L'Hydre et l'Académie

    Le Manifeste Anti-connexionniste

    Johnathan R. Razorback
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    Message par Johnathan R. Razorback le Dim 27 Oct - 18:22

    Le Manifeste Anti-connexionniste:
     
    Écrit entre le 11 août et le 27 octobre 2013, dans les ruines de Paris, par Johnathan R. Razorback.
     
    Anticopyright : Le contenu ici présent peut être reproduit, détourné ou cité, sur tout support, même sans mention du nom de son auteur.
    Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit. Ne prétendez pas avoir inventé ce que vous n’avez pas inventé.
     
    « Nous ne croyons plus que le mensonge puisse survivre si on lui enlève son voile ; nous avons assez vécu pour écrire cela. »
    -Nietzsche, Le Gai Savoir, détourné.

    « Refuser de bouger lorsqu’on obligeait tous à le faire, c’était, par inertie, résister. »
    -Alain Damasio, La Zone du Dehors.
     
    « Le monde possède depuis bien longtemps le rêve d’une chose dont il ne doit posséder que la conscience pour la posséder réellement. »
    - Lettre de Marx à Arnold Ruge, 1843.
     
    « Le passé est dissimulé, le présent est incertain, l’avenir n’est encore que pressenti. »
    -Schelling, Les âges du monde, détourné.
     
    Thèse n°1 :
     
    Toute l’histoire du monde moderne jusqu’à aujourd’hui n’a été que l’histoire des luttes contre l’exploitation d’une classe par l’autre, et de l’individu par l’État. L’aliénation individuelle et collective, les différentes formes de domination à l’origine des révoltes anciennes et modernes, de Spartacus à Durruti,  persistent de manière intégrée dans le capitalisme aujourd’hui mondialisé.
     
    En tant que système visant à l’accumulation du capital entre les mains d’une classe dominante, le capitalisme se désintéresse de la condition juste ou injuste d’un genre, d’un peuple, d’une minorité ou de tout groupe particulier. La lutte pour sa suppression définitive, qui transcende la résistance à toute les oppressions partielles, est la seule qu’aucune de ses tendances, réactionnaires ou gestionnaires, ne sauraient digérer. Ce système existant, destructeur, ne peut succomber par la simple désertion de ceux qui le subissent –l’affrontement est nécessaire, et la dialectique peut casser bien plus que des briques –des chaînes.
     
    Thèse n°2 :
     
    L’échec des révolutions prolétariennes et anarchistes (Commune de Paris de 1871, Commune de Berlin de 1919, Commune de Kronstadt de 1921, guerre civile espagnole de 1936,1968, etc.) nous fait tirer des leçons utiles à la Révolution qui frappera le cœur du système capitaliste et ses fondations infra et supra-structurelles. Son idéologie réactualisée, nommée par d’autres que nous connexionnisme, fond et mélange le travail et la pseudo-vie d’êtres fantomatiques dans un même continuum de la soumission conformiste, impliquant chaque jour davantage la mise en œuvre de toutes les capacités individuelles et collectives dans la production de la plus-value.
     
    Le capitalisme hybride propre à la seconde moitié du vingtième siècle réclamait simplement des laquais, sa forme décomplexée exige aujourd’hui des équilibristes, enthousiastes et motivés dans les omniprésents et totalitaires challenges de l’incertitude planifiée.
     
    Thèse n°3 :
     
    Nous nous déclarons anti-connexionnistes, c’est-à-dire résolument révolutionnaires. Nous sommes spartakistes contre Lénine, conseillistes contre De Gaulle, voltés contre le Castre.
     
    La construction d’utopies concrète dans les régions du globe les moins soumises à la répression  ne saurait nous suffire, car toute négation partielle en actes n’est jamais qu’une révolution refoulée et, au bout du compte, invalidée. Les expériences du passé nous ont assez prouvé que cette voie était celle du Tombeau –sans issue ni espoir. Etre révolutionnaire, c’est refuser de laisser la moindre parcelle de terrain à l’ennemi, percevoir les relents réactionnaires, individualisant et cyniques de l’abandon des camarades en luttes, où qu’ils soient. Les révolutionnaires n’ont pas de patrie à perdre et tout un monde à faire renaître des cendres refroidissantes de l’irréalisme actuel, car la route vers le Paradis est pavée d’exigences éthiques–et de barricades.
     
    Notre casus belli pour la nouvelle période insurrectionnelle trouve son origine dans les agressions systémiques de la classe dominante internationale contre :
     
    a) : L’individu et ses possibilités d’accomplissement authentique –le droit le plus foutrement séculier à la vie, la liberté et la poursuite du bonheur.
     
    b) : L’environnement compatible avec la vie réellement humaine.
     
    c) : Les classes sociales directement exploitées (Prolétariat) et prostituées (Intelligentsia, Lumpenproletariat), ou menacées à moyen terme par la concentration infinie du capital (Artisanat, Petite-bourgeoisie) et la destruction du service public hérité pour partie des conquêtes sociales des travailleurs (Bureaucratie).
     
    La société bourgeoise et sa forme « alternative » ouvertement totalitaire sont plus que jamais en lutte ouverte avec l’ensemble de la société, érigeant toutes les nouvelles murailles de Chine sur les cadavres des travailleurs dépossédés de tout –jusqu’à leurs rêves.
     
    Thèse n°4 :
     
    Les anti-connexionnistes affrontent par tous les moyens en accord avec leur fin, les dominations de l’État, du Capital et des sectes, générant et légitimant la domination de genre, la misère sociale, l’éradication de toute vie authentiquement humaine, la dévastation de la nature. Jugeant prioritaire l’affrontement radical contre le connexionnisme, les anti-connexionnistes révolutionnaires s’associent pour faire émerger une société sans dieu ni maître, débarrassée du travail aliéné et des loisirs anti-ludiques. Il s’agit de passer de l’inspiration créatrice à la rébellion la plus radicale, de la flexibilité à la liberté, de la guerre de mouvement à la guerre contre l’injonction au mouvement.
     
    Thèse n°5 :
     
    Les anti-connexionnistes:
     
    a) : Sont partisans de : la reprise individuelle, la révolution par les urnes, les Conseils Ouvriers, la démodunamie, le mandatement impératif de court terme, la construction de zones autonomes temporaires, de situations, les communautés intentionnelles, le déferlement métacry(p)tique sur tous les supports de l’ennemi, l’activité ludique élargie, le slogan « A chacun selon ses besoins, puis selon ses capacités », le travail libre fédéré, la prise en charge par la communauté des individus temporairement ou définitivement empêchés de subvenir à leurs besoins, l’urbanisme unitaire, la décolonisation de la vie quotidienne.
     
    b) : Sont en guerre contre : la novlangue ultralibérale, l’expropriation de la vie (gouvernement représentatif, art unilatéral, religion, etc.), le monde moderne, les séparations (du travail d'avec son produit, de l'individu d'avec sa puissance politique), le militarisme, le nationalisme, la social-démocratie, le scientisme, le léninisme, etc.
     
    Thèse n°6 :
     
    Dans le monde réellement falsifié, l’action est un moment du non-agir.
     
    Metteur en scène de son spectacle mortifère et de sa propre impuissance mélo-pathétique, le capitalisme accepté partout, se complaît à reprendre d’une main ce qu’il feint de vendre au rabais de l’autre. Toutes les crises de la société présente ne sont que la confirmation rendue plus évidente de ces bonnes affaires.  
     
    La civilisation émancipée ne sera possible que lorsque les boyaux du dernier capitaliste bâillonneront le dernier prêtre –religieux, télévisuel, néolibéral ou whatever l’idole dont l’adoration s’achève dans le crépuscule –car l’heure de l’adoration est passée.
     
    Thèse n°7 :
     
    Dans la lutte des classes, il ne saurait y avoir de neutralité dans la culture.
     
    Nous refusons le confusionnisme d’un art prolétarien, mais nous diffuserons, par tous les moyens techniques contrôlés par nous, un détournement critique dans le but d’hâter la fin effective de toute exploitation de classe –prélude à de plus hautes jouissances.
     
    Les designers n’ont fait que formater le monde de diverses manières ; supprimons à présent la spécialisation de l’artiste –et tant qu’à faire, le public passif et poli également.
     
    Thèse n°8 :
     
    Nous appelons notre nouvelle méthode de combat « métacry(p)tique », considérée comme théorie critique de l’existant et action pratique de révolution de la vie quotidienne. Elle s’inscrit dans la réunification stratégique de la critique sociale avec la critique artistique, réalisée avant nous par le spartakisme et les situationnistes.
     
    Nous n’entendons pas en rester là –expect us. Le vent ayant été semé, c’est là tempête que nous allons récolter –avec les outils les plus ingénieux de la technique moderne, technologies à mettre au service de l’émancipation.
     
    La mise entre parenthèse du (p) ne préfigure que d’autres mises entre parenthèses, autrement plus définitives –comme celle de l’art bourgeoisou de la pseudo-démocratie parlementant entre toutes les forces en lutte, mettant tout en œuvre pour accomplir le rien.
     
    La métacry(p)tique, parmi d’autres tactiques, constitue un instrument de lutte appropriée aux conditions modernes de la communication aliénée. Dans la mesure où il s’agit d’une critique comprise comme moment d’une praxis révolutionnaire, elle dépasse le stade d’impuissance défensive résignée du crypto-anarchisme. Innovation par rapport à la cryptologie classique, elle positionne le cryptage dans le fond plutôt que dans la forme, aujourd’hui totalement falsifiée.
     
    Conscients qu’une pareille forme de réveil des consciences ne peut s’épanouir sans, au minimum, l’assimilation de la culture bourgeoise historiquement close, nous savons que la métacry(p)tique s’inscrit dans un combat révolutionnaire incluant une large gamme de tactiques d’éducation populaire. Sur ce point, nous employons la tactique de l’hydre contre l’hydre lui-même, montrant le tronc quand celui-ci trompe par l’illusoire contradiction d’intérêts de ses têtes.
     
    Thèse n°9 :
     
    La théorie révolutionnaire est l'enseignement ludique des conditions de libération de la vie.
     
    Les esclavagistes du monde moderne nous traitent d’utopistes –ce qui est parfaitement inexact. Nous ne sommes pas en guerre contre l’essence humaine, mais contre les institutions qui l’aliène. Nous savons que les humains ne sont pas « ce qu’on veut en faire » (Napoléon).
     
    L’incapacité intrinsèque du romantisme à dépasser à la fois la révolte et la mélancolie devant l’existant se renouvelant ne fait que souligner l’urgence d’une guérilla acharnée pour l’unification consciente de l’art et de la vie. Cette lutte dépasse complètement le simple terrorisme poétique appliquée aux idées, comme elle dépasse les autres séparations dualistes.
     
    Comprenant que l’existant ne s’euthanasiera pas de lui-même, nous ne laisserons plus jamais la domination capitaliste se maintenir dans le compromis keynésiano-fordiste, reloaded pour une nouvelle phase hybride de malheur historique. Cela suppose une rupture indispensable avec le "socialisme" réformiste/étatique dans son ensemble. Détruire le pouvoir consiste à penser et agir pour réduire sans cesse l’écart entre un monde que nous n’avons pas voulu et le monde que nous voulons avoir. Améliorer le fonctionnement de la Matrice nous est indifférent, nous venons faire sauter le Verrou dans l’Imagination.
     
    Thèse n°10 :
     
    Nous voyons l’individu comme une flèche en mouvement, quelque part entre la bête et les astres. Ayant observés les abysses où il peut descendre, et les cimes qu’il peut gravir, nous réfutons « qu’il soit naturellement méchant », ses crimes découlant principalement d’une mauvaise organisation sociale qui, tuant sa liberté et donc son bonheur, maximise inutilement les souffrances qu’il cause en réaction à des expériences déshumanisantes, par ressentiment contre sa vitalité mutilée.
     
    Ce parti pris est notre manière de prendre parti Sic itur ad astra.
     
    Thèse n°11 :
     
    Face à ces enjeux, tu es avec nous, sans nous ou contre nous. Ceux qui ignorent les problèmes présents et futurs sont condamnés à en payer le prix –sous la forme d’un chômage structurel de masse et d’une déshumanisation intégrale, agrémentée d’une malbouffe outrepassant les limites du tolérable. En représailles, nous comptons passer outre cette sous-réalité de merde, son droit bourgeois et ses gardiens de l’ordre et du bien-être.
     
    Nous n’avons que le plus profond mépris pour les automates, les moutons cherchant des bergers, hommes providentiels low cost, présidents de la république. Ils attendent, dans leur servitude volontaire et consentie aux Tables des heures –minutes d’écrans, de transport parqué, weekend team building, boulot, métro, médocs, Binge drinking - puis ils clignent de l’œil, crevant la gueule ouverte dans la pseudo-extase d’une exploitation  "libre et non-faussée".
     
    Avec nous, nos camarades qu’on aide à sortir de la Caverne bétonnée se réunissent pour forger un rapport de force antihiérarchique dans de nouvelles perspectives révolutionnaires. Il s’agit de créer une conscience thanatique face au problème de l’Existant. La vérité est que Prométhée a festoyé du foie de l’aigle, et il s’en va joyeusement, incendiant Wall Street & Cie. On s’évade de la salle 101 pour aller respirer l’air vivifiant des champs de blé, au milieu des cendres de Cerclon, dans le petit matin suivant la fin du spectacle. On sourit une fois mis aux poubelles le vieux monde qui commercialisait jusqu’aux souvenirs et aux rêves. On fait l’amour sur les pavés, auprès du Louvre en flammes.
     
    Brûler les caméras, et pouvoir dire enfin : J’ai accompli mon devoir de chevalier, le dragon qui dévastait le pays est mort sous ma main.
     
    Thèse n°12 :
     
    La révolution à l'échelle mondiale constitue le minimum pour surmonter l’effondrement global de l’Existant –car l’Existant est quelque chose qui s’effondre et doit être surmonté.
     
    Nous allons construire un monde affranchi des exploiteurs, car de la création consciente d’une société où chacun recevra selon ses besoins et jouira selon ses facultés dépend tout ce qui importe à présent.
     
    Ce sera un monde sans pouvoir ni contrôle, sans limites ni frontières , un monde où la vie est ENFIN possible. Ce que nous en ferons ne dépendra que de nous.
     
    L’Humanité sera libre ou ne sera bientôt plus, qu’on se le tienne pour dit.


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    « La racine de toute doctrine erronée se trouve dans une erreur philosophique. [...] Le rôle des penseurs vrais, mais aussi une tâche de tout homme libre, est de comprendre les possibles conséquences de chaque principe ou idée, de chaque décision avant qu'elle se change en action, afin d'exclure aussi bien ses conséquences nuisibles que la possibilité de tromperie. » -Jacob Sher, Avertissement contre le socialisme, Introduction à « Tableaux de l'avenir social-démocrate » d'Eugen Richter, avril 1998.

    "La vraie volupté est remportée comme une victoire sur la tristesse [...] Il n’y a pas de grands voluptueux sans une certaine mélancolie, pas de mélancoliques qui ne soient des voluptueux trahis." -Albert Thibaudet, La vie de Maurice Barrès, in Trente ans de vie française, volume 2, Éditions de la Nouvelle Revue Française, 1919, 312 pages, p.40.


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