L'Hydre et l'Académie

    Henri Guillemin, Regard sur Nietzsche + Nationalistes et nationaux (1870-1940)

    Johnathan R. Razorback
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    Message par Johnathan R. Razorback le Ven 16 Nov - 18:20

    "Dans le stock des inédits soudain relevés en 1934 au public français, ce rude avis: "La lutte contre les Juifs a toujours été une marque de natures basses, lâches, et mauvaises." (p.295)

    "Drieu n'est pas un imposteur quand, dans son N contre Marx, de juin 1933, il salue N, en conscience, comme un "précurseur du social-fascisme"." (p.298)
    -Henri Guillemin, Regards sur Nietzsche, Éditions du Seuil, 1991, 310 pages.



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    « La racine de toute doctrine erronée se trouve dans une erreur philosophique. [...] Le rôle des penseurs vrais, mais aussi une tâche de tout homme libre, est de comprendre les possibles conséquences de chaque principe ou idée, de chaque décision avant qu'elle se change en action, afin d'exclure aussi bien ses conséquences nuisibles que la possibilité de tromperie. » -Jacob Sher, Avertissement contre le socialisme, Introduction à « Tableaux de l'avenir social-démocrate » d'Eugen Richter, avril 1998.

    "La vraie volupté est remportée comme une victoire sur la tristesse [...] Il n’y a pas de grands voluptueux sans une certaine mélancolie, pas de mélancoliques qui ne soient des voluptueux trahis." -Albert Thibaudet, La vie de Maurice Barrès, in Trente ans de vie française, volume 2, Éditions de la Nouvelle Revue Française, 1919, 312 pages, p.40.

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    Message par Johnathan R. Razorback le Dim 13 Jan - 16:17

    "Lorsqu'en avril 1792, par exemple, les Girondins firent déclarer la guerre à l'Autriche, les raisons qu'ils avaient d'agir ainsi sont aujourd'hui sans ambiguïté. L'Assemblée constituante avait conjuré la banqueroute, à l'automne 1789, en confisquant les biens du clergé estimés à quelque trois milliards et demi ; à l'automne 1791, deux milliards, ou presque, d’assignats étaient déjà en circulation ; leur gage, constitué par ces "biens" devenus "nationaux, s'amenuisait ; commençait la dépréciation de ce papier-monnaie ; autrement dit la banqueroute de l'Etat redevenait menaçante et il fallait à tout prix se procurer de l'argent frais. Où en trouver ? Pas de problème. Les riches provinces autrichiennes, de l'autre côté de la frontière, au nord et à l'est, quelles belles proies ! Narbonne, le ministre de la Guerre, est explicite à souhait, le 14 décembre ; une nécessité pour nous, dit-il, la guerre à l'Autriche: "le sort des créanciers de l'Etat en dépend". Le prix du pain, d'autre part, n'a pas été étranger à la facilité avec laquelle les opérateurs bourgeois ont pu se servir, le 14 juillet 1789, contre leurs rivaux aristocrates, du bélier populaire. Après une baisse en 1790, le pain redevenait cher et l'agitation reprenait chez les exploités des campagnes et des manufactures ; ils parlaient dangereusement de "maximum", c'est-à-dire d'une fixation, par les autorités, du prix de vente que ne devrait pas dépasser la "miche" -le pain de quatre livres, nourriture de base des travailleurs. Les Girondins s'opposent absolument au "maximum". "Tout ce que peut et doit faire l'Etat en matière économique, professait Roland, c'est déclarer qu'il ne saurait, en aucun cas, intervenir". Liberté d'abord ; et nul n'ignore quelle passion pour la liberté animait les Girondins. La liberté économique -le "libéralisme"- était pour eux un dogme. Les marges bénéficiaires sont sacrées. En mars 1792, une émeute d'affamés éclate à Étampes ; le maire (un industriel, un tanneur) est tué. Il n'y a plus une minute à perdre pour cette diversion nationale dont la guerre fournit le bienfait. C'est ce qu'avait indiqué Brissot, dès le 29 décembre 1791, lorsqu'il s'était écrié, limpide: "La guerre est indispensable à nos finances et à la tranquillité intérieure". [...]
    La guerre de 1792, cette guerre d'agression, combattue en vain par Robespierre, fut donc, et ouvertement, décidée pour des motifs de politique intérieure.
    " (p.9-10)

    "Et la déclaration de guerre jetée par la France à la Prusse en juillet 1870 ? Elle n'existe plus, en juillet, l'inquiétude légitime qu'avait causée la menace d'une "Prusse du Sud", avec le projet bismarckien d'un Hohenzollern sur le trône d'Espagne ; Guillaume a retiré cette candidature provocante. Dans l'entourage de l'impératrice, cependant, l'effroi dynastique est grand. Si les résultats du plébiscite, en mai, ont été satisfaisants dans la France rural, en revanche, le régime s'est trouvé mis en minorité dans les plus grandes villes et notamment à Paris. Tragique symptôme. De Napoléon III, malade, la charge du pouvoir va bientôt passer au prince impérial, si jeune ; et sa mère est dans les transes. Une guerre -très certainement victorieuse, Leboeuf en répond-, un triomphe militaire arrangerait tout. Dans l'enthousiasme belliqueux, générateur d'unité nationale, et dans l'euphorie de la victoire, le régime retrouverait une rayonnante assise. D'où, pour l'aventure, l'aveuglement avec lequel le gouvernement d'Emile Ollivier se précipite dans le piège tendu par Bismarck qui, souhaitant d'en découdre au plutôt avec la France pour lui arracher l'Alsace et une partie de la Lorraine, sait habilement épargner à la Prusse la responsabilité de l'agression." (p.11)

    "A Sedan, la France a perdu une bataille ; cent mille hommes s'y sont engloutis. Mais ainsi que le soulignera Foch, quarante ans après, dans son cours professé à l'École de guerre, la question militaire n'était pas réglée pour autant ; les ressources de la France restaient immenses, en homme, en argent, en capacité aussi de construire ou d'acheter le matériel nécessaire. Mais la chute de l'empire changeait tout. Autant la classe dirigeante avait applaudi à une guerre menée sous la conduite de l'empereur et destinée à raffermir l'ordre établi, autant elle repoussait avec horreur et tremblement l'éventualité d'une victoire que remporterait ce gouvernement républicain une fois de plus reparu à Paris. Ceux, du reste, qui, le 4 septembre, se sont rués à l'Hôtel de Ville pour y constituer un gouvernement provisoire, ces représentants de la gauche nantie, Jules Favre, Jules Simon, Jules Ferry, Ernest Picard, n'éprouvent pas moins d'aversion pour une République où seraient en péril les structures économiques et sociales. Ils ont pu, par bonheur, interdire l'accès du pouvoir, à l'extrême-gauche socialisante et leur unique pensé est d'obtenir, le plus vite possible, des Allemands un armistice d'où sortira la capitulation. Ainsi tout rentrerait dans l'ordre et les vainqueurs procéderaient au désarmement de ces prolétaires que l'empire lui-même, épardu, avait, dans sa fièvre, autorisé -une folie !- à disposer de fusils. Récidive de 1848. Comme l'écrira si fortement Maurice Barrès en 1897, "la première condition de la paix sociale est que les pauvres aient le sentiment de leur impuissance". Comment l'auraient-ils, ce "sentiment" fondamental, s'ils tiennent dans leurs mains des fusils ? Leur enlever ces armes, c'est la grande urgence ; le seul moyen d'y parvenir, c'est la capitulation.
    Pour se faire admettre à la tête de l'Etat dans un Paris bien résolu à se défendre, les Jules ont baptisé leur équipe "Gouvernement de la Défense nationale", alors que leur vrai titre eût été Gouvernement de la Défense sociale ; mais voudraient-ils sincèrement se battre, résister, reprendre l'offensive qu'ils en seraient bien incapables, car les généraux, pour rien au monde, n'entendent mettre leur épée au service d'un régime exécrable. Les Trochu et les Ducrot, les Vinoy et les Blanchards, à Paris, à cet égard, sont dans les mêmes dispositions que les Bazaine, les Bourbaki et les Leboeuf qui commandent, à Metz, cette puissante armée de 170 000 hommes dont ils vont faire cadeau à l'ennemi. A cause de ces insupportables Parisiens férus de leur résistance, à cause aussi de Gambetta qui a pris au sérieux la défense nationale, et qui même, un moment, a beaucoup inquiété Bismarck (mais Thiers a su arranger cela), les généraux et le gouvernement de Paris devront attendre trois mois, trois terribles mois interminables, pour être en mesure, enfin, d'imiter Bazaine. Ils y parviendront néanmoins et Trochu s'enorgueillira de sa performance: dans une capitale insensée, dira-t-il, peuplée de frénétiques et des plus redoutables "ennemis de la société", le gouvernement, à force de souplesse et de ruses, est arrivée à ses fins sans se faire renverser ; il a atteint, lentement, mais il l'a atteint, le but que, dès sa formation, il s'était assigné: maintenir l'ordre en attendant que les Allemands puissent s'en charger eux-mêmes. Notre gouvernement, écrira Trochu avec fierté, "
    a sauvé la situation qui [le 4 septembre] était perdue": plus de police, une plèbe démuselée et en armes, et l'idée républicaine pour incendier les mauvais esprits. Ah oui, on peut le dire, le Gouvernement de la Défense nationale a fait des prodiges ; il a réalisé, la Providence aidant, un vrai miracle ; il a su "empêcher la démagogie [Trochu veut dire la gauche authentique] de prendre la défense de Paris et de produire [ainsi] dans la France entière un immense bouleversement social" qui eût été la fin de tout La Politique et le Siège de Paris, p.191]. L'Alsace et la Lorraine sont perdues ? Soit. Mais l'essentiel est sauvé. Les Jules ont "dompté" la révolution, ils ont "triomphé d'elle", ils ont "acquis par là des droits réels à la reconnaissance des honnêtes gens" [Colonel comte de Meffray, Les Fautes de la Défense de Paris, 1871, p.34]." (p.12-14)

    "Thiers tablait avec assurance sur cette consultation du peuple. Les bons candidats disposeraient, pour se faire élire, d'un argument-massue ; ils seraient les "candidats de la paix". Voyez-vous les paysans, à qui l'on répétait que les candidats de gauche, s'ils gagnaient la partie, amèneraient infailliblement chez eux les Prussiens -gare à vos vaches !-, les imaginez-vous optant pour la reprise d'une guerre où ils risquaient d'être, eux-mêmes ou leurs fils, mobilisés ? Et pour quelle cause ? Strasbourg, Metz, que restassent françaises ou non ces villes lointaines et dont l'existence même leur était inconnue, ils s'en moquaient bien, les "rustres" de Bretagne et d'Auvergne, du Languedoc ou du Dauphiné." (p.15)

    "Pour détourner les humbles de la question sociale, rien de tel que le drapeau. A titre de diversion, Ferry a utilisé d'abord le spectre des Jésuites ; un républicain pour de bon, le militant de l' "article 7", en juillet 1879, et des décrets de mars 1880 ; ses lois laïques, son "école sans Dieu", lui valent d'être appelé indifféremment "Néron", "Satan" ou l' "Antéchrist" par la Droite cléricale ; un beau brevet, je pense, de fidélité démocratique. Et maintenant il veut que les écoliers tiennent les yeux fixés sur "la ligne bleue des Vosges". A la niaise et trompeuse religion des curés, il entend substituer -ce sont ses termes mêmes- "la religion de la Patrie". En 1882, avec Paul Bert, autre ami de l'ordre, il crée les "bataillons scolaires" où les enfants, dès la communale, se prépareront au service armé. [...] On apprend, dans les classes, les Chants du soldat de Déroulède, et une image d'Épinal, à grand tirage, monte un instituteur cambré désignant du doigt à ses petits élèves le tableau noir où il a tracé, à la craie, en grosses lettres, ces mots exaltants: "Tu seras soldat". L'Histoire de France, cette nouvelle Histoire sainte, conçue, rédigée par Ernest Lavisse, et dans laquelle les écoliers, sur les pas de Michelet, iront d'émerveillement en émerveillements, avec la prise de la Bastille, la nuit du 4-Août, la Fédération, Danton, le triomphe de Valmy, et la République apportant aux peuples d'Europe la Liberté à la pointe de ses baïonnettes, l'Histoire de France de Lavisse s'achève sur une exhortation explicite: "La France a perdu sa renommée militaire pendant la guerre de 1870 [...] Pour reprendre à l'Allemagne ce qu'elle nous a pris, il faut que nous soyons de bons citoyens et de bons soldats. C'est pour que vous deveniez de bons soldats que vos maîtres vous apprennent l'histoire de France [...] C'est à vous, enfants élevés dans nos écoles, qu'il appartient de venger vos pères vaincus à Sedan et à Metz ; c'est votre devoir, le grand devoir de votre vie ; vous devez y penser toujours".
    Ainsi doit s'embraser dans les écoles de Jules Ferry la ferveur nationale. La revanche ! La revanche ! Que tous les écoliers brûlent de cette passion. Autant de gagné pour la paix sociale.
    " (p.27-28)

    "Jules Ferry est tout animé par une idée neuve. Comment n'y a-t-il pas songé plus tôt ? Il découvre, au pouvoir, les vertus multiples du colonialisme. Renan, son maître à penser, l'avait cependant averti, dès 1871, dans sa Réforme intellectuelle et morale, médication proposée à la France au lendemain de la Commune. Renan avait enseigné: "Un pays qui ne colonise pas est voué infailliblement au socialisme."." (p.29)

    "Chassé-croisé. Le chauvinisme change de camp. La Gauche l'abandonne et la Droite l'adopte. En juillet 1887, lorsque Boulanger, écarté du pouvoir, groupait ses partisans, entamant avec eux sa campagne de protestataire, Cassagnac, le vociférant ordinaire de l'extrême-droite, le pourfendeur patenté de "la gueuse", Cassagnac s'écriait encore: Boulanger ? Révocation ! A la retraite, et tout de suite ! La Ligue des Patriotes ? Dissolution immédiate ! [...] Le chemin, cependant, est en train de s'ouvrir au bout duquel nous verrons la même Droite acclamer, sous le nom à peine modifié de Ligue de la Patrie française cette même Ligue des Patriotes dont elle réclamait en 1887 l'interdiction." (p.36)

    "En invitant les catholiques à cesser leur opposition devenue déraisonnable et même pernicieuse, Léon XIII n'a pas d'autre but que de "consolider le gouvernement par l'appui des éléments conservateurs en face des partis subversifs qui menacent la société". Le fait est que les élections municipales qui viennent de se dérouler, en mai 1892 (la lettre à Mgr Fava, rappelons-le, est de juin) ont été alarmantes: les mairies de Marseille, de Roubaix, de Narbonne, de Toulon, de Montluçon et de Commentry sont tombées aux mains des socialistes ; à Carmaux, le marquis de Solages a perdu son fauteuil de maire et c'est un de ses ouvriers (où allons-nous ?) qui le lui a ravi. Tout indique, pour les élections législatives de l'an prochain, une poussée, peut-être une marée, révolutionnaire. L'offre de Léon XIII arrive à point nommé ; ce qu'il propose -et il le dit, en toute limpidité, au député Henri Lorin-, c'est "la création d'un grand parti conservateur dont les catholiques formeraient la droite et les républicains modérés la gauche" ; en somme, contre tous les scélérats, le front commun des possédants. En échange, Léon XIII compte bien obtenir la fin des querelles "religieuses" entre gens de bien." (p.43-44)

    "Cette même année 1894, Raymond Poincaré s'impose à l'admiration reconnaissante des nantis par la charge à fond qu'il mène contre l'impôt sur le revenu, cette inqualifiable tentative de "pénétration dans les fortunes privées" que l'on médite, de longue date, à l'extrême-gauche. Raymond Poincaré se constitue le vivant barrage dressé contre un tel dessein. La France "honnête" ne l'oubliera plus." (p.48)

    "Combes [...] lui aussi a placé l'impôt sur le revenu dans son programme. Non seulement Combes tient à achever, et avec une énergie presque suspecte, l’œuvre anticléricale de son prédécesseur, mais il vise, pour la paix "religieuse", à une prompte Séparation des Églises et de l'Etat, et beaucoup, dans son parti même, déplorent ce vœu qui est le sien d'annuler le Concordat de Bonaparte: lourde erreur, car ce serait perdre le puissant moyen de contrainte que le Consulat a mis ainsi, contre l'Église catholique, à la disposition du pouvoir civil. Ajoutez que Combes est un homme désintéressé, sans liens avec les milieux d'affaires, et, de ce fait, inquiétant. On apprécie peu, enfin, la stricte surveillance de l'Armée qu'exerce, à la Guerre, le général André, lequel souscrirait volontiers à la formule de Robespierre et de Saint-Just, énoncée par eux en 1793: "L'insubordination des généraux est la pire dans une République ; dans un Etat libre, c'est le pouvoir militaire qui doit être le plus astreint". Un homme de bien se doit de n'importuner point les officiers et André déplaît comme un malotru dont le respect est insuffisant à l'égard d'une Puissance sociale de première importance. Rien n'ira plus, fin 1904, lorsque Combes ayant réglé la question des congrégations (il a brisé les congrégations enseignantes, ainsi que les "moines ligueurs et moines d'affaires" dont les Assomptionnistes étaient les plus beaux représentants ; il n'a touché ni à certains ordre contemplatifs ni aux religieuses dévouées aux malades et aux misérables) se propose de passer à l'examen des choses interdites. L'Alliance démocratique, fort amie du président du Conseil tant qu'il s'agissait seulement des "curés", se refroidit, hausse les sourcils, glisse à l'opposition. Le prétexte dont elle a besoin pour se séparer de Combes sans avouer les raisons politiques et sociales de cet abandon, elle le trouve -ou le suscite- dans le scandale dit "des fiches" qu'un officier en retraite, Guyot de Villeneuve, porte à la tribune dans une intervention bruyante et bien calculée. Et les Barthou, les Doumer, conservateurs fidèles, affectent l'horreur. Millerand -que Combes n'a pas maintenu au pouvoir, et qui dessèche d'y revenir- tonne contre le "régime abject", choisissant avec pertinence son vocabulaire et dénonçant un "espionnage" auquel "les honnêtes gens refusent de collaborer". Remarquable, ce coup d'épaule fourni à la Droite pour renverser Combes par le "socialiste" de Saint-Mandé au moment même où Combes veut aborder la question de l'impôt sur le revenu et celle des retraites ouvrières ; et Millerand feint précisément d'attaquer le gouvernement sur son indifférence aux problèmes sociaux.
    En janvier 1905, Combes est acculé à la démission."
    (p.62-63)

    "Il est certain qu'un climat pénible régnait alors en France. Officiers et fonctionnaires étaient épiés, notamment par les membres des Loges maçonniques ; et il suffisait non même pas qu'ils aillent à la messe mais qu'ils y laissent aller leurs enfants pour se voir brimés dans leur avancement. Répétition, en sens inverse, de ce qui s'était constamment, au cours du siècle -et avec quelle ampleur- sous l'Ordre moral de Mac-Mahon. La Droite éprouvait pour la première fois les inconvénients d'un système dont elle avait été longtemps bénéficiaire et elle poussait des cris terribles. La franc-maçonnerie cependant ne faisait que reprendre à son compte, assez laidement, le travail qui, sous Charles X par exemple, avait été celui de la Congrégation. Clemenceau parlait de l'entourage de Combes en l'appelant "une jésuitière retournée"." (p.63)
    (note 2 p.63)

    "En août 1898, Nicolas II avait surpris tout le monde. Brusquement il avait proposé un arrêt général des armements, une entente internationale pour que cessât, partout, l'augmentation ininterrompue des crédits de guerre. De toute sa bonne volonté, le jeune tzar, profondément religieux, essayait de protéger les peuples, de les préserver des tueries ; et parallèlement il comptait sur ce meilleur emploi des deniers publics que permettrait à chaque puissance une réduction des dépenses improductives. On imagine sans peine le sursaut, les colères, que provoque, dans certains parages, cette stupéfiante proposition. Se trouvent en péril tout à coup les bénéfices immenses et régulièrement accrus que procurent, à de grandes entreprises, les commandes officielles. Guillaume II est d'une simplicité candide dans cette note que nous avons de sa main: "Avec quoi M. Krupp paiera-t-il ses ouvriers ?" Écho du cris d'angoisse qui lui est parvenu de la Ruhr." (p.72)

    "Les premières années du XXe siècle sont douces à la République ; d'heureuses conversions viennent renforcer l'ordre établi ; plusieurs monstres de la veille, dépouillant leur peau de loup, se muent en fidèles bergers. Après Millerand, dont nous avons déjà suivi des yeux la métamorphose, voici Briand, hier forcené et chevauchant un des coursiers de l'Apocalypse, qui s'humanise ; voici Clemenceau le rebelle qui change de camp et se proclame le "premier flic de France" ; voici Viviani le socialiste qui a lâché son parti pour devenir ministre sous Clemenceau et qui rendra à Poincaré d'inappréciables services." (p.82)

    "Psichari, dans son Appel des armes, donne place à un paragraphe remarquable ; le capitaine Grandier a interrogé un de ses hommes, un "rempilé", un brigadier ; il sait que cet excellent soldat a été, jadis, un des grévistes de Courrières et il lui demande: "S'il y avait une grève et qu'on vous demande de tirer", que feriez-vous ? Et le brigadier de répondre, ardemment: "Je tâcherais de tuer autant de grévistes que j'ai voulu tuer de soldats autrefois". Le brave homme !" (p.98)

    "Elles se déroulent, ces élections françaises si redoutées, et c'est, à l'Élysée, une consternation ; le résultat est pire encore qu'on ne s'y attendait. Jamais vu ça ! Les socialistes sont désormais 103 à la Chambre. Et, comme l'avait dit, entre les deux tours de scrutin, en un cri d'épouvante, l'Écho de Paris du 1er mai: fait "effrayant", les campagnes elles-mêmes, les "chères campagnes" de Jules Ferry, "base de granit" de la République conservatrice, elles se corrompent et se délitent: de plus en plus, le socialisme les pénètre. En vain Poincaré, pour tenter d'enrayer le mal, avait fait répandre l'idée que, sans une politique intérieure sage, "modérée" -c'est-à-dire réactionnaire- la France perdrait l'amitié russe, notre sauvegarde nationale. Les électeurs n'ont pas écouté. Vu les circonstances et les renseignements des préfets, le président avait jugé adroit de substituer au "parti national" conçu par Briand une "Fédération des gauches", d'aspects énergiquement républicain, mais où se réuniraient les candidats partisans d'une fiscalité "sans inquisition ni vexation" (le sens était clair). La ruse n'a pas donné grand-chose. Et pourtant la "haute banque" -Raffalovitch l'indique dans une lettre du 12 janvier- avait fait un sérieux effort, alimentant "à titre d'assurance" la caisse des partis conservateurs. Avec l'exécrable Chambre qui vient de sortir des urnes, c'est fatal, c'est couru, l'impôt sur le revenu va être voté. Pour la première fois en effet depuis 1876, le Centre gauche, malgré ses changements d'étiquette, n'est plus en mesure de faire la loi au Parlement et d'imposer ses hommes aux leviers de commande. Il a perdu son rôle sauveur d'arbitre. Il n'a plus le moyen, numériquement, de renverser les cabinets qui lui déplaisent et si les radicaux-socialistes restent opposés à tout collectivisme, du moins sont-ils partisans, dans l'ensemble, de la réforme fiscale voulue par Caillaux.
    Poincaré essaie de forcer la main à la Chambre et de se dérober au verdict du suffrage universel ; il cherche à s'assurer, par des promesses de prébendes, assez de défections radicales pour faire vivre, à l'aide d'une majorité si faible soit-elle, un gouvernement du type ordinaire, avec Ribot à la présidence du Conseil et Delcassé à la Guerre, Delcassé qui, en rage, parle à Paléologue du "pacifisme abominable de nos socialistes". Échec ; complet échec. Le ministère Ribot s'éboule à peine s'est-il présenté devant une Chambre qui trouve, à juste titre, que Poincaré ne manque pas d'aplomb en faisant comme si nul changement n'avait eu lieu dans la répartition des sièges. Les malfaisants sont déjà au travail. Ils ont décidé, paraît-il, d'enlever sur-le-champ et avant même les vacances parlementaires, le vote de l'impôt diabolique ; et ils vont réussir, le 16 juillet 1914, effectivement, l'impôt sur le revenu sera voté. Poincaré ne perd pas la tête. Entre le vote d'une loi et son application, des événements peuvent survenir pour tout arranger. Le président Poincaré ne permettra pas qu'on lui sabote le plan qu'il a conçu. George V s'est rendu à Paris en avril. Tout va bien de ce côté-là. Mas il n'y a plus de temps à perdre, car on murmure, dans les couloirs, qu'à la rentrée des Chambres, en automne, c'est un grand ministère Caillaux qui se prépare, renversant de fond en comble la politique extérieure de la France telle qu'elle est conduite depuis janvier 1912 ; et qui recevrait, dans cette combinaison, le portefeuille des Affaires étrangères ? Jaurès, oui, Jaurès [cf J. Caillaux,
    Mes mémoires, 1947, t.3, p.153]. La fin de tout. On ne saurait s'y résigner. Pour que pareille catastrophe soit épargnée aux "honnêtes gens", toute parade est légitime.
    Un bon signe va venir de Russie. En janvier, c'était la France qui s'impatientait devant l'immobilisme russe. Et voici qu'un article de la Novoïe Vremia -article inspiré non certes par le tzar mais par des personnages influents- intervertit les rôles ; c'est de Saint-Pétersbourg maintenant qu'arrive un intéressant témoignage d'attente anxieuse, irritée: que fait donc la France ? Ah ! Bien sûr, les élections ! Les "Jacobins" ! Malheureuse France, hier source vive et qui tourne à l' "eau croupissante". Vraiment ? C'est ce qu'on va voir. Dans sa quête ardente de la meilleure tactique à suivre et des complicités, au sein de la majorité nouvelle, qu'il lui faut absolument découvrir, Poincaré a fini par trouver son homme, l'ex-socialiste René Viviani. Après Millerand, puis Briand, Viviani est le troisième socialiste éminent à avoir quitté le parti pour mettre sa dextérité politicienne au service des gens de bien. Il l'a fait en 1906, devenant ministre, mais il n'a pas encore accédé aux cimes. En échange de la présidence du Conseil -et du portefeuille des Affaires étrangères- que Poincaré lui propose, Viviani accepte de livrer le gage auquel, pour l'heure, le Lorrain tient capitalement. Viviani s'engage à ne plus combattre les "trois ans" ; du moins dans l'immédiat.
    Isvolski est satisfait, qui commente ainsi l'élévation de Viviani: "C'est un radical du même genre que Briand, Millerand et autres, doctrinaires rendu raisonnable par l'exercice du pouvoir".
    Le cabinet Viviani est constitué le 13 juin 1914. Le 28, c'est l'attentat de Serajevo.
    " (p.125-128)
    -Henri Guillemin, Nationalistes et "nationaux" (1870-1940), Gallimard, coll. Idées, 1974, 476 pages.



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    « La racine de toute doctrine erronée se trouve dans une erreur philosophique. [...] Le rôle des penseurs vrais, mais aussi une tâche de tout homme libre, est de comprendre les possibles conséquences de chaque principe ou idée, de chaque décision avant qu'elle se change en action, afin d'exclure aussi bien ses conséquences nuisibles que la possibilité de tromperie. » -Jacob Sher, Avertissement contre le socialisme, Introduction à « Tableaux de l'avenir social-démocrate » d'Eugen Richter, avril 1998.

    "La vraie volupté est remportée comme une victoire sur la tristesse [...] Il n’y a pas de grands voluptueux sans une certaine mélancolie, pas de mélancoliques qui ne soient des voluptueux trahis." -Albert Thibaudet, La vie de Maurice Barrès, in Trente ans de vie française, volume 2, Éditions de la Nouvelle Revue Française, 1919, 312 pages, p.40.

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    Message par Johnathan R. Razorback le Lun 14 Jan - 16:54

    "
    -Henri Guillemin, "Le Grand jeu", chapitre VI in Nationalistes et "nationaux" (1870-1940), Gallimard, coll. Idées, 1974, 476 pages, pp.129-151.



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    "La vraie volupté est remportée comme une victoire sur la tristesse [...] Il n’y a pas de grands voluptueux sans une certaine mélancolie, pas de mélancoliques qui ne soient des voluptueux trahis." -Albert Thibaudet, La vie de Maurice Barrès, in Trente ans de vie française, volume 2, Éditions de la Nouvelle Revue Française, 1919, 312 pages, p.40.

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    Message par Johnathan R. Razorback le Lun 14 Jan - 16:59

    "[C'est] pour préserver le pays d'une contagion russe que l'Etat-Major allemand, au début de novembre 1918, a lui-même poussé à la formation d'un gouvernement parlementaire qui portera la responsabilité de l'armistice tout en obtenant des vainqueurs l'essentiel: l'autorisation accordée au vaincu de conserver une force militaire suffisante pour écraser, chez lui, les "rouges". Foch, du reste, y prête la main. S'il écarte l'idée, nourrie par Castelnau, d'une offensive, assurée du succès, sur l'Allemagne du Sud et portant la guerre, enfin, sur le territoire ennemi, et s'il s'empresse d'accueillir les plénipotentiaires de Berlin, c'est qu'il redoute de travailler, en poursuivant l'assaut, au profit des révolutionnaires et d'accroître ainsi, de la manière la plus dangereuse, la puissance du bolchevisme. L'intérêt du Bien exige que l'Allemagne conserve un régime "honnête", protégé par des bataillons solides, et une artillerie suffisante, contre les pavés de la canaille." (p.153-154)

    "Le public ignorera -ces détails ne sont pas pour lui- que le gouvernement a rejeté la proposition de Lénine offrant d'avaliser toutes les créances françaises inférieures ou égales à dix mille roubles, pourvu que la France renonçât à soutenir les entreprises des généraux blancs essayant un démembrement de la Russie." (p.157)

    "C'est précisément cette orientation nouvelle et vitale qu'a proposée Wilson, le 8 janvier 1918, dans les quatorze points de son message. Il suggère à l'Europe de se construire à la façon des Etats-Unis: autonomie des Etats dans le domaine de la justice, de l'enseignement, de la police, mais suppression des barrières douanières et adoption d'une monnaie commune." (p.160)

    "Droits des peuples à disposer d'eux-mêmes ? Mais un demi-million d'Allemands passent sous une domination étrangère pour permettre à la Pologne de posséder ce "couloir" en forme d'avenue qui lui donne accès à la mer ; mais trois millions d'autres Germains, ceux des monts Sudètes, sont attribués à la Tchécoslovaquie ; mais le Tyrol de langue allemande est annexé à l'Italie au mépris d'un plébiscite officieux purement et simplement annulé par les vainqueurs ; mais l'Autriche, devenue minuscule, réclame en vain son rattachement à l'Allemagne, comme la Savoie, cinquante ans plutôt, avait rejoint la France ; mais trois millions et demi d'authentiques Hongrois sont, en Transylvanie, autoritairement détachés de leur patrie pour devenir Roumains." (p.163)

    "Sous le prétexte de chercher à rouvrir un front de l'Est après la paix de Brest-Litovsk, et dès le début d'août 1918, la France, d'une part, l'Angleterre de l'autre, envoient des hommes à Arkhangelsk et à Vladivostok ; mais il apparaît très vite qu'il s'agit en fait de tenter, par tous les moyens, la destruction, en Russie, d'un régime inadmissible. On utilise contre les "bolcheviks" -devenus, en mars 1918, les "communistes", avec leur pouvoir central à Moscou- les 40 000 hommes de la légion tchécoslovaque qui devaient, en principe, s'embarquer à Vladivostok pour gagner le front de l'Ouest ; conseillés par le général Janin, ils font volte-face et marchent sur Moscou. Le gouvernement soviétique est assailli de tous côtés par les Joudenitch, les Koltchak, les Denikine, les Wrangel et ces "partisans du rétablissement de l'ordre" qui s'appliquent à mettre en pièces la Russie de la Baltique au Caucase et de la Crimée en Sibérie. Le 29 décembre 1918, le ministre français des Affaires étrangères, Pichon, qui foudroie le régime "odieux, abominable", instauré en Russie par "une poignée d'énergumènes", exalte la grande victoire qu'auraient remportée les troupes "blanches" dans l'Oural et salue Koltchak et son "gouvernement d'Omsk", dictateur militaire avec Janin pour maître d’œuvre ; et Millerand, en mai 1920, "reconnaîtra" même, officiellement, le "gouvernement" de Wrangel, lui accordant un "large appui moral et matériel". Le plan français est de couper en deux la Russie ; une flotte française est en mer Noire pour un débarquement à Odessa, tandis que les Anglais cherchent à s'emparer de la Transcaucasie et de ses puits de pétrole. Le général Berthelot encourage les Roumains à se jeter sur la Moldavie, et Foch déclare qu'il est prêt à envisager la reconstitution, sous son contrôle, d'une sérieuse armée allemande et que, si les Etats-Unis mettent cent mille hommes à sa disposition, il se fait fort de rejeter les Russes sur l'Oural, au-delà duquel les Forces "blanches" de Sibérie les anéantiront. Mais si Wilson a consenti à une présence américaine, symbolique surtout, à Vladivostok, il ne l'a fait que pour surveiller les Japonais dont les avidités l'inquiètent, et il n'entend pas engager son pays dans une croisade antisoviétique.
    Le gouvernement français adopte et perfectionne à l'égard de la Russie le comportement dont l'Allemagne impériale lui avait donné l'exemple: qu'un "cordon sanitaire" s'établisse autour de cette part de l'Europe en proie à la peste rouge. Une Roumanie démesurément accrue sera, au sud-est, la tête de pont de l'Occident"libre" contre ce qui va devenir, en décembre 1922, l'U.R.S.S. ; et la même Pologne secrètement sacrifiée en février 1917 aux intérêts tzaristes, formera le bastion principal du monde civilisé face aux barbares "asiates" de Moscou. La frontière ethnique et légitime de la Pologne ressuscitée suivait, en décembre 1919, la "ligne Curzon" ; mais Pilsudski, qu'entourent neuf généraux français et qui veut profiter de la faiblesse russe, se jette à l'attaque au printemps de l'année suivante ; la connivence de Petlioura lui permet de prendre Kiev (7 mai 1920) ; une contre-offensive inattendue amène l'armée rouge aux portes de Varsovie. Millerand délègue aussitôt Weygand en Pologne, avec une puissante mission militaire (plus de deux mille "cadres" et conseillers), et l'agression polonaise aura sa récompense au traité de Riga (18 mars 1921) qui reporte de 250 kilomètres vers l'est la frontière polono-russe et tient pour Polonais, dorénavant, un million et demi de Blancs-Russiens et quatre millions et demi d'Ukrainiens
    ." (p.163-165)

    "Le 19 septembre 1919, Denys Cochin écrit à Barrès: "J'étais peu enthousiaste de la République, il y a dix ans ; mais comment ne pas la reconnaître, et même l'acclamer, maintenant qu'elle a reconquis l'Alsace ?"." (p.171)

    "Le 5 septembre 1919, en manchette énorme, Le Journal reproduisait la déclaration faite la veille par le ministre des Finances: "L'Allemagne paiera 463 milliards" -par annuités de 13 milliards, avait précisé Klotz. Le 12 septembre, Loucheur, ministre de la Reconstruction, rectifie: non pas treize milliards par an, mais dix-huit. Et Le Figaro du 13 couvre d'éloges ce gouvernant selon son cœur ; avec de pareilles "rentrées", prévoir des impôts nouveaux (et particulièrement une stricte application de l'impôt sur le revenu) serait insensé ; pis, anti-français. Ces chiffres délirants, la Commission des Réparations les ramène, en 1921, à 132 milliards, payables en annuités de 500 millions de dollars, estimation qui demeure sans commune mesure avec les possibilités du réel. Aucun doute, d'ailleurs, inutile de le dire: les gouvernements allemands s'évertueront à tout faire pour se dérober de leur mieux au paiement des sommes qu'on leur réclame. Au printemps de 1921, ils ont tout de même déjà versé aux vainqueurs plus de sept milliards ; au total, lorsque la question des réparations sera enterrée (Lausanne, juillet 1932), l'Allemagne s'en sera tirée avec quelque vingt-cinq milliards de débours." (p.187)
    (p.187)

    "Acclamé par L'Action française (Léon Daudet parle avec ravissement de cette "entrée dans le paradis de l'action"), Poincaré décide de mettre la main sur la Ruhr. Le 9 janvier 1923, deux divisions d'infanterie et une division de cavalerie envahissent le territoire allemand ; la France va se payer elle-même en exploitant à son profit les ressources industrielles et minières de la Ruhr ; mais une "résistance passive" s'organise aussitôt ; arrêt de l'extraction, suivi d'une grève des chemins de fer non seulement de la Ruhr mais de toute la Rhénanie. Poincaré riposte en expulsant 1400 cheminots allemands et en faisant amener sur place 12 500 mineurs et cheminots français et belges, établissant en outre un cordon douanier qui barrera toute exportation de la Ruhr en direction du reste de l'Allemagne. Des heurts se produisent. Le 2 avril, à Essen, treize ouvriers allemands sont tués dans une échauffourée et le 8 mai, l' "agitateur" Schlageter est passé par les armes. Le gouvernement de Berlin octroie des indemnités à tous les ouvriers et "cadres" qui refusent de collaborer avec l'occupant, et le mark s'effondre ; en avril un dollar vaut 35 000 marks ; en août, 500 000 ; en septembre, quatre millions. Fin septembre, Stresemann, qui est le délégué au Pouvoir des milieux industriels et bancaires, ordonne la cessation de la résistance passive." (p.189)
    -Henri Guillemin, Nationalistes et "nationaux" (1870-1940), Gallimard, coll. Idées, 1974, 476 pages.



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    « La racine de toute doctrine erronée se trouve dans une erreur philosophique. [...] Le rôle des penseurs vrais, mais aussi une tâche de tout homme libre, est de comprendre les possibles conséquences de chaque principe ou idée, de chaque décision avant qu'elle se change en action, afin d'exclure aussi bien ses conséquences nuisibles que la possibilité de tromperie. » -Jacob Sher, Avertissement contre le socialisme, Introduction à « Tableaux de l'avenir social-démocrate » d'Eugen Richter, avril 1998.

    "La vraie volupté est remportée comme une victoire sur la tristesse [...] Il n’y a pas de grands voluptueux sans une certaine mélancolie, pas de mélancoliques qui ne soient des voluptueux trahis." -Albert Thibaudet, La vie de Maurice Barrès, in Trente ans de vie française, volume 2, Éditions de la Nouvelle Revue Française, 1919, 312 pages, p.40.


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