L'Hydre et l'Académie

    Ulane Bonnel, La France, les États-Unis et la guerre de course (1797-1815)

    Johnathan R. Razorback
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    Message par Johnathan R. Razorback le Jeu 20 Déc - 12:39

    https://en.wikipedia.org/wiki/Ulane_Bonnel

    https://books.google.fr/books?id=0iqvf_O_-K4C&pg=PA21&lpg=PA21&dq=Georges+Six,+1946,+Les+g%C3%A9n%C3%A9raux+et+amiraux+de+la+R%C3%A9volution+et+de+l%E2%80%99Empire&source=bl&ots=UW3dcGo3Bv&sig=RNKSczW_KetTi6AFTpvfE55QE4s&hl=fr&sa=X&ved=2ahUKEwigj5DJta7fAhUJmRoKHRhJDPgQ6AEwD3oECAEQAQ#v=onepage&q=Georges%20Six%2C%201946%2C%20Les%20g%C3%A9n%C3%A9raux%20et%20amiraux%20de%20la%20R%C3%A9volution%20et%20de%20l%E2%80%99Empire&f=false


    "1797 - C'est une année chargée d'événements importants pour la France ; année où le Directoire exécutif voit ses armées victorieuses sur tous les fronts d'Europe. L'orgueilleuse Angleterre elle-même cherche un terrain d'entente et, en juillet, les entretiens de Lille commencent.
    Le 18 fructidor (an V, 4 septembre 1797), l'opposition royaliste est domptée une fois de plus. Par ailleurs, le Directoire cherche à favoriser l'économie française tant à l'intérieur par l'assainissement de la monnaie qu'à l'extérieur par le truchement des traités de paix imposés aux vaincus. Vers la fin de l'année (le 5 décembre 1797), son général le plus pretigieux, Bonaparte, rentre à Paris couronné des lauriers de la paix de Campo-Formio. En héros modeste, il se livrera sans bruit à une étude approfondie du dossier "France".
    1797 - C'est aussi l'année de la rupture avec les Etats-Unis, rupture dont les causes profondes tiennent au système de protection économique suivi par le Directoire, avec ses mesures vexatoires à l'égard des neutres
    ." (p.3)

    "Les origines du conflit qui va marquer les rapports entre la France du Directoire exécutif et les Etats-Unis se trouvent dans les traités du 6 février 1778, traités qui pourtant consacraient l'indépendance des Etats-Unis, chèrement acquise par l'aide déterminante de la France. Au moment de leur conclusion, les traités semblaient être une nouvelle preuve de la générosité de la France à l'égard du jeune Etat, son protégé. Dans la garantie mutuelle de leurs possessions, Français et Américains pensaient surtout à l'éventualité d'une attaque anglaise contre les Etats-Unis. C'étaient surtout la France qui garantissait le territoire américain, et si une protection américaine des possessions françaises dans le Nouveau Monde a bien été envisagée, elle apparaissait dans une perspective lointaine, incertaine. Il faut voir aussi dans les dispositions libérales à l'égard du commerce neutre une concession de la part de la France envers les intérêts américains. Ce peuple de commerçants et de navigateurs attachait en effet la plus grande importance à la liberté de la navigation neutre en temps de guerre. Les deux parties contractantes se reconnaissaient le droit de transporter toutes marchandises sauf celles reconnues comme contrebande et adoptaient une conception libérale de celle-ci, en exceptant expressément les fournitures navales. Elles déclaraient en outre "que les bâtiments libres assureront également la liberté des marchandises".
    Mais la France obtenait un avantage d'une importance capitale par ses "droits exclusifs" dans les ports des Etats-Unis. Ces droits, bien entendu, étaient réciproques, mais ils présentaient pour la France un intérêt plus grand que pour ce pays neuf, sans colonies, sans marine de guerre, fermement résolu à se tenir à l'écart des guerres étrangères. Les deux signataires s'engageaient à recevoir dans leurs ports, rades, baies et rivières les corsaires de l'autre avec leurs prises, et à en exclure ceux de l'ennemi. Les corsaires et leurs prises ne devaient faire l'objet d'aucune perception de droits, ni d'aucune procédure juridique, et ils devaient être libres de reprendre la mer à leur gré. Les bâtiments de l'Etat avaient libre accès aux ports de l'allié ; ceux de l'ennemi en étaient exclus (sauf en cas de détresse).
    L'importance des droits exclusifs de la France dans les ports américains ne saurait échapper à l'observateur le moins averti. La France retrouvait ainsi les abris sûrs pour ses opérations outre-Atlantique contre l'Angleterre, abris qu'elle avait perdus petit à petit avec ses propres colonies, du Canada à Saint Domingue. Ces abris étaient peut-être plus sûrs que s'ils avaient été français puisque l'ancienne colonie anglaise jalouse de son indépendance, serait susceptible de réagir promptement au moindre acte hostile de la part de la Grande-Bretagne. Aussi, cette dernière, alarmée par un nouveau danger en puissance, allait-elle s'employer à le neutraliser.

    Les Fédéralistes et la Révolution française.

    Dans son entreprise, l'Angleterre sera singulièrement aidée par le cours même de la Révolution française. Si, au début, l'opinion américaine s'enthousiasme pour la Révolution française, veut même y voir une émulation flatteuse de son propre exemple, elle est bientôt choquée par les excès de la Terreur. Les fédéralistes, au pouvoir en la personne de Washington, grands bourgeois, foncièrement anglophiles, saisissent ce prétexte pour poursuivre ouvertement une politique de rapprochement avec l'Angleterre et amoindrir, circonscrire autant que possible les concessions faites à la France dans les traités du 6 février 1778.

    Les "Jacobins" aux Etats-Unis.

    Le parti républicain américain reste pourtant fidèle à l'alliance française et aux grands principes démocratiques des deux révolutions. Thomas Jefferson est leur chef de file, et lui et ses amis républicains s'opposent si farouchement à la politique pro-anglaise des fédéralistes que ces derniers les qualifient de "Jacobins". Une lutte politique sans merci va opposer ces deux partis de 1797 à 1820, quand le peuple américain accomplira une volte-face sans précédent, tournant le dos à la mer -et au commerce maritime- pour se lancer passionnément dans la conquête des vastes territoires de l'Ouest, de la "Frontière"."

    Le "parti anglais" l'emporte dans l'administration américaine.

    La politique entreprenante de la Convention fait du Président Washington un ennemi déclaré de la France. Cet aristocrate (par ses goûts, sinon par sa naissance) est profondément choqué par les excès de la Révolution française et il a une sainte horreur du gouvernement par la masse. Aussi s'inquiète-t-il de ce que le gouvernement révolutionnaire pourrait exiger des Etats-Unis au nom des traités de 1778. Il accueille donc avec appréhension la nouvelle de la nomination d'un ministre français à Philadelphie.
    Le citoyen Edmond Genêt, nommé le 19 novembre 1792 par la Convention, débarque à Charleston, dans la Caroline du Sud, le 8 avril 1793. Sans avoir encore présenté ses lettres de créance au gouvernement américain, Genêt lance un appel aux citoyens américains pour un secours immédiat et efficace à la France, distribue des lettres de marque, enrôle des volontaires. C'est tout juste s'il ne lève pas des troupes sur le sol américain. Reçu avec empressement dans le Sud, Genêt se voit accueilli de plus en plus fraîchement à mesure qu'il approche de Philadelphie, alors capitale fédérale. Quand enfin il présente ses lettres de créance à Washington, le 16 mai, il se voit rappelé à l'ordre sans ménagements.
    Il reçoit aussi une mauvaise nouvelle qui compromet sérieusement le succès de sa mission: avant son arrivée dans la capitale, Washington avait convoqué d'urgence les membres du cabinet et obtenu leur approbation d'une proclamation de neutralité. Rendu publique le 22 avril 1793, cette déclaration viole manifestement les traités franco-américains. Genêt prodigue les protestations. Washington tient bon. Il a la presse et l'immense majorité de l'opinion publique derrière lui
    ." (p.33-36)

    "A la faveur des divers décrets et de la reprise de la guerre maritime entre la France et la Grande-Bretagne, les bâtiments américains pris en haute mer ou séquestrés dans les ports français sont presque toujours saisis et confisqués avec leur chargement, et ceci en général sans paiement de fret, sans dommages et intérêts. Timothy Pickering, secrétaire d'Etat américain sous la présidence du général George Washington, dans un rapport fait au Congrès le 27 février 1797, déclare que 103 bâtiments américains étaient sous séquestre à Bordeaux en 1793 et 1794 et dans un rapport adressé à James Monroe, ministre américain à Paris, son secrétaire, Fulwar Skipwith, n’hésite pas à affirmer qu'en octobre 1794 il y avait au moins 300 navires américains bloqués dans les ports de France.
    A la fin de l'année 1794, un événement grave vient menacer de nouveau la bonne entente entre les deux pays: la conclusion du traité de commerce du 19 novembre 1794 entre l'Angleterre et les Etats-Unis
    " (p.39)

    "Une fois les dispositions du traité connues à Paris, au début de 1795, toutes les craintes de trahison de la part des Etats-Unis apparaissent justifiées aux yeux du gouvernement français et Monroe lui-même a le sentiment d'avoir été trahi par son administration.
    Le traité est d'une incompatibilité totale avec le traité antérieur franco-américain et ne peut que traduire un renversement d'alliances de la part de l'Amérique. Notamment, le gouvernement des Etats-Unis s'engage à recevoir dans ses ports les bâtiments privés et nationaux de la Grande-Bretagne sur la base de la nation la plus favorisée, c'est-à-dire sur le même pied que la France. Les droits exclusifs de la France sont ainsi anéantis d'un seul trait de plume
    ." (p.40)

    "Les milieux maritimes, entièrement fédéralistes, tout puissants dans le gouvernement comme nous venons de le voir, sont encore orientés à peu près exclusivement vers l'Angleterre. Ils y trouvent les capitaux nécessaires à leurs opérations, y assurent leurs cargaisons, y entretiennent des agents. Souvent les maisons américaines ne sont que des succursales de maisons anglaises. Les deux économies, puisque la mère-patrie l'a voulu ainsi, sont complémentaires dans une large mesure. La plus grande partie du commerce extérieur américain se fait donc avec l'Angleterre.
    Le commerce avec la Franc métropolitaine est moins important mais tient une large place tout de même du fait des denrées coloniales. Les colonies françaises du Nouveau Monde, grandes consommatrices de fournitures américaines et productrices de denrées coloniales, sont, par contre, d'une importance capitale pour les commerçants américains. Pendant la période qui nous occupe le commerce maritime américain sert d'intermédiaires entre la France et ses colonies. Tant de privilèges, tant de richesses acquises rendent les négociants américains encore plus exigeants envers la France, et plus intéressés à la continuation des guerres et des troubles susceptibles d'éloigner la métropole de ses colonies
    ." (p.41-42)

    "[La] politique [de la Grande-Bretagne] n'a subi aucun changement fondamental depuis les Actes de Navigation du "Long Parlement" (1651) et de la Restauration (1660), dont le but était de créer de maintenant une primauté anglaise absolue dans le commerce maritime et de devenir par là la première puissance maritime de l'univers. Elle protège au même titre et le commerce et la navigation, en faisant des Iles Britanniques l'entrepôt du monde, avec développement consécutif des banques, ds maisons de change, des agences maritimes, des compagnies d'assurances et d'une foule d'intermédiaires, et en encourageant par tous les moyens possibles sa population maritime et ses chantiers navals. Le but idéal est donc que le commerce du monde se fasse par l'intermédiaire de la marine marchande anglaise, avec des navires construits et armés en Angleterre, les marchandises passant par elle pour payer des droits et être réexpédiées dans le monde entier.

    Dans une période où l'Angleterre lutte pour son existence, elle voit volontiers dans les pays neutres des ennemis en puissance, qui forment des obstacles à ses intérêts vitaux et qui, peut-être inconsciemment, servent la cause de la France.
    La position de la France est toute contraire. La Révolution ayant dispersé sa flotte, la France doit favoriser les neutres. Ne pouvant plus assurer seule son commerce colonial, elle se tourne vers les puissances neutres pour faire apporter en France les denrées exotiques (surtout celles des Antilles) auxquelles sa population, par goût et par habitude, tient beaucoup. C'est à cette politique que répond, par exemple, le bel en-tête du papier officiel du Consulat exaltant la liberté des mers.
    Nous avons déjà vu la position des deux antagonistes sur les points litigieux les plus importants dans le résumé que nous avons fait du traité de 1794: la définition de la contre-bande et la liberté du commerce neutre en temps de guerre (le pavillon couvre les marchandises). Les positions vont se durcir de part et d'autre ; l'Angleterre ne manquera pas une occasion d'écraser dans l'oeuf toute velléité de la part des neutres de faire respecter leurs intérêts, individuellement ou collectivement. La France, au contraire, les y encouragera
    ."(p.43-44)
    -Ulane Bonnel, La France, les États-Unis et la guerre de course (1797–1815), Paris, Nouvelles Éditions Latines, 1961, 495 pages.



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    « La racine de toute doctrine erronée se trouve dans une erreur philosophique. [...] Le rôle des penseurs vrais, mais aussi une tâche de tout homme libre, est de comprendre les possibles conséquences de chaque principe ou idée, de chaque décision avant qu'elle se change en action, afin d'exclure aussi bien ses conséquences nuisibles que la possibilité de tromperie. » -Jacob Sher, Avertissement contre le socialisme, Introduction à « Tableaux de l'avenir social-démocrate » d'Eugen Richter, avril 1998.

    "La vraie volupté est remportée comme une victoire sur la tristesse [...] Il n’y a pas de grands voluptueux sans une certaine mélancolie, pas de mélancoliques qui ne soient des voluptueux trahis." -Albert Thibaudet, La vie de Maurice Barrès, in Trente ans de vie française, volume 2, Éditions de la Nouvelle Revue Française, 1919, 312 pages, p.40.


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