L'Hydre et l'Académie

    Christian Habicht, Athènes Hellénistique. Histoire de la cité d’Alexandre le Grand à Marc Antoine

    Johnathan R. Razorback
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    Christian Habicht, Athènes Hellénistique. Histoire de la cité d’Alexandre le Grand à Marc Antoine Empty Christian Habicht, Athènes Hellénistique. Histoire de la cité d’Alexandre le Grand à Marc Antoine

    Message par Johnathan R. Razorback le Dim 4 Fév - 11:28

    « Les défaites d’Athènes face à la Macédoine en 338 et 322 mettaient fin pour toujours à son rôle de grande puissance. Pour beaucoup, historiens aussi bien que profanes, cela signifiait du même coup la fin de l’histoire d’Athènes –comme s’il n’existait d’histoire digne d’intérêt que dans le cercle restreint des puissances politiques majeures-, raison pour laquelle l’attention s’est détournée des cités pour se porter sur les monarchies. » (p.19)
    « Si Athènes ne fut pas toujours une puissance souveraine mais qu’elle eut souvent, en politique étrangère, à suivre la Macédoine et plus tard Rome, les Athéniens réglèrent néanmoins toujours seuls leurs affaires intérieures avec une efficacité digne d’éloge et une remarquable stabilité des institutions. » (p.20)
    « Jusqu’à la fin du IIIe siècle, Athènes trouva à maintes reprises auprès des rois d’Égypte un appui qui, cependant, ne suffit pas toujours à assurer la liberté de la cité face à la Macédoine.
    Le déclin de la puissance ptolémaïque et, une fois encore, les menaces provenant des Antigonides déterminèrent Athènes, en l’an 200, à demander l’aide de Rome. Ce fut un acte lourd de conséquence, même indépendamment du fait que le Sénat avait d’ores et déjà décidé, sans tenir compte d’Athènes, de déclarer la guerre au roi de Macédoine. Car même si ce n’est pas à cause de la volonté d’Athènes que les Romains pénétrèrent en Grèce avec leurs troupes, ils purent néanmoins, par la suite, alléguer que c’étaient les Athéniens qui les y avaient fait venir. Athènes s’engagea alors si rapidement dans le sillage de la politique romaine que la cité se trouva bientôt, aux côtés de Rome, opposée à d’autres Grecs.
    Il ne faut pas, en effet, se dissimuler que la politique d’Athènes, à partir de la fin du IIIe siècle, est opportuniste, tournée tout entière vers son seul profit. Dans les années 260 encore, la cité, à la tête d’une coalition en guerre contre le roi de Macédoine Antigone Gonatas, avait servi, parallèlement à ses propres intérêts, ceux d’autres Etats grecs. L’issue malheureuse de la guerre l’incita à changer d’attitude. Lorsque, trente ans plus tard, la libération de 229 rendit à nouveau possible une politique indépendante, le repli sur soi et l’égoïsme étaient déjà sensibles chez les Athéniens, et ce comportement leur attira le blâme d’un Polybe.
    Sur cette voi-là, certes, la cité athénienne ne pouvait guère récolter de gloire, mais c’était une voie réalite, qui servait la paix à la fois extérieure et intérieure. En se tenant à l’écart des guerres de grande envergure, elle préserva la vie de ses citoyens et put améliorer le niveau de vie de la population attique dans son ensemble.
    Rien n’est moins justifié que l’affirmation, présent chez bien des modernes, selon laquelle l’engagement des citoyens aurait faibli à l’époque hellénistique. Elle n’est, en fait, qu’une conséquence de la théorie erronée qui voudrait que l’histoire d’Athènes se fût achevée avec ses défaites militaires contre les armées macédoniennes. Or, même par la suite, le fonctionnement de la justice et des cultes publics, l’entretien de la ville, les finances et toutes les autres branches de l’administratio restèrent l’affaire des seuls citoyens ; à quoi s’ajoutait, dans les périodes d’indépendance, la politique extérieure. En tout état de cause, c’était assez pour requérir la participation régulière des citoyens aux tâches multiples qu’il s’agissait d’exécuter. L’Assemblée du peuple se réunissait au minimum trente-six fois par année et le Conseil chaque jour, excepté lors des fêtes les plus importantes. La liste des jurés, mis à jour chaque année, contenait, avant comme après Chéronée, les noms de 6000 citoyens parmi lesquels on tirait au sort, de cas en cas, les participants aux diverses cours de justice, parfois plus de 1500 pour un seul tribunal. Certains décrets du Peuple, et, parmi eux, ceux (relativement fréquents) octroyant la citoyenneté à des étrangers, exigeaient la présence de 6000 votants ; or la documentation laisse apparaître avec une quasi-certitude que, dans la plupart des assemblées, ce quorum, représentant pourtant la totalité du corps civique, était atteint sans difficulté. En certaines circonstances, au lieu du vote habituel à main levée, c’est le scrutin secret qui était prescrit, que l’on effectuait au moyen de jetons.
    Tout au long des trois siècles que dura l’époque hellénistique, la cité conserva au surplus son rôle directeur dans les domaines intellectuel et artistique. Il n’est guère que dans le champ de la philogie –cette science alors naissante qui avait pour objet les œuvres des auteurs classiques, la critique et l’explication des textes- où Athènes céda le pas à la société de savants réunie au Mouseion d’Alexandrie par les Ptolémées, jusqu’à ce qu’en 145 avant J.C. le roi régnant alors eût chassé de la ville et de l’Égypte tous ces érudits. » (p.22-24)
    « A la fausse nouvelle de la mort du jeune roi de Macédoine Alexandre, les Thébains s’avisèrent de se soulever, sans préparation, contre la garnison étrangère qui leur était imposée et ils payèrent très cher cette imprudence : à la fin de l’été 335, leur ville fut détruite de fond en comble. Les chefs politiques d’Athènes, au contraire, en dépit de leurs divergences d’opinion, se comportèrent de façon beaucoup plus réfléchie. Même s’ils faillirent s’y lancer, ils se tinrent à l’écart de l’aventure thébaine comme aussi, quatre ans plus tard, du soulèvement du roi de Sparte Agis, qui, au printemps 330, s’acheva par la défaite de celui-ci à Mégalépolis en Arcadie face à Antipatros, le représentant d’Alexandre en Europe. » (p.25)
    « Lorsque le soleil, en ce jour d’été 338, se coucha sur Chéronée, un millier d’Athéniens, sans parler d’autres morts, gisaient sur le champ de bataille. Par ailleurs, deux mille hommes étaient tombés aux mains de Philippe. Les pertes était lourdes pour un Etat qui comptait au plus trente mille citoyens mâles adultes, y compris les viellards et les hommes impropres au service. Mais si grave que fût le désastre, aussi accablant le sentiment d’échec, Athènes se mit aussitôt en état d’assurer sa défense. En toute hâte, on consolida la muraille et, pour ce faira, on alla jusqu’à détruire des tombes privées du Céramique. […] Comme membre du Conseil, Hypéride proposa d’octroyer le droit de cité aux étrangers résidents et la liberté aux esclaves capables et désireux de combattre, et aussi d’enrôler les cinq cents conseilliers. Mais ces propositions, tombant sous le coup d’une action en illégalité, furent rejetées. Fidèle à sa tradition, Athènes accorda l’hospitalité à tous ceux qui, parmi ses alliés, fuyaient leur patrie, en particulier aux citoyens de Thèbes, d’Acarnanie et des cités d’Eubée. La flotte athénienne n’avait subi aucun dommage et restait une force redoutable.
    Face à pareille détermination, Philippe eut l’intelligence de ne pas poursuivre les hostilités mais chercha un rapprochement avec Athènes en vue d’établir la paix. […]
    Le roi laissait à Athènes son autonomie pleine et entière dans les affaires intérieures ; il obligeait en revanche la cité à dissoudre sa Ligue maritime et à entrer dans la Ligue hellénique conçue par Philippe, au sein de laquelle elle devait être privée de toute initiative politique. Les Athéniens cédaient au roi leurs possessions de l’Égée septentrionale mais ils étaient peut-être dédommagés par l’acquisition d’Oropos à la frontière attico-béotienne : ce faisant, Philippe privait les Béotiens de cette ville, avec son territoire et le sanctuaire d’Amphiaraos. Athènes restait en possession des îles de Salamine, Délos et Samos –cette dernière était occupée depuis 365/4 par des citoyens athéniens- comme aussi de Lemnos, d’Imbros et de Skyros. Tous les prisonniers furent libérés sans rançon et conduits à Athènes par le fils de Philippe, Alexandre. Après quoi, des honneurs furent conférés au roi, à son fils et à quelques hauts personnages de la cour.
    C’est à Corinthe, où Philippe avait convoqué des délégués de tous les Etats grecs, qu’en l’absence de Sparte –qui ignora l’invitation- fut signée l’hivers suivant (338/7) la paix générale. Elle fut suivie par la création d’une Ligue hellénique. Tous les Etats membres devaient envoyer des délégués au Conseil fédéral (Synédrion), l’organe législatif. Philippe était le chef (hégémon) de l’armée fédérale et pouvait, à ce titre, convoquer des réunions et faire des propositions. On a retrouvé à Athènes des fragments de cette constitution. Le Conseil fédéral décida, sur proposition du roi de Macédoine, la guerre commune contre le roi des Perses, comme si ce projet, qui ne visait en réalité que l’intérêt de Philippe en concrétisant une idée d’Isocrate, correspondait à l’objectif général des membres de la Ligue. Or, bien des Grecs auraient préféré s’entendre avec le roi achéménide contre Philippe. L’Empire perse ne constituait plus, depuis longtemps, une menace pour la Grèce, car s’il tenait encore debout militairement, ce n’était plus tant grâce à ses propres forces que le biais des très nombreux mercenaires qui gagnaient au service du Grand Roi le pain qu’ils ne pouvaient trouver chez eux. Selon la version grecque officielle, cette guerre imminente était censée venger l’expédition de Xercès contre la Grèce en 480. Une avant-garde macédonienne, placée sous le commandement d’Attalos et de Parménion, gagna aussitôt l’Asie Mineure par voie de terre et ouvrit les hostilités. Le plan de roi Philippe était de prendre lui-même en main la conduite des opérations. Avant qu’il ne pût le réaliser, il fut assassiné, en été 336, alors qu’il célébrait à Aigai (Vergina) le mariage de sa fille Cléopâtre avec le roi d’Épire Alexandre. Quelles qu’aient pu être les véritables raisons de l’attentat, elles doivent être cherchées exclusivement dans les luttes de clans de la cour macédonienne.
    La guerre en Asie, engagée par Philippe et poursuivie par Alexandre en 334, laissa pour douze ans Athènes à l’écart du brasier de l’actualité politique. Non pas que la cité restât tout à fait étrangère à cette expédition : elle dut fournir vingt trières à la flotte d’Alexandre, sans doute aussi des cavaliers ; et en 333, à Issos, beaucoup de citoyens athéniens qui avaient combattu comme mercenaires dans l’armée de Darius furent faits prisonniers des Macédoniens. La nécessité pour Athènes de tenir compte de tous ces hommes –parmi lesquels les équipages des navires étaient en même temps des otages aux mains d’Alexandre- détermina et affecta pendant longtemps les relations de la cité avec le roi. Par ailleurs, Philippe, à la fin de son règne, aussi bien qu’Alexandre (mis à part la dernière année de sa vie) se gardèrent de toute intervention dans les affaires intérieures d’Athènes. » (p.30-32)
    « La nouvelle de l’assassinat du roi Philippe fut accueillie à Athènes par des démonstrations de joie : sur proposition de Démosthènes, le Conseil décida d’offrir un sacrifice d’action de grâces et le Peuple accorda des honneurs posthumes aux meurtriers punis de mort après l’attentat. Mais les Athéniens ne s’en tinrent pas à ces manifestations ; ils prirent langue avec d’autres Etats grecs, avec des représentants perses et avec Attalos, l’un des deux chefs d’armée en Asie Mineure, qui semblait nourrir lui-même l’espoir d’occuper le trône vacant. Par ces interventions Athènes rompait la paix fédérale. Hypéride donna libre cours à ce sentiment anti-macédonien lors du procès de Philippidès, qui eut lieu peu après la mort du roi. Mais ce fut bientôt la désillusion, puisqu’il s’avéra qu’en réalité non seulement Alexandre était l’héritier incontesté du trône de son père, mais qu’en outre il prenait immédiatement les mesures adéquates pour consolider sa position d’hégémon des Grecs. Athènes put s’estimer heureuse d’obtenir de sa part, grâce à une ambassade conduite par Démade, la confirmation de la paix.
    Cependant, moins d’un an plus tard, la cité s’aventurait très loin –jusqu’à frôler la catastrophe-, et cela à la seule rumeur qu’Alexandre était mort dans un combat contre les Illyriens. Les Thébains se soulevèrent alors contre la domination macédonienne, et le roi des Perses fit parvenir en Grèce d’importantes sommes d’argent destinées aux opposants à la Macédoine. A Athènes, cependant, les magistrats refusèrent d’accepter l’argent perse ; mais Démosthène, à titre privé, toucha un assez gros montant et, avec d’autres, il fournit des armes et du matériel à Thèbes. L’insurrection de cette cité avait été allumée par des bannis thébains qui, déjà précédemment, avaient trouvé refuge à Athènes. L’Assemblée athénienne sa solidarité par un traité bilatéral, qui, dans ces circonstances, ne pouvait être dirigé que contre la Macédoine. C’est alors aussi que l’Athénien Iphikratès, fils du célèbre général homonyme, dut se rendre à la cour du nouveau Grand Roi, Darius III. Comme on croyait mort le chef de la Ligue hellénique à qui on avait prêté le serment de fidélité, Démostène et Lycurgue étaient décidés à tout tenter pour se débarrasser de la tutelle macédonienne. Un contingent athénien fut mobilisé pour aller soutenir les Thébains ; mais il n’avait pas encore passé les frontières de l’Attique que parvenait la nouvelle qu’Alexandre était en vie et qu’il campait déjà avec son armée devant Thèbes.
    La nouvelle de la prise et de la destruction complète de cette ville ne tarda pas à se répandre : elle parvint à Athènes au début d’octobre 335, à l’occasion de la fête des Grands Mystères. Peu après fut notifié aux Athéniens, qui s’étaient gravement compromis, l’ultimatum d’Alexandre exigeant la livraison des huits citoyens les plus coupables –et parmi eux Démosthènes et Lycurgue- ainsi que des Thébains qui, fuyant leur patrie conquise, avaient pu trouver asile à Athènes. Il est tout à l’honneur de la cité qu’en dépit des menaces qui assortissaient le message d’Alexandre, elle n’accéda pas à cette requête mais s’efforça d’engager des négociations ; et il est tout à l’honneur d’Alexandre d’avoir souscrit aux demandes des ambassadeurs, qui n’étaient autres que Démade et Phocion. Dans cette décision a pu peser le fait que le roi était pressé de donner un nouvel élan à la guerre restée en suspens contre l’Empire perse et d’en prendre personnellement la direction.
    Athènes avait ainsi frisé la catastrophe. Démosthène, Lycurgue et leurs amis politiques firent preuve désormais d’une grande prudence, tandis que Démade et Phocion, à qui l’on devait la sauvegarde de la paix, étaient, bien entendu, directement intéressés à son mantien. Il était devenu clair pour chacun qu’il fallait se résigner, du moins pour l’instant, à l’hégémonie macédonienne. Quant à s’y accomoder durablement, seule une minorité de citoyens y était prête. Toutefois, si l’on voulait un jour recouvrer la liberté, il fallait d’abord s’atteler à une rénovation en profondeur, sur le plan matériel et moral, de maintes institutions. C’est Lycurgue qui conçut l’ensemble du programme et qui, en même temps, comme responsable des finances publiques, eut la possibilité de le réaliser. » (p.33-35)
    « Les forteresses de l’Attique (Éleusis, Panakton, Phylè, Rhamnonte, Sounion). » (p.36)
    « Les mercenaires athéniens qui furent faits prisonniers au printemps 334, lors de la première victoire d’Alexandre sur les Perses, remportée sur les bords du Granique, avaient joué leur rôle dans cette résistance (encore que, dans leur majorité, ils aient dû entrer au service du roi des Perses bien des années plus tôt, donc dès avant la décision des Etats grecs de la Ligue de Corinthe de mener la guerre contre lui sous la conduite d’Alexandre). Ce dernier n’avait en principe pas à leur en vouloir d’avoir combattu –avec d’autres Grecs- du côté des Perses ; mais il les envoya tout de même, chargés de chaînés, en Macédoine pour les soumettre aux travaux forcés. […] A plusieurs reprises, Athènes demanda au roi leur libération, qui leur fut finalement accordée au printemps 331. Ce traitement cruel pourrait s’expliquer par le fait qu’en embrassant la cause des Perses, ces hommes démentissaient la prétention officielle d’Alexandre de faire de l’expédition une guerre de revanche de la Grèce contre la Perse. La contradiction était d’autant plus frappante que c’était surtout Athènes qui avait été victime, en 480, de l’agression perse et des destructions causées par les hommes de Xercès. » (p.37)
    « Alexandre, de son côté, avait motif de se plaindre d’Athènes car, au cours du premier hiver de la guerre, la flotte perse fit relâche dans l’île de Samos et s’y approvisionna en vivres et en eau. Or, Samos était depuis tente ans une possession d’Athènes exploitée par des colons athéniens. La surveillance de l’île était confiée à l’un des dix stratèges annuels avec le titre de « stratège pour Samos ». Le fait que celui-ci ait laissé la population de l’île soutenir les Perses, que ce soit par conviction ou par impuissance, ne peut avoir échappé à Alexandre. Cet incident, qui constituait une violation des devoirs d’Athènes envers la Ligue, pourrait avoir pesé sur sa décision, dix ans plus tard, d’enlever Samos aux Athéniens. » (p.38)
    « Lorsqu’il arriva, peu de temps après, la nouvelle de la mort du roi d’Épire en Italie, les Athéniens envoyèrent une ambassade de condoléances aussi bien à Olympias qu’à sa fille Cléopâtre, veuve du roi.
    Cet échange d’ambassades survenait de nouveau à une époque de grande tension car, en été 331, les Spartiates, sous le commandement du roi Agis et avec le soutien de plusieurs Etats grecs, étaient entrés en guerre contre la Macédoine ; et Athènes, en tant qu’alliée de Sparte, avait été sur le point de prêter main-forte à ce roi. Déjà un décrêt était pris pour soutenir Agis avec une escadre, et s’il ne fut pas exécuté, ce n’est que grâce à une habile manœuvre de Démade, qui aurait dû se charger du financement de l’opération. » (p.39)
    « Impressionnant est tout ce que l’on perçoit, pendant ce petit nombre d’années, en fait de réformes, de constructions publiques et de mesures de consolidation de l’économie et des finances athéniennes. La défaite de Chéronée, loin d’abattre les esprits, a stimulé l’énergie d’Athènes. » (p.41)
    « Le nombre des navires guerre, soit trières traditionnelles, soit tétrères –vaisseaux de plus grand tonnage qui avaient tendance à les remplacer- croissait d’année en année. La jeunesse athénienne était préparée au service militaire avec plus de sérieux et d’intensité que jamais depuis que la loi d’Épikratès sur l’éphébie était entrée en vigueur. » (p.42)
    « Athènes fut sérieusement touchée par une durable pénurie de blé qui, entre 331 et 324, mit toute la Grèce et le bassin égéen dans une situation difficile. […] Il faut mettre en relation avec cette crise persistante d’approvisionnement un décret de l’Assemblée datant de 325/4 qui ordonne de fonder une base militaire sur l’Adriatique. Son but explicite était d’assurer la sécurité des transports et la protection contre les pirates étrusques. Une flotte fut équipée à cet effet et elle appareilla sous le commandement du stratège Miltiadès du dème de Lakiadai. Toutefois, on ne sait rien des suites de l’entreprise. » (p.44-45)
    « C’est aussi à l’époque de Lycurgue, peu après la destruction de Thèbes par Alexandre, qu’Aristote rentra à Athènes après plus de douze ans d’absence. Parmi les œuvres des années immédiatement consécutives figure sa description de l’Etat athénien (Constitution d’Athènes), qui est presque entièrement conservée grâce à un papyrus de Londres découverts en Égypte en 1891. Sur les 158 textes de ce type consacrés par l’école péripatéticienne à la plupart des Etats grecs, c’est le seul qui soit parvenu jusqu’à nous. Il fut composé entre 335 et 330 avant J. C., peut-être par Aristote lui-même. La première partie, la plus longue (chapitre 1 à 41), présente le développement de la constitution athénienne jusqu’aux premières années du IVème siècle ; la seconde partie (chapitre 42 à 69) donne une description systématique des institutions et de leur fonctionnement à l’époque de la rédaction de l’ouvrage. On a supposé, mais ce n’est pas une certitude, que c’est à l’invitation de Lycurgue qu’Aristote revint s’établir à Athènes. En tout cas, la commande faite à Lysippe d’une statue de Socrate n’a guère pu provenir que de Lycurgue, et son érection au Pompeion coïncida avec la réhabilitation publique du philosophe. » (p.47)
    « En 321 le régent du royaume Perdiccas, exécutant la volonté d’Alexandre, avait restitué l’île [de Samos] à ses premiers habitants. » (p.51)
    « Dès que se fut confirmée la nouvelle de la mort d’Alexandre le Grand, l’aspiration à se libérer de la tutelle macédonienne prévalut dans la plupart des cités grecques […] Il y eut des exceptions, comme Sparte, qui subissait encore les séquelles de la guerre d’Agis, ou la Béotie, dont les différentes cités s’étaient partagé le territoire de Thèbes après la destruction de la ville et avaient donc intérêt au maintien de l’ordre établi. Mais dans leur majorité les Etats grecs étaient en effervescence. A Rhodes, on expulsa la garnison macédonienne ; à Athènes, Léosthénès put désormais agir à découvert. […]
    Dans le Péloponnèse, Démosthène s’efforçait de rallier les cités à une coalition dirigée contre la Macédoine et réussit, lui l’exilé, à emporter l’adhésion là où les envoyés officiels d’Athènes n’avaient rien pu obtenir. A la suite de ce succès, son parent Démon parvint à le faire réhabiliter : Démosthène rentra alors triomphalement à Athènes –un accueil qui n’était pas sans évoquer celui d’Alcibiade à son retour d’exil- et il se réconcilia avec Hypéride. L’Assemblée vota en faveur de la guerre, afin de libérer la Grèce et les cités occupées par des garnisons macédoniennes, et elle décréta la mobilisation de la flotte et de l’armée. Furent appelés aux armes tous les citoyens jusqu’à quarante ans, c’est-à-dire la moitié des quarante-deux classes mobilisables. Trois tribus reçurent l’ordre de défendre l’Attique ; les sept autres devaient se tenir prêtres à passer à l’offensive.
    A Athènes, l’atmosphère n’était pas favorable à ceux qui entretenaient de bons rapports avec des personnalités macédoniennes. Ainsi, parce qu’il avait proposé de reconnaître la divination d’Alexandre, Démada fut condamné pour « introduction d’un nouveau dieu » à une amende de 10 talents et, comme il ne pouvait pas la payer, il fut privé de ses droits civiques. D’autres hommes politiques, tels Pythéas et Kallimédon, surnommé « le Crabe », abandonnèrent la cité et se rendirent au camp des Macédoniens auprès d’Antipatros. Aristote également, dont les liens d’amitié avec le régent étaient notoires, quitta Athènes vers la fin de l’année 323 et alla s’établir dans la maison de sa mère Chalcis dans l’île d’Eubée, laquelle, à l’exception de la cité de Carystos, restait fidèle à l’alliance macédonienne. C’est que, comme dans le cas de Démade, une action pour impiété (graphè asébeias) avait été intentée contre lui parce qu’il avait, presque vingt ans auparavant, composé en l’honneur de son beau-père, le tyran Hermias d’Atarnée, un poème qui, en raison de quelques formules louangueuses, avait été assimilé à un hymne, genre exclusivement réservé aux dieux. Aristote mourut à Chalcis en octobre 322. » (p.55-56)
    « Les Grecs coalisés instituèrent un conseil commun (synédrion), qui devait se tenir dans le quartier général des forces armées et auquel chaque cité envoyait un délégué. Pour le haut commandement, c’est Léosthénès qui fut désigné. Il passa immédiatement à l’offensive, défit les Béotiens qui lui barraient le chemin, occupa les Thermopyles et opéra sa jonction avec l’armée de la Confédération étolienne. Alors, venant de Macédoine, apparut Antipatros, soucieux de contrôler la Thessalie sur le point de passer du côté des Grecs ; toutefois, ses forces étaient insuffisantes pour se mesurer à celles des alliés : il fut battu par Léosthénès et se retira dans la ville de Lamia, où il devait être longtemps bloqué, ce qui explique le nom de « guerre lamiaque » donné plus tard à ce conflit. […]
    [Antipatros] repoussa victorieusement les assauts des Grecs contre la ville de Lamia mais se trouvait en danger d’être affamé. Sa situation devint si critique qu’il engagea des négociations. Léosthénès n’exigeait rien de moins que la capitulation sans condition, chose qu’Antipatros refusa. Tandis qu’à Athènes et dans les autres cités grecsques on fêtait sans retenue les premiers grands succès, la guerre d’escarmouches devant Lamia suivait son cours. Dans une de ces rencontres Léosthénès fut mortellement blessé. Sa mort porta un coup sévère à la cause des coalisés, car aucun autre chef ne pouvait se prévaloir d’une énergie et d’un prestige comparables. A sa place fut désigné l’Athénien Antiphilos.
    Au cours de l’hivers, Léosténès ainsi que les autres Athéniens tombés pendant les premiers mois de la guerre furent solennellement enterrés au Céramique, le cimetière public d’Athènes. Ce fut Hypéride, on l’a vu, qui prononça le discours funèbre en leur honneur, tout comme Périclès, jadis, avait fait l’éloge des soldats morts durant la première année de la guerre du Péloponnèse et que Démosthène avait parlé pour les victimes de Chéronée. De larges parties de discours, célèbre dès l’Antiquité, ont été conservées sur papyrus. L’orateur y portait aux nues Léosthénès comme initiateur de la guerre et commandant en chef, tandis que la cité d’Athènes était louée comme rempart de l’Hellade : chefs et simples citoyens avaient donné leur vie pour la liberté de la Grèce. En cas de défaite, disait Hypéride, partout aurait triomphé, en lieu et place du droit, l’arrogance macédonienne. L’idée générale qui se dégage avec force est l’antinomie entre monarchie et régime républicain, recouvrant l’opposition entre l’arbitraire despotique et la souveraineté du droit et de la loi. Cet épitaphios est le dernier grand discours athénien qui soit encore conservé : il est comme le chant du cygne de la liberté grecque. » (p.57-58)
    « Le roi Démétrios II mourut au début de l’année 229, laissant derrière lui un fils du nom de Philippe, âgé de neuf ans seulement. Cela créa en Macédoine une situation instable, qui incita Athènes à tenter de recouvrer sa liberté. L’entreprise fut couronnée de succès et, cette fois-ci –à la différence de ce qui se passe en 287-, sans même recourir à la force. Le commandant des troupes royales en Attique, Diogène, du fait qu’il était lui-même vraisemblablement citoyen d’Athènes, se laissa convaincre de rendre aux Athéniens le Pirée, l’île de Salamine, de même que les forteresses de Moucychie et de Rhamnonte, et de licencier les soldats placés sous ses ordres. Les 150 talents dont il avait besoin pour indemniser ceux-ci furent, semble-t-il, rapidement réuni. Des décrêts du Peuple athénien attribuent l’initiative de ces tractations et la récolte des fonds nécessaires à Eurykleidès et Mikion de Képhisia, deux frères dont le premier en tout cas avait déjà occupé divers postes de haut rang. Tous deux furent par la suite, quelques décennies durant, les véritables chefs de l’Etat athénien. » (p.194)
    « En été 229, encore avant le début de l’année attique (juillet), la ville, le port et le territoire –pour la première fois depuis la guerre de Chrémonidès- étaient à nouveau libres. Pour ce qui est du port, cela faisait même soixante-six ans qu’il était occupé. » (p.194)
    « Grâce aux événements du printemps 229, Athènes était rentrée dans le cercle des Etats indépendants et était redevenue capable de mener sa politique étrangère en toute liberté. D’emblée reprirent, après une longue interruption, des échanges diplomatiques, dont il reste au moins quelques traces dans notre documentation lacunaire. Le but prioritaire d’Athènes était de renouer de bonnes relations avec le plus grand nombre possible d’Etat, mais en restant à l’écart de tout conflit potentiel et en évitant aussi tout ce qui pouvait indisposer davantage la Macédoine. » (p.197)
    « C’est aussitôt après la libération, au printemps de l’année 228, qu’Athènes –sans y être pour rien- entra pour la première fois en contact avec une autre grande puissance, à savoir la République romaine. C’était l’époque où, suite à l’acquisition de ses deux premières provinces, la Sicile et la Sardaigne, Rome avait certes vu son commerce maritime connaître un bel essor, mais avait également eut beaucoup à souffrir sur les mers de la part des pirates illyriens. Des protestations diplomatiques auprès de la reine Teuta d’Illyrie restèrent sans effet, si bien qu’en 229 une expédition, que l’on appelle « première guerre d’Illyrie », fut menée contre elle par les deux consuls et eut, pour résulter d’obliger Teuta, au printemps 228, à conclure la paix. Entre autres clauses, le traité faisait défense de laisser des navires de guerre opérer au sud de Lissa (aujourd’hui Lesk en Albanie). Ce fut la première intervention de Rome dans les affaires balkaniques. En 228, le consul de l’année précédente, L. Postumius Albinus, seul à être resté encore en Illyrie, députa une délégation auprès des assemblées des Confédérations étolienne et achéenne –qui avaient l’une et l’autre eu maille à partir avec les Illyriens –pour leur rendre compte des opérations romaines. Peu après, le Sénat envoya pour une mission analogue des ambassadeurs auprès des cités de Corinthe, membre de la Confédération achéenne, et d’Athènes. […] L’Étolie et l’Archaïe étaient alors en guerre contre la Macédoine et qu’Athènes venait de se débarasser de la tutelle macédonienne. […] L’hypothèse selon laquelle Rome aurait déjà eu, à cette époque, la volonté d’isoler la Macédoine va peut-être trop loin, mais il semble néanmoins incontestable que le Sénat chercha à s’acquérir alors auprès des adversaires du roi une certaine sympathie pour le nouvel ordre qu’il avait crée en Illyrie et qui, de toute façon, ne pouvait laisser la Macédoine indifférente. » (p.205)
    « La paix signée en l’année 217 à Naupacte, qui mit fin à la guerre des Alliés, fut […] le dernier traité conclu sur sol hellénistique sans la participation de Rome. » (p.208)

    -Christian Habicht, Athènes Hellénistique. Histoire de la cité d’Alexandre le Grand à Marc Antoine, Les Belles Lettres, 2000 (1995 pour la première édition allemande), 570 pages.



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    « La racine de toute doctrine erronée se trouve dans une erreur philosophique. [...] Le rôle des penseurs vrais, mais aussi une tâche de tout homme libre, est de comprendre les possibles conséquences de chaque principe ou idée, de chaque décision avant qu'elle se change en action, afin d'exclure aussi bien ses conséquences nuisibles que la possibilité de tromperie. » -Jacob Sher, Avertissement contre le socialisme, Introduction à « Tableaux de l'avenir social-démocrate » d'Eugen Richter, avril 1998.

    "La vraie volupté est remportée comme une victoire sur la tristesse [...] Il n’y a pas de grands voluptueux sans une certaine mélancolie, pas de mélancoliques qui ne soient des voluptueux trahis." -Albert Thibaudet, La vie de Maurice Barrès, in Trente ans de vie française, volume 2, Éditions de la Nouvelle Revue Française, 1919, 312 pages, p.40.

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    Message par Johnathan R. Razorback le Ven 13 Avr - 14:45

    « Monarque extrêmement doué et ambitieux, [Mithridate VI Eupator] parvint au cours de son règne à accroître considérablement le territoire du petit royaume pontique. En l’espace de quelques années, il se débarrassa de sa mère, qui avait tout d’abord gouverné à sa place, puis de son frère, avec qui il avait partagé quelque temps le pouvoir. Il fut très fortement contrarié lorsque le Sénat exigea, en 116, la restitution de la Phrygie, qu’Aquillius –agissant il est vrai de sa propre autorité- avait cédée à son père Mithridate V. Mithridate VI eut donc à subir, impuissant, cette perte humiliante. Mais pour satisfaire ses visées expansionnistes, il ne tarda pas à mettre la main sur un vaste territoire situé encore en dehors de la sphère d’influence romaine. En effet, en face du Pont, sur la rive nord de la mer Noire, il y avait la Chersonèse taurique (Crimée) et, plus à l’est, le royaume du Bosphore. Là comme ailleurs sur les côtes de la mer Noire, c’étaient des colonies grecques, fondées jadis par la cité de Milet en Ionie, qui donnaient le ton. Elles possédaient toutes des territoires fertiles mais se trouvaient alors en butte à la forte poussée de tribus scythes et sarmates. Se posant en protecteur de ces cités qui l’appelaient à l’aide, Mithridate, à la faveur de plusieurs campagnes, étendit sa domination sur la Chersonèse et le royaume du Bosphore : un de ses fils, avec le titre de vice-roi, gouverna depuis sa résidence de Panticapée (Kertch) le pays nouvellement conquis. En s’érigeant en champion de l’hellénisme face aux barbares, le roi acquit un grand prestige dans l’opinion publique grecque. Il poursuivit sa conquête de la côte pontique vers l’est, mettant la main sur Trapézonte (Trébizonde), lieu où jadis, après leur pénible et périlleuse « anabase » à partir de la Mésopotamie, les Dix-Mille de Xénophon avaient pu enfin apercevoir la mer, qui leur promettait le salut. Dans le Caucase, Mithridate annexa la région de la Colchide. Sur la côte occidentale de la mer Noire, il étendit son influence loin vers le sud à partir d’Olbia. La puissance et le prestige du roi du Pont se trouvaient ainsi immensément accrus.
    Les choses se gâtèrent cependant lorsque son appétit d’expansion le porta en direction de l’ouest et du sud de l’Anatolie, car il interférait là avec les intérêts des Romains. Ce n’est pas qu’il ait cherché la confrontation avec Rome, car il avait en vue des Etats d’importance secondaire situés à l’extérieur de la province romaine, comme la Paphlagonie, la Cappadoce et la Galatie. Mithridate put acquérir là, dans les années 101 à 97, de vastes territoires, d’abord de concert avec le roi Nicomède de Bythinie, puis contre lui ; en 97, cependant, il fut contraint par le Sénat de les évacuer et de rétablir le statu quo ante bellum. Cela ne l’empêcha toutefois pas, quelques années plus tard, grâce à l’appui de son gendre Tigrane d’Arménie, de remettre la main sur la Cappadoce ; mais devant la menace romaine, il lui fallut derechef battre en retraite et quitter le pays. C’est alors, en 90, du côté des Romains qu’éclata le conflit, non point par la faute du Sénat lui-même, mais par celle de magistrats romains, aussi irresponsabls qu’arrogants, qui exerçaient le pouvoir en Asie Mineure. Du moment que le souverain pontique s’était refusé à les soudoyer, ceux-ci pressèrent le roi Nicomède de Bithynie d’attaquer son royaume, puis ils rejetèrent les plaintes justifiées de Mithridate et ils allèrent jusqu’à lui interdire de se défendre, en l’avertissant que tout recours à la force contre Nicomède serait considéré comme une violation de la souveraineté romaine. Mithridate n’avait donc plus le choix : tout en sachant bien que cela signifiait la guerre avec Rome, il repoussa l’envahisseur, tout d’abord hors du Pont, puis même de Bithynie. » (p.328-330)
    « A la nouvelle des événements d’Asie se répandit, au printemps 88, sur le continent et en tout cas à Athènes, une atmosphère de jubilation et d’ivresse. Au début de l’année, l’Assemblée du peuple avait décidé d’envoyer une ambassade à Mithridate et avait désigné pour la conduire un philosophe de l’école d’Aristote qui se dénommait, selon Posidonius, Athénion (peut-être identique à Aristion, comme on verra). Les rapports écrits que celui-ci fit de la situation en Asie Mineure et des promesses du roi suscitèrent chez les citoyens un courant favorable à Mithridate : grâce à l’aide du roi, on pouvait entrevoir la fin des querelles intestines et de « l’anarchie » à Athènes […] le rétablissement de la concorde et de la constitution démocratique ainsi qu’une solution apportée au problème des dettes (allusion probable à l’endettement des particuliers, sans doute principalement auprès de créanciers romains). Le retour d’Athénion, vers la fin du printemps, prit l’allure d’un triomphe : Posidonius l’a évoqué dans un tableau satirique et hautement rhétorique, qui fournit une masse de détails précis, mais où, cependant, la réalité historique s’estompe derrière l’effet visé, qui était de montrer en Athénion une tête creuse bouffe d’orgueil et de faire des Athéniens de chimériques rêveurs.
    Le rapport oral d’Athénion devant l’Assemblée mettait en évidence les succès et les ressources de Mithridate, dépeignant au contraire la situation des Romains comme désespérée. Sous l’emprise de ce discours, le corps civique élut Athénion au poste de stratège des hoplites et lui donna toute latitude pour désigner les autres magistrats, qui devaint ensuite, en conformité avec ses propositions, être élus par acclamation. Posidonius laissa clairement entendre que cette décision consomma la rupture de la cité avec Rome et signifia son adhésion à la cause pontique. Le témoignage de cet auteur montre de manière évidente ce qui, chez Mitridate, séduisait les Athéniens : c’est le rôle qu’il joua en tant que défenseur victorieux du monde grec face à une puissance qui, non seulement avait humilié les Hellènes et avait violé leurs droits, mais qui, en outre, comme les rois de Macédoine par le passé, avait tenu Athènes sous sa domination. […]
    Dans les actes officiels des années 96/5 et même peut-être 94/3, les Romains sont encore qualifiés de « bienfaiteurs du Peuple ». Mais lorsque le conflit éclata entre Rome et Mithridate, les sympathies d’une fraction des citoyens pourraient bien avoir penché du côté du roi du Pont dans la mesure où l’on eut vent à Athènes de la manière dont les Romains en usaient avec lui. […] On a l’indice d’une crise dans le fait que Médeios du Pirée, l’homme alors le plus influent de la cité –qui avait déjà été archonte éponyme en 101/0 et n’aurait pas dû, selon la constitution, être reconduit dans sa charge-, exerça l’archontat une nouvelle fois en 91/0 ; et l’on constate, signe encore plus manifeste de l’aggravation de la situation, qu’il est toujours attesté dans cette magistrature de 90/89 et en 89/8.
    Il est donc clair que la constitution fut suspendue durant ces années-là et non moins évident que l’appel vibrant d’Athénion avait pour but d’exhorter ses concitoyens à ne pas tolérer plus longtemps cette situation d’ « anarchie » qui se prolongeait avec l’aval des Romains et ne pas rester indéfiniment à attendre une intervention du Sénat. C’est sans doute ce qu’escomptait Médeios ; mais une telle intervention ne s’était pas réalisée car, dans les années 90-88, la guerre des Alliés italiques avait entièrement mobilisé l’attention des sénateurs. Et dans la première moitié de l’année 88, Médéios dut perdre le contrôle sur la conduite des affaires, laissant dès lors la voie libre à l’ambassade d’Athénion auprès de Mithridate. Ce qui se passa au juste et ce qu’il advint de Médeios n’est pas connu. Faisant allusion à la situation difficile que Rome connaissait en Italie, Athénion affirma devant l’Assemblée que les Italiques aussi étaient entrés dans l’alliance de Mithridate. Sans aucun doute, plus d’un Athénien crut alors que Rome allait perdre sa suprématie tant en Occident qu’en Orient et que sa chute était proche. En outre, on savait à Athènes quelle haine inspiraient les percepteurs d’impôt et les banquiers romains aussi bien en Asie que dans les régions de Grèce placées sous l’autorité de Rome. […]
    Si la majorité des citoyens avaient suivi Athénion, nombreux étaient ceux qui, par leurs convictions et leurs intérêts, se rangeaient dans le camp des Romains. Beaucoup d’entre eux, dans la mesure et aussi longtemps qu’ils en eurent la possibilité, durent alors quitter Athènes. Du nombre était le chef de l’Académie, Philon de Larisa, qui arriva à Rome encore dans le courant de l’année 88. Aux yeux de ces exilés, Athénion n’était rien d’autre qu’un tyran. Mais, contrairement à l’opinion qui a longtemps prévalu, des recherches récentes ont clairement montré que, loin d’être soutenu uniquement par les couches les moins favorisées de la société, ce dernier comptait également parmi ses partisans maints citoyens distingués issus des meilleures familles. » (p.330-333)
    « En élisant Athénion comme stratège des hoplites au printemps 88, l’Assemblée athénienne avait, du même coup, pris parti pour Mithridate contre Rome. A cette date, il n’y avait en Grèce aucune armée pontique et qu’une très faible force militaire romaine. Le moment, en tout cas, ne paraissait pas encore venu d’engager les hostilités. Mais la défection de Délos contraignit Athénion –dont le mandat comprenait également la conduite des affaires- à entrer en action. Il envoya une troupe contre Délos sous le commandement d’un Grec d’Ionie, Apellikon de Téos. Comme Athénion lui-même, Apellikon était un philosophe se rattachant à l’école péripatéticienne et un bibliophile fortuné qui avait pu acquérir la bibliothèque d’Aristote ; en outre, il avait reçu la citoyenneté athénienne. […] L’opération contre Délos tourna à la catastrophe en raison du manque de vigilance dont se rendit coupable Apellikon. Une escadre romaine, sous le commandement d’un certain Lucius Orbius, aborda de nuit à Délos, et les Romains surprirent les Athéniens dans leur sommeil et en massacrèrent la plus grande partie. » (p.334-335)
    « Arrivée en Grèce d’une puissante armée pontique que Mithridate avait envoyée prendre possession en son nom des îles de l’Égée et du continent. En faisant route vers la Grèce, son lieutenant Archélaos occupa également Délos, fit massacrer tous les Romains et Italiens qu’il y rencontra –pas moins de 20 000 selon la tradition- puis, s’étant emparé du trésor du temple qu’Apellikon auraît dû réquisitionner, il le fit parvenir à Athènes : il en confia le soin à un Athénien de son entourage nommé Aristion, à qui il fournit une escorte de 2000 hommes. […] Ce dernier est également présenté comme un philosophe, mais, à la différence d’Athénion, il était un adepte de la doctrine d’Épicure. Il est probable que, sitôt au pouvoir, il s’en prit aux partisans de Rome, faisant exécuter les uns et livrant les autres à Mithridate. » (p.335)
    « Dès son arrivée en Grèce, le général romain Cornelius Sylla –qui avait été consul en 88 et fut, l’année suivante, chargé de la conduite de la guerre contre Mithridate- se porta vers Athènes avec son armée forte de cinq légions, grâce auxquelles, durant l’été 87, il put enfermer Aristion dans la ville et Archélaos au Pirée. En raison de leur délabrement, les Longs Murs, qui assuraient autrefois la jonction entre la ville et son port, ne pouvaient plus servir, de sorte que les opérations se déroulèrent sur deux fronts séparés. Cependant, Archélaos avait l’avantage de la mobilité, car à la différence de Sylla, il disposait d’une flotte qui lui permettait de maintenir le contact avec le monde extérieur.
    Des combats particulièrement violents eurent lieu au Pirée, où les deux parties en présence rivalisèrent d’ardeur et d’ingéniosité. Sylla se procura le bois nécessaire à ses engins de siège en faisant abattre le bosquet de l’Académie et celui du Lycée, où avaient enseigné jadis Platon et Aristote. Mais l’adversaire mit le feu à un grand nombre de ses machines de guerre. Sylla dut finalement renoncer à sa tentative de prendre la forteresse de vive force et qu’il s’employa à la réduire par la famine. Toutefois, aussi longtemps qu’il n’avait pas de flotte, il ne pouvait empêcher l’approvisionnement de la place par voie de mer.
    Pour l’hiver 87/6, et tout en poursuivant le siège de la ville et du port, Sylla avait installé son quartier général à Éleusis. C’est là qu’au cours des opérations fut détruit un enclos sacré des déesses éleusiniennes, Déméter et Koré, contenant un autel érigé par les technites dionysiaques. Selon toute vraisemblance, l’armée romaine portait la responsabilité de cet acte de vandalisme, d’autant plus que les technites avaient ouvertement appuyé Athénion lors de son insurrection. Cependant à Athènes, durant l’hiver, la famine s’était encore aggravée. Plus d’une fois, en effet, des traîtres signalèrent aux Romains (par le moyen de messages fixés aux projectiles qu’expédiaient les assiégés) l’intention d’Archélaos de faire entrer des convois de céréales dans la ville, ce qui permit à Sylla de les intercepter. Malgré tout, Aristion se défendit avec un grand courage. Il repoussa une résolution du Conseil cherchant, d’accord avec le milieu sacerdotal, à le convaincre de négocier et lorsque, de guerre lasse, il se résolut à envoyer une députation à Sylla, celui-ci la renvoya sans ménagement. Finalement, dans la nuit du 1er mars 86, les Romains parvinrent à franchir l’enceinte occidentale entre la porte du Pirée et la porte sacrée (tout près du Dipylon) et à pénétrer dans la ville. Un effroyable bain de sang s’ensuivit, où ne furent épargnés ni les femmes ni les enfants, mais auquel Sylla mit toutefois fin sur les instances d’exilés athéniens et de sénateurs romains de son état-major. Faisant l’éloge des Athéniens du temps passé, il déclara qu’il épargnait le petit nombre par égard pour le grand, c’est-à-dire les vivants en considération des morts. Aristion fit encore incendier l’Odéon au pied de la citadelle, de peur que les Romains ne pussent en utiliser les poutres en bois pour continuer le siège, puis il se retira sur l’Acropole. Là, il tint bon encore assez longtemps face au lieutenant de Sylla Scibonius Curio, mais le manque d’eau potable le força finalement à capituler. Il fut alors exécuté ainsi que ses gardes du corps et les magistrats de l’année en cours. Les magistrats de l’année précédente eurent, en revanche, la vie sauve. Sur l’Acropole, les Romains firent main basse sur un gigantesque butin d’or et d’argent.
    Le courage montré par les défenseurs à demi mort de faim lors de l’assaut de leur ville fut encore célébré quelques trois siècles plus tard dans une épigramme d’Asinius Quadratus, qui relève qu’aucun d’eux ne dut la mort à une blessure dans le dos. […] A une date sensiblement plus haute (milieu du Ier siècle environ), l’épigramme funéraire d’une Athénienne rapporte que cette femme fut faite prisonnière, toute jeune encore, lors de la prise de la ville, qu’elle fut emmenée à Rome, où elle fut affranchie et obtint la citoyenneté romaine avant de terminer sa vie à Cyzique sur les bords de la Propontique (mer de Marmara).
    Après la chute d’Athènes, Sylla reprit activement le siège du Pirée. Pied à pied, il poussa Archélaos dans ses derniers retranchements. Cependant, dès que celui-ci sut qu’arrivait par voie de terre une grande armée pontique envoyée par Mithridate, il quitta la place par mer et opéra sa jonction avec elle. Sur quoi Sylla fit occuper le Pirée et incendier de nombreux édifices publics, dont les docks, ou abris à Vaisseaux (néôsoikoi) et le fameux arsenal (skeuothèque) construit sur les plans de Philon à l’époque de Lycurgue. Peu après, deux grandes batailles livrées sur le sol béotien, à Chéronée et à Orchomène –où Sylla fut coup sur coup vainqueur- décidèrent de l’issue de la guerre en Grèce. Les opérations se déplacèrent ensuite vers l’Asie Mineure et, jusqu’à la fin du conflit en été 85, ne touchèrent plus directement Athènes.
    Mais la cité paya cher son alliance avec Mithridate. D’une part, très élevé était le nombre des victimes, tant à Délos (à l’occasion de l’expédition d’Apellikon, puis lors de la prise de l’île par Archélaos) qu’à Athènes même et au Pirée ; d’autre part, il y eut perte de nombreuses œuvres d’art, dont beaucoup furent anéanties au cours des combats, tandis que d’autres étaient emportées en Italie comme butin par Sylla et ses soldats. Il s’y ajoutait une masse considérable de métal précieux tombée aux mains des vainqueurs, sans parler des dommages importants causés aux bâtiments de la ville et au secteur portuaire. » (p.336-338)
    « En 84 [lorsque Scylla] fut sorti vainqueur du conflit et eut contraint Mithridate à la paix, il revint dans la cité, et, selon toute apparence, pour un assez long séjour. […] A Athènes, après la condamnation d’Aristion et de ses plus proches partisans, les notables qui menaient avant 89 une politique favorable à Rome revinrent au pouvoir. […] Sylla fut à son tour considéré comme un libérateur de la tyrannie et reçut des honneurs cultuels : on créa pour lui une fête publique appelée Sylleia, qui est attestée épigraphiquement. Les Athéniens lui exprimèrent leur reconnaissance en lui érigeant également une statue. […] Sylla permit même à Athènes de conserver sa mainmise sur Délos après que les troupes pontiques l’eurent évacuée à la fin de la guerre. Cependant, l’île avait payé un tribut extrêmement lourd en vies humaines et avait subi de terribles ravages : c’en était fait pour toujours de sa prospérité. Au surplus, Sylla lui imposa alors certaines redevances, qui ne devaient être supprimées qu’une trentaine d’années plus tard. » (p.342)
    « Durant son séjour à Athènes en 84, Sylla profita de l’occassion pour se faire initier aux Mystères d’Éleusis, qui, par les assurances qu’ils donnaient au croyant d’une survie après la mort, ne pouvaient pas manquer de séduire l’homme pénétré de religion qu’il était. […] Quant à la bibliothèque d’Aristote et de Théophraste, elle parvint en Italie grâce à Sylla lui-même. » (p.344)
    « Le premier décrêt du Peuple de l’époque postsyllanienne qui soit précisément datable remonte à l’année attique 49/8 –laquelle s’acheva en juillet 48- et a, par conséquent, de très fortes chances de précéder encore la victoire de César sur Pompée le 6 juin 48 à Pharsale, moment à partir duquel César put imposer sa volonté à Athènes. » (p.350)
    « Vers 38 –c’est-à-dire alors que Marc Antoine était maître de la Grèce et d’Athènes. » (p.351)
    « A partir de 49 effectivement, dans le sillage de la guerre civile à Rome, il y eut une suite ininterrompue de changements politiques. En l’espace de moins de dix ans, Athènes tomba d’abord sous le joug de Pompée, ensuite de son vainqueur César, puis du meurtier de ce dernier Brutus éliminée enfin par Antoine, lequel domina la cité pendant une décennie avant de tomber à son tour sous les coups d’Octave. » (p.351-352)
    « Pendant tout le temps que le général Sylla passa à Athènes en 84, au retour de son expédition victorieuse en Asie Mineure, il profita de la compagnie d’un jeune chevalier romain, du nom de Titus Pomponius, qui s’était établi dans la cité au cours de la guerre et devait y conserver son domicile une vingtaine d’années durant. Athénien d’adoption, Pomponius ne tarda pas à se faire surnommer Atticus (littéralement « habitant d’Athènes ») par son entourage, et c’est sous ce nom qu’il est connu comme l’homme qui, toute sa vie, fut l’ami et le conseiller de Cicéron et le destinataire, à ce titre, de plus de quatre cents lettres conservées dans la correspondance de l’orateur. Dans l’histoire d’Athènes, Atticus est bien davantage qu’une figure marginale : il se révéla, en maintes périodes critiques, d’un grand secours pour la cité.
    Atticus était arrivé à Athènes dans sa jeunesse, à l’âge de vingt-quatre ans, alors que Sylla venait juste de prendre la ville. Son ami et biographe Cornelius Nepos dit qu’il avait quitté l’Italie à cause de la guerre civile, craignant de se trouver dans la nécessité de prendre parti pour l’un ou l’autre camp. Mais il se peut également que les turbulences du marché romain des capitaux l’aient convaincu de quitter son pays et que, d’autre part, il ait été attiré en Grèce par la perspective de gains financiers. Mais s’il choisitde résider à Athènes, ce fut plutôt en raison de l’attrait culturel de la ville et de sa position propice aux échanges que dans l’attente de faire sur place, et avec la cité même, l’essentiel de ses affaires. En effet, Atticus avait de puissants intérêts commerciaux dans d’autres régions de la Grèce, par exemple en Épire ou à Sicyone dans le Péloponnèse. A Athènes, en revanche, il ne s’agissait pas fondamentalement pour lui de faire du profit : il y joua le rôle d’un bienfaiteur désintéressé, animé par une sincère admiration pour le destin exceptionnel et la renommée de la cité, sentiment qu’il partageait avec nombre de Romains cultivés de son temps.
    Nepos rapporte qu’Atticus devint très populaire à Athènes, et ce ne fut pas sans raison, car la cité, durement éprouvée par les ravages de la guerre, put à maintes reprises bénéficier de sa fortune et de ses relations. A une occasion au moins durant ces années d’après guerre (puis plus tard encore, en 50), il acheta –alors que les prix étaient en forte hausse- une grande quantité de céréales, qu’il fit distribuer à la population. Mais c’est avant tout en tant que financier qu’il vint en aide aux Athéniens, vu que la cité fut souvent forcée de recourir à l’emprunt, sans pouvoir obtenir d’aucun de ses créanciers, en majorité des Romains, des conditions acceptables. C’est là qu’Atticus pouvait intervenir : comme lui-même bénéficiait de taux plus avantageux, il se procurait à chaque fois la somme nécessaire en son propre nom et il la prêtait ensuite aux Athéniens, mais sans prélever d’intérêts pour lui-même. Il permettait ainsi à la ville appauvrie d’économiser de fortes sommes.
    En reconnaissance de son aide, les Athéniens octroyèrent à Atticus toutes sortes de privilèges, mais aussi longtemps que dura son séjour à Athènes, le Romain refusa l’érection d’une statue honorifique. Il s’opposa également à ce qu’on lui octroyât la citoyenneté athénienne (qui, à vrai dire, aurait impliqué pour lui la perte de la citoyenneté romaine). C’était un homme cultivé, parlant le grec comme s’il était natif d’Athènes. Il suivait les affaires publiques avec un vif intérêt, mais sans s’y investir personnellement, peu désireux qu’il était de faire carrière dans la politique. Il fut toujours très jaloux de son indépendance et soucieux de demeurer en bons termes avec tous ceux qui jouaient un rôle actif dans les affaires publiques ; et c’est pourquoi aussi il déclina l’invitation de Sylla à retourner avec lui dans sa patrie pour y prendre part à la guerre civile contre les marianistes, qui, durant l’absence du général romain, avaient établi leur domination sur l’Italie.
    Cette répugnance à s’engager personnellement dans la politique pourrait s’expliquer par le fait qu’Atticus était avant tout un homme d’affaires. Mais cette attitude se trouvait être conforme aux principes de la doctrine épicurienne. Atticus se sentit en effet toute sa vie attiré par l’enseignement dispensé au Jardin, ayant d’ailleurs noué une amitié personnelle avec les maîtres athéniens de cette école, Phaidros et Zénos. Il était cependant beaucoup trop indépendant pour devenir une véritable discipline d’Épicure et, de fait, dans toutes les décisions importantes de sa vie il se laissa toujours conduire par son sens de l’opportunité. Sa connaissance approfondie de la ville, de sa société et des milieux intellectuels profita également à Cicéron lorsqu’en 79, donc peu de temps après l’arrivée d’Atticus, il visita la Grèce avec plusieurs de ses amis et de ses proches et séjourna une demi-année avec eux à Athènes. Plus tard, Cicéron devait évoquer avec beaucoup de sensibilité le souvenir radieux d’une excursion faite en commun à l’Académie de Platon : on lit cela au début du cinquième livre de son traité Des biens extrêmes et des maux les plus graves, passage où Atticus a également sa place. C’est ainsi que par une après-midi de l’année 79, moins d’une décennie seulement après les terribles ravages de 86, la petite troupe franchit la porte du Dipylon et fit à pied le court trajet menant à l’Académie. Participaient à la promenade Cicéron, son frère Quintus, leur jeune cousin Lucius Cicéron, Marcus Pison et Pomponius Atticus. On entendait rendre hommage à Platon et à ses successeurs à l’endroit même où ils avaient enseigné et, pour ce faire, on avait choisi les heures de l’après-midi, quand l’endroit promettait d’être vide de toute présence humaine. […] La scène reflète admirablement le respect qu’inspiraient à la société romaine cultivée la civilisation grecque, ses penseurs les plus marquants et la cité d’Athènes, leur commune patrie intellectuelle, quelle qu’ait été l’origine de chacun d’eux. L’évocation de Cicéron fait l’effet d’une sorte de réparation littéraire pour les actes de barbarie commis par Rome dans un passé très récent.
    A cette même époque, probablement en septembre 79, Cicéron fut lui aussi initié aux Mystères d’Éleusis, expérience religieuse qui, comme il devait le manifester encore par la suite, l’impressionna profondément. Durant le séjour de plusieurs mois qu’il fit à Athènes avec ses compagnons de voyage, il fréquenta très régulièrement les leçons des philosophes, se montrant lui-même particulièrement assidu auprès d’Antiochos d’Ascalon, issu des rangs de l’Académie, mais sans négliger pour autant les épicuriens Phaidros (qu’Atticus, on l’a vu, estimait entre tous) et Zénon, lequel, aux yeux de Cicéron, était parmi eux l’esprit le plus pénétrant. Il en ressort que les écoles philosophiques continuaient alors à dispenser leur enseignement tout à fait normalement. » (p.359-362)
    « C’était, par conséquent, une nouveauté que de voir des nobiles de Rome se mettre à leur tour à faire des présents importants à la cité et s’inscrire ainsi, selon leurs possibilités et sans doute de manière consciente, dans le sillage des rois du temps passé. Le premier dont on ait connaissance ne fut autre que le grand Pompée. A son départ de Brindes (Brindisi), lors de son expédition contre les pirates en 67, il était si pressé qu’il longea la plupart des villes côtières sans s’y arrêter. Il prit cependant le temps d’aborder au Pirée, de monter jusqu’à Athènes, d’y offrir un sacrifice et de s’adresser au Peuple. Les Athéniens, qui attendaient de lui qu’il mit fin au fléau de la piraterie, l’accueillirent avec de véritables transports d’enthousiasme. [….]
    [Cicéron] dit avoir appris […] que le citoyen athénien Hérôdès de Marathon, archonte éponyme en 60/59, avait reçu de César –dès alors en Gaule- 50 talents pour sa ville, soit exactement la somme que Pompée avait remise précédemment à Athènes. » (p.364-365)
    « Cicéron lui-même avait fait étape à Athènes du 15 juin au 6 juillet 51, alors qu’il était en route vers sa province. C’était la première fois qu’il y revenait depuis son long séjour de l’année 79, et il avait logé chez Ariston, frère de l’académicien (alors décédé) Antiochos d’Ascalon. Comme il l’écrivit maintes fois à Atticus, il aimait beaucoup Athènes […] Et quand bien même, dès l’époque de son gouvernement, le danger, de plus en plus menaçant, d’une guerre civile entre César et Pompée l’engageait à hâter son retour à Rome s’il espérait encore pouvoir travailler au maintien de la paix, il prit néanmoins le temps, en automne 50, de faire halte une fois encore à Athènes. Il y arriva le 14 octobre, juste à temps pour prendre part, du 20 au 28 octobre –et pour la première fois depuis son initiation bien des années auparavant –aux Mystères d’Éleusis. » (p.366-367)
    « [La souveraineté athénienne] se trouva, en revanche, violée de manière flagrante par une loi que proposa le tribun de la plèbe Publius Clodius, la fameuse lex Clodia de provinciis consularibus. Pour se concilier les deux consuls en exercice (et au mépris de prescriptions légales allant en sens contraire), Clodius, par ce plébiscite, leur attribua des provinces nommément définies, particulièrement étendues et rentables : Calpurnius Pison (le beau-père de César) obtint ainsi la Macédoine, tandis qu’à Aulus Gabinius échut d’abord la Cilicie, puis, par le biais d’un second plébiscite, la Syrie. Ce qui était nouveau, c’est que –sur proposition du tribun, et sur ordre du concilium plebis- l’autorité du gouverneur Pison, dépassant largement les frontières de la province de Macédoine et des régions de la Grèce soumises depuis 146 à la surveillance du proconsul en charge, allait jusqu’à inclure des Etats grecs souverains. […]
    L’affaire est remarquable à plusieurs titres : d’abord par le fait que le souveraineté d’Athènes fut ainsi bafouée ou, plus exactement, ignorée ; ensuite parce que cette violation ne résultait pas d’une décision du Sénat, première instance, pourtant, en matière de politique étrangère, mais d’un tribun de la plèbe et d’une assemblée qui lui était entièrement dévouée. […] Il s’agissait très probablement de donner à des créanciers romains un moyen d’agir contre des villes libres qui s’étaient endettés auprès d’eux et de leur fournir ainsi la possibilité de les traduire devant le tribunal du proconsul […] La loi de Clodius de l’année 58 faisait donc passer Athènes du statut de cité alliée à celui de sujette de Rome. Certes, il est établi que la situation crée par cette lex Clodia s’acheva en même temps que prit fin le gouvernement de Pison, soit en 55, et qu’Athènes recouvra alors son statut d’autonomie. Mais après tout ce qui s’était passé, cela ne signifia guère plus qu’un changement de pure forme, puisqu’il y avait sujétion de fait. » (p.372-374)
    « Ce n’est qu’à partir du dernier quart du IIe siècle que des Romains établis à Athènes eurent la possibilité d’acquérir –pour eux-mêmes ou pour leurs fils- la citoyenneté athénienne, et cela par le biais de l’entrée dans l’éphébie. » (p.379)
    « C’est dans l’atmosphère troublée de la guerre sociale, en 90, que Gaius Aurelius Cotta, condamné au terme d’un procès politique, fut amené à s’établir à Athènes. Le personnage put ensuite retourner à Rome, lorsque, fin 82, Sylla sortit vainqueur de la guerre civile. » (p.382)
    « La guerre de quatre ans que César provoqua, en janvier 49, par le franchissement du Rubicon, fleuve qui marquait la limite entre la Gaule Cisalpine et l’Italie, aurait dû être et demeurer, juridiquement parlant, une affaire purement romaine, car ce qui était en jeu de part et d’autre devait en principe n’intéresser que des Romains. Mais, en réalité, durant sa première phase et jusqu’à la défaite de Pompée à Pharsale en août 48, la Grèce se trouva être le principal théâtre des opérations. En effet, à partir du moment où Pompée, suite à une vigoureuse attaque de César, eut évacué l’Italie (17 mars 49) et débarqué sur le sol hellénique avec ses troupes, les Etats grecs ne purent qu’assister impuissants à l’extension du conflit sur leurs territoires. La grande considération dont Pompée jouissait dans tous les pays de la Méditerranée orientale, ses relations personnelles et les moyens considérables qu’il avait là à disposition lui permirent d’organiser en Grèce un puissant front secondaire. Des renforts arrivèrent de toutes parts, et souvent de fort loin.
    La plupart des cités grecques n’eurent pas d’autre choix que d’accorder à Pompée le soutien exigé sous forme de secours militaire, d’aide matérielle ou des deux à la fois. Athènes semble avoir songé un instant à proclamer sa neutralité, mais elle eut tôt fait de se ranger dans le camp de Pompée. Un petit nombre de navires athéniens […] vint renforcer la flotte de Pompée, déjà largement supérieure à celle de son adversaire, à qui il s’agissait avant tout d’interdire la traversée sur l’autre rive en opérant dans les eaux de la mer Ionienne. Le nombre de fantassins athéniens dans l’armée de Pompée paraît avoir été plus important […]
    César, de son côté, afin d’étendre ses opérations en Grèce, avait ordonné à son légat Quintus Fufius Calenus, quelque temps déjà avant le combat, de conduire quinze cohortes de l’Illyrie en direction du sud. Le but de cette manœuvre était vraisemblablement de tenir le Péloponnèse. Chemin faisant, Calenus obtint sans combat la soumission de Delphes ainsi que des villes béotiennes de Thèbes et d’Orchomène, et il en prit quelques autres de vive force. Il parvint également à occuper le Pirée, car à cette époque le port n’était plus fortifié. Mais il ne fut pas en mesure de conquérir Athènes –qui, de ce fait, demeura une place forte de Pompée- et il dut donc se contenter de dévaster le plat pays. […]
    Immédiatement après la victoire de César, Athènes se rallia au vainqueur. » (p.384-385)
    « Corinthe (détruire en 146). » (p.387)
    « Le 15 mars, en effet, César avait été victime d’un complot ourdi par plus de soixante membres des deux ordres supérieurs sous la conduite de Marcus Brutus et de Gaius Cassius. Puis, pendant deux ans et demi, l’hostilité entre les partisans du dictateur –ou « césariens »- et le clan de ses assassins – appelés également « pompéiens » -devint le véritable moteur de la politique. Dans un premier temps, cependant, cette marche vers la guerre fut freinée par un fragile compromis entre les parties, qui, d’une part, accordait aux meurtriers de César l’amnistie pour leur forfait, et, d’autre part, entérinait les dispositions de César relatives à l’attribution des postes clés pour les années à venir. Ce qui retarda encore un peu le déclenchement des hostilités, ce fut une lutte pour le pouvoir, à l’intérieur même du camp des césariens, entre le consul Marc Antoine et le petit-neveu de César, Octave (appelé aussi Octavien depuis son adoption). Cela donna à leurs adversaires le loisir de rassembler leurs forces et de s’armer pour l’affrontement qui se préparait.
    Six mois après la disparition de César, Brutus et Cassius quittaient le sol italien, devenu brûlant sous leurs pieds, soi-disant pour prendre possession de leurs provinces respectives (la Crète et la Cyrénaïque), en réalité, comme il apparut bientôt, dans le but de créer dans l’Orient méditerranéen une base militaire du genre de celle que Pompée avait établie cinq ans plus tôt après son départ d’Italie. L’un et l’autre y réussirent au-delà de toute attente, Cassius en Syrie, Brutus dans la péninsule balkanique. Mais, dans le même temps, les héritiers politiques de César, jusque-là opposés, mirent fin à leurs querelles. Tout était prêt ainsi pour une nouvelle passe d’armes et la reprise de la guerre civile devenait inévitable. Elle eut pour théatre, en automne 42, la ville de Philippes en Macédoine, où se livrèrent deux grandes batailles ; et elle se termina par la mort des meurtriers de César et le partage de l’Empire entre les vainqueurs, ce qui marquait la fin de la République romaine.
    Mais avant qu’on n’en arrivât là, Athènes eut un rôle capital à jouer, notamment lors de la mobilisation du continent hellénique sous la bannière de Brutus. En octobre 44, celui-ci, accompagné de Cassius, débarqua en Grèce, où, en raison de leur action lors des Ides de Mars, leur présence eut un retentissement considérable. Comme le rapporte Dion Cassius, ils furent célébrés presque partout par des décrets honorifiques ; à Athènes ils se virent même conférer chacun une statue, et ces deux effigies de bronze, honneur rarissime, furent érigées à côté de celles des tyrannoctones Harmodios et Aristogiton. […]
    Brutus ne put vraisemblablement pas s’attarder trop longtemps à Athènes. Les événements l’entraînèrent bientôt dans le nord de la péninsule, vers la Macédoine, l’Épire et l’Illyrie. En Macédoine se trouvait déjà à la tête d’une légion Gaius Antonius, le frère de Marc Antoine, qui avait l’ordre de prendre la place d’Hortensius. Brutus le força à capituler à Apollonia, tout comme d’ailleurs à Dyrrachium le gouverneur césarien d’Illyrie Publius Vatinius. Leurs troupes à tous deux vinrent augmenter encore son armée –dont l’effectif ne cessait de croître- où servait, non sans distinction, le jeune [fils de] Cicéron. Finalement, en février 43, sur proposition de Cicéron père, le Sénat nomma Brutus proconsul de Macédoine, d’Achaïe et d’Illyricum, entérinant ainsi son coup de force parfaitement illégal. Contrôlant désormais l’ensemble de la péninsule balkanique, avec toutes les troupes stationnées dans la région, Brutus étendit encore sa mainmise en direction de la Thrace pour passer de là, vers la fin de l’année 43, en Asie Mineure et faire à Smyrne sa jonction avec Cassius. Avec cet épisode prit fin le rôle que joua Athènes en tant que premier quartier général de son entreprise. […]
    On ne sait pas non plus si des citoyens athéniens étaient engagés dans les troupes de Brutus vaincues, en octobre 42, à Philippes par celles de ses adversaires Antoine et Octave. Il est tout à fait concevable que Brutus n’ait pas recruté d’Athéniens lorsqu’il passa en Asie Mineure et qu’à son retour en Europe en 42 en compagnie de Cassius il n’ait pas jugé utile de gonfler l’armée (de toute façon déjà immense et largement composée de légionnaires romains très expérimentés) dont disposaient les meurtriers de César, en leur adjoignant encore des contingents grecs. Quoi qu’il en soit, et malgré sa prise de position sans équivoque, non seulement Athènes ne fut pas menacée après la défaite de Brutus et de Cassius, mais elle tira bientôt avantage de la prédilection que Marc Antoine –qui s’était vu attribuer, entre autres, l’administration de la Grèce- nourrissait pour la cité.
    Antoine, en effet, passa le reste de l’année 42 en Grèce et il séjourna quelque temps à Athènes. » (p.390-393)
    « Ayant passé l’hiver 41/0 à Alexandrie, Antoine se retrouva à Athènes dès le printemps 40. Il revit là son épouse Fulvia après une longue séparation et il apprit d’elle qu’une guerre se préparait contre lui en Italie. […] Fulvia mourut peu de temps après à Sicyone. Sa mort tombait fort à propos, puisque cela permit aux deux puissants rivaux de sceller entre eux un ultime accord, conclu dans la ville de Brindes : vers la fin de l’année 40, en effet, Antoine put prendre pour femme Octavie, la propre sœur d’Octave.
    A la fin de l’été 39, après avoir séjourné un certain temps en Italie, le couple vint s’établir pour deux ans Athènes, qui devait être désormais, et jusqu’au début de la guerre contre Octave, la principale résidence d’Antoine à côté d’Alexandrie. A Athènes, Antoine se sentait particulièrement à l’aise. […] Octavie sur conquérir entièrement le cœur des habitants, et une inscription de l’Agora présente les deux époux comme un « divin couple de bienfaiteurs » pour la cité. » (p.394-395)
    « Peu d’années après éclata entre Antoine et Octave la confrontation décisive qui menaçait depuis longtemps. Elle était devenue inévitable dès le moment où il s’avéra qu’Octave, à la différence d’Antoine –qui se contentait de règner sur la partie orientale de la Méditerranée-, revendiquait pour lui seul la souveraineté sur la totalitéde l’Imperium Romanum. Au fil des années depuis la victoire de Philippes, Octave avait, à diverses reprises et de manière flagrante, violé la loyauté due à son collègue, en ne prenant en compte que ses seuls intérêts. Antoine, de son côté, par ses liens toujours plus étroits avec la reine d'Égypte Cléopâtre, avait compromis l’alliance personnelle nouée avec Octave. C’est ainsi qu’en 35 il fit savoir à Octavie, qui avait déjà quitté Rome pour le rejoindre à Athènes, qu’elle pouvait s’en retourner en Italie. Finalement, au printemps 32, alors qu’il était déjà hors de doute que la guerre allait éclater, il lui signifia formellement le divorce. La réponse vint d’Octave vers la fin de l’été, sous la forme d’une déclaration de guerre adressée d’ailleurs non pas à Antoine, mais à Cléopâtre.
    C’est avec la reine d’Égypte qu’Antoine se trouvait alors à Athènes, occupé à préparer l’affrontement militaire imminent, mais, là encore, sans se laisser accaparer par les soucis au point de renoncer à goûter pleinement, avec sa compagne, aux distractions qu’Athènes avait à offrir. Cléopâtre ne put manquer de constater combien les Athéniens étaient demeurés attachés à Octavie, et elle s’efforça par de grandes libéralités de s’attirer leur faveur. […]
    Après que les flottes et les armées des deux généraux se furent observées pendant des mois dans le nord-ouest de la Grèce, la victoire navale remportée, le 2 septembre 31, par l’amiral d’Octave Marcus Agrippa au large d’Actium décida de l’avenir. Antoine et Cléopâtre s’enfuirent en Égypte ; l’immense armée de terre d’Antoine, qui n’avait subi aucun dommage, conclut une capitulation avec Octave : toute la Grèce tombait d’un seul coup au pouvoir de ce dernier. […] On ignore si des contingents athéniens participèrent aux opérations sur mer ou sur terre. […]
    Après la bataille d’Actium, Athènes fut le premier objectif d’Octave. […] On était justement au mois de Boédromiôn (octobre), époque des Mystères d’Éleusis, et Octave saisit cette occasion, comme tant d’autres éminents Romains avant lui, pour se faire initier. Deux bases de statues trouvées à Éleusis sont des monuments élevés par la cité d’Athènes […] à sa gloire et à celle de son épouse Livie. Octave est désigné dans l’inscription comme « sauveur et bienfaiteur », cela probablement en raison de son don de blé. » (p.396-398)
    « L’alliance qu’Athènes avait conclue avec Rome durant la guerre contre Antiochos III était un traité unissant deux Etats souverains. Athènes le rompit en 88 en se ralliant à Mithridate. Si la tradition historiographique ne fait pas mention, à ce propos, d’une rupture de traité, c’est sans doute que ce traité ne jouait déjà plus un rôle majeur dans l’esprit des deux signataires, dont le poids était par trop inégal. C’est pourquoi aussi il importait somme toute assez peu qu’après la capitulation d’Athènes devant Sylla le traité fût manifestement considéré comme toujours valable (ou du moins comme remis automatiquement en vigueur). Du côté romain, il y eut en revanche violation évidente du traité en l’an 58, date du plébiscite de Clodius, puisque cette loi populaire reconnaissait au gouverneur romain de Macédoine le droit d’exercer, aussi longtemps qu’il était en place, sa haute autorité sur une cité dont la souveraineté était pourtant juridiquement garantie. Cette situation insolite fut assurément de courte durée. Toutefois, au soir de la bataille d’Actium, les droits reconnus à Athènes en vertu de l’ancien traité se révélèrent bel et bien définitivement obsolètes, car quand Cassius Parmensis, partisan d’Antoine, se réfugia dans la cité –où, en raison de cette souveraineté, il aurait dû trouver la sécurité-, il fut exécuté sur simple ordre du vainqueur. […]
    Désormais, Athènes devait elle aussi, à l’instar de toutes les cités et nations situées à l’intérieur de l’Empire romain, se soumettre sans condition à la volonté du nouveau maître absolu. Certes, il arriva à Auguste et à plusieurs de ses successeurs de solliciter et d’obtenir le droit d’être initiés aux Mystères d’Éleusis ou de revêtir pour une année la dignité de l’archontat éponyme ; mais la cité n’avait alors plus d’autre issue que de se plier à leurs désirs. Confrontée aux sautes d’humeur d’un Auguste ou à la faveur constante d’un Hadrien, Athènes était bien obligée d’accepter le tout-venant des caprices impériaux. La cité n’était plus ce qu’elle avait été au temps où elle pouvait se mesurer d’égal à égal avec le puissant Alexandre. Elle continua néanmoins à vivre au sein de l’Empire romain avec le statut d’une ville jouissant de l’autonomie municipale, demeurant par ailleurs au premier rang des cités en tant que principal foyer de la culture hellénique. Son héritage est ainsi resté vivace jusqu’à notre temps, et il lui survivra. » (p.402-405)
    -Christian Habicht, Athènes Hellénistique. Histoire de la cité d’Alexandre le Grand à Marc Antoine, Les Belles Lettres, 2000 (1995 pour la première édition allemande), 570 pages.


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    « La racine de toute doctrine erronée se trouve dans une erreur philosophique. [...] Le rôle des penseurs vrais, mais aussi une tâche de tout homme libre, est de comprendre les possibles conséquences de chaque principe ou idée, de chaque décision avant qu'elle se change en action, afin d'exclure aussi bien ses conséquences nuisibles que la possibilité de tromperie. » -Jacob Sher, Avertissement contre le socialisme, Introduction à « Tableaux de l'avenir social-démocrate » d'Eugen Richter, avril 1998.

    "La vraie volupté est remportée comme une victoire sur la tristesse [...] Il n’y a pas de grands voluptueux sans une certaine mélancolie, pas de mélancoliques qui ne soient des voluptueux trahis." -Albert Thibaudet, La vie de Maurice Barrès, in Trente ans de vie française, volume 2, Éditions de la Nouvelle Revue Française, 1919, 312 pages, p.40.

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    Message par Johnathan R. Razorback le Ven 13 Avr - 14:45

    « La guerre contre Hannibal sembla fournir une bonne occasion d’en découdre. […] Philippe en était réduit à conquérir par ses propres moyens le territoire illyrien. Mais en s’y employant il ouvrait les hostilités contre Rome, qui risposta alors par un traité d’alliance avec les Étoliens (212). Philippe remporta dans sa campagne d’Illyrie quelques succès notables : il prit Lissa et contraignit les tribus des Atintanes, des Ardiéens et des Parthiniens à faire soumission.
    La guerre prit de l’ampleur lorsqu’en 211/0 le roi Attale Ier de Pergame, de même que les cités d’Élis, de Messène et de Sparte, rejoignirent la coalition contre Philippe. Les combats s’étendirent presque à toute la péninsule balkanique. Quant à Athènes, il ne lui fut plus possible de regarder passivement les choses lorsque le proconsul romain Sulpicius Galba s’empara de l’île d’Égine située dans le golfe Saronique au large de la ville, la mit au pillage puis, conformément au traité romano-étolien, la céda aux Étoliens, qui, de leur côté, la vendirent au roi Attale. Peu après, en juin 209, de concert avec d’autres Etats neutres, Athènes s’efforça de mettre un terme au conflit. […] Ce fut une action concertée –où l’Égypte joua le rôle de principal coordinateur- avec pour objectif, par le biais d’une paix, d’obliger aussi bien les Romains que le roi de Pergame à quitter le sol de la Grèce. Un autre but, économique celui-là, était certainement de rétablir des conditions normales dans les relations commerciales. » (p.211)
    « Après que les Étoliens eurent conclu avec Philippe une paix séparée, fut signé également, dans la ville épirote de Phoinikè, un traité de paix entre les Romains et le roi de Macédoine (206). » (p.216)
    « En l’an 200, les Athéniens déclarèrent la guerre au souverain macédonien. A ce moment-là, l’état de guerre régnait déjà entre Rhodes et le roi Attale, d’une part, et le roi de Macédoine, de l’autre, et des ambassadeurs romains présents à Athènes firent savoir que la République ne tarderait pas à se ranger également du côté des alliés. […]
    L’origine du conflit fut la suivante : en septembre 201, lors de la fête des Mystères d’Éleusis, deux jeunes gens d’Acarnanie (Grèce du Nord-Ouest) avaient participé, par méprise, aux cérémonies réservées aux initiés. En punition de ce sacrilège –même s’ils l’avaient commis involontairement-, ils avaient été exécutés par les Athéniens. Cette réaction était à la fois démesurée et, d’un point de vue politique, irréfléchie, car les Acarnaniens étaient depuis vingt ans des alliés fidèles du souverain macédonien. C’est donc vers lui qu’ils se tournèrent, la rage au cœur, et ils obtinrent son accord pour une opération de représailles. Une armée acarnanienne renforcée d’éléments macédoniens mit au pillage le territoire attique et repartit aussitôt, chargée d’un riche butin. Dans le même temps, la flotte royale capturait quatre trières athéniennes. Il était évident que Philippe recherchait la confrontation ouverte avec Athènes.
    Au printemps 200, l’Assemblée du peuple athénien répliqua en votant la guerre. Immédiatement, les deux tribus « macédoniennes », l’Antigonis et la Démétrias, qui avaient été créées plus d’un siècle auparavant, furent dissoutes. En outre, on décida d’abattre tous les monuments en l’honneur de Philippe et de ses ancêtres, d’effacer dans les documents officiels toute mention de membres des diverses familles royales et de frapper de malédiction et d’exil tous les Macédoniens : aucun d’eux ne devait plus à l’avenir fouler le sol attique. […]
    Au moment de la déclaration de guerre étaient présents dans la ville le roi de Pergame et des ambassadeurs de Rhodes et de Rome. Attale et les Rhodiens étaient même précisément venus avec l’intention de décider Athènes à entrer dans la guerre qu’ils menaient contre Philippe, tandis que la députation romaine avait également des requêtes à présenter au roi de Pergame. Ce dernier refusa de parler en personne devant les citoyens, mais il fit donner lecture d’un message pressant les Athéniens d’entrer en guerre, faute de quoi, les avertissait-il, ils ne récolteraient aucun fruit de la victoire. L’appel des Rhodiens allait dans le même sens, et ceux-ci jouissaient à l’Assemblée d’une faveur toute particulière, car ayant fait la chasse aux quatre vaisseaux athéniens capturés par Philippe, ils les avaient restitués aux Athéniens. En l’honneur du roi de Pergame, l’Assemblée vota la création d’une nouvelle tribu, l’Attalis, constituée à raison d’un dème pris dans chacune des anciennes phylai. Ainsi, le nombre des tribus, qui venait de passer de treize à onze, remontait maintenant à douze. […]
    Sitôt après la déclaration de guerre, la cité envoya des ambassadeurs à Rome sous la conduite de Képhisodôros, du dème de Xypétè. C’est cette ambassade qui a inspiré la thèse des annalistes romains (perceptible chez Tite-Live) selon laquelle un appel à l’aide venu d’Athènes […] aurait déterminé Rome à entrer en guerre contre Philippe. Mais en réalité Rome avait d’autres motivations et –comme des ambassadeurs romains en avaient déjà assuré le roi Attale à Athènes- le Sénat était bien résolu à la guerre dès avant l’arrivée de cette délégation. La fin de la guerre d’Hannibal permettait à Rome d’envisager la reprise d’un conflit que la paix de Phoinikè n’avait fait qu’interrompre. Abandonnée par son allié étolien, Rome avait en effet dû consentir à davantage de concessions, par exemple à la perte, au profit de Philippe, du territoire illyrien d’Anintanie, ce qui, aux yeux des Romains, loin d’être un compromis, représentait une humiliation. C’est donc un compte à régler avec Philippe qui décida le Sénat romain à la guerre et non pas un appel à l’aide de la part d’Athènes, cité à l’égard de laquelle Rome ne se sentait en aucune façon redevable. Cependant, sitôt qu’elle fut déterminée à la guerre, Rome s’empressa d’ahouter aux griefs qu’elle avait contre le roi de Macédoine la conduite de celui-ci vis-à-vis d’Athènes, et ce fut ensuite bel et bien l’armée romaine qui, dès qu’elle eut débarqué en Épire, à la fin de l’été 200, sauva Athènes d’une situation fort périlleuse.
    Car si les Athéniens avaient déclaré la guerre à Philippe, ils étaient incapables de la soutenir. La cité n’était même pas en mesure de protéger efficacement son territoire. Au reste, l’Attique ne fut pas attaquée par le roi lui-même –celui-ci assiégeait en ce moment Abydos sur l’Hellespont- mais par ses généraux, d’une part Nikanor, qui s’avança jusqu’à l’Académie, aux portes de la ville, et se heurta devant Athènes à la députation romaine, et de l’autre Philoklès, à la tête d’une troupe relativement modeste de 3000 fantassins et de 200 cavaliers. [...] Dans cette phase de la guerre, les forces athéniennes ne firent pour ainsi dire aucune apparition sur terre ni sur mer, se bornant sans doute à défendre la ville, le port et un certain nombre de points stratégiques. Que le roi Attale et les Rhodiens n’aient pas fait grand-chose durant ces mois, les sources le disent bien, et effectivement rien n’indique qu’ils aient soutenu alors Athènes par les armes. » (p.218-220)
    « Ce fut, en fait, des Romains que vint l’aide décisive. En débarquant à Apollonia en Épire, le consul Sulpicius Galba trouva des envoyés d’Athènes qui lui dépeignirent en termes alarmants la détresse de leur ville. Il envoya aussitôt vingt navires de guerre et 1000 soldats, qui furent postés au Pirée et rétablirent immédiatement la situation. Du coup cessèrent les incursions depuis Corinthe comme aussi les descentes à partir de Chalcis. A l’escadre romaine se joignirent alors trois bâtiments rhodiens et des vaisseaux athéniens en nombre égal. Le commandant romain eut même l’audace d’organiser avec cette armée –et en s’appuyant sur des informations fournies par des exilés- une attaque surprise, de nuit, contre la puissance forteresse macédonienne de Chalcis. Les coalisés parvinrent à incendier des entrepôts et des arsenaux royaux, à libérer plusieurs prisonniers et à détruire des statues du souverain. Mais avec une troupe aussi réduite il était hors de question de tenir la ville : les attaquants se replièrent bientôt vers le Pirée.
    Ce coup d’audace exposa Athènes à un nouveau péril, car le roi Philippe se préparait à la riposte. Depuis Démétrias il fit voile en toute hâte vers Chalcis pour, de là, se porter contre Athènes. Mais avertis juste à temps, les défenseurs –parmi lesquels se trouvaient un corps de mercenaires et un contingent du roi Attale- gagnèrent leur poste et furent en mesure de résister à une vigoureuse attaque de Philippe à la porte dite du Dipylon. […]
    Ces événements, avec lesquels s’acheva la première année de la guerre, marquèrent aussi la fin des souffrances d’Athènes. Par la suite, la cité ne fut plus touchée que marginalement par le conflit, même si elle demeura pendant quelque temps entourée d’ennemis : l’Eubée et Corinthe étaient de puissants camp retranchés aux mains des Macédoniens et les Béotiens étaient les alliés de Philippe. » (p.221-222)
    « Menée sans grande ardeur par les deux premiers commandants romains, la guerre devait entrer dans une nouvelle phase avec l’arrivée du jeune consul Titus Flamininus en mai 198. Faisant preuve d’énergie et aidé par la chance, Flaminius réussit à déloger le roi Philippe de sa solide position sur le fleuve Aoos en Épire. Un an plus tard, il remportait à Cynoscéphales en Thessalie, non loin de Phères, la victoire décisive qui conduisit à la paix. […]
    [Athènes] n’obtint rien dans la paix de 196. […] [Elle] sortait donc de la guerre sans perte significative, mais sans profit non plus. La cité s’était par ailleurs étroitement liée aux Romains, sans avoir pour autant conclu avec la République une alliance formelle. » (p.224-225)
    « Le Sénat, ayant arraché Lemnos à Philippe, déclara libre cette île dont Athènes pouvait pourtant revendiquer la possession avec de bonnes raisons. » (p.226)
    « Dans la guerre entre Flamminius et les Étoliens, Athènes se rangea résolument aux côtés des Romains. Cela apparut au grand jour au printemps 195, lorsqu’à l’occasion d’une assemblée convoquée par le proconsul à Corinthe, en présence des représentants de l’Archaïe, de la Thessalie, de la Macédoine, de Pergame et de Rhodes, comme aussi de Flaminius en personne, le délégué athénien fit l’éloge de l’intervention de Rome en Grèce, s’attirant par là d’un personnage connu, l’Étolien Alexandros, cette réplique acerbe que les Romains, avec Démétrias, Chalcis et l’Acrocorinthe, occupaient les forteresses mêmes qui avaient permis à la Macédoine d’asservir le pays –le roi Philippe ne les avait-il pas lui-même dénommées « les trois entraves de la Grèce ? »- et que s’ils ne les évacuaient pas, c’était précisément dans le but d’assurer leur propre domination sur le pays. Les Athéniens durent encore s’entendre dire par Alexandros que, de champions de la liberté hellénique, ils étaient tombés au rang de satellites d’une puissance étrangère […]
    Avec le roi Antiochos, qui, dans les années suivantes, allait apparaître de plus en plus comme l’allié potentiel des Étoliens dans l’éventualité d’une confrontation avec Rome, Athènes entretenait des rapports cordiaux, encore que moins étroits que ceux qui la liaient aux Lagides et aux rois de Pergame. Tandis que la politique officielle d’Athènes durant cette période tendait à éviter, dans la mesure du possible, une nouvelle guerre en Grèce, la cité ne laissait toutefois planer aucun doute sur son adhésion à la cause romaine dans le cas d’un conflit armé. Lorsqu’en 192 le Sénat envoya en Grèce quatre de ses représentants les plus éminents –dont trois anciens consuls, au nombre desquels était Flamininus- pour contrer l’agitation étolienne et la propagande d’Antiochos, il est significatif qu’Athènes ait été le premier Etat visité par cette délégation, tandis que la Confédération achéenne, sur la loyauté de laquelle Rome croyait pouvoir compter, dut se contenter de simples dépêches. » (p.228-229)
    « Printemps 191 […] [les Romains vainquirent aux Thermopyles] les forces réunies d’Antiochos et de l’Étolie. [Ils contragnirent] ainsi le roi séleucide à quitter la Grèce et les Étoliens, désormais privés de tout appui extérieur, à devoir se défendre dans leur propre pays. Les hostilités se prolongèrent là un certain temps encore. Quant à la guerre contre Antiochos, ce sont les frères Publius et Lucius Scipion qui y mirent fin en Asie Mineure, au début de l’année 189, par leur victoire à Magnésie du Silype.
    Tout comme dans la guerre contre Philippe, la participation militaire des Athéniens dans ce conflit fut extrêmement réduite. Leur principale contribution consista, une fois encore, à mettre leur port à la disposition de la flotte alliée. De 191 à 188, quatre amiraux romains opérèrent successivement à partir de cette base avec le soutien d’escadres rhodiennes et pergaméniennes.[…]
    En revanche, la cité joua un rôle essentiel dans le règlement de la guerre étolienne. Car ce furent des hommes politiques athéniens qui s’emploèrent sans relâche et à maintes reprises à obtenir la paix pour les Étoliens durement éprouvés et finirent par y parvenir, à Rome, devant un Sénat demeuré foncièrement hostile à cette nation. Ces efforts, qui se poursuivirent durant plus d’une année et demie, sont relatés en détail tant par Polybe et par Tite-Live à sa suite. Au printemps 190, alors que Glabrion assiégeait la ville étolienne d’Amphissa et que les frères Scipions (Lucuis en tant que consul de l’année avec, pour légat, Publius dit l’Africain) se présentaient pour le remplacer dans la conduite de la guerre, une ambassade arriva d’Athènes avec à sa tête Échédémos, du dème de Kydathénaion, l’homme politique alors le plus important de la cité à côté de Léon. Les Étoliens désiraient la paix, et les Scipions aussi, qui voulaient avoir les mains libres pour affronter Antiochos. Ils avaient toutefois à tenir compte du plan de conduite d’ores et déjà tracé par le Sénat. Échédémos se rendit trois fois à Amphissa et trois fois auprès des autorités étoliennes à Hypata sans qu’on pût aboutir à un accord. Il conseilla alors aux Étoliens de demander une trêve de six mois, qui leur fut accordée.
    Lorsque l’année suivante, avec la victoire des Romains sur Antiochos, les Étoliens perdirent tout espoir de voir jamais plus cet allié venir à leur secours, ils prièrent les cités de Rhodes et d’Athènes d’user de leurs bons offices pour la négociation d’une paix à Rome. Les deux cités répondirent à l’appel. Toutefois, avant d’entreprendre le voyage d’Italie, elles envoyèrent leurs délégués au camp du nouveau consul romain Fulvius Nobilior, qui, dans la foulée de la guerre étolienne, était en train d’investir la ville épirote d’Ambracie, ancienne résidence du roi Pyrrhos. Dans l’été 189, les médiateurs parvinrent à une paix provisoire, qui fut ratifiée peu après par l’Assemblée fédérale étolienne mais avait encore à l’être par les Romains. Pour ce faire, les Athéniens et les Rhodiens accompagnèrent à Rome les négociateurs étoliens. Mais, sur la base d’informations du roi Philippe de Macédoine, le Sénat se trouvait à nouveau fort mal disposé à l’égard des Étoliens, et la ratification du traité semblait gravement compromise. C’est alors que l’Athénien Léon (celui-là même à qui l’on devait qu’Athènes fût restée fidèle à Rome en automne 192) prononça un discours mémorable (paraphrasé par Polybe) et impressionna si fort les sénateurs qu’ils acceptèrent de conclure la paix aux conditions stipulées par le consul. » (p.230-232)
    « Avec le règlement de paix de 196 consécutif à la défaite du roi Philippe à Cynoscéphales, la Macédoine avait cessé de constituer pour l’indépendance politique d’Athènes cette menace latente qu’elle demeura si longtemps. Certes, la monarchie existait toujours, mais suite à l’abandon des forteresses de Démétrias, de Chalcis et de Corinthe et à la perte de son influence sur divers peuples de la Grèce, comme les Thessaliens, elle ne présentait plus de danger pour les Etats grecs. […]
    A sa mort, en 179, Philippe aurait légué cette résolution d’en découdre à son fils et successeurs Persée, sous le règne de qui, en 171, le conflit se ralluma effectivement avec Rome : ce fut la troisième guerre de Macédoine, qui s’acheva, en 168, par la victoire de Rome à Pydna, suivie de la déportation de Persée en Italie et de l’abolition de la monarchie. Telle fut la fin du royaume de Philippe II et d’Alexandre le Grand. » (p.235)
    « Athènes, qui, une génération plus tôt, avait cherché, face à la Macédoine, son salut auprès de Rome et qui, depuis, s’était rangée fidèlement aux côtés des Romains, ne put, bien entendu, faire autrement, lorsque la guerre éclata, que de se déclarer en faveur de la République. La cité, qui, depuis quelque temps, se trouvait en outre liée avec Rome par un traité en bonne et due forme, le fit même sans réserve et mit d’emblée à la disposition des commandants romains de la première année de guerre la totalité de ses vaisseaux et de ses troupes. Si l’offre fut déclinée, on exigea d’elle, en revanche, une énorme quantité de céréales pour ravitailler l’armée romaine. Bien que les Athéniens –comme leurs ambassadeurs l’expliquaient l’année suivante devant le Sénat- dussent eux-mêmes en tout temps, vu la pauvreté de leur sol, importer des céréales pour nourrir la population, y compris leurs propres paysans, ils parvinrent à livrer le blé demandé et proposèrent même aux Romains de leur procurer, sur demande, d’autres biens encore. Ils firent preuve en cela d’une salutaire clairvoyance, car tous les Etats grecs qui, durant ces années-là, ne se plièrent qu’à leur corps défendant et de mauvaise grâce à la volonté romaine se virent sévèrement punis après la fin des hostilités. La bonne volonté d’Athènes, en revanche, fut saluée avec satisfaction par le Sénat, comme on put l’observer durant la guerre déjà : en effet, la députation de la cité qui, en 170, s’était rendue à Rome en compagnie de beaucoup d’amssadeurs d’autres Etats fut reçue et entendue avant toute autre par les autorités romaines, ce qui était toujours le signe d’une faveur spéciale. » (p.236)
    « A peine quelques mois plus tard, au début de l’automne 168, Paul-Émile vint lui-même à Athènes. Accompagné de son fils, le jeune Scipion, et de l’un des princes de Pergame, il parcourut la Grèce à la découverte des curiosités du pays. […] Le consul offrit un sacrifice à Athéna sur l’Acropole […] Il semble qu’il fit également part aux citoyens de son souhait de les voir lui désigner, pour l’éducation de ses enfants, leur philosophe le plus estimé, ainsi qu’un peintre pour la célébration de son triomphe ; sur quoi les Athéniens lui auraient mandé Métrodôros, qui, selon eux, excellait aussi bien comme savant que comme artiste, jugement que Paul-Émile n’aurait pas tardé à faire sien. […] Le consul emmena probablement aussi une statue d’Athéna, qu’il consacra par la suite à Rome dans un temple de la Fortune. » (p.237-238)
    « En même temps que Lemnos, les Athéniens récupérèrent sans doute également Imbros et Skyros dans l’Égée septentrionale. Il n’est pas aisé de saisir pourquoi Délos perdit l’indépendance dont elle avait bénéficié pendant près de cent soixante ans ; la raison en est peut-être qu’un amiral macédonien, pendant la guerre contre Persée, avait fait de l’île sa base d’opération. L’attribution de Délos à Athènes fut soumise par le Sénat à une condition : c’est que l’île deviendrait un port-franc, autrement dit que l’on ne pourrait pas y percevoir les habituelles taxes à l’importation et à l’exportation, représentant en règle générale le 2% de la valeur des marchandises. Il est possible que cette clause ait été dictée par des marchands italiens. La conséquence fut qu’une grande part du commerce de transit méditerranéen, en particulier entre l’Italie et le littoral syro-palestinien, se concentra à Déos au détriment de Rhodes, dont les revenus douaniers chutèrent aussitôt d’environ 85%, passant d’un million à 150 000 drachmes par an.
    Au cours des trente-deux années consécutives à la grave menace que le roi Philippe V, en 200, constitua pour elle, Athènes avait participé aux côtés des Romains à trois conflits majeurs. Si cet engagement n’ajouta guère à sa gloire passée, la cité s’en sortit, dans l’ensemble, fort bien, tirant même de la dernière guerre des gains substantiels. » (p.240)
    « Au terme de cette période, l’Etat athénien se trouvait donc dans une position beaucoup plus solide qu’à son début. Le péril qui la menaçait depuis près de deux cent ans était maintenant à jamais écarté, car le roi Persée avait été déporté et interné en Italie avec les membres de sa famille et deux cent cinquante Macédoniens de haut rang ; la monarchie avait été abolie et remplacée par quatre républiques indépendantes les unes des autres. Autant, dans le premier quart du IIe siècle, Athènes perdit en influence et en puissance militaire au sein du monde grec par rapport à la Confédération achéenne et à Rhodes (sans même parler ici du roi de Pergame), autant, à la fin de la troisième de Macédoine, la cité se hissa au premier plan, non pas qu’elle eût restauré ses propres forces, mais tout simplement grâce aux sanctions prises par le Sénat romain à l’encontre des puissances en question (y compris le royaume de Pergame). A la différence de ces Etats, Athènes jouissait désormais de la faveur grandissante de Rome. C’est aux Romains, en effet, que la cité était redevable des gains importants de l’année 167 : les îles de Délos, Lemnos, Imbros et Skyros –qui toutes quatre avaient déjà été athéniennes par le passé pendant une durée plus ou moins longue- et le territoire d’Haliarte. […]
    Depuis 168, Rome était en Grèce la puissance dominante, et cela sans que la République eût annexé la moindre parcelle du sol grec ou y eût entretenu une garnison permanente. Certes, tout ce qui se fit en Grèce depuis lors ne fut pas dicté par la volonté de Rome, mais rien d’essentiel ne se fit désormais contre sa volonté. » (p.241)
    « L’acquisition de Délos et Lemnos, consécutive à la guerre contre Persée, marqua même le début d’une ère de prospérité croissante. » (p.243)
    « Même après la cession de l’île [de Délos] à Athènes, le dernier mot sur son statut et son avenir était toujours laissé au bon vouloir du Sénat. […] Le Sénat n’hésitait pas à intervenir dans les affaires déliennes. » (p.280)
    « Vers 120, les Romains (avec les Italiens) formaient déjà une part importante de la population insulaire [de Délos]. » (p.283)
    « Le traitement que les Athéniens, après avoir récupéré Délos, firent subir aux habitants expulsés de leur île entraîna, dans les années suivantes, des tensions entre Athènes et la Confédération achéenne, qui avait porté assistance aux Déliens. Et l’on se souvient que, les deux parties ayant fait appel au Sénat, celui-ci, en 159/8, trancha l’affaire en faveur des Déliens. Mais entre les deux Etats de nouveaux conflits d’intérêt, nettement plus graves, ne tardèrent pas à s’élever, qui les menèrent tous deux, vers la fin des années cinquante, au bord d’une guerre. Ils avaient apparemment pour origine la politique agressive d’Athènes à l’égard de la ville d’Oropos, à la frontière entre l’Attique et la Béotie. Fondée par la cité ionienne d’Érétrie en Eubée, Oropos, au cours de son histoire, avait appartenu souvent à Athènes et plus longtemps encore à la Béotie, ne jouissant donc que rarement de l’indépendance. C’est sur son territoire que se trouvait le célèbre sanctuaire du héros guérisseur Amphiaraos, que les malades fréquentaient assidûment.
    Au cours du IVe siècle et de la première moitié du IIIe siècle, Oropos avait à plusieurs reprises fait partie de l’Etat athénien : d’abord des alentours de 375 à 366, puis de nouveau de 338 (ou plutôt 335) à 322, du fait de la volonté du roi Philippe II (ou mieux d’Alexandre le Grand), et encore une fois de 304 jusque vers 287, grâce au roi Démétrios. Ensuite, pendant plus d’un siècle, elle avait appartenu à la Confédération béotienne, jusqu’à la dissolution de celle-ci durant la guerre contre Persée en 171. Depuis lors, Oropos était indépendante, mais en butte à l’ambition de puissants Etats voisins, tels Athènes, Thèbes et Érétrie. Parmi ces prétendants, les Athéniens pouvaient se prévaloir de droits anciens, comme ils n’avaient pas manqué d’en invoquer également dans le cas des îles de Délos, de Lemnos, d’Imbros et de Skyros, qui étaient toutes redevenues athéniennes après la guerre contre Persée. » (p.291-292)
    « Les Athéniens firent irruption dans le territoire d’Oropos, qu’ils livrèrent au pillage dans l’espoir, sans doute, de forcer les habitants à renoncer à leur indépendance pour se fondre dans l’Etat athénien. Ce qui est sûr, c’est que les Oropiens portèrent plainte contre eux à Rome. Comme souvent en pareil cas, le Sénat confia l’instruction et le règlement de l’affaire à une communauté hellénique, portant en l’occurrence son choix sur Sicyone, cité membre de la Confédération achéenne. Les Athéniens ne se présentèrent pas à la date fixée pour les négociations et furent donc condamnés, pour les dommages qu’ils avaient causés, à verser une indemnité de 500 talents, un montant extraordinairement élevé. Ils se tournèrent alors à leur tour vers le Sénat afin d’obtenir la remise ou du moins une réduction sensible de cette somme. A cette fin, ils envoyèrent non pas, comme c’était l’usage, des citoyens de haut rang, mais –chose rare, certes, sans être tout à fait unique- trois étrangers résidant depuis longtemps à Athènes, à savoir les chefs des trois plus grandes écoles philosophiques, l’académicien Carnéade de Cyrène, le péripatéticien Critolaos de Phasélis en Lycie et le stoïcien Diogène de Séleucie du Tigre. Cette ambassade dite « des philosophes » fit date dans l’histoire de la vie culturelle romaine, car, avant d’être reçus au Sénat, les trois ambassadeurs mirent à profit le temps de leur séjour à Rome pour faire devant un public nombreux et fasciné des démonstrations publiques de leurs talents en matière de rhétorique et de dialectique. Ces discours firent forte impression sur le moment et eurent par la suite un retentissement plus grand encore, apparaissant même au yeux du vieux Caton le Censeur comme un véritable danger pour la jeunesse. Car il lui semblait tout à fait inconcevable que Carnéade parlât un jour de la justice comme d’un fondement de la politique internationale et que le lendemain, avec la même sincérité dans sa conviction et la même insistance, il pût défendre le contraire. […] Mais ce n’est pas seulement auprès du public romain –mis à part Caton et quelques autres- que les trois philosophes rencontrèrent un vif succès, puisque leur mission se solda également par un résultat positif : suite à leur plaidoyer devant le Sénat (où un sénateur remplit lui-même le rôle d’interprète), la somme à payer en dédommagement fut réduite à 100 talents.
    Cette décision du Sénat ne mit toutefois pas un terme à l’affaire, car les Athéniens continuèrent à se soustraire à tout versement aux Oropiens et, semble-t-il, allèrent même –quelles qu’aient été les circonstances exactes- jusqu’à les forcer à consentir à l’installation d’une garnison athénienne dans leur territoire. Et lorsque celle-ci se rendit coupable de violences, les Athéniens refusèrent d’en assumer la responsabilité, tout en se déclarant prêts à traduire les responsables devant un tribunal pour les faire répondre de leur conduite. » (p.293-295)
    « Un bon siècle plus tard, Cicéron, qui avait poussé en profondeur l’étude de la philosophie hellénistique, avait encore connaissance de l’ambassade des trois philosophes à Rome mais n’était guère plus informé à ce sujet. C’est dans les Annales de son ami Atticus, parue deux ans auparavant, qu’il avait trouvé la date de cet événement (155 avant J.C.), mais comme il voulait en savoir davantage, il adressa, le 19 mars, une lettre à Atticus avec diverses questions. […] La réponse d’Atticus n’est malheureusement pas connue. » (p.296)
    « Depuis l’année 229, les armées de Rome avaient mené plusieurs entreprises dans les Balkans –Illyrie, Macédoine et Grèce- tandis que ses flottes opéraient en mer Égée. Mais, toujours, elles étaient retournées en Italie une fois leur mission accomplie, entraînant avec elles leur état-major et toute leur administration. Pendant quatre-vingts ans, Rome évita toute présence durable dans la région, qu’il s’agît d’annexions territoriales ou du stationnement permanent de troupes. Aussitôt après le milieu du IIe siècle, elle mit toutefois un terme à cette politique. En 148, quand la révolte d’Andriskos eut été réprimée, le territoire macédonien (constitué depuis 167 de quatre républiques autonomes) fut réorganisé en province de Macédoine, et l’on y envoya désormais un nouveau gouverneur chaque année. Deux ans plus tard, après la victoire de Rome sur la Confédération achéenne, les Etats grecs qui avaient alors pris les armes contre Rome furent également placés sous la surveillance de ce gouverneur. Il s’agissait du territoire de la Confédération achéenne, des cités de Thèbes, de Chalcis et de Mégare, comme aussi de la Locride orientale et de la Phocide. La ville de Corinthe –qui, avant le début de la guerre, avait été le théatre d’invectives grossières à l’adresse des envoyés romains- fut détruite sur l’ordre du Sénat par le consul Lucius Mummius. Ses nombreux trésors artistiques furent emportés en Italie par les Romains, qui cédèrent cependant un certain nombre d’œuvres (de moindre valeur ou seulement moins prisées) à leurs alliés, notamment au roi Attale II de Pergame.
    En ces temps troublés, Athènes se borna à un rôle d’observateurs –le plus souvent passif- des événements, ce qui ne l’empêcha pas, durant la troisième guerre punique (149-146), de soutenir la flotte romaine en lui fournissant cinq trières lors d’un combat naval, preuve à tout le moins qu’elle souhaitait manifester clairement sa fidélité à l’égard de Rome. A aucun moment, les Athéniens ne peuvent avoir été tentés de s’engager aux côtés des Achéens et de leurs alliés contre Rome, d’autant moins que, depuis quelque temps, leurs relations avec cette confédération s’étaient passablement détériorées. » (p.296-297)
    « Dans les documents allégués pour cette période allant de 117 à 112, les Romains –comme cela avait déjà été le cas maintes fois en d’autres parties du monde grec- apparaissent en tant que « communs bienfaiteurs ». C’est sous cette appelation qu’ils sont désignés par l’État athénien, par le Conseil de l’Amphictionie et par les technites dionysiaques, qui leur offraient régulièrement des sacrifices comme à Dionysos et aux autres dieux. » (p.307)
    « Aussi longtemps que se maintient la dynastie des Ptolémées, depuis son fondateur (Ptolémée Ier) jusqu’à la dernière représentante de cette maison (la reine Cléopâtre), Athènes put toujours compter sur le soutien des monarques égyptiens. » (p.309)
    « Tout à la fin du siècle, des navires de guerre athéniens avec leurs équipages apportèrent, une fois encore, leur appui militaire aux Romains lors d’une campagne que le proconsul Marcus Antonius mena, dans les années 102-100, contre les pirates sur les côtes méridionales de l’Asie Mineure. Ce fut la première tentative sérieuse de Rome pour mettre un frein à leur activité. Le déclin de la puissance maritime rhodienne et l’affaiblissement progressif de l’Empire séleucide, dont la Cilicie faisait encore nominalement partie, avaient conduit à une recrudescence préoccupante de la piraterie ; or, grâce à ses côtes échancrées, la région offrait quantité de points d’appui et de refuge aux embarcations des pirates. » (p.313)
    « Dans les décrets éphébiques apparait, pour la première fois en 123/2, une clause louant les éphèbes pour avoir, durant leur année de service, suivi régulièrement les leçons des philosophes, celles de Zénodotos au gymnase de Ptolémée et au Lycée comme celles de tous les autres penseurs. Quelques années plus tard, chaque promotion se vit imposer l’obligation de faire don à la bibliothèque d’une centaine d’ouvrage. De tout temps les éphèbes avaient pris une part active et visible à la vie religieuse de la cité ; désormais s’ajoutait à leurs charges une nouvelle fonction, de caractère politique : la réception solennelle des Romains en visite à Athènes, cet accueil étant, bien entendu, réservé aux personnages de haut rang, qu’ils fussent ou non en mission officielle. La chose est attestée pour la première fois en l’an 123/2. » (p.319)
    « Athènes était devenue, pour les fonctionnaires qui se rendaient dans la province d’Asie ou en revenaient, une étape à laquelle on ne renonçait pas volontiers. » (p.323)
    « C’est avant la fin du siècle que furent également consacrées sur l’Acropole par les autorités d’Athènes les premières statues de Romains, comme celle de Sextus Pompeius, qui, proconsul de Macédoine, était tombé en 120/19 dans les combats contre la tribu celte des Scordisques, et, un quart de siècle plus tard, l’effigie de son fils Gnaeus Pompeius, qui avait lui aussi gouverné cette province. » (p.324)
    « En mai ou en juin de l’année 88, Athènes prit le parti de rompre avec Rome et de s’engager aux côtés de Mithidate dans la guerre qui avait éclaté l’année précédente en Asie Mineure entre les Romains et le roi du Pont. Ce faisant, les Athéniens trahissaient la puissance dont, plus d’un siècle auparavant, ils avaient sollicité la protection contre Philippe V de Macédoine, à laquelle ils étaient depuis lors demeurés fidèles dans la guerre et dans la paix et qui, quatre-vingts ans plus tôt, les en avait généreusement récompensés. » (p.327)


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    « La racine de toute doctrine erronée se trouve dans une erreur philosophique. [...] Le rôle des penseurs vrais, mais aussi une tâche de tout homme libre, est de comprendre les possibles conséquences de chaque principe ou idée, de chaque décision avant qu'elle se change en action, afin d'exclure aussi bien ses conséquences nuisibles que la possibilité de tromperie. » -Jacob Sher, Avertissement contre le socialisme, Introduction à « Tableaux de l'avenir social-démocrate » d'Eugen Richter, avril 1998.

    "La vraie volupté est remportée comme une victoire sur la tristesse [...] Il n’y a pas de grands voluptueux sans une certaine mélancolie, pas de mélancoliques qui ne soient des voluptueux trahis." -Albert Thibaudet, La vie de Maurice Barrès, in Trente ans de vie française, volume 2, Éditions de la Nouvelle Revue Française, 1919, 312 pages, p.40.


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