. Or, dans ces conditions, la faculté appétitive est également présente. Or, dans ces conditions, la faculté appétitive est également présente. L'appétit est, en effet, désir, ardeur et souhait. Or tous les animaux ont l'un des sens, le toucher ; et qui se trouve doué de sensation, est aussi accessible au plaisir et à la peine, à ce qui est agréable ou douloureux ; et, dans ces conditions, il est également doué du désir, puisque ce dernier est l'appétit de l'agréable. De surcroît, les animaux possèdent le sens de la nourriture, puisque le toucher est sens de la nourriture." (p.147)

    "La faim et la soif sont désirs." (p.147)

    "Sans le nutritif, le sensitif n'existe pas, mais le nutritif se détache du sensitif chez les plantes." (p.149)

    "Certains des animaux doués de sensations possèdent la faculté du mouvement local, d'autres non." (p.150)

    "L'âme nutritive [...] est la première faculté de l'âme et la plus commune, celle en vertu de laquelle la vie appartient à tous.
    Ses fonctions consistent à assurer la reproduction et la nutrition
    ." (p.151)

    "La sensation, passe pour être une sorte d'altération. Or, nul n'a de sensation, qui n'ait point l'âme en partage. Et le cas de la croissance et du dépérissement est semblable. Car nul ne dépérit, ni ne croît dans l'ordre naturel, sans se nourrir. Or nul ne se nourrit qui n'ait point part à la vie." (p.154)

    "La sensation réside dans le fait de recevoir un mouvement et d'être affecté, comme on l'a dit, puisqu'elle passe pour être une sorte d'altération. [...] Si l'on demande pourquoi l'on n'a pas aussi de sensation des sens eux-mêmes, ou pourquoi, sans les objets extérieurs, les sens ne produisent pas de sensation (alors qu'ils contiennent le feu, la terre et les autres éléments qui sont objets de sensation en eux-mêmes ou dans leurs accidents), c'est donc évidemment que le sensitif n'est pas alors en activité, en n'existe que potentiellement. Aussi n'y a-t-il pas de sensation." (p.160)

    "L'affection est subie par le dissemblable, mais, lorsqu'il l'a subie, il est semblable." (p.161)

    "Le sensitif, par ailleurs, est potentiellement tel que le sensible déjà réalisé, comme on l'a dit. Donc, au moment où il est affecté, il n'est pas semblable à celui-ci, mais une fois qu'il a été affecté, il se trouve assimilé et est tel que lui." (p.164-165)

    "J'entend par [objet] propre [de chaque sens], ce qui ne se laisse pas percevoir par un autre sens et qui ne laisse pas de place à l'illusion. Ainsi, la vue perçoit la couleur, l'ouïe le son et le goût la saveur. Le toucher, lui, comporte effectivement un plus grand nombre de différences. Mais il n'en reste pas moins que chaque sens est juge de ces différences. Et, s'il se trompe, ce n'est pas sur le fait d'une couleur ou d'un son, mais bien sur l'identité ou la localisation du coloré ou du sonore." (p.165)

    "Le mouvement, le repos, le nombre, la figure, la grandeur [...] ne sont propres à aucun sens, mais sont communs à tous ; en effet, un mouvement sensible au toucher l'est aussi à la vue." (p.166)

    "Le corps doit aussi constituer pour le sens tactile, un milieu intermédiaire intégré à notre nature, à travers lequel se produisent les sensations, lesquelles sont multiples." (p.191)

    "Toutes nos sensations s'opèrent pas le truchement d'un milieu." (p.192)

    "[Nous ne sentons] pas ce qui est chaud ou froid, dur ou tendre au même degré que nous, mais bien les excès. Comme quoi le sens présente une sorte d'état moyen entre les contraires qu'on trouve dans les sensibles. Et telle est la raison pourquoi il juge des sensibles. C'est que la moyenne permet de juger. Elle devient, en effet, chacun des extrêmes par rapport à l'autre. Et s'il faut, quand on veut percevoir le blanc et le noir, n'être ni l'un ni l'autre actuellement, mais l'un et l'autre à la fois potentiellement (et cela vaut aussi dans le cas des autres sens), il faut aussi, dans le cas du toucher, n'être ni chaud, ni froid." (p.194)

    "De toute sensation, en général, on doit concevoir l'idée que le sens constitue ce qui est propre à recevoir les formes sensibles sans la matière." (p.195)

    "Il faut nécessairement que si quelques sens fait défaut, nous fasse également défaut un organe sensoriel quelconque." (p.198)

    "Chaque sens porte sur le sensible qui lui est assujetti, avec pour résidence l'organe sensoriel en tant que tel, et il juge des différences que présente ce sensible qui lui est assujetti." (p.209)

    "Sentir et penser ne revient pas au même." (p.214)

    "La représentation, en effet, se distingue et de la sensation et de la réflexion: elle n'a pas lieu sans la sensation et, sans elle, il n'y a pas de croyance." (p.215)

    "Le sensitif ne va pas sans le corps, tandis que l'intelligence en est séparée." (p.224)

    "La faculté sensitive permet de juger du chaud et du froid, ainsi que des qualités dont la chair constitue une certaine proportion." (p.225)

    "Sans l'exercice des sens, on ne peut rien apprendre, ni comprendre. [...] Les contenus de la représentation sont, en effet, comme des données du sens, sauf qu'ils sont sans matière." (p.239)

    "La représentation sensitive, comme on l'a dit, appartient également aux animaux privés de raison, tandis que la représentation délibérative appartient aux animaux doués de raison." (p.249)

    "La raison pour laquelle nous n'avons pas de sensation par les os, les cheveux et les parties de ce genre, c'est qu'elles sont formées de terre. Et les plantes n'ont pas de sensation pour la même raison: c'est qu'elles sont formées de terre. Or, sans le toucher, aucun autre sens ne saurait leur être attribuée et l'organe de ce sens n'est formé exclusivement ni de terre, ni d'aucun autre élément." (p.256)
    -Aristote, De l'âme, in Gallimard, coll. Flammarion, 1993, 292 pages.

    "Il apparaît que les propriétés les plus importantes, aussi bien celles qui sont communes à tous les animaux que celles qui sont propres que celles qui sont propres à certains d'entre eux, sont celles qui sont communes à la fois à l'âme et au corps, comme la sensation, la mémoire, l'impulsion, l'appétit et le désir en général, et en outre le plaisir et la peine." (p.65)

    "Que par ailleurs toutes les propriétés qui viennent d'être mentionnées soient communes à l'âme et au corps, cela n'est pas douteux. Toutes, en effet, surviennent, pour les unes avec la sensation, pour les autres par la sensation. Certaines sont précisément des affections de la sensation, d'autres des dispositions de la sensation, d'autres encore assurent sa protection et sa sauvegarde, d'autres enfin provoquent sa destruction et sa privation." (p.66)

    "Chaque animal, en tant qu'animal, possède nécessairement la sensation. C'est par cela en effet que nous distinguons entre ce qui est animal et ce qui ne l'est pas. Si l'on traite maintenant de chaque sens en particulier, le toucher et le goût accompagnent nécessairement tous les animaux, le toucher pour la raison alléguée dans le traité De l'âme, et le goût à cause de la nutrition. C'est en effet ce sens qui distingue entre le plaisant et le désagréable dans la nourriture, de sorte que l'on se détourne de l'un et que l'on recherche l'autre, et, d'une manière générale, la saveur est une propriété de ce qui est nutritif. Quant aux sensations externes, chez les animaux capables de marcher, comme l'odorat, l'ouïe et la vue, leur présence assure la sauvegarde de tous ceux qui les possèdent, en leur permettant de rechercher leur nourriture en fonction d'une sensation antécédente et de se détourner de ce qui est mauvais et dangereux ; mais chez ceux qui possèdent en outre l'intelligence, ces sensations existent en vue du bien-vivre." (p.67)

    "La faculté de la vue nous révèle un grand nombre de différences de toutes sortes parce que tous les corps ont part à la couleur, si bien que c'est également par son intermédiaire que l'on perçoit le mieux les sensibles communs (j'appelle "communs" la grandeur, la figure, le mouvement, le nombre) ; l'ouïe, quant à elle, ne révèle que les différences du son, et, pour un petit nombre d'animaux, celles de la voix. Par accident, toutefois, c'est l'ouïe qui contribue le plus à l'intelligence. En effet, le discours, parce qu'il est audible, est cause du savoir, non pas par soi, mais par accident, car il se compose de mots et chaque mot est un symbole." (p.67)

    "Les organes sensoriels, parties du corps dans lesquelles les sens se situent naturellement." (p.68)

    "Démocrite, quand à lui, a raison de dire que l'œil est eau, mais il a tort de croire que la vision est l'image réfléchie. Ce phénomène se produit en effet parce que l'œil est lisse, et la vision n'est pas dans l'œil mais dans celui qui voit. Cette affection, en effet, est une réflexion. Mais, d'une façon générale, la production des images et la réflexion n'étaient alors pas encore clairement expliquées, semble-t-il. Il est également étrange qu'il ne se soit pas demandé pourquoi seul l'œil voit et aucune des autres choses sur lesquelles les simulacres se réfléchissent. Que donc l'organe de la vision soit fait d'eau, c'est vrai ; cependant la vision ne se produit pas en tant qu'il est eau, mais en tant qu'il est diaphane ; et c'est là une qualité qui est commune aussi à l'air. Mais l'eau se contient et se condense plus facilement que l'air. C'est pourquoi la pupille, et l'œil en son entier, sont fait d'eau." (p.70)

    "Il est clair que pour rendre compte de cette manière de chacun des organes sensoriels, c'est-à-dire les faire correspondre chacun à un élément, il faut supposer que, dans l'œil, ce qui voit est constitué d'eau, alors que ce qui perçoit les sons est constitué d'air et que l'odorat est du feu (en effet, ce que l'odorat est en acte, la faculté olfactive doit l'être en puissance, car le sensible fait passer le sens à l'acte, de sorte que, nécessairement, ce qu'il est alors, il l'était auparavant en puissance. D'autre part, l'odeur est une sorte d'exhalaison fumeuse, et toute exhalaison fumeuse vient du feu. C'est pourquoi aussi l'organe sensoriel de l'odorat a son lieu propre dans la partie qui entoure le cerveau. En effet, la matière de ce qui est froid est en puissance chaude ; et la génération de l'œil s'explique de la même façon: il se constitue à partir du cerveau et celui-ci est la plus humide et la plus froide des parties du corps). Quant à l'organe du toucher, il est fait de terre et le goût est une espèce du toucher. Aussi l'organe de ces deux sens est-il lié au cœur, car celui-ci s'oppose au cerveau et il est la partie la plus chaude du corps." (p.72)

    "Le sentir n'est pas comme l'acquisition, mais comme l'exercice du savoir." (p.81)

    "Démocrite et la plupart des physiciens qui traitent de la sensation font quelque chose de tout à fait absurde. Ils font en effet de tous les sensibles des objets du toucher. Pourtant, s'il en allait ainsi, il est évident que chacun des autres sens serait une sorte de toucher. Or il n'est pas difficile de s'apercevoir que c'est impossible. En outre, ils traitent des sensibles qui sont communs à tous les sens, comme s'ils étaient propres à chacun. En effet, le nombre, la figure, le rugueux et le lisse, comme l'aigu et l'émoussé des corps solides sont communs à plusieurs sens, sinon à tous, du moins à la vue et au toucher. C'est aussi pourquoi l'on peut se tromper sur les sensibles communs, mais pas sur les sensibles propres. Ainsi la vue ne se trompe pas sur la couleur, ni l'ouïe sur les sons." (p.83)

    "Une première espèce d'odeurs correspond aux saveurs, comme nous l'avons dit, et elles contiennent par accident l'agréable et le désagréable (en effet ce sont des affections de la faculté nutritive, et quand nous avons de l'appétit, leurs odeurs sont agréables, alors qu'elles ne le sont pas pour ceux qui sont repus et ne désirent plus rien, pas plus qu'elles ne sont agréables à ceux qui n'apprécient pas la nourriture qui dégage ces odeurs). [...] Les autres odeurs, quant à elles, sont agréables en soi, comme par exemple celles des fleurs." (p.86)

    "Chacune de ces qualités [couleur, saveur, odeur, son, lourd, léger, chaud, froid, dur, mou] est productrice de sensation (car c'est à leur capacité de mettre la sensation en mouvement que toutes doivent leur nom." (p.91)

    "L'intellect ne saisit pas les objets externes sans le concours de la sensation." (p.91)

    "Dans l'exercice d'une unique sensation, l'âme ne peut percevoir simultanément deux qualités si elles n'ont pas été mélangées. [...] Il n'est [...] pas possible que l'on perçoive deux choses en même temps par une seule sensation." (p.98)

    "Tout sensible est une grandeur et il n'y a pas d'indivisible qui soit sensible." (p.103)

    "L'objet de l'odorat et celui de l'ouïe, c'est-à-dire tous ceux des sensibles que l'on ne perçoit pas par contact." (p.103)

    "Quand on possède la science et la sensation en dehors de leur exercice même, alors on se souvient dans un cas, que l'on a appris ou étudié, dans l'autre, qu'on a entendu, vu ou senti de quelque autre manière." (p.106)

    "L'antérieur et le postérieur sont dans le temps." (p.108)

    "On considère que celui qui sent est éveillé et que tout individu éveillé a la sensation d'un certain mouvement, externe ou interne. Si donc le fait d'être éveillé ne réside pas en autre chose que dans le fait de sentir, il est clair que c'est ce par quoi l'on sent qui fait que les individus éveillés sont éveillés et que les individus endormis sont endormis." (p.122)

    "La veille se définit par la libération de la sensation." (p.124)

    "Le sommeil est une certaine affection de la partie sensitive, comme un lien et une immobilisation, de sorte que, nécessairement, tout animal qui dort possède la partie sensitive." (p.124)

    "Il est impossible que l'acte de la sensation, au sens éminent et absolu du terme, se produise en même temps que l'on dort." (p.124)

    "Les êtres qui possèdent la sensation connaissent aussi la souffrance et la jouissance et les êtres qui connaissent ces états possèdent aussi l'appétit. Mais les plantes ne possèdent rien de tout cela." (p.125)

    "Certains animaux ont tous les sens, alors que certains ne les ont pas tous." (p.126)

    "Tous les sens subissent nécessairement la même affection dans ce qu'on appelle le sommeil." (p.126)

    "Chaque sens en particulier possède d'une part quelque chose de propre, d'autre part quelque chose de commun (ainsi la vue possède-t-elle en propre le voir, l'ouïe l'entendre et chaque sens les autres facultés de la même manière) ; posons d'autre part qu'il y a aussi une faculté commune qui les accompagne tous, et par laquelle on sent que l'on voit et que l'on entend (en effet ce n'est assurément pas par la vue qu'on voit, et ce n'est certes pas par le goût, ni par la vue ni par les deux que l'on juge et que l'on est apte à juger que ce qui est sucré diffère de ce qui blanc, mais c'est grâce à une partie commune à tous les organes sensoriels ; c'est en effet une unique sensation et l'organe sensoriel principal est un, bien qu'il diffère en tant qu'il est une sensation qui se rapporte à chaque genre de sensible, comme le son et la couleur)." (p.126)

    "Le sommeil ne consiste pas dans le repos des sens et dans leur non-usage, pas plus que dans l'impossibilité de sentir (dans les cas d'évanouissement en effet se produit aussi quelque chose de tel, car l'évanouissement est une impuissance de la sensibilité et certains cas d'inconscience prennent aussi cette forme ; en outre, ceux dont les veines du cou sont comprimées deviennent insensibles). Le sommeil se produit, plutôt, quand il devient impossible de faire usage de la sensibilité, non pas dans n'importe quel organe sensoriel, ni sous l'effet de n'importe quelle cause, mais, comme on vient de le dire, dans l'organe sensoriel premier par lequel nous avons la sensation de toutes choses. En effet, lorsque celui-ci ne peut plus accomplir sa fonction, les organes sensoriels sont tous dans l'impossibilité de sentir, mais quand c'est le cas de l'un d'eux, il n'y a pas nécessité que lui ne sente pas." (p.128)

    "Tous les animaux sanguins ont un cœur et le principe du mouvement et de la sensation principale vient de cet organe." (p.129)

    "Tout animal se meut lorsqu'une certaine sensation, propre ou externe, se produit dans l'organe sensoriel premier." (p.130)
    -Aristote, Petits traités d’histoire naturelle (Parva Naturalia), Gallimard, coll. Flammarion, 2000, 229 pages.


    Dernière édition par Johnathan R. Razorback le Ven 8 Juin - 14:15, édité 1 fois


    _________________
    « La racine de toute doctrine erronée se trouve dans une erreur philosophique. [...] Le rôle des penseurs vrais, mais aussi une tâche de tout homme libre, est de comprendre les possibles conséquences de chaque principe ou idée, de chaque décision avant qu'elle se change en action, afin d'exclure aussi bien ses conséquences nuisibles que la possibilité de tromperie. » -Jacob Sher, Avertissement contre le socialisme, Introduction à « Tableaux de l'avenir social-démocrate » d'Eugen Richter, avril 1998.

    "La vraie volupté est remportée comme une victoire sur la tristesse [...] Il n’y a pas de grands voluptueux sans une certaine mélancolie, pas de mélancoliques qui ne soient des voluptueux trahis." -Albert Thibaudet, La vie de Maurice Barrès, in Trente ans de vie française, volume 2, Éditions de la Nouvelle Revue Française, 1919, 312 pages, p.40.

    Johnathan R. Razorback
    Johnathan R. Razorback
    Admin

    Messages : 5714
    Date d'inscription : 12/08/2013
    Localisation : France

    Aristote, Œuvres complètes Empty Re: Aristote, Œuvres complètes

    Message par Johnathan R. Razorback le Mar 18 Oct - 14:25

    "La question qui sert de tremplin à ce que nous appelons l' "éthique" aristotélicienne est donc en réalité de savoir que faire de préférence pour donner sens à la vie humaine, lorsque, libre, affranchi de tout besoin économique, l'on peut se consacrer tout entier à ce qui nous semble le mieux. Et les réponses controversées à cette question sont supposées définir en quelque sorte une politique des loisirs, au bénéfice de l'homme libre, disposant de tout son temps, sinon soustrait entièrement à l'obligation de travailler pour vivre. D'où le soin que met Aristote à récuser l'éventualité selon laquelle le jeu puisse sérieusement rendre heureux, c'est-à-dire donner sens parfaitement à la vie humaine. D'où aussi, dès le départ, lorsqu'il s'agit de présenter les genres de vie adoptés le plus souvent, l'absence totale de référence à tout ce qui pourrait être l'exercice d'un métier ou d'un art quelconque. Ce silence peut surprendre aujourd'hui ceux pour qui le travail ou, plus encore, la vie artistique sont des valeurs. Mais c'est un silence qui, du point de vue d'Aristote, s'explique parfaitement. Ce n'est pas seulement du fait qu'une vie professionnelle ou l'exercice d'un art à titre de métier répondent le plus souvent au besoin de simplement vivre ; c'est aussi et surtout du fait que ces activités "productrices" sont finalisées par l'œuvre qu'elles produisent "en dehors" d'elles-mêmes. La raison d'être de ces activités qu'on appellera plus tard "transitives" est en effet dans cela même qu'elles produisent. Par conséquent, de telles activités ne sont pas en elles-mêmes des fins ultimes pour lesquelles l'on puisse se proposer de vivre." (p.26-27)

    "Aristote admet bien entendu qu'utile ou plaisante, l'œuvre produite n'est pas créée sans plaisir chez son auteur et qu'au contraire, le plaisir de l'auteur est à la mesure de la réussite de son produit [...]. Mais, précisément, Aristote exclut comme une évidence qu'un produit réussi (de beaux chants) puisse ultimement donner sens à la vie humaine, parce que cela voudrait dire que la vie de l'homme, en définitive, n'aurait pas de sens en dehors d'elle-même, mais trouverait sa justification ultime hors d'elle-même, dans certains produits que d'autres tiennent pour utiles ou agréables ; ce qui, pour notre philosophe, est une forme manifeste d'aliénation, comparable à l'aliénation servile. Il n'évoque même pas la possibilité qu'on puisse envisager les choses autrement." (note 3 p.27)

    "Une réflexion sur le plaisir, la vertu et la sagacité ne conduit donc pas Aristote à prendre vraiment parti dans la controverse qui oppose les genres de vie tels que leurs partisans respectifs les défendent. En somme, il est probablement acquis d'avance, à ses yeux, qu'aucun genre de vie tel que ses partisans le défendent ne répond exactement à l'exigence de donner un sens ultime à l'existence humaine. Pourtant -et c'est là une tendance caractéristique de la critique aristotélicienne dans le traitement de toutes les questions philosophiques- Aristote incline à penser qu'il y a une part de vérité dans chacune des aspirations qu'incarnent à leur façon les trois genres de vie identifiés. Le défi qu'il relève [...] consiste donc plutôt à montrer que le plaisir, la vertu et la sagacité sont des valeurs qui, loin de s'exclure mutuellement, non seulement sont conciliables, mais sont de nature à s'unir et se fondre dans un même genre de vie qui donne un sens ultime à l'existence humaine." (p.29)

    "Si l'intelligence du bien à poursuivre, plutôt que l'habileté à trouver rationnellement, par délibération, les moyens de l'atteindre, constitue le trait distinctif de la sagacité, c'est à son lien avec la vertu morale qu'elle doit ce trait distinctif. D'où la nuance, capitale, qui sépare l'aristotélisme du pur rationalisme éthique. La bonne action, selon Aristote, n'est pas celle qui traduit simplement la raison, mais celle qui traduit la raison droite, car la sagacité n'est raison droite que par son association avec la vertu morale." (p.42-43)
    -Richard Bodéüs, Introduction à Aristote, Éthique à Nicomaque, GF Flammarion, 2004, 560 pages.

    "S'agissant de la politique, on n'est pas un auditeur approprié lorsqu'on est jeune. Car on n'a pas l'expérience des actions que suppose l'existence, alors que les arguments sont tirés d'elles et portent sur elles ; et de plus, enclin par ailleurs à suivre ses affections, on va écouter en vain et sans profit, dès lors que la fin n'est pas connaissance, mais action. Et puis importe qu'on soit jeune par l'âge ou jeunet de caractère, car le défaut n'a rien à voir avec le temps, mais vient du fait qu'on se comporte affectivement dans la vie et la poursuite de chaque chose. Pour de telles personnes, en effet, la connaissance devient sans utilité, comme pour ceux qui ne sont pas maîtres d'eux-mêmes, alors que, pour ceux qui rationalisent leurs désirs et leurs actions, il peut y avoir un grand profit à tirer d'un savoir sur ces matières." (p.51-52)

    "Et quel est le bien placé au sommet de tous ceux qui sont exécutables ?
    Sur un nom, en somme, la toute grosse majorité tombe d'accord: c'est le bonheur, en effet, disent et la masse et les personnes de marque. Au reste, avoir une vie de qualité ou réussir, c'est la même chose dans leurs conceptions, qu'être heureux. Mais le bonheur, qu'est-ce que c'est ? On entre dans la controverse et la masse n'apporte pas une réponse pareille à celle des sages
    ." (p.53-54)

    "Il faut partir des données connues." (p.55)

    "La conception qu'on a du bien et du bonheur, non sans raison, découle selon toute apparence du mode d'existence que l'on mène.

    Pour la masse et les gens les plus grossiers, c'est le plaisir. Aussi bien l'existence qu'ils aiment est-elle faite de jouissances -car les trois modes principaux d'existence les plus saillants sont celle qu'on vient de dire, celle du politique et, troisièmement, l'existence consacrée à la méditation. Ainsi donc la masse se montre complètement servile, préférant une existence de bestiaux
    ." (p.56-57)

    "Le bien ne peut être une quelconque réalité commune, universelle et une." (p.60)

    "Par ailleurs, est final, disons-nous, le bien digne de poursuite en lui-même, plutôt que le bien poursuivi en raison d'un autre ; de même, celui qui n'est jamais objet de choix en raison d'un autre, plutôt que les biens dignes de choix et en eux-mêmes et en raison d'un autre ; et donc, est simplement final le bien digne de choix en lui-même en permanence et jamais en raison d'un autre. Or ce genre de bien, c'est dans le bonheur surtout qu'il consiste, semble-t-il. Nous le voulons, en effet, toujours en raison de lui-même et jamais en raison d'autre chose. L'honneur, en revanche, le plaisir, l'intelligence et n'importe quelle vertu, nous les voulons certes aussi en raison d'eux-mêmes (car rien n'en résulterait-il, nous voudrions chacun d'entre eux), mais nous les voulons encore dans l'optique du bonheur, dans l'idée que, par leur truchement, nous pouvons être heureux, tandis que le bonheur, nul ne le veut en considération de ces biens-là, ni globalement, en raison d'autre chose." (p.67)

    "Le bonheur paraît quelque chose de final et d'autosuffisant, étant la fin de tout ce qu'on peut exécuter." (p.68)

    "De même, en effet, qu'un flûtiste, un sculpteur, tout artiste et globalement ceux qui ont un certain office et une action à exécuter semblent trouver, dans cet office, leur bien et leur excellence, de la même façon, on peut croire que l'homme aussi se trouve dans cette situation, si tant est qu'il ait quelque office.
    Serait-ce donc qu'un menuisier et un cordonnier ont des offices et des actions à exécuter, alors que l'homme n'en aurait aucun et serait naturellement sans fonction ? Ou bien peut-on poser qu'à l'exemple de l'œil, de la main, du pied et en somme chacun de ses membres, qui ont visiblement un office, l'homme aussi en a un, à côté de tous ceux-là ? Alors, que peut-il donc bien être ?
    Vivre, en effet, constitue manifestement un office qu'il a en commun même avec les plantes ; or on cherche ce qui lui est propre ; il faut donc écarter la vie nutritive ou de croissance. D'autre part, il y aurait, à sa suite, une certaine vie sensitive ; mais manifestement, elle aussi, est commune au cheval, au bœuf et à tout animal. Reste donc une certaine vie active à mettre au compte de ce qu'il y a de rationnel, c'est-à-dire ce qui, d'un côté, obéir à la raison et, de l'autre, la possède et réfléchit
    ." (p.70)

    "Avec la vérité, en effet, toutes les données sont en accord, tandis qu'avec l'illusion, on constate bien vite leur désaccord." (p.74)

    "Nul ne dirait juste celui qui n'a pas de joie à faire la justice, ni généreux celui qui n'en a pas aux actions généreuses [...] les actions vertueuses sont plaisantes, mais aussi bonnes et belles." (p.77)

    "Le bonheur est ensemble la chose la meilleure, la plus belle et la plus plaisante." (p.77)

    "Confier ce qu'il y a de plus grand et de plus beau [c.a.d le bonheur] à la fortune serait par trop étourdis." (p.80)

    "Nous avons posé que la fin de la politique est le bien suprême. Or la politique met le plus grand soin à faire que les citoyens possèdent certaines qualités, qu'ils soient bons et en mesure d'exécuter ce qui est beau.
    Notre sentiment a donc de l'allure quand nous refusons de dire heureux un bœuf, un cheval ou n'importe quel autre animal, car nul d'entre eux n'est en mesure d'avoir en partage ce genre d'activité. Et c'est pour ce motif que même un enfant n'est pas heureux, parce qu'il n'est pas encore capable d'exécuter de telles actions, vu son âge
    ." (p.81)

    "Si l'on ne veut pas déclarer heureux les gens en vie, c'est en raison des vicissitudes de la vie et parce qu'on se fait du bonheur l'idée d'une chose ferme et malaisée à renverser de quelque façon que ce soit, alors que la roue de la fortune tourne souvent pour les mêmes individus. Il est clair, en effet, que si nous suivons pas à pas les caprices de la fortune, nous allons souvent dire que le même individu et heureux et malheureux tour à tour, donnant de l'homme heureux l'image d'une sorte de caméléon et d'édifice branlant.

    Ne faut-il pas plutôt dire que s'en remettre, pour en juger, aux caprices de la fortune est incorrect de toutes les façons ? Ce n'est pas à eux que tient, en effet, le fait de vivre bien ou mal. Au contraire, ils offrent le supplément dont a besoin l'existence humaine, comme nous le disions. Et ce qui en décide souverainement, ce sont les actes vertueux dans le cas du bonheur et les actes contraires à la vertu dans le contraire
    ." (p.83-84)

    "[L'homme heureux] supportera aussi les caprices de la fortune avec le plus beau visage et restera partout entièrement à son affaire, du moins s'il est véritablement bon "et d'une carrure irréprochable".
    Cependant, bien des choses se produisent au gré de la fortune et il y a une différence entre les grands et les petits aléas.
    Quand elles sont petites, les marques d'une bonne fortune et pareillement d'une fortune opposée ne pèsent évidemment pas lourd dans la vie.
    Quand ce sont, en revanche, de grandes faveurs et qu'elles se répètent souvent, elles peuvent accroitre considérablement la félicité de l'existence, car elles l'assortissent naturellement ainsi d'une parure en supplément et l'on en peut faire un bel usage et vertueux.
    A l'inverse, si ce sont des revers, ils entament et gâtent la félicité car ils accumulent chagrins et obstacles à bien des activités. Et pourtant, même dans ces cas, on voit dans tout son éclat ce qui est beau, chaque fois que quelqu'un supporte sans aigreur des infortunes nombreuses et de taille, non par insensibilité à la douleur, mais parce qu'il possède noblesse et grandeur d'âme
    ." (p.85)

    "On ne peut être, en effet, arraché au bonheur aisément, ni par n'importe quel revers. Au contraire, cela nécessite de grandes infortunes, qui se multiplient. Après de telles infortunes, on ne peut pas non plus recouvrer le bonheur en peu de temps." (p.86)
    -Aristote, Éthique à Nicomaque, Livre I, traduction Richard Bodéüs, GF Flammarion, 2004, 560 pages.

    "La période où l'homme bon et le méchant se distinguent avec le moins d'évidence, est celle du sommeil. Aussi dit-on qu'il n'y a pas la moindre différence, la moitié de l'existence, entre les gens heureux et les misérables. Et c'est le cas selon toute vraisemblance, car l'inactivité en quoi consiste le sommeil est celle de l'âme dans les limites où elle peut être dite vertueuse ou vicieuse. A moins que dans une faible mesure, certaines émotions ne lui parviennent encore et que, par là, les représentations oniriques des gens honnêtes ne valent mieux que celles du tout-venant!" (p.96)

    "Il y a quelque chose, à côté de la raison, qui lui est contraire et qui marche contre elle.

    Comment s'en distingue-t-elle ? Peu importe, mais elle aussi, visiblement, participe de la raison, comme nous le disions ; elle est, en tout cas, aux ordres de la raison chez le continent et peut-être est-elle plus encore à son écoute chez le tempérant et le courageux, puisque, en tout, chez eux, elle s'accorde à la raison.

    Visiblement donc, l'irrationnel lui-même est double, puisque le végétatif n'a d'aucune façon part à la raison, tandis que l'appétitif ou globalement le désidératif y participe d'une certaine façon, c'est-à-dire dans la mesure où il est à son écoute et prêt à lui obéir. Il en tient compte au sens où nous disons tenir compte des avis de notre père et de nos amis [...]
    Que l'irrationnel obéisse d'une certaine façon à la raison, c'est d'ailleurs ce que suggèrent encore l'admonestation et toutes les formes de réprimandes ou d'encouragements
    ." (p.97-98)

    "La sagesse, la compréhension, la sagacité sont d'ordre intellectuel, mais la générosité et la tempérance, d'ordre moral." (p.98)

    "Aucun des vertus morales ne nous est donnée naturellement." (p.99)

    "Rien de ce qui est naturel ne se modifie par l'habitude. Ainsi, la pierre qui se porte naturellement vers le bas, ne peut prendre l'habitude de se porter vers le haut, même si on veut la lui faire contracter en la jetant dix mille fois en l'air." (p.100)

    "Les vertus, nous les tirons d'actes préalables, comme c'est le cas des techniques au demeurant. En effet, ce qu'on doit apprendre à faire, c'est en le faisant que nous l'apprenons. Ainsi, c'est en bâtissant qu'on devient bâtisseur et en jouant de la cithare qu'on devient cithariste. De la même façon, c'est donc aussi en exécutant des actes justes que nous devenons justes, des actes tempérants qu'on devient tempérant et des actes courageux qu'on devient courageux." (p.100-101)

    "Les législateurs, en effet, cherchent à créer, chez leurs concitoyens, les habitudes qui les rendent bons et le souhait de tout législateur est celui-là. Quant à tous ceux qui échouent à le faire, ils ratent leur but. Et c'est là ce qui distingue un bon régime politique d'un mauvais." (p.101)

    "L'excès de gymnastique et son défaut ruinent la vigueur et, pareillement, le boire et le manger en trop grande ou trop petite quantité ruinent la santé, tandis que, en quantité mesurée, ils la produisent, l'accroissent et la conservent.
    C'est donc ce qui se passe aussi dans le cas de la tempérance, du courage et des autres vertus. En effet, celui que tout fait fuir, qui a peur de tout et qui ne fait front devant rien, devient un lâche ; et celui qui ne craint absolument rien, mais marche au-devant de tous les dangers, devient un téméraire. Pareillement, de son côté, celui qui jouit de chaque plaisir et ne se garde d'aucun, devient intempérant, tandis que celui qui les fuit tous, comme font les rustres, devient quelqu'un d'insensible.
    Donc ce qui ruine la tempérance et le courage, ce sont l'excès et le défaut, tandis que l'équilibre les conserve
    ." (p.104)

    "Plaisirs et chagrins rendent mauvais, parce qu'on poursuit les uns et qu'on fuit les autres à mauvais escient: tantôt ce sont ceux qu'il ne faut pas, tantôt c'est quand il ne faut pas, tantôt c'est de la façon qu'il ne faut pas... et on peut ainsi déterminer, à la lumière de la raison, toute une série de manières de mal se comporter." (p.106)

    "Par affections, j'entends: appétit, colère, crainte, intrépidité, envie, joie, amour, haine, tristesse, jalousie, pitié, ... en somme, ce qui entraîne à sa suite plaisir et chagrin.
    Par capacités: ce qui fait dire que nous sommes enclins à ces affections, par exemple, que nous sommes capables de colère ou de chagrin ou de pitié.
    Et par états: ce qui fait que nous sommes, relativement à ces affections, dans de bonnes ou de mauvaises dispositions. Si, par exemple, nous avons pour la colère de fortes ou de faibles dispositions, nous sommes mal disposés, mais si nous y sommes moyennement disposés, c'est une bonne disposition. Et il en va de même relativement aux autres affections
    ." (p.110-111)

    "Nous tenons nos capacités de la nature, alors que nous ne naissons pas naturellement bons ou mauvais." (p.112)

    "La vertu de l'homme doit aussi être l'état qui fait de lui un homme bon et qui lui permet de bien remplir son office propre." (p.112-113)

    "La vertu est un état décisionnel qui consiste en une moyenne fixée relativement à nous." (p.116)

    "Lorsqu'elles ont trait aux actions, les définitions universelles sont assez creuses, alors que celles qui portent sur le particulier font mieux voir la vérité, car les actions appartiennent au domaine des choses particulières et c'est sur ce terrain-là qu'on a besoin de parler de la même voix." (p.118-119)
    -Aristote, Éthique à Nicomaque, Livre II, traduction Richard Bodéüs, GF Flammarion, 2004, 560 pages.

    "Semblent non consentis les actes qui s'accomplissent (a) par violence ou (b) par ignorance." (p.131)

    "De telles actions sont embrouillées, mais elles ont plutôt l'air d'être consenties." (p.132)

    "Il est sans doute certains actes, auxquels on ne peut se laisser contraindre. Au contraire, il faut plutôt mourir en subissant les plus terribles tourments." (p.133)

    "Ceux qui agissent par violence et contre leur gré le font en peinant, alors que ceux qui exécutent un acte parce qu'il est agréable et beau le font avec plaisir." (p.135)

    "Tout méchant ignore ce qu'il doit réellement accomplir et ce dont il lui faut se garder ; c'est même en raison de ce genre de déviation que les hommes deviennent injustes et globalement mauvais. [...] L'ignorance impliquée dans la décision d'agir du méchant n'entraîne pas son non-consentement à l'action ; au contraire, elle est seulement responsable de sa méchanceté." (p.136)

    "On doit aussi se mettre en colère devant certaines choses et avoir de l'appétit pour certaines autres, la santé, par exemple, et l'apprentissage." (p.139-140)

    "La décision n'est pas une chose qu'ont également en partage les êtres sans raison, alors que l'appétit et l'ardeur le sont. [...]
    De plus, la décision peut contrarier l'appétit, alors que l'appétit ne se contrarie pas lui-même.
    De plus, l'appétit a pour objet l'agréable et le pénible, alors que la décision n'a pour objet ni le pénible ni l'agréable
    ." (p.141)

    "Et de plus, le souhait porte plutôt sur la fin, alors que la décision porte sur ce qui conduit à cette fin. Ainsi, nous souhaitons avoir la santé, mais nous décidons les actes par lesquels nous l'aurons. Nous souhaitons aussi être heureux et nous en exprimons le souhait, mais dire "nous le décidons", ça sonne faux, parce, en somme, la décision, selon toute apparence, concerne ce qui dépend de nous-mêmes." (p.142)

    "Les choses éternelles ne sont jamais matière à délibération: par exemple, l'Univers." (p.144)

    "Dans l'absolu et en vérité l'objet du souhait, c'est le bien, mais chaque particulier trouve souhaitable ce qui lui paraît bon. Ainsi donc, le vertueux trouve souhaitable ce qui est véritablement bon, tandis que le vilain trouve souhaitable n'importe quoi." (p.151)

    "Le grand nombre, en revanche, est en proie, semble-t-il, à l'illusion due au plaisir, car celui-ci n'est pas un bien mais paraît l'être. La masse prend donc l'agrément pour le bien et fuit le chagrin comme le mal." (p.152)

    "Si nous ne pouvons faire remonter nos actes à d'autres points de départ que ceux qu'on trouve en nous, alors les forfaits qui ont en nous leurs points de départ sont, eux aussi, des choses qui dépendent de nous et ils sont consentis." (p.153)

    "Le vicieux, tout comme le vertueux, dispose aussi de lui-même dans ses actions, à défaut d'en disposer quand il s'agit de la fin." (p.157)
    -Aristote, Éthique à Nicomaque, Livre III, traduction Richard Bodéüs, GF Flammarion, 2004, 560 pages.

    "Les vertus dont nous avons parlé et esquissé le genre sont des moyennes et des états ; elles ont pour origine les mêmes actions qu'elles engagent d'elles-mêmes à exécuter ; elles sont à notre portée, et elles relèvent du consentement." (p.159)

    "Il y a un certain nombre de maux qu'on doit craindre, c'est-à-dire qu'il est beau de craindre et mal de ne pas le faire. Ainsi, l'infamie: celui qui la redoute est en effet honnête et respectable et celui qui ne la craint pas est un impudent." (p.160)

    "[Les dangers que suppose la guerre] impliquent en effet le plus grand risque et le plus beau. [...] Donc, au sens fondamental du terme, sera dit courageux celui que n'effraie pas une belle mort ni rien de ce qui conduit à la mort de façon imminente, c'est-à-dire principalement les dangers de la guerre." (p.161)

    "Celui qui affronte dans sa crainte ce qu'il doit et pour la cause qu'il doit -il faut aussi que ce soit comme il doit et quand il doit, et qu'il soit intrépide de la même façon-, celui-là est courageux. C'est en effet comme l'exige la situation et comme le voudrait la raison que s'exercent les affections et les actions du courageux." (p.163)

    "On définit [...] chaque être par sa fin." (p.163)

    "Le lâche est [...] une sorte de pessimiste puisqu'il craint tout, alors que le courageux est tout le contraire, car l'intrépidité est la marque de l'optimiste." (p.164)

    "Mourir pour fuir la pauvreté, un chagrin d'amour ou quelque chose de désagréable n'est pas le fait d'un courageux, mais plutôt d'un lâche. C'est mollesse en effet que vouloir échapper aux choses pénibles et on affronte alors le trépas, non parce que c'est beau, mais pour fuir un mal." (p.165)

    "Ce n'est pas par contrainte qu'on doit être courageux, mais parce que c'est beau." (p.166)

    "Il n'en semblera pas moins que le comportement courageux poursuit une fin agréable, quoique cela soit éclipsé par les circonstances qui l'entourent.
    Ainsi en va-t-il encore dans les concours gymniques. Les pugilistes en effet trouvent agréable la fin pour laquelle ils combattent (la couronne et les honneurs). Or les coups reçus sont douloureux pour des gens faits de chair et ils leur sont pénibles, ainsi que tout le travail ardu qu'ils se donnent. Et le grand nombre de ces coups fait que le but, qui est modeste, paraît n'avoir aucun agrément. Si donc tel est aussi le but que poursuit le courage, la mort et les blessures seront pénibles au courageux et envisagées par lui à contrecœur ; mais il les affrontera parce que c'est beau ou parce que c'est laid de ne pas le faire. [...]
    Toutes les vertus n'impliquent donc pas une activité agréable, sauf dans la mesure où l'on touche à la fin.
    " (p.171)

    "L’intempérant cultive l'appétit de tous les plaisirs ou des plus excitants, et il se laisse guider par l'appétit jusqu'à leur sacrifier tout le reste." (p.177)

    "Des personnes pour qui les plaisirs manquent d'attraits et auxquelles les agréments n'inspirent pas la joie qui convient, de telles personnes ne se rencontrent pas vraiment, car la nature humaine répugne à pareille insensibilité." (p.178)

    "Si donc, il se trouve un être qui n'a de plaisir à rien et trouve indifférente une chose ou l'autre, il doit être bien loin de la nature humaine." (p.178)

    "Insatiable est l'aspiration à l'agréable, sollicité comme elle l'est de tous côtés chez celui qui est privé d'intelligence. [...]
    Tout comme l'enfant doit vivre aux ordres de son instructeur, exactement de la même façon, l'appétitif doit en effet respecter la raison. Aussi doit-il, chez le tempérant, s'accorder avec elle, car leur but à tous deux est, chez lui, ce qui est beau. Autrement dit, l'appétitif du tempérant a pour objet ce qu'il doit, comme il le doit, quand il le doit, et, de son côté, la raison dispose aussi de la sorte.
    Voilà donc ce que nous devions dire de la tempérance
    ." (p.180)

    "Est [...] prodigue celui qui se ruine par sa propre faute. Or une façon, semble-t-il, de se ruiner, c'est aussi de détruire son avoir, vu que la vie en dépend." (p.181)

    "La richesse fait partie des choses utiles." (p.181)

    "La vertu en effet a plutôt pour caractéristique de bien faire que de bénéficier, et d'exécuter les belles actions plutôt que de ne pas en accomplir de laides. Or on n'a pas de peine à voir que donner se rattache à l'acte de bien faire et d'accomplir ce qui est beau, tandis que retirer un profit se rattache à l'acte de bénéficier ou de s'abstenir de mal faire." (p.182)

    "Le geste vertueux a de l'agrément ou se fait sans peine et il est ce qu'il y a de moins affligeant." (p.183)

    "La vertu fait éprouver plaisir et chagrin pour les motifs qu'il faut et de la manière qu'il faut." (p.185)

    "Il en est en revanche dont l'excès consiste à faire des profits en puisant à toutes les sources tout ce qu'ils peuvent, comme ceux qui se livrent à des besognes sordides: les loueurs de prostituées et tous les individus de cet acabit, ou les prêteurs de petites sommes à gros intérêts... Toutes ces personnes, en effet, ont des sources de revenus indues ou font des profits en quantité indue. Du reste, leur trait commun, c'est l'intérêt sordide visiblement, puisque tous, par appât d'un gain minime, endurent des marques d'opprobre." (p.189)

    "Celui qui se digne de grandes faveurs alors qu'il en est indigne, est un vaniteux [...]
    Quant à celui qui pense mériter de moindres faveurs que celles auxquelles il a droit, c'est un pusillanimes
    ." (p.197)

    "L'honneur, c'est la récompense de la vertu et ce que l'on rend comme un dû aux hommes de bien." (p.199)

    "L'homme de bien seul doit être honoré." (p.201)

    "Sans une vertu parfaitement achevée en effet, ces biens extérieurs [pouvoir et richesses] n'en sont pas et les gens qui possèdent ce genre de biens deviennent méprisants et orgueilleux car, sans vertu, il n'est pas facile de porter avec équilibre les fardeaux de la bonne fortune. Or, incapables de le faire et s'imaginant supérieurs aux autres, ils les méprisent alors qu'eux-mêmes agissent n'importe comment." (p.201)

    "Le magnanime, lui, a de justes raisons de mépris, parce qu'il se fait des autres une opinion vraie." (p.201)

    "[Le magnanime] trouve par ailleurs nécessaire d'afficher ce qu'il déteste et ce qu'il aime, car le secret trahit un timoré, de cultiver la vérité plutôt que l'opinion et de parler et d'agir au grand jour." (p.203)

    "Accepter d'être traîné dans la boue ou détourner les yeux quand ses intimes le sont semblent des attitudes serviles." (p.209)

    "Il ne sied pas d'avoir la même préoccupation envers des familiers et des étrangers." (p.212)

    "Celui qui est perpétuellement mécontent, on l'a dit, c'est un grincheux et un querelleur." (p.213)

    "L'on ne s'amuse pas de la même façon selon qu'on a de la nature d'un homme de condition libre ou celle d'un être servile et il y a une différence selon qu'on a de l'éducation ou qu'on n'en a pas." (p.219)

    "La détente et l'amusement sont dans l'existence une nécessité." (p.221)

    "Quant à la pudeur, il ne convient pas d'en parler comme d'une quelconque vertu puisqu'elle a plutôt l'allure d'une affection que d'un état." (p.221)

    "Toutefois, cette affection ne s'accorde pas avec n'importe quel âge. Elle convient au contraire à la jeunesse.
    Nous croyons en effet qu'on doit à cet âge être pudique parce que la vie affective pousse à beaucoup de fautes et que la pudeur les empêche.
    " (p.222)
    -Aristote, Éthique à Nicomaque, Livre IV, traduction Richard Bodéüs, GF Flammarion, 2004, 560 pages.

    "Le genre d'état qu'on entend appeler justice est celui qui pousse à exécuter les actes justes, c'est-à-dire qui entraîne à agir justement et à souhaiter tout ce qui est juste. De la même manière d'ailleurs, on dit aussi de l'injustice qu'elle est l'état qui entraîne à être injuste et à souhaiter ce qui est injuste." (p.225)

    "Il semble que soient injustes et l'individu qui transgresse la loi et celui qui se montre cupide et inéquitable. [...] Donc, ce qui est juste, c'est ce qui est légal et c'est ce qui est équitable, tandis que ce qui est injuste, c'est ce qui est illégal et ce qui est inéquitable." (p.227)

    "Nous appelons justes les prescriptions susceptibles de produire et de garder le bonheur et ses parties constituantes au profit de la communauté des citoyens." (p.229)

    "La justice constitue la vertu finale, et ce, non de manière pure et simple, mais relativement à autrui." (p.230)

    "Beaucoup de personnes en effet, dans leurs affaires personnelles, savent se comporter avec vertu, alors que dans les affaires qui regardent autrui, ils en sont incapables." (p.231)

    "Le pire individu est celui dont la méchanceté s'exerce autant contre lui-même qu'envers ses proches, mais le meilleur n'est pas celui dont la vertu s'exerce envers lui-même: c'est au contraire celui qui l'exerce envers autrui, car ce comportement représente une tâche difficile." (p.231-232)

    "La loi prescrit en effet chaque vertu dans la vie et interdit toute manifestation de méchanceté." (p.235)

    "Si les personnes ne sont pas égales, elles ne peuvent obtenir des parts égales.
    Et c'est de là que viennent les disputes et les plaintes, soit que des parts inégales se trouvent attribuées à des personnes égales, soit que des personnes inégales se trouvent en possession de parts égales lors des distributions.
    De plus, la considération du mérite donne le voir. Ce qui est juste dans les partages doit en effet, tout le monde le reconnaît, refléter un certain mérite
    ." (p.238)

    "Donc, ce qui est juste, c'est quelque chose de proportionnel." (p.238)

    "Le moindre mal est en effet préférable au plus grand ; or le préférable constitue le bien et plus il est préférable, plus ce bien est grand." (p.241)

    "L'égalité ne traduit pas la proportionnalité exigée dans le premier cas: elle traduit au contraire la proportion arithmétique." (p.241-242)

    "La seule chose que considère la loi, traitant les personnes sur un pied d'égalité, c'est de savoir si l'une a commis une injustice dont l'autre a été victime, autrement dit, si l'un a causé un dommage dont l'autre a été victime." (p.242)

    "C'est en effet parce qu'on retourne en proportion de ce qu'on reçoit que la Cité se maintient." (p.247)

    "Elle porte ce nom de monnaie [en grec: nomisma], parce qu'elle tient, non pas à la nature, mais à la loi [en grec: nomos] et qu'il ne tient qu'à nous d'en changer et de la retirer de l'usage." (p.249)

    "On peut commettre une injustice sans être quelqu'un d'injuste. [...]
    Qu'on suppose en effet quelqu'un qui a eu commerce avec une femme, sachant à qui il avait affaire, mais pas sous l'empire d'une décision, cèdent au contraire à l'affection: il commet certes une injustice, mais il n'est pas un homme injuste. Ainsi, l'on n'est pas voleur, même si l'on a volé, ni adultère, même si l'on a commis un adultère
    ." (p.254)

    "Personne ne décide de se nuire à lui-même. C'est pourquoi il ne peut être question d'injustice dans le rapport à soi-même." (p.258)

    "Dans ce qui est juste entre concitoyens, il y a, d'un coté, ce qui est naturel et, de l'autre, ce qui est légitime.
    Est naturel, ce qui présente partout la même puissance, et ce qui est juste indépendamment du fait que l'opinion l'approuve ou non.
    Est, en revanche, légitime, ce qu'il est au départ totalement indifférent d'instituer d'une façon ou d'une autre, mais qui, une fois établi, prends son importance [juste conventionnel, comme le code de la route].
    " (p.260)

    "Quelqu'un se montre juste ou injuste dans ses actes chaque fois qu'il les exécute de son plein gré." (p.265)

    "Lorsqu'on fait du tort à la suite d'une décision, on est quelqu'un d'injuste et de méchant." (p.268)

    "Nul n'est une victime consentante de l'injustice, parce que nul ne souhaite se nuire [...] nul en effet ne souhaite ce qu'il ne croit pas être vertueux. [...]
    Voilà donc pour ce qui est de subir l’injustice: la victime n'est pas consentante, c'est évident.
    " (p.273)

    "L'honnête, tout en étant juste, n'est pas ce que prescrit la loi, mais un correctif de ce qui est légalement juste. Et le motif en est que la loi est toujours universelle. Or sur certains points, il n'est pas possible de s'exprimer correctement en termes généraux. Par conséquent, dans les cas où la nécessité impose une formule universelle mais qu'on ne peut la libeller correctement, la loi prend alors en compte ce qui arrive le plus fréquemment, sans ignorer ce qu'elle laisse de côté.
    Et elle n'en est pas moins une loi correcte. Car la faute n'est pas inhérente à la loi ni au législateur, mais à la nature des choses dont il traite, car telle est dès l'abord la matière des actions possibles. Chaque fois donc que la loi se prononce en termes généraux et que survient un cas qui, sur ce point, fait exception à la règle générale, il est alors normal, dans les limites du détail que laisse de côté le législateur et que n'a pas touché sa formule trop simple, de corriger le défaut: c'est précisément le correctif que le législateur lui-même aurait apporté s'il avait été dans cette situation et qu'il aurait précisé, s'il avait su, dans un article de loi. [...]
    Voilà qu'elle est la nature de l'honnête: un correctif à la loi dans les limites où elle est en défaut en raison de son universalité
    ." (p.280-281)

    "Il y a en effet, parmi les choses justes, celles qui traduisent chacune la vertu et font l'objet d'une disposition de loi. Ainsi, la loi commande de ne pas se suicider. Or ce qu'elle commande de ne pas faire, elle l'interdit." (p.283)
    -Aristote, Éthique à Nicomaque, Livre V, traduction Richard Bodéüs, GF Flammarion, 2004, 560 pages.

    "Délibérer en effet et calculer reviennent au même." (p.291)

    "L'action n'est pas [...] production ni la production, action." (p.300)

    "La sagacité n'est pas non plus seulement connaissance des choses universelles ; au contraire, elle doit aussi avoir connaissance des choses particulières, puisqu'elle est exécutive, et que l'action met en jeu ces choses-là." (p.314-315)

    "Parmi les choses qui produisent du plaisir, il y a d'un côté, les choses nécessaires et de l'autre, les choses par elles-mêmes dignes de choix, mais susceptibles d'excès. [...]
    Il y a les agréments qui ne sont pas nécessaires, bien qu'ils soient par eux-mêmes dignes de choix: je veux dire, par exemple, la victoire, l'honneur, la richesse et les bonnes choses agréables de ce genre
    ." (p.363-364)
    -Aristote, Éthique à Nicomaque, Livre VI, traduction Richard Bodéüs, GF Flammarion, 2004, 560 pages.

    "Une étude du plaisir et de la peine revient à celui qui aborde la politique en philosophe." (p.391)

    "Les uns sont d'avis qu'aucun plaisir n'est un bien, ni par soi, ni par coïncidence, car, pensent-ils, le bien et le plaisir ne reviennent pas au même. Pour d'autre [comme Platon], en revanche, certains plaisirs sont bons, quoique la plupart soient mauvais et en plus de ces opinions, une troisième veut que si même tous les plaisirs sont un bien, on ne pourrait malgré tout admettre que le bien suprême soit le plaisir." (p.391-392)

    "On ne peut pas soutenir que le plaisir est essentiellement un mal." (p.398)

    "L'homme heureux a besoin, par surcroît, des biens corporels, des biens extérieurs et de la fortune, afin de ne pas avoir d'entraves venant de là. Et ceux qui prétendent que le supplicié sur sa roue ou la victime de grandes infortunes sont heureux pourvu qu'ils soient hommes de bien, ces gens-là, bon gré mal gré, parlent pour ne rien dire." (p.399)

    "Le fait que tous les êtres, bêtes ou hommes, recherchent le plaisir constitue aussi un indice qu'il est d'une certaine façon ce qu'il y a de mieux." (p.400)
    -Aristote, Éthique à Nicomaque, Livre VII, traduction Richard Bodéüs, GF Flammarion, 2004, 560 pages.

    "[L'amitié] est la chose la plus nécessaire à l'existence.
    Sans amis en effet nul ne choisirait de vivre, aurait-il tous les biens qui restent
    ." (p.407)

    "La bienveillance doit être réciproque pour faire une amitié." (p.414)

    "Ceux que motive l'intérêt dans leur amour mutuel ne s'aiment pas en raison de leurs propres personnes, mais ne s'apprécient que dans les limites où, chacun à son profit, ils peuvent recevoir l'un de l'autre quelque bien. Et il en va encore de même de ceux que motive le plaisir. Ce n'est pas en effet parce qu'ils sont des personnes de qualité qu'ils affectionnent les personnes de joyeuse compagnie, mais du fait qu'elles leur sont agréables à eux-mêmes. [...]
    Il s'agit là d'amitiés accidentelles, puisque la personne aimée n'est pas aimée pour ce qu'elle est, mais en tant qu'elle procure soit un bien, soit du plaisir.
    Donc, les amitiés de ce genre se dissolvent facilement, les personnes en cause ne restant pas toujours semblables. Si elles ne sont plus agréables ou utiles, elles cessent en effet d'être amies.
    " (p.413-414)

    "De son côté, l'amitié achevée est celle des personnes de bien, c'est-à-dire de celles qui se ressemblent sur le plan de la vertu. Ce sont elles en effet qui se souhaitent pareillement du bien les unes aux autres en tant que personnes de bien et qui sont telles en elles-mêmes. Or ceux qui souhaitent du bien à ceux qui leur sont chers dans le souci de ces derniers sont par excellence des amis, car ce sont les personnes mêmes qui motivent ces dispositions réciproques et ils ne s'aiment pas par accident.
    Par conséquent, leur amitié persiste aussi longtemps qu'ils restent hommes de bien. Or la vertu est chose stable.
    De plus, chacun des deux est bon à la fois simplement et pour son ami, car les hommes de bien sont à la fois bons tout simplement et avantageux l'un pour l'autre. Du reste, ils sont aussi agréables dans le même double sens. Les hommes de bien sont en effet agréables à la fois tout simplement et l'un à l'autre, car chacun trouve plaisir à ses propres actions et à celles qui leur ressemblent ; or celles des hommes de bien sont identiques ou se ressemblent
    ." (p.415-416)

    "C'est en effet dans la mesure où l'on représente quelque chose de bon pour lui ou quelque chose qui ressemble au bien, que l'on est alors l'ami de quelqu'un." (p.420)

    "La pente la plus manifeste de la nature est de fuir ce qui chagrine et de viser l'agréable." (p.421)

    "On ne devient pas l'ami de quelqu'un quand on n'a pas de joie à le fréquenter." (p.423)

    "La cohésion vient de ce qui est commun." (p.445)

    "Tout ce qui est juste s'entend de deux façons (ce qui n'est pas écrit d'une part, et ce que dit la loi d'autre part)." (p.447)
    -Aristote, Éthique à Nicomaque, Livre VIII, traduction Richard Bodéüs, GF Flammarion, 2004, 560 pages.

    "L'homme vertueux souhaite passer du temps à s'entretenir avec lui-même, car il a du plaisir ce faisant. En effet, les actions accomplies lui laissent des souvenirs ravissants et celles qu'il s'apprête à faire suscitent en lui de bons espoirs ; or ce genre choses est agréable ; et de plus, sa pensée abonde en vues de toutes sortes." (p.464)

    "Il faut fuir la méchanceté sans relâche et tâcher d'être honnête, car c'est ainsi qu'on peut à la fois entretenir envers soi-même des dispositions amicales et devenir pour autrui un ami." (p.467)

    "On fait honte en effet à ceux-là qui sont attachés en tout premier lieu à leurs propres personnes et l'on prend en mauvaise part l'amour de soi pour les dénoncer. L'opinion aussi va dans le même sens. Le vilain, d'après elle, n'agit que pour soi et plus il est méchant, plus c'est évident ; donc on lui reproche en quelque sorte de ne jamais se départir de lui-même lorsqu'il agit, alors que l'honnête homme est motivé par ce qui est beau et plus il est il est vertueux, plus il se laisse guider par ce mobile, qui le fait agir dans le souci de son ami et il laisse de côté son avantage personnel.

    Mais ce sont là des arguments avec lesquels les faits sont en désaccord. Et ce n'est pas sans raison. On prétend en effet qu'on doit aimer avant tout la personne qui est notre meilleur ami. Et le meilleur ami de quelqu'un, c'est celui qui lui souhaite du bien en se souciant de cette personne-là, même si nul ne doit le savoir. Or ce sont les dispositions qu'on a avant tout envers soi-même.
    Et c'est vrai par conséquent aussi de toutes les autres dispositions, qui permettent de définir l'ami puisque, on l'a dit, c'est de là que toutes les attitudes amicales en arrivent à concerner les autres personnes. [...] Tout cela est en effet susceptible de s'appliquer avant tout à quelqu'un dans sa relation avec lui-même, car on est avant tout cher à soi-même. Donc, il faut aussi soi-même par-dessus tout
    ." (p.475-476)

    "Par conséquent, l'homme bon, pour sa part, doit avoir l'amour de soi parce qu'il peut en tirer personnellement profit, vu ses belles actions, et rendre service aux autres." (p.479)

    "L'homme [...] est un être fait pour la Cité et pour la vie en commun, de par sa nature même." (p.482)

    "Le bonheur est une sorte d'activité ; et l'activité, évidemment, s'inscrit dans le devenir ; autrement dit, elle n'est pas donnée comme un objet de possession." (p.483)

    "La présence même des amis est agréable dans toutes les situations, dans la bonne comme dans la mauvaise fortune." (p.491)
    -Aristote, Éthique à Nicomaque, Livre IX, traduction Richard Bodéüs, GF Flammarion, 2004, 560 pages.

    "Les uns déclarent en effet que le bien, c'est précisément le plaisir, alors que les autres au contraire en font quelque chose de parfaitement vil." (p.498)

    "Il y a ceux qui mettent de l'avant les plaisirs répréhensibles.
    On pourrait leur rétorquer qu'il n'y a pas là de quoi tirer un vrai plaisir. Ce n'est pas en effet parce que les sujets mal disposés les trouvent agréables qu'il faut croire que ces choses le sont aussi dans la réalité quand on fait exception de ces sujets. Il en va ici comme ailleurs: on ne s'en remettra pas non plus aux malades pour juger de ce qui est sain, doux ou amer et, de leur côté, les objets blancs ne sont pas ceux qui apparaissent ainsi aux personnes souffrant des yeux. [...]
    Ou plutôt, il faut dire qu'il y a différences formes de plaisirs. Ceux que procurent les belles actions sont en effet d'une tout autre nature que ceux que procurent de laides actions.
    " (p.507)

    "Personne ne voudrait d'une vie où, gardant une intelligence de petit enfant toute son existence, il trouverait dans les plaisirs de l'enfance toute la joie possible ; ni de la joie qu'il y aurait à faire l'une des pires choses qui soient sans jamais risquer d'en être peiné.
    Ajoutons enfin qu'il y a beaucoup de choses que nous pouvons prendre aucun plaisir: par exemple, voir, nous souvenir, savoir, posséder les vertus... Le fait par ailleurs que ces choses entraînent nécessairement des formes de plaisir n'a aucune importance, car nous pouvons les apprécier quand même ne s'ensuivrait pas de plaisir. [...]
    Ainsi donc, le plaisir n'est ni le bien, ni une chose toujours appréciable, c'est un fait semble-t-il évident.
    " (p.508)

    "Le plaisir propre à une activité vertueuse est honnête et le plaisir lié à une vilaine activité est mauvais." (p.518)

    "Si le bonheur est une activité traduisant la vertu, il est parfaitement rationnel qu'il traduise la vertu suprême [...]
    Que cette activité soit méditative, on l'a dit.
    " (p.524-525)

    "Nous croyons qu'un plaisir doit être inextricablement mêlé au bonheur. [...]
    Il semble en tout cas que la poursuite de la sagesse implique d'étonnants plaisirs par leur pureté et leur stabilité.
    " (p.526)

    "Plus les êtres sont à méditer, plus ils ont de bonheur. [...] Par conséquent, le bonheur doit être une forme de méditation." (p.534)

    "Mais il n'y a que dans la Cité de Lacédémone ou peu s'en faut que le législateur semble s'être préoccupé de la manière d'élever les enfants et de règler leurs conduites. Dans la grande majorité des Cités, en revanche, ce genre de choses ne fait l'objet d'aucune préoccupation et chaque particulier y vit comme il le souhaite. [...] Le mieux est que voit le jour une préoccupation commune de l'éducation. [...] Quand les préoccupations sont communes [...] elles s'exercent évidemment par le moyen de lois. [...] On peut penser qu'on tient un compte plus exact des particularités lorsque l'instruction est privée, car chacun peut mieux avoir le traitement adéquat. [...] Néanmoins [...] c'est par le moyen de lois que nous pouvons devenir bons." (p.543-545)
    -Aristote, Éthique à Nicomaque, Livre X, traduction Richard Bodéüs, GF Flammarion, 2004, 560 pages.



    Dernière édition par Johnathan R. Razorback le Mar 24 Avr - 14:59, édité 41 fois


    _________________
    « La racine de toute doctrine erronée se trouve dans une erreur philosophique. [...] Le rôle des penseurs vrais, mais aussi une tâche de tout homme libre, est de comprendre les possibles conséquences de chaque principe ou idée, de chaque décision avant qu'elle se change en action, afin d'exclure aussi bien ses conséquences nuisibles que la possibilité de tromperie. » -Jacob Sher, Avertissement contre le socialisme, Introduction à « Tableaux de l'avenir social-démocrate » d'Eugen Richter, avril 1998.

    "La vraie volupté est remportée comme une victoire sur la tristesse [...] Il n’y a pas de grands voluptueux sans une certaine mélancolie, pas de mélancoliques qui ne soient des voluptueux trahis." -Albert Thibaudet, La vie de Maurice Barrès, in Trente ans de vie française, volume 2, Éditions de la Nouvelle Revue Française, 1919, 312 pages, p.40.

    Johnathan R. Razorback
    Johnathan R. Razorback
    Admin

    Messages : 5714
    Date d'inscription : 12/08/2013
    Localisation : France

    Aristote, Œuvres complètes Empty Re: Aristote, Œuvres complètes

    Message par Johnathan R. Razorback le Dim 4 Juin - 20:30

    http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/table.htm

    http://docteurangelique.free.fr/bibliotheque/complements/Aristotemetaphysiquepascalenau2008.htm

    "Tous les hommes ont un désir naturel de savoir."

    "On n’attribue la sagesse à aucune des connaissances qui viennent par les sens, quoiqu’ils soient le vrai moyen de connaître les choses particulières ; mais ils ne nous disent le pourquoi de rien ; par exemple, ils ne nous apprennent pas pourquoi le feu est chaud, mais seulement qu’il est chaud."

    "Tout le monde entend par la sagesse à proprement parler la connaissance des premières causes et des principes ; de telle sorte que, comme nous l’avons déjà dit, sous le rapport de la sagesse, l’expérience est supérieure à la sensation, l’art à l’expérience, l’architecte au manœuvre et la théorie à la pratique. Il est clair d’après cela que la sagesse par excellence, la philosophie est la science de certains principes et de certaines causes."
    -Aristote, Métaphysique, Livre I, Chapitre 1.

    "Enseigner, c’est dire les causes de chaque chose."

    "Ce fut, en effet, l’étonnement d’abord comme aujourd’hui, qui fit naître parmi les hommes les recherches philosophiques. Entre les phénomènes qui les frappaient, leur curiosité se porta d’abord sur ce qui était le plus à leur portée ; puis, s’avançant ainsi peu à peu, ils en vinrent à se demander compte de plus grands phénomènes, comme des divers états de la lune, du soleil, des astres, et enfin de l’origine de l’univers. Or, douter et s’étonner, c’est reconnaître son ignorance. Voilà pourquoi on peut dire en quelque manière que l’ami de la philosophie est aussi celui des mythes ; car la matière du mythe, c’est l’étonnant, le merveilleux. Si donc on a philosophé pour échapper à l’ignorance, il est clair qu’on a poursuivi la science pour savoir et sans aucun but d’utilité. Le fait eu fait foi : car tout ce qui regarde les besoins, le bien-être et la commodité de la vie était déjà trouvé, lorsqu’on entreprit un tel ordre de recherches. Il est donc évident que nous ne cherchons la philosophie dans aucun intérêt étranger ; et comme nous appelons homme libre celui qui s’appartient à lui-même et qui n’appartient pas à un autre, de même la philosophie est de toutes les sciences la seule libre ; car seule elle est à elle-même son propre but."

    "Dieu est reconnu de tout le monde comme le principe même des causes."
    -Aristote, Métaphysique, Livre I, Chapitre 2.

    "Il est évident qu’il faut acquérir la science des causes premières, puisque nous ne pensons savoir une chose que quand nous croyons en connaître la première cause. Or, on distingue quatre sortes de causes, la première est l’essence et la forme propre de chaque chose ; car il faut pousser la recherche des causes aussi loin qu’il est possible, et c’est la raison dernière d’une chose qui en est le principe et la cause. La seconde cause est la matière et le sujet ; la troisième le principe du mouvement ; la quatrième, enfin, celle qui répond à la précédente, la raison et le bien des choses ; car la fin de tout phénomène et de tout mouvement, c’est le bien."

    "La plupart des premiers philosophes ont cherché dans la matière les principes de toutes choses. Car ce dont toute chose est, d’où provient toute génération et où aboutit toute destruction, l’essence restant la même et ne faisant que changer d’accidents, voilà ce qu’ils appellent l’élément et le principe des êtres ; et pour cette raison, ils pensent que rien ne naît et que rien ne périt, puisque cette nature première subsiste toujours."

    "Empédocle reconnut quatre éléments, ajoutant la terre à ceux que nous avons nommés ; selon lui, ces éléments subsistent toujours et ne deviennent pas, mais le seul changement qu’ils subissent est celui de l’augmentation ou de la diminution, lorsqu’ils s’agrègent ou se séparent. Anaxagore de Clazomènes, qui naquit avant ce dernier, mais qui écrivit après lui, suppose qu’il y a une infinité de principes : il prétend que toutes les choses formées de parties semblables comme le feu et l’eau, ne naissent et ne périssent qu’en ce sens que leurs parties se réunissent ou se séparent, mais que du reste rien ne naît ni ne périt, et que tout subsiste éternellement. De tout cela on pourrait conclure que jusqu’alors on n’avait considéré les choses que sous le point de vue de la matière."

    "Aussi quand un homme vint dire qu’il y avait dans la nature, comme dans les animaux, une intelligence qui est la cause de l’arrangement et de l’ordre de l’univers, cet homme parut seul avoir conservé sa raison au milieu des folies de ses devanciers. Or, nous savons avec certitude qu’Anaxagore entra le premier dans ce point de vue."

    "Leucippe et son ami Démocrite disent que les éléments primitifs sont le plein et le vide, qu’ils appellent l’être et le non être ; le plein ou le solide, c’est l’être ; le vide ou le rare, c’est le non-être ; c’est pourquoi ils disent que l’être n’existe pas plus que le non-être, parce que le corps n’existe pas plus que le vide : telles sont, sous le point de vue de la matière, les causes des êtres. De même que ceux qui posent comme principe une substance unique, expliquent tout le reste par les modifications de cette substance – en donnant pour principe à ces modifications le rare et le dense – ainsi ces philosophes placent dans les différences les causes de toutes choses. Ces différences sont au nombre de trois : la forme, l’ordre et la position. Ils disent, en effet, que les différences de l’être viennent de la configuration, de l’arrangement et de la tournure, Or, la configuration c’est la forme, l’arrangement l’ordre, et la tournure la position. Ainsi, A diffère de N par la forme, AN de NA par l’ordre, et Z de N par la position. Quant au mouvement, à ses lois et à sa cause, ils ont traité cette question avec beaucoup de négligence, comme les autres philosophes."
    -Aristote, Métaphysique, Livre I, Chapitre 3.

    "Tous ceux qui ont prétendu que l’univers est un, et qui, dominés par le point de vue de la matière, ont voulu qu’il y ait une seule et même nature, et une nature corporelle et étendue, ceux-là sans contredit se trompent de plusieurs manières ; car ainsi, ils posent seulement les éléments des corps et non ceux des choses incorporelles, quoiqu’il existe de telles choses. Puis, quoiqu’ils entreprennent de dire les causes de la génération et de la corruption, et d’expliquer la formation des choses, ils suppriment le principe du mouvement. Ajoutez qu’ils ne font pas un principe de l’essence et de la forme ; et aussi, qu’ils donnent sans difficulté aux corps simples, à l’exception de la terre, un principe quelconque, sans avoir examiné comment ces corps peuvent naître les uns des autres ; je parle du feu, de la terre, de l’eau et de l’air, lesquels naissent, en effet, les uns des autres, soit par réunion, soit par séparation. Or, cette distinction importe beaucoup pour la question de l’antériorité et de la postériorité des éléments."
    -Aristote, Métaphysique, Livre I, Chapitre 7.

    "Il semble impossible que l’essence soit séparée de la chose dont elle est l’essence : si cela est, comment les idées qui sont les essences des choses, en seraient-elles séparées ? Dans le Phédon, il est dit que les causes de l’être et du devenir sont les Idées. Pourtant, même en admettant l’existence des Idées, les êtres participants ne sont pas engendrés sans l’intervention de la cause motrice. Et comme beaucoup d’autres objets sont produits, par exemple une maison et un anneau, dont nous disons qu’il n’y a pas d’Idées, il en résulte qu’il est évidemment possible, pour les autres choses aussi, d’exister et de devenir par des causes analogues à celles des objets dont nous parlons."

    "Les Mathématiques sont devenues, pour les modernes, toute la Philosophie, quoiqu’ils disent qu’on ne devrait les cultiver qu’en vue du reste."
    -Aristote, Métaphysique, Livre I, Chapitre 8.

    "La philosophie primitive, jeune et faible encore, semble bégayer sur toutes choses."
    -Aristote, Métaphysique, Livre I, Chapitre 9.

    "Il est impossible d’atteindre complètement la vérité, et que tous la manque complètement. [...] Chaque philosophe explique quelque secret de la nature[...] Il est donc juste d’avoir de la reconnaissance non-seulement pour ceux dont on partage les opinions, mais pour ceux-là même qui ont traité les questions d’une manière un peu superficielle ; car eux aussi ont contribué pour leur part.."
    -Aristote, Métaphysique, Livre II, Chapitre 1.

    "Il est évident qu’il y a un premier principe, et qu’il n’existe ni une série infinie de causes, ni une infinité d’espèces de causes. Ainsi, sous le point de vue de la matière, il est impossible qu’il y ait production à l’infini ; que la chair, par exemple, vienne de la terre, la terre de l’air, l’air du feu, sans que cela s’arrête. De même pour le principe du mouvement : on ne dira pas que l’homme a été mis en mouvement par l’air, l’air par le soleil, le soleil par la discorde, et ainsi à l’infini. De même encore, on ne peut, pour la cause finale, aller à l’infini et dire que la marche est en vue de la santé, la santé en vue du bonheur, le bonheur en vue d’autre chose, et que toute chose est toujours ainsi en vue d’une autre. De même enfin pour la cause essentielle."

    "Par cause finale on entend ce qui ne se fait pas en vue d’autre chose, mais au contraire ce en vue de quoi autre chose se fait. De sorte que s’il y a ainsi quelque chose qui soit le dernier terme, il n’y aura pas de production infinie : s’il n’y a rien de tel, il n’y a point de cause finale. Ceux qui admettent ainsi la production à l’infini, ne voient pas qu’ils suppriment par là même le bien. Or, y a-t-il quelqu’un qui voudrait entreprendre une chose, s’il ne devait pas arriver à l’achever ? Ce serait l’acte d’un insensé. L’homme raisonnable agit toujours en vue de quelque chose ; et c’est-là une fin, car le but qu’on se propose est une fin. On ne peut pas non plus ramener indéfiniment l’essence à une autre essence. Il faut s’arrêter. Toujours l’essence qui précède est plus essence que celle qui suit ; mais si ce qui précède ne l’est pas encore, à plus forte raison ce qui suit."
    -Aristote, Métaphysique, Livre II, Chapitre 2.

    "On doit nécessairement être mieux à même de juger, quand on a entendu, comme parties adverses en quelque sorte, toutes les raisons opposées."
    -Aristote, Métaphysique, Livre III, Chapitre 1.

    "N’y a-t-il qu’une espèce de substance, y en a-t-il plusieurs ? De ce dernier avis sont, par exemple, ceux qui admettent les idées, ainsi que les êtres intermédiaires objets des sciences mathématiques. Ils disent que les idées sont par elles-mêmes causes et substances, comme nous l’avons vu, en traitant cette question dans le premier livre. Cette doctrine est sujette à mille objections. Mais ce qu’il y a de plus absurde, c’est de dire qu’il existe des êtres particuliers en dehors de ceux que nous voyons dans l’univers, mais que ces êtres sont les mêmes que les êtres sensibles, à cette seule différence près que les uns sont éternels, les autres périssables : en effet, tout ce qu’ils disent, c’est qu’il y a l’homme en soi, le cheval, la santé en soi ; imitant en cela ceux qui disent qu’il y a des dieux, mais que ces dieux ressemblent aux hommes. Les uns ne font pas autre chose que des hommes éternels ; les idées des autres ne sont de même que des êtres sensibles éternels."
    -Aristote, Métaphysique, Livre III, Chapitre 2.

    "Connaître un objet, c’est, pour nous, connaître son unité, son identité et son caractère général. Or, si cela est nécessaire, et s’il faut qu’en dehors des choses particulières il y ait quelque chose, il y aura nécessairement, en dehors des choses particulières, les genres, soit les genres les plus rapprochés des individus, soit les genres les plus élevés."

    "Dirons-nous donc qu’il n’y a rien en dehors de choses particulières ? Alors il n’y aurait rien d’intelligible, il n’y aurait plus que des objets sensibles, il n’y aurait science de rien, à moins qu’on ne nomme science, la connaissance sensible. Il n’y aurait même rien d’éternel, ni d’immobile ; car tous les objets sensibles sont sujets à destruction, et sont en mouvement. Or, s’il n’y a rien d’éternel, la production même est impossible. Car il faut bien que ce qui devient soit quelque chose, ainsi que ce qui fait devenir ; et que la dernière des causes productrices soit de tout temps, puisque la chaîne des causes a un terme, et qu’il est impossible que rien soit produit par le non-être."

    "Un, numériquement, ou individuel, c’est la même chose, puisque nous appelons individuel ce qui est un par le nombre : l’universel, au contraire, c’est ce qui est dans tous les individus."

    "Hésiode et tous les Théologiens n’ont cherché que ce qui pouvait les convaincre eux-mêmes, et n’ont pas songé à nous. Des principes ils font des dieux, et les dieux ont produit toutes choses ; puis ils ajoutent que les êtres qui n’ont pas goûté le nectar et l’ambroisie sont destinés à périr. Ces explications avaient sans doute un sens pour eux ; quant à nous, nous ne comprenons même pas comment ils ont pu trouver là des causes. Car, si c’est en vue du plaisir que les êtres touchent à l’ambroisie et au nectar, le nectar et l’ambroisie ne sont nullement causes de l’existence ; si au contraire c’est en vue de l’existence, comment ces êtres seraient-ils éternels, puisqu’ils auraient besoin de nourriture ?"

    "Si l’on n’établit pas que l’unité et l’être soient une substance, il s’ensuit qu’il n’y a plus rien de général, puisque ces principes sont ce qu’il y a de plus général au monde, et que si l’unité en soi, si l’être en soi, ne sont pas quelque chose, à plus forte raison n’y aura-t-il pas d’autre être en dehors de ce qu’on nomme le particulier."
    -Aristote, Métaphysique, Livre III, Chapitre 4.

    "Il est une science qui considère l’Être en tant qu’Être, et qui considère en même temps toutes les conditions essentielles que l’Être peut présenter. Cette science-là ne peut se confondre d’aucune manière avec les autres sciences, qui ont un sujet particulier, puisque pas une de ces sciences n’étudie d’une manière universelle l’Être en tant qu’Être ; mais, le découpant dans une de ses parties, elles limitent leurs recherches aux phénomènes qu’on peut observer dans cette partie spéciale. C’est ce que font, par exemple, les sciences mathématiques.

    Mais, quand on ne s’attache, comme nous, qu’aux principes et aux causes les plus élevées, on voit clairement que ces principes doivent être ceux d’une certaine nature prise en soi
    ."
    -Aristote, Métaphysique, Livre IV, Chapitre 1.


    _________________
    « La racine de toute doctrine erronée se trouve dans une erreur philosophique. [...] Le rôle des penseurs vrais, mais aussi une tâche de tout homme libre, est de comprendre les possibles conséquences de chaque principe ou idée, de chaque décision avant qu'elle se change en action, afin d'exclure aussi bien ses conséquences nuisibles que la possibilité de tromperie. » -Jacob Sher, Avertissement contre le socialisme, Introduction à « Tableaux de l'avenir social-démocrate » d'Eugen Richter, avril 1998.

    "La vraie volupté est remportée comme une victoire sur la tristesse [...] Il n’y a pas de grands voluptueux sans une certaine mélancolie, pas de mélancoliques qui ne soient des voluptueux trahis." -Albert Thibaudet, La vie de Maurice Barrès, in Trente ans de vie française, volume 2, Éditions de la Nouvelle Revue Française, 1919, 312 pages, p.40.

    Johnathan R. Razorback
    Johnathan R. Razorback
    Admin

    Messages : 5714
    Date d'inscription : 12/08/2013
    Localisation : France

    Aristote, Œuvres complètes Empty Re: Aristote, Œuvres complètes

    Message par Johnathan R. Razorback le Lun 28 Mai - 15:14

    Méta suite.


    _________________
    « La racine de toute doctrine erronée se trouve dans une erreur philosophique. [...] Le rôle des penseurs vrais, mais aussi une tâche de tout homme libre, est de comprendre les possibles conséquences de chaque principe ou idée, de chaque décision avant qu'elle se change en action, afin d'exclure aussi bien ses conséquences nuisibles que la possibilité de tromperie. » -Jacob Sher, Avertissement contre le socialisme, Introduction à « Tableaux de l'avenir social-démocrate » d'Eugen Richter, avril 1998.

    "La vraie volupté est remportée comme une victoire sur la tristesse [...] Il n’y a pas de grands voluptueux sans une certaine mélancolie, pas de mélancoliques qui ne soient des voluptueux trahis." -Albert Thibaudet, La vie de Maurice Barrès, in Trente ans de vie française, volume 2, Éditions de la Nouvelle Revue Française, 1919, 312 pages, p.40.

    Johnathan R. Razorback
    Johnathan R. Razorback
    Admin

    Messages : 5714
    Date d'inscription : 12/08/2013
    Localisation : France

    Aristote, Œuvres complètes Empty Re: Aristote, Œuvres complètes

    Message par Johnathan R. Razorback le Lun 28 Mai - 15:17

    "Un fait est incontestable: le texte subit peu après la mort de son auteur, ou, au mieux, la mort de son successeur à la tête du Lycée, une éclipse de près de quinze siècles. Or il me semble que ce fait ne doit pas nous amener à induire que, du IIIe siècle avant Jésus-Christ au XIIIe siècle après Jésus-Christ, personne n'a eu le texte aristotélicien en main, ou que ce texte, conservée à l'intérieur de l'école aristotélicienne, n'avait qu'une existence quasi secrète. Il nous faut bien plutôt affronter cette idée parricide: l'Antiquité hellénistique, puis romaine, connaissait Les Politiques d'Aristote, et si presque aucun écrivain n'y a fait allusion après le IIIe siècle avant Jésus-Christ, c'est tout simplement parce que ce texte n'intéressait personne." (p.18)

    "Pour Aristote, il n'y a pas une science de toutes choses mais des sciences de genres différents, c'est-à-dire avec des concepts et des méthodes différents, qui entreprennent de connaître des objets de genres différents. Cette opposition entre Platon et Aristote est quasiment au principe de la pensée philosophique et scientifique, ce qui a fait dire au poète Coleridge que tout homme est soit platonicien, soit aristotélicien." (p.26)

    "Contrairement à Rousseau, Aristote se méfie (et c'est là un euphémisme) des enfants, ces êtres promis au vice tant que la bonne nature n'a pas encore pris le dessus: c'est aussi ce que veut dire ce terme d' "incomplet" [...] qu'il applique souvent à l'enfant." (p.30-31)

    "Aristote s'oppose à ceux qui, comme Lycophron, font de l'association politique le résultat d'un contrat." (p.37)

    "Et Platon de reprendre une opposition généralement acceptée par ses contemporains, entre la guerre (polemos), qui est menée contre l'étranger, surtout contre les barbares, et la sédition (stasis), qui est interne à la cité. [...]
    Dans la perspective familialiste qui est la sienne, Platon décrit ensuite toute contestation politique comme une révolte contre ses parents et les attaques contre la constitution, surtout quand elles sont violentes, comme des entreprises parricides et fratricides.
    Rien de tel chez Aristote pour qui la sédition est le résultat en quelque sorte normal de la situation, décrite plus haut, d'une cité radicalement divisée en factions aux prétentions également légitimes, et, de ce fait, toujours susceptible de quitter l'état instable dans lequel elle se trouve pour un autre état instable. C'est ainsi qu'Aristote a introduit les cités dans l'histoire et, pour lui aussi, la lutte des classes est le moteur de cette histoire. Cette lutte des classes est sans doute souvent, à ses yeux, un phénomène dommageable, mais ce n'est pas une réalité pathologique
    ." (p.73)

    "Un autre mélange est possible, celui du goût de la liberté et de l'égalité des démocrates avec l'idée que chacun doit recevoir en proportion de ce qu'il apporte: une idée oligarchique si elle concerne la fortune, aristocratique si elle se rapporte à la vertu. Or l'une des grandes thèses d'Aristote, c'est que le gouvernement constitutionnel, qui fait partie des constitutions droites, est "un mélange d'oligarchie et de démocratie" [...] qui est alors défini comme un "mélange de la richesse et de la liberté"." (p.78)

    "Au vrai sens du terme, [Aristote est] un réformiste. Cela ne veut pas dire qu'il renonce à l'excellence, mais qu'il estime qu'il peut y avoir, en politique, une gestion positive du temps. Cela aussi est fondamentalement antiplatonicien. On a l'impression, en lisant surtout La République mais aussi Les Lois, que la perfection est originaire ou n'est pas: on établit d'un coup les institutions de la cité parfaite, l'histoire ultérieure ne pouvant être que dégénérescence. Sur ce point-là aussi, Platon est plus près de la conception mythique de l'histoire que ne l'est Aristote, puisque les mythes, dans leur très grande majorité, montrent un âge d'or suivi de périodes de décadence." (p.81)
    -Pierre Pellegrin, Introduction à Aristote, Les Politiques, trad. Pierre Pellegrin, Paris, GF-Flammarion, 2015, 591 pages.

    "Puisque toute cité, nous le voyons, est une certaine communauté, et que toute communauté est constituée en vue d'un certain bien (car c'est en vue de ce qui leur semble un bien que tous font tout ce qu'ils font), il est clair que comme toutes les communautés visent un certain bien, c'est le bien le plus éminent entre tous que vise au plus haut point celle qui est la plus éminente de toutes et qui contient toutes les autres. Or c'est celle que l'on appelle la cité, c'est-à-dire la communauté politique." (p.103)

    "Et des dieux eux aussi, tous prétendent qu'ils sont soumis à un roi." (p.107)

    "La communauté achevée formée de plusieurs villages est une cité dès lors qu'elle atteint le terme de l'autarcie pour ainsi dire complète ; bien que se constituant en vue de vivre, elle existe en vue de la vie heureuse. Voilà pourquoi toute cité est naturelle puisque les premières communautés le sont aussi. Car elle est leur fin, et la nature est fin: ce que chaque chose, en effet, est une fois que sa genèse est complètement achevée, c'est cela que nous disons être la nature de cette chose, par exemple la nature d'un humain, d'un cheval, d'une famille. De plus, le ce en vue de quoi, c'est-à-dire la fin, c'est le meilleur, et l'autarcie est à la fois une fin et quelque chose d'excellent.
    Il est manifeste, à partir de cela, que la cité fait partie des choses naturelles, et que l'être humain est par nature un animal politique, et que celui qui est hors cité, naturellement et non pas par hasard, est soit un être dégradé, soit un être surhumain, et il est comme celui qui est injurié en ces termes par Homère:


    sans lignage, sans loi, sans foyer.

    Car un tel individu est du même coup naturellement passionné de guerre, étant comme un pion isolé dans un jeu. Que l'être humain soit un animal politique plutôt que n'importe quelle abeille et que n'importe quel animal grégaire, c'est évident. Car, comme nous le disons, la nature ne fait rien en vain ; or seul parmi les animaux l'être humain a un langage. Certes la voix est le signe du douloureux et de l'agréable, aussi la rencontre-t-on chez les animaux ; leur nature, en effet, est parvenue jusqu'au point d'éprouver la sensation du douloureux et de l'agréable et de se les signifier mutuellement. Mais le langage existe en vue de manifester l'avantageux et le nuisible, et par suite le juste et l'injuste. Il y a en effet une chose propre aux humains par rapport aux animaux: le fait que seuls ils aient la perception du bien, du mal, du juste, de l'injuste et des autres notions de ce genre. Or avoir de telles notions en commun, c'est ce qui fait une famille et une cité.
    De plus, la cité est par nature antérieure à la famille et à chacun de nous. Le tout, en effet, est nécessairement antérieur à la partie, car une fois que le corps entier a péri, il n'y a plus ni pied ni main, sinon par homonymie, comme quand on parle d'une main de pierre, telle sera, en effet, la main une fois morte ; mais toutes les choses se définissent par leur fonction et leur capacité, de sorte que quand elles ne les ont plus, il ne faut pas dire qu'elles sont les mêmes, mais qu'elles ont même nom. Que donc la cité soit à la fois naturelle et antérieure à chacun de ses membres, c'est clair. S'il est vrai, en effet, que chacun pris séparément n'est pas autosuffisant, il sera dans la même situation que les autres parties vis-à-vis du tout, alors que celui qui n'est pas capable d'appartenir à une communauté ou qui n'en a pas besoin parce qu'il se suffit à lui-même n'est en rien une partie d'une cité, si bien que c'est soit une bête soit un dieu. C'est donc par nature qu'il y a chez tous la tendance vers une communauté de ce genre, mais le premier qui l'établit fut cause des plus grands biens. De même, en effet, qu'un être humain est le meilleur des animaux quand il est accompli, de même aussi quand il a rompu avec loi et justice est-il le pire de tous. Car la plus terrible des injustices, c'est celle qui a des armes. Or l'être naît pourvu d'armes pour la prudence et la vertu, dont il peut se servir à des fins absolument inverses. C'est pourquoi il est le plus impie et le plus féroce quand il est sans vertu et il le pire des animaux dans ses dérèglements sexuels et gloutons. Or la justice est quelque chose de politique, car la justice introduit un ordre dans la communauté politique, et la justice décide de ce qui est juste
    ." (p.107-110)

    "Toute cité [...] est composée de familles [...] Mais une famille achevée se compose d'esclaves et de gens libres. [...] Puisqu'il faut commencer la recherche sur chaque chose par ses composantes élémentaires, et que les parties premières et élémentaires d'une famille sont un maître et un esclave, un époux et une épouse, un père et ses enfants, il faut examiner ce qu'est et comment devrait être chacune de ces trois relations." (p.111)

    "Certains [...] croient qu'il existe une science, la science "magistrale", et que c'est la même chose que l'administration familiale, la science magistrale, la science politique et la science royale, ainsi que nous l'avons dit en commençant. Pour d'autres [certains sophistes], au contraire, être maître est contre nature. Car, disent-ils, c'est par convention que l'un est l'esclave et l'autre libre, alors que par nature il n'y a pas de différence entre eux ; c'est pourquoi l'esclavage n'est pas juste, car il repose sur la force." (p.112)

    "Un bien que l'on a acquis est un instrument pour vivre, la propriété est une masse d'instruments, l'esclave est un certain bien acquis animé." (p.113)

    "Commander et être commandé font partie non seulement des choses indispensables, mais aussi des choses avantageuses. Et c'est dès leur naissance qu'une distinction a été opérée chez certains, les uns devant être commandés, les autres commander. Et il y a plusieurs espèces d'êtres qui commandent et d'êtres qui sont commandés, et toujours le commandement est meilleur quand il commande à de meilleurs subordonnés, à un homme, par exemple, plutôt qu'à une bête. Car l’œuvre accomplie par de meilleurs agents est meilleure, et là où l'un commande et l'autre est commandé il en résulte une œuvre qui est la leur. Car quand la réunion de plusieurs composantes, qu'elles soient continues ou discrètes, donne une entité unique commune, dans tous les les cas se manifeste une partie qui commande et une partie qui est commandée. Et on retrouve cela chez les êtres animés en vertu de l'ordonnance de la nature entière." (p.116)

    "L'animal est en premier lieu composé d'une âme et d'un corps, celle-là étant par nature la partie qui commande, celui-ci celle qui est commandée." (p.117)

    "Le mâle est par nature à la femelle ce que le supérieur est à l'inférieur, c'est-à-dire ce que le commandant est au commandé." (p.118)

    "Tous ceux, donc, qui sont aussi éloignés des autres humains qu'un corps l'est d'une âme et une bête sauvage d'un être humain (et sont ainsi faits ceux dont l'activité consiste à se servir de leur corps et dont c'est le meilleur parti que l'on puisse tirer), ceux-là sont par nature esclaves, pour lesquels il est meilleur d'être soumis à cette autorité magistrale, puisque cela est vrai pour ce dont nous avons parlé. Est, en effet, esclave par nature celui qui peut appartenir à un autre (et c'est pourquoi il appartient de fait à un autre) et qui n'a la raison en partage que dans la mesure où il la perçoit chez les autres mais ne la possède pas lui-même, car les animaux ne perçoivent aucune raison, mais sont asservis à des impressions. Et pour l'usage, il n'est guère différent: l'aide physique en vue des tâches indispensables vient des deux, les esclaves et les animaux domestiques. [...]
    Que donc par nature les uns soient libres et les autres esclaves, c'est manifeste, et pour ceux-ci la condition d'esclave est avantageuse et juste.
    "(p.118-119)

    "La propriété est également utilisée par ces deux arts, mais pas de la même manière, l'une s'en servant en vue d'autre chose, l'autre en vue de son pur et simple accroissement. Voilà pourquoi certains ont l'impression que la pure et simple augmentation du patrimoine est l'objet de l'administration familiale, et ils s'acharnent à penser qu'il préserver ou augmenter sans limites son patrimoine en numéraire. La raison de cette attitude, c'est qu'on fait effort pour vivre et non pour mener n'a pas de limite, les moyens, eux aussi, on les désire sans limites. Et même tous ceux qui s'efforcent de mener une vie heureuse recherchent ce qui procure les jouissances physiques, de sorte que, comme celles-ci semblent elles aussi dépendre de ce qu'on possède, toute leur vie ils la passent occupés par l'acquisition de richesses, et c'est ainsi qu'on en est arrivé à cette autre forme de l'art acquérir, la chrématistique. Car, la jouissance résidant dans un excès, les gens cherchent ce qui produit cet excès qui donne la jouissance. Et s'ils ne peuvent pas y parvenir par la chrématistique, ils s'y efforcent par d'autres moyens, faisant de chacune de leurs capacités un usage contraire à la nature. Le but du courage, en effet, n'est pas de faire de l'argent mais de rendre hardi, de même pour la stratégie et la médecine, dont le but n'est pas de faire de l'argent mais de donner la victoire et la santé. Pourtant ces gens-là rendent tout cela objets de spéculation, dans l'idée que c'est cela le but et qu'il faut tout diriger vers ce but." (chapitre 9, p.135-136)

    "Cet art d'acquérir, comme nous l'avons dit, a deux formes, une forme commerciale et une forme familiale: celle-ci est indispensable et louable, celle qui concerne l'échange, par contre, est blâmée à juste titre car elle n'est pas naturelle mais se fait aux dépens des autres ; et il est tout à fait normal de haïr le métier d'usurier du fait que son patrimoine lui vient de l'argent lui-même, et que celui-ci n'a pas été inventé pour cela. Car il a été fait pour l'échange, alors que l'intérêt le fait se multiplier. Et c'est de là qu'il a pris son nom: les petits, en effet, sont semblables à leurs parents, et l'intérêt est de l'argent né d'argent. Si bien que cette façon d'acquérir est la plus contraire à la nature." (chapitre 10, p.138)

    "Les esclaves sont des hommes et ont la raison en partage." (p.145)

    "L'esclave est totalement dépourvu de la faculté de délibérer, la femme la possède mais sans autorité, l'enfant la possède mais inachevée." (p.147)
    -Aristote, Les Politiques, Livre I, trad. Pierre Pellegrin, Paris, GF-Flammarion, 2015, 591 pages.

    "Puisque nous nous proposons de considérer, concernant la communauté politique, laquelle est la plus valable de toutes pour ceux qui ont la faculté, le plus possible, de vivre selon leurs vœux, il nous faut aussi examiner à la fois les autres constitutions qui sont en vigueur dans certaines des cités qu'on dit régies par de bonnes lois, et aussi certaines autres s'il s'en trouve dont certains ont traité et qu'on considère comme bien conçues ; cela pour voir ce qu'elles ont de correct et d'utile." (p.153)

    "Il est [...] nécessaire que tous les citoyens aient en commun soit tout, soit rien, soit certaines choses et pas d'autres. Qu'ils n'aient rien en commun, c'est manifestement impossible, car la vie en cité en est une certaine communauté, et il est en premier lieu nécessaire de partager un territoire commun ; en effet le territoire d'une cité unique est unique, or les citoyens ont en commun cette unique cité. Mais concernant les choses qu'on est susceptible de mettre en commun, vaut il mieux que, dans la cité qui devra être administrée correctement, on les mette toutes en commun, ou vaut-il mieux le faire pour certaines et pas pour d'autres ? Car il est possible que les enfants, les femmes et les propriétés appartiennent en commun aux citoyens, comme dans La République de Platon [...] Qu'est-ce qui est préférable, ce qui se pratique effectivement, ou la législation consignée dans La République ?" (p.152)

    "Il est manifeste que si elle s'avance trop sur la voie de l'unité, une cité n'en sera plus une, car la cité a dans sa nature d'être une certaine sorte de multiplicité, et si elle devient trop une, de cité elle retourne à l'état de famille, et de famille à celui d'individu. On peut dire, en effet, que la famille est plus une que la cité, et l'individu plus un que la famille. Si bien que, serait-on à même de réaliser ce but, on devrait se garder de le faire, car ce serait mener la cité à sa perte. La cité est composée de gens qui non seulement sont plus nombreux que dans la famille, mais aussi qui diffèrent spécifiquement entre eux ; une cité, en effet, n'est pas formée de parties semblables: une alliance militaire et une cité sont deux choses différentes. L'intérêt de celle-là, en effet, tient au nombre de ses membres alors même qu'ils sont de même espèce (car une alliance militaire, de par sa nature, a comme fin l'assistance mutuelle), comme si un poids plus lourd faisait plus pencher la balance. [...] En revanche, les composantes dont une unité <comme la cité> est faite doivent différer spécifiquement.
    Voilà pourquoi l'égalité réciproque assure le salut des cités, comme cela a déjà été dit dans
    l'Éthique, puisqu'il en est nécessairement ainsi même entre gens libres et égaux: tous, en effet, ne sont susceptibles de gouvernement en même temps, mais pendant un an, ou selon un arrangement différent ou pendant un laps de temps différent. Et c'est de cette manière qu'ils arrivent tous à gouverner, comme si les cordonniers et les charpentiers échangeaient leurs fonctions, et que ce ne soient pas toujours les mêmes qui restent cordonniers et charpentiers. Mais puisqu'il est meilleur qu'il en aille aussi ainsi dans le cas des affaires de la communauté politique, il est manifeste qu'il vaut mieux que ce soient toujours les mêmes qui gouvernent, si c'est possible. Dans les cas où ce n'est pas possible du fait que tous sont naturellement égaux, il est du même coup juste que tous participent au gouvernement (que gouverner soit un bien ou un mal) ; on a alors une imitation du cas précédent, car alors les uns gouvernent quand les autres sont gouvernés, chacun à son tour, comme s'ils étaient devenus différents. Et c'est de la même manière que des magistrats différents occupent des magistratures différentes.
    De toute cela il ressort manifestement que la cité n'est pas naturellement une au sens où certains le disent, et que ce qu'on a prétendu être le bien suprême dans les cités mène les cités à leur perte. Or le bien de chaque chose assure la sauvegarde de cette chose. Il y a aussi une autre manière de rendre manifeste que chercher une unification excessive de la cité n'est pas ce qu'il y a de meilleur: une famille, en effet, est plus autarcique qu'un individu, et une cité l'est plus qu'une famille, et l'on s'accorde précisément à dire qu'il y a cité à partir du moment où il se trouve que la communauté de ses membres est constituée d'un nombre de gens qui la rend autarcique. Si donc une autarcie plus grande est préférable, une unité plus faible est aussi préférable à une plus forte
    ." (p.153-156)

    "On prend fort peu de soin de ce qui est commun à un très grand nombre: les individus en effet s'occupent principalement de ce qui leur est propre et moins de ce qui est commun, ou seulement dans la mesure où chacun est concerné. Et outre ces différents raisons, on néglige plus ce qui est commun parce qu'on a l'impression que quelqu'un d'autre d'en s'occupe, comme c'est le cas dans les travaux domestiques où les serviteurs font parfois moins bien leur travail quand ils sont en grand nombre qu'en nombre plus réduit. C'est donc mille fils qu'acquiert chaque citoyen, et ils ne sont pas à lui individuellement, mais le premier enfant venu est également le fils du premier venu, de sorte que tous les parents négligeront également tous les enfants." (p.158)

    "L'amitié est le plus grand des biens pour les cités car elle évite au maximum la discorde." (p.162)

    "Il faut qu'en un sens les propriétés soient communes, mais que fondamentalement elles soient privées. D'abord, en effet, chacun administrant séparément ses biens, il ne surgira aucune récrimination des uns contre les autres ; au contraire, la situation s'améliorera du fait que chacun s'occupera avant tout de ses affaires. Ensuite, grâce à la vertu, il en sera, concernant l'usage des biens, comme le dit le proverbe: "tout est commun entre amis". [...] Car chacun possédant personnellement son bien fait en sorte d'en rendre une partie utile à ses amis, et se sert d'une autre partie comme d'un bien commun. [...] Il est donc manifeste que la meilleure solution, c'est que la propriété des biens soit privée et qu'ils soient rendus communs par leur usage. Quant à ce qu'il faut faire pour que les gens acquièrent une disposition correspondante, c'est la tâche propre du législateur." (p.165-166)

    "De plus, du point de vue du plaisir, on ne saurait exprimer l'importance qu'il y à pouvoir considérer quelque chose à soi. Cet amour que chacun éprouve pour lui-même n'existe sans doute pas en vain: c'est, au contraire, quelque chose de naturel. Par contre, c'est à bon droit que l'on blâme l'égoïsme, car ce n'est pas un simple amour de soi, mais le fait de s'aimer plus qu'il ne faut, et c'est de la même façon que l'on blâme aussi l'avare, puisque tout le monde ou presque aime chacun de ces deux objets. D'autre part, il est très agréable de combler et de secourir ses amis, ses hôtes, ses compagnons ; or cela ne peut être que si l'on possède un patrimoine en propre. Mais, manifestement, tout cela ne peut exister si l'on unifie trop la cité et que, ce faisant, on supprime en outre, de toute évidence, les actions inspirées par deux vertus: la tempérance dans l'usage des femmes, d'abord, car c'est une belle action que de s'abstenir par tempérance de la femme d'autrui, et la libéralité dans l'usage de son bien, ensuite, car on ne pourrait jamais manifester sa libéralité ni accomplir aucune action libérale puisque l'exercice de la libéralité s'applique à l'usage de ses biens.
    Certes, cette législation platonicienne a un visage riant et semblerait bien traduire de l'amour pour le genre humain: celui qui en entend parler l'accueille avec joie, pensant qu'elle établira quelque merveilleuse amitié de tous à l'égard de tous, surtout quand on impute à l'absence de communauté des biens tous les vices qui existent actuellement dans les différentes constitutions, je veux dire des procès intentés à propos de contrats, des jugements pour faux témoignage, des flatteries à l'égard des riches. Or ces maux n'adviennent pas du fait de l'absence de communauté des biens, mais du fait de la perversité, puisque nous voyons que ce sont précisément ceux qui possèdent des biens en commun et en partagent la jouissance qui ont beaucoup plus de différends que ceux qui ont un patrimoine propre. [...]
    De plus, il est juste de ne pas seulement énumérer les maux dont seront affranchis ceux qui vivent sous le régime de la propriété commune, mais aussi les biens dont ils seront privés. Or il apparaît clairement que sous ce régime la vie est complètement impossible
    ." (p.166-168)

    "[En matière de régime politique] presque tout a déjà été découvert." (p.169)

    "[Pour les difficultés] Il en est à peu près de même de ce qu'on trouve dans Les Lois écrites plus tard." (p.173)

    "La pauvreté engendre sédition et délinquance." (p.176)

    "Les crimes majeurs viennent du goût pour l'excès et non des nécessités vitales." (p.184)

    "C'est, certes, un fait que l'égalité des fortunes entre les citoyens est l'une des dispositions avantageuses pour empêcher les séditions internes, mais, à vrai dire, son utilité n'a rien de remarquable. [...] La méchanceté des hommes est sans limites, et si tout d'abord deux oboles suffissent, par la suite, lorsque cette pratique est devenue une coutume, on a besoin de toujours plus, ainsi à l'infini." (p.185)

    "Certains se demandent s'il est dommageable ou avantageux pour les cités de changer les lois ancestrales s'il y en a une autre qui est meilleure. [...] Il peut arriver que l'on propose d'abolir certaines lois ou la constitution au nom du bien commun. Et puisque nous en avons fait mention, il est préférable de donner quelques explications, peu nombreuses mais précises, à ce sujet. Car il y a là, comme nous l'avons dit, une difficulté, et il pourrait sembler meilleur d'opter pour le changement. Dans les autres sciences, celui-ci a été avantageux: la médecine, par exemple, a modifié ses préceptes ancestraux, de même que la gymnastique et en général tous les arts et savoir-faire. De sorte que, puisque la politique doit être considérée comme l'un d'eux, il est manifeste qu'il en est nécessairement de même dans son domaine aussi. On pourrait en apporter une preuve en recourant aux faits. Car les lois anciennes sont par trop simplistes et barbares: les Grecs de jadis, par exemple, ne quittaient jamais leurs armes et s'achetaient mutuellement leurs femmes, et tout ce qui subsiste çà et là des anciennes coutumes est d'une absolue niaiserie. A Cumes, par exemple, il existe une loi concernant le meurtre selon laquelle si celui qui accuse de meurtre peut produire un nombre défini de témoins de son propre lignage, l'accusé est reconnu coupable du meurtre. Or ce que, d'une manière générale, tout le monde recherche, ce n'est pas ce qui est ancestral, mais ce qui est bon. Et il est vraisemblable que les premiers hommes, qu'ils soient nés de la terre ou qu'ils aient été les survivants de quelque cataclysme, devaient ressembler aux premiers idiots venus, comme on le dit des gens nés de la terre, si bien qu'il serait absurde de rester attaché aux dogmes de gens de ce genre. Outre cela il n'est pas préférable non plus de garder immuable les lois écrites. Comme dans les autres arts, en effet, en matière d'organisation politique aussi il est impossible de tout coucher par écrit avec précision, car, nécessairement, ce qui est écrit est général, alors que les actions concernent le particulier. Tout cela montre donc à l'évidence qu'il faut modifier certaines lois en certaines circonstances." (chapitre 8, p.191-192)

    "Quelle différence, à vrai dire, y a-t-il entre le fait que les femmes gouvernent et le fait que les gouvernants soient gouvernées par leurs femmes ? Le résultat est le même. L'audace n'étant d'aucune utilité dans la vie quotidienne (si elle en a une, c'est pour la guerre), dans ce domaine aussi les femmes des Laconiens leur ont été cause des plus grands dommages. Elles l'ont montré lors de l'invasion des Thébains: non seulement elles n'étaient d'aucune utilité contrairement aux femmes d'autres cités, mais elles causèrent plus de trouble que les ennemis." (p.196)

    "Le législateur avait fait, et il fit bien, de l'achat et de la vente du fonds de terre de chacun un acte honteux." (p.197)

    "La plupart des constitutions anciennes sont moins bien construites que les plus récentes." (p.204)

    "Le fait que les magistrats ne sont ni rétribués ni tirés au sort doit être considéré comme aristocratique." (p.210)

    "Le fait de choisir selon la richesse est oligarchique, et selon le mérite aristocratique." (p.210-211)

    "S'il y a quelque chose que l'instance dirigeante tient pour honorable, nécessairement les autres citoyens suivront son opinion." (p.211)
    -Aristote, Les Politiques, Livre II, trad. Pierre Pellegrin, Paris, GF-Flammarion, 2015, 591 pages.



    _________________
    « La racine de toute doctrine erronée se trouve dans une erreur philosophique. [...] Le rôle des penseurs vrais, mais aussi une tâche de tout homme libre, est de comprendre les possibles conséquences de chaque principe ou idée, de chaque décision avant qu'elle se change en action, afin d'exclure aussi bien ses conséquences nuisibles que la possibilité de tromperie. » -Jacob Sher, Avertissement contre le socialisme, Introduction à « Tableaux de l'avenir social-démocrate » d'Eugen Richter, avril 1998.

    "La vraie volupté est remportée comme une victoire sur la tristesse [...] Il n’y a pas de grands voluptueux sans une certaine mélancolie, pas de mélancoliques qui ne soient des voluptueux trahis." -Albert Thibaudet, La vie de Maurice Barrès, in Trente ans de vie française, volume 2, Éditions de la Nouvelle Revue Française, 1919, 312 pages, p.40.

    Johnathan R. Razorback
    Johnathan R. Razorback
    Admin

    Messages : 5714
    Date d'inscription : 12/08/2013
    Localisation : France

    Aristote, Œuvres complètes Empty Re: Aristote, Œuvres complètes

    Message par Johnathan R. Razorback le Sam 13 Avr - 16:31

    "Un citoyen au sens plein ne peut pas être mieux défini que par la participation à une fonction judiciaire et à une magistrature." (p.221)

    "Il faut dire que la cité est la même principalement en regardant sa constitution. Par contre, on peut lui donner un nom différent ou lui garder le même, qu'elle continue d'être habitée par les mêmes gens ou par des gens totalement différents." (p.228)

    "De même que le marin est l'un des membres d'une communauté, nous disons qu'il en va de même du citoyen. Et quoique les marins soient différents par leurs fonctions (car l'un est ramer, un autre pilote, un autre chef de proue, un autre reçoit quelque autre titre de ce genre), il est clair, d'une part, que la définition la plus exacte de l'excellence de chacun lui sera propre, mais que, d'autre part, il y aura aussi une définition commune qui conviendra à tous. Car la sécurité de la navigation est leur affaire à tous ; elle est, en effet, ce que désire chacun des marins. Eh bien, il en est de même pour les citoyens: bien qu'ils soient différents, la sécurité de la communauté est leur affaire, et la constitution est cette communauté. C'est pourquoi l'excellence du citoyen est nécessairement fonction de la constitution. Et puisqu'il y a plusieurs sortes de constitutions, il est évident qu'il n'est pas possible qu'il y ait pour le bon citoyen une excellence unique, l'excellence parfaite. De l'homme de bien, au contraire, nous disons qu'il est tel selon une vertu unique, la vertu parfaite. Que donc il soit possible, tout en étant un bon citoyen, de ne pas posséder la vertu qui fait qu'on est un homme de bien, c'est manifeste." (p.230)

    "Il semble que d'une certaine manière l'excellence d'un bon citoyen soit d'être capable de bien commander et de bien obéir." (p.231-232)

    "Il existe un certain pouvoir en vertu duquel on commande à des gens du même genre que soi, c'est-à-dire libres. Celui-là, nous l'appelons le pouvoir politique ; le gouvernant doit l'apprendre en étant lui-même gouverné, comme on apprend à commander la cavalerie en obéissant dans la cavalerie, à commander dans l'armée en obéissant dans l'armée, de même pour une brigade et pour un bataillon ; c'est pourquoi l'on dit, et à juste titre, qu'il n'est pas possible de bien commander si l'on n'a pas bien obéi. Ces deux statuts de gouvernant et de gouverné ont des excellences différentes, mais le bon citoyen doit savoir et pouvoir obéir et commander, et l'excellence propre d'un citoyen, c'est de connaître le gouvernement des hommes libres dans ces deux sens." (p.233)

    "La prudence est la seule vertu propre au gouvernant, car il semble que les autres vertus sont nécessairement communes aux gouvernés et aux gouvernants, et assurément, pour un gouverné, l'excellence n'est pas la prudence mais l'opinion vraie. Car le gouverné est comme le fabricant de flûtes, alors que le gouvernant est comme le flûtiste qui les utilise." (p.234)

    "Une constitution est pour une cité l'organisation de ses diverses magistratures et surtout de celle qui est souveraine dans toutes les choses." (p.238)

    "Même quand ils n'ont pas besoin de l'aide des autres, les humains n'en désirent pas moins vivre ensemble. [...] Mais ils se rassemblent et ils perpétuent la communauté politique aussi dans le seul but de vivre. Peut-être, en effet, y a-t-il une part de bonheur dans le seul fait de vivre si c'est d'une vie point trop accablée de peines. Il est d'ailleurs évident que la plupart des hommes supportent beaucoup de souffrances tant ils sont attachés à la vie, comme si celle-ci avait en elle-même une joie et une douceur naturelles." (p.239)

    "Toutes les constitutions qui visent l'avantage commun se trouvent être des formes droites selon le juste au sens absolu, toutes celles, au contraire, qui ne visent que le seul intérêt des gouvernants sont défectueuses, c'est-à-dire qu'elles sont toutes des déviations des constitutions droites. Elles sont, en effet, despotiques, or la cité est une communauté d'hommes libres." (p.240-241)

    "Puisque constitution et gouvernement signifient la même chose et qu'un gouvernement c'est ce qui est souverain dans les cités, il est nécessaire que soit souverain dans les cités, il est nécessaire que soit souverain soit un seul individu, soit un petit nombre, soit un grand nombre de gens. Quand cet individu, ce petit ou ce grand nombre gouvernent en vue de l'avantage commun, nécessairement ces constitutions sont droites, mais quand c'est en vue de l'avantage propre de cet individu, de ce petit ou de ce grand nombre, ce sont des déviations." (p.242)

    "Nous appelons d'ordinaire "royauté" celle des monarchies qui a en vue l'avantage commun ; parmi les constitutions donnant le pouvoir à un nombre de gens petit mais supérieur à un, nous en appelons une "aristocratie" soit parce que les meilleurs y ont le pouvoir, soit parce qu'on y gouverne pour le plus grand bien de la cité et de ceux qui en sont membres. Quand c'est la multitude qui détient le gouvernement en vue de l'avantage commun, la constitution est appelée du nom commun à toutes les constitutions, un "gouvernement constitutionnel". Et c'est rationnel, car il peut arriver qu'un seul individu ou qu'un petit nombre se distingue par sa vertu, alors qu'il est vraiment difficile qu'un plus grand nombre de gens possèdent une vertu parfaite dans tous les domaines, avec comme exception principale la vertu guerrière: elle naît en effet dans la masse. C'est pourquoi dans cette dernière sorte de constitution, c'est la classe guerrière qui est absolument souveraine et ce sont eux qui détiennent les armes qui ont part au pouvoir.

    Les déviations des constitutions qu'on a indiquées sont: la tyrannie pour la royauté, l'oligarchie pour l'aristocratie, la démocratie pour le gouvernement constitutionnel. Car la tyrannie est une monarchie qui vise l'avantage du monarque, l'oligarchie celui des gens aisés, la démocratie vise l'avantage des gens modestes. Mais aucune de ces formes ne vise l'avantage commun.
    " (p.242-243)

    "Peu de gens sont aisés, alors que la liberté est le partage de tous." (p.245)

    "La cité qui mérite vraiment ce nom, et non celle qui est ainsi nommée par abus de langage, doit s'occuper de vertu, car autrement la communauté politique deviendrait une alliance militaire ne différant que par l'unité de lieu des autres alliances militaires qui se font entre peuples éloignés les uns des autres. Alors la loi est pure convention, et, comme l'a dit le sophiste Lycophron, elle est un garant de la justice dans les rapports mutuels, mais elle n'est pas capable de rendre les citoyens bons et justes." (p.248)

    "Le choix réfléchi de vivre ensemble, c'est cela l'amitié. La fin d'une cité, c'est donc la vie heureuse [...]
    Une cité est la communauté des lignages et des villages menant une vie parfaite et autarcique. C'est cela, selon nous, mener une vie heureuse et belle. Il faut donc poser que c'est en vue des belles actions qu'existe la communauté politique, et non en vue de vivre ensemble.
    " (p.250)

    "Qu'il faille que la masse soit souveraine plutôt que ceux qui sont les meilleurs mais qui sont peu nombreux, cela semblerait apporter une solution qui certes fait aussi difficulté, mais comporte aussi sans doute du vrai. Car il est possible que de nombreux individus, dont aucun n'est un homme vertueux, quand ils s'assemblent soient pourtant meilleurs que les gens dont il a été question, non pas individuellement, mais collectivement, comme les repas collectifs sont meilleurs que ceux qui sont organisés aux frais d'une seule personne. Comme ils sont nombreux, en effet, chacun possède une part d'excellence et de prudence, et quand les gens se sont mis ensemble, de même que cela donne une sorte d'homme unique aux multiples pieds, aux multiples mains et avec beaucoup d'organes des sens, de même en est-il aussi pour les qualités éthiques et intellectuelles. C'est aussi pourquoi la multitude est meilleur juge en ce qui concerne aussi bien les arts que les poètes: en effet, les uns jugent une partie, les autres une autre, et tous jugent le tout. [...]
    C'est pourquoi, au moyen de ces considérations, on pourrait résoudre à la fois la difficulté exposée plus haut et celle qui la suit: sur quoi les hommes libres, c'est-à-dire la masse des citoyens (tous ceux qui ne sont ni riches ni pourvus d'aucun titre à aucune excellence) doivent-ils être souverains ? D'un côté, en effet, les admettre aux plus hautes magistratures n'est pas sans péril, du fait que leur injustice et leur déraison leur feront commettre, l'une des actes injustes, l'autre des erreurs. Mais, d'un autre côté, ne leur concéder aucune part du pouvoir est redoutable: quand beaucoup de ses membres sont privés des honneurs publics et misérables, il est inévitable qu'une cité soit remplie d'ennemis. Il reste donc à faire participer ces gens-là aux fonctions délibérative et judiciaire. Voilà aussi pourquoi Solon et certains autres législateurs leur assignent la désignation aux magistratures et la vérification des comptes des magistrats, mais ils ne les laissent pas gouverner individuellement. En effet, quand ils sont tous réunis, ils possèdent une juste perception des choses, et mélangés aux meilleurs ils sont utiles aux cités, comme un aliment impur mélangé à un aliment pur rend le tout plus profitable qu'une trop petite quantité d'aliment pur. Par contre, pris individuellement, chacun a un jugement imparfait.
    " (p.253-255)

    "Certes chacun y sera plus mauvais juge que les spécialistes, mais tous ses membres réunis soit seront meilleurs juges qu'eux, soit ne seront pas plus mauvais." (p.256)

    "Puisque dans toutes les sciences et tous les arts le but est un bien, que le plus grand bien réside essentiellement dans la science qui est absolument souveraine sur toutes les autres, et que c'est la faculté politique, et que le juste c'est le bien politique, à savoir l'avantage commun, <il faut chercher ce qu'est le juste>. Or tout le monde pense que le juste c'est une certaine égalité, et cela s'accorde jusqu'à un certain point avec les traités philosophiques consacrés à l'éthique. Le juste, en effet, c'est quelque chose en rapport avec des personnes, et on dit qu'il faut qu'une part égale revienne à des gens égaux. Mais il ne faut pas laisser dans l'ombre sur quoi porte l'égalité et sur quoi l'inégalité, car il y a là une difficulté et matière à philosophie politique." (p.259)

    "Puisqu'il ne faut attribuer ni l'égalité en tout à ceux qui ne sont égaux que sur un point déterminé, ni l'inégalité en tout à ceux qui ne sont inégaux que sur un seul point, toutes les constitutions ainsi faites sont nécessairement des déviations." (p.262)

    "Rien n'empêche les monarques d'être en harmonie avec les cités qu'ils gouvernent, si, quand ils emploient de telles pratiques, leur pouvoir propre est utile à ces cités. C'est pourquoi, quand il concerne il concerne les supériorités incontestables, l'argument en faveur de l'ostracisme a quelque chose de politiquement juste. Il serait certes préférable que le législateur ait dès le début établi la constitution de telle sorte qu'il n'y ait pas besoin d'une telle médecine." (p.268)

    "Du fait que les barbares ont un caractère naturellement plus servile que les Grecs, et les barbares asiatiques plus que les européens, ils supportent le pouvoir despotique sans s'en plaindre." (p.271)

    "De plus, la multitude est plus difficile à corrompre: comme une plus grande quantité d'eau, la masse est plus difficile à corrompre que des gens peu nombreux. Or, quand un individu est dominé par la colère ou quelque autre passion de ce genre, il est nécessaire que son jugement soit altéré, alors que, dans l'autre cas, c'est toute une affaire pour tous se mettent en colère et se trompent en même temps." (p.277)

    "Ceux qui sont semblables par nature ont nécessairement par nature le même droit et la même valeur." (p.280)

    "Par nature, les uns sont destinés à être gouverné despotiquement, les autres monarchiquement, les autres politiquement, et cela leur est juste et avantageux. Le pouvoir tyrannique, par contre, n'est pas conforme à la nature, pas plus qu'aucune autre des constitutions déviées. Toutes, en effet, sont contre nature." (p.284)

    "Il faut d'abord définir ce qui fait qu'on est destiné un gouvernement royal, aristocratique ou constitutionnel. Est destinée à être gouvernée par un roi la masse que caractérise une aptitude naturelle à produire un lignage l'emportant par une excellence lui permettant d'exercer la prépondérance politique ; à être en aristocratie la masse qui a une aptitude naturelle à produire une masse capable d'être gouvernée par le pouvoir appliqué à des hommes libres par ceux qui ont la prépondérance politique du fait de leur vertu ; à être en régime constitutionnel la masse dans laquelle surgit naturellement une masse guerrière capable d'être gouvernée et de gouverner selon la loi, laquelle répartit selon le mérite les magistratures entre les gens aisés.
    Quand donc il arrive à tout un lignage ou même à un individu de l'emporter en vertu au point que la sienne excède celle de tous les autres, alors il est juste que ce lignage ait le pouvoir royal et soit souverain en toutes choses et que cet individu soit roi. Car, comme on l'a dit plus haut, non seulement cela est conforme à la notion du juste qu'ont coutume de mettre en avant les fondateurs de constitutions aussi bien aristocratiques qu'oligarchiques et même aussi démocratiques (car ils s'estiment entièrement dignes du pouvoir en vertu d'une supériorité, mais ce n'est pas la même supériorité), mais cela est aussi conforme à ce qui a été dit plus haut. Car il ne serait convenable ni de tuer, ni d'exiler, ni de frapper d'ostracisme un tel homme, pas plus qu'il ne mérite d'être gouverné quand vient son tour. Il n'est pas naturel, en effet, que la partie l'emporte sur le tout, et pourtant pour celui qui possède une telle supériorité c'est bien ce qui arrive. De sorte qu'il ne reste qu'à obéir à un tel homme et à lui donner la souveraineté non pas à son tour, mais absolument
    ." (p.284-285)

    "Il y a trois constitutions droites [...] la meilleure d'entre elles est celle où l'administration est aux mains des meilleurs." (p.286)
    -Aristote, Les Politiques, Livre III, trad. Pierre Pellegrin, Paris, GF-Flammarion, 2015, 591 pages.

    "Pour beaucoup de gens il est sans doute impossible d'avoir en partage la forme excellente, de sorte que ni la constitution la plus valable absolument ni celle qui est la meilleure dans une situation donnée ne doivent échapper au bon législateur, c'est-à-dire à l'homme politique selon le vrai [...] Il arrive à une cité donnée de n'être gouvernée ni par la constitution excellente, n'ayant même pas à sa disposition les moyens nécessaires pour cela, ni par la constitution la meilleure qui serait possible dans les circonstances données, mais par une forme plus mauvaise." (p.290)

    "Ce n'est pas une moindre affaire de redresser une constitution que d'en établir une de toutes pièces [...] C'est pourquoi, outre les capacités que l'on a mentionnées, l'homme politique doit avoir celle d'apporter son aide aux constitutions existantes." (p.291)

    "Qu'il y ait plusieurs constitutions, la cause en est que toute cité a une pluralité de parties. D'abord, en effet, nous voyons que toutes les cités sont composées de familles, et, ensuite, que dans cette multitude de gens, à son tour, il est nécessaire que les uns soient aisés, d'autres modestes, d'autres de condition moyenne, les gens aisés constituant la partie possédant les armes lourdes, les gens modestes celle qui est dépourvue d'armes lourdes. Nous voyons aussi que le peuple est composé de paysans, de marchands, d'artisans. Et parmi les notables il y a aussi des différences selon la richesse et notamment selon l'importance du patrimoine, par exemple en ce qui concerne l'élevage des chevaux. Cela, en effet, n'est pas facile à faire pour qui n'est pas riche. C'est pourquoi, aux temps anciens, dans toutes les cités qui tenaient leur puissance de la cavalerie, les gens vivaient sous des oligarchies, et ils utilisaient la cavalerie pour guerroyer contre leurs voisins, comme le faisaient les gens d'Érétrie et de Chalcis, ceux de Magnésie sur le Méandre et beaucoup d'autres en Asie. De plus, à côté de ces différences selon la richesse, il y a celle de la naissance, celle de la vertu, ou de toute autre chose, si elle existe, dont nous avons dit, dans notre traité sur l'aristocratie, qu'elle est une partie de la cité. C'est là, en effet, que nous avons distingué de combien de parties nécessaires est faite toute cité. Car, parmi ces parties, parfois toutes ont part au pouvoir politique, parfois un nombre plus ou moins grand d'entre elles.
    Il est donc manifeste qu'il y a nécessairement plusieurs constitutions différant spécifiquement entre elles, puisque leurs propres parties diffèrent elles aussi spécifiquement.
    " (p.296-297)

    p.304
    -Aristote, Les Politiques, Livre IV, trad. Pierre Pellegrin, Paris, GF-Flammarion, 2015, 591 pages.



    _________________
    « La racine de toute doctrine erronée se trouve dans une erreur philosophique. [...] Le rôle des penseurs vrais, mais aussi une tâche de tout homme libre, est de comprendre les possibles conséquences de chaque principe ou idée, de chaque décision avant qu'elle se change en action, afin d'exclure aussi bien ses conséquences nuisibles que la possibilité de tromperie. » -Jacob Sher, Avertissement contre le socialisme, Introduction à « Tableaux de l'avenir social-démocrate » d'Eugen Richter, avril 1998.

    "La vraie volupté est remportée comme une victoire sur la tristesse [...] Il n’y a pas de grands voluptueux sans une certaine mélancolie, pas de mélancoliques qui ne soient des voluptueux trahis." -Albert Thibaudet, La vie de Maurice Barrès, in Trente ans de vie française, volume 2, Éditions de la Nouvelle Revue Française, 1919, 312 pages, p.40.


    Contenu sponsorisé

    Aristote, Œuvres complètes Empty Re: Aristote, Œuvres complètes

    Message par Contenu sponsorisé


      La date/heure actuelle est Lun 22 Juil - 12:25