L'Hydre et l'Académie

    Olivier Dard (dir.), Le maurrassisme et la culture. L’Action française. Culture, société, politique

    Johnathan R. Razorback
    Johnathan R. Razorback
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    Olivier Dard (dir.), Le maurrassisme et la culture. L’Action française. Culture, société, politique Empty Olivier Dard (dir.), Le maurrassisme et la culture. L’Action française. Culture, société, politique

    Message par Johnathan R. Razorback le Dim 11 Nov - 15:14

    « Dans l’Action française le projet culturel est central. »
    -Olivier Dard & Michel Leymarie, Introduction à Olivier Dard, Michel Leymarie & Neil McWilliam (eds.), Le maurrassisme et la culture. L’Action française. Culture, société, politique (III), Presses Universitaires du Septentrion, coll. Histoires et Civilisations, 2010, 370 pages, pp.13-16, p.14.
    « Personnage emblématique de l’Action française, Léon Daudet (1867-1942) est un auteur prolixe. Il a écrit cent-vingt-huit ouvrages. En 1891, dès l’âge de 24 ans, il commence à publier dans La Nouvelle Revue de Juliette Adam un feuilleton qui donne lieu à son premier roman : L’Héritier. Cette frénésie d’écriture va durer un demi-siècle. C’est en 1941 que paraît son dernier ouvrage : Sauveteurs et incendiaires. […] Entre 1908, année de la fondation du quotidien L’Action française, et décembre 1941 quelques mois avant sa mort, le fils d’Alphonse Daudet aura donné au journal monarchiste un éditorial presque chaque jour. […]
    Durant ces cinq décennies, la plume insatiable de Léon Daudet brosse un portrait cruel de ses contemporains. La causticité rivalise sans cesse avec la furie, ce qui rend son inscription dans la veine pamphlétaire légitime. Pourtant, l’intéressé ne la revendique guère, préférant sa définir dans Au temps de Judas, comme « un historien des mœurs » de son temps. » (p.25)
    « Dans La France juive, Édouard Drumont a ouvert une brèche dans laquelle s’engouffrent les nationalistes. Léon Daudet le fréquente et apprécie cet « historien et critique génial des phénomènes sociaux ». Il participe aux campagnes de dénigrement des juifs, milite au sein de la Fédération nationale antijuive, fondée en 1903, et La Libre Parole lui ouvre ses colonnes. Le succès de son livre Le pays des Parlementeurs (1901) lui apporte une légitimité très forte au sein des milieux antisémites. » (p.28)
    « Léon Daudet explore tous les recoins de l’espace politique en assénant ce qui lui apparaît comme des vérités absolues. De fait, l’auteur ne se remet jamais en cause ; jamais il ne manifeste une quelconque hésitation. » (p.31)
    -Philippe Secondy, « Léon Daudet pamphlétaire », chapitre in Olivier Dard, Michel Leymarie & Neil McWilliam (eds.), Le maurrassisme et la culture. L’Action française. Culture, société, politique (III), Presses Universitaires du Septentrion, coll. Histoires et Civilisations, 2010, 370 pages, pp.25-34.
    « L’entrée du jeune homme dans le monde de la critique littéraire ne surprend guère dans la mesure où celui-ci, avant de s’attacher à l’histoire et à la politique, s’intéresse beaucoup à la littérature. Son premier article, consacré à Nietzsche, est d’ailleurs publié en 1897 dans la revue L’Avenir artistique et littéraire. Cependant, dans Le Critique mort jeune, qui constitue un recueil d’articles datant des années 1902-1907 mais publié seulement en 1927, Bainville fait en préface une confidence : « Depuis longtemps, j’ai cesé d’être un critique littéraire. Je ne crois pas que telle fût ma vocation. » Pourtant, c’est effectivement le directeur de Minerva, René-Marc Ferry, qui donna sa chance à ce jeune garçon qui n’avait pas vingt-trois ans. A cette époque, celui-ci recherche les idées dans la littérature. La lecture du livre capital de Maurras Trois idées politiques : Chateaubriand, Michelet, Sainte-Beuve l’a confirmé dans cette voie. C’est d’ailleurs Maurras qui pousse Bainville vers Minerva, revue bimensuelle de critique littéraire fondée en 1902 par René-Marc Ferry et par Félix Jeantet. La date de 1902 est importante. Nous savons en effet que Bainville songeait à abandonner la carrière de critique en cette année 1902 :
    « Je songe (et non par caprice) à cesser d’écrire et ne pas prendre le métier d’auteur », confie-t-il à Maurras. « Je n’ai aucune confiance en moi-même. Imagination nulle, intelligence médiocre, peu brillant au jeu des idées […]. Je me connais quelques qualités qui seront mieux employées à tout autre chose qu’à la littérature. »
    Et il pense alors à sa famille portée vers l’entreprise commerciale. Mais Maurras confirme Bainville dans la carrière de critique. Dès lors, les années suivantes, il gardera toujours à l’égard de Maurras bien sûr, mais aussi de Ferry, une immense reconnaissance : on se souvient de ceux qui étaient là lors des moments de doute ou de crise. […]
    Maurras […] incite […] le jeune Bainville à plus de prudence et de retenue dans ses critiques : c’est ce qui le gêne et le fait douter de ses propres capacités. » (p.36-37)
    « Bainville appelait gentiment le XIXe siècle « le vieil utopiste ». C’est ici toute la retenue qui le distingue d’un Daudet qui, lui, qualifiait le siècle des révolutions comme « le stupide XIXe siècle ». Bainville utilise pour la première fois l’expression de « viel utopiste » dans sa préface de L’Histoire de Trois générations publiées en 1918 et qui constitue une critique et une analyse des rapports franco-allemands au XIXème siècle. Dans les premières pages du livre, il écrit :
    « Notre cher XIXe siècle ! Il est souvent mal traité dans ce récit, le vieil utopiste ! Nous lui en voulons des douleurs et des tâches qu’il a léguées au vingtième. Mais c’est de lui que nous sortons et que nous aurons vécu. »
    Le Viel utopiste est précisément le nom du troisième recueil d’articles de Bainville consacré à ses critiques littéraires d’avant-guerre ; le volume publié lui aussi en 1927, rassemble des textes de La Gazette de France des années 1901 à 1907. Dans sa préface, l’auteur se pose en fils du XIXe siècle, un XIXe siècle long dont il voit le terme dans la période de la Grande Guerre. » (p.38-39)
    « Le Vieil utopiste s’ouvre par deux articles sur l’Écossais Carlyle. Il considère son œuvre comme supérieure en influence à celle de Nietzsche sur sa génération. Influence dans les idées d’ordre, de réaction, du besoin d’un pays d’être dirigé par des êtres d’exception, des hommes d’élite. » (p.39)
    « Bainville […] n’a rien de l’antisémitisme maurrassien. » (p.41)
    « En cette période d’avant-guerre, l’œuvre barrésienne et le culte du moi influencent encore le jeune homme qu’il est. » (p.42)
    -Christophe Dickès, « Jacques Bainville, une critique culturelle éphémère ? », chapitre in Olivier Dard, Michel Leymarie & Neil McWilliam (eds.), Le maurrassisme et la culture. L’Action française. Culture, société, politique (III), Presses Universitaires du Septentrion, coll. Histoires et Civilisations, 2010, 370 pages, pp.35-44.
    « Petite revue bimensuelle, de couleur bleue, lancée au printemps 1908, la Revue critique des idées et des livres (RCIL) […] Œuvre de jeunes disciples d’AF, la Revue critique connaîtra son heure de gloire à la veille du premier conflit mondial, s’imposant, dans les années 1911-1914, comme l’une des principales instances de l’école « néo-classique » et de la critique littéraire française. Ce succès viendra consacrer l’activité d’un groupe d’intellectuels prometteurs réunis par la fréquentation du salon de la très influente comtesse de Courville et soudés derrière leur directeur Jean Rivain. Nés au milieu des années 1880, Pierre Gilbert, Henri Clouard, Jean Longnon ou Eugène Marsan appartiennent à la première génération des disciples formés par Maurras, la première à le considérer comme un « Maître »… et la première à se séparer de l’Action française après l’ « excommunication » par ledit « Maître » en février 1914. » (p.45)
    « En 1908-1909, les pages sont encombrées par de nombreux articles historiques […] et surtout par l’interminable et rébarbative « Enquête sur la monarchie et la classe ouvrière » de Georges Valois. […]
    Il faut dire que jusqu’à la fin de 1910, Rivain se soumet aux impératifs de l’intérêt général de la propagande d’AF, et la RCIL est largement accaparée par Valois et ses amis, qui tente de faire de la revue la tribune du rapprochement entre antidémocrate de gauche et antidémocrate de droite. Dans ses souvenirs, Georges Valois note de manière lénifiante :
    « Le centre de nos travaux était à la Revue critique des Idées et des Livres. […] Mais, vers 1910, il nous apparut que la Revue Critique ne pourrait demeurer le centre de nos études et de notre action, à l’intérieur de l’Action française ». La revue « devenait presque exclusivement littéraire » et c’est pour cela qu’ils durent se résoudre à quitter ses pages et à créer le cercle et les Cahiers Proudhon, afin de réaliser un « large développement à [leurs] études » ! [Valois, D’un siècle à l’autre, chronique d’une génération (1885-1920), Paris, NLN, 1921, p.252-253. On accordera aussi peu de crédit à ses propos sur ses relations avec Rivain [fondateur de la Nouvelle Librarie Nationale] et l’affaire de la NLN (ibid, p.24-257)]
    A la vérité, une lutte d’influence particulièrement violente s’est engagée entre le groupe Valois et le groupe Rivain au sein de l’AF : elle oppose deux tendances, la tendance « sociale », favorable à un hypothétique rapprochement avec le monde ouvrier et syndical, à la tendance « néo-classique », qui fait l’admiration des habitués du salon de la comtesse de Courville. » (p.49)
    « La RCIL n’est pas la seule revue de la Belle Époque à défendre le « classicisme », l’exigence d’ordre, de sobriété, de clarté et de pureté du style dans la littérature, la poésie et le théatre, contre les « excès » du romantisme et des écoles symbolistes et naturalistes. La NFR, par exemple, défend des orientations voisines, quoique plus ouvertes à l’innovation. Mais la RCIL incarna une position plus ferme, qui a le vent en poupe au début de ces années 1910 marquées par la prédominance des idées nationales sur la jeunesse et l’élite intellectuelles. Elle s’impose donc comme l’organe officiel du « néo-classicisme ». […] La revue fondée par Jean Rivain bénéficie d’un rayonnement considérable dans les années 1912-1914 –rayonnement qui sera brutalement brisé par la Grande Guerre. Luxueusement éditée, tirant à plus de 3000 exemplaires, la RCIL est assurément, avec la NRF et le Mercure de France, l’une des plus importantes revues littéraires de son temps. » (p.53)
    « « Le traditionnalisme des néo-classiques […] n’est absolument rien s’il n’est une révolte, tout d’abord. » [Henri Clouard, « Sur le programme des néo-classiques, RCIL, n°140, 10 février 1914, o.269-281] » (p.54)
    « Dans le même temps que la RCIL acquiert reconnaissance et visibilité dans le champ littéraire, les rapports entre Jean Rivain et les principaux chefs de l’AF s’aigrissent. Après l’échec de la fusion entre les deux revues d’AF, qui a mécontenté Charles Maurras, Rivain a dû céder la Nouvelle librairie nationale à Georges Valois. En février 1913, une affaire mineure est prise comme prétexte, par Vaugeois, Maurras et Montesquiou, pour exiger la démission de leur jeune camarade des Comités directeurs de l’AF ; Jean Rivain ne fait plus partie des quatorze dirigeants du mouvement. On lui reproche ses manquements à l’esprit d’entente, tandis que Rivain considère que ses amis n’ont pas vraiment fait preuve de solidarité en prenant le parti de Valois contre le sien dans l’affaire de la NLN. D’autre part, l’écho obtenu par le numéro « Stendhal » a suscité bien des agacements dans l’entourage d’un Maurras dont on connaît les réserves à l’égard de l’auteur des Chroniques italiennes : il le juge trop romantique par ses sujets choisis et déplore ses orientations politiques (bonapartistes et anticléricales). Il y a aussi les articles de Gilbert Maire, collaborateur de la RCIL favorable à Bergson, qui apparaissent comme d’autant plus scandaleux qu’au début de l’année 1914 l’AF quotidienne mène, par Daudet interposé, une campagne d’une violence inouïe contre le philosophe « de ghetto » élu à l’Académie française.
    Le 22 février 1914, dans son éditorial quotidien, Charles Maurras publie une petite note intitulée « Éclaircissement », sonnant comme une véritable excommunication de la Revue critique des idées et des libres. Trois griefs sont formulés par le « maître du nationalisme intégral » : le bergsonisme de certains rédacteurs ; un point de vue trop favorable à l’Allemagne ; l’abandon du texte-manifeste d’allégeance à l’ « empirisme organisateur » apparaissant au verso de la couverture depuis juin 1908. L’auteur de L’Enquête sur la monarchie estime que ce retrait est significatif […]
    Contrairement à ce qui a souvent été dit par la suite, il y a bien eu rupture entre l’AF et la Revue critique, qui constitue la première dissidence dans l’histoire du mouvement maurrassien. Clouard et Maire démissionnent immédiatement de l’Action française et toute l’équipe de la RCIL se solidarise avec Rivain. » (p.55-56)
    « Cette dynamique n’est pas annoncer la campagne contre Georges Valois engagée par Maurras au milieu de la décennie suivante à la suite du tonitruant lancement du Nouveau Siècle. » (p.58)
    -Laurent Joly, « La Revue critique des idées et des livres. Première dissidence d’Action française ou première génération intellectuelle de « maurassiens » indépendants ? (avril 1908 - février 1914). », chapitre in Olivier Dard, Michel Leymarie & Neil McWilliam (eds.), Le maurrassisme et la culture. L’Action française. Culture, société, politique (III), Presses Universitaires du Septentrion, coll. Histoires et Civilisations, 2010, 370 pages, pp.45-59.
    « Avec 48 numéros en moins de trois ans (Mars 1911 – Août 1913), l’Indépendance, revue de culture fondée par l’écrivain nationaliste Jean Variot pour Georges Sorel, intéresse néanmoins l’historien des idées et de la « Belle époque ». Traditionnaliste, la revue témoigne des renaissances nationaliste, catholique et classique de ces années. Elle pose aussi la question du « cas Sorel » : ces années montrent, chez l’auteur des Réflexions sur la violence (1908), un basculement du syndicalisme révolutionnaire, dont il fut l’un des théoriciens, vers une doctrine au conservatisme pugnace. » (p.61)
    « Chez ce « déçu du dreyfusisme », auteur de La Révolution dreyfusienne (1909), une pensée réactionnaire aux accents parfois contre-révolutionnaires se fait jour (voir Les Illusions du Progrès, 1908). Ses intérêts évoluant alors de la question ouvrière vers des préoccupations plus morales et religieuses, le philosophe s’isole peu à peu dans le champ intellectuel : en 1908, il rompt avec le Mouvement socialiste d’Hubert Lagardelle alors que des tensions apparaissent déjà avec Péguy et le milieu des Cahiers de la Quinzaine (il n’y publiera aucun Cahier). C’est d’ailleurs dans la Boutique des Cahiers que Sorel rencontre, le premier jeudi d’octobre 1908, Jean Variot. […]
    Ces évolutions intéressent en retour certains penseurs conservateurs, à commencer par Paul Bourget qui, avec sa pièce La Barricade [Chronique de 1910, Paris, Plon-Nourrit, 1910], montée au Vaudeville en 1910, propose une lecture résolument conservatrice des Réflexions sur la violence. » (p.62)
    « A partir de 1908, une relation épistolaire et par articles interposés se met en place entre Sorel et l’AF. […] Le 13 août, dans l’article « La Violence », Maurras s’essaie à un éloge prudent de Sorel. La même année, Sorel répons à l’Enquête sur la Monarchie et la classe ouvrière de Georges Valois, l’un de ses disciples, devenu maurrassien, dans la tout aussi maurrassienne Revue Critique des Idées et des Livres (RCIL), fondée en avril […]
    Berth rencontre les maurassiens de la RCIL Pierre Gilbert, Henri Lagrange et Gilbert Maire en mars 1910. »
    « Les maurrassiens de la RCIL fonderont le Cercle Proudhon, sans Sorel. Variot propose alors à ce dernier de créer une nouvelle revue ; ce sera l’Indépendance.
    L’échec de la Cité française est important car il explique à la fois la naissance de l’Indépendance (un titre qui, choisi par Sorel lui-même, prend alors tout son sens), tout comme il annonce son échec deux ans plus tard, à nouveau par l’amalgame qui sera fait entre la nouvelle revue, le philosophe et l’AF. Si Sorel manifeste un intérêt réel pour la mouvance de Maurras, il pense le faire de loin, en ne voulant surtout pas être confondu avec elle. Les premiers numéros de la revue, par les plumes y écrivant, les thèmes abordés et le comité de rédaction rassemblé témoignent de ce souci d’autonomie. Le projet éditorial cher à Sorel vise à parler d’art et de culture, avec certes une optique antimoderne mais, Sorel le précise à de nombreux correspondents, sans traiter de questions sociales ou politiques. La revue se met ainsi en place entre décembre 1910 et mars 1911, financée à parts égales par l’éditeur Marcel Rivière (éditeur de Sorel) et Jean Variot. Le recrutement des plumes et des noms pour le comité de rédaction se fait auprès des amis des deux hommes, notamment les réseaux artistiques de Variot. Le premier comité témoigne de l’objectif initial : avec Émile Baumann, René Benjamin, Paul Jamot, Ernest Laurent, Vincent d’Indy, Émile Moselly et les frères Tharaud, la revue rassemble des personnalités reconnues du monde des arts et des lettres, certes plutôt marquées à droite mais sans ostentation, surtout au regard de ce que deviendra la revue par la suite.
    Dès le départ cependant, l’Indépendant affiche une teinte résolument traditionaliste. Il s’agit en effet d’une revue combattant une modernité jugée décadente. Les vertus qu’elle exalte sont celles du travail, de la famille, de la terre et du sang. Son nationalisme, le plus souvent militariste, est également teinté de régionalisme. Catholique, la revue dénonce tant les anticléricaux que le modernisme. Dans le domaine des arts et des lettres, contre le romantisme, le symbolisme ou le naturalisme, elle développe un discours classique et une conception nationaliste et religieuse de l’art. Son antidémocratisme en fait une revue antiparlementaire, opposée à la république radicale et développant une conception élitiste mêlant, nous le verrons, libéralisme conservateur et monarchisme. Son anti-intellectualisme se traduit par des attaques violentes contre la Sorbonne et ses professeurs, et un anti-rationalisme virulent exaltant en retour des figures telles que Pascal ou Bergson. Enfin, son idéologie réactionnaire en fait une revue violemment antisémite, xénophobe, anti-protestante et anti-maçonnique. Mais est-elle maurrassienne pour autant ? […] la revue de Variot et Sorel n’accueille au départ aucun maurrassien […] L’Indépendance naît sans Maurras. Mais, en s’inscrivant dans cet univers intellectuel particulier, lui est-il possible d’éviter non seulement la contamination de ce discours prétendument indépendant par les idées de l’AF, mais aussi de se prémunir de tout amalgame ? » (p.64-65)
    « L’Indépendance voit son discours se radicaliser vers toujours plus de nationalisme, prêtant ainsi le flanc aux critiques et confusions avec les discours de l’AF. L’évolution des comités de rédaction et confusions avec les discours de l’AF. L’évolution des comités de rédaction témoigne de ces changements. Le 1er septembre 1911 (n°13), Elémir Bourges et René-Marc Ferry, fondateur au début du siècle de la revue Minerva (qui publia notamment Maurras et Barrès) remplacent Ernest Laurent et Paul Jamot, deux artistes par ailleurs amis. On peut supposer que Jamot comprend assez tôt que la ligne éditoriale de la revue ne correspond pas à celle annoncée, montrant un visage beaucoup plus politique et idéologique, pour ne pas dire polémique, qui a pu déplaire au conservateur du Louvre. Mais c’est le 10 octobre 1912 (n°36/37/38) que le changement le plus important s’opère. Aux côtés des anciens membres du comité, qu’Émile Moselly abandonne, sans doute par fidèlité à Péguy, les trois académiciens Maurice Barrès, Paul Bourget et Maurice Donnay prêtent leurs noms à l’Indépendance. Avec eux, deux autres hommes de lettres font leur entrée : Henri Chouard, jeune critique littéraire au maurrassisme notoire, et Francis Jammes, écrivain proche des milieux catholiques et réactionnaires. Au numéro suivant, le 15 novembre 1912(n°39/40), Jacques Gouverné, ami de Variot, occupe le poste de secrétaire de rédaction et entre au comité avec Jean Thogorma, autre proche de Variot, en février suivant (n°43). En termes de lisibilité, la revue se pose donc de plus en plus en organe, non pas artistique et culturel, mais traditionaliste.
    Tout tourne ici autour de Jean Variot qui, principal recruteur pour la revue, démarche certes auprès des milieux artistiques, mais aussi dans les cercles catholiques et, surtout, nationalistes. Via le jeune lorrain, diverses teintes du nationalisme français arrivent à l’Indépendance : les militaires, les barrésiens, et, finalement, des maurrassiens. La revue pourrait cependant être qualifiée de barrésienne plus aisément que de maurrassienne. Variot, en effet, est proche à la fois de la famille de Barrès et des milieux barrésiens. Dès janvier 1912, la revue publie des écrits posthumes de Charles Demange, neveu de Barrès, et Variot est très proche du fils de ce dernier, Philippe. Barrès lui-même finit d’ailleurs par entrer au comité de rédaction de la revue. La revue est en outre proche des Marches de l’Est, revue barrésienne animée par Georges Ducrocq.
    Quant aux royalistes, c’est toute une cohorte bigarrée qui arrive dans les colonnes de la revue, entre les vieux royalistes –Émile Baumann, Elémir Bourges- et les jeunes maurrassiens, pour la plupart venus du barrésisme : Henri Clouard donc, secrétaire de la RCIL, Jean Thogorma (pseudonyme d’Edouard Guerber), Jacques Gouverné, André Fernet, Robert Launay, un jeune historien nationaliste et royaliste, également collaborateur à la RCIL, René Benjamin ou encore Jean Longnon, de la RCIL, futur bibliothécaire de l’Institut d’Action française. […] Variot […] attire à l’Indépendance toute une série de « jeunes loups » dont Sorel aura par la suite à se plaindre. Ces jeunes critiques et écrivains subissent en ces années d’avant-guerre l’attraction littéraire, puis politique, du maurassisme, à partir d’un barrésisme originel. Le schéma est assez classique et rend compte de nombreuses trajectoires intellectuelles à l’époque. D’abord fascinés par Barrès, « professeur d’énergie », tous ces jeunes nationalistes ont ensuite trouvé chez Maurras les directions canalisant cette fougue. C’est d’ailleurs du bureau de l’Indépendance que ceux-ci (Variot, Gouverné, Clouard et Thogorma) écrivent à l’époque à Maurras pour le féliciter de son succès au procès contre Worms, juif attaqué par l’AF. Variot est ainsi proche des milieux maurassiens. […] Variot sera très proche de Maurras après la Guerre, avec notamment la Société de Littérature Française qu’il gérera et qui éditera de nombreux ouvrages de Maurras. Mais cette relation n’est qu’embryonnaire dans les années 1910. […]
    D’autres noms prêtent leur plume à l’Indépendance tout en étant proche de la nébuleuse maurrassienne. Paul Acker, ami de Péguy et barrésien, est à l’époque également maurrassien. […] René Benjamin, jeune essayiste à la plume vive qui, passée la Guerre, sera l’un des proches de Maurras, doit déjà éprouver, comme beaucoup de jeunes écrivains de sa génération, l’attirance de l’AF en ces années où débute sa carrière. Enfin, personnalité forte des rangs maurrassiens, Dom Besse, démarcheurs de l’AF dans les milieux catholiques, donne un article à l’Indépendance. Nous ignorons dans quelles circonstances Besse est contacté mais à la même époque, Variot entame une collaboration à l’Univers. Or, l’Univers, le vieux journal de Louis Veuillot, vient d’être annexé en 1912 par les catholiques d’AF. » (p.65-68)
    « C’est en libéraux que des hommes comme Sorel, Daniel Halévy, Georges Platon ou Gustave Le Bon criquent dans les pages de la revue l’ordre en place. En la matière, ils se distinguent bien de la critique maurrassienne et royaliste du même régime. Ces hommes sont des bourgeois libéraux, hommes d’élite attachés au droit et aux libertés fondamentales, mais chez qui l’ordre social et politique ne saurait être confié ni aux masses, ni à des professionnels de la politique. Le modèle parlementaire de ces hommes est la Rome patricienne et sénatoriale, l’Angleterre victorienne ou les Monarchies censitaires du début du XIXe siècle en France. Mais bien que ce libéralisme conservateur appartienne au discours social et politique de l’Indépendance, il n’est qu’un son de cloche dans la polyphonie traditionaliste de la revue. De même que les rédacteurs de l’Indépendance expriment des nuances distinctes d’un catholicisme tantôt social, tantôt mystique, de même que diverses conceptions du classicisme artistique et littéraire s’y rencontrent, on peut affirmer que, sur le plan politique, autour d’un commun credo antidémocratique et antiparlementaire, plusieurs approches sont exposées, au point d’apparaître finalement comme inconciliables. Car quand Sorel et ses amis critiquent l’ordre en place en exprimant le regret d’un ordre ancien, Variot et les siens évoluent de plus en plus vers l’espoir du retour d’un autre ordre social et économique, en la personne du roi. » (p.68-69)
    « L’anti-intellectualisme sorélien, l’admiration du philosophe pour Bergson, ne peuvent qu’éloigner Maurras de la revue animée alors par le philosophe. » (p.70)
    « Sorel reproche à […] Variot de faire, dans l’Indépendance, du journalisme nationaliste. […] Ses premières inquiétudes apparaissent à l’automne 1912 ; six mois plus tard, il quitte définitivement la revue. » (p.71)
    « Ce départ est enfin lié à l’insuccès de l’entreprise. L’Indépendance, bénéficiant d’une réputation au sein du microcosme intellectuel et littéraire parisien, se vend cependant très peu, n’a que quelques abonnés (49 à sa fondation, 69 en 1912) et constitue un naufrage financier. […] L’Indépendance, non seulement peine à trouver sa place dans un champ intellectuel déjà saturé et fortement marqué idéologiquement, mais se trouve aussi en position de concurrence forte avec de nombreuses autres revues d’idées : la NRF et la RCIL dans le domaine du classicisme, la RCIL encore et l’Action française dans celui de l’anti-démocratisme et du nationalisme, et les nombreuses revues catholiques pour ce qui est de la religion. […] Elle s’éteint en août 1913. » (p.72)
    -Thomas Roman, « L’Indépendance : avec ou sans Maurras ? », chapitre in Olivier Dard, Michel Leymarie & Neil McWilliam (eds.), Le maurrassisme et la culture. L’Action française. Culture, société, politique (III), Presses Universitaires du Septentrion, coll. Histoires et Civilisations, 2010, 370 pages, pp.61-72.
    « Né dans la tempête de l’affaire Dreyfus, le mouvement fait sa percée nationale surtout à partir de 1906, lors des événements qui suivent la loi de décembre 1905 concernant la séparation des Eglises et de l’Etat. » (p.83)
    « [Maurras] ne peut ignorer la questions des fondements philosophiques de sa doctrine. Assurer catholiques et athées nationalistes qu’au fond ils partagent –ou presque- le même telos, c’est là sans doute un défi pour Maurras. Mais au fur et à mesure que la présence catholique se renforce au sein de l’Action, ce défi devient une véritable gageure. » (p.85)
    « L’évolution de l’Action française dans les années 1906-1907 ne reflète pas seulement la volonté de s’opposer à la République sur le plan de la politique religieuse, mais elle traduit aussi le souci de rendre le mouvement plus attractif pour les catholiques y compris dans les domaines philosophiques et théologiques. L’Institut d’Action française, espèce d’université de la contre-révolution, est inauguré au mois de février 1906. Le positivisme est bien représenté au sein du corps de conférenciers qui donnent leurs cours à l’Hôtel des Sociétés savantes, rue Serpente. Ainsi la chaire « Auguste Comte » est-elle confiée à Léon de Montesquiou tandis que Maurras lui-même assume la responsabilité de la chaire « Empirisme organisateur », c’est-à-dire de l’enseignement de la politique selon une formule qui réunit le réalisme politique et une forme de pragmatisme dictée par l’idée de la synthèse subjective. Du côté catholique, le conférencier le plus distingué est sans doute l’historien de l’art Louis Dimier, également secrétaire général de l’Institut. Cet agrégé de philosophie, qui soutient en 1900 son doctorat ès lettres en histoire de l’art, est nommé sur la chaire « Rivarol » pour enseigner l’histoire des idées d’un point de vue contre-révolutionnaire. A côté de la chaire « Rivarol », est créée celle du « Syllabus », confiée à un ecclésiastique pour qu’y soient enseignés les principes de la doctrine sociale de l’Eglise et de toute politique catholique. Ce geste hautement symbolique rappelle le respect dû au grand acte d’intransigeance catholique : le Syllabus errorum de 1864 qui, attaché à l’encyclique Quanta cura de Pie IX, inventorie et dénonce les erreurs du monde moderne, surtout ceux issus du libéralisme. […]
    Au-delà des activités de l’Institut de l’Action française, l’affichage par le mouvement maurrassien d’une certaine hyper-orthodoxie catholique romaine est à son comble en 1907. On s’intéresse maintenant à la philosophie catholique et à la théologie, pas seulement à la politique religieuse. Au mois de septembre Pascendi, l’encyclique de Pie X dénonçant des doctrines modernistes en matière religieuse, est promulguée. Trois semaines plus tard, la revue L’Action française est assortie d’un supplément qui en donne le texte intégral. C’est l’occasion pour Maurras et l’Action française de s’enthousiasmer encore plus pour le pontificat de ce pape qui veut extirper le libéralisme du sein de l’Église catholique.
    Cependant, la logique de la démarche choisie par Maurras va vite se révéler boiteuse. Prôner en parallèle le positivisme comtien adapté à l’usage maurrassien et le catholicisme intransigeant –qu’on peut identifier en France à partir de 1905 à l’esprit combatif de Pie X- comme deux remèdes, également valables, aux malaises contemporains, paraît extrêmement risqué. Cette réforme intellectuelle et morale à deux vitesses laisse planer des doutes quand à la cohérence de la démarche. Qui plus est, au cours de la première décennie du vingtième siècle l’étoile d’Auguste Comte ne brille plus guère dans les milieux intellectuels, surtout parisiens. Déjà, vers 1890, quand Maurras avait fait sa propre lecture des écrits de Comte pour y chercher quelque lumière, ce n’était pas le grand prêtre de l’Humanité mais plutôt Ernest Renan et Hippolyte Taine qui incarnaient alors l’esprit vivant du positivisme aux yeux du grand public cultivé. Du côté de l’École normale supérieure et de la Sorbonne, le positivisme faisait depuis longtemps piètre figure devant le renouveau spiritualiste représenté notamment par Jules Lachelier et Émile Boutroux et, plus largement, devant le kantisme ambiant de l’Université. La nouvelle Revue métaphysique et morale, fondée en 1893, était d’ailleurs aux antipodes du positivisme. […] De toute façon, sauf Montesquiou, Maurras n’aura jamais réussi à convaincre ses disciples des mérites de la philosophie comtienne et du bien-fondé de l’idée d’une alliance politico-religieuse telle qu’elle avait été conçue par le fondateur du positivisme. Il est frappant de constater que Montesquiou ne fit de cours sur Auguste Comte à l’Institut d’Action française que durant ses deux premières sessions, en 1906 et en 1907. » (p.86-88)
    « Dimier, parmi les catholiques de l’Action française, s’est toujours montré récalcitrant devant l’idée comtienne d’une alliance politico-religieuse. En outre, la chaire « Syllabus » à l’Institut d’Action française pose un problème. Gaudeau, le deuxième titulaire de cette chaire, se détourne vite du mouvement pour fonder en 1908 La Foi catholique, revue mensuelle qui se proclame anti-kantisme ; en 1913 les batteries de cette revue intransigeante seront dirigées contre « le relativisme agnostique professé par quelques incroyants de l’Action française et notamment par M. Maurras ». » (p.88)
    « [Gilbert] Maire est royaliste ; il est également catholique ; mais à l’opposé d’Édouard Le Roy, grand disciple de Bergon et successeur de celui-ci au Collège de France, il n’est nullement tenté par le modernisme en matière religieuse. A l’époque de la Revue critique, c’est en défendant un Bergson rationaliste que le jeune Maire s’efforce de réconcilier le bergsonisme et le classicisme cher à Maurras et à l’Action française. C’est peine perdue. Au mois de janvier 1914 Maire se rend à l’évidence : comme il faut choisir entre ses deux maîtres, il démissionne de l’Action française. » (p.91)
    « Plus tard, c’est Lasserre [agrégé de philosophie] qui combat vigoureusement la philosophie de Bergson : en août et en septembre 1910 il consacre toute une série d’articles dans le journal L’Action française à « La philosophie de M. Bergson », et en janvier 1911 il revient sur le sujet à l’Institut d’Action française. Pour l’auteur de la thèse retentissante Le Romantisme français (1907), la pensée du professeur du Collège de France est contaminée par un penchant excessif à la sensibilité et au confus. Cependant, comme note avec pertinence François Azouvi, la critique de Lasserre n’est pas unilatérale. Ainsi Bergson est-il crédité de son rejet, depuis le temps des Données immédiates de la conscience, de l’intellectualisme néo-kantien. Mais, d’autre part, Bergson est jugé incapable de se hisser au niveau d’un Aristote, d’un Leibniz ou d’un Auguste Comte, tout simplement parce qu’il est juif ; on voit là toute la prégnance de l’antisémitisme maurrassien. » (p.92)
    « En 1911, Jacques Maritain s’abonne à L’Action française ; le jeune philosophe, naguère le disciple le plus prometteur de Bergson, converti au catholicisme depuis 1906, suit ainsi la consigne de son confesseur, le dominicain, Humbert Clérissac qui l’a initié au thomisme en 1909. S’il est difficile de dire si Maritain devient alors « maurrassien », il est en revanche établi que ce transfuge du bergsonisme entre dans la mouvance de l’Action française pour y rester jusqu’en 1927. » (p.93)
    « En 1912, Jaurès fait remarquer à Barrès que le philosophe d’Aix s’est épuisé et qu’il ne produit plus rien. La remarque paraît à peine exagérée : on attend toujours alors la publication d’un travail philosophique qui ferait suite à L’Action, la grande thèse de 1893, dont il refuse la réédition.
    […] C’est le long débat suscité par le manifeste pour un « Parti de l’Intelligence, rédigé par Massis et publié dans Le Figaro en juillet 1919, que Blondel s’en prend e nouveau eux idées du maître de l’Action française. » (p.95)
    « L’Action française de l’immédiat après-guerre est transformée ; Vaugeois est mort, Lasserre n’est plus au journal et Dimier claque la porte en 1920. Massis commence à laisser son empreinte intellectuelle sur le mouvement. Sur le plan national, le rapport des forces politiques est modifié : la République sort fortifié de la guerre et le choix entre la République ou le Roi s’éloigne encore plus. Pourtant, Maurras et l’Action française, devenue un mouvement conservateur, paraissent toujours sur une pente ascendante. En avril 1920 le principe d’une alliance entre catholiques et nationalistes sur la base des idées empruntées soit à saint Thomas soit à Auguste Comte est effectivement cautionné par le lancement de La Revue universelle ; Jacques Bainville en est le directeur, Massis le rédacteur en chef ; la rubrique « Philosophie » y est tenue par Maritain. En 1925, celui-ci publie, dans le sillage de ses Réflexions sur l’Intelligence, le livre Trois réformateurs : Luther, Descartes, Rousseau, de tonalité maurrassienne. Le prestige de Maritain rejaillit sur l’Action française. Mais, autant sa coopération avec Massis se révèle fructueuse, autant la condamnation romaine de décembre 1926 est catastrophique. Quand il publie Primauté du spirituel en août 1927, le thomisme de celui qui fut un des premiers disciples de Bergson n’est désormais plus au service de Maurras et de l’Action française. » (p.96-97)
    -Michael Sutton, « Le maurrassisme face aux philosophies bergsonienne et blondélienne », chapitre in Olivier Dard, Michel Leymarie & Neil McWilliam (eds.), Le maurrassisme et la culture. L’Action française. Culture, société, politique (III), Presses Universitaires du Septentrion, coll. Histoires et Civilisations, 2010, 370 pages, pp.83-97.
    « C’est la guerre et les débats qu’elle suscite en France qui lui confèrent une crédibilité et une réputation de prescience intellectuelle dont le mouvement ne jouissait pas avant 1914. […] La guerre a rendu la nation française à la fois plus soupçonneuse envers les influences étrangères et plus réceptives aux injonctions de « retour à la culture française » (pour emprunter le titre d’un des plus débattus et des plus importants essais des années de guerre [René Doumic, « Le Retour à la culture française », Revue des Deux Mondes, t.24, 15 novembre 1914, p.317-328]). » (p.121)
    « Jusqu’au début des années vingt, le cosmopolitisme intellectuel caractérise la Sorbonne d’avant-guerre et l’Action française déplore profondément ce fait ; il n’a pas complètement disparu de la scène publique mais il ne détient certainement plus une autorité absolue au sein ou à l’extérieur de la communauté académique française. […] Le « nationalisme intellectuel » […] se propose d’emblée de répudier comme non patriotique –voire comme un acte de trahison- l’adoption de la philosophie allemande, si indéniablement si présente dans la communauté académique française après la guerre franco-prusienne. […] L’attitude anti-kantienne et le néoclassicisme sont eux aussi chéris par la critique culturelle de l’Action française à partir de 1914. » (p.121-122)



    Dernière édition par Johnathan R. Razorback le Jeu 16 Mai - 15:49, édité 1 fois


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    « La racine de toute doctrine erronée se trouve dans une erreur philosophique. [...] Le rôle des penseurs vrais, mais aussi une tâche de tout homme libre, est de comprendre les possibles conséquences de chaque principe ou idée, de chaque décision avant qu'elle se change en action, afin d'exclure aussi bien ses conséquences nuisibles que la possibilité de tromperie. » -Jacob Sher, Avertissement contre le socialisme, Introduction à « Tableaux de l'avenir social-démocrate » d'Eugen Richter, avril 1998.

    "La vraie volupté est remportée comme une victoire sur la tristesse [...] Il n’y a pas de grands voluptueux sans une certaine mélancolie, pas de mélancoliques qui ne soient des voluptueux trahis." -Albert Thibaudet, La vie de Maurice Barrès, in Trente ans de vie française, volume 2, Éditions de la Nouvelle Revue Française, 1919, 312 pages, p.40.

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    Olivier Dard (dir.), Le maurrassisme et la culture. L’Action française. Culture, société, politique Empty Re: Olivier Dard (dir.), Le maurrassisme et la culture. L’Action française. Culture, société, politique

    Message par Johnathan R. Razorback le Dim 11 Nov - 15:15

    « De manière significative, et Daudet et Lasserre trouvent des éditeurs hors de la communauté établie des imprimeurs fidèles au nationalisme intégral. Les essais de Daudet paraissent sous le titre Contre l’esprit allemand : de Kant à Krupp dans Le Correspondant, qui a, avant 1914, exprimé peu de sympathie envers les idées de l’Action française ; ceux-ci sont republiés en 1915 par la maison d’édition catholique Bloud et Gay. Lasserre publie Le germanisme et l’esprit humain chez Edouard Champion. Il développe l’idée que la meilleure défense contre le « subjectivisme kantien » est le retour vers la tradition classique dans deux autres essais qu’il fait paraître dans La Revue hebdomadaire. » (p.123-124)
    « Les efforts de l’Action française pour discréditer la Troisième République en l’identifiant, directement ou par insinuation, avec les trop critiqués principes de la philosophie allemande, atteignent leur apogée en 1917, quand Maurras et Henri Vaugeois dénoncent tous les défenseurs des principes kantiens, y compris le président américain, comme des agents ennemis travaillant pour la destruction de la France et la victoire de l’ennemi [Maurras, « Kant et M. Wilson, Action française, 16 février 1917]. » (p.128)
    « Les divisions critiques parmi les intellectuels, évidentes pendant l’affaire Dreyfus, n’ont aucunement disparu pendant la phase de l’Union sacrée. » (p.130)
    -Martha Hanna, « Contre Kant et la Kultur. La critique culturelle de l’Action française pendant la Grande Guerre », chapitre in Olivier Dard, Michel Leymarie & Neil McWilliam (eds.), Le maurrassisme et la culture. L’Action française. Culture, société, politique (III), Presses Universitaires du Septentrion, coll. Histoires et Civilisations, 2010, 370 pages, pp.121-130.
    « Il est une autre composante de la pensée raciale de cette seconde moitié de XIXe siècle qui aurait pu séduire Maurras, celle qui prend source dans les premiers écrits de Gobineau au milieu du siècle et qui connaît un renouveau notable à partir de la seconde moitié des années 1880, sous la plume et le compas de Georges Vacher de Lapouge. Cette pensée caractérisée par une idéologie conservatrice et aristocratique présentait plus d’affinités avec les milieux de l’Action française. Elle a effectivement exercé une certaine attraction sur la jeune équipe de l’Action française du tournant des XIXe et XXe siècles, une revue alors ouverte aux théories nationalistes les plus anticonformistes, se tournant vers Nietzsche, la libre pensée, malmenant le christianisme. »
    -Carole Reynaud-Paligot, « Maurras et la notion de race », chapitre in Olivier Dard, Michel Leymarie & Neil McWilliam (eds.), Le maurrassisme et la culture. L’Action française. Culture, société, politique (III), Presses Universitaires du Septentrion, coll. Histoires et Civilisations, 2010, 370 pages, pp.111-119, p.112.
    « Suivant Lasserre à travers les louanges du « sage délire d’un Charles Maurras sur l’Acropole », et, s’inspirant du discours disciplinaire de Bernard, Henri Chouard, l’un des promoteurs acharnés de la Renaissance maurrassienne, s’enquit, dans Les Disciplines, nécessité littéraire et sociale d’une renaissance classique, livre-manifeste qui paraît à l’apogée de la controverse du classicisme [1908-1914] en 1913, « Quand allumerons-nous des lampes joyeuses au-dessus d’un petit livre classique et français où l’autobiographie atteindrait à la métaphysique morale ? » Pour mieux saisir le sens de cette phrase, il nous faut revenir deux ans en arrière où, dans son article « Charles Maurras et la critique des lettres », paru dans la Revue critique des idées et des livres, comparant le style de Maurras à celui de Xénophon dans Economique […] Ce sont des mots qui renvoient à l’autoportrait de Maurras dans Anthinéa et évoquent son esthétique politique, source d’énergie nationale pour les jeunes maurrassiens de l’époque […]
    Cependant, une étude plus détaillée de cet enthousiaste portrait que nous offrent Lasserre et Clouard révèle qu’il ne correspond pas tout à fait à l’image du poète-critique, censé baigner dans l’harmonie classique telle que le peint Maurras dans Jean Moréas et Anthinéa. En effet, en guise de conclusion à son article, comparant Maurras à Nietzsche, Lasserre déclara : « Ce que Maurras combat au grand jour avec les armes simples de la raison, Nietzsche le décompose parmi les minuties et les odeurs du laboratoire. » Cette dernière observation, observation savante de la part d’un Lasserre germanophile, coûtera bien cher à Maurras car quelques années plus tard il aura à soutenir les attaques assidues du père Lucien Laberthonnière et de l’abbé Jules Pierre, ce qui lui vaudra à la longue une première mise à l’index de ses livres de jeunesse par le Saint-Siège, en 1914, laquelle sera suivie par une seconde, plus définitive, en 1926. D’autre part, la germanophilie chez Lasserre, telle que ce dernier la justifiera dans Mes Routes (1922), sera source de rupture entre lui et l’Action française à la veille de la Grande Guerre. Depuis ce moment, l’écriture de Maurras commencera à acquérir un ton plus défensif, ce qui le poussera à déconsidérer publiquement ses propres disciples afin d’atténuer la sévérité de Rome. » (p.165-167)
    « Il n’existe aucun correspondance entre Maurras et Laberthonnière. La critique que ce dernier fit à Maurras fut faite dans le débat qu’il entretint avec le jésuite Pedro Descoqs, fondateur de la revue Archives. […] La seule référence directe à Laberthonnière que semble avoir faite Maurras se trouve dans une note de Trois idées politiques :
    « Un écrivain libéral ennemi résolu de l’Action française et médiocrement respectueux de la vérité, M. Laberthonnière, a voulu tirer de ces réflexions sur le déisme inorganique une conséquence opposée à l’esprit et à leur texte, mais favorablr aux tristes rêveries que ce malheureux nous impute. D’après lui, le déisme catholique ne trouve grâce devant nous qu’à titre d’instrument de règne mis à disposition non pas même du bien public, mais, ce qui fait une seconde fausseté, d’une race de forts conçue à la façon du barbare Nietzsche. Malheureusement pour cette ingénieuse et audacieuse folie, la phrase où je fais observer que la condition imposée au déisme catholique était de s’élever, par le nom de Dieu, « à des idées plus générales, à de plus généreux sentiments », cette petite phrase exclut de ma pensée toute imagination de cet ordre et renverse de fond en comble l’édifice de M. Laberthonnière. » Maurras, Œuvres capitales, essais politiques, Paris, Flammarion, 1954, p.89-90. » (note 19 p.166)
    « C’est surtout l’Abbé Jules Pierre qui mènera une attaque soutenue contre Maurras. Voir Pierre, Abbé Jules. Avec Nietzsche à l’assaut du christianisme : exposé des théories de « l’Action française » suivi de leur réfutation par les principaux représentants de la tradition catholique : Saint Thomas d’Aquin, Bossuet, Bonald, J. de Maistre, Le Play, Louis Veuillot, Balmès, P. Ventura, P. Félix, etc., Limoges : Imprimerie Pierre Dumont, 1910 ; Les Nouveaux défis de l’Action française à la conscience chrétienne, 1912-1913, Paris, C. Amat, 1913 ; Réponse à M. Maurras (1ère partie). « L’Action française » et ses directions païennes, Paris, C. Amat, 1914 ; « L’Action française » en 1923 ; sa méthode « par tous les moyens ! » son patriotisme, sa morale et sa religion, Paris, bureaux de « l’Ouest-Éclair », 1923 ; Comment les monarchistes entendent la défense de l’Église, Histoire d’hier et d’aujourd’hui, Paris, M. Giard, 1926 ; La « Gageure folle », ou l’Apologétique et l’orthodoxie de M. Charles Maurras jugées par des théologiens antimodernistes et antidémocrates, et lettre au R. P. Pègues, O. P., avocat de M. Maurras, Paris, M. Giard, 1926 ; Lettre à un catholique d’ « Action française ». Dangers et responsabilités des catholiques à l’ « Action française », Paris, M. Giard, 1926 ; L’immoralisme de M. Charles Maurras, ou Trente années de guerre contre la morale chrétienne, Paris, M. Giard, 1927. » (note 20 p.166)
    « En 1926, Maurras et l’Action française se voient condamnés par Rome. Plusieurs œuvres de jeunesse de l’auteur – Le Chemin de paradis, Anthinéa, Trois idées politiques, L’avenir de l’intelligence et La politique religieuse- mises à l’index librorum prohibitorum en 1914 sous Pie X, furent de nouveau interdites par Pie XI.
    Condamnation qui fut particulièrement dure puisqu’il était interdit aux catholiques de lire l’Action française sous peine d’être exclus des sacrements, et de ne pas pouvoir être ni mariés ni enterrés religieusement. » (note 21 p.167)
    « Le classicisme plus ouvert que propose Clouard mène ce dernier à embrasser certains auteurs, tels que Proudhon, Renan et Comte, parmi d’autres, que Maurras jugeait suspects par leur appartenance au XIXe siècle, siècle qu’il avait condamné depuis l’École romane comme étant purement romantique, et que l’abbé Pierre accuse, Maurras inclut, de nietzschéisme et d’athéisme. Une discorde naquit entre Maurras et l’équipe des jeunes maurrassiens de la Revue critique, lorsque celle-ci, à l’occasion de l’apparition des premiers volumes des Œuvres complètes de Stendhal édités par Honoré et Edouard Champion, consacre le numéro du 10 mars 1913 à Stendhal et annonce la création d’un Prix Stendhal. Bien que ce petit incident soit passé presque inaperçu dans l’aparté de l’histoire littéraire que représente la querelle du classicisme, il laisse paraître une brèche dans la ligne de front soutenue par les maurrassiens. » (p.168)
    « « L’homme supérieur », épithète avec lequel Clouard ennoblit Stendhal, évoque sans aucun doute le « Ubermensch » de Nietzsche, concept à partir duquel Maurras avait subtilisé dans son « Prologue d’un essai sur la critique » en 1898 son idée de « l’homme parfait », « [c’est] un homme qui remplisse exactement l’idée de notre condition commune et qui puisse nous servir de modèle à tous », par opposition à « l’homme idéal » dont on se sert, déclare-t-il, « toutes les fois qu’on veut parler allemand ». Et comme si son « homme supérieur » n’avait pas assez jeté de l’huile sur le feu, dans son zèle Clouard lâche un mot qui provoquera une réaction dure chez Maurras : les personnages de Stendhal participent « dans le cortège des âmes supérieures qui vient du fond des temps classiques pour consoler la nostalgie née des démocraties modernes. En un siècle de bourgeoisie et de pensée corrompue, le culte des héros de Stendhal pourrait ressusciter l’énergie, réveiller la passion en la sublimant » [Clouard, « La Tradition du roman psychologique », Revue critique, 613, 614].
    Quelques jours plus tard, sous la plume de Criton, un Maurras indigné demande dans l’Action française du 16 mars : « La Revue critique des Idées et des Livres a-t-elle donné un exemple de « désintéressement politique » en fondant un prix Stendhal et en consacrant à Stendhal tout un numéro ? » (p.169)
    « Lasserre et Clouard s’éloignent de l’Action française dès la veille de la guerre et cessent tout contact avec Maurras. Cependant, une lecture plus attentive de leurs écrits après l’Action française et Revue critique révèle un moi qui, à travers des commentaires, des confidences, voire même des lacunes, voulues, continue de cibler Maurras. Lassere qui se convertit au libéralisme après la guerre passe son temps à justifier cet acte, mais aussi ces actions d’avant-guerre, surtout dans les préfaces de ses essais-souvenirs. En 1922, dans Cinquante ans de pensée françaie, Lasserre s’exclame : « l’étude sur le « Germanisme et l’esprit humain », publié en 1916 par la Revue bleue, a choqué certaines personnes, comme étant trop favorable à l’Allemagne. Ces personnes sont difficiles ! » Quatre ans plus tard, il avoue dans la préface à Faust en France : « Un esprit qui étudie et produit sans se transformer a quelque chose de mort en lui. Mais je n’ai connu pendant ce temps aucun brusque changement de direction, rencontré aucun chemin de Damas. J’espère seulement avoir progressé, m’être élargi et accru. »
    Mais c’est dans les Nouvelles Littéraires que Lasserre se laisse aller à une critique plus pointilleuse vis-à-vis du maurrassisme : « Les disciplines intégraux sont toujours médiocres. On en voit trop de cette sorte aujourd’hui, et qui veulent faire la loi. » [« L’Esprit libéral », Nouvelles littéraires, 30 juin 1928] » (p.170-171)
    -Gaetano DeLeonibus, « Discordances du classicisme maurrassien », chapitre in Olivier Dard, Michel Leymarie & Neil McWilliam (eds.), Le maurrassisme et la culture. L’Action française. Culture, société, politique (III), Presses Universitaires du Septentrion, coll. Histoires et Civilisations, 2010, 370 pages, pp.161-172.
    « Le 18 juillet 1906 eut lieu en amphithéatre de Sorbonne un événement qualifié presque trente ans plus tard par Gilbert Maire, ancien disciple de Bergson et apostat royaliste, de « coup de foudre ». La soutenance de thèse du jeune critique Pierre Lasserre, présentée sous le titre apparemment anodin de Romantisme français. Essai sur la révolution dans les sentiments et dans les idées au XIXe siècle provoqua une controverse qui garantit la célébrité de son auteur. D’après Maire, la confrontation constitua une victoire hautement symbolique :
    « Le talent, l’audace du candidat avaient triomphé des dispositions du jury. Ses ripostes cinglantes avaient brisé les perfidies d’Aulard, les insolences de Basch. Dans ce combat oratoire que la sympathie du public faillit transformer en mêlée générale, la Sorbonne avait dû s’avouer vaincue. Elle en gardait comme la meurtrisure d’une gifle sur un visage. » [Maire, Bergson, mon maître, Paris, Grasset, 1935, p.149]
    La publication de la thèse en 1907 renouvela la controverse et redoubla les éloges. Le jeune militant royaliste Henri Clouard félicita l’auteur d’avoir offert une formule qui marqua un « retour conscient, et magnifiquement motivé, à l’Ordre, au Classicisme intégral ». Déclarant que ce livre de critique était « un livre de vie », il indiqua la dette que devait Lasserre, ainsi que bien de ses contemporains, à l’exemple de Charles Maurras : « Une forte part de la France pensante lui doit d’avoir éliminé l’anarchie des sentiments et de la pensée. Il fut un précurseur. » (p.173)
    « Dès le début des années 1890 et la fondation avec Jean Moréas de l’École romane française, Maurras met en cause le romantisme. Avec des titres aussi célèbres que ses Amants de Venise, analyse mordante de la liaison entre Alfred de Musset et George Sand apparue en 1902, et L’Avenir de l’intelligence, publié en 1905 avec des chapitres consacrés au « romantisme féminin », Maurras pose les termes du débat bien avant l’irruption sur scène de Lasserre. Mais, il importe de reconnaître que le réquisitoire prononcé contre le romantisme par des personnalités royalistes se situe au cœur d’un débat plus large et aux implications multiples, influencé par des penseurs comme Friedrich Nietzsche, Henri Bergson, et Charles Darwin, et formé par des discours concernant, entre autres, la dégénérescence nationale, le mysticisme religieux, la hiérarchie sociale et l’émancipation de la femme. La centralité symbolique du romantisme, ainsi que la longevité de ces débats qui se poursuivent jusqu’aux années 30, forment bien sûr un pôle d’une dialectique politico-esthétique dont le terme opposé, le classicisme, figure largement dans les études consacrées au maurrassisme culturel. […]
    En 1907, l’année de la publication du livre de Lasserre, Maurras lui-même déclara : « la moitié au moins de ma vie intellectuelle s’est dépensée à la critique du sentiment et du goût romantiques » [Lettre à Serge Basset, publiée dans Le Figaro du 27 février 1907, citée d’après Ivan P. Barko, L’Esthétique littéraire de Charles Maurras, Genève, Droz, 1961, p.107]. Cette affirmation rappelle l’observation, faite d’ailleurs non seulement par Maurras mais aussi par d’autres militants [par exemple, Louis Dimier, « Chronique artistique », L’Action française, 17 mars 1912 : « si quelques-uns de nous sont devenus royalistes, il faut qu’on sache que l’aversion pour le romantisme […] y a été pour beaucoup. »], que leur engagement politique fut le fruit d’une prise de conscience esthétique. Pour ce qui concerne les tares attribuées au romantisme, Maurras en avait identifiés trois principales dans Trois Idées politiques, publié en 1898 : « manque d’observation, arrêt du sens critique, lésion profonde de la faculté logique ». Attribuant cette maladie mentale aux conséquences de la Révolution française –et surtout à l’exemple de son précurseur Rousseau-, Maurras condamna le romantisme comme la manifestation culturelle d’un individualisme qui avait porté un coup fatal aux structures traditionnelles de l’autorité politique. » (p.174-175)
    « La bizarrerie formelle discernée par Maurras dans la poésie de ces femmes romantiques est liée aussi à ce qui constitue leur aberration : elles sont des « métèques indisciplinées », et, dans le cas de Lucie Delarue et de Renée Vivien, des lesbiennes notoires. En tant que femmes et étrangères, elles sont jugées insensibles à l’esprit français fondé sur la logique et exprimé par le classicisme. Leur art est le produit d’une sensibilité déréglée que Maurras considère irrévocablement autre. Ainsi constitué, le féminin représente tout ce qui est hostile aux valeurs authentiquement françaises : codé comme féminin, le romantisme n’est rien moins que castrateur. Les femmes-artistes, comme le quatuor présenté par Maurras ou comme Georges Sand, qui incarne pour Daudet « une erreur de la nature, qui lui avait donné la violence du mâle dans un organisme féminin » [Daudet, Le Stupide XIXème siècle, 1922, in Souvenirs et polémiques, Paris, Robert Laffont, 1992, p.1229], symbolisent une anarchie sexuelle ressentie comme autrement plus grave dans le domaine masculin. […] Maurras lui-même est formel : le Romantisme entraîna chez les mieux organisés un changement de sexe, et il passe en revue ses victimes, de la « prodigieuse coquette » Chateaubriand jusqu’à Baudelaire et Verlaine, ces « vieilles coureuses de sabbat », en passant par Musset, « une étourdie vainement folle de son cœur ».
    Cette réaction hystérique envers un romantisme féminin dans le plein sens du terme semble être un symptôme de ce que plusieurs historiens ont identifié comme une crise de la masculinité à la fin du XIXe siècle. La période voit une renégociation difficile des rapports entre les sexes, grâce surtout à l’apparition de la « Femme nouvelle » avec ses réclamations d’une liberté personnelle et politique plus large. Exacerbée par une crise de confiance entraînée par l’échec militaire de 1870, cette renégociation provoqua une résistance qui visa à la restauration de l’équilibre soi-disant naturel entre les sexes. Les milieux conservateurs et nationalistes furent particulièrement virulents dans leur opposition à l’accès des femmes à l’instruction et à des campagnes féministes qui réclamaient une plus large autonomie civile, professionnelle et culturelle. Pour des personnalités comme Edouard Drumont, Jules Lemaître ou Gustave Le Bon, ainsi que dans la presse catholique, la famille représentait le domaine privilégié, voire exclusif, de la femme, jugée inapte à assumer un rôle plus actif dans la société. C’est ainsi que le publiciste Victor Joze caractérise la femme en 1895 comme « une espèce de grand enfant nerveux, incapable de juger les choses à froid, avec justesse et bons sens. Voilà pourquoi les écrits de la plupart des bas bleus sont remplis de tant d’exagérations, d’emballements inutiles, de phrases épatoires et vides… ». Vue d’une telle perspective, l’émancipation féminine, et les prétentions qui en découlaient, faisaient violence à la nature véritable de la femme et compromettaient la survie de l’ordre social. Dans un réquisitoire contre le féminisme publié en 1897, Maurras est formel : la « curieuse interversion de sexes qui se produit autour de nous » n’était autre que le symptôme d’une crise radicale sapant les fondements de la société française :
    « Tout a beaucoup changé, malheureusement. […] Il y a crise philosophique et religieuse, crise politique, crise économique, dont les mœurs éprouvent et doivent éprouver le contre-coup naturel. » [Maurras, « Le Féminisme », La Revue encyclopédique, vol. 7, n°191, 1 mai 1897, p.355 et 356]
    La dénatalité, grave sujet d’inquiétude à droite, fut perçue comme symptôme d’un affaiblissement de la hiérarchie familiale par une vague d’individualisme qui menaçait le beau sexe et entraînait « la pseudo-virilisation de la femme ». Dépréciée en tant que créature dénaturée en voie d’assumer une identité masculine, la « femme nouvelle » fut perçue comme une menace aussi nocive que le socialisme, l’anticléricalisme ou le protestantisme, victime d’une « maladie anti-française » cosmopolite et perverse. Selon ses ennemis, le féminisme entraînait « une glorification de l’instinct », vaine tentative de compenser l’infériorité intellectuelle du sexe, qui encourageait l’irruption des femmes dans le monde artistique et littéraire, où elles se faisaient remarquer par un saphisme effronté dont Renée Vivien, la bête noire de Maurras, devint exemplaire.
    Cette image de confusion sexuelle se complique au tournant du siècle dans le climat conflictuel provoqué par l’affaire Dreyfus. Pour les publicistes anti-dreyfusards –dont les militants de l’Action française- les hommes de lettres ralliés autour du Capitaine, ainsi que Dreyfus lui-même, sont souvent dénigrés en tant que figures féminisées. L’intellectuel dreyfusard est doué, dans le discours nationaliste, de traits qui suggèrent son insurmontable altérité : physiquement, il est faible et sans énergie ; moralement, il est narcissique et indifférent à ses obligations envers la patrie ; socialement, il fréquente un monde à part, cosmopolite et efféminé. » (p.177-180)
    « Comme l’a bien montré François Azouvi, le bergonisme est ciblé par Maurras et ses proches à partir de 1907 sous le signe de « La Défense de la raison » titre d’un article annonciateur signé par Louis Dimier qui s’en prend aux « droits de l’instinct et du sentiment » promus par le philosophe [Dimier, « La Défense de la raison », L’Action française, 1 octobre 1907]. Les origines juives et les sympathies dreyfusardes de Bergson accentuent la virulence de la critique d’une doctrine perçue comme anti-française dans le défi qu’elle présente à la tradition rationaliste. Mais l’altérité du bergsonisme froisse d’autres sensibilités, révélées en 1914 quand Maurras dénonce le « romantisme féminin » du philosophe. » (p.181)
    « Inspiré par une interprétation particulière de Nietzsche, qu’il découvre au milieu des années 1890, Lasserre exalte le classicisme […] Se référant surtout au Gai Savoir, Lasserre souligne la faiblesse et le sensualisme du romantique […] L’art est ainsi réduit à un « vertige sensuel » [« Nietzsche et l’anarchisme, L’Action française, vol 1, n°11, 15 décembre 1899, p.659] Là encore, on est confronté à un schéma, calqué sur Nietzsche, qui aligne des valeurs négatives codées comme féminines, opposées à des antithèses positives qui portent des connotations viriles : esclave contre élite, corps contre esprit, sentiment contre raison. » (p.182-183)
    « Si la génération de 1914 évolua vers une accomodation avec l’héritage romantique, à la veille de la Seconde Guerre mondiale, une nouvelle vague de militants –Robert Brasillach, Thierry Maulnier et d’autres- poursuivit les fantômes du XIXème avec une férocité attisée par l’intransigeance non diminuée de Maurras lui-même. [voir Paul Renard, L’Action française et la vie littéraire (1931-1944)] » (p.184)
    -Neil McWilliam, « Qui a peur de George Sand ?: Antiromantisme et antiféminisme chez les maurrassiens », chapitre in Olivier Dard, Michel Leymarie & Neil McWilliam (eds.), Le maurrassisme et la culture. L’Action française. Culture, société, politique (III), Presses Universitaires du Septentrion, coll. Histoires et Civilisations, 2010, 370 pages, pp.173-184.
    « Dans le véritable culte dont le XIXe siècle avait entouré le Moyen Age et les primitifs Dimier voyait un des effets les plus néfastes de la Révolution sur la culture. La Révolution avait introduit une fracture dans le goût, brisant la continuité d’une tradition critique qui reconnaissait dans la Renaissance italienne, puis dans l’art français du XVIIe siècle, le sommet de l’histoire artistique de l’Europe. » (p.216)
    « Par cet attachement à l’idée de tradition s’explique aussi le mépris dont Dimier a toujours fait preuve à l’égard de son temps. Le XIXe siècle s’ouvre sur ce qu’il désignait sous le nom éloquent de « révolution davidienne ». En supprimant l’Académie des Beaux-arts, David a décrété la fin du système traditionnel d’organisation et de contrôle de l’activité artistique, laissant libre cours à l’anarchie des principes et des méthodes. » (p.217)
    -Michela Passini, « Louis Dimier, l’Action française et la question de l’art national », chapitre in Olivier Dard, Michel Leymarie & Neil McWilliam (eds.), Le maurrassisme et la culture. L’Action française. Culture, société, politique (III), Presses Universitaires du Septentrion, coll. Histoires et Civilisations, 2010, 370 pages, pp.209-218.
    « Henri Massis occupe une place à part. Il n’est pas un doctrinaire ni une plume marquante du quotidien dans lequel il n’a pas écrit. […] Pourtant, depuis ses premiers échanges épistolaires avec Maurras en 1912 et surtout son rapprochement avec l’AF au lendemain du premier conflit mondial, Henri Massis a été en contact quotidien avec elle […] Le catholique militant Henri Massis, contrairement à son ami Jacques Maritain, a fait le choix de la fidélité au maurrassisme même « quand Rome a parlé ». » (p.219)
    « Dès avant 1914, Henri Massis est un critique politique reconnu dont l’écho de l’essai de 1927, Défense de l’Occident ne doit pas faire négliger ses autres ouvrages politiques, de Chefs à L’Europe en question en passant par Découverte de la Russie. […]
    Dès la publication de la célèbre enquête d’Agathon, il fait montre de son intérêt pour la jeunesse, dont il est alors une des figures emblématiques, et se place d’emblée à travers un goût marqué pour les débats autour de la génération ou de la relation maître-disciple, comme un homme qui reçoit, diffuse mais aspire aussi à donner. Massis est en effet, après le premier conflit mondial, un remarquable éveilleur pour toute la Jeune droite, de Fabrègues à Maxence, de Brasillach à Maulnier. Massis est aussi un entrepreneur culturel et politique via la rédaction de manifestes et surtout la mise sur pied de revues, du Roseau d’Or à la Revue universelle dont il est, avec Jacques Bainville, la principale cheville ouvrière.
    Figure majeure de la scène intellectuelle française, Henri Massis est encore, un des maurassiens les plus diffusés à l’étranger. Défense de l’Occident a été traduit en anglais, en allemand et en espagnol (Massis y a été traduit avant Maurras). Par la suite, et dans le prolongement des Cadets de l’Alcazar, les ouvrages de Massis ont été principalement diffusés dans la péninsule ibérique et en Argentine. Par la diffusion de ses idées mais aussi de ses récits et témoignages (en particulier sur Maurras), Henri Massis peut être considéré comme un ambassadeur de la culture maurrassienne. » (p.220)
    « Littérature, religion et politique scandent ainsi un cheminement intellectul entamé au lycée Condorcet, où il est l’élève d’Alain (1903), puis poursuivi en lettres à la Sorbonne où il obtient une licence de philosophie en 1908. C’est aussi le temps des rencontres d’Anatole France (vu chaque mercredi à la villa Said entre 1905 et 1907), de Maurice Barrès (visité à Neuillt ou dans sa permanence de député des Halles) ou encore d’Henri Bergson dont il suit les cours au collège de France et qu’il va voir le dimanche matin à la villa Montmorency. La vocation littéraire de Massis s’affirme et se traduit par un premier ouvrage sur Zola remarqué par Émile Faguet, un étude sur La Pensée de Maurice Barrès et les deux célèbres ouvrages publiés, avec Alfred de Tarde, sous le pseudonyme d’Agathon, L’esprit de la nouvelle Sorbonne et Les jeunes gens d’aujourd’hui. […]
    Henri Massis est une figure marquante du jeune renouveau catholique de l’avant 14. Bergson a joué, comme pour d’autres (de Psichari à Maritain en passant par Etienne Gilson et Gilbert Maire), un rôle essentiel dans cette évolution même si, après avoir été adulé, le philosophe a été rejeté. » (p.221)
    « Henri Massis existe intellectuellement et éditorialement avant sa rencontre avec Maurras et l’Action française dont les débuts, qu’il s’agisse de la ligue ou du quotidien, ne l’ont nullement marqué. Il a raconté son premier contact, alors qu’il déambule dans les Halles, en compagnie de Barrès, avec des affiches annonçant au printemps de 1908 la naissance de « l’Action française, organe quotidien du nationalisme intégral » : « Ce journal, ces hommes, ces noms m’étaient presque inconnus ! Mais pour Barrès, je compris que la chose était d’importance. [Massis, Maurras et notre temps. Entretiens et souvenirs, Paris, Plon, 1961 [1951], pp.44-45]. Massis n’est pas alors complètement fixé sur le plan politique. Certes, il appartient à la galaxie nationaliste mais il est barrésien et non maurrassien. » (p.221-222)
    « Il fut l’acteur majeur de deux des manifestes les plus importants de l’histoire intellectuelle de l’entre-deux-guerres, le manifeste « Pour le Parti de l’Intelligence » du 17 juillet 1919 et le manifeste « pour la défense de l’Occident » publié le 4 octobre 1935. Les lieux de publication (Le Figaro et Le Temps) montrent que Massis a ses entrées bien au-delà des organes de la presse nationaliste. La liste (54 puis 64 noms) et le statut des signatures sont à chaque fois imposants. Massis attire mais surtout est capable de fédérer, en particulier en 1935, les droites intellectuelles, des académiciens à la Jeune Droite. Il y a chez lui une incontestable maîtrise de l’exercice qui repose sur l’héritage des premières enquêtes mais aussi sur sa connaissance intime des milieux qu’il veut rallier : la Revue universelle est un pont entre l’Action française et la Revue des deux mondes. » (p.226-227)
    « Face à la NRF, Massis tenta, avec Maritain de monter une forme de NRF catholique avec la collection du Roseau d’Or publiée chez Plon. La condamnation de l’Action française et leurs divergences profondes à ce sujet eurent raison d’une telle collaboration. Evoquer Massis comme entrepreneur culturel, c’est d’abord souligner qu’il fut le rédacteur en chef puis, après la mort de Bainville en 1936, le directeur de la Revue universelle dont le premier numéro est paru le premier avril 1920. L’entreprise est née de la volonté de Maurras, appuyé alors par Maritain, et reprend à son compte le titre d’une publication du début du siècle que Maurras s’est fait céder. La Publication est administrée par la Société française de publications périodiques qui nomme Massis rédacteur en chef et lui en confie la gestion, tâche lourde quand on songe que la publication titre selon Eugen Weber à 5000 exemplaires en 1921 et 8000 en 1930. Quoique la ligne éditoriale soit fixée par Bainville et Massis dans les réunions hebdomadaires du lundi, c’est à Massis, appointé pour ce faire, qu’il appartient de faire tourner la publication. Son rôle est donc beaucoup moins important comme auteur (même s’il lui a donné différents articles importants de critiques littéraire et de politique) que comme organisateur. Massis a su en effet faire écrire plusieurs centaines d’auteurs entre 1920 et 1940. Si l’Action française et ses périphéries y sont représentées, ce qui frappe c’est la capacité à attirer dans la publication des figures gravitant dans d’autres sphères des droites (comme Lucien Romier ou les frères Tharaud) et même des personnalités éloignées du maurrassisme comme Albert Thibaudet. » (p.227)
    -Olivier Dard, « Henri Massis (1886-1970) », chapitre in Olivier Dard, Michel Leymarie & Neil McWilliam (eds.), Le maurrassisme et la culture. L’Action française. Culture, société, politique (III), Presses Universitaires du Septentrion, coll. Histoires et Civilisations, 2010, 370 pages, pp.219-233.
    « Le cas Thierry Maulnier est depuis longtemps source de questionnements pour les historiens et les héritiers de l’Action française. Ce disciple de Maurras, en qui les jeunes maurrassiens voyaient dans les années 1930 un possible successeur du « Maître », est-il un dissident de l’Action française ? Pierre Boutang voit en lui un « loup devenu chien », avec la marque du collier encore visible ; Claude Roy, d’abord attiré par sa pensée, le compare finalement à un vélo d’appartement, cloué au sol, juste pour l’exercice, et pédalant dans le vide. « L’insurgé » s’est-il réellement rangé « dans l’armée des refroidis, des tièdes et des incolores », à partir du moment où il est entrée dans ce bastion du conservatisme libéral qu’est le Figaro, comme on a pu le lire sous la plume de ses anciens camarades.
    Force est de constater, avec Claude Roy, que l’engagement de Maulnier débouche sur un échec politique, que l’intéressé confirme. En 1980, dans un entetien donné à l’hebdomadaire royaliste Aspects de la France et portant sur son itinéraire, il décrit son œuvre comme un « carrefour de la littérature, de la philosophie et de la politique », affirmant que la littérature était de loin l’activité qu’il préférait. Enfin, il avoue n’avoir « rien réussi en politique ».
    Dans les années 30, il conçoit sa carrière littéraire comme un engagement politique, dans le sillon tracé par Maurras, mais avec une fidélité qui « s’accomodait de toutes les ouvertures », pour reprendre les propos d’un autre maurrassien, Pierre Monnier. Analyser l’œuvre de Maulnier, c’est donc approcher d’abord les canons culturels maurrassiens et leur rapport à la politique à cette époque, avant d’examiner en quoi sa rupture manifeste avec l’Action française, après 1944, manifeste ou non une persistance du maurrassisme dans l’œuvre littéraire d’un écrivain qui a clairement choisi de suivre sa propre voie. » (p.235)
    « C’est dans la cour du lycée Louis-le-Grand, et sous le signe de l’amitié, que prend naissance son compagnonnage avec l’Action française ; dans la classe préparatoire littéraire de Louis-le-Grand, l’Action française est très mal implantée, mais elle compte quelques brillantes individualités et de fidèles militants comme José Lupin ou Georges Blond. Robert Brasillach et Maulnier s’éveillent progressivement à la politique et leurs premières sympathies vont à l’Action française. Pour ces jeunes élevés dans l’amour des idées, le respect de l’art, la culture classique grecque et latine et la poésie, seule compte réellement la littérature, voire royale par laquelle l’Action française attire à elle une génération de jeunes intellectuels dans les années trente. De Maulnier à Brasillach, en passant par Kléber Haedens, Jacques Laurent, Pierre Monnier ou Michel Déon, tous soulignent l’attraction exercée par les pages littéraires du quotidien monarchiste qui représentait pour eux, l’idéal du grand style, illustré par les articles de Maurras, Daudet et Bainville notamment. A cela, il faut ajouter ce que Maulnier a décrit comme un exemple « de combat à contre-courant, de l’affirmation minoritaire, d’une intraitable énergie intellectuelle » et « du refus de tout compromis dans la pensée et dans l’action ». Le « non-conformiste » Thierry Maulnier, qui affirme encore, en 1956, être contre le « système » dit être allé chercher auprès de Maurras les moyens de se libérer du conformisme républicain.
    C’est donc en 1930 que Maulnier se place dans le sillage de l’AF et qu’il devient le ligueur « B 38 199 », délégué adjoint de l’École Normale Supérieure où les membres du mouvement monarchiste devaient se compter sur les doigts d’une main. Il fréquente le local des étudiants d’AF, rue Saint-André des Arts. Quand Henri Martin et le docteur Guérin sont expulsés de l’Action française et emmènent avec eux une partie des responsables de la Fédération de Paris, Maulnier décide d’offrir ses services à Maurras pour la rédaction du journal L’Étudiant français, qui était entre les mains des dissidents.
    En quarante-huit heures, il rédige le numéro suivant, avec Robert Brasillach, Maurice Bardèche et José Lupin. En prenant pendant quelques numéros les rênes du périodique, il réussit à mettre un pied modeste dans l’organisation du mouvement monarchiste et signe ses premiers articles sous le pseudonyme qui le rendra célèbre. Recommandé par Henri Massis à Pierre Varillon, qui vient de prendre la direction de la page littéraire de l’Action française, il y publie le 10 avril 1930 un premier article consacré au « Réalisme de Racine ». Sa collaboration régulière au quotidien monarchiste débute en 1931 et se poursuit pendant quatorze ans jusqu’au 24 juillet 1944. Maulnier y écrit des articles sur la littérature au ton vif et provoquant et il règle souvent leurs comptes aux adversaires de l’Action française (Benda, Guéhenno, Gide, les intellectuels communistes…). Dans la Revue universelle, à laquelle il collabore de novembre 1930 à avril 1944, il fait paraître des articles de fond qui lui donnent l’occasion d’approfondir sa réflexion métaphysique et politique. Parallèlement, il se rapproche progressivement d’un petit groupe de jeunes intellectuels qui ont presque tous subi, à un moment ou à un autre, l’influence de Maurras, et qui ont presque tous subi, à un moment ou à un autre, l’influence de Maurras, et qui sont réunis, d’une part autour de Jean de Fabrègues dans la revue Réaction, et d’autre part autour de Jean-Pierre Maxence, dans la Revue française. Avec une partie d’entre eux et les jeunes rédacteurs de L’Étudiant français –Claude Roy, Jacques Laurent-Cély, Kléber Haedens, Pierre Monnier, François Sentein et François Gravier entre autres- il fonde ce qui est resté comme la tentative la plus aboutie de la Jeune droite maurrassienne des années 30 : le mensuel Combat.
    Combat est la laboratoire au sein duquel Maulnier et la Jeune droite approfondissent leurs idées dans les domaines politique, économique et social et poussent, jusqu’à heurter Maurras, deux tendances déjà présentes dans le mouvement, l’anticapitalisme et la dénonciation de « l’abjection française », pour reprendre le titre d’un article de Maurice Blanchot. Ce condensé énergétique de toutes les idées-forces –quelquefois contradictoires- agitant la Jeune Droite est un mensuel qui se situe entre la revue d’idées et le pamphlet. Flot sans entraves de provocations, de mauvaises humeurs et de violences pamphlétaires, tout à la fois sérieuse et insolente, Combat, qui marque la naissance d’un courant nationaliste-révolutionnaire dans le sillage du mouvement monarchiste, témoigne bien de l’angoisse et du désarroi des jeunes équipes et de leur sentiment de vivre une époque de décadence. « Combat était avant tout un endroit où l’on pouvait dire tout ce que l’on avait envie de dire », juge Louis Salleron, qui ajoute : « Nous avions un côté dilettante. Tout ce que nous faisions se mariait à une fantaisie formidable ». Mais l’audience politique de Combat auprès du grand public est des plus faibles et ne dépasse pas les 5000 exemplaires, en dépit des efforts d’implantation en province que mènent ses rédacteurs par les conférences. L’Insurgé, l’hebdomaire lancé par Maulnier et Maxence, qui tire chaque semaine à 20 000 exemplaires, dispose de 2000 abonnés. » (p.237)




    _________________
    « La racine de toute doctrine erronée se trouve dans une erreur philosophique. [...] Le rôle des penseurs vrais, mais aussi une tâche de tout homme libre, est de comprendre les possibles conséquences de chaque principe ou idée, de chaque décision avant qu'elle se change en action, afin d'exclure aussi bien ses conséquences nuisibles que la possibilité de tromperie. » -Jacob Sher, Avertissement contre le socialisme, Introduction à « Tableaux de l'avenir social-démocrate » d'Eugen Richter, avril 1998.

    "La vraie volupté est remportée comme une victoire sur la tristesse [...] Il n’y a pas de grands voluptueux sans une certaine mélancolie, pas de mélancoliques qui ne soient des voluptueux trahis." -Albert Thibaudet, La vie de Maurice Barrès, in Trente ans de vie française, volume 2, Éditions de la Nouvelle Revue Française, 1919, 312 pages, p.40.

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    Olivier Dard (dir.), Le maurrassisme et la culture. L’Action française. Culture, société, politique Empty Re: Olivier Dard (dir.), Le maurrassisme et la culture. L’Action française. Culture, société, politique

    Message par Johnathan R. Razorback le Dim 11 Nov - 15:15

    « Auteur reconnu depuis la publication de son premier ouvrage, La Crise est dans l’homme, Maulnier obtient le Grand Prix de la Critique pour son essai sur Racine en 1935. La critique littéraire est en tout cas unanime sur la qualité de cette oeuvre : Maulnier bénéficie désormais de l’estime de ses pairs. Montherlant, entre autres, lui écrit :
    « J’admire votre culture, votre clairvoyance, votre profondeur […]. Vous êtes un des esprits les plus capables de débrouiller aujourd’hui le chaos dans lequel nous vivons. Je découpe souvent vos articles, les garde, m’y refère quand je cherche à voir clair dans les esprits de mes cadets. Vous n’ignorez pas d’ailleurs l’estime qu’ont pour vos écrits ceux de nos confrères qui réfléchissent un peu. Mais vous ignorez peut-être qu’elle est partagée par des hommes qui sont malgré tout à l’opposé de vos idées […]. Savez-vous par exemple qu’Aragon parle très bien de vous. »
    Les membres de la Jeune Droite ne manquent pas de saluer cet ouvrage qui constitue pour Maxence la meilleure étude sur le classicisme. » (p.238)
    « La première responsabilité de cette crise spirituelle qui agite la civilisation occidentale, Maulnier va donc la chercher très loin, comme Maurras, dans la Réforme, « réaction imbécile contre vingt siècles de civilisation sensualiste occidentale, dont la Renaissance avait été le suprême épanouissement » [Maulnier, « La pensée au XXème siècle », in L’Action française, 8 février 1934]. » (p.239)
    « On pourrait en déduire que Maulnier est un fervent partisan du courant réaliste. Mais tel n’est pas le cas. Comme ses camarades maurrassiens, Maulnier s’oppose au fétichisme du morbide, au culte de l’anormal, à l’attrait pour la déchéance humaine, pour la médiocrité et pour la vulgarité qu’il considère comme le propre de la littérature réaliste, qui s’attache à une représentation exacte du monde et n’a aucun valeur exemplaire. La littérature réaliste, démobilisatrice, ôte à l’homme ses raisons d’agir. De la même manière, Maulnier s’oppose à la littérature populaire, parce que cette littérature présente une vision inessentielle de l’homme ou particulière au peuple. […] Le réalisme, expression d’une culture prolétarienne et d’une époque, s’oppose au classicisme qui tend à la définition de types et de sentiments humains valables pour tous les temps. » (p.240)
    « Reprenant la célèbre distinction nietzschéenne entr l’appolinien et le dionysiaque, Maulnier considère que le classicisme relève de la fusion, de la synthèse pour utiliser une expression que l’on retrouve souvent chez lui, entre ces deux éléments. » (p.242)
    « Ces conceptions esthétiques ont une application directe en politique. » (p.242)
    « Cette France « universalisable » n’est pas celle des principes de 1789 et des droits de l’homme. C’est la France de Racine, de La Fontaine et Louis XIV, étant entendu que la civilisation française repose avant tout sur un principe aristocratique, inconciliable avec les idéaux républicains. Cette mission civilisatrice est la voie que propose la Jeune droite à un pays qui doit alors faire face au dynamisme conquérant des jeunesses fascistes et nationales-fascistes. La civilisation française, fondée sur l’humanisme classique, doit être défendue contre toutes les sources de corruption : l’idéalisme, la barbarie romantique et d’importation étrangère, le naturalisme, le matérialisme marxiste ou capitaliste, l’accumulation des progrès techniques, les collectivismes russe ou d’inspiration fasciste. On retrouve là le thème de la défense de la civilisation occidentale déjà présent chez un auteur comme Massis. » (p.243)
    « Son humanisme contrairement à celui, chrétien, d’un Fabrègues, est empreint d’une forte dimension individualiste et aristocratique, qu’il tire sans doute de sa lecture de Nietzsche. Force est pourtant de constater que cet humanisme politique a un contenu très vague et peine à trouver une application concrète. » (p.244)
    « Pour résumer son attitude sous l’Occupation, Maulnier semble évoluer d’un pétainisme sans faille à un attentisme teinté d’une très forte bienveillance à l’égard de la France libre. […]
    Il n’attaque jamais la Résistance, défend avec pugnacité l’intelligence française comme les intellectuels stigmatisés par la presse collaborationniste et ne sympathise jamais avec l’occupant. Ce faisant, il s’éloigne progressivement de l’Action française et de ses anciens camarades de la Jeune Droite, jusqu’à rompre définitivement avec le mouvement. » (p.244-245)
    -Ludovic Morel, « Thierry Maulnier, soldat maurrassien de l’humanisme », chapitre in Olivier Dard, Michel Leymarie & Neil McWilliam (eds.), Le maurrassisme et la culture. L’Action française. Culture, société, politique (III), Presses Universitaires du Septentrion, coll. Histoires et Civilisations, 2010, 370 pages, pp.235-248.
    « Du 30 septembre au 30 décembre 1922, Pierre Varillon et Henri Rambaud publient dans la Revue hebdomadaire de François Le Grix une Enquête sur les maîtres de la jeune littérature reprise ensuite en volume. » (p.253)
    « « Tout a conspiré à me donner un enseignement réactionnaire », affirme Drieu La Rochelle, lecteur de Bourget, Maurras, Bainville, Sorel, Nietzsche et de Barrès, ce dernier étant pour lui « évidemment le prince de la littérature contemporaine » ; Drieu dit également avoir « salué les Dadas » et « mis la main sur des amis et sur de jeunes maîtres : André Breton, Louis Aragon entre autres ». « La Nouvelle Revue française a marqué ma formation littéraire comme l’Action française a marqué ma formation politique », précise-t-il.
    « Pendant plusieurs années, j’ai échangé avec l’Action française un dialogue muet et continu. Fortement attiré par la qualité de ses hommes, avec qui je n’ai du reste aucune relation personnelle, je lutte péniblement pour me défendre contre ses idées qui me font violence. Ébranlé par sa critique de la démocratie, nullement ému par l’argument monarchique, je reste une manière de républicain qui croit que le capitalisme donnera naissance à une aristocratie pas mal communiste. »
    Drieu distingue nettement les plans littéraires et politiques : il refuse la critique radicale exercée par l’Action française contre le romantisme et le dix-neuvième siècle et dit ne pas se consoler que « le formidable effort » suscité par Maurras aboutisse, dans l’ordre littéraire, « au triomphe de Pierre Benoît » ! » (p.254-255)
    « L’Enquête sur le nationalisme de Maurice Vaussard (1923)
    Maurice Vaussard, proche de Luigi Sturzo, livre les résultats de son enquête sur le nationalisme dans la revue Les Lettres, lieu de la « renaissance littéraire catholique » qui se veut « un juste milieu entre le classicisme de Maurras et le romantisme renouvelé des Cahiers de l’Amitié de France ». Il entend répondre à distance, en quelque sorte, à l’Enquête sur la Monarchie en montrant que le nationalisme, en particulier maurrassien, est un danger pour l’universalisme de l’Église et en rappelant aux catholiques « le caractère impératif de l’enseignement pontifical ». Dans son avant-propos, il dit avoir été frappé par la formule de l’abbé van den Hout dans une revue belge, la Revue catholique des idées et des faits : « le nationalisme sera la prochaine hérésie condamnée ». […]
    Pour son enquête internationale, Vaussard a sollicité 160 personnes ; 62 ont répondu : des théologiens et des philosophes, des juristes et des historiens, des économistes et des sociologues, des hommes politiques et des écrivains ; parmi ces nombreuses personnalités figurent des hommes que l’on retrouvera dans l’orbite maurrasienne au cours des années trente ; d’autres, au contraire, sont déjà ou seront des opposants au « nationalisme intégral ». […]
    Les ecclésiastiques sollicités jugent souvent, comme Mgr Chollet, qu’ « on pervertit l’idée religieuse en nationalisant la religion », en en faisant « un instrument de son action et un moyen d’atteindre ses buts politiques » : « le nationalisme est une force légitime et nécessaire, mais c’est une force dangereuse ». […]
    Le nationalisme intégral de l’Action française ne trouve guère de défenseurs que chez le Père de la Brière, René Johannet ou Louis Le Fur ; ceux-ci voient dans les théories d’Action française « un patriotisme éclairé, actif », subordonnant les intérêts particuliers à l’intérêt national. […]
    La position de Maurice Blondel vaut d’être relevée : le philosophe voit dans le nationalisme « l’exaltation méthodique de la nationalité, de l’esprit national et des intérêts nationaux, promus en rand suprême ». Pour lui, le nationalisme n’est pas seulement une hérésie particulière : « il s’agit d’un « antichristianisme » foncier, d’un « inhumanisme » impitoyable, quoique dissimulé sous des apparences contraires. » (p.256-258)
    -Michel Leymarie, « Trois enquêtes et un hommage », chapitre in Olivier Dard, Michel Leymarie & Neil McWilliam (eds.), Le maurrassisme et la culture. L’Action française. Culture, société, politique (III), Presses Universitaires du Septentrion, coll. Histoires et Civilisations, 2010, 370 pages, pp.249-266.
    « On connaît les vivats poussés par Maurras à la disparition de la IIIe République, ainsi que le peuplement des allées de Vichy par des maurrassiens, qui a donné à croire que le nouveau régime était né de l’Action française. On connaît aussi les personnalités qui, en dépit de leur appartenance à l’Action française, ont choisi le combat contre l’occupant allemand : Rémy, Jacques Renouvin, Daniel Cordier, Claude Roy, Louis de La Bardonnie, Paul Dungler, Hubert de Lagarde, Henri d’Astier, Jacques Perret par exemple. De Gaulle n’est-il pas dépeint, en 1940, comme un sympathisant de l’AF ? Maurras a d’ailleurs pu contribuer à ancrer dans les esprits la nécessité d’une résistance par sa campagne de 1939-40, où il dépeint la France qui serait vaincue par le Reich comme une terre d’esclavage et de misère. [Nicolas Kessler, Charles Maurras et le journal L’Action française face à la guerre, juillet 1939-juillet1940, maîtrise, Paris IV, 1991.] » (p.301)
    « Maurrassisme de journaux, journaux souvent clandestins pendant et après l’occupation, qui, à côté de L’Action française officielle, posent en termes évolutifs et contrastés la question du rapport à l’autorité, au nationalisme et à la fidélité des engagements. » (p.301)
    « Raoul Girardet a évoqué les deux « numéros » des Documents nationalistes français improvisés par lui en 1941 : « Nous ne serons en repos que lorsque le maréchal Pétain sera entré en vainqueur à Cologne et à Mayence. ». » (p.302)
    « Ce que l’on lit dans L’Action française depuis juillet 1940 est bien moins un sourd appel à la revanche que le panégyrique véhément d’un régime dont les rédacteurs attendent beaucoup et qui leur donnera bien peu. » (p.303)
    « Lettre ouverte de Raymond du Jonchay à Charles Maurras, datée du 18 octobre 1943. Du Jonchay est un officier de carrière qui, avant guerre, écrivait dans la page militaire de l’AF sous le pseudonyme de Cassagne. Après l’armistice, il a été nommé chef du 2e bureau à Oran. Il s’est signalé à ce poste non seulement par sa lutte acharnée contre les francs-maçons, les communistes français et les « Espagnols rouges », oeuvrant à une épuration de l’administration et de la police, mais encore par une hostilité si violente contre la IIIe République et les partis politiques (de gauche) qu’il s’en est physiquement pris à Pierre Mendès France à Rabat en août 1940. En 1941, du Jonchay est chef régional des Chantiers de la jeunesse en Auvergne. Quand les Chantiers deviennent le réservoir de main-d’œuvre où puise le Reich, il démissionne. Il est démarché par d’anciens collègues militaires et accepte le post de chef départemental de l’Armée secrète dans la Vienne, puis de chef régional de la région R5. C’est alors qu’à la lecture de son quotidien toujours préféré, il « découvre » les foudres répandues par Maurras sur l’action de la Résistance. Cela fait des mois que le maître multiplie les appels féroces à une intervention des « bons Français » contre les résistants, aux côtés voire à la place des forces de police trop molles. Il vante la méthode des otages à titre de représailles et encourage la mise en place d’une justice expéditive du type des cours martiales. C’est un article du 16 octobre 1943 qui relève soudain à du Jonchay que Maurras voue au poteau les maquisards, terroristes, communo-gaullistes dont, au fond, lui-même fait dorénavant partie. Laissons-le décrire cette épiphanie qu’on peut estimer tardive :
    Ma réaction est celle de la stupeur ! Pour la première fois, sans doute, de mon existence, je me trouve en opposition formelle avec ce grand écrivain, gloire de la pensée française : il est dans l’erreur, ça ne fait pas de doute, tant en ce qui concerne les buts profonds de la Résistance, aboutissement de ce « nationalisme intégral » toujours prôné par son journal, autant que le déroulement des événements eux-mêmes [Colonel R. du Jonchay, La Résistance et les Communistes, Ed. France-Empire, 1968, p.107].
    […]
    Appelant toujours Maurras « maître », du Jonchay s’inscrit dans une démarche de dialogue respectueux. Il se fait connaître, paraissant ignorer ce que montre la lecture de l’AF, que Maurras dénonce nominalement des personnes, donne leurs coordonnées, et propose de prendre en otage la famille des résistants en cas d’attentats… D’autre part, du Jonchay semble espérer une publication de sa lettre dans une sorte de courrier des lecteurs ou, au moins, une discussion de son propos dans son éditorial. La réponse paraît effectivement quelques jours plus tard sous la forme d’une brutale condamnation. « C’est un entêté. Il est évident qu’il va à sa perte », commente du Jonchay qui fait partie de ces maurrassiens qui ont constaté l’erreur « ponctuelle » du maître, sans en rejeter pour autant la doctrine et l’enseignement. D’autant moins, d’ailleurs, que le nationalisme intégral leur paraît la matrice même de la Résistance (Rémy reprendra cet argument à partir de la fin des années 40). » (p.304-306)
    « Né en 1916, normalien, agrégé de philosophie, Boutang a appartenu à la rédaction de l’AF depuis 1936, assurant par exemple la revue de presse. En 1940, il était à Vichy, apparemment persuadé que c’était le meilleur endroit pour refonder la France. Il a participé comme propagandiste à l’aventure typiquement pétainiste (tant par sa doctrine que par son inefficacité) de l’association « Les Amis du Maréchal ». Il a eu la chance de partir travailler au Maroc, ce qui lui a permis, d’une part d’éviter d’être compromis dans le naufrage final des Amis devenu une officine de l’Abwehr, d’autre part de se trouver sur place au moment du débarquement anglo-américain de novembre 1942. Embarqué dans le cabinet de Jean Rigault au temps du « gouvernement » Giraud, il essuie les vicissitudes de son patron et finir au 4e régiment de spahis tunisiens. En dépit ou à cause de ces état de service, il est révoqué de l’enseignement par la commission professionnelle d’épuration. Ce parcours le place dans une situation atypique, car il appartient un peu à tous les camps. Malgré sa condamnation globale du principe et des modalités de l’épuration, il est tenu, dans le milieu épuré, pour quelqu’un qui n’est pas du sérail et manque de combativité. Parce qu’il n’a connu ni la France de 1944 (il était en AFN), ni la prison. » (p.310)
    -Bénédicte Vergez-Chaignon, « Des maurrassiens aux prises avec le nationalisme intégral : rupture résistante ou coexistence avec l’Action française (1940-1948) », chapitre in Olivier Dard, Michel Leymarie & Neil McWilliam (eds.), Le maurrassisme et la culture. L’Action française. Culture, société, politique (III), Presses Universitaires du Septentrion, coll. Histoires et Civilisations, 2010, 370 pages, pp.301-311.

    « S’exprimant lors du deuxième congrès de l’Action française, en 1909, Pierre Lasserre, lui-même converti par Maurras quelques années plus tôt, note : « De mon temps, nous avions quatre grands écrivains que nous admirions : deux sont avec nous, Bourget, Lemaître ; un troisième, Barrès, est bien près de nous ; le quatrième, Anatole France, est le seul littérateur de marque que le freyfusisme ait eu. [Archives nationales (désormais, AN), F7 12862, note de police, 19 juin 1909] ». […]
    Si le ralliement de Bourget en 1900 ne surprend guère, les prises de positions monarchistes de l’auteur du Disciple n’en sont pas moins fort rares avant cette date [cf Michel Mansuy, Un moderne. Paul Bourget. De l’enfance au Disciple, Les Belles Lettres, 1968 (1ère édition 1961)]. Quant à Lemaître, président de la puissante Ligue de la Patrie française (1899-1904), son adhésion, officialisée au moment de la création du quotidien L’Action française en mars 1908, étonne davantage, vue de l’extérieur –même si depuis plusieurs années le célèbre critique se rapprochait insensiblement des rives du « nationalisme intégral ». Dans la préface d’un recueil publié en 1912, Paul Bourget s’adresse à son confrère, âgé comme lui d’une soixantaine d’années. L’heure est au bilan : « Nous avons grandi tous les deux, mon cher Lemaître, dans l’atmosphère et dans l’esprit de la Révolution, et nous sommes arrivés, tous les deux, à des conclusions traditionnelles […]. Ni de votre part, ni de la mienne, ce ne fut là une conversion. [Paul Bourget, Pages de critique et de doctrine, t.1, Plon, 1912, p.II-III] ». » (p.37-38)
    « Depuis le début des années 1890, Charles Maurras, collaborateur littéraire de diverses publications, est connu de Paul Bourget, qui apprécie son acuité et ses dons de jeune critique. La fin du siècle approchant, Maurras investit des thèmes politiques chers au romancier –la décentralisation, la monarchie- et ne tarde pas à être reconnu par ce dernier comme un penseur décisif, destiné à rénover la doctrine traditionnelle. En 1898, Maurras lui dédie sa brochure Trois idées politiques : « A M. Paul Bourget. En souvenirs des justes conclusions d’Outre-Mer ». Dans une lettre privée à André Buffet, chef du bureau politique du duc d’Orléans, Maurras admet pourtant n’avoir « pas trouvé grand’chose » en faveur de la décentralisation dans cet ouvrage de Bourget sur les Etats-Unis. Mais la cause vaut bien cette annexion d’une figure aussi prestigieuse et fermement royaliste.
    Comme critique littéraire, Maurras sait mieux que personne séduire et capter l’attention de ses aînés. […] A la fin de 1899, après un nouveau dithyrambe de Maurras, Bourget l’invite à déjeuner à son domicile, rue Barbet-de-Jouy, à Paris, pour le remercier de « ces nobles pages », qui sont « l’une des grandes joies de [sa] vie littéraire » : « Mon cher ami. Laissez-moi vous donner ce nom par reconnaissance de votre si remarquable étude. [AN, fonds Maurras (576AP), 576AP 183, Bourget à Maurras, 5 décembre 1899]. »
    […]
    Sur le plan politique, l’académicien est subjugué par Maurras et ses amis de la Revue d’Action française, fondée en juillet 1899 : « N’en doutez pas, dit-il à Barrès, voilà l’avenir ! ». Corpechot, qui rapporte ce propos, est frappé, lors de sa première visite rue Barbet-de-Jouy, de la « tendresse » avec laquelle Bourget parle de Maurras. Dans les années 1900-1902, l’écrivain enamouré se rend fréquemment au café de Flore pour y retrouver ses jeunes amis ; il les recommande activement auprès de la presse royaliste, obtient une tribune pour Maurras dans Le Figaro, donne quelques articles à la revue, qu’il lit attentivement, et distribue ses conseils. » (p.38-39)
    « Comme Bourget, le célèbre critique éprouve d’emblée une vive admiration pour son jeune confrère, l’un des esprits les plus prometteurs du camp antidreyfusard. En avril 1899, il note, dans sa chronique du jour de L’Écho de Paris : « je voudrais que tout le monde fût averti que M. Charles Maurras écrit depuis quelques mois, à la Gazette de France, de fort belles études sociales. […] Il a hérité de Joseph de Maistre et de Bonald leur conception mystique du fondement des sociétés humaines, mais il donne à leurs théories un air de renouveau […]. Il pense avec profondeur. » Comme chef politique, Lemaitre est un homme dévoué mais facilement impressionnable et à l’humeur changeante –les phases de pessimisme alternant avec des moments d’optimisme de plus en plus rares. Dès janvier 1900, il confie à Maurras être « absolument découragé » par la Ligue de la Patrie française, où il n’est entouré que d’ « ambitieux ». » (p.40)
    « Le résultat des élections [de 1902] s’avère plus catastrophique que prévu. Meurtri par l’impuissance du nationalisme, jaloux de l’essor de l’Action libérale populaire de Jacques Piou, Lemaitre cache de moins en moins sa mélancolie. Maurras le tente ; le jeune théoricien a mené une habile campagne royaliste dans les colonnes du Figaro et Bourget ne cesse de parler de lui. Mais le Jules Lemaitre dirigeant politique sait bien qu’une alliance avec les royalistes reviendrait à s’exclure du champ politique républicain. Il continue donc à « mentir » tout en donnant des signes de sympathie maurrassienne de plus en plus visibles. A l’automne 1903, l’écrivain étale ses doutes et ses nouvelles inclinations au grand jour, dans une série d’articles de L’Écho de Paris significativement intitulée : « Un nouvel état d’esprit ». Sous la forme d’un dialogue imaginaire avec un ami, Lemaitre dénonce le parlementarisme, le sectarisme et la démocratie : « j’ai lu ou relu, ces temps-ci, Comte, LePlay, Balzac, Taine, Renan, et j’ai vu que les plus fortes têtes du dernier siècle exécraient la Révolution, son esprit et ses œuvres ». « Bref, je suis maintenant ce qu’on appelle un « réactionnaire », tout comme les grands hommes que j’énumérais tout à l’heure », poursuit le narrateur, avant d’évoquer un « groupe d’esprits qui n’est point négligeable », les jeunes et ardents néo-royalistes… La publication des premiers articles de la série, en septembre et octobre 1903, fait « grande impression dans les divers milieux nationalistes de la capitale » ; à la Patrie française, on multiplie les démentis auprès des ligueurs et l’entourage de Lemaitre est catastrophé : comment présenter des candidats aux élections municipales de 1904 si le président s’affirme royaliste ? » (p.41)
    « En 1904, le Jules Lemaitre déprimé laisse temporairement place à un Jules Lemaitre conquérant, persuadé que les élections municipales souriront, cette fois, à la Ligue. Mais, c’est un nouvel échec. L’affaire Syveton, au cours de laquelle on [l’Amiral Bienaimé] lui reproche son comportement de « loque », précipite sa démission. Dégoûté de la vie politique, vieilli et presque ringardisé, Lemaitre se raproche de l’AF […] La personnalité de Maurras, qu’il admire désormais sans restriction, le fascine et le sécurise : « Il exerce sur ses collaborateurs un ascendant comparable à celui de Lamennais sur ses compagnons de la Chesnaye. […] Il a la foi », dit-il à une amie [Myriam Harry, La Vie de Jules Lemaitre, Flammarion, 1946, p.226-227. Truffé d’erreurs factuelles]. En 1908, il passe le pas, huit ans après son ami Paul Bourget. » (p.42)
    « L’auteur de L’Échéance est, en août 1900, le seul grand nom à apporter son adhésion à l’ « enquête sur la monarchie », lancée par Charles Maurras dans les colonnes du vieux quotidien royaliste La Gazette de France. » (p.43)
    « C’est à l’Action française que le romancier de la tradition trouve ses lecteurs les plus enthousiastes. En juillet 1902, Maurras et ses amis offrent un banquet en l’honneur de Paul Bourget, flatté et heureux. » (p.44)
    « Lemaitre radicalise peu à peu ses positions, fait bon accueil aux antisémites et promeut l’élection du président de la République au suffrage universel. Toutes ces idées plaisent à la foule, même si, rapporte un indicateur, leur porte-parole finit par « embêter » les dirigeants nationalistes « avec toutes ses évolutions »… Après 1903 […] Lemaitre soutient les principales campagnes de l’AF –ainsi, la défense de Jeanne d’Arc ou l’hommage à l’historien Fustel de Coulanges. Son départ de la présidence de la Ligue de la Patrie française, joint au prosélytisme de Léon Daudet, dont il est très forte et que Maurras a « converti » depuis peu, achète de le convaincre. » (p.45)
    « Henri Vaugeois, qui sait trouver les mots pour flatter un Lemaitre qu’il épargnait peu naguère, explique à 2000 militants surchauffés, réunis salle Wagram à la fin de mars 1908, que le programme de l’AF est « le prolongement du geste de Jules Lemaître et de la Patrie Française » ! […]
    L’Action française de l’avant-1914 a besoin de maîtres pour se légitimer et élargir son public. » (p.47)
    « Après Barrès en 1899-1901, Bourget est au début du siècle le « grand maître » de l’Action française –un peu par défaut, en vérité, à mesure que les amis de Maurras se convertissent à la monarchie et que l’auteur des Déracinés s’y refuse, au grand dam de tous. […] De manière significative, Montesquiou qui a dédié son volume Salut Public à Barrès en 1901 dédie l’année suivante Raison d’Etat à Bourget… » (p.47)
    « Le Duc d’Orléans et son entourage reprochant aux dirigeants de l’AF de négliger la province, la serviabilité de Lemaitre est d’un précieux secours. Le viel académicien ne ménage pas sa peine. Ainsi le 13 avril 1912, il accepte de « s’arrêter à Nevers » pour présider une grande réunion d’AF aux côtés d’Henri Vaugeois et de la marquise de Mac Mahon. Le lendemain, un dimanche, il est à Lyon où il donne une conférence sur Louis Veuillot à la Société d’Études historiques et littéraires. Le périple s’achève le jour d’après à Marseille, le lundi 15 avril, où il préside une conférence de Vaugeois. » (p.50)
    « Usé à soixante ans, Jules Lemaitre meurt le 5 août 1914, au lendemain de la déclaration de guerre […] Le rôle du célèbre académicien, les services rendus tombent rapidement dans l’oubli. Trace symbolique : il n’y a pas d’entrée « Lemaitre » dans le Dictionnaire politique et critique, le grand œuvre maurrassien publié au début des années 1930…
    A la veille de la guerre, Maurras atteint les quarante-cinq ans. Son autorité sur l’Action française est bien établie. Le maître, c’est lui désormais. En 1912, répondant à un article de Lucien Corpechot publié dans Le Gaulois, le jeune maurrassien Jean-Marc Bernard écrit : « il cite comme nos maîtres en nationalisme : Barrès, Bourget et Lemaitre. Certes nous admirons et respectons comme il convient ces trois grands écrivains ; mais nous reconnaissons comme notre premier Maître, M. Charles Maurras ». Dans une lettre privée à Barrès, en 1914, un autre disciple, Henri Clouard, de La Revue critique des idées et des livres, note plus crument que Bourget « est vraiment […] d’avant le déluge »… » (p.51)
    « Dans les années 1920, Maurras s’impose comme le maître des nouvelles générations nationalistes, faisant oublier cette période de l’histoire de l’Action française où la présence de parrains et de figures tutélaires extérieurs était indispensable. Non pas qu’après la Grande Guerre, l’AF n’ait plus cherché à attirer des grands noms –comme le montre l’organisation du grand banquet de la salle Bullier en l’honneur du converti de prestige Charles Benoist. Mais elle n’a tout simplement plus besoin d’ « illustres maîtres ». Avant 1914, sa place dominante au sein du parti royaliste était encore loin d’être acquise. Pour le duc d’Orléans, Bourget et Lemaitre étaient des noms célèbres, et lorsque, dès la fin de 1908, il hésitait sur la position à tenir –condamner ou pas un mouvement adepte de la violence et de l’agitation, -il pensait à ces grands noms et temporisait… » (p.53)
    -Laurent Joly, « Les « grands écrivains sont avec nous ». Bourget, Lemaître et l’Action française », chapitre in Olivier Dard, Michel Leymarie & Jeanyves Guérin (eds.), Le maurrassisme et la culture. L’Action française. Culture, société, politique (IV), Presses Universitaires du Septentrion, coll. Histoires et Civilisations, 2012, 320 pages, pp.37-53.
    « Charles Mauban, lorsqu’il évoque « les trois grandes œuvres du nationalisme français » (il entend par là Péguy, Barrès et Maurras) qualifie respectivement ceux-ci de « saint, poète et héros de la France à reconstruire » [Mauban, « Réalité du Nationalisme », Combat, n°25, mai 1938]. » (p.120)
    « Le catholicisme est sans doute le marqueur majeur de la Jeune Droite de la fin des années vingt et du début des années trente. » (p.121)
    « Paul Bourget fait […] l’objet d’une relecture particulièrement négative à la veille de la guerre […] « Il fournit des arguments contre le nationalisme qu’il fonde sur ce traditionalisme mal conçu et sur une vague idée de race qui en France ne signifie rien ». Et le rédacteur de conclure : « Paul Bourget n’est plus beaucoup lu aujourd’hui : on ne saurait trop s’en féliciter. Il est de ceux qui ont le plus contribué à creuser un fossé entre la nation et les masses ouvrières. » [Jean-Sébastien Morel, « En relisant Paul Bourget », Combat, n°35, mai 1939]. » (p.123)
    « C’est René Vincent qui appelle à un « retour » à Barrès : « le nom de Barrès n’a plus grande signification auprès des plus jeunes hommes de ce temps ». Pourtant « Barrès est aujourd’hui d’une actualité prodigieuse ». René Vincent en retient moins l’aspect politique –même s’il dit son admiration pour Leurs Figures-, que l’importance du « Moi barrèsien » considéré comme « un univers extrêmement riche » dont il salue « l’unité » et l’ « équilibre » […] Le résultat n’est pas le choix du libéralisme mais celui du nationalisme qui, « s’il dépasse son égotisme, continue à l’inclure ». » (p.132)
    -Olivier Dard, « La Jeune Droite, le maurrassisme et la littérature », chapitre in Olivier Dard, Michel Leymarie & Jeanyves Guérin (eds.), Le maurrassisme et la culture. L’Action française. Culture, société, politique (IV), Presses Universitaires du Septentrion, coll. Histoires et Civilisations, 2012, 320 pages, pp.117-133.
    « Le Corneille de Brasillach a, quand à lui, quelque chose de fascinant. » (p.159)
    « Thierry Maulnier et Robert Brasillach sont nés la même année, en 1909 –plus de quarante ans après Maurras par conséquent ; et ils ont tous les deux intégré l’ENS de la rue d’Ulm en 1928. Les deux amis n’ont pas arrêté ensuite de se côtoyer en participant aux mêmes revues d’extrême-droite, notamment L’Action française, puis Je suis partout créée en 1930, à laquelle cependant Thierry Maulnier, contrairement à Brasillach, cesse de participer lors de sa reparution en 1941 après sa suspension en juin 1940. Thierry Maulnier, en outre, a été l’un des premiers signataires, et signataire actif, de la pétition lancée à l’initiative de Jean Anouilh, Marcel Aymé et François Mauriac et rédigée par Claude Mauriac fin janvier 1945 pour obtenir la grâce présidentielle de Brasillach condamné à mort à l’issue de son procès le 19 janvier, comme chacun sait.
    Le Racine de Thierry Maulnier est paru en 1935 aux éditions Bédier, puis un an plus tard chez Gallimard ; le Corneille de Brasillach en 1938 chez Fayard. Il est presque impossible de ne pas voir dans ce second texte un écho au précédent et de ne pas lire les deux ouvrages en parallèle. » (p.160-161)
    « Racine est nécessaire, purement tragique, pure expression impersonnelle –c’est-à-dire anti-romantique, et Maulnier ici poursuit la haine du romantisme déjà présente chez Maurras- du faîte d’une civilisation. » (p.163)
    « Pour Maulnier, il n’y a rien de grec, ni de tragique, chez Corneille, et Racine concentre à lui tout seul les aspects, apolliniens et dionysiaques, de la tragédie grecque. » (p.164)
    « Brasillach écrit une biographie contrairement à Maulnier. […] Le Corneille de Brasillach est à la vérité plus romantique que classique. […] le Nietzsche mobilisé en sous-texte par Brasillach n’est pas celui du dionysiaque, mais celui du surhomme et de la volonté de puissance. » (p.168)
    « Brasillach évoque du reste André Bellessort qu’il a eu comme professeur à Louis-le-Grand et qui était maurrassien. » (p.171)
    « Le Corneille de Brasillach […] est non seulement fortement individué, mais également « social » et même « populaire ». C’est, autant et même peut-être mieux que le Napoléon des « déracinés » du roman du même nom de Barrès, un « professeur d’énergie » -d’ « énergie nationale », évidemment. » (p.174)
    « La phrase de Nicolas Sarkozy sur La Princesse de Clèves nous a légitimement indignés, parce que nous y avons reconnu la menace que la barbarie néo-libérale faisait peser sur notre culture humaniste et lettrée. » (p.174)
    -Hélène Merlin-Kajman, « Relire le Racine de Thierry Maulnier et le Corneille de Robert Brasillach ? », chapitre in Olivier Dard, Michel Leymarie & Jeanyves Guérin (eds.), Le maurrassisme et la culture. L’Action française. Culture, société, politique (IV), Presses Universitaires du Septentrion, coll. Histoires et Civilisations, 2012, 320 pages, pp.159-175.



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    « La racine de toute doctrine erronée se trouve dans une erreur philosophique. [...] Le rôle des penseurs vrais, mais aussi une tâche de tout homme libre, est de comprendre les possibles conséquences de chaque principe ou idée, de chaque décision avant qu'elle se change en action, afin d'exclure aussi bien ses conséquences nuisibles que la possibilité de tromperie. » -Jacob Sher, Avertissement contre le socialisme, Introduction à « Tableaux de l'avenir social-démocrate » d'Eugen Richter, avril 1998.

    "La vraie volupté est remportée comme une victoire sur la tristesse [...] Il n’y a pas de grands voluptueux sans une certaine mélancolie, pas de mélancoliques qui ne soient des voluptueux trahis." -Albert Thibaudet, La vie de Maurice Barrès, in Trente ans de vie française, volume 2, Éditions de la Nouvelle Revue Française, 1919, 312 pages, p.40.


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