L'Hydre et l'Académie

    Christian Michel, Démocratie + Que faire des gens riches ?

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    Johnathan R. Razorback
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    Christian Michel, Démocratie + Que faire des gens riches ?

    Message par Johnathan R. Razorback le Mer 29 Oct - 11:57

    http://www.wikiberal.org/wiki/Christian_Michel
    http://ami.du.laissez-faire.eu/_libre2.php5

    Démocratie

    Pour partager le pouvoir entre eux tous, laisser chacun décider également des problèmes de la Cité, de la paix et de la guerre, des lois, il faut avoir des hommes une conception bien particulière. Et c'est elle qui à mes yeux donne tout son prix au libéralisme.

    Il faut d'abord considérer tous les hommes capables de jugement. Le démocrate reconnaît cette égalité : nous avons tous la capacité de dire le vrai du faux (même si nous nous trompons parfois, mais il nous arrive à tous de nous tromper). En ce sens, l'imbécile est mon égal, car s'il ne l'était pas, je ne serais pas non plus l'égal du surdoué. La vérité n'est refusée à personne. Il n'existe donc pas quelque part une avant-garde intellectuelle qui montrerait seule la bonne voie et interdirait le dialogue démocratique. Car on ne peut pas dialoguer - on ne ferait qu'endoctriner - sans avoir reconnu l'autre comme un autre soi-même, sincère et doué de raison.

    Les différences de réussite sociale et de fortune entre nous ne créent aucune inégalité de Droit. Nous le verrons, nous serons toujours incapables de discerner la part des dons, du mérite et du hasard dans le succès ; de sa présence ou de son absence, on ne peut donc pas déduire une hiérarchie des talents et des efforts. Si les inégalités sociales sont des accidents, nul ne peut s'affirmer avec certitude "supérieur" ni se juger "inférieur " à nul autre. Ce "supérieur" peut avoir eu plus de chance, de savoir-faire, ou simplement, plus que cet "inférieur", il a éprouvé la soif du pouvoir, du gain ou des honneurs. Cela n'établit entre eux aucune inégalité essentielle. Il faut tout le matérialisme des socialistes pour ne considérer chez l'homme que sa position sociale. Dans l'ordre du marché et de la démocratie, toute hiérarchie est contestable, provisoire. Chaque homme peut devoir céder sa place à n'importe quel autre, si bien que dans nos rapports humains, nous avons le devoir de nous traiter a priori comme égaux et d'exiger, sans considération pour notre situation matérielle, que soit respectée notre égale dignité d'hommes.

    Les marxistes soutiennent que les opinions des hommes sont déterminées par leur éducation et leurs intérêts de classe. La démocratie serait donc un leurre, le vote ne traduirait pas un jugement objectif des électeurs sur les politiques proposées. Les libéraux pensent au contraire que les hommes ont le droit de s'exprimer puisque cette expression révèle quelque chose d'eux-mêmes, de leur volonté.

    Mais si les hommes sont capables de jugement et de volonté, ils sont responsables. Nous ne maîtrisons pas toutes les implications possibles d'une situation. Après chaque décision prise, nous courons le risque de découvrir que des solutions meilleures étaient possibles. Ainsi être responsable, c'est admettre que rien n'est fixé, qu'il n'y a nulle part de réponses toutes faites qu'il nous suffirait de suivre aveuglément pour échapper aux ennuis ("je n'ai fait qu'obéir aux ordres"). Nous avons toujours une élection à faire et toujours une voie nouvelle à tracer. Je ne peux donc pas laisser autrui décider à ma place ; c'est à moi de dire ce que je veux et de supporter les conséquences de mon choix.

    La démocratie repose sur cette conception d'hommes responsables. A ceux-là évidemment, on n'impose pas leurs gouvernants. Alors qu'en régime monarchique, le souverain est désigné automatiquement, en dehors de toute volonté, même de la sienne, que dans la pratique socialiste, quelques apparatchiks nomment les maîtres du pays, nous estimons en démocratie libérale que chaque citoyen mérite un gouvernement dont le pouvoir soit un peu son reflet.

    Si partager le pouvoir présente quelques mérites, le principal est justement de nous impliquer. Notre participation devient nécessaire. Nous devons nous informer, comprendre, vouloir. La démocratie, à travers le débat, est une éducation. Mais les citoyens ne seraient plus égaux et le débat n'aurait pas lieu si l'un d'entre eux détenait de droit la solution des problèmes : il n'y aurait plus qu'à le suivre. Les réponses, au contraire, sont à chercher, et dans le domaine des affaires publiques cette recherche est collective. Les idées vivent d'être discutées. Dans nos débats, nous ne les exposons pas seulement, inaltérables, nous les découvrons. Nous savons par la critique et la remise en cause écarter celles qui ne rendent pas compte de la réalité (au moins partiellement, car il n'est pas en notre pouvoir de connaître l'ensemble du réel, la vérité, mais le dialogue est notre façon humaine de l'approcher). La recherche de l'objectivité n'a pas droit de cité, bien sûr, dans les régimes du mensonge et des utopies socialistes ; elle est la marque de la démocratie.

    Le débat prend plusieurs formes. D'abord, n'ayant pas de projet, pas d'idéal que le réel démentirait, la démocratie ne craint pas de décevoir. Elle n'a rien à cacher. Elle réclame que soient traitées publiquement les affaires publiques. Elle est le plus transparent des régimes possibles. Le gouvernement sortant est jugé sur un bilan, son opposition sur un programme. L'un et l'autre doivent être expliqués. Nous pouvons donc attendre des hommes politiques un minimum de rigueur, et l'obligation qui leur est faite de nous rendre des comptes est une assurance que ceux qui sont au pouvoir ou qui y aspirent garderont une certaine cohérence.

    Ces débats, ensuite, culminent au moment des élections qui procèdent au renouvellement du personnel politique, sans crise, sans coup d'Etat, à intervalles programmés. Ce n'est pas parce qu'il recueille la "vox populi" qu'un gouvernant oeuvre nécessairement pour le bien du pays. Il est tout à fait probable qu'une élite l'administrerait mieux à certaines périodes (il y a eu de bons rois, même absolus). Mais la démocratie cherche ses dirigeants parmi l'ensemble du pays, n'excluant aucune compétence ; elle n'est pas restreinte dans ses choix à une aristocratie ou un parti groupusculaire. À l’occasion de ces élections, de nouvelles approches sont proposées. Et de savoir qu'ils ont une chance d'exercer le pouvoir et de les appliquer encourage tous les hommes politiques - et pas seulement ceux d'un parti officiel - à élaborer des réponses originales, et les citoyens à les écouter. La démocratie, considérant qu'aucun homme n'est incapable de discernement, n'oublie pas de faire appel à toutes les opinions et enrichit ses choix de leur confrontation.

    Les participants à ces débats ne peuvent nourrir d'autre ambition que de convaincre, car l'Etat, qui n'est d'aucune tendance, détient le monopole de la contrainte. Le jeu démocratique ne laisse donc aux oppositions que l'issue du compromis. Le mot ici n'est pas péjoratif. Si aucun parti ne détient toutes les réponses, j'ai besoin de la réflexion des autres, et eux de la mienne, pour accéder à une approximation meilleure de la vérité.

    Mais pour que ce dialogue ait lieu, il faut que tous nous adhérions à des valeurs communes - le Droit, la propriété (c'est-à-dire les Droits de l'homme), la défense du pays, etc. - et que nous acceptions, en vue de maintenir des relations ordonnées, les mêmes règles. Sans elles, dans la grève générale, les désertions massives, la désobéissance, notre communauté nationale éclaterait. Le dialogue démocratique, à travers la recherche d'opinions convergentes, pratique la référence constante, même si elle est seulement implicite, à des valeurs partagées par presque tous. Il valorise l'observance des lois. Il est facteur de sociabilité.

    Mais après tout, pourquoi pratiquer l'observance des lois ? Si nous approuvons communément qu'un malfaiteur soit puni (si même nous savons le définir comme un malfaiteur), ce n'est pas parce qu'il a désobéi à l'autorité du gouvernement. Car alors cette sanction serait purement arbitraire ; au hasard des élections, un autre gouvernement aurait pu juger différemment. Nous souscrivons à la sanction parce que ce malfaiteur a enfreint des règles que nous tenons pour justes. Quel qu'il soit le gouvernement ne les crée pas, elles lui sont supérieures ; sa mission est seulement de les faire respecter. Bien sûr, le gouvernement et le parlement produisent continuellement des lois qui précisent ou complètent un corpus déjà fourni. Mais ces nouveaux textes doivent dériver de principes auxquels nous adhérons tous généralement, et c'est dans la mesure oû ils se conforment à ces principes, et pas seulement parce qu'un parlement les a votés, que nous leur reconnaissons une légitimité.

    J'ajouterai ceci encore : nous n' obéissons pas à un gouvernement parce qu'une Constitution l'exige. Il faudrait demander d'où vient l'autorité de celui qui a écrit cette constitution et de quel droit il nous impose l'institution de ce gouvernement. Ce n'est pas non plus parce que cette constitution a été votée et ce gouvernement élu, même par une fraction importante de l'électorat. Nous reconnaissons sur nous la souveraineté d'un gouvernement dans le seul but de faire respecter certaines règles fondamentales, justes, et dans la mesure oû ce gouvernement les respecte lui-même. Ainsi ce n'est pas de l'autorité politique que nous tenons les notions de ce qui est juste, de ce qui est bien ou mal, permis ou interdit. Ces notions, nous les connaissons tous déjà et, même si elles sont imprécises chez beaucoup d'entre nous, elles constituent la référence extérieure et nécessaire à partir de laquelle nous pouvons juger tous les actes d'un pouvoir institué sur nous, faire nôtres ses décisions ou nous rebeller contre.

    Il faut à la démocratie cette référence à des valeurs. Nous admettons une Loi qui s'impose à la fois aux gouvernants et au peuple qui les élit. Car, à moins de croire - ce qui serait faire preuve de totale cécité - que les hommes, dès qu'ils acquièrent le droit de vote, deviennent incapables de faire le mal, il faut reconnaître qu'une démocratie dont le pouvoir des élus et des électeurs n'est pas rigoureusement limité par des règles, ne constitue qu'une variante de plus du despotisme.

    C'est le respect de ces règles qui garantit mes droits personnels et ceux des minorités. Que le pouvoir appartienne à la majorité ne me donne que le droit d'être lynché. La résistance à l'universalité du suffrage au xIxe siècle n'était pas qu'un défense des privilèges de telle ou telle oligarchie. Les libéraux de l'époque constataient la mauvaise, très mauvaise habitude des masses populaires de s'offrir à un démagogue. Cela était vrai il y a 150 ans et si l'on en juge par l'enthousiasme que suscitent les dictatures modernes, les élections libres qui portèrent Mussolini et Hitler au pouvoir, les Peron et les Ayatollahs largement plébiscités, la même prudence devrait nous inspirer.

    C'est ensuite une erreur de croire qu'un régime démocratique, même s'il s'institue comme prévention de l'autocratie, ne peut pas exercer lui-même un pouvoir arbitraire. Cette oppression de la minorité par la majorité (que Rousseau absolvait d'un jeu de mots, souviens-toi : "chacun, en se donnant à tous, ne se donne à personne") est la plus odieuse. Car si chaque opposant peut se sentir légitimé dans son refus d'une junte privée de l'appui profond du pays, la minorité ne peut espérer, face à l'arbitraire du plus grand nombre, ni protection ni recours. A qui en appellerait-elle ? Sous la dictature des prolétariats, sous les théocraties islamiques, sa survie passe par la trahison ou l'exil. (Les Conventionnels qui rédigèrent la Déclaration des Droits de l'Homme en préambule à la Constitution de l'An I, avaient eu le courage et la sagesse d'y affirmer le droit des minorités. Leur texte souligne qu'"aucune fraction du peuple ne détient le pouvoir tout entier". Aucune fraction, c'est-à-dire ni les 51 % ni les 99 %...).

    D'ici tu peux bien comprendre en quoi les libéraux se distinguent des démocrates. Pour un démocrate de stricte obédience, la source de toute autorité d'un gouvernement est chez les gouvernés, "le peuple" est le souverain absolu. Nous ne pouvons donc qu'accepter, quelles qu'elles soient, les décisions de la majorité. La seule opposition à ces décisions ne saurait être que de pure forme, si précisément à cause de manipulations ou d'usurpations, elles ne représentaient pas le voeu réel de la majorité. Pour les libéraux, il est important que les décisions du gouvernement tiennent compte de l'opinion majoritaire et, en ce sens, les libéraux sont aussi des démocrates. Mais leur considération n'est pas uniquement formelle, un pouvoir peut avoir été élu selon les règles, sa politique doit en plus se conformer à certains principes. Nous avons le droit de nous opposer à l'élection d'un gouvernement qui bafouerait ces principes, même si cette élection n'était entachée d'aucune irrégularité.

    Imagine qu'une majorité de nos parlementaires vote la spoliation de tous les étrangers de notre pays. Ou la mutilation des voleurs. Ou la suppression des droits de la défense dans les procédures de flagrants délits. Ou l'élimination des incurables et des nouveau-nés mal formés. Tu serais indigné autant que moi de ces mesures. Pourtant si la démocratie, c'est la souveraineté du peuple, si ce peuple a manifesté sa volonté par des scrutins sans trucage, au nom de quoi vas-tu contester ? Il faudrait que tu en appelles au-dessus de lui à des principes que tu pourrais lui opposer, auxquels ce souverain, comme tous les autres, devrait se plier (et ces principes interdisent la spoliation d'une minorité ou même d'une majorité comme le socialisme entend l'organiser, aussitôt qu'il arrive au pouvoir).

    Q. - Mais qui aurait institué ces principes et pourquoi suivre ceux-lâ plutôt que d'autres ?

    R. - Précisément, personne ne les a institués et c'est pourquoi nous pouvons nous sentir libres et fiers de nous y soumettre, puisqu'en nous y soumettant, nous ne nous soumettons à personne. Ils sont notre civilisation. Aucun chef d'Etat, aucune assemblée n'a arrêté un beau jour le respect de la vie, la propriété, la famille, et qu'une parole donnée doit être tenue. Ou du moins, s'ils l'ont proclamé, ils n'instauraient rien que la quasi-totalité de leurs sujets ne sût. Ces institutions comme beaucoup d'autres (le langage, le commerce, la monnaie...), se sont élaborées au fil des générations. Si elles avaient été pensées par un unique cerveau humain, elles pourraient évidemment être repensées aujourd'hui par un autre cerveau, quelques-uns d'entre nous pourraient légitimement se sentir capables de redéfinir des institutions radicalement nouvelles et meilleures sur lesquelles reconstruire la société. Mais telles que nous les connaissons, elles sont le présent état d'un long filtrage, d'une promotion, tout au long de notre histoire, des groupes humains qui les ont adoptées. Personne ne pouvait dire à l'avance lesquelles de ces institutions s'avèreraient les meilleures - et nous ne le pouvons pas plus aujourd'hui. Il faudrait un esprit universel pour analyser les myriades de données que fournissent notre société et son environnement et conclure avec certitude que nous vivrions tous mieux en réformant complètement la famille, par exemple, ou le droit de propriété.

    Dans la ville où j'habite, on se flatte d'être démocrate. Rousseau, après tout, y est né (mais comme heureusement ses préceptes n'y sont pas trop suivis, il y peu d'endroits où plus qu'à Genève, on jouisse de liberté). Sur un grand mur d'un bâtiment administratif, une plaque rappelle au passant l'alexandrin emphatique de Lamartine :

    « La liberté du faible est la gloire du fort »

    Toute société ne peut durer que si les forts y protègent les faibles, et d'abord les plus vulnérables de ces faibles, les enfants. Mais il y a quelque chose d'émouvant qu'à ce moment de notre histoire, nous ayons adopté un régime politique où le groupe le plus fort parce que le plus nombreux, loin d'anéantir les minoritaires qui le contestent, respecte leur présence. Mieux, ils sont encouragés à s'exprimer. Pourtant ce régime, que nous estimons si haut dans nos discours, est dévoyé.

    La démocratie, devenue social-démocratie, rejette les valeurs du libéralisme, ces valeurs qui reconnaissent à l'homme (tous les hommes) une égale dignité et qui ont permis (ce n'est pas forcément l'essentiel mais pourquoi le mépriser ? Une prospérité matérielle inouïe dans l'histoire.

    Égale dignité, parce que chaque homme, capable de jugement aussi bien qu'un autre, est donc susceptible d'être sanctionné - si nous étions irresponsables, tels les débiles et les malades mentaux, nous n'encourrions jamais de sanction. Mais cette responsabilité est lourde à porter. Elle nous interdit d'attendre de l'Etat, c'est-à-dire d'une contrainte sur les autres, une amélioration de notre situation, ni même que cette situation nous reste acquise. Mauvaise nouvelle, pour tous ceux qui ont besoin d'exercer un pouvoir sur leurs semblables pour donner du goût à leur vie. Des fonctionnaires toujours plus nombreux inventent toujours plus de malchanceux, d'inadaptés, de cas sociaux à prendre en charge. C'est une grande menace pesant sur le régime électif que ses propres agents, par intérêt propres, en viennent à déclarer incapables tant de citoyens. Car si tant d'entre nous ne peuvent pas choisir entre deux lessives sans un Ministère de la Consommation, s'il leur faut un Ministère de l'Agriculture pour planter des artichauts plutôt que des tomates, si l'Etat doit toujours intervenir au point qu'ils ne peuvent même pas exercer la responsabilité de mener leur propre vie, à quel titre peut-on encore leur confier la responsabilité de désigner leur Président ?

    Prospérité inouïe également, car fondée sur les vertus capitalistes d'épargne et de travail. Elles sont l'aboutissement d'une longue évolution culturelle. Seuls, à les pratiquer, certains peuples se sont enrichis. Pas eu besoin pour eux de transferts de technologies ni d'apports de capitaux : les unes, ils les ont inventées et les autres, accumulés. Et le marasme du Tiers-Monde prouve a contrario que l'économie ne décolle pas si le public ne partage pas ces valeurs du libéralisme : le sens de l'effort, la solidarité, la prévoyance, la responsabilité assumée de ses actes.

    Il faut de telles vertus aux démocrates pour que la démocratie survive. Mais ce n'est pas parce que nous en recevons l'ordre que nous sommes vertueux. Il serait intolérable que des hommes imposent à d'autres hommes leur façon de vivre (tout au plus la loi peut-elle proscrire certaines actions, mais pas dicter une conduite). Ainsi l'Etat libéral ne s'érige-t-il pas juge du genre de vie des gens. Il ne tient pas de discours moralisateur, par exemple, sur la dissipation et la nécessité de l'épargne. Mais en nous laissant subir les conséquences de nos choix, il nous rend tous témoins du sort échu aux imprévoyants.

    A des hommes responsables, aucun homme ne dicte la morale, c'est la vie qui s'en charge. Elle sanctionne notre conduite. Non pas systématiquement (nous avons toujours une chance de réussir hors des sentiers battus, par hasard, par l'heureuse découverte d'une voie nouvelle empruntable par d'autres et le système lui-même s'en

    trouve alors modifié), mais avec suffisamment de probabilité pour que nous en tirions un enseignement, au moins provisoire. A condition de ne pas fausser les règles du jeu. De ne pas obliger les uns à payer les errements des autres. D'accepter de la réalité les leçons qu'elle nous donne.

    Et pour que nos conduites soient chacune une leçon, il faut que le résultat soit visible. Si telle de nos entreprises aboutit à l'échec, que cet échec soit manifeste ; si elle rencontre le succès, que nous ne le pénalisions pas. La société identifiera là des exemples à suivre et d'autres à éviter. Alors que si le gouvernement nous fait accroire qu'il n'y a plus d'échecs (en subventionnant les firmes en difficulté), ou que l'échec n'a pas de conséquence, car ceux qui le connaissent ne se portent guère plus mal que ceux qui réussissent (après impôts et transferts "sociaux"), pourquoi se donner tant de peine pour l'éviter ?

    Le gouvernement ne doit pas empêcher (par la planification, par exemple) ceux qui le voudraient, d'engager une action qui lui paraît irréalisable (comment être certain qu'elle n'aurait pas été réalisée finalement ?), ou inutile (qui est autorisé à dire ce qui est utile à la société et ce qui ne l'est pas ?). Même ministre, je n'ai pas le droit de prétendre avoir plus de jugement sur ses affaires que n'importe lequel de mes concitoyens. Mais inversement, si ce concitoyen s'est trompé, il ne peut pas exiger de la collectivité qu'elle répare une erreur qu'il était seul à commettre.

    Il l'exige pourtant. C'est une tentation bien humaine. Et le ministre l'accepte : ils sont complices. Tels sont les petits services qu'on se rend en démocratie lorsqu'on a la morale pas trop chatouilleuse. "Vote pour moi et je ferai payer par les autres ce dont tu as besoin". Il en sera ainsi tant que le gouvernement aura la faculté d'accorder des lois d'exception et des exceptions à la loi, tant qu'il pourra imposer à certains d'entre nous ce qu'il ne requiert pas de tous les autres. Mais pour renoncer à réclamer de nos députés un privilège légal en notre faveur (ou pour que ces députés refusent par principe de nous l'accorder), il faut de tous les citoyens une vertu, une discipline. La démocratie y voit sa condition. Elle ne peut pas donner son nom aux régimes de coercition et de marchandages où la moitié plus un des habitants (voire une minorité organisée) peut vivre aux dépens de tous les autres.

    L'Etat doit appliquer à tous les mêmes règles comme un arbitre incorruptible et objectif. Il dit la loi et renvoie les hommes à leur responsabilité. Bien sûr, la solidarité nous fait une obligation en conscience de soutenir ceux qui ont reçu de la vie les coups les plus durs. Ils ont mal joué leur jeu (ou ont été imprévoyants). Mais ce devoir, pour urgent qu'il soit, est uniquement moral. Il n'est pas applicable en droit. Il ne ressortit pas aux attributions de l'Etat puisque ce serait réclamer une contrainte sur certains citoyens au bénéfice de certains autres. Etrange solidarité, qu'un gendarme vient imposer. C'est lorsqu'aucun fisc ne nous taxe, lorsque nous sommes physiquement libres chacun de partager ou pas, avec notre conscience pour seul juge, que nous pouvons parler de société fraternelle à établir. Mais elle nécessite alors notre engagement. Effort qui nous oblige à sortir de nous-mêmes, à nous tourner vers les autres, alors qu'il est si simple de s'acquitter d'impôts et de se décharger sur des fonctionnaires du devoir moral de solidarité. La participation est une vertu démocratique perdue. Autrefois, les prêtres fustigeaient en chaire ceux qu incommodait le spectacle de la pauvreté et qui envoyaient leur domestique porter des aumônes. Plus que le montant, dans la richesse du lien social, comptait le geste, l'engagement. L'aide sociale remplit assez bien ce rôle aujourd'hui d'éloigner tous ceux dont la déchéance pourrait nous préoccuper, nous réclamer un peu plus que de l'argent, et nous détourner de la recherche, si prioritaire, de notre tranquillité.

    La social-démocratie est le régime de l'homme refermé sur lui-même. Parce qu'entre l'Etat et le citoyen, elle a supprimé l'autonomie de toutes les institutions que suscite un régime de liberté : la famille, l'entreprise, l'association, la commune, le syndicat, les partis politiques... Là, nous sommes appelés à agir pour les autres. Mais le prétexte altruiste est précisément ce qui sert â rationaliser le pouvoir social-démocrate et il n'est pas question qu'il en abandonne le monopole. C'est pourquoi plus son discours prône les vertus collectivistes, plus nous sommes incités à la passivité et à l'indifférence aux autres. Le rôle laissé aux associations volontaires financées par leurs membres, est quasi-nul. Clairement, l'ambition de l'école est de prendre en charge, par-dessus les parents, toute l'éducation de l'enfant, celui de la Sécurité Sociale de retirer aux familles toute attention aux plus âgés et aux malades. Le "droit du travail" s'impose à toute volonté des partenaires sociaux ; et les communes, malgré la décentralisation, n'exercent toujours que des responsabilités lilliputiennes. Face aux coups durs de la vie, l'isolement de l'individu doit être complet, afin que toujours il se tourne vers son maître, vers l'Etat et ses appareils, vers les élus, d'où seuls peuvent lui venir l'aide et la protection.

    Cela, nous l'avons laissé s'accomplir. Les hommes politiques ont très bien identifié en nous cette tentation de démission, cette absence de vertu. Notre lassitude les a fait rois. En eux, la politique et le sacré se sont confondus. Nous avons passionnément cru à la divine compétence de nos dirigeants, qu'ils nous sauveraient de tous nos maux sans effort de notre part, qu'ils feraient advenir une société meilleure sans que nous ayons besoin nous mêmes de chercher le Bien. Aristote déjà expliquait inlassablement que nous ne pouvions pas espérer remettre notre sort à des professionnels de la politique, mandatés pour guider la société vers un avenir radieux, car aucun homme n'accumulera assez de sagesse pour connaître le bien de la société mieux que ses membres. Nous n'avons donc pas d'autre choix que de prendre en mains démocratiquement notre destin, et renonçant à réformer l'humanité qui n'en demande sans doute pas tant, nous attacher à faire mieux vivre notre entourage.


    _________________
    « La racine de toute doctrine erronée se trouve dans une erreur philosophique. [...] Le rôle des penseurs vrais, mais aussi une tâche de tout homme libre, est de comprendre les possibles conséquences de chaque principe ou idée, de chaque décision avant qu'elle se change en action, afin d'exclure aussi bien ses conséquences nuisibles que la possibilité de tromperie. » -Jacob Sher, Avertissement contre le socialisme, Introduction à « Tableaux de l'avenir social-démocrate » d'Eugen Richter, avril 1998.

    "Il y a, de nos jours, beaucoup de gens qui s'accommodent très aisément de cette espèce de compromis entre le despotisme administratif et la souveraineté du peuple, et qui pensent avoir assez garanti la liberté des individus, quand c'est au pouvoir national qu'ils la livrent. Cela ne me suffit point." -Alexis de Tocqueville, De la Démocratie en Amérique, vol II, Quatrième Partie : Chapitre VI, 1840.

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    Johnathan R. Razorback
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    Re: Christian Michel, Démocratie + Que faire des gens riches ?

    Message par Johnathan R. Razorback le Dim 7 Oct - 11:47

    "Avec les Lumières, cependant, avec l’émergence du capitalisme et la montée de l’individualisme, un autre type de don se généralise. Il n’est basé sur aucune contrainte coutumière ni religieuse, aucune obligation légale, aucun déterminisme social. Dans une société qui se sécularise, on ne peut même plus dire que ceux qui donnent espèrent recevoir au centuple dans l’au-delà. Au cœur de la société libérale et capitaliste, des êtres humains, pour la première fois dans l’Histoire, se mettent à manifester leur confiance à de purs étrangers, en les aidant au moment où ils en ont besoin.19

    L’une des plus grandes associations caritatives anglaises de l’époque, fondée en 1785, témoigne par son nom même de l’indépendance acquise par rapport à toute appartenance nationale ou confessionnelle, la Strangers’ Friend Society. L’acte de fondation précise : « Les membres se sont associés… chacun contribuant chaque semaine selon ses moyens …, déterminés à ne pas se laisser influencer par la cause de la présente détresse, par l’appartenance nationale, religieuse, politique, de la personne dans le besoin. »

    Pas plus qu’ils ne nous relatent la fière prise en charge des pauvres par eux-mêmes au sein des associations d’entraide, nos livres d’histoire ne nous mentionnent l’œuvre immense accomplie par les associations caritatives aux 18ème et 19ème siècles. Il est vrai que nos historiens sont trop souvent des employés d’État, qui ne mordent pas la main qui les nourrit. Il m’a suffi d’une journée à la London Library pour recenser quelques unes qui furent les plus actives de ces associations en Europe. Certaines ont des raisons sociales qui évoquent les beaux idéaux de leur temps, la foi dans le progrès et dans les capacités des êtres humains : ainsi la Société Suisse de l’Utilité Publique ; la Société pour le Bon et l’Utile, établie à Bâle en 1776 ; la Société philanthropique, fondée à Paris en 1780 ; l’Association pour le Bien Public, à Amsterdam en 1784, la même année qui vit la constitution à Edam de la Société pour le Bien – être général, dont les membres s’engageaient à parrainer des jeunes de famille pauvre tout au long de leur éducation ; la Société philanthropique impériale russe de 1818, et la Fondation pour l’Hôpital des Enfants Trouvés de Moscou, dont les coupoles rivalisaient avec celles du Kremlin ; l’Association prussienne centrale pour l’amélioration des classes sociales (les Prussiens dans tous les domaines ont un penchant pour ce qui est « central » !).

    Bien que les femmes françaises n’aient obtenu le droit de vote qu’en 1945, c’est chez elles, et pas en Allemagne ni en Angleterre, que furent fondées les premières crèches et les hôpitaux spécialisés pour enfants, grâce à la Société de Charité maternelle, fondée à Besançon en 1801, mais qui couvrit rapidement toute la France, et la Société de Saint Vincent de Paul, fondée par Frédéric Ozanam en 1833.21

    Pour mesurer l’importance économique de ces œuvres de bienfaisance, donnons quelques chiffres. La Maatschappij van Weldadigheid (Société de Bienfaisance) avait reçu des contributions de 20,000 des plus riches citoyens de Hollande en 1818 pour conquérir des terrains sur la mer, où des indigents pourraient s’établir agriculteurs à leur compte. Entre 1881 et sa mort à 84 ans en 1919, Andrew D. Carnegie fit des dons pour un montant de 288.743.360,65 dollars. Pendant ces années-là, à titre de comparaison, les recettes du fisc fédéral américain oscillaient entre 200 et 300 millions de dollars.22

    Il existe deux raisons pour la disparition des associations caritatives en Europe à la fin du 19ème et au début du 20ème siècle. Une que nous avons déjà évoquée, la redistribution de la richesse est devenue la principale légitimation du pouvoir policier de l’État, et il se la réserve. L’autre, plus profonde, est la peur du don.
    "

    "L’État providence ne demande qu’un critère pour accorder ces droits, il faut être dans le dénuement. Je n’ai d’existence pour lui que par mon échec. Or être reconnu par autrui pour cette seule raison qu’on est en situation d’échec ne conduit pas à une meilleure estime de soi. Toute autre est la relation d’aide qui se noue entre des hommes libres. Car si tu étais libre de ne pas m’aider, et que tu l’as fait, c’est sans doute que tu as perçu en moi quelque chose que ne possédaient pas les autres. Tu m’as choisi, moi, non pas à cause de ma misère, mais grâce justement à ce qui n’est pas elle. C’est sur cette qualité que je peux m’appuyer avec ton aide pour reconstruire mon avenir.

    L’État providence établit des critères impersonnels d’attribution d’allocations. Ceux qui ne les remplissent pas sont rejetés sans appel. Les donateurs, en revanche, et les associations d’entraide sont en concurrence. Chacune doit faire sa place en secourant ceux et celles que les autres ont écartés ; chaque personne en détresse peut donc chercher une solution auprès de plusieurs associations, chacune avec ses critères particuliers, économiques, confessionnels, régionalistes, etc.

    Mais alors qu’un nombre croissant de personnes en situation d’échec ne gêne guère les hommes de l’État, puisqu’il justifie plus d’interventions financées par l’impôt, les associations doivent au contraire prouver leur efficacité auprès des donateurs. Celles qui réussissent à soulager, à guérir et à intégrer les exclus augmentent leurs chances de recueillir des dons. C’est pourquoi, au lieu de la pesanteur d’une administration d’État, on peut attendre des capitalistes la même inventivité dans le domaine de l’aide que dans celui de la production marchande.

    La concurrence entre les donateurs garantit en outre qu’aucun d’eux ne peut exercer du pouvoir sur ceux qu’il assiste. Ces derniers solliciteraient aussitôt un autre bienfaiteur (ce que l’État providence rend impossible).
    "

    "Une société reconnaît ses valeurs aux morts qu’elle honore. Promenez-vous dans n’importe quelle ville d’Europe. Relevez le nom des rues, des places, des aérogares… A part quelques savants et artistes, elles commémorent des généraux tueurs et des ministres pilleurs. Tels sont les modèles de civilisation présentés à notre admiration. Or il existe trois récompenses que la société peut offrir à ceux qui la servent : le pouvoir, l’argent, et les honneurs. Le pouvoir, nous ne devons le confier à personne. Les riches ont déjà l’argent ; proposons-leur les honneurs. Un artiste et un savant passent à la postérité par des grandes œuvres ; les bonnes œuvres aussi ne devraient-elles pas conférer l’immortalité aux riches ? Laissons-les construire des universités, des hôpitaux, des écoles, des musées, qui perpétueront leur mémoire."

    "L’obligation morale d’honorer ceux qui nous aident est tellement exigeante qu’elle a donné lieu à une très curieuse occultation d’un des textes les plus célèbres de notre spiritualité. Il faut aimer notre prochain, enseigne-t-il ; mais qui est notre prochain ? Cette question n’est posée qu’une seule fois dans les Évangiles, et Jésus y répond avec une histoire, celle d’un voyageur détroussé et abandonné à moitié mort au bord du chemin. Passe un prêtre, qui ne s’arrête pas pour secourir le blessé. Un deuxième voyageur l’ignore de même. Mais le troisième passant recueille le blessé, panse ses plaies, l’installe à l’auberge, et paie les frais de son rétablissement. Et Jésus demande – écoutez bien – « Qui est le prochain de celui qui est tombé aux mains des brigands ? ». Dans l’assistance, on Lui répond : « Celui qui l’a secouru ». Et Jésus confirme : « Tu as bien répondu ».30 Notre prochain que nous devons aimer n’est pas le pauvre, mais le riche secourable.

    Voilà 2000 ans que les prêcheurs et les cagots déforment ce texte. Ils veulent nous convaincre que notre prochain est l’être humain dans la misère. Ce qui est absurde, révoltant. Pourquoi aimerais-je quelqu’un parce qu’il est dans la misère ? La misère est à combattre. Rien de ce qu’elle touche ne doit devenir aimable à nos yeux. En revanche, si quelqu’un a pris la peine de se pencher sur moi, s’il m’a soigné et payé mes dettes, ne mérite-t-il pas, lui, tout riche qu’il est, d’être aimé ?

    Nous rangeons l’altruisme parmi les valeurs chrétiennes, alors que le Christ lui-même nous en détourne. L’altruisme est cette doctrine perverse, qui nous enseigne qu’une action n’a aucune valeur morale si nous y trouvons de l’intérêt ou du plaisir. Voilà posé le comble de l’égocentrisme. Car agir ainsi serait viser la perfection morale du sujet, dans le plus profond mépris de sa relation avec autrui.

    Je m’imagine grabataire à l’hôpital, ou en prison. Un visiteur est à mon côté. Il me dit : « Je suis altruiste. Je viens te voir pour accomplir mon devoir moral, mais je n’éprouve aucun plaisir ni aucun intérêt en ta compagnie ». Rien ne pourrait m’insulter plus douloureusement. Même grabataire, à l’article de la mort, je veux encore commercer d’égal à égal avec autrui. Quoi de plus revigorant que d’entendre dire « c’est formidable ce que ces gens nous apportent » par des visiteurs de prison, des accompagnateurs de mourants, et toutes ces personnes magnifiques qui s’occupent des déshérités. Ils vivent des vrais échanges humains et capitalistes, où chacun s’enrichit dans la relation.
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    "Donner est l’acte capitaliste ultime. L’homme généreux affirme son droit de propriété absolu sur ses biens. Face à la société, ce droit le rend libre de faire ce qui lui plait de son temps, de son argent et de sa personne. Face à sa richesse, ses dons justement témoignent qu’il est plus grand qu’elle, il est libre par rapport à elle. Dans toute société, il existe trois façons de faire circuler les biens : par le vol, par l’échange, et par le don. La société capitaliste est tout simplement celle qui interdit le vol, même d’Etat, pour laisser toute leur place à l’échange et aux dons."

    "Je peux évoquer ici un souvenir personnel. J’ai effectué mon tout premier voyage aux États Unis au début de l’année 1968, une époque de contestation universitaire et scolaire en France, qui devait déboucher sur les évènements de Mai. Avant mon départ, je passais rue de Grenelle à Paris, quand je fus arrêté par une manifestation de parents d’élèves, accompagnés de leurs enfants, qui protestaient contre la surcharge des classes. Dans un chahut vulgaire, ils lançaient des bouteilles d’encre, des œufs pourris, des tomates, contre la façade du Ministère de l’Éducation Nationale. Quelques jours plus tard, je débarquais dans la banlieue de New York. Les amis qui m’hébergeaient m’avertirent que leur hospitalité serait un peu chaotique. En effet, m’expliquèrent-ils, l’école locale étant surchargée, les élèves ne pouvaient plus suivre sérieusement les cours. Beaucoup de parents avaient retiré leurs enfants. Ils se cotisaient désormais pour salarier un instituteur, et ceux qui avaient un domicile assez grand le mettaient à tour de rôle à disposition pour y faire la classe. Et je me demandais après la coïncidence de ces deux expériences, laquelle était la plus formatrice pour des enfants : le spectacle de leurs parents casseurs et impuissants, attendant tout du bon vouloir d’un ministre, ou celui de parents proactifs, prêts à sacrifier un peu de leur confort pour la scolarité de leur progéniture. Je ne suis pas américanophile. Mais ceux qui croient, et ce devrait être le cas du personnel enseignant, que l’éducation a un sens, devrait se souvenir de cette leçon-là : on peut être éduqué à l’impuissance."
    -Christian Michel, Que faire des gens riches ? L'Etat-providence et la question des pauvres (cf: http://www.ecoleliberte.fr/ressource/cmichelgensriches/ ).



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    « La racine de toute doctrine erronée se trouve dans une erreur philosophique. [...] Le rôle des penseurs vrais, mais aussi une tâche de tout homme libre, est de comprendre les possibles conséquences de chaque principe ou idée, de chaque décision avant qu'elle se change en action, afin d'exclure aussi bien ses conséquences nuisibles que la possibilité de tromperie. » -Jacob Sher, Avertissement contre le socialisme, Introduction à « Tableaux de l'avenir social-démocrate » d'Eugen Richter, avril 1998.

    "Il y a, de nos jours, beaucoup de gens qui s'accommodent très aisément de cette espèce de compromis entre le despotisme administratif et la souveraineté du peuple, et qui pensent avoir assez garanti la liberté des individus, quand c'est au pouvoir national qu'ils la livrent. Cela ne me suffit point." -Alexis de Tocqueville, De la Démocratie en Amérique, vol II, Quatrième Partie : Chapitre VI, 1840.


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