L'Hydre et l'Académie

    Jean Variot + Thomas Roman, « L'Indépendance. Une revue traditionaliste des années 1910 »

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    Johnathan R. Razorback
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    Jean Variot + Thomas Roman, « L'Indépendance. Une revue traditionaliste des années 1910 »

    Message par Johnathan R. Razorback le Lun 12 Nov - 15:23

    https://www.babelio.com/auteur/Jean-Variot/248947

    https://www.cairn.info/revue-mil-neuf-cent-2002-1-page-173.htm

    "Né le 8 avril 1881 à Neuilly-sur-Seine, Jean Variot est d’origine alsacienne par sa mère. Son père est médecin militaire. Jean effectue des études littéraires au lycée Louis-le-Grand à Paris. Peintre avant de se lancer dans une carrière journalistique et littéraire, il côtoie dans les années 1900 le milieu des Cahiers de la Quinzaine où il rencontre Sorel. Il débute véritablement sa carrière littéraire avec l’Indépendance, après l’échec de la Cité française. Il avait déjà publié en 1910 son premier roman, la Très véridique histoire de deux gredins, portrait à charge des milieux dreyfusards. Mais ce n’est qu’à partir de 1913 que son nom commence à être connu avec les Hasards de la guerre (Crès). À la même époque, fort de ses talents en peinture, il s’illustre dans le milieu du théâtre : il réalise pour Paul Claudel les décors de l’Annonce faite à Marie, puis ceux de la Brebis égarée de Francis Jammes. Mobilisé le 2 août 1914, il est affecté au Service de la propagande dépendant du Cabinet du Ministre des Affaires étrangères et prend part aux principaux combats, ce qui lui vaut de recevoir la croix de guerre. Éditeur dans les années vingt, il est alors très proche de Maurras. À partir de 1934, il écrit pour Je suis partout. Sous l’Occupation, parallèlement à des activités radiophoniques, il tient une rubrique dans Aujourd’hui, organe collaborationniste. À la Libération, s’affirmant un barrésien indéfectible et impénitent, il est condamné à vingt ans d’indignité nationale. Les années 1950 prolongent son activité littéraire. Il collabore à la Table Ronde et publie de nombreux ouvrages consacrés au théâtre. Il décède le 10 août 1962."

    "L’Indépendance appartient en effet à la postérité de l’Affaire. Dans l’espace politique et intellectuel bipolarisé qui fait suite à ce séisme, on trouve dans les colonnes de la revue les plumes de nombreux antidreyfusards notoires (Maurice Barrès, Paul Bourget, Émile Baumann ou Vincent d’Indy) et celle d’une population particulière, les « antidreyfusards du lendemain » (Michel Prat). Ces hommes, dreyfusards par attachement au droit, à la justice, par solidarité avec une classe ouvrière dont ils espéraient que la victoire dreyfusarde exaucerait certains espoirs, reviennent rapidement sur leurs engagements, déçus par « la République radicale ». Citons Sorel, Daniel Halévy, Jean Variot, Édouard Berth, Urbain Gohier, les frères Tharaud ou encore Paul Acker. Tous reconsidèrent, rejettent ou interrogent leur dreyfusisme. Pensons à la chute de la « mystique » dreyfusarde dans la « politique » et ses compromissions, évoquée par Charles Péguy. Ce retour du pendule peut se traduire chez certains par le basculement dans l’antisémitisme voire un antiparlementarisme parfois virulent. Les deux essais contemporains d’Halévy et de Sorel, l’Apologie pour notre passé et La révolution dreyfusienne, sont ici emblématiques."

    "Sorel est aussi un homme de cénacle, qui a besoin d’un lieu où une sociabilité vive s’exerce. Or, en 1911, il se trouve isolé de deux groupes très importants pour lui : le Mouvement socialiste d’Hubert Lagardelle et la boutique des Cahiers de Péguy. La rupture d’avec le Mouvement socialiste survient en 1908. Déjà, des articles de Sorel avaient pu dérouter le lectorat syndicaliste de la revue : des études sur Bergson, un article intitulé « La crise morale et religieuse » développent des thèmes que l’on retrouvera à l’Indépendance. Mais c’est par les événements de Villeneuve-Saint-Georges que la scission intervient. Sorel accuse alors Lagardelle d’être entré dans le jeu politique derrière Jaurès, fût-ce en s’opposant aux équipes en place. Il quitte la revue à l’automne. Selon nous, des tensions accrues avec le milieu péguyste ont concouru également à l’apparent isolement de Sorel. Parmi les premiers abonnés des Cahiers de la Quinzaine, il est l’un des grands fidèles des jeudis de la boutique de Péguy, où il occupe une place de maître. Ce milieu intellectuel est important pour comprendre la naissance et le fonctionnement de l’Indépendance, en raison de l’attachement particulier de Sorel pour cet endroit, du nombre remarquable de rédacteurs des Cahiers qui s’associeront à la revue et de la proximité idéologique entre ces deux organes. C’est en effet dans la boutique des Cahiers que Sorel et Variot se rencontrent, le premier jeudi d’octobre 1908. Mais Péguy montre des signes d’agacement devant le magistère de son aîné  qui, de son côté, aurait aimé être publié à nouveau aux Cahiers. Il faut dire qu’entre le dreyfusard mystique et le philosophe aux tentations iconoclastes et à l’analyse froide et raisonnée de la religion, un fossé se creuse ; Péguy hésite à publier un auteur qui, depuis La révolution dreyfusienne, peut choquer le lectorat dreyfusard et juif des Cahiers ."

    "L’identité traditionaliste de l’Indépendance est démontrée par la filiation que la revue, sous la plume de Variot, revendique. Le jeune nationaliste évoque en effet le modèle de Minerva, revue publiée en 1902 et 1903 sous la direction de René-Marc Ferry. Cette revue littéraire bimensuelle accueille alors les plumes de personnalités conservatrices. Citons Henry Bordeaux, Louis Dimier, Maurras qui y publie « L’avenir de l’Intelligence », Jacques Bainville ou encore, parce qu’ils collaboreront à l’Indépendance, Barrès, Bourget et d’Indy. Cette tutelle est manifestée également par la présence du directeur, Ferry, au comité de rédaction de l’Indépendance. Le discours antidreyfusard, résolument traditionaliste et antimoderne, anti-intellectualiste et nationaliste de Minerva préfigure en effet celui de l’Indépendance."

    "Le premier numéro de la revue paraît ainsi le 1er mars 1911. Le titre exact en est l’Indépendance. Chronique bimensuelle. Il s’agit d’une revue de format modeste. Avec 34 pages pour ce premier numéro, c’est une revue maigre. Le nombre de pages évoluera d’ailleurs peu. La revue annonce donc une parution bimensuelle, les 1ers et 15 de chaque mois, qui sera en fait souvent perturbée par des retards et l’édition de numéros doubles, voire triples. De format in octavo, chaque numéro coûte 0,60 f, prix moyen d’une revue à l’époque, mais un prix élevé restreignant de facto le public auquel la revue s’adresse."

    "Avec 59 articles et notes, le catholicisme et la religion arrivent en tête. Suivent le traditionalisme (51 articles), l’antidémocratisme (50), l’antimodernisme sous toutes ses formes (45), le classicisme (44) et l’anti-intellectualisme (40). Ces grands thèmes chapeautent des thématiques plus précises. L’Indépendance est une revue qui combat une modernité jugée décadente. Antiféministe et sexiste, elle exalte au contraire les vertus du travail, de la famille, de la terre et du sang. Ce nationalisme, le plus souvent militariste, peut être régionaliste. Catholique, la revue dénonce tant les anticléricaux que les modernistes."

    "Gide est affolé par une revue qui, également éditée chez Marcel Rivière, vient directement concurrencer à ses yeux la NRF."

    "Sorel continuera de côtoyer et d’apprécier Valois par exemple, qu’il soutiendra en 1914 pour le Grand Prix de littérature de l’Académie française, contre Variot !"

    "La rupture entre Péguy et Sorel intervient en décembre 1912 des suites de l’affaire Benda. Rendant Sorel et Variot responsables de l’échec de Julien Benda au prix Goncourt, et accusant le philosophe de menées contre les Cahiers, Péguy lui interdit désormais de venir à la boutique le jeudi."

    "Variot, jeune écrivain encore peu remarqué, n’a sans doute pas insisté pour sauver une revue qui ne peut plus lui servir. Il change alors son fusil d’épaule et, avec l’aide de Barrès qui lui ouvre les portes de l’Écho de Paris, il abandonne la critique pour la littérature."

    "C’est une droite conservatrice que la modernité affole, une droite violente mais conservatrice, pas révolutionnaire, qui étale ses conceptions dans les pages d’une revue culturelle."
    -Thomas Roman, « L'Indépendance. Une revue traditionaliste des années 1910 », Mil neuf cent. Revue d'histoire intellectuelle, 2002/1 (n° 20), p. 173-193.



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    « La racine de toute doctrine erronée se trouve dans une erreur philosophique. [...] Le rôle des penseurs vrais, mais aussi une tâche de tout homme libre, est de comprendre les possibles conséquences de chaque principe ou idée, de chaque décision avant qu'elle se change en action, afin d'exclure aussi bien ses conséquences nuisibles que la possibilité de tromperie. » -Jacob Sher, Avertissement contre le socialisme, Introduction à « Tableaux de l'avenir social-démocrate » d'Eugen Richter, avril 1998.

    "Il y a, de nos jours, beaucoup de gens qui s'accommodent très aisément de cette espèce de compromis entre le despotisme administratif et la souveraineté du peuple, et qui pensent avoir assez garanti la liberté des individus, quand c'est au pouvoir national qu'ils la livrent. Cela ne me suffit point." -Alexis de Tocqueville, De la Démocratie en Amérique, vol II, Quatrième Partie : Chapitre VI, 1840.


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