L'Hydre et l'Académie

    Ernst Jünger (au travers d'articles, revues, essais & autres)

    Partagez
    avatar
    Johnathan R. Razorback
    Admin

    Messages : 5237
    Date d'inscription : 12/08/2013
    Localisation : France

    Ernst Jünger (au travers d'articles, revues, essais & autres)

    Message par Johnathan R. Razorback le Ven 2 Mai - 16:05

    http://www.philolog.fr/junger-la-guerre-est-loi-de-la-nature/
    http://www.philolog.fr/la-figure-du-rebelle-et-de-lanarque-ernst-junger/
    http://books.google.fr/books?id=XjmVdz4Pd4AC&pg=PA380&lpg=PA380&dq=jungerien&source=bl&ots=PDUw8t3kjT&sig=aJ-QG3kMTfWA4PcSQHDH_X0P6Rc&hl=fr&sa=X&ei=vqmHU6XbAsG60wWxo4DoAw&ved=0CFoQ6AEwBg#v=onepage&q=jungerien&f=false
    http://books.google.fr/books?id=LQGcWbXnGk0C&pg=PA26&lpg=PA26&dq=jungerien&source=bl&ots=F9dVbXh00z&sig=7t_9RntJ_4JF9vqroszpuGpevsI&hl=fr&sa=X&ei=n6yHU4q2LLDa0QXyhoDYBA&ved=0CDEQ6AEwAQ#v=onepage&q=jungerien&f=false
    http://www.centrostudilaruna.it/ernst-junger-%E2%80%93-pierre-drieu-la-rochelle.html

    "Au sortir de la guerre, Ernst JÜNGER refusa de se soumettre aux procédures de dénazification, puisqu’il avait toujours réprouvé le régime nazi. Soudain, il devenait un auteur décrié, voire dénigré, surtout par les intellectuels marxisants et ceux qui voulaient se donner une bonne conscience. Le silence de ses amis parisiens le fit plus souffrir que les vociférations de ses ennemis. En revanche, il apprit que Bertold BRECHT avait demandé à ses camarades communistes de cesser leurs attaques contre lui. Certains de ses détracteurs espéraient se faire bien voir en le critiquant, d’autres lui reprochaient son essai « Le Travailleur » dans lequel les nazis auraient puisé des arguments pour leur propre propagande. La bassesse des premiers est évidente, l’irrationalité des seconds est consternante. En effet, il s’agit du même procédé qui consiste à accuser NIETZSCHE des méfaits du nazisme, en dépit de la chronologie[4]. A l’instar du philosophe de Sils Maria, JÜNGER détestait les idéologies de masses comme le nazisme et il prônait plutôt une forme d’aristocratie, au sens étymologique. Surtout, il n’a jamais professé d’idées racistes."
    Source: http://www.pcn-ncp.com/Junger%20biblio.htm#_edn4

    Ainsi que: « Malgré l’indéniable influence que les écrits de jeunesse de JÜNGER ont exercée sur certains membres de l’intelligentsia nazie, il a été, du premier jusqu’au dernier jour, un opposant actif au nazisme, prouvant ainsi que les conceptions quelque peu désuètes de l’honneur, qui était de tradition dans l’armée prussienne, suffisaient amplement à nourrir la résistance individuelle ».  

    « Les journaux de guerre de JÜNGER constituent sans doute la meilleure preuve et la plus honnête des énormes difficultés auxquelles est exposé l’individu lorsqu’il veut maintenir entière sa représentation des valeurs morales et sa conception de la vérité dans un monde où la vérité et la morale ont perdu la possibilité même d’être perçues et identifiées ».
    -Hannah Arendt, Visite en Allemagne.

    Eumeswil : http://fr.scribd.com/doc/116455437/Eumeswil-Ernst-Junger-pdf#scribd

    "La sécurité d'une position a pour garants l'allant et les réserves de courage de ses défenseurs et non le labyrinthe de ses voies d'accès ou la profondeur des tranchées de combat."

    "Durant la guerre, je me suis toujours efforcé de considérer l'ennemi sans haine, et de l'apprécier en tant qu'homme à l'aune de son courage. Je recherchais l'occasion de me battre avec lui afin de le tuer et je n'attendais rien d'autre de sa part. Mais je n'ai jamais nourri de lui une idée basse. Lorsque, plus tard, des prisonniers sont tombés entre mes mains, je me suis senti responsables de leur sécurité et j'ai cherché à faire pour eux tout ce qui était à portée de mes moyens."

    "Le feu d'artillerie, en terrain aussi découvert où l'on peut se mouvoir librement, n'a ni la même puissance matérielle ni le même effet moral que dans les agglomérations ou les tranchées." (p.71)

    "Il faut avant tout que le soldat ne s'ennuie pas." (p.79)

    "Nous savions que cette fois nous allions entrer dans une bataille telle que le monde n'en avait encore jamais vu." (p.81)

    "Il est vrai que je me trouvais à l'emplacement le plus dangereux, et c'est là qu'on dispose de la plus haute puissance de commandement." (p.89)

    "Tandis que les deux artilleries se déchaînaient à distance l'une contre l'autre, un orage terrible éclata, de sorte que, comme dans les combats homériques des dieux et des hommes, la fureur de la terre rivalisait avec celle des cieux." (p.92)

    "Cette nuit, avec l'ampleur et l'hostilité de ses espaces, était d'une solitude spectrale. Quand je me heurtais dans cette obscurité aux sentinelles ou à des égarés qui cherchaient leur corps, j'avais le sentiment glaçant de n'avoir plus affaire à des hommes, mais à des démons. On errait comme sur un immense tas de décombres au-delà des bords du monde connu." (p.102)

    "Je pris toutes les dispositions imaginables pour faire illusion à l'ennemi sur notre force réelle." (p.115)

    "Aucun tir d'artillerie n'est capable de briser la volonté de résistance aussi radicalement que le froid et l'humidité." (p.155)

    "Hoppenrath, à l'entrée de l'abri, m'annonça que nous avions fait près de deux cents prisonniers. Joli performance pour une compagnie de quatre-vingts hommes." (p.190)

    "On ne connaît pas un homme avant de l'avoir vu au danger." (p.191)

    "Ne plus rien entendre, ne plus rien voir ! Seulement fuir d'ici, fuir jusqu'au fond de l'obscurité ! -Mais les hommes ! Il fallait bien m'occuper d'eux, c'est à moi qu'ils étaient confiés. Je me forçai à revenir vers ce lieu d'horreur." (p.203)
    -Ernst Jünger, Orages d'acier, in Journaux de guerre, tome I : 1914-1918, coll. Bibliothèque de la Pléiade (n° 540), Gallimard, 2008, 944 pages.

    "p.288
    p.290
    p.290-292
    p.293
    p.296.
    -Ernst Jünger, Le Boqueteau 125, in Journaux de guerre, tome I : 1914-1918, coll. Bibliothèque de la Pléiade (n° 540), Gallimard, 2008, 944 pages.

    "Chaque existence individuelle devient alors, sans que la moindre équivoque puisse subsister longtemps, une existence de Travailleur ; à la guerre des chevaliers, à celle des souverains, succède la guerre des travailleurs -et le premier grand affrontement du XXème siècle nous a déjà donné un aperçu de ce qu'en serait la structure rationnelle et le caractère impitoyable."

    "Il ne fait pas de doute que la civilisation soit plus étroitement liée au progrès que la Kultur ; qu'elle sache parler sa langue naturelle dans les grandes villes surtout, et s'entende à manier des notions et des méthodes qui n'ont rien à voir avec la culture, auxquelles même celle-ci s'oppose."

    "Afin de réduire ce qui reste du vieux monde -qui finit par s'y broyer lui-même -le progrès utilise essentiellement deux idéologies, deux pierres de meule: le socialisme et le nationalisme. Depuis plus d'un siècle, la "droite" et la "gauche" se sont disputés, comme une balle, l'adhésion des masses aveuglées par le leurre du droit de vote ; et il a toujours semblé que l'un des partenaires offrait encore un recours face aux exigences de l'autre. Or, de nos jours et dans tous les pays, leur identité se révèle toujours plus clairement ; même le rêve de liberté disparaît, comme étranglé par les mâchoires d'une tenaille d'acier."

    "Notre regard découvre un monde apocalyptique dont la vue glacerait le cœur du plus intrépide. Bientôt l'ère du progrès nous semblera aussi énigmatique que les secrets d'une dynastie égyptienne."

    "L'aboutissement d'une vie bien menée n'est rien d'autre que d'accéder à sa nature authentique."
    -Ernst Jünger, La Mobilisation Totale (1930).

    "La pensée de Nietzsche a ceci de curieux que deux notions du temps, le progrès et le retour, y sont défendues avec une égale énergie."

    "Le temps périodique et le temps progressif s'adresse à deux humeurs fondamentales de l'homme: le souvenir et l'espoir."

    "Le vieil Héphaïstos, dieu des Forgerons, ne tient parmi les dieux de l'Olympe qu'un rang inférieur. Sa claudication le montre assez, et bien d'autres disgrâces encore, mais surtout l'allure pénible de ses actes créateurs. Ses ouvrages sont liés au travail: ils ne naissent pas, comme ceux des autres dieux, d'une conjuration par le verbe ou d'un "tour de magie"."

    "L'homme, et c'est là une de ses marques, outre son état d'être de nature, se rattache par un lien spirituel au cosmos et à la raison qui le régit."

    "Tout esprit absurde suscite au moins un disciple, qui le dépasse encore."

    "Le sablier est, en particulier, l'un des attributs de Chronos, ce triste du temps, presque toujours nu et chauve, vêtu seulement d'une étoffe dont le vent gonfle les plis, et porteur de larges ailes: c'est ainsi qu'il est peint, dessiné, ou sculpté sur les pierres tombales. Outre son sablier, il est muni d'une faux : de l'un, il évalue la longueur du fil de la vie ; de l'autre, il le tranche. [...] Parfois, ce Chronos [...] se confond avec la Mort.

    Les Anciens ne savaient rien d'un tel dieu du Temps. Au reste, il eût été bien déplacé dans l'Olympe. C'est une invention médiévale
    ."

    "Le sport ne présente pas moins ce caractère de travail, du fait qu'il soumet le libre mouvement du jeu à la magie noire des montres et des records."

    "Des formes que prend la mobilisation, les plus efficaces sont celles qu'on ne reconnaît pas pour telles, où l'on cherche même un plaisir. Le caractère de confort, dans l'aménagement de notre vie, ressemble à un mince vernis. Si nous l'examinons pour en estimer la valeur de détente, il nous faudra noter qu'il ne plonge pas jusqu'aux profondeurs, jusqu'à la paix. Or, c'est là que réside, non seulement le vrai plaisir, mais la santé."
    -Ernst Jünger, Traité du sablier, 1954.

    "L'homme ne peut être conçu de nos jours comme un être dressé, assis, encore moins installé sur un trône de souverain, comme centre et fleuron de la Création, selon les formes qu'ont prises si souvent l'art et la pensée. Il est en marche -une marche telle qu'elle ne s'opère pas seulement par lui, mais malgré lui et contre lui. C'est un fait auquel peuvent se référer des inquiétudes, non moins que des espérances."

    "En un monde de mouvements amples et généraux, la questions du possible s'impose à nous, et surtout celle de la part que peut revendiquer une volonté libre. S'emparer, devant cette question, d'un point sûr, ou même d'une conviction suffisamment fondée, c'est se rendre capable de rendre des arrêts aux conséquences multiples."

    "Un phénomène tel que la grandeur historique, incarnée dans une personne, rencontre le scepticisme. Ce n'est plus sur le lieu que règne l'homme, mais c'est du lieu, et des étoiles qui le régissent, que l'homme tire une puissance toute fonctionnelle. L'homme même, plus que tout autre, le plus haut situé, devient contingent, devient interchangeable."

    "Toute perte de substance, toute évacuation annonce une occupation nouvelle, et tout déclin une métamorphose, un retour."

    "Ce n'est pas la société qui se donne une forme en l'Etat, mais l'Etat qui prescrit une forme à la société, et jusque dans sa cellule-mère, la famille. [...] On ne peut contester qu'alors l'Etat pèse sur les épaules de chacun, même si l'on songe que l'existence humaine avait aussi ses ombres en d'autres temps -et que par conséquent nous devons soustraire du poids absolu qui nous oppresse aujourd'hui les pesées dues à un simple changement dans la répartition de la charge. Elles sont surtout sensibles lorsqu'on envisage cet aspect de l'Etat qui fait de lui, tout à la fois, l'Etat-assurance, l'Etat-confort et l'Etat-providence."

    "L'Etat devient monstrueux ; il produit des organes inconnus jusqu'alors et acquiert des qualités dont il était dépourvu auparavant."

    "L'aspect du monde actuel, comparé aux prévisions de Tocqueville, donne un exemple de la manière dont l'œil d'un bon observateur perce à jour la structure des faits qui s'amoncellent. Son regard s'élance, par-delà les vallées et les gorges, jusqu'au sommet qui s'esquisse au loin."

    "La couronne, à elle seule, n'a jamais fait le roi."

    "Les rencontres politiques ont ceci de commun avec les rencontres érotiques qu'elles ne suivent pas la voix de la raison. Elles creusent plus profondément ; c'est une volonté plus forte qui se manifeste en elles."

    "Dans le retour, ce n'est pas seulement une répétition rythmique, mais, en même temps, l'avènement d'une qualité nouvelle qui se produit. [...] Une pure répétition peu entraîner un changement qualitatif, comme dans le phénomène de la pierre creusée goutte après goutte: le point est atteint où le rocher est percée, où la goutte poursuit librement sa chute."

    "Dans l'uniformisation des sexes, ce sont la pensée masculine, l'action de l'homme et souvent aussi la capacité de travail du premier sexe qui servent de repères. En somme, elle a pour résultat d'adapter la femme au rythme d'un monde conçu et crée par des hommes. [...] Si l'un des sexes dominait, leurs différences ne se nivelleraient pas, mais, bien au contraire, ressortiraient plus nettement que jamais. Cette objection vaut aussi bien contre certaines théories qui interprètent la plus grande liberté de décision concédée à la femme, et la part croissante qu'elle prend au savoir et au pouvoir, comme l'aurore du matriarcat. Il n'en est rien. Un monde paternitaire, mais aussi un monde matriarcal auraient une toute autre allure que le nôtre."

    "Jugements et préjugés, lois et mœurs, qui définissent les qualités de pur et d'intouchable, peuvent dresser entre les hommes des montagnes et ouvrir des crevasses difficiles à combler. C'est dans ce paysage que l'histoire se déroule, et cependant, elle ne serait pas histoire, mais histoire naturelle, simple zoologie, si le libre arbitre ne traçait pas le cadre qui la circonscrit. C'est à lui, instance suprême, que ramène toute réflexion. Il a son heure dans le temps et transmue le monde, quand l'esprit rompt ses barrières. Il est le signe distinctif de la species humana et trace en tant que tel, bien qu'il n'apparaisse qu'exceptionnellement chez les individus, la voie et la tâche de l'espèce humaine, de la catégorie-homme, à travers les millénaires.
    Comparées à ce que peut atteindre l'espèce humaine, ses divisions sont éphémères. Elles ont de tout temps fait leurs victimes ; mais il n'en est pas une seule qui n'ait été finalement abolie par l'évolution, ou détruite par la révolution
    ."

    "Le propre de l'homme, c'est le libre-arbitre, donc l'imperfection. C'est la capacité de se souiller de fautes, de commettre des erreurs."

    "Il y a l'héritage, et non pas seulement la mutation."

    "Il n'est certainement pas mauvais d'être, au bon sens du terme, non contemporain, et de vouloir exercer une influence profonde afin de conserver ce que la tradition nous a légué. Mais cela suppose une foi."
    -Ernst Jünger, L'État universel (1960).


    _________________
    « La racine de toute doctrine erronée se trouve dans une erreur philosophique. [...] Le rôle des penseurs vrais, mais aussi une tâche de tout homme libre, est de comprendre les possibles conséquences de chaque principe ou idée, de chaque décision avant qu'elle se change en action, afin d'exclure aussi bien ses conséquences nuisibles que la possibilité de tromperie. » -Jacob Sher, Avertissement contre le socialisme, Introduction à « Tableaux de l'avenir social-démocrate » d'Eugen Richter, avril 1998.

    "Il y a, de nos jours, beaucoup de gens qui s'accommodent très aisément de cette espèce de compromis entre le despotisme administratif et la souveraineté du peuple, et qui pensent avoir assez garanti la liberté des individus, quand c'est au pouvoir national qu'ils la livrent. Cela ne me suffit point." -Alexis de Tocqueville, De la Démocratie en Amérique, vol II, Quatrième Partie : Chapitre VI, 1840.

    avatar
    Johnathan R. Razorback
    Admin

    Messages : 5237
    Date d'inscription : 12/08/2013
    Localisation : France

    Re: Ernst Jünger (au travers d'articles, revues, essais & autres)

    Message par Johnathan R. Razorback le Mer 14 Fév - 16:37

    "Comment expliquer mon pressentiment que Huysmans, dont pendant des années je n'ai connu que les syllabes du nom, devait être d'une grande importance pour moi, pressentiment qui se révéla plus tard parfaitement justifié ?" (p.15)

    "L'Afrique était pour moi la quintessence du sauvage et de l'originel, le seul théâtre possible pour donner à la vie l'ampleur que j'entendais assurer à la mienne ; et c'était pour moi un fait acquis que, dès que je serais libre de mes mouvements, je devrais y diriger mes pas. [...]
    Je lisais avec une joie cruelle que la malaria et la maladie du sommeil attendaient les arrivants au pied du débarcadère et se faisaient payer un lourd tribut. Il me semblait juste que la mort ceinturât un pays qui n'avait été créé que pour les hommes et qu'elle fît reculer d'effroi à sa porte tous ceux qui n'étaient pas fermement résolus. Par contre les images de la construction d'une voie ferrée en Afrique centrale ou un entrefilet dans le journal sur l'invention d'un vaccin contre la piqûre de la mouche tsé-tsé suscitaient d'ordinaire mon indignation: de telles victoires du progrès sur les forces de la nature me contrariaient énormément
    ." (p.34-35)

    "Toujours on aime quitter la compagnie des hommes pour se replonger dans la paix des bibliothèques. Là, sous ces "voûtes gothiques" où s'amoncellent dans un ordre strict les volumes de cuir, de toile et de parchemin, le pressentiment que le fondement du monde est spirituel s'empare de nous et nous assure une plus haute sécurité. Un geste nous permet de tirer du registre infini une voix qui nous parle d'une manière plus pure, plus riche et plus claire qu'il n'est possible à l'extérieur. Nous sommes enfouis dans la bienveillance des donateurs. Nous sentons en pleine confiance qu'ici nous ne serons pas frustrés de cette image plus belle du monde que nous conservons si anxieusement dans le retrait de notre coeur. On n'y rira pas de nous comme on rit au-dehors de tous ceux qui n'empruntent pas les chemins habituels. Nous pénétrons dans un cercle supérieur à la supériorité facile et plébéienne de l'ironie." (p.42)

    "C'était l'état d'esprit bien connu de beaucoup de jeunes cœurs, ce sentiment d'exil au sein d'un monde étriqué, artificiellement encombré de toutes sortes d'écrans par l'éducation et les habitudes bourgeoises. En fin de compte, dans le bien-être tiède d'un âge libéral, on ne se sentait pas du tout mal. Mais quelque chose devait pourtant laisser à désirer. Et des désirs qui restent trop longtemps sans objet et même sans prise de conscience finissent par s'infiltrer dans le sang comme un précipité de poison ; ils engendrent ce côté "vieille fille" propre aux générations rassasiées et à des époques entières. Mais ça et là, dans le mystérieux, dans le rêve, dans le beau ou dans le singulier, une étincelle brillait comme une confirmation à la fois rassurante et stimulante de l'existence de cet autre monde, pressenti dans les lointains et plus proche du cœur. Tout cela semblait être une promesse de bonheur." (p.55)
    -Ernst Jünger, Le cœur aventureux, version de 1929, Gallimard, coll. NRF, 1995, 203 pages.



    _________________
    « La racine de toute doctrine erronée se trouve dans une erreur philosophique. [...] Le rôle des penseurs vrais, mais aussi une tâche de tout homme libre, est de comprendre les possibles conséquences de chaque principe ou idée, de chaque décision avant qu'elle se change en action, afin d'exclure aussi bien ses conséquences nuisibles que la possibilité de tromperie. » -Jacob Sher, Avertissement contre le socialisme, Introduction à « Tableaux de l'avenir social-démocrate » d'Eugen Richter, avril 1998.

    "Il y a, de nos jours, beaucoup de gens qui s'accommodent très aisément de cette espèce de compromis entre le despotisme administratif et la souveraineté du peuple, et qui pensent avoir assez garanti la liberté des individus, quand c'est au pouvoir national qu'ils la livrent. Cela ne me suffit point." -Alexis de Tocqueville, De la Démocratie en Amérique, vol II, Quatrième Partie : Chapitre VI, 1840.


      La date/heure actuelle est Mar 13 Nov - 22:22