L'Hydre et l'Académie

    Philippe de Commynes, Mémoires

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    Johnathan R. Razorback
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    Philippe de Commynes, Mémoires

    Message par Johnathan R. Razorback le Sam 27 Jan - 16:02

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Philippe_de_Commynes

    "L'ensemble des domaines et des seigneuries n'appartenait au roi qu'en vertu de titres contestés et par une déloyauté peu commune. C'est le sens des lettres du 29 septembre 1483, qui retirent à Commynes l'ensemble des biens que son ancien maître lui avait généreusement donnés." (p.29)

    "Nous ne revenons pas sur la datation des Mémoires, bien établie par les anciens éditeurs: 1489-1491 pour les six premiers livres ; 1497-1498 pour les livres VII et VIII." (p.31)
    -Joël Blanchard, introduction à Philippe de Commynes, Mémoires, traduction par J. Blanchard, Paris, Pocket Agora, 2004, 793 pages.

    "Je n'ai jamais connu de prince où il y ait moins de vice qu'en [Louis XI], à tout bien regarder, car j'ai eu plus de relations avec les grands princes et autant de rapports écrits avec eux que personne en France de mon temps, qu'il s'agisse de ceux qui ont régné dans ce royaume ou en Bretagne et dans les régions de Flandre, en Allemagne, en Angleterre, en Espagne, au Portugal, en Italie, aussi bien les seigneurs temporels que spirituels, également ceux que je n'ai pas rencontrés personnellement, mais dont j'ai eu connaissance par le courrier de leurs ambassades, et lettres et instructions, grâce auxquelles on peut bien s'informer de leur caractère et de leurs dispositions. [...] En raison de l'honneur qu'il m'a fait, de l'intimité que j'ai partagée avec lui et des bienfaits dont il m'a comblé, et cela sans interruption jusqu'à sa mort, personne ne saurait mieux se souvenir que moi." (p.48)

    "Cependant, rien n'y fit, et il fallut qu'il passât par là où tous les autres sont passés." (p.472)

    "Il recommanda à son fils, monseigneur le Dauphin, certains serviteurs et lui demanda expressément de ne pas changer les officiers, en lui faisant valoir que, quand le roi Charles VII, son père, s'en alla vers Dieu et que lui échut la couronne, il révoqua tous les bons et notables chevaliers du royaume, qui avaient servi son père et l'avaient aidé à conquérir Normandie et Guyenne, à chasser les Anglais hors du royaume et à le remettre en paix et en bon ordre (car c'est dans cet état qu'il le trouva, en pleine prospérité) ; il fut très mal inspiré, car il en résulta pour lui la guerre du Bien public ; j'en ai parlé ailleurs ; elle faillit lui coûter sa couronne." (p.473)

    "Regardez, lui qui avait fait vivre beaucoup de gens en les tenant sous son emprise dans la crainte et l'inquiétude, s'il en était bien payé et en qui il pouvait avoir confiance, puisque de son fils, de sa fille et de son gendre il se méfiait ! Je ne le dis pas seulement pour lui, mais pour tous les autres seigneurs qui désirent qu'on les craigne: jamais ils ne sentent à leur tour la crainte, si ce n'est à l'heure de la vieillesse, car, en guise de pénitence, ils redoutent tout homme. Quelle douleur c'était à ce Roi d'éprouver ces peurs et ces souffrances !" (p.479)

    "Il décéda le samedi, la veille du trente et un août, 1483, à huit heures du soir, au Plessis, où il était tombé malade le lundi précédent. Que Notre Seigneur veuille le recevoir dans son royaume du paradis." (p.483)

    "Je crois que, depuis l'enfance innocente, il n'eut jamais que des tourments tous les jours heureux qu'il eut en sa vie, au cours desquels il eut plus de joie et plaisir que de tristesse et de souffrance, on en trouverait bien peu ; je crois qu'on y trouverait bien vingt jours de peine et de douleur contre un de plaisir et de bien-être." (p.487)

    "Pour parler simplement, comme un homme qui n'a pas une grande intelligence ni de culture, mais un peu d'expérience, n'aurait-il pas mieux valu, à lui, à tous les autres princes et à tous les hommes de condition moyenne, qui ont vécu sous ces grands hommes et vivront sous ceux qui règnent, de choisir la juste mesure dans ces affaires, c'est-à-dire de moins se soucier, moins peiner et entreprendre moins de choses, craindre davantage d'offenser Dieu et de persécuter le peuple et leurs voisins par tant de voies cruelles dont j'ai parlé suffisamment plus haut, et prendre davantage de bien-être et de plaisirs honnêtes ? Leurs vies en seraient plus longues, les maladies en viendraient plus tard et leur mort en serait plus vivement regrettée, et de plus de gens, moins désirée, et ils auraient moins sujet de craindre la mort. Pourrait-on voir de plus beaux exemples pour connaître que c'est peu de chose que de l'homme, que cette vie est bien misérable et brève, et que ce n'est rien des grands et des petits dès lors qu'ils sont morts, que tout homme en a le corps en horreur et en aversion, et qu'il faut que l'âme, au moment où elle s'en sépare, aille recevoir son jugement, et déjà la sentence est donnée selon les œuvres et les mérites du corps." (p.495)
    -Philippe de Commynes, Mémoires, traduction par J. Blanchard, Paris, Pocket Agora, 2004, 793 pages.

    "Aux princes d'Italie [...] qui dominent leurs peuples avec une certaine cruauté et violence dans la levée des impôts, Dieu a opposé les communautés urbaines de ce même pays d'Italie, Venise, Florence, Gênes, parfois Bologne, Sienne, Lucques et d'autres qui, sur certains points, s'opposent aux seigneurs et les seigneurs à elles, chacun veillant à ce que l'autre ne s'accroisse pas." (p.396)

    "Je n'ai parlé que de l'Europe, car je ne sais rien des deux autres parties du monde, l'Asie et l'Afrique, mais nous entendons bien dire qu'elles ont des guerres et des divisions comme nous et encore plus férocement, car j'ai appris qu'en plusieurs endroits de cette Afrique ils se vendent les uns les autres aux chrétiens ; cela se voit grâce aux Portugais qui en ont tiré et en tirent encore chaque jour de nombreux esclaves." (p.398)

    "Un prince ou un homme, quelle que soit sa position sociale, ayant force et autorité à l'endroit où il vit et dominant les autres, s'il est instruit, s'il a vu et et lu, cela l'améliorera ou le rendra pire: car ceux qui sont mauvais empirent de beaucoup de savoir et ceux qui sont bons s'améliorent." (p.399)

    "Ni notre raison naturelle, ni notre intelligence, ni la crainte de Dieu, ni l'amour de notre prochain ne nous empêchent d'être violents les uns envers les autres, ni de conserver le bien d'autrui, ni de le lui prendre par tous les moyens qu'il nous sera possible." (p.399)

    "Si un prince puissant, disposant d'un grand nombre de soldats, grâce à qui il lève des impôts à sa guise pour les payer et pour dépenser selon son bon vouloir et sans tenir compte des besoins de l'intérêt public, si ce prince ne veut en rien diminuer ses exactions, si chacun sait qu'en lui en faisant le reproche on n'obtient que son indignation sans rien y gagner, qui pourra porter remède à cette situation si ce n'est Dieu ?" (p.400)
    -Philippe de Commynes, Mémoires, Livre V, 18 "Réflexions sur l'équilibre politique", traduction par J. Blanchard, Paris, Pocket Agora, 2004, 793 pages.

    "Y a-t-il un roi ou un seigneur sur terre qui ait le pouvoir, en dehors de son domaine personnel, d'imposer un impôt sur ses sujets sans l'autorisation et le consentement de ceux qui doivent le payer, sinon en employant la tyrannie et la violence ? On pourrait répondre qu'il y a des moments où on ne peut pas attendre la réunion de l'assemblée, que ce serait trop long et retarderait le début de la guerre. Mais, à entreprendre la guerre il ne faut pas trop se précipiter, on a suffisamment de temps ; je vous dis aussi que les rois et les princes sont bien plus forts et bien plus redoutés de leurs ennemis quand ils entreprennent la guerre après avoir consulté leurs sujets. Quand il s'agit de se défendre, on voit venir l'armée ennemi de loin, surtout quand il s'agit d'étrangers (et pour la défense les bons sujets ne doivent ni donner à regret ni refuser)." (p.403)

    "Notre Roi est le seigneur du monde qui a le moins de raisons d'utiliser cette expression: "J'ai le privilège de lever sur mes sujets tous les impôts que je veux", car ni lui ni aucun autre ne possède ce droit ; et ils ne lui font pas honneur ceux qui disent cela afin de le faire paraître plus grand, ce qui, en réalité, provoque la haine et la crainte des voisins qui, pour rien au monde, ne voudraient être sous sa domination (certains seigneurs du royaume s'en passeraient aussi de même que ceux qui ont des terres dans ce royaume). Mais si notre Roi, ou ceux qui veulent élever et agrandir sa puissance, disaient: "J'ai des sujets tellement bons et tellement loyaux qu'ils ne me refusent rien de ce que je peux leur demander, et je suis plus craint, obéi et servi par mes sujets qu'aucun autre prince qui vive sur terre, et je ne connais pas de sujets qui subissent avec plus de patience tous les maux et toutes les contraintes et qui gardent moins le souvenir de leurs dommages passés", si le Roi s'exprimait aussi, il me semble que ce serait tout à sa louange et correspondrait à la vérité, plutôt que de dire: "Je prends ce que je veux et j'en ai le privilège ; privilège au maintien duquel il faut bien prendre soin". Le roi Charles V ne tenait pas de tels propos: je ne les ai pas entendus de la bouche des rois, mais de celle de leurs serviteurs, qui étaient persuadés de bien faire leur travail en parlant ainsi ; mais, à mon avis, ils commettaient une faute envers leurs seigneurs et ne parlaient de cette manière que pour se montrer de bons valets, aussi parce qu'ils ne savaient pas ce qu'ils disaient.
    Pour parler de l'expérience de la bonté des Français, il suffit de faire référence, pour notre époque, à la réunion des trois états tenue à Tours après la mort de notre maître, le roi Louis, que Dieu le pardonne, en l'an 1483. On pouvait estimer alors que cette assemblée était dangereuse ; certaines personnes de petite condition et de peu de courage disaient et ont dit à plusieurs reprises plus tard que c'était un crime de lèse-majesté que de proposer de réunir les états et que c'était afin de diminuer l'autorité du Roi ; ce sont les mêmes qui commettent ce crime envers Dieu, le Roi et les affaires publiques ; mais ils adressaient ces paroles et les adressent à ceux qui détiennent l'autorité et le crédit sans les avoir en rien mérités, qui ne devraient pas être dans une telle position, qui n'ont pour habitude que de chuchoter à l'oreille et de parler de choses de peu d'importance, qui craignent les grandes assemblées où ils ont peur d'être démasqués ou de voir leurs actions critiquées.
    A l'époque dont je parle, tout le monde estimait que le royaume était très soulagé, les grands comme les moyens et les petits, parce qu'ils avaient supporté et souffert durant plus de vingt ans de grands et terribles impôts, qui n'avaient jamais été aussi grands, augmentés de presque trois millions (je veux levés annuellement) ; car jamais le roi Charles VII n'en leva plus d'un million huit cent mille par an, mais le roi Louis son fils en levait à l'heure de sa mort quatre millions sept cent mille par an, sans compter l'artillerie et d'autres frais du même genre. Assurément, on éprouvait de la compassion de voir à connaître la pauvreté du peuple. Mais il y avait quelque chose de bien chez notre maître: il ne mettait rien de côté ; il prenait tout et dépensait tout. Il fit de grandes constructions pour fortifier et défendre les villes et places fortes du royaume, plus que tous les autres rois qui l'ont précédé ; il donna beaucoup aux églises. En tout cela, il aurait mieux valu qu'il fît moins, car il prenait l'argent aux pauvres pour le donner à ceux qui n'en avaient nullement besoin. En fin de compte, personne en ce monde ne possède une mesure parfaite.
    Dans ce royaume tellement maltraité et tellement opprimé de nombreuses manières, après la mort de notre Roi, y eut-il révolte du peuple contre le nouveau Roi ? Les princes et les sujets prirent-ils les armes contre leur jeune Roi ? Voulurent-ils en choisir un autre ? Voulurent-ils lui enlever son autorité ? Voulurent-ils le contrôler afin qu'il ne puisse pas exercer son métier de roi et ne puisse pas commander ? Mon Dieu ! pas du tout, et pourtant il y eut des gens assez téméraires pour affirmer que oui: plût à Dieu qu'ils n'eussent pas existé ! Les sujets du Roi firent le contraire de toutes mes questions, car tous se présentèrent à lui. Aussi bien les princes et les seigneurs que les représentants des bonnes villes le reconnurent pour Roi, lui prêtant serment et lui faisant hommage ; les princes et les seigneurs présentèrent leurs demandes humblement, le genou en terre, remettant sous forme de requêtes écrites leurs demandes ; ils constituèrent un conseil où ils s'ajoutèrent aux douze membres nommés par le Roi: désormais le Roi, qui n'avaient que treize ans, commandait sur le rapport de ce conseil. A l'assemblée des états furent faites des demandes et des observations pour le bien du royaume avec une très grande humilité, tout étant toujours confié au bon plaisir du Roi et de son conseil. Ils lui accordèrent tout ce qu'on voulut bien leur demander et ce qu'on démontra par écrit être nécessaire pour les affaires du Roi, sans critiquer en rien ; la somme demandée était de deux millions cinq cent mille francs, somme qui était suffisante pour combler les désirs du Roi, plutôt trop forte que trop faible, sans autres exigences. Les états supplièrent le Roi de pouvoir les réunir dans deux ans et lui firent savoir que, s'il n'avait pas assez d'argent, ils lui en donneraient à sa volonté, que, s'il entrait en guerre ou si quelqu'un voulait l'attaquer, ils engageraient pour lui leurs personnes et leurs biens, sans rien lui refuser de ce qui lui serait nécessaire.
    Est-ce donc sur de tels sujets que le Roi doit prétendre avoir le privilège de pouvoir prendre selon son bon plaisir ce qu'ils lui donnent si libéralement ? Ne serait-il pas plus juste envers Dieu et le monde de lever l'impôt de cette façon plutôt que selon une volonté désordonnée, que nul prince ne puisse le lever autrement qu'avec l'accord de ses sujets, comme je l'ai dit, et qu'il soit excommunié s'il le lève en se comportant comme un tyran ? Mais il y a des princes assez bêtes pour ne pas savoir ce qu'ils peuvent faire ou ne pas faire à ce sujet, et il y a aussi des peuples qui attaquent leur seigneur, ne lui obéissent pas, ne vont pas à son secours quand il est en difficulté, qui, au lieu de lui venir en aide quand ils le voient absorbé dans les problèmes, le méprisent, se rebellent et lui désobéissent, commettant un refus d'obéissance et enfreignant le serment de fidélité qu'ils lui ont prêté.
    " (p.404-407)

    "Les plus grands malheurs viennent souvent des plus puissants, car les faibles ne connaissent que la patience." (p.407)

    "S'ils avaient une foi solide, s'ils croyaient ce que Dieu et l'Église nous commandent sous peine de damnation, sachant la brièveté de leur existence, l'horreur des peines de l'enfer sans fin ni pardon pour les damnés, feraient-ils ce qu'ils font ? Il faut conclure que non et que tous les maux viennent du manque de foi." (p.409)
    -Philippe de Commynes, Mémoires, Livre V, 19 "La tyrannie fiscale des mauvais rois", traduction par J. Blanchard, Paris, Pocket Agora, 2004, 793 pages, p.403-412.

    https://books.google.fr/books?id=K9etPflznD8C&pg=PA317&lpg=PA317&dq=Commynes+notre+seigneur+est+le+seigneur+du+monde+qui&source=bl&ots=6HzennH1lz&sig=15piFX0TjkLdmynp8TFMmKefy50&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwiztJ-nytzZAhXLtxQKHeWOB9MQ6AEIMDAD#v=onepage&q=Commynes%20notre%20seigneur%20est%20le%20seigneur%20du%20monde%20qui&f=false

    https://fr.wikisource.org/wiki/Des_id%C3%A9es_lib%C3%A9rales_dans_l%E2%80%99ancienne_France



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    "Il y a, de nos jours, beaucoup de gens qui s'accommodent très aisément de cette espèce de compromis entre le despotisme administratif et la souveraineté du peuple, et qui pensent avoir assez garanti la liberté des individus, quand c'est au pouvoir national qu'ils la livrent. Cela ne me suffit point."
    -Alexis de Tocqueville, De la Démocratie en Amérique, vol II, Quatrième Partie : Chapitre VI, 1840.



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