L'Hydre et l'Académie

    Raoul Girardet, Pour une introduction à l'histoire du nationalisme français + Le nationalisme français. Anthologie 1871-1914

    Partagez
    avatar
    Johnathan R. Razorback
    Admin

    Messages : 5026
    Date d'inscription : 12/08/2013
    Localisation : France

    Raoul Girardet, Pour une introduction à l'histoire du nationalisme français + Le nationalisme français. Anthologie 1871-1914

    Message par Johnathan R. Razorback le Ven 31 Aoû - 18:18

    https://www.persee.fr/doc/rfsp_0035-2950_1958_num_8_3_392474

    "En fait c'est Maurice Barrès qui, dans un article du Figaro du 4 juillet 1892, va arracher le terme au vocabulaire des chroniqueurs de politique étrangère où il se trouvait jusque-là pratiquement confiné." (p.506)

    "Pour la recherche objective, pour l'étude de caractère scientifique, l'histoire du nationalisme français est restée jusqu'à présent une immense "terra ignota" où l'on ne peut guère apercevoir que quelques rares points de repère." (p.508)

    "Ce sont, de 1815 à nos jours, trois formes du nationalisme que l'on est amené à distinguer -trois formes successivement apparues sans cependant qu'aucune d'entre elles n'efface complètement la précédente: un nationalisme de tradition révolutionnaire, qui s'exprime surtout sous la Restauration et la Monarchie de Juillet ; un nationalisme de la Revanche, entretenu dans les années qui suivirent la défaite de 1871 ; un nationalisme anti-parlementaire enfin, né dans les dernières années du XIXe siècle." (p.510)

    "De tradition jacobine, né de l'héritage idéologique de la Révolution, ce premier nationalisme du XIXe siècle français concilie ainsi sans peine deux éléments dont les contradictions n'apparaîtront que peu à peu: le chauvinisme cocardier et le messianisme humanitaire. Si la revendication du Rhin tend peu à peu à s'effacer après la grande explosion belliciste de 1840, l'idée de la mission humanitaire de la France se trouve par contre de plus en plus nettement exprimée. Autour de 1848, Quinet, Henri Martin, Michelet fixent comme destin à la France une mission quasi providentielle qui est de libérer les nationalités opprimées et de faire triompher leur cause." (p.511)

    "Au delà de ces évidentes oppositions, au delà de trop apparentes contradictions ne peut-on cependant prendre consciente d'une certaine unité du nationalisme français ?" (p.515)

    "Les années où commence l'aventure des Déracinés sont celles de la fondation de la Ligue des patriotes. Or, si celle-ci ne tarde pas à apparaître dans l'histoire de la troisième République comme une organisation factieuse, un mouvement antiparlementaire qu'une certaine littérature qualifierait volontiers de réactionnaire, on ne saurait oublier qu'elle se situe, au moment de sa création en 1882, dans une stricte filiation gambettiste, qu'elle réunit toutes les apparences de la plus irréprochable orthodoxie républicaine. Le viel historien Henri Martin est son premier président, Félix Faure, Ferdinand Buisson, Joseph Reinach comptent parmi ses fondateurs. Elle bénéficie de la bénédiction de Victor Hugo, de la protection de Waldeck-Rousseau et de Paul Bert. C'est à droite d'ailleurs, dans les milieux conservateurs, que Déroulède et ses fidèles trouvent alors leurs adversaires. Ici encore, c'est à travers l'histoire du Boulangisme, et par le biais de l'antiparlementarisme, que s'opère le glissement politique du nationalisme français. Glissement qui ne va pas d'ailleurs sans hésitations et sans incertitudes. En 1899 Paul Déroulède est traduit devant la Haute Cour en même temps que des royalistes et des bonapartistes. Mais douze ans auparavant, alors qu'il vient de rompre avec le monde officiel de la République opportuniste, c'est avec l'appui de Rochefort, en compagnie de blanquistes et d'anciens communards, qu'on le voit lancer ses première attaques contre les institutions parlementaires." (p.516)

    "Pour les uns comme pour les autres, la "protestation" nationale correspond à un certain besoin de mouvement auquel le régime établi n'apporte pas de satisfaction, à un certain appel de l'aventure collective, à la recherche ardente d'une grandeur nouvelle à reconquérir." (p.520)

    "Phénomène de petite et moyenne bourgeoisie, phénomène urbain, grossièrement schématisé, tel pourrait apparaître le nationalisme français aux yeux de l'observateur social." (p.522)

    "C'est bien à l'ébranlement de toute une société devant l'apparition d'une forme nouvelle de civilisation que paraît lié, dans ses sources les plus lointaines et les plus profondes, le développement du nationalisme français à la fin du siècle dernier.
    Société qui s'industrialise, société qui s'urbanise, mais aussi société qui se laïcise. Société où les formes du sacré, où les forces du sentiment religieux, autrefois diffuses à travers toute la trame de l'existence quotidienne, se trouvent confinées dans un secteur de plus en plus étroit, de plus en plus strictement et précisément délimité. Ces forces religieuses, ces valeurs affectives du sacré, expulsées de la vie courante, reléguées et mises en quelque sorte en disponibilité, est-il interdit de penser que le nationalisme les a en grande partie recueillies ? "J'ai ramené, écrit Barrès, ma piété du ciel sur la terre, sur la terre de mes ancêtres". Maurras de son côté, enseigne que le nationalisme doit viser à susciter parmi ses compatriotes "une égale religion de la déesse France"
    ." (p.523-524)
    -Raoul Girardet, Pour une introduction à l'histoire du nationalisme français, Revue française de science politique, Année 1958, 8-3, pp. 505-528.

    https://www.persee.fr/doc/rfsp_0035-2950_1965_num_15_3_392858

    "Les équivoques de la terminologie, l'incertitude des contours idéologiques, la multiplicité des formulations doctrinales, la diversité des situations historiques ne rendent-elles pas à l'avance dérisoire toute tentative de comparaison, ne condamnent-elles pas dès le départ toute espérance de synthèse ?" (p.429)

    "Très schématiquement, et compte tenu d'une extrême diversité de nuances intermédiaires, il serait possible de distinguer à cet égard un nationalisme de type libéral, un nationalisme de type autoritaire et un nationalisme de type socialiste." (p.436)
    -Raoul Girardet, Autour de l'idéologie nationaliste : perspectives de recherches, Revue française de science politique, Année 1965, 15-3, pp. 423-445.

    https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k48028552.texteImage

    "D'origine vraisemblablement britannique, ce n'est qu'à la fin du XVIIIe siècle qu'il est pour la première fois signalé dans notre langue. Il s'agit d'un texte de l'abbé Barruel, daté de 1798 et où le terme est utilisé pour stigmatiser l'immoralité du "patriotisme jacobin": "Le nationalisme, écrit l'abbé Barruel, prit la place de l'amour général... Alors, il fut permis de mépriser les étrangers, de les tromper et de les offenser. Cette vertu fut appelée patriotisme." [Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinisme, t.III]." (p.7)

    "Le terme de nationalisme figure, en revanche, dans le Grand Dictionnaire universel de Pierre Larousse, paru en 1874, et qui lui donne deux sens: un premier sens synonyme de "chauvinisme" et un second sens qui le rattache étroitement aux mouvements "nationalitaires" du XIXe siècle européen. Dans le premier sens, il est défini comme "une préférence aveugle et exclusive pour tout ce qui est propre à la nation à laquelle on appartient" ; dans le sens, il est défini comme 'l'existence propre des peuples à l'état de nation indépendante"." (p.8 )

    "Avec Barrès lui-même, puis avec Maurras, le nationalisme désignera un système de pensée essentiellement fondé sur l'affirmation de la primauté, dans l'ordre politique, de la défense des valeurs "nationales" et des intérêts "nationaux"." (p.8 )

    "Sur le plan politique et dans le cadre d'un Etat-nation déjà historiquement constitué, le nationalisme peut ainsi être défini comme le souci prioritaire de conserver l'indépendance, de maintenir l'intégrité de la souveraineté et d'affirmer la grandeur de cet Etat-nation. Sur le plan moral et idéologique il peut sembler se résumer dans l'exaltation du sentiment national." (p.9)

    "Il faut insister sur l'adjectif prioritaire. C'est par là, en effet, dans la mesure où il assure la primauté, dans l'ordre de la pensée et de l'action politique, de la valeur nationale sur toutes les autres valeurs que le nationalisme peut être distingué du simple patriotisme." (note 1 p.9)

    "L'étude du nationalisme dans les premières années du XXe siècle, par exemple, doit-elle seulement s'arrêter au nationalisme hautement revendiqué d'un Jules Lemaître, d'un Barrès ou d'un Maurras, sans tenir compte du nationalisme, non revendiqué mais non discutable, d'un Poincaré, d'un Delcassé, d'un Péguy, du nationalisme des manuels scolaires ou de celui du roman et de la chanson populaire ?" (p.10)

    "Ainsi le nationalisme français dans l'acceptation restreinte du terme, telle que l'ont vulgarisée Barrès et Maurras, apparaît-il dans l'histoire de la première moitié du XXe siècle comme associé à des attitudes politiques bien précises, conservatrices le plus souvent, toujours anti-libérales et antiparlementaires." (p.11)

    "L'attention ne saurait manquer d'être attirée, dans l'abondante littérature doctrinale et journalistique du "parti nationaliste" de la fin du siècle, par le grand nombre de textes où s'affirment, sans réticence, en même temps que la condamnation de la société et du monde "moderne", l'invincible nostalgie d'une vieille France artisanale et terrienne. La constante protestation, par exemple, contre l'Argent, la domination des hommes de Bourse et de Finance, que ne cesse de faire retentir le mouvement antisémite ne fait pas que traduire un anticapitalisme assez sommaire: ce sont toutes les formes de l'évolution économique nées de la révolution industrielle qu'elle tend, plus ou moins explicitement, à mettre en cause. Il en est de même du "socialisme" dont se réclament alors beaucoup de petits groupements nationalistes: c'est dans un passé préindustriel que ce socialisme prend la plupart du temps ses références, c'est l'image de ce passé et des enseignements qu'il entend en tirer qu'il oppose le plus souvent aux conditions nouvelles du travail humain et aux formes d'organisation sociale qui en découlent. "Curieux journal, disait-on de La Libre Parole de Drumont, lu par les curés de campagne et par les communards"." (p.26)

    "Ce n'est pas en vain cependant si la réflexion barrésienne sur une "substance nationale" qui se corrompt et qui meurt tend souvent à se confondre avec l'évocation nostalgique d'une société traditionnelle qui s'écroule et qui disparaît. Dans les perspectives qui lui sont familières "l'installation au pouvoir de l'aristocratie de Bourse succédant au patronat terrien", l'effondrement des anciennes disciplines collectives, la dislocation des vieilles solidarités communautaires témoignent presque aussi sûrement d'une décadence que l’intrusion des mœurs et de la langue de l'étranger." (p.27)

    "Véritable obsession de l'Allemagne qui marque, durant la période, l'évolution de la pensée française." (p.31)

    "Le 28 janvier 1871, l'armistice conclu entre Jules Favre, ministre des Affaires étrangères du gouvernement de la Défense nationale et Bismarck, chancelier du nouvel Empire allemand met fin aux combats dans la France envahie. Le 26 février, après cinq jours de négociations, les préliminaires de paix sont signés à Versailles: la France s'engage à payer à son vainqueur, dans un délai de trois ans, une indemnité de guerre de cinq milliards de franc or ; surtout, elle cède à l'Allemagne l'Alsace (moins Belfort) et le nord de la Lorraine, soit un territoire de 14 870 km2 et une population de 1 628 000 habitants. Dès le 17 février, avant même l'ouverture des pourparlers, les députés d'Alsace et de Lorraine de l'Assemblée nationale siégeant à Bordeaux avaient affirmé dans une déclaration solennelle leur fidélité à la patrie française: "Nous proclamons, déclaraient-ils, le droit des Alsaciens-Lorrains de rester membres de la patrie française, et nous jurons, tant pour nous que pour nos commettants, nos enfants et leurs descendants, de le revendiquer éternellement et par toutes les voies, envers et contre tous usurpateurs". Le 2 mars, par la voix de Jules Grosjean, député du Haut-Rhin, cette protestation est renouvelée à la tribune de l'Assemblée après que celle-ci, par 546 voix contre 107, eut ratifié la convention de Versailles: "Nous déclarons encore une fois nul et non avenu le pacte qui dispose de nous sans notre consentement... La revendication de nos droits reste à jamais ouverte à tous et à chacun, dans la forme et dans la mesure que notre conscience nous dictera... Vos frères d'Alsace et de Lorraine, séparés en ce moment de la famille commune, conservent à la France absente de leurs foyers une affection filiale jusqu'au jour où elle viendra y reprendre sa place"." (p.37)
    -Raoul Girardet, Le nationalisme français. Anthologie 1871-1914, Paris, Éditions du Seuil, coll. «Points. Histoire », 1983 (1966 pour la première édition), 280 pages.



    _________________
    « La racine de toute doctrine erronée se trouve dans une erreur philosophique. [...] Le rôle des penseurs vrais, mais aussi une tâche de tout homme libre, est de comprendre les possibles conséquences de chaque principe ou idée, de chaque décision avant qu'elle se change en action, afin d'exclure aussi bien ses conséquences nuisibles que la possibilité de tromperie. » -Jacob Sher, Avertissement contre le socialisme, Introduction à « Tableaux de l'avenir social-démocrate » d'Eugen Richter, avril 1998.

    "Il y a, de nos jours, beaucoup de gens qui s'accommodent très aisément de cette espèce de compromis entre le despotisme administratif et la souveraineté du peuple, et qui pensent avoir assez garanti la liberté des individus, quand c'est au pouvoir national qu'ils la livrent. Cela ne me suffit point." -Alexis de Tocqueville, De la Démocratie en Amérique, vol II, Quatrième Partie : Chapitre VI, 1840.


      La date/heure actuelle est Mer 19 Sep - 12:33