L'Hydre et l'Académie

    Paul Sérant, Les Dissidents de l'Action française + Le Romantisme fasciste

    Johnathan R. Razorback
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    Message par Johnathan R. Razorback le Dim 30 Déc - 18:11

    "Presque oublié aujourd'hui, Georges Valois fut l'un des écrivains politiques important du début du siècle. Ayant dû abandonner ses études à l'âge de 15, à cause de ses origines populaires, il avait été rapidement attiré par les milieux de gauche. Il commença par fréquenter différents groupes de tendance libertaire: L'Art social, de Charles-Louis Philippe, Les Temps nouveaux, de Jean Grave, L'Humanité nouvelle, de Charles Albert et Hamon. Parmi les collaborateurs de la revue qu'animait L'Humanité nouvelle figurait notamment Georges Sorel, qui devait exercer sur Valois une influence décisive." (p.35)

    "Influencé par Sorel, et aussi par la pensée de Proudhon et de Nietzsche, Georges Valois écrivit son premier livre: L'homme qui vient, philosophie de l'autorité. C'était l’œuvre d'un militant syndicaliste révolté par la corruption démocratique, aspirant à un régime fort. Ce régime, Georges Valois pensait que ce devait être la monarchie: il la concevait "comme un pouvoir réalisant ce que la démocratie n'avait pu faire contre la ploutocratie". Ayant présenté son manuscrit à Paul Bourget, celui-ci le communiqua à Charles Maurras. Telle fut l'origine des relations entre l'ancien socialiste libertaire et le directeur de L'Action française." (p.36)

    "Relatant après sa rupture avec Maurras son premier contact avec celui-ci, Valois écrivait: "C'est sur le problème économique et social que nous nous heurtâmes immédiatement. Dans la suite, Maurras s'abstint de renouveler cette dispute. Sa décision avait été prise ; il avait compris qu'il était préférable de m'associer à son œuvre et de m'utiliser en s'efforçant de m'empêcher de produire toute la partie de mon œuvre qu'il n'acceptait pas". On comprend sans peine que ce que Valois gardait d'esprit socialiste et révolutionnaire n'ait pas convenu à Maurras. Il ne faut pas oublier cependant qu'à cette époque Maurras s'exprimait en termes fort sévères contre le capitalisme, auquel il opposait l'esprit corporatif de l'Ancien Régime. Tout en défendant les principes d'ordre et d'autorité, il n'hésitait pas à défendre les syndicats contre le faux ordre et l'autorité abusive des dirigeants républicains. C'est ainsi qu'il fut le seul grand journaliste de droite à flétrir la sanglante répression organisée par Clemenceau, président du Conseil, contre les grévistes de Draveil, dans les derniers jours de juillet 1908:
    "Cuirassiers, dragons et gendarmes", écrivait Maurras dans
    L'Action française [1er et 4 août 1908], se sont battus comme nos braves troupes savent se battre. A quoi bon ? Pourquoi ? Et pour qui ?
    "Nous le savons. C'est pour le vieillard à peine moins sinistre que Thiers, à peine moins révolutionnaire, puisse venir crier à la tribune qu'il est l'ordre, qu'il est la propriété, qu'il est le salut. Nous ne dirons pas à ce vieillard sanglant qu'il se trompe. Nous lui dirons qu'il ment. Car il a voulu ce carnage. Cette tuerie n'est pas le résultat de la méprise ou de l'erreur. On ne peut l'imputer à une faute de calcul. Il l'a visée... Ce fidèle ministre d'Édouard VII ne mérite pas d'être flétri en langue française. L'épithète qui lui revient, je la lui dirai en anglais, où elle prendra quelque force: Bloody !"
    Les jours suivants, Maurras écrivait encore:
    "La journée de Draveil a été ce qu'on a voulu qu'elle fût. M. Clemenceau n'a pratiqué ni le système du laisser-faire ni le système des justes mesures préventives, parce que dans les deux cas, surtout dans le second, il y avait d'énormes chances d'éviter cette effusion de sang qu'il lui fallait pour motiver les arrestations de vendredi et pour aboutir à l'occupation administrative et à la pénétration officielle de la Confédération générale du travail."
    Il est normal que le Maurras de cette époque ait pu attirer Georges Valois.
    " (p.36-37)

    "Il attira aussi, pendant quelque temps, Georges Sorel lui-même: "Je ne pense pas, écrivait ce dernier à Pierre Lasserre en juin 1909, que personne (sauf probablement Jaurès) confonde l'ardente jeunesse qui s'enrôle dans l'Action française avec les débiles abonnés du Gaulois." (p.38)

    "En 1922, l'idée de rallier les élites du monde du travail à la solution monarchiste plus semblait donc assez vaine. [...]
    Son idée principale était de lancer à travers toute la France une "convocation des états généraux", créant ainsi la représentation réelle avec des forces nationales, par opposition à la représentation artificielle du parlementarisme. Maurras pouvait difficilement être contre un principe aussi conforme à sa doctrine, et notamment à sa fameuse distinction entre le pays réel et le pays légal. Il donna donc son accord pour ce projet. Celui-ci n'eut qu'un commencement de réalisation, l'assassinat par une militante anarchiste du meilleur ami de Valois à l'Action française, Marius Plateau, ayant interrompu le travail en cours. Les autres dirigeants de l'Action française étaient plus ou moins hostiles au projet de Valois, auquel ils préféraient la préparation de leur participation aux élections de 1924. Mais, à ces élections, les candidats de l'Action française furent largement battus.
    C'est alors que Georges Valois songea à mener son combat en marge de l'Action française, sans rompre cependant avec celle-ci. Il prépara notamment "une action en direction des communistes, pour extraire des milieux communistes des éléments qui n'étaient attachés à Moscou que par déception de n'avoir pas trouvé jusque-là un mouvement satisfaisant pour les intérêts ouvriers". Naturellement, l'action comportait une large participation ouvrière à tout le mouvement, par incorporation de militants ouvriers au premier rang du mouvement.
    Pour appuyer cette action, Valois décidait de créer un hebdomadaire,
    Le Nouveau Siècle.
    Dans le premier numéro du journal, paru le 25 février 1925, on peut lire une déclaration que vingt-huit personnalités -parmi lesques Jacques Arthuys, Serge André, René Benjamin, André Rousseaux, Henri Ghéon, Georges Suarez, Jérôme et Jean Tharaud, Henri Massis- ont signée aux côtés de Valois. Le Nouveau siècle, y lit-on notamment, est fondé pour "exprimer l'esprit, les sentiments, la volonté" du siècle nouveau né le 2 août 1914. Il luttera pour les conditions de la victoire, que l'on a volée aux combattants: "Un chef national, la fraternité française, une nation organisée dans ses familles, ses métiers et ses provinces, la foi religieuse maîtresse d'elle-même et de ses œuvres ; la justice de tous et au-dessus de tous".
    "Nous travaillerons, disent encore les signataires, à former ou à reformer les légions de la victoire, légions de combattants, de chefs de famille, de producteurs, de citoyens". On peut penser qu'il s'agit de faire la liaison entre différents mouvements nationaux tels que l'Action française, les Jeunesses patriotes et quelques autres. Mais le 11 novembre de cette même année 1925, Georges Valois annonce la fondation d'un nouveau mouvement, le Faisceau qui sera divisé en quatre sections: Faisceau des combattants, Faisceau des producteurs, Faisceau civique et Faisceau des jeunes.
    " (p.46-47)

    "Valois fut bientôt désagréablement surpris de voir que Maurras cherchait à faire subventionner L'Action française par le principal commanditaire de son propre hebdomadaire, qu'il avait lui-même encouragé à aider L'Action française à un moment donné.
    D'autres difficultés surgirent. Maurras reprocha à Valois l'orientation qu'il donnait à sa maison d'édition. Mais Valois eut surtout le sentiment que les campagnes de son hebdomadaire "concernant les finances, la monnaie et la bourgeoisie" déplaisaient souverainement, sinon à l'Action française elle-même, du moins à certaines personnalités politiques ou financières avec lesquelles
    l'Action française ne voulait pas se mettre en mauvais termes. Un incident vint transformer ces difficultés en pure et simple rupture. Tout en animant son hebdomadaire, Valois continuait à donner des articles à L'Action française. Maurras lui écrivit à propos de l'un d'eux, regrettant de ne pas avoir pu supprimer cet article faute de temps, et se livrant à une vive critique de fond:
    "Il suffit de répondre "non" à telle ou telle de vos questions pour laisser en l'air toute votre thèse. Il n'est pas vrai que "la" bourgeoisie soit l'auteur responsable du parlementarisme. Le régime est au contraire né au confluent de l'aristocratie et d'une faible fraction de la bourgeoisie. [...] Les éléments protestants, juifs, maçons, métèques y ont joué un très grand rôle. L'immense, la déjà immense bourgeoisie française n'y était pour rien. Pour rien.
    "Maigre rectification historique ? Je veux bien. Mais voici la politique, et cela est grave. Depuis vingt-six ans, nous nous échinons à circonscrire et à limiter l'ennemi ; à dire: non, la révolution, non le parlementarisme, non, la république, ne sont pas nés de l'effort essentiel et central du peuple français, ni de la plus grande partie de ce peuple, de sa bourgeoisie. Malgré tous mes avis, toutes mes observations et mes adjurations, vous vous obstinez au contraire, à la manœuvre inverse, qui est d'élargir, d'étendre, d'épanouir, de multiplier l'ennemi ; c'est, maintenant, le bourgeois, c'est-à-dire les neuf dixièmes de la France. Eh bien, non et non, vous vous trompez, non seulement sur la théorie, mais sur la méthode et la pratique. Vous obtenez des résultats ? Je le veux bien. On dirait en Provence que vous aurez une sardine en échange d'un thon. Je manquerais à tous mes devoirs si je ne vous le disais pas en toute clarté. Personne ne m'a parlé, je n'ai vu personne depuis que j'ai lu cet article et ai dû le laisser passer, et si je voyais quelqu'un, je le défendrais en l'expliquant, comme il m'est arrivé si souvent ! Mais, en conscience, j'ai le devoir de vous dire que vous vous trompez et que cette politique détaille.
    Je ne puis l'admettre à l'Af."
    Pour Georges Valois, l'explication de l'attitude de Maurras était claire: "Maurras et ses commanditaires avaient toléré ma politique ouvrière, tant qu'ils avaient pu la mener sur le plan de la littérature, mais du jour où je déclarais que nous passions à l'action pratique, on voulait m'arrêter net".
    Entre les deux hommes, une explication décisive eut lieu. Maurras reprocha notamment à Valois de détourner de l'argent de
    L'Action française vers son propre hebdomadaire. Valois contesta bien entendu cette affirmation, et démissionna de l'Action française et des organisations annexes de celle-ci auxquelles il appartenait.
    La rupture était-elle fatale ? Y avait-il réellement incompatibilité totale entre la pensée de Maurras et celle de Valois ? Il est intéressant d'examiner à ce propos les "bonnes feuilles" d'un livre de Valois, parues dans l'
    Almanach de l'Action française de 1925 -c'est-à-dire un peu plus d'un an avant sa rupture avec celle-ci-, livre intitulé: La Révolution nationale. (Notons en passant que c'est probablement à Valois que le gouvernement du Maréchal Pétain emprunta le slogan du nouveau régime de 1940).
    Valois affirme d'abord que l'Etat français a crée une situation révolutionnaire, parce qu'il s'est révélé "totalement incapable d'imaginer et d'appliquer les solutions à tous les problèmes nés de la guerre". Et selon Valois, cette révolution a commencé le 12 août 1914 avec ce que Maurras a appelé la monarchie de la guerre: c'est le moment où l'esprit héroïque s'est substitué à l'esprit mercantile et juridique. Mais après l'armistice, l'esprit bourgeois a repris le dessus, et cet esprit a perdu la victoire. Les patriotes le comprennent, ils se rendent compte qu'ils doivent détruire l'Etat libéral et ses institutions politiques, économiques sociales, et le remplacer par un Etat national.
    " (p.48-50)

    "L’œuvre de la révolution nationale ne se limitera pas à la restauration de l'Etat ; celle-ci étant accomplie, la France prendra l'initiative d'une politique européenne:
    "Alors, sous son inspiration [la France], les peuples formeront le faisceau romain, le faisceau de la chrétienté, qui refoulera la barbarie en Asie ; il y aura de nouveau une grande fraternité européenne, une grande paix romaine et franque, et l'Europe pourra entrer dans le grand siècle européen qu'ont annoncé les combattants, et dont les premières paroles ont été celles que Maurras a prononcées au début de ce siècle, lorsque par l'
    Enquête sur la monarchie, il rendit à l'esprit ses disciplines classiques"." (p.52)

    "A la fin de l'année 1925, le Faisceau bénéficiait de concours assez importants pour que Valois pût décider de transformer Le Nouveau Siècle hebdomadaire en quotidien.
    Mais, pour ses anciens compagnons de l'Action française, Georges Valois devenait ainsi un gêneur et même un traître, dont il fallait au plus vite ruiner l'influence. En décembre 1925, les camelots du roi réussirent à interrompre une réunion du Faisceau. Un peu plus tard, les militants de Valois se vengèrent en organisant une "expédition" dans les locaux de
    L'Action française. Le quotidien de Maurras déclencha une très violente campagne contre Valois, qu'il accusait d'être en rapport avec la police, d'avoir volé les listes d'adresses de l'Action française au profit de son mouvement, d'avoir indûment conservé la Nouvelle Librairie nationale, d'émarger aux fonds secrets, et enfin d'être à la solde d'un gouvernement étranger, le gouvernement italien.
    Après une année de polémiques, Valois intenta un procès à l'Action française. Ce fut l'un des plus importants procès  de presse de cette époque
    ."
    (p.53-54)

    "En 1927, le Faisceau déclinait rapidement ; Le Nouveau Siècle quotidien redevenait hebdomadaire et disparut l'année suivante. Cet échec avait plusieurs causes. La violente campagne de l'Action française contre Valois impressionnait vivement les sympathisants de celle-ci et l'ensemble des "nationaux". Le style paramilitaire, l'uniforme que Valois imposait à ses militants paraissaient ridicules à beaucoup de gens. D'autre part, l'opinion publique se méfiait d'un mouvement s'inspirant trop directement d'un régime politique étranger. Les bailleurs de fonds du mouvement et du journal s'en rendirent compte, et coupèrent les vivres à Valois. Celui-ci fut bientôt mis en accusation par certaines personnalités du mouvement: né d'une dissidence, le Faisceau eut lui-même ses dissidents, entraînés par l'un des fondateurs du mouvement, Philippe Lamour. Valois restait avec quelques milliers de partisans ; ceux-ci se séparèrent finalement de lui, pour former un Parti fasciste révolutionnaire, dont l'existence ne fut pas moins éphémère que celle du Faisceau.
    Valois s'était efforcé de rompre avec les schémas idéologiques de l'Action française, aussitôt après l'avoir quittée. Férocement antisémite au début de son action, il estimait en 1926 que la rénovation économique et sociale qu'il appelait de ses vœux ne pouvait aboutir sans la participation des Juifs.
    " (p.57)

    "D'autant plus qu'à cette ouverture envers Israël, Valois ajoutait quelques mois plus tard un renoncement à l'idéal monarchique au profit de la République:
    "Nous avons tous au Faisceau le grand sentiment de 1789, la grande idée de la Révolution française et que résume le mot de la carrière ouverte aux talents. C'est-à-dire aux possibilités d'accession de tous aux charges publiques. Nous sommes ennemis de tout pouvoir qui fermerait ses propres avenues à certaines catégories de citoyens Là-dessus nous avons tous la fibre républicaine" [
    Le Nouveau Siècle, 21 juin 1926]."

    "En mars 1928, à l'heure où Le Nouveau Siècle disparaît, Valois publie un Manifeste pour la République syndicale. [...] En quoi il ne fait que revenir aux aspirations de sa jeunesse, d'avant la rencontre de Maurras.
    La publication du
    Manifeste est rapidement suivie de la fondation par Valois et son fidèle ami Jacques Arthuys du Parti républicain syndicaliste. Parmi les personnalités qui donnèrent leur adhésion à cette nouvelle formation figure notamment René Capitant, futur ministre du général de Gaulle. Mais, de l'aveu même de Valois, ce parti ne sera en fait qu'un groupes d'études, sans influence comparable à celle du Faisceau.
    Dès lors, Valois s'exprimera surtout à travers plusieurs revues, tout en continuant à publier des essais sur la conjoncture politique de son temps. Les revues qu'il suscitera s'appelleront
    Les Cahiers bleus, puis Les Chantiers coopératifs, et enfin Le Nouvel Age. Parmi leurs collaborateurs, on doit citer notamment Pietro Nenni, le grand leader socialiste italien, Pierre Mendès France, Bertrand de Jouvenel et Jean Luchaire: quatre noms qui suffisent à situer l'importance de l'action intellectuelle de Georges Valois dans les années de l'entre-deux-guerres." (p.59)

    "Vers 1935, Valois tente de se faire réintégrer dans les formations de gauche. Il n'y parvient pas. [...] C'est en vain qu'il écrit à Marceau Pivert pour solliciter son admission au parti socialiste: d'abord acceptée, sa demande sera finalement rejetée par les hautes instances de ce parti. [...]
    Sa pensée devient parfois contradictoire: ancien apologiste des vertus viriles suscitées par la guerre, il se proclame soudain pacifiste devant l'absurdité d'un éventuel conflit mondial, tout en reprochant à Léon Blum de ne pas soutenir militairement l'Espagne républicaine...
    " (p.60)

    "Louis Dimier fut l'une des personnalités intellectuelles qui adhérèrent à l'Action française dès sa fondation. [...] professeur dans l'enseignement libre, et catholique convaincu." (p.65)

    "Au lendemain de la guerre de 14-18, pendant laquelle L'Action française, organe de l'antigermanisme et de l'union sacrée, avait considérablement étendu son influence dans le pays." (p.73)

    "La guerre devait ajourner davantage encore la possibilité de ce "coup de force" que Maurras maintenait en théorie. Dès 1914, l'Action française soutint sans réserve ceux des gouvernants qui lui semblaient les plus résolus à la défense nationale. C'est alors que Maurras déclara:
    "On ne fait pas de révolution devant l'ennemi."
    Et pourquoi ? demandait Louis Dimier.
    " (p.76-77)

    "Ainsi l'Action française, après avoir proclamé sa volonté de mettre fin au régime républicain "par tous les moyens", y compris la pure et simple subversion, prenait-elle de plus en plus l'allure d'un parti conservateur. La décision prise par le mouvement en 1919 de présenter des candidats aux élections accentuait encore un peu plus ce caractère. Elle étendait sans doute son influence, mais c'était au détriment de l'intégrité de sa doctrine." (p.77-78)

    "Louis Dimier accepta de figurer parmi ses candidats. [...] Mais il se rendit compte que le mouvement avait plus de perdre qu'à gagner dans cette entreprise. [...]
    Maurras, pourtant, n'envisageait pas cette participation de l'Action française aux élections comme une occasion parmi d'autres de rappeler les principes essentiels du mouvement. "Nous voulons passer, nous menons l'affaire pour aboutir", déclara-t-il à Louis Dimier. [...]
    Le résultat fut un échec impressionnant, qui donna à Louis Dimier l'envie de se séparer de l'Action française (seul Léon Daudet fut élu)
    ." (p.78-79)
    -Paul Sérant, Les Dissidents de l'Action française, Paris, Éditions Pierre Guillaume de Roux, 2016 (1978 pour la première édition), 417 pages.



    Dernière édition par Johnathan R. Razorback le Lun 28 Jan - 13:36, édité 3 fois


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    « La racine de toute doctrine erronée se trouve dans une erreur philosophique. [...] Le rôle des penseurs vrais, mais aussi une tâche de tout homme libre, est de comprendre les possibles conséquences de chaque principe ou idée, de chaque décision avant qu'elle se change en action, afin d'exclure aussi bien ses conséquences nuisibles que la possibilité de tromperie. » -Jacob Sher, Avertissement contre le socialisme, Introduction à « Tableaux de l'avenir social-démocrate » d'Eugen Richter, avril 1998.

    "La vraie volupté est remportée comme une victoire sur la tristesse [...] Il n’y a pas de grands voluptueux sans une certaine mélancolie, pas de mélancoliques qui ne soient des voluptueux trahis." -Albert Thibaudet, La vie de Maurice Barrès, in Trente ans de vie française, volume 2, Éditions de la Nouvelle Revue Française, 1919, 312 pages, p.40.

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    Message par Johnathan R. Razorback le Lun 31 Déc - 23:46

    « Ce livre n’est pas une étude sur le fascisme en général, ni une étude sur les mouvements politiques français qui s’inspirèrent de Mussolini ou de Hitler. C’est une étude sur la pensée politique de six écrivains français, très différents par leurs personnalités comme par leurs œuvres, mais qui, dès avant la guerre, se rejoignirent par leurs réactions devant les événements français et internationaux : Alphonse de Châteaubriand, Abel Bonnard, Louis-Ferdinand Céline, Pierre Drieu la Rochelle, Robert Brasillach et Lucien Rebatet.
    Drieu la Rochelle, Brasillach et Rebatet se déclarèrent fascistes. Alphonse de Châteaubriand se déclara national-socialiste. Ni Abel Bonnard, ni Céline ne revendiquèrent l’une ou l’autre de ces doctrines. Mais la sympathie d’Abel Bonnard pour le Parti populaire français de Jacques Doriot le situait, dès 1937, dans le courant « pré-fasciste » français. De même, la révolte de l’individualiste absolu qu’est Louis-Ferdinand Céline contre la démocratie libérale et contre le communisme, et sa volonté d’entente franco-allemande devaient le rapprocher, lui aussi, du même courant. On pourra d’ailleurs constater en lisant cette étude qu’en dépit de divergences évidentes, ces six écrivains ont eu les mêmes réactions devant quelques grands problèmes de leur temps. Précisons toutefois que la partie la plus importante de leur œuvre, c’est-à-dire leurs ouvrages proprement littéraires, n’est pas examinée ici. Je n’ai retenu que leurs livres et leurs articles traitant de politique (et de métaphysique), pour en dégager l’essentiel.
    On s’interrogera sans doute sur le titre de cette étude. On fera remarquer que l’attrait de ces écrivains pour le fascisme ne s’explique pas seulement par le romantisme, mais aussi bien par une volonté de réalisme politique. On verra pourtant qu’ils se caractérisent, dans des registres divers, par le lyrisme, et que leur attitude politique se confond en grande partie avec la recherche d’un nouveau style de vie collective, d’une poétisation de l’ordre politique et social. On pouvait être romantique et antifasciste (les exemples n’ont pas manqué) ; mais il était difficile d’être « fasciste » sans être romantique en quelque manière. Le caractère romantique du fascisme a d’ailleurs été souligné aussi bien par certains de ses partisans que par ses adversaires : c’est Drieu qui, en 1944, définira le fascisme comme « le camouflage merveilleusement efficace d’une grande poussée sociale de la petite bourgeoisie (furieusement romantique, comme tout ce qui est sorti et sort encore de la petite bourgeoisie, tant qu’elle n’est pas morte) ».
    On se demandera peut-être pourquoi certains autres écrivains ne sont pas étudiés dans ce livre. Dissipons d’abord une confusion créée par certaines propagandes du lendemain de la guerre. La majorité des écrivains qui prirent parti en faveur de la Révolution nationale de 1940, qu’ils fussent « attentistes » ou « collaborationnistes », germanophobes ou germanophiles, n’étaient pas fascistes. Les « attentistes » Maurras, Béraud, Benjamin, s’ils admiraient Mussolini et Franco, ne souhaitaient pas pour la France un régime semblable aux leurs. Les « collaborationnistes » Georges Suarez, Paul Chack, Abel Hermant, s’étaient prononcés pour une entente franco-allemande sans invoquer le fascisme ou le national-socialisme. A plus forte raison, le cas de nombreux écrivains auxquels on reprochait après la guerre d’avoir collaboré à la presse parisienne de l’Occupation, ou d’avoir fréquenté des personnalités allemandes, n’avait pas à être examiné ici. D’autre part, je n’ai pas abordé le cas des journalistes fascistes (les camarades de Brasillach et Rebatet à
    Je suis partout, Jean-Hérold Paquis, etc.) et me suis limité à ceux qui, tout en ayant une activité journalistique plus ou moins importante, furent avant tous des écrivains. » (p.35-36)

    "Si les "fascistes" veulent rénover leur pays, c'est d'abord parce qu'ils ont la nostalgie de ce qu'il a pu être jadis. En étudiant l'ancienne France, ils y découvrent les vertus qui manquent à la France de leur temps." (p.39)

    "Drieu la Rochelle fut également hanté par l'abîme qui sépare la France d'hier de la France contemporaine. Contrairement à Châteaubriand et à Bonnard, il ne refusait pas en bloc la Révolution française. "On nous a répété inlassablement, ce qui m'a beaucoup frappé, que toute la faute était à 1789. Ce 1789, étrange manifestement du diable dans l'histoire, faisait dans la mythologie des "réactionnaires" exactement et stupidement équilibre à un autre 1789, soudaine irruption du Bon Dieu dans le naïf univers des "républicains" athées" [Drieu la Rochelle, "Le sens des contraires, Idées, mars 1942]. Pour Drieu, les combattants de Jemmapes et d'Austerlitz sont dignes des Français des siècles précédents, et il salue dans les Jacobins les précurseurs des régimes totalitaires modernes. Mais il n'en est pas moins sensible à la décadence française. Il va jusqu'à se demander si "quelque chose d'irremplaçable" n'est pas perdu avec le sourire de Reims, si Racine peut nous faire oublier la Chanson de Roland, la légende de Perceval et François Villon. [...] Il préfère le Moyen Age à la Renaissance, ou plutôt, ce qu'il aime dans la Renaissance, "c'est encore le Moyen Age, ce qui lui reste du Moyen Age". Mais surtout, Drieu garde la nostalgie de cette France qui fut virile et joyeuse, qui fut, en fait, tout le contraire du "pays de la mesure" qu'on s'est plu à honorer en elle. Il remarque que la France a plus fourni aux Croisades que toutes les autres nations d'Europe ; que la France a été disponible pour les plus audacieuses aventures historiques, tels le calvinisme et le jacobinisme. Il exalte la démesure française pour l'opposer au mot mesure, dans le sens étriqué qu'on lui a donné en France dans ces dernières années, sous l'influence d'un rationalisme petit-bourgeois. "Si dans la mesure qu'on voit prônée dans les fables de La Fontaine et dans certaines tirades de Molière, c'est toute la France, ajoute-t-il, alors j'en appelle à la démesure qui est non seulement dans la Chanson de Roland et dans la cathédrale de Beauvais, mais aussi dans Corneille, dans Racine, dans Pascal, dans Bossuet -et dans tout le XIXe siècle, non pas tant dans sa première partie romantique et empathique, mais dans sa seconde partie plus aiguë et plus profonde" [Drieu la Rochelle, "La France, pays de la démesure", Nouveau journal, Bruxelles, 25 février 1941].
    Si la France contemporaine est décadente, c'est avant tout parce que les Français n'ont pas su, comme les autres nations d'Europe, accomplir cette révolution des mœurs qui est la redécouverte du corps, la redécouverte des sources profondes de la vie. Les Français qui, dans cette première moitié du XXe siècle, se disent de gauche, se prennent pour des révolutionnaires, ne sont, en réalité, que "des conservateurs petits-bourgeois qui vivent sur l'héritage anachronique du XIXe siècle". Ces instituteurs, ces professeurs, ces intellectuels qui composent "le vieux monde gaga des intellectuels de gauche", ce sont des gens attachés "à une conception intellectualiste et rationaliste de la vie qui est tout à fait périmée". Ces rationalistes ont oublié "que la première règle de la raison, c'est de faire la part large aux forces spontanées de la vie, de la santé, du sang". Ces adversaires du spiritualisme "vivent physiquement comme les moines qu'ils ont tant honnis" ; ils ne veulent considérer que le problème économique de la répartition des biens, ils ne tiennent pas compte de la vie physique, ils ignorent ce besoin de santé, d'épanouissement corporel qui est le besoin capital de l'homme contemporain. "On n'a qu'à les regarder pour s'en rendre compte. Assistez à un congrès socialiste et voyez toutes ces barbes, tous ces ventres, cette tabagie, cette attente anxieuse de l'heure de l'apéro".
    Drieu admet que les communistes sont, à cet égard, supérieurs aux autres partis de gauche. Il leur reproche pourtant de trahir la cause de l'homme européen, qui a besoin de la ville et de la machine, en lui proposant l'exemple de l'homme russe, "en retard d'un siècle, qui en est encore à construire ses machines et à mettre au premier rang le problème de la production" [Drieu la Rochelle, "Le P.P.F., parti du corps vivant",
    L'Émancipation nationale, 20 août 1937].
    Et il dit son horreur de ces rationalistes qui, depuis cinquante ans, enseignent aux Français un idéal de
    petite vie, l'idéal des économies mesquines, de l'absence d'enfants, du chien, de l'apéro, du cinéma et de la pêche à la ligne: "Et la France vieillira avec vous, s'écrie-t-il, la France, réduite à votre petite vie, mourra avec votre petite vie".
    Drieu fait des vœux pour que vienne le temps où la France entrera dans sa maison neuve. Ce sera, dit-il, le temps où les Parisiens auront honte de leurs appartements étroits et iront demander pardon à la terre de l'avoir oubliée. Ce sera aussi le temps où "les Français enfonceront les pieds dans leur province avec satisfaction, sachant que Paris ne peut vivre que par la grâce des quarante provinces... Quand les Français retrouveront les lois si simples de la vie... le rythme de leurs ancêtres, le rythme de la vie large ; quand ils auront honte de ne pas avoir construit quelque chose d'aussi beau que les cathédrales ou les palais du XVIIIe siècle... alors il fera bon vivre en France" [Drieu la Rochelle, "Quand la France...",
    L'Émancipation nationale, 15 avril 1938].
    Il est affligé par la laideur des Français. [...]
    L'érotisme vulgaire des Français ne l'exaspère pas moins. La vie sexuelle n'a de sens que si elle s'inscrit dans une vie physique totale. "Je fais l'amour, donc je suis un homme. Non !" s'écrit Drieu. Bonnard voit, lui aussi, dans l'érotisme un phénomène de décadence [...]
    Autre symptôme de décadence: la presse, telle qu'elle est devenue, ces journaux du soir qui "rivalisent dans la retape du vice à huit sous". A la même époque, Brasillach -qui avait écrit son premier feuilleton littéraire sur un roman de Drieu:
    Blêche- s'indigne contre cette presse pourrie qui prétend imposer son style au peuple français, et Paris-Soir lui inspire la même horreur qu'à Drieu." (p.46-49)

    p.53-57

    "La condamnation portée par les dirigeants de l'Action française contre les "cagoulards" qui tentèrent, en 1937, de renverser par la force le régime républicain, lui parut particulièrement symptomatique de cette incapacité dans l'action. "Le lâche empressement de la droite, des maurrassiens tout les premiers, à renier et accabler les cagoulards lorsqu'ils furent découverts, en apprenait davantage que cinquante années d'études politiques sur les espoirs de réaction qui subsistaient pour notre pays". [Rebatet, Les Décombres].

    "Certes, Rebatet garde tous les réflexes de la droite la plus extrême: il veut l'abolition des derniers vestiges de la démocratie, une solution rigoureuse à la question juive, la promotion des "communautés naturelles", la création d'un parti unique rassemblant l'élite de la nation. Mais ce totalitarisme répugne à l'ancienne droite, ou l'épouvante. Les hommes de droite veulent sans doute un "Etat fort", mais ils le conçoivent sous la forme d'une restauration monarchique, ou simplement par la création d'un pouvoir exécutif plus stable. Ici apparaît le point de rupture entre les voeux de l'ensemble de la droite et les exigences du polémiste fasciste. [...]
    Rebatet veut en finir avec les ennemis de la nation, mais aussi avec les "antifascistes" de tout poil: Juif, prêtres, généraux, "comitards", affairistes, bourgeois. Il veut la suppression des "vieilles institutions" -l'Académie, Polytechnique, le Conseil d'Etat- aussi bien que du Parlement. C'est qu'en portant les idées réactionnaires à leur extrémité, il est devenu révolutionnaire. Non pas certes au sens où la gauche l'entend. La révolution qu'il réclame devra s'accomplir contre la gauche. Mais aussi contre la droite. Les anciens partis doivent être écrasés -ceux de droite comme ceux de gauche. Il faut en finir avec les syndicats -mais aussi avec les trusts. Il faut abattre les Juifs -mais aussi l'Église. Il ne faut plus de communistes, mais ni davantage de maurrassiens, de Croix-de-Feu et de "dévots tricolores". Il est bien difficile de situer la révolte des
    Décombres dans l'éventail ouvert de la droite à la gauche." (p.61)
    -Paul Sérant, Le Romantisme fasciste, Paris, Éditions Pierre Guillaume de Roux, 2017 (1959 pour la première édition), 355 pages.



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    « La racine de toute doctrine erronée se trouve dans une erreur philosophique. [...] Le rôle des penseurs vrais, mais aussi une tâche de tout homme libre, est de comprendre les possibles conséquences de chaque principe ou idée, de chaque décision avant qu'elle se change en action, afin d'exclure aussi bien ses conséquences nuisibles que la possibilité de tromperie. » -Jacob Sher, Avertissement contre le socialisme, Introduction à « Tableaux de l'avenir social-démocrate » d'Eugen Richter, avril 1998.

    "La vraie volupté est remportée comme une victoire sur la tristesse [...] Il n’y a pas de grands voluptueux sans une certaine mélancolie, pas de mélancoliques qui ne soient des voluptueux trahis." -Albert Thibaudet, La vie de Maurice Barrès, in Trente ans de vie française, volume 2, Éditions de la Nouvelle Revue Française, 1919, 312 pages, p.40.


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