L'Hydre et l'Académie

    Matériaux pour une réfutation intégrale de l'idéologie socialiste.

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    Johnathan R. Razorback
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    Matériaux pour une réfutation intégrale de l'idéologie socialiste.

    Message par Johnathan R. Razorback le Mer 12 Nov - 19:56

    « Le système capitaliste n’a pas besoin de recourir de façon prévalente à la coercition et à la répression pour soumettre les populations. Au contraire, il fonctionne d’autant mieux qu’il laisse davantage d’initiative aux gens, qu’il s’assure leur adhésion personnelle, c’est-à-dire qu’il laisse les individus faire d’eux-mêmes, volontiers, voire avec zèle, ce dont il a besoin pour fonctionner selon sa logique propre. Ce qui n’est évidemment possible que si cette logique objective devient celle des agents en s’inscrivant dans leur subjectivité, grâce à une socialisation adéquate, sous forme de dispositions, de goûts et d’intérêts pour certaines pratiques utiles au système ; ou, au contraire, d’aversion, de dégoût, d’hostilité ou simplement d’indifférence pour d’autres pratiques sans intérêt pour le système. La rationalité objective du système une fois incorporée dans les agents par leur socialisation, c’est le plus souvent sans effort particulier ni calcul explicite qu’ils font ce qu’ils ont à faire, de la façon qui convient, à la place où ils sont, pour faire fonctionner les structures existantes. Convenablement programmé par sa formation familiale, scolaire, professionnelle et par la pression conformiste du milieu et de l’époque, un agent social n’a pas besoin de se prendre la tête dans les mains pour se demander à chaque instant  : " Que dois-je faire ? Pourquoi faire ceci plutôt que cela ? De cette façon plutôt que d’une autre ? Où est donc mon intérêt ? « Il porte désormais en lui la boussole qui, dans la plupart des situations, le met automatiquement dans la « bonne »direction, celle qui conduit à collaborer consciencieusement au bon fonctionnement de l’ordre établi, c’est-à-dire, finalement, à la domination des puissants sur les dominés dont il fait bien souvent partie. »
    -Alain Accardo, La moyennisation de la société.

    L'idéologie, entendue comme les idées au service d'une domination, les dominants dans l'idéologie socialiste étant les "prescripteurs de comportements vertueux."

    Définition extensive de la notion de domination (une population est "soumise" lorsqu'elle "fait tourner le système capitaliste", c'est-à-dire lorsqu'elle travaille en vue d'un profit). Définition arbitraire des idées / valeurs / attitudes favorisant ladite domination. Refus de l'initiative individuelle. Mentalité liberticide dans la seule conséquence logique est la coercition contre les comportements jugées "aliénants" (interdire la prostitution dans un socialisme puritain, fixer un salaire maximum dans un socialisme égalitariste, interdire l'usage de véhicules polluants dans un socialisme écologiste, etc). Vision de l'individu comme complètement formatable. Critique de l'égoïsme. Raisonnement tautologique.

    ***

    -Bernard Pasobrola, « Remarques sur le procès d’objectivation marchand », in Temps Critiques n° 15, hiver 2010 (source: http://errata.eklablog.com/metaphores-utilitaristes-du-temps-a25130570 ).
    "Le travail est une ressource ou le travail est productif sont parmi les nombreux dérivés de la croyance au temps comme ressource - vision utilitariste qui induit que l'existence est un parcours d'accumulation et pas seulement une suite d'expériences."

    Dire du travail qu'il est une ressource ne relève pas d'une vision utilitariste mais du simple constat de sa rareté relative et de sa valeur correspondante. Même chose pour le temps. Le temps-ressource n'est pas une croyance mais une observation praxéologique sur sa rareté objective et son utilité subjective. Si le temps n'était pas une ressource susceptible d'être incorporée dans notre recherche du bonheur, il serait incompréhensible que certains humains persistent à acheter celui des autres (la femme de ménage étant l'exemple emblématique).

    En outre le travail n'est pas productif en soi, au sens où il suffirait d'un nombre d'heures de travail déterminé pour accroître la quantité et/ou la qualité de(s) richesse(s) en circulation dans la société. Les ouvriers de la célèbre métaphore de Keynes, creusant des trous pour les reboucher, déploient certes une praxis par la transformation de leur environnement extérieur, mais ne sont nullement productifs au sens économique. Mais à l'inverse, dire que le caractère productif est une croyance, est tout aussi absurde. Le caractère productif du travail correspondant à sa capacité à satisfaire un désir, satisfaction du désir que le marché et son système de prix libres observe par la réalisation du profit.

    "Or la métaphore du temps-ressource [...] atteint sa limite au stade actuel du capitalisme où les éléments qui composent le travail vivant, donc les travailleurs eux-mêmes, sont devenus surnuméraires."

    Comme nous venons de le dire, être une ressource est un attribut du travail en tant qu'essence. Cela n'a guère de rapport avec le capitalisme, quand bien même on n'en donnerai pas une définition rigoureuse (marché libre, garantie juridique de la relation contractuelle, salariat, etc).

    Quel est le sens de dire que les travailleurs sont devenus "surnuméraires" ? S'il s'agit d'une allusion imprécise au processus de robotisation en cours, on pourrait tout aussi bien dire que la législation sur la durée du travail (entre autres) freine le retour vers l'emploi. S'il s'agit au chômage des sociétés post-industrielles, on peut en proposer bien des explications qui invalident la thèse de la surabondance des travailleurs (Exemple: la simple rigidité du marché, qui empêche un travailleur licencié d'un secteur de se reconvertir instantanément dans les secteurs recherchant des employés).

    "Le travail est de moins en moins destiné à produire des objets mais se transforme en simple occupation, c'est-à-dire en un rituel de dépossession du temps dont dispose l'individu (c'était déjà le but de l'injonction/obligation pour les chômeurs de "rechercher un emploi"."

    Nous ne le pensons pas. Premièrement, les exigences de l'État envers les chômeurs ne relève pas du travail mais de la sphère des politiques publiques. Deuxièmement, la perte de temps que les contraintes étatiques génèrent sur les demandeurs d'emplois relèvent, d'une part, de l'incompétence de la bureaucratie, et d'autre part, d'un contrôle insidieux des "classes dangereuses" par le flicage administratif.

    Troisièmement, croire que le travail se résume à la production d'objets signale un industrialisme naïf.

    Quatrièmement, le travail salarié moderne étant une activité nécessaire aux entreprises capitalistes, et ces entreprises étant situées sur des marchés concurrentiels , il est improbable qu'elles puissent (en dehors des cartels) se permettre d'employer des salariés pour les déposséder de leur temps, c'est-à-dire sans les faire concourir à la formation du profit. Cette situation ne pourrait se produire que si l'entrepreneur est animé par des motivations non capitalistes (népotisme, clientélisme, paternalisme, etc), ce qui, en situation concurrentielle, conduira son entreprise à la faillite. Ou alors, l'embauche de travailleurs inaptes à jouer un rôle utile dans le mode de production relève d'une décision étatique, auquel cas c'est à l'État qui faut reprocher de "faire du travail une simple occupation".

    "L'économie est une guerre, à la fois réelle et imaginaire, et la gestion s'impose à tous les niveaux car une guerre comporte forcément des risques: celui d'être dépassé sur le plan professionnel, celui d'être ruiné par la concurrence."

    Commençant par noter, avec un certain effarement, qu'en vertu du principe de non-contradiction qui forme la base de la logique, une chose (la guerre) ne peut pas être simultanément "réelle et imaginaire". A ne peut pas être simultanément non-A (il peut à la rigueur l'être successivement, ce qui est tout autre chose: un processus).

    Des affirmations suivantes, on ne sait trop si l'auteur a peur ou s'il cherche à faire peur. Etre dépassé sur le plan professionnel signifie soit devoir céder un poste à plus méritant que soi, ou être exclu du mode de production parce que la santé générale de l'entreprise ne le permet plus (et il serait insensée pour une entreprise en difficulté de ne pas licencier. Sur un marché libre, ce type de licenciement n'exprime que la supériorité des entreprises concurrentes). De même, être "ruiné par la concurrence" ne signifie pas autre chose que n'avoir pas su répondre (pas aussi bien qu'un autre) aux désirs des clients.

    La dénonciation de ces mécanismes de marché, lorsqu'elle devient une politique publique, signifie la promotion de la médiocrité (promouvoir ceux qui auraient dû être "dépassés" par plus méritants qu'eux-mêmes) et l'appauvrissement de la société (supprimer la concurrence conduit à la concentration des entreprises, aux monopoles privés ou publics, à la rente de situation, et donc à la chute de la richesse sociale totale).

    "L'objet marchandise lui-même fait naître de plus en plus d'inquiétude et agit moins par la séduction et davantage par l'obligation abstraite de satisfaire des besoins soupçonnables d'être fabriqués en même temps que l'objet."

    Nous ne savons pas très bien ce qu'est "l'objet marchandise" (l'auteur veut-il dire la marchandise au sens de Marx ?). Mais pour ce qui est des produits d'Apple ou du dernier teen movie (film pour adolescents), il est erroné de croire qu'ils génèrent une inquiétude croissante (qui s'inquiète des ouvriers congolais perdant la vie dans l'extraction minière des composants électroniques ?) et que leur succès ne soit pas une affaire de séduction (comme l'a montré Michel Clouscard dans Le capitalisme de la séduction, c'est même tout le contraire). Quand à la fameuse thèse de "l'aliénation consumériste crée par la publicité", c'est une vaste blague, l'un de ces "éternels poncifs dont la scène du monde est frilliante" (Clouscard toujours) dont on peut mesurer la stupidité en se remémorant que Socrate, déjà, maudissait la corruption de la jeunesse. Ce n'est pas la publicité, ou le capitalisme ou que sais-je, qui pousse les individus à rechercher des signes distinctifs et des objets de luxe, mais tout simplement le désir de distinction sociale (l'apparition des cosmétiques précède de beaucoup la construction de l'antique Sumer. Pourquoi nos ancêtres ont-ils perdus leur temps à inventer le maquillage avant la roue, les maisons en terre cuite et un millier de choses "plus utiles". Auraient-ils déjà été aliénés par le processus de marchandisation et les ravages de l'égoïsme consumériste fabriqués par la publicité ? La thèse de Pasobrola, comme souvent chez les socialistes, ne trahit qu'un mépris d'autrui, une ignorance de la nature humaine et le désir latent de l'uniformiser dans la misère. La philosophie du soupçon devrait avoir la sagesse de se soupçonner elle-même.

    ***

    "L’économie politique (et l’idéologie capitaliste en général) considère la terre, l’argent, et les produits du travail comme des choses capables de créer de la valeur, de travailler pour ceux qui les possèdent, pour transformer le monde. C’est ce que Marx nomme le fétichisme qui caractérise les conceptions quotidiennes des individus, et qui est élevé au rang de dogme par les économistes. Pour l’économiste, les individus vivants sont des choses (« des facteurs de production »), et les choses vivent (puisque l’argent « travaille » et le capital « produit »).

    [...] Chaque fois que les gens exercent une activité qu’ils n’ont pas définie et qu’ils ne contrôlent pas, chaque fois qu’ils achètent les biens qu’ils ont produit avec de l’argent reçu en échange de leur activité aliénée, chaque fois qu’ils admirent passivement les produits de leur propre activité comme des objets étrangers acquis grâce à leur argent, ils renforcent le Capital et suppriment leur propre existence.

    [...] La production capitaliste étant une production de marchandises, l’affirmation selon laquelle le but du processus est la satisfaction des besoins humains est fausse. Ce n’est qu’une rationalisation et une apologie. La « satisfaction des besoins humains » n’est pas plus le but du capitaliste que celui du travailleur engagé dans la production, et ce n’est pas non plus le résultat du processus. Le travailleur vend son travail afin d’obtenir un salaire. Le contenu spécifique du travail lui est indifférent. Il n’aliénerait pas son labeur pour un capitaliste qui ne lui donnerait pas de salaire en échange. Peu lui importent les besoins humains que les produits de ce capitaliste sont à même de satisfaire. Le capitaliste achète le travail et l’engage dans la production pour en retirer des marchandises qui peuvent être vendues. Les qualités spécifiques du produit l’indiffèrent autant que les besoins des gens. La seule chose qui l’intéresse quant à son produit, c’est le prix auquel il va le vendre. Quant aux besoins des gens, c’est combien ils ont « besoin » d’acheter et comment leur imposer, par la propagande et le conditionnement psychologique, toujours plus de « besoins ». Le rôle du capitaliste est de satisfaire « son » besoin de reproduire et d’étendre le domaine du Capital, et le résultat de ce processus est la reproduction toujours plus étendue du salariat et du Capital (qui ne sont pas des « besoins humains »).

    [...] La valeur des marchandises vendues doit au moins être égale à celle du temps de travail. C’est évident à la fois du point de vue d’une entreprise capitaliste particulière, et de celui de la société dans son ensemble. Si la valeur des marchandises vendues par le capitaliste était inférieure à celle du temps de travail qu’il a loué, alors ses dépenses en main-d’œuvre à elles seules seraient supérieures à ses gains, et il courrait à la faillite. Socialement, si la valeur de ce que produisent les travailleurs était inférieure à leur consommation, alors la force de travail ne pourrait même pas se reproduire elle-même, sans parler d’une classe de capitalistes. Quoi qu’il en soit, si la valeur des marchandises était seulement égale à celle du temps de travail consacré à les produire, les producteurs de ces marchandises se contenteraient de se reproduire eux-mêmes, et leur société n’aurait pas de caractère capitaliste. Leur activité pourrait malgré tout consister à produire des marchandises, mais ce ne serait plus une production capitaliste de marchandises.

    Pour que le travail crée du Capital, la valeur des produits du travail doit être supérieure à la valeur du travail. En d’autres termes, la force de travail doit produire un excédent de production, une quantité de biens qu’elle ne consomme pas, et cet excédent doit être transformé en valeur ajoutée, une forme de la valeur que les travailleurs ne s’approprient pas sous forme de salaire, mais que les capitalistes s’approprient comme profit.

    [...]En d’autres termes, chaque jour qu’il passe à travailler, le travailleur accomplit une certaine quantité de travail non-rémunéré, de travail forcé, pour lequel il ne reçoit pas de compensation.

    L’accomplissement de ce travail non-rémunéré, de ce travail forcé, est une autre « condition de survie » dans la société capitaliste. Pourtant, comme l’aliénation, cette condition n’est pas imposée par la nature, mais par la pratique collective des gens, par leurs activités quotidiennes. Avant l’existence des syndicats, un travailleur acceptait tout emploi qui se présentait, car le refus de cet emploi aurait signifié que d’autres en auraient accepté les conditions, et que le travailleur isolé n’aurait perçu aucun salaire. Les travailleurs luttaient entre eux pour le salaire que leur offraient les capitalistes. Si un travailleur quittait son emploi en raison d’un salaire inacceptable, un chômeur le remplaçait, puisque pour ce dernier, un faible salaire valait mieux que pas de salaire du tout.

    Cette lutte entre les travailleurs était appelée « liberté du travail » par les capitalistes, qui firent de grands sacrifices pour maintenir cette liberté des travailleurs, car il s’agissait précisément de la liberté nécessaire à la préservation de la plus-value du capitaliste, lui permettant d’accumuler du Capital. Produire une quantité de biens supérieure à la valeur de leur salaire n’a jamais été l’objectif des travailleurs. Leur but était d’obtenir le salaire le plus élevé possible. Pourtant, l’existence de travailleurs sans salaire, et dont la conception d’un salaire élevé était conséquemment plus modeste que celle des travailleurs salariés, a permis au capitaliste de payer le plus bas salaire accepté par les travailleurs. Ainsi, le résultat de l’activité quotidienne collective des travailleurs, chacun luttant individuellement pour le salaire le plus élevé possible, fut d’abaisser les salaires de tous. Les effets de la lutte de chacun contre tous furent que tous reçurent le salaire le plus bas possible, et le capitaliste le plus grand bénéfice imaginable.

    [...] Pour la société capitaliste dans son ensemble, le Capital total est égal à la somme du travail impayé accompli par des générations d’êtres humains dont les vies ont consisté en l’aliénation quotidienne de leur activité vivante.

    [...] Sitôt que les gens se soumettent au « pouvoir » qu’a l’argent d’acheter le travail emmagasiné et l’activité vivante, dès qu’ils acceptent le « droit » imaginaire, pour ceux qui possèdent l’argent, de contrôler et de disposer de l’activité emmagasinée ou vivante de la société, ils transforment l’argent en Capital et ceux qui le possèdent en Capitalistes. Cette double aliénation, l’aliénation de l’activité vivante sous la forme du travail salarié, et l’aliénation de l’activité des générations passées sous la forme du travail emmagasiné (les moyens de production) ne découle pas d’un événement précis qui se serait produit à un moment historique donné. La relation entre les travailleurs et les capitalistes ne s’est pas imposée à la société une fois pour toute en une circonstance particulière de l’histoire. A aucun moment les hommes n’ont signé de contrat ou même acquiescé verbalement à l’abandon du pouvoir qu’ils exercent sur leur activité vivante, pour eux-mêmes et les générations à venir en tous points du globe.

    Le Capital revêt le masque d’une force naturelle. Il semble aussi ferme que la terre elle-même, ses mouvements apparaissent aussi inéluctables que les marées, ses crises semblent fatales comme des tremblements de terre ou des inondations. La conception même du Capital comme création humaine permet seulement la création d’un leurre encore plus imposant : le masque d’une invention qui échappe à son créateur, un monstre semblable à Frankenstein, dont le pouvoir inspire plus de terreur qu’aucune force naturelle.

    [...] Le seul pouvoir du Capital réside dans l’activité quotidienne des êtres vivants. Ce « pouvoir » dépend de la disposition des gens à vendre leurs activités quotidienne contre de l’argent, et à abandonner tout contrôle sur les produits de leur propre activité et de celle des générations précédentes.

    Dès qu’une personne vend son travail à un capitaliste et accepte en rétribution une partie seulement de ce qu’elle a produit, elle crée les conditions de l’achat et de l’exploitation des autres. Aucun homme ne donnerait de plein gré son bras ou son enfant contre de l’argent. Pourtant, quand un homme vend délibérément et consciemment sa force de travail vivante pour acquérir ce qui est nécessaire à son existence, il ne se contente pas de reproduire les conditions qui rendent indispensable à la préservation de sa vie la vente de celle-ci. Il crée aussi pour les autres hommes les conditions qui rendent la vente de leur vie nécessaire. Des générations futures pourraient évidemment refuser de vendre leur travail vivant comme on refuserait naturellement de vendre son bras, mais, quoi qu’il en soit, chaque échec dans le refus du travail aliéné et forcé augmente la quantité de travail emmagasiné grâce auquel le Capital peut acheter du travail vivant.

    Les acheteurs de produits anciens ou nouveaux sont créés par toutes sortes de moyens, et de nouveaux moyens sont sans cesse découverts. « L’ouverture des marchés » et « l’ouverture des frontières » s’imposent par la force et la fraude. Si les gens manquent de moyens pour acheter les produits du capitaliste, ils seront employés par des capitalistes et payés pour la production des biens qu’ils souhaitent acquérir ; si des artisans locaux produisent déjà ce que les capitalistes veulent vendre, ils seront ruinés ou rachetés ; si des lois ou des traditions interdisent l’utilisation de certains produits, on les supprimera ; si les gens manquent des objets auxquels se rattache l’utilisation des produits du capitaliste, on leur dira de se les procurer ; si les gens épuisent leurs besoins physiques ou biologiques, le capitaliste « satisfera » à leurs « besoins spirituels » et louera les services de psychologues pour en créer ; si les gens, rassasiés des produits des capitalistes, n’ont plus la force d’en consommer de nouveaux, on leur apprendra à acheter des objets et des spectacles dépourvus d’utilité et seulement destinés à la contemplation et à l’admiration.

    Dans les sociétés agraires ou pré-agraires, à travers tous les continents, vivent des pauvres. S’ils ne le sont pas assez pour accepter de vendre leur travail quand le capitaliste l’exige, ils seront appauvris par l’activité des capitalistes eux-mêmes. Le territoire de chasse deviendra graduellement la « propriété privée » de « propriétaires » qui utiliseront la violence d’État pour confiner les chasseurs dans des « réserves » ne contenant pas assez de nourriture pour les maintenir en vie. Les paysans ne pourront plus se procurer leurs outils qu’auprès du même marchand qui leur avancera l’argent nécessaire jusqu’à ce que les « dettes » des paysans soient tellement importantes qu’ils se verront contraints de vendre une terre que jamais ni eux, ni leurs ancêtres n’ont achetée. Les clients de l’artisan seront progressivement amenés à se fournir chez le marchand qui commercialise les mêmes produits, jusqu’au jour où le marchand se décidera à héberger « ses » artisans sous une même enseigne, leur fournissant les instruments qui permettront à tous de concentrer leur activité sur la production des articles générateurs du profit maximum. Les chasseurs, indépendants ou non, les paysans et les artisans, les hommes libres et les esclaves se transformeront alors en travailleurs contractuels. Ceux qui auparavant disposaient de leur propre existence à travers la lutte contre les conditions matérielles pénibles cesseront d’en disposer au moment même où ils entreprendront de modifier ces conditions matérielles. Ceux qui étaient précédemment les créateurs conscients de leur pauvre existence deviendront les victimes inconscientes de leur propre activité dans le même temps où ils aboliront la précarité de cette existence. Les hommes qui étaient beaucoup mais possédaient peu possèdent aujourd’hui beaucoup mais sont peu de chose.

    La marche du Capital, la transformation de l’activité quotidienne des gens en travail aliéné, la transformation du surplus de leur travail en « propriété privée » des capitalistes, n’est pas plus arrêtée par des barrières culturelles que par des barrières naturelles. Pourtant, le Capital n’est pas une force naturelle, c’est un ensemble d’activités accomplies chaque jour par les gens, c’est une forme de la vie quotidienne. La continuité de son existence et de son expansion présuppose une seule condition essentielle : la disposition des gens à poursuivre l’aliénation de leur travail vivant et à reproduire ainsi la forme capitaliste de la vie quotidienne
    ."
    -Fredy Perlman, La reproduction de la vie quotidienne (1969)

    ***

    "Comme la société démocratique de travail constitue un système de dépense de la force de travail très élaboré, fonctionnant en boucle et sans autre finalité que lui-même, le passage à une baisse généralisée du temps de travail se révèle impossible dans le cadre de cette société. La rationalité d'entreprise exige que, d'une part, des masses toujours plus nombreuses soient mises au " chômage " de longue durée et par là coupées de la reproduction de leurs conditions d'existence telles que le système les définit, tandis que, d'autre part, les " actifs ", en nombre toujours plus restreint, sont contraints à travailler plus durement et avec une productivité toujours plus élevée. Au beau milieu de la richesse reviennent la pauvreté et la faim, même dans les pays capitalistes les plus développés, alors que des moyens de production intacts et des terres cultivables restent massivement en friche ; d'innombrables logements et bâtiments publics restent vides, alors que le nombre de sans-abris augmente irrésistiblement."

    "Après des siècles de dressage, l'homme moderne est tout simplement devenu incapable de concevoir une vie au-delà du travail. [...] Chaque fois que l'homme moderne veut insister sur le sérieux de son activité, il a le mot " travail" à la bouche."

    "Aujourd'hui l'émancipation sociale ne peut pas avoir pour contenu la revalorisation du travail, mais seulement sa dévalorisation consciente."

    "La nostalgie social-démocrate et keynésienne se substitue à la rupture avec les catégories du travail. Au lieu de viser une nouvelle universalité concrète de formation sociale située au-delà du travail abstrait et de la forme-argent, la gauche essaie désespérément de s'accrocher à la vieille universalité abstraite de l'intérêt enfermé dans la logique du système. Mais ces tentatives restent elles-mêmes abstraites et ne peuvent plus intégrer aucun mouvement social de masse, parce qu'elles feignent d'ignorer les conditions réelles de la crise."

    "Malgré sa suprématie absolue, le travail n'est jamais parvenu à effacer tout à fait la répulsion à l'égard des contraintes qu'il impose. À côté de tous les fondamentalismes régressifs et de toute la folie concurrentielle engendrée par la sélection sociale, il existe aussi un potentiel de protestation et de résistance. Le malaise dans le capitalisme existe massivement, mais il est refoulé dans la clandestinité socio-psychique, où il n'est pas sollicité. C'est pourquoi il faut créer un nouvel espace intellectuel libre où l'on puisse penser l'impensable. Il faut briser le monopole de l'interprétation du monde détenu par le camp du travail. La critique théorique du travail joue ici le rôle d'un catalyseur. Elle doit combattre de manière frontale les interdits de pensée dominants et énoncer aussi ouvertement que clairement ce que personne n'ose savoir, mais que beaucoup ressentent : la société de travail est arrivée à sa fin ultime. Et il n'y a aucune raison de regretter son trépas."

    "Il faut redécouvrir la lenteur."
    -Le Manifeste contre le Travail, Groupe Krisis.

    "Le " travail " est par nature l'activité asservie, inhumaine, asociale, déterminée par la propriété privée et créatrice de la propriété privée. Par conséquent l'abolition de la propriété privée ne devient une réalité que si on la conçoit comme abolition du "travail"."
    -Karl Marx, À propos de Friedrich List, "Le Système national de l'économie politique ", 1845.
    ***
    "Chez les libéraux, la propriété privée des moyens de production et d'échange est sacrée. Autrement dit, la décision sur la vie réelle (les biens et services produits), à savoir qui fait quoi, qui vit comment, est détenue par une poignée de filous. Chez les libertaires, la décision ne peut venir que des gens eux-mêmes."
    -Conan, anarchiste.
    Faux. Rôle des consommateurs dans la direction de la production, etc.

    "Quand je vois que certains se payent le luxe d'avoir trois baraques, alors que d'autres se serrent dans une vieille cabane en bois, j'appelle ça restreindre la Liberté de propriété des autres. Une résidence secondaire alors que d'autres n'ont rien, même pas une petite cabane...
    Quand à ce que j'appelle restreindre la Liberté des autres, c'est de garder pour soi un bâtiment vide pour faire du profit pendant que certains crèvent la gueule dehors.
    Disons que pour moi, si il y a un terrain qui n'est occupé par personne, j'ai le droit d'en prendre possession, vu que personne ne l'occupe. Si il existe des terrains non-utilisés et/ou abandonné, je vois pas pourquoi on ne laisserait pas une chance à ceux qui n'ont rien de pouvoir y vivre, y travailler ou autre
    ."
    -Troska, anarchiste.
    Justification du vol. Négation du droit de propriété. Moralité de brigand, non universalisable sous peine d'effondrement de la civilisation.

    ***
    "Il est juste de reconnaître la difficulté et l’immensité des tâches de la révolution qui veut établir et maintenir une société sans classes. Elle peut assez aisément commencer partout où des assemblées prolétariennes autonomes, ne reconnaissant en dehors d’elles aucune autorité ou propriété de quiconque, plaçant leur volonté au-dessus de toutes les lois et de toutes les spécialisations, aboliront la séparation des individus, l’économie marchande, l’État. Mais elle ne triomphera qu’en s’imposant universellement, sans laisser une parcelle de territoire à aucune forme subsistante de société aliénée. Là, on reverra une Athènes ou une Florence dont personne ne sera rejeté, étendue jusqu’aux extrémités du monde ; et qui, ayant abattu tous ses ennemis, pourra enfin se livrer joyeusement aux véritables divisions et aux affrontements sans fin de la vie historique."
    -Guy Debord, janvier 1979.
    ***
    "L'élaboration positive, au milieu des ruines, de formes de vie, de communauté et d'affectivité indépendantes et supérieures aux eaux glacées des mœurs spectaculaires est un acte de sabotage dont la faculté d'échec sur l'imperium de l'abstraction agit sans apparaître. Elle constitue aussi, dans la situation présente, la condition sine qua non de toute contestation efficace, car, à moins de se grouper par familles mentales, les opposants à cette société n'ont aucune chance de survivre. Rien, néanmoins, ne saurait retenir les métaphysiciens-critiques de se rallier à toute agitation qui s'attaque explicitement à la domination marchande, et d'en fomenter eux-mêmes quelques-unes. A aucun prix, nous ne renoncerons à perturber la morne cérémonie du monde. Mais de tels faits de notre part seraient compris à faux si l'on ignorait qu'ils ne prennent sens que dans la construction plus vaste d'un mode de vie où la guerre à sa place.'
    -Le Tiqqun, Qu'est-ce que la Métaphysique Critique ?

    L'insatisfaction existentielle et le refuge dans l'exaltation de la violence.

    "Le libéralisme appartient au passé, toujours plus de capitalisme, de privatisations, de mercantilisation, d'exploitation irrationnelle et dévastatrice des ressources naturelles, toujours plus de protection pour les entreprises et les profits privés. Les crises successives nous démontrent que ce système est une impasse, il ne génère que des dégâts humains dans tous les secteurs de l’existence pour le plus grand nombre. Non il n'y a pas d'avenir dans un système qui abuse de la misère humaine et sociale, basculant d'un continent à l'autre, l'exploitation des hommes dans une course effrénée aux profits. Qui est libre? Quand un des piliers de notre société, le travail est pris en otage par cette doctrine socialement moins-disante. La croissance viendra de l'égalité des droits et des devoirs entre tous les pays du globe, la gestion et la répartition des ressources et non la gestion des profits. Le socialisme communautaire du vivre bien' repose sur les droits, et non sur le marché, sur le plein épanouissement et le bonheur des hommes", c’est ça la vraie modernité et c'est l'éco- socialisme. c'est la seule réponse humaine raisonnable à l’impasse dans laquelle est enfermée dorénavant l’humanité en raison de la mise en concurrence permanente des hommes."
    -Hervé Albert.

    "Je dis qu'on ne fera pas disparaître comme par miracle le goût de la possession et la compulsion à accumuler, que cette compulsion prenne sa source dans le souci de se prémunir contre les risques futurs, dans la jouissance de posséder et de dépenser sans compte, ou dans le goût du pouvoir. Je ne dis même pas que le goût du pouvoir, le désir de s'élever au-dessus des autres sont des composantes irréductibles de la nature humaine, à vrai dire, je n'en sais rien. Je dis simplement que par prudence il faut compter avec, qu'il faut prévoir de quelle manière ces tendances devront être modérées, contrôlées, et réprimées si nécessaires.
    Concernant la soi-disant abondance communiste, vieux fantasme, il n'y a aucun argument qui tienne dans l'exposé d'Adam, qui est orienté entièrement par l'illusion rassurante que la perspective d'une révolution communiste pourrait se révéler économiquement attrayante, et donc séduisante pour l'homo-oeconomicus, c'est-à-dire pour l'homme tel qu'il est, avec ses aspirations, ses désirs, ses besoins tels qu'ils sont façonnés par le capital pour le maintenir en esclavage. On fait alors comme si l'homme était devenu effectivement ce calculateur rationnel que le capitalisme s'emploie à créer, et on essaye de le convaincre comme si on lui vendait un produit, en terme de coût et d'avantage."
    -François Lonchampt, Réponse à « La nature humaine n'est pas un obstacle au communisme : réponse à François » de Adam (2003).

    Il n'y a aucun raison de croire que le capitalisme (qui n'est pas une divinité maléfique, mais un mode d'organisation économique et social) crée des "besoins superflus" qui ne viendraient pas de la nature profonde des individus.

    "Comme si le capital, ce monstre froid, cette accumulation de travail mort, qui ne doit de survivre qu’au fait de vampiriser en permanence le travail vivant, de consommer productivement la force de travail de milliards d’individus en broyant le plus souvent leur existence, tandis qu’il en voue quelques autres milliards (quelquefois les mêmes) à la pauvreté ainsi qu’à la misère de la précarité, du chômage et de l’exclusion socio-économique, comme si le capital donc pouvait avoir quoi que ce soit d’humain. Les économistes et sociologues, les technocrates, les hommes politiques mais aussi les simples quidams qui osent user de cette expression disent en fait l’inhumanité de leur conception du monde, dans laquelle tout et tous se réduisent à la seule loi qu’ils connaissent et reconnaissent, celle de la valorisation du capital."
    -Alain Bihr, La Novlangue néolibérale, la rhétorique du fétichisme capitaliste (2007).

    "Tout se passe aujourd’hui comme si la réduction du déficit était le seul objectif de la politique économique menée en France, comme dans la plupart des pays européens. Il s’agit au fond de tirer parti et de prendre prétexte de la crise des dettes pour réduire l’État social autant que possible. Cette politique semble absurde puisqu’elle inflige à l’Europe une récession chronique sans même atteindre l’objectif annoncé qui était de réduire la dette publique. Son véritable sens ne peut être compris qu’en fonction d’un objectif : faire passer en force les “réformes structurelles” destinées à réduire drastiquement les dépenses publiques et le coût du travail pour relancer, peut-être, plus tard, la compétitivité européenne dans la mondialisation."
    -Mediapart.



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    « La racine de toute doctrine erronée se trouve dans une erreur philosophique. [...] Le rôle des penseurs vrais, mais aussi une tâche de tout homme libre, est de comprendre les possibles conséquences de chaque principe ou idée, de chaque décision avant qu'elle se change en action, afin d'exclure aussi bien ses conséquences nuisibles que la possibilité de tromperie. » -Jacob Sher, Avertissement contre le socialisme, Introduction à « Tableaux de l'avenir social-démocrate » d'Eugen Richter, avril 1998.

    "Il y a, de nos jours, beaucoup de gens qui s'accommodent très aisément de cette espèce de compromis entre le despotisme administratif et la souveraineté du peuple, et qui pensent avoir assez garanti la liberté des individus, quand c'est au pouvoir national qu'ils la livrent. Cela ne me suffit point." -Alexis de Tocqueville, De la Démocratie en Amérique, vol II, Quatrième Partie : Chapitre VI, 1840.


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