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    Jacques Weber, Le Siècle d’Albion. L’Empire britannique au XIXe siècle, 1815-1914

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    Johnathan R. Razorback
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    Jacques Weber, Le Siècle d’Albion. L’Empire britannique au XIXe siècle, 1815-1914

    Message par Johnathan R. Razorback le Ven 26 Jan - 13:20

    « Le roman, porteur des mentalités d’une époque, est une source que l’historien ne doit pas négliger. » (p.7)
    « Le fait colonial n’est pas propre à l’Occident, comme le montrent les guerres de conquête arabes du VIIe siècle, ou encore celles des Turcs ottomans et des Moghols. » (p.Cool
    « L’Inde et la Chine, qui, au XVIIIe siècle, produisent chacune un quart des richesses mondiales, suscitent les convoitises des puissances maritimes. Tandis que l’Empire chinois se ferme aux « barbares » venus d’Occident, les souverains indiens les autorisent, quand ils ne les invitent pas, à fonder des comptoirs. Les Français établissent leur influence dans le Deccan, grâce au génie de Dupleix et Bussy, entre 1749 et 1758, mais ils ne sont pas compris par la cour de Louis XV. Après le rappel de Dupleix, les Britanniques mettent à profit la guerre de Sept Ans pour éliminer la concurrence française, et simultanément s’emparent du Bengale, point de départ de la conquête du sous-continent, qui est quasiment achevée en 1818. Dès lors, le contrôle de la route des Indes, ce nouveau « joyau de la Couronne » devient l’une des priorités de Londres. Dans la première moitié du XIXe siècle, l’Empire britannique, qui, au siècle précédent, était un empire américain et atlantique bascule définitivement à l’est : la perte des 13 colonies en 1783 et le déclin des colonies de la Caraïbe au XIXe siècle d’une part, l’essor des commerces indien et chinois d’autre part expliquent ce changement du centre de l’Empire. Disraeli pourra même affirmer que son pays est « une puissance asiatique » plus européenne.
    S’étant emparé de l’Inde et du Canada, à l’issue de la guerre de Sept Ans, les Britanniques, qui n’ont plus de rivaux sur les mers après Trafalgar, agrandissent encore leur domaine d’outre-mer à la faveur des guerres napoléoniennes. Cela ne signifie pas qu’ils aient alors de nouvelles ambitions. Les gouvernements britanniques sont en fait réticents à l’égard de nouvelles extensions outre-mer durant les trois premiers quarts du XIXe siècle. » (p.9)
    « Dans ces terres vierges, les marchands, les banquier, les hommes d’affaires viennent après les explorateurs et les évangélisateurs. En Afrique noire, David Livingstone, à la fois explorateur et missionnaire, a précédé Cecil Rhodes. Les grandes sociétés missionnaires et les philanthropes, désireux d’éradiquer la traite et l’esclavage, les guerres tribales et les pratiques « barbares », invoquent la mission civilisatrice de la Grande-Bretagne. » (p.10)
    « Lorsque la Première Guerre mondiale commence, les Britanniques sont à la tête du plus gigantesque empire que l’humanité ait connu. Il est trois fois plus étendu que l’Empire français et huit fois plus peuplé. Il regroupe le cinquième de la population mondiale. » (p.11)
    « Plusieurs facteurs expliquent la puissance de l’Empire et l’hégémonie mondiale de la Grande-Bretagne au XIXe siècle. Sans doute faut-il évoquer en premier lieu sa suprématie incontestée sur les mers. La guerre de Sept Ans, qui révèle les limites de la marine française, incapable de rivaliser à la fois dans l’Atlantique et l’océan Indien, marque le point de départ d’un règne sur les mers qui n’est contesté qu’à la fin du XIXe siècle par l’Allemagne de Guillaume II. L’avance du Royaume-Uni repose aussi sur la révolution industrielle et cette révolution commerciale qu’est l’adoption du libre-échange, sur les réserves des banques de Londres, comme le montre le rachat des actions de la Compagnie du canal de Suez grâce aux fonds de la banque Rothschild, et sur les capacités de sa marine marchande, à laquelle recourt parfois le négoce français. L’état d’esprit des Britanniques, leur pragmatisme et leur refus du dogmatisme, leur amour de la liberté et leur aversion pour les secousses brutales et les révolutions, comme celles qui agitent la France, leur attachement à la liberté d’entreprendre et leur méfiance à l’égard des interventions de l’Etat les placent à part dans l’Europe du XIXe siècle et largement devant les autres, plus lents à rejeter les structures de l’Ancien Régime. L’Empire est d’ailleurs en grande partie le fruit d’initiatives individuelles, que l’Etat n’a plus qu’à relayer. Singapour est l’oeure de Thomas Stamford Raffles et le Sarawak d’un autre aventurier de génie, James Brooke, le « rajah blanc de Bornéo ». Livingstone, qui dénonce les horreurs de l’esclavage, incarne les valeurs morales, les vertus chrétiennes et la défense de l’humanité souffrante, au nom desquelles sa nation, comme le feront les autres, justifie la colonisation. La défense des grands principes, et notamment la lutte contre la traite et l’esclavage, servent aussi de prétexte à l’établissement de l’influence britannique dans des régions stratégiques en Afrique orientale. » (p.11)
    « Sans se renier, sans renoncer à ses traditions qui sont la loi, tout en restant elle-même, fidèle à ses dieux et à ses castes, l’Inde a su adopter –adapter serait un terme plus juste- certaines des institutions de sa métropole : le libéralisme économique, dont ses capitalistes ont tiré avantage à la fin du XIXe siècle, l’organisation judiciaire et les institutions politiques, sans oublier le cricket et le thé, introduit en Inde par la puissance coloniale et progressivement adopté par les élites puis par l’ensemble de la population. Devenue indépendante en 1947, dotée d’une constitution dès 1950, fonctionnant sur le modèle parlementaire de son ancienne métropole et dotée d’un régime fédéral, l’Inde est devenue la « plus grande démocratie du monde ». Dans un article publié dans Libération en 1995, Marie Fourcade rappelle que « la Constitution indienne de 1950 prévoyait que l’anglais ne resterait langue officielle de l’Inde que pour quinze ans. Or, les Indiens ne parlant pas le hindi, notamment les Indiens du Sud, préfèrent utiliser l’anglais plutôt que le hindi, pourtant défini par la Constitution comme « le langage officiel de l’Union », car perçu comme la langue de l’impérialisme culturel du Nord ». L’usage de l’anglais s’est imposé parmi les élites, au point qu’aujourd’hui les Indiens écrivent davantage de bestsellers dans la langue de Shakespeare que les Britanniques. » (p.12)
    « L’hétérogénéité de l’Empire est un fait. Elle découle d’une volonté : il n’est pas question d’étendre les libertés dont jouissent les colonies de peuplement, le Canada, l’Australie, la Nouvelle-Zélande et l’Afrique du Sud, aux colonies de couleur. Parmi ces dernières, les statuts sont variables […] L’Indirect rule, si économique pour les finances de la Couronne, et si avantageux d’un point de vue politique puisqu’il maintient les cadres administratifs indigènes, est jugé plus facile à appliquer par celui que l’on considère comme son théoricien, Frederick Lugard, dans le nord du Nigeria, où existent des Etats musulmans organisés, qu’au sud, malgré le travail qu’accomplissent les missionnaires auprès de populations jugées moins avancées. En Inde, les agents de l’East India Company puis les officiers de la Couronne administrent directement trois immenses Présidences, Bengale, Bombay et Madras, dont les territoires voisinent avec des centaines de principautés autonomes, plus ou moins étendues, ayant à leur tête des rajahs hindous ou des nababs musulmans, que « conseillent » des résidents britanniques. En Égypte, après avoir supplanté la France en 1882, les Britanniques exercent une domination sans partage et sans statut reconnu, leurs intérêts étant défendus par un simple consul général, un homme à poigne il est vrai jusqu’en 1907, Lord Cromer. Au Soudan, dont ils font un condominium anglo-égyptien, ils ne pratiquent pas la même politique au nord, peuplé de musulmans, qu’au sud, animiste et chrétien. Dans l’ « Empire informel », Amérique latine, Empire Ottoman, Perse et Chine, c’est la seule puissance de leur commerce, de leurs capitaux et de leurs banques qui leur permet de peser sur les responsables économiques et politiques.
    Même hors des limites de l’empire « formel et informel », la Grande-Bretagne est toujours présente, voire omniprésente. Sa puissance est telle que nul pays d’Europe ne peut agir sans envisager sa réaction. » (p.13)
    « A aucun moment Londres ne détourne ses regards du vieux continent. Sa sécurité repose sur l’équilibre des puissances (balance of powers » et sa diplomatie attache autant d’importance à empêcher l’émergence d’une superpuissance en Europe qu’à protéger l’Empire ottoman, la Méditerranée orientale et la route des Indes des ambitions de la Russie. » (p.14)
    « L’empire a été constitué progressivement et régulièrement, avec un seul coup d’arrêt : la perte des 13 colonies, à l’issue de la guerre d’Indépendance d’Amérique. Ce gigantesque ensemble a été édifié en deux phases principales et contre la France : la guerre de Sept Ans et le traité de Paris de 1763 donnent à la Grande-Bretagne le Canada et l’Inde ; les guerres de la Révolution et de l’Empire lui permettent ensuite d’étendre son empire, toujours aux dépens de la France, dont les possessions outre-mer se réduisent à quelques îles éparpillés et quelques comptoirs en Inde et au Sénégal. En 1815, la Grande-Bretagne est déjà présente sur tous les continents et tous les océans. Ces derniers sont des traits d’union entre les possessions de cette formidable puissance maritime et non des obstacles. Plus grande thalassocratie depuis Athènes, elle est l’Oceana dont James Harrington a eu la prémonition en 1656. » (p.141)
    « Les Indes ne relèvent pas de la Couronne, mais appartiennent à une compagnie privée à charte, l’East India Company (EIC), fondée en 1600, qui a le monopole des opérations commerciales. Cependant, afin de mettre un terme aux abus, à la corruption et aux exactions des agents de cette dernière, l’India Act de 1784, voté par le Parlement à l’initiative de Pitt, accorde à l’Etat un droit de contrôle sur les décisions de la cour des directeurs de l’EIC par l’intermédiaire du Board of Control, dont le président, véritable secrétaire d’Etat à l’Inde, siège dans le cabinet. Un Secret Committee relevant du Board est chargé de l’envoi en Inde des ordres secrets, touchant évidemment aux matières les plus importantes, telles que les relations avec les princes indiens, les déclarations de guerre et les négociations de paix. Privés d’une partie de leurs attributions par l’India Act de Pitt, les directeurs de l’EIC conservent, outre la gestion des opérations commerciales, la désignation du gouverneur général et des gouverneurs des Présidences, ainsi que les nominations aux emplois civils, judiciaires et militaires. Toutefois, la Couronne, sur avis du président du Board of Control, peut révoquer toute personne au service de la Compagnie, à commencer par le gouverneur général. La dernière révision de la charte, en 1833, confirme que les nominations aux plus hautes fonctions en Inde, sont du ressort de la Compagnie, mais doivent recevoir l’aval du gouvernement du roi.
    L’autorité du Board of Control sur le gouverneur général des Indes, dont la capitale est Calcutta, est très théorique, ne serait-ce qu’en raison de la distance entre Londres et Calcutta et de la personnalité des titulaires de cette charge. » (p.142)
    « L’EIC n’administre directement qu’une partie des Indes. Il s’agit des trois Présidences : la Présidence du Bengale, la Présidence de Bombay et la Présidence de Madras. Ces deux dernières ont chacune à leur tête un gouverneur qui dépend du gouverneur général à Calcutta, mais qui a cependant la possibilité de correspondre directement avec Londres. Les Présidences sont elles-mêmes divisées en districts. Chaque district a sa tête un collecteur (collector) qui administre, perçoit l’impôt et rend la justice.
    Les fonctions les plus importantes sont confiées à des Britanniques, théoriquement recrutés au mérite, mais en réalité bénéficiant bien souvent des faveurs d’un directeur ou d’une personnalité politique. Ces covenanted servants, même s’ils ont une connaissance théorique du pays, n’ont que peu de liens avec la population. L’une des erreurs de l’EIC est certainement de s’être privé au plus haut niveau de l’administration de cadres hindous et musulmans et d’avoir confiné les indiens à des postes subalternes au niveau local. Ainsi se creuse, dans les premières décennies du XIXe siècle, un profond fossé entre la haute administration britannique et la population.
    Des principautés subsistent, en principes indépendantes, en réalité soumises : des subsidiary treaties assurent à ces Etats princiers la protection britannique en échange d’une reconnaissance du droit de paramountcy, qui permet à la Grande-Bretagne de faire prévaloir sa politique par le biais de son résident, qui surveille, contrôle et inspire la politique du maharadjah ou du nabab. La tendance, jusqu’aux années 1850, est de placer les principautés sous administration directe, en invoquant la mauvaise gestion du prince, des troubles internes ou encore les relations conflictuelles avec un Etat voisin. » (p.143)
    « Les Britanniques ne souhaitent pas tant dominer l’Afghanistan qu’empêcher les Russes de s’y établir. La Compagnie lorgne également vers la Birmanie : il faudra trois guerres aux Britanniques pour s’emparer de la totalité de ce pays. […] La troisième en 1855 et 1886 leur ouvre la Haute-Birmanie où, depuis les années 1870, ils redoutent l’installation de l’influence française. » (p.144)
    « En 1841, Palmerston écrit qu’il est du devoir du gouvernement d’ouvrir et de protéger les routes du commerce. C’est une préoccupation constante des autorités de Londres. Le Mémorandum Grenville de 1851 confirme cette priorité, la sécurité du commerce, qui suppose le contrôle des routes maritimes : « Considérant les grands avantages naturels de notre commerce extérieur et les puissants moyens de civilisation qu’il offre, un des premiers devoirs d’un gouvernement britannique doit toujours être d’obtenir pour notre commerce extérieur cette sécurité qui est essentielle à son succès ». L’acquisition des colonies, lesquelles entraînent des devoirs et des charges, n’est pas tant recherchée que le contrôle de quelques points stratégiques qui assurent la prospérité du commerce et partant de toute la nation.
    Sur la route des Indes, les Britanniques contrôlent des positions stratégiques bien avant 1815. Ils ont mis à profit les guerres contre les Français et les royaumes satellites de la France pour accroître leur emprise sur les mers. A Gibraltar, qu’ils possèdent depuis le traité d’Utrecht de 1713, à leurs positions en Côte-de-l’Or (1750), ils ajoutent Malte, qu’ils prennent en 1800 aux Français qui l’avaient occupé deux ans plus tôt, la Sierra Leone en 1808, les Seychelles en 1794, Le Cap en 1795, que la paix d’Amiens les oblige à rendre en 1802, mais qu’ils reprennent dès 1806, Trincomalee, à Ceylan, l’un des tout meilleurs ports en eau profonde de l’océan Indien, en 1795, les Mascareignes en 1810. Ils rendront l’île Bourbon [rebaptisée la Réunion en 1848] en 1815, mais pas l’île de France, qui devient Maurice, car, avec le Port-Louis, elle constitue une excellente escale sur la route des Indes. En 1839, on l’a vu, Palmerston obtient Aden du sultan en échange du soutien de l’Angleterre contre Méhémet Ali.
    Aden, « ce Gibraltar arabe » - Pour Palmerston cette position stratégique de 194km2 ne doit pas tomber aux mains de Méhémet Ali, l’allié des Français. Aden, que Rimbaud décrira en 1880 comme « un roc affreux, sans un seul brin d’herbe ni goutte d’eau », ne présente pas d’autre intérêt que sa situation au débouché de la mer Rouge, sur la route de Bombay. L’établissement est dès l’origine rattaché au gouvernement de l’Inde. Il le reste jusqu’en 1937, date à laquelle il est érigé en colonie de la Couronne. Cette nouvelle base est utilisée par l’EIC pour combattre la piraterie. En raison de sa situation, à égale distance de Bombay, Zanzibar et Suez, un dépôt de charbon y est établi. Les vapeurs qui y font escale peuvent également y renouveler leurs approvisionnements en eau douce. » (p.144-145)
    « Plus à l’est, une position aussi stratégique, tant du point de vue militaire que commercial, que Singapour ne pouvait laisser indifférents la Royal Navy, l’EIC et les free traders qui font le commerce de la Chine. Thomas Stamford Raffles (1781-1826), le fondateur de la Malaisie britannique et de Singapour, symbolise le génie conquérant de sa nation. Né à la Jamaïque, à bord du vaisseau de commerce de son père, ce véritable autodidacte qui apprend les langues avec une étonnante facilité –il parle le français à la perfection- travaille au service à l’EIC à Londres alors qu’il n’a que quatorze ans. Envoyé en Malaisie en 1805, il se prend de passion pour ce pays, dont il étudie les langues, les peuples et les civilisations. Dans un mémoire daté de 1808, il convainc la Compagnie de conserver Malacca et de conquérir les Indes néerlandaises, les Pays-Bas étant aux mains de Napoléon. C’est ainsi que, chargé d’une expédition par le gouverneur général de Calcutta, Lord Minto (1806-1813), il conquiert Java en 1811. Lieutenant-gouverneur à Batavia, il supprime le travail forcé et introduit une réforme agraire. Il doit rendre l’île aux Hollandais après le congrès de Vienne. C’est alors qu’avec l’accord du successeur de Minto, Lord Hastings (1813-1823), il fonde Singapour en 1819, dont il a très tôt senti l’intérêt et pressenti le développement. Jusqu’en 1824, il administre l’île tout en se consacrant à ses passions, la botanique et la zoologie. A son retour à Londres, il fonde la Société royale de zoologie. Raffles est pour les Britanniques ce que sera Lyautey un siècle plus tard pour les Français : un colonisateur éclairé, éprouvant une sympathie réelle pour les populations qu’il administre et une passion dévorante pour l’étude du milieu dans lequel elles évoluent.
    Grâce à Raffles, les Britanniques contrôlent le détroit de Malacca, c’est-à-dire la route du Pacifique et de l’Extrême-Orient, où, en échange de l’opium du Bihat, leurs marchands se procurent thé, laques, soieries et porcelaines de Chine. En 1839, les autorités chinoises entreprennent d’éradiquer l’opium qui provoque des désordres économiques, sociaux et politiques, « répugne au sentiment humain et est en désaccord avec la Voie du Ciel ». Appliquant un rescrit impérial qui punit sévèrement le trafic et la consommation de l’opium, le commissaire extraordinaire à Canton, Lin Zexu, fait détruire des milliers de caisses d’opium et décide finalement de fermer au commerce occidental le seul port qui lui était jusque-là accessible en Chine. La première guerre de l’Opium, que déclenche cette décision, permet aux Britanniques d’ouvrir l’Empire du Milieu à leur commerce : le traité de Nankin signé le 29 août 1842 abolit le Cohong [consortium de l’opium], limite à 5% les droits de douane, contre 70% auparavant, et ouvre cinq ports au commerce britannique : Canton, Fuzhou, Ningbo, Shanghai et Xiamen. Les commerçants européens pourront s’y installer et y acquérir des propriétés. Ils y jouiront du droit d’exterritorialité et ne seront, en conséquence, jugés que par leur consul, selon les lois de leur pays et non celles, souvent expéditives, de l’Empire chinois. Par le traité de Nankin, les Britanniques obtiennent enfin Hong-Kong, dont le territoire leur est cédé à bail. » (p.147-148)
    « Le long des côtes de l’Argentine, les Britanniques ont occupé une première fois en 1767 les îles Falkland, encore dites Malouines, qui sont une escale sur la route du cap Horn et du Pacifique. Des colons argentins s’y sont certes établis, mais, en raison de sa situation, cet archipel est annexé en 1832 : une fois de plus, le contrôle des routes maritimes dictent au Royaume-Uni sa politique mondiale. » (p.150)
    « Le Canada, perdu par la France au traité de Paris de 1763, qui clôt la guerre de Sept Ans, est néanmoins peuplé de descendants de Français, très attachés à leur langue et à leurs particularismes et réfractaires à toute forme d’assimilation. Le Québec Act de 1774, qui témoigne de la remarquable souplesse des Britanniques dans l’administration de leurs territoires d’outre-mer, reconnaît à ces « Français » la liberté religieuse et le droit d’être jugé selon leurs lois civiles. Le système seigneurial est maintenu et l’Église catholique se voit reconnaître un statut officiel qui évoque celui de l’Église anglicane : elle conserve le privilège de percevoir la dîme et de poursuivre devant les tribunaux les fidèles récalcitrants. Il n’est en revanche pas question d’accorder au Canade peuplé de franco-catholiques les institutions représentatives de la métropole.
    L’arrivée dans la région de Toronto, au terme de la guerre d’indépendance des Etats-Unis, de « loyalistes », c’est-à-dire d’habitants des 13 colonies restés fidèles à la Couronne britannique, ne fait qu’accentuer le clivage entre un Bas-Canada français (le Québec) et un Haut-Canada anglais (futur Ontario). L’Acte constitutionnel de 1791, qui entérine cette dualité, ne remet nullement en cause les droits des Québécois, ce qui est à l’origine du mécontentement de la minorité britannique du Bas-Canada, qui, alors qu’elle contrôle les leviers de l’économie, se sent livrée aux franco-catholiques, majoritaires à l’Assemblée législative de Québec. Les progrès du Parti canadien, dirigé de 1815 à 1837 par Louis-Joseph Papineau, qui ne cache pas ses aspirations nationalistes, exaspère un peu plus les Anglo-protestants. Tocqueville, qui visite Québec en 1831, résume parfaitement le problème canadien : « Je viens de voir dans le Bas-Canada un million de Français, braves, intelligents, faits pour former un jour une grande nation française en Amérique, qui vivent en quelque sorte en étrangers dans leur pays. Le peuple conquérant tient le commerce, les emplois, la richesse, le pouvoir. Il forme les hautes classes et domine la société entière. »
    Le Bas-Canada, dont la population ne dépasse pas les 500 000 habitants quand Tocqueville le visite, et le Haut-Canada, un peu moins peuplé à cette époque, ne sont pas les seules provinces britanniques en Amérique du Nord. » (p.150)
    « En 1788, conduit par Arthur Philip (1738-1814), débarquent à Sydney les 1500 premiers colons : parmi eux, 750 convicts (bagnards). Jusqu’en 1851, date à laquelle on y compte 150 000 forçats, l’Australie est une terre de déportation, pour les délinquants comme pour les opposants irlandais. […] L’Australie de la première moitié du XIXe siècle est une colonie agricole. L’élevage du mouton connaît un prodigieux succès dans le cadre d’immenses domaines, dont les propriétaires ou squatters ne tardent pas à entrer en conflit avec les cultivateurs, les settlers. » (p.151)
    « Le commerce, pas la guerre – Jusqu’au dernier tiers du siècle, aucune frénésie de conquête ne s’empare des dirigeants britanniques, aucun plan d’ensemble n’est d’ailleurs échafaudé : la seule ligne directrice est la maîtrise des mers, pour laquelle sont annexés des escales, des points d’appui, des positions stratégiques. La nécessité pousse à prendre pied en Australie et la menace française à contrôler la Nouvelle-Zélande.
    A la conquête, qui génère des violences et de lourdes dépenses, militaires d’abord, d’administration, de police et de mise en valeur ensuite, les Britanniques préfèrent la diplomatie et le commerce, qui fondent l’influence. » (p.151)
    « Jusqu’à l’adoption du libre-échange sous Robert Peel, entre 1841 et 1846, les relations avec les colonies sont régies par l’ancien système colonial, que les Français appellent « exclusif » et dont le but est de réserver à la métropole les bénéfices du commerce colonial. Elle est assurée de trouver dans ses colonies, où ses productions bénéficient d’un régime de faveur, des débouchés pour ses productions manufacturières. Même après l’adoption du libre-échange, les colonies restent des débouchés importants en raison de la qualité et des prix imbattables qu’offrent les industriels britanniques.
    En moyenne, avant 1850, 30% des exportations du Royaume-Uni sont destinées à l’Empire. Les Indes occidentales, principales importatrices, et de loin, des biens manufacturés en métropole en 1815, voient leur part baisser spectaculairement entre 1815 et les années 1850, alors que l’Inde et les colonies de peuplement, notamment l’Australie, deviennent les principales destinations des productions du Royaume-Uni. Les colonies de peuplement constituent évidemment les débouchés les plus intéressants. » (p.152-153)
    « D’un million de yards en 1815, les ventes de tissus fabriqués en Angleterre passent à 50 millions en 1835 et 450 millions en 1855. En 1850, l’Inde absorbe à elle seule 18.5% de toutes les cotonnades exportées dans l’Empire et à l’étranger. » (p.153)
    « Ainsi que le font remarquer les libéraux des rives de la Manche, l’Empire n’est pas le premier partenaire commercial de la métropol, tant s’en faut : les colonies, toutes catégories confondues, colonies de peuplement et colonies « d’exploitation », n’absorbent de 30 à 35% des exportations britanniques. » (p.155)
    « La place des colonies de peuplement dans les importations britanniques ne cesse de progresser, de 32% environ au milieu du siècle à près de 55% à la veille de la Première Guerre mondiale. […]
    Le débouché métropolitain reste néanmoins essentiel pour une colonie comme l’Inde, dont la Grande-Bretagne absorbe 41.6% des exportations en 1880-81. » (p.156)
    « Difficiles à évaluer avant 1850, les investissements de capitaux ne sont devenus importants dans l’Empire que dans la seconde moitié du XIXe siècle. Ils sont attirés outre-mer par la faiblesse des rendements des placements en métropole, par la nécessité d’équiper en chemins de fer et diverses infrastructures les pays et par des facteurs conjoncturels, comme la découverte de l’or en Australie au milieu du siècle et le boom sur le blé au Canada à partir de 1900. Il ne faut toutefois pas exagérer l’importance de l’Empire dans ce domaine, les investisseurs préférant les marchés porteurs des pays industrialisés […]
    Même si ce taux de 37.7% est relativement modeste, les placements britanniques sont beaucoup plus importants que les investissements français dans l’Empire : en 1913, sur 45 milliards de franc or placés hors de France, 4 seulement le sont aux colonies, soit 8.8%, contre 6 en Amérique latine (13.3%) et 11.3 en Russie (25.1%). » (p.157)
    « La croissance démographique du Royaume-Uni alimente une forte émigration dans l’Empire, particulièrement à partir de 1840. On évalue à 22 millions le nombre des émigrants entre 1815 et 1914. La démographie britannique permet la formation, en zone tempéré, de colonies de peuplement, qui, à bien des égards, sont des prolongements outre-mer de la métropole. Solidaires de cette dernière, elles contribuent à son rayonnement et à sa puissance. Ces dominions blancs sont sans doute ce qui distingue le plus l’Empire des Britanniques de celui de leurs rivaux français, dont la seule colonie de peuplement est l’Algérie.
    La plupart des départs sont volontaires, mais la déportation carcérale et l’exode organisé des plus misérables ne doivent pas être négligés. Les classes dirigeantes sont convaincues que l’émigration des déshérités résoudra le problème du paupérisme et de la délinquance. L’Australie, dès la fin du XVIIIe siècle, puis la Tasmanie, sont les principaux lieuxde déportation. » (p.158)
    « Ce n’est pas l’Empire qui exerce la plus forte attraction sur ceux qui décident d’émigrer de leur propre initiative, mais les Etats-Unis, nouvel Eldorado, où la fortune semble accessible et où la langue ne constitue pas un obstacle. Entre 1815 et 1914, les émigrants se répartissent de la façon suivante entre les pays d’accueil :
    -62% pour les Etats-Unis ;
    -19% pour la Canada ;
    -10% pour l’Australie et la Nouvelle-Zélande ;
    -3% pour l’Afrique du Sud, qui n’exerce un effet attractif qu’à partir de 1870. » (p.158)
    « Beaucoup d’émigrants ont pris en charge leur voyage. Cependant, certains ont bénéficié de l’aide d’organisations caritatives ou d’une organisation gouvernementale, la Commission d’émigration coloniale, qui oeuvra entre 1840 et 1873 : elle a apporté ses secours, parfois financiers, à six millions d’émigrants. » (p.159)
    « L’Inde est, au XIXe siècle, un réservoir de main-d’œuvre pour les colonies qui en manquent. C’est le cas de l’île Maurice et des colonies de la Caraïbe après l’abolition de l’esclavage en 1833. Les « West Indies », où les affranchis ont tendance à déserter les plantations, sont sauvées par l’arrivée, entre 1838 et la Première Guerre mondiale, de près de 430 000 coolies. Principale bénéficiaire de cette immigration, Maurice reçoit plus d’Indiens que toutes les colonies d’Amérique réunies. » (p.160)
    « L’essor du machinisme, l’arrivée « à maturité du capitalisme industriel », la terrible révolte de décembre 1831 et les pertes qu’elle occasionne, et enfin le soutien intéressé que les producteurs de sucre des Indes orientales apportent aux humanitaristes contribuent finalement au succès de la Société antiesclavagiste.
    L’abolition est votée en août 1833, un mois après la mort de Wilberforce. L’octroi aux propriétaires d’une indemnité de vingt millions de livres a facilité leur capitulation tout en permettant d’envisager la réorganisation du travail dans les plantations. Le 31 juillet 1834, à minuit, les 750 000 esclaves des West Indies accèdent à la liberté. » (p.163)
    « Le grand explorateur David Livingstone (1813-1873), qui se rattache au courant philanthropique, sensibilise l’opinion vritannique et mondiale aux atrocités de la traite africaine pratiquée par les Arabes et aux souffrances des Noirs déportés vers Zanzibar, l’Arabie et la Perse. » (p.166)
    « Au milieu du siècle, les Britanniques, imbus de la supériorité de leur nation, ne refusent pas l’idée que la Providence les a choisis pour conquérir le monde à Dieu. Poussées par ces vents favorables, les missions prospèrent pour le bien de la religion et de la mère patrie. En 1900, on compte environ 10 000 missionnaires dans l’Empire, appartenant à de nombreuses sociétés. » (p.168)
    « L’anticolonialisme, en Angleterre comme en France, est aussi vieux que la colonisation. Détracteurs précoces, les libéraux dénoncent son coût et les entraves au commerce qu’elle induit. Dans The Wealth of Nations, paru en 1776, Adam Smith critique le mercantilisme, le pacte colonial et les monopoles et privilèges qui en découlent, tels ceux de l’East India Company. Jeremy Bentham, dans une lettre à la Convention de 1793, « Emancipate your Colonies », critique leur coût pour la société, alors qu’elles ne sont profitables qu’à une minorité de planteurs, de négociants et d’agents à qui elles offrent des sinécures bien rémunérées. Dans son discours de Manchester du 10 janvier 1849, Richard Cobden dénonce le coût des colonies pour le contribuable britannique, lequel est souvent loin de connaître l’aisance, à la différence de bien des colons d’outre-Atlantique. Il ajoute, autre argument des libéraux, que les exportations aux Etats-Unis sont plus importantes qu’à destination de l’ensemble des colonies, l’Inde exceptée. Et ce commerce avec une nation libre n’occassionne aucune charge pour le contribuable britannique. » (p.173)
    « Professeur d’histoire à Oxford, inspirateur du mouvement Little England, Goldwin Smith (1823-1910), dans plusieurs lettres au Daily News, en 1862 et 1863, reprend les arguments traditionnels de l’école libérale : les colonies coûtent cher à la métropole : infrastructures, administration, police, justice, défense, etc. Smith, qui est favorable à l’indépendance de l’Inde, estime que si, pour des raisons humanitaires, l’Angleterre devait s’y maintenir, elle devrait prélever sur le pays les dépenses qu’elle aurait à engager. Tôt ou yard, comme les Etats-Unis, les possessions d’outre-mer échapperont à la métropole qui y aura dépensé en vain : la formule de Turgot, selon laquelle toute colonie est « un fruit qui, mûri, doit se détacher de l’arbre métropolitain », est reprise par les Little Englanders. Le libre-échange prive la métropole des avantages exclusifs qu’elle pouvait tirer de ses colonies. » (p.174)
    « Cobden avance un argument à la fois humaniste et politique, touchant à la dignité des peuples, pour qui toute forme de sujétion est intolérable. C’est particulièrement vrai pour ceux qui ne partagent pas les valeurs de l’Occident. Humiliante pour les élites indiennes, la colonisation est dégrandate pour les colonisateurs, dont elle exacerbe les passions et encourage la corruption. Elle est surtout dangereuse en ce qu’elle modifie la nature et l’esprit du colonisateur : alors que chez eux, les Britanniques conquièrent les libertés, en Inde, ils se transforment en despotes orientaux pour tenir sous leur domination des populations réfractaires, comme le montre la Mutinerie de 1857. » (p.175)
    « Les idées des Little Englanders ont été en vogue jusqu’à la fin des années 1860. Disraeli, lui-même, avant de devenir le défenseur de l’idée impériale, a parfois repris certains de leurs thèmes. » (p.176)
    « La politique de Gladstone illustre la difficulté d’appliquer les grands principes en matière coloniale, comme d’ailleurs en politique internationale. » (p.178)
    « Le fameux discours de Crystal Palace, prononcé par [Benjamin] Disraeli le 24 juin 1872 devant les membres de son parti, donne le coup d’envoi du « nouvel impérialisme ». » (p.179)
    « Si vous regardez l’histoire de ce pays depuis l’avènement du libéralisme, il y a quarante ans, vous trouverez qu’il n’y a pas eu d’effort plus persévérant, plus subtil, déployé avec autant d’énergie et poursuivi avec autant d’habileté et de perspicacité, que les tentatives du Libéralisme pour obtenir la désintégration de l’Empire de l’Angleterre.
    Et, Messieurs, de tous ses efforts, voici celui qui a été le plus proche du succès. Les hommes d’Etat les plus réputés, les écrivains les plus talentueux, les moyens les mieux adaptés et les plus efficaces ont été employés dans cette entreprise. Il a été prouvé à chacun de nous que nous avons perdu de l’argent à cause de nos colonies. Il a été montré avec une précision mathématique qu’il n’y avait pas un joyau dans la Couronne d’Angleterre qui fût aussi coûteux que la possession de l’Inde. Combien de fois ne nous a-t-on pas invité à nous délivrer de ce cauchemar ? Eh bien, ce résultat a été presque atteint.
    Quand ces vues subtiles furent adoptées par le pays, prié de façon convaincante d’accorder le self-government aux colonies, j’ai cru moi-même que le lien était rompu. Non pas que je m’oppose au self-government. Je ne vois pas comment nos colonies éloignées pourraient être administrées autrement que par elles-mêmes. Mais, selon moi, le self-government, quand il a été accordé, aurait dû l’être comme un élément d’une grande politique de consolidation coloniale. Il aurait dû être accompagné d’un tarif impérial, de garanties du peuple d’Angleterre pour la jouissance des terres vacantes détenues par le Souverain en tant qu’administrateur provisoire. Et d’un code militaire qui aurait défini précisément les moyens et les responsables par lesquels les colonies seraient défendues et par lesquels, si nécessaire, le pays demanderait l’aide des colonies elles-mêmes. De plus, il aurait dû être accompagné de l’institution d’un conseil représentatif dans la métropole qui aurait maintenu les colonies en relations étroites et permanentes avec le gouvernement de la mère patrie. Tout ceci, toutefois, a été oublié parce que ceux qui ont conseillé cette politique –et je pense que leurs convictions sincères- regardaient les colonies de l’Angleterre, regardaient même nos relations avec l’Inde comme un fardeau pour ce pays, voyant tout sous l’angle des finances et totalement indifférents à ces considérations morales et politiques qui font la grandeur des nations et dont l’influence seule permet de distinguer les hommes des animaux.
    Eh bien, quel a été le résultat de cette tentative de désintégration de l’Empire durant le règne du libéralisme ? Elle a entièrement échoué. Mais comment a-t-elle échoué ? A cause de la sympathie des colonies pour la mère patrie. Elles ont décidé que l’Empire ne serait pas détruit, et à mon avis aucun ministre ne ferait son devoir, qui négligerait toute opportunité pour reconstruire autant que possible notre Empire colonial et pour répondre à ces lointaines sympathies qui peuvent devenir la source d’une puissance et d’un bonheur incalculables pour ce pays. » (p.179-180)
    « Dès 1868, Charles Dilke (1843-1911) invente l’expression Greater Britain, dont il fait le titre d’un récit de voyage. » (p.182)
    « Idée que la Grande-Bretagne est l’héritière des grands empires maritimes de l’Antiquité et du Moyen Age, de la thalassocratie athénienne et de Venise, en particulier. La puissance mondiale de la Grande-Bretagne illustre le bien-fondé de la vision qu’avait de l’histoire le géographe allemand Karl Ritter (1779-1859) : la puissance se constituant d’abord grâce au contrôle des fleuves (potamocratie), puis à partir de la maîtrise des mers (thalassocratie) et enfin des océans (océanocratie). Pour les impérialistes britanniques, c’est évidemment à ce stade qu’est parvenu leur pays. » (p.182-183)
    « Les trois dernières décennies du XIXe siècle voient donc le triomphe des thèses impériales et l’extension de l’Empire, qui s’agrandit de 11 millions de km2 et de 66 millions d’habitants, pour couvrir, à la mort de Victoria, le quart des terres émergées. » (p.186-187)
    « Les historiens sont aujourd’hui partagés […] sur l’adhésion de l’opinion à l’Empire. Edward Saïd affirme qu’ « aucune entreprise de l’envergure de l’Empire britannique, même avant le point culminant des années 1850, n’aurait pu perdurer sans la volonté et peut-être sans l’approbation implicite du commun des Anglais. » Pour John M. Mackenzie la « manipulation de l’opinion publique britannique » par la presse et les conférences, l’école et les publications pour la jeunesse, le théatre et les expositions a façonné une société massivement acquise à l’Empire. Ces affirmations, largement reprises par la suite, à l’apogée des études postcoloniales, ont été contredites en 2004 par Bernard Porter dans un ouvrage au titre significatif : The Absent-Minded Imperialists. La plupart des Britanniques, des milieux populaires notamment, ont d’autres préoccupations que l’Empire, qu’ils connaissent fort mal. Bien peu sauraient dire où se trouvent les Falklands, Ceylan, le Nigeria et même Gibraltar. Les élites elles-mêmes ne se passionnent pas pour ces horizons lointains. » (p.188)
    « A la fin de 1821, Thomas Brisbane (1773-1860), gouverneur de la Nouvelle-Galles du Sud [Australie] entre 1821 et 1825, est chargé de mettre à la disposition des éleveurs les convicts susceptibles de rachat, les criminels invétérés étant enfermés au bagne de Moreton Bay. Entre 1824 et 1831, 3 400 000 acres sont attribués à des entrepreneurs particuliers pouvant justifier d’un capital de 500 livres et capables d’entretenir 20 convicts au moins, mais aussi à de grandes sociétés, comme l’Australian Agricultural Company dont John Macarthur est l’un des fondateurs. La charte qui lui est octroyée en 1825 la met en possession de 400 000 ha dans l’arrière-pays de Port Stephens, au nord de Sydney. En échange, elle doit employer des convicts, développer l’élevage du mérinos et les exportations de laine en Angleterre. » (p.221)
    « A partir de 1860 environ, l’immigration n’est plus le seul facteur du peuplement. C’est le solde naturel qui assure désormais la croissance démographique : alors qu’en 1861, un peu plus de 50% des habitants sont nés au Royaume-Uni (les Sterling), dix ans plus tard, près de 60% des Australiens ont vu le jour en Australie. Les Australiens de souche (les Currency) représenteront 82% de la population en 1901. » (p.223)
    « Les transports frigorifiques, qui ne deviennent régulier qu’à partir de 1876, permettent à l’Australie d’écouler ses productions de viande bovine et ovine et à l’ouvrier européen de payer sa viande moins cher. » (p.229)
    « Mark Twain, qui visite l’Australie en 1895, trouve dans les statistiques qu’il rassemble la confirmation de la prospérité qui s’étale sous ses yeux. Bien que sa population, de l’ordre de quatre millions d’habitants, ne représente que 1% de celle de l’Empire britannique, les exportations de l’Australie vers la métropole atteignent 10% du commerce total de cette dernière. Si l’Inde est le « joyau de la Couronne », l’Australie est peut-être sa plus belle réussite économique. » (p.230)
    « Plus de 60 000 coolies indiens sont introduits aux Fidji entre 1879 et 1916 pour travailler pour le compte de l’Australian Colonial Sugar Refining Company. » (p.232)
    « La révolte des Cipayes, que l’on appelle encore The Mutiny ou Grande Mutinerie, s’inscrit dans la vague révolutionnaire qui, quelques années après les événements européens de 1848-1849, balaie l’Asie : elle coïncide avec les mouvements Paiping et Nian en Chine. Les historiens se divisent sur la nature de ce mouvement puissant, mais non panindien. Certains y voient une « guerre indienne d’indépendance » et l’affirmation d’une nation, hindous et musulmans combattant d’un même mouvement la puissance coloniale. D’autres estiment qu’il s’agit d’une réaction à des ingérences britanniques visant à remetre en cause insidieusement et progressivement la Tradition. » (p.281)
    « En janvier 1857, les cipayes de Dumdum, près de Calcutta, refusent les cartouches. Le 29 mars, le cipaye Mangal Pande essaie de soulever son régiment, le 34e, à Barrackpur, commandé par Wheeler. Il échoue et le régiment est dissous. 85 cipayes d’un régiment de Meerut sont condamnés à de lourdes peines en prison pour avoir refusé l’usage des cartouches du nouveau fusil Enfield, enduites de graisse de vache ou de porc. Cette décision de justice, provoque le soulèvement, qui commence le 10 mai 1857 à Meerut et gagne Delhi, la capitale des Moghols, qui n’est pas défendue par l’armée britannique.
    L’empereur Bahadur Shah est invité à prendre la tête de l’insurrection. S’y étant rallié, il fait diffuser le Manifeste suivant, qui est intéressant en ce qu’il résume les causes du mécontentement des Indiens. Il s’adresse à toutes les catégories de la population, qu’il enjoint de se joindre à la « guerre sainte » contre les infidèles. » (p.294)
    « Ces défaites sur tous les fronts s’expliquent en premier lieu par l’infériorité numérique des Britanniques. L’armée des Indes compte un peu moins de 40 000 Européens contre 226 000 à 227 000 cipayes en 1857. Dans la cavalerie, ces derniers représentent 92% des effectifs, et 86% dans l’infanterie. L’artillerie fait exception, qui est à 60% servie par des Britanniques, ce qui d’ailleurs ne sera pas sans incidences sur l’issue finale. Peu nombreux en temps ordinaire, les Européens le sont tout particulièrement le 10 mai 1857, lorsqu’éclate la mutinerie. La plupart sont alors mobilisés au Pendjab, en Birmanie, en Perse et en Crimée. Ils sont quasiment absents entre Meerut et le Bengale. A Delhi, par exemple, où se trouvent 300 pièces d’artillerie, on ne compte que 2 officiers et 6 sergents britanniques. Certes, des cipayes restent fidèles à l’EIC et renforcent ses troupes, mais, en sens inverse, les insurgés reçoivent le renfort des armées des Etats princiers entrés dans la Révolte. » (p.295-296)
    « C’est à Colin Campbell (1792-1863), un vétéran des guerres napoléoniennes, qui s’est illustré du Canada à la Chine, et, en dernier lieu, sous les murs de Sébastopol, que Palmerston confie le commandement supérieur après la mort d’Anson, terrassé par le choléra en mai 1857. Campbell débarque à Calcutta, avec les premiers renoforts, le 13 août. Avant la fin de 1857, 45 000 hommes arrivent en Inde, en provenance des îles britanniques et des diverses parties de l’Empire. Dans cette guerre, comme dans d’autres qui suivront, la force de la Grande-Bretagne repose sur son vaste Empire, la solidarité des dominions blanc et sur sa marine, capable de transporter dans des délais très brefs des effectifs considérables à des milliers de milles : 29 bateaux appareillent pour l’Inde en juillet, et 28 en août, dont 17 steamers, selon le Times du 1er septembre 1857. Autres atouts dans les mains des Britanniques, le chemin de fer, certes à l’état embryonnaire, mais qui permet les liaisons entre Calcutta et la région de Patna, et le télégraphe électrique, qui « sauva la domination anglaise », selon un contemporain. » (p.297)
    « Nicholson ayant légalisé « la flagellation, le pal et le bûcher », la répression, qui se poursuit jusqu’en mai 1859, est féroce : « Les lettres des officiers britanniques suent la haine. [Selon l’un d’eux] les troupes européennes sont devenues des démons opposés aux indigènes », écrit Karl Marx, correspondant à Londres du New York Daily Tribune. Engels ajoute qu’ « il n’y a pas d’armée en Europe et en Amérique qui agisse avec autant de brutalité que les Britanniques. […] Si d’autres troupes au monde avaient commis le dixième de leurs excès, la presse britannique indignée n’aurait certes pas manqué de les flétrir en les accusant d’infamie ». » (p.298)
    « Le révérend John Cave-Brown voit dans la politique du Divide and Rule la meilleure arme de son pays contre les rebelles du Pendjab : « Dans une population telle que ceux d’Amritsar, les feux de l’animosité religieuse couvaient en permanence. La bonne politique face à une telle crise était de les empêcher de s’éteindre entièrement. Notre sécurité réside dans leurs rivalités jalouses. » Il est du devoir des autorités dans un tel contexte « de contrebalancer par la race par la race et la religion par la religion ». » (p.300)
    « La compagnie est rendue responsable des événements, malgré l’habile pétition que John Stuart Mill, qui a servi dans ses bureaux de Londres entre 1823 et 1856, présente aux deux chambres en sa faveur […]
    Palmerston dépose un projet de loi que son successeur, le conservateur Lord Derby, fait adopter le 2 août 1858 : tous les droits de la Compagnie sont transférés à la Couronne. Les directeurs, qui ont obtenu que les actionnaires soient remboursés en plusieurs échéances avant 1873, cèdent donc « leurs » territoires. […]
    Certains historiens soulignent le paradoxe de cette annexion à la Couronne alors que l’anticolonialisme est à son apogée et que progressent les thèses en faveur du self-government. Elle est l’indice de l’importance prise par l’Inde, clé de voûte de la puissance britannique, dans l’Angleterre victorienne. » (p.302)
    « L’India Act du 2 août 1858. – En stipulant que désormais « l’Inde sera gouvernée, pour le souverain et en son nom, par un secrétaire d’Etat assisté d’un consul de quinze membres », l’India Act transfère les droits de l’EIC à la Couronne. Le titulaire du secrétariat d’Etat pour l’Inde, lequel remplace le Board of Control, siège au sein du gouvernement et est responsable devant le Parlement. Il est donc à la tête d’un véritable ministère, l’India Office, séparé du Colonial Office, dont relèvent les autres colonies dont Ceylan. Afin de préparer les délibérations du gouvernement, le secrétaire d’Etat pour l’Inde est assisté d’un conseil consultatif de 15 membres qu’il nomme en dehors du Parlement. » (p.302)
    « Malgré l’absence de libertés politiques, malgré la misère des masses, les famines récurrentes, aucun soubresaut n’agite l’Inde avant la première décennie du XXe siècle. Plus que le renforcement du potentiel militaire britannique, plus que les débuts de l’industrialisation du pays, plus que la solidarité qui unit les milieux d’affaires indiens au British Raj, c’est le respect des us et coutumes, des religions et des castes qui expliquent la pax britannica qui règne sur l’Inde dans la seconde moitié du XIXe siècle. La leçon a été retenue et il n’est plus question d’ingérences telles que celles qui ont conduit à la révolte des Cipayes. » (p.307)
    « La réalisation du réseau n’est pas le monopole de l’Etat : certaines lignes sont construites et exploitées par des sociétés privées, voire par des Etats princiers. Le réseau passe de 1400 km en 1869 à 6 863 en 1871, 25 495 en 1890 à 56 980 en 1920. Il est le plus remarquable d’Asie. Le développement du chemin de fer stimule les houillères : la production de charbon passe de 500 000 tonnes en 1869 à 15 millions en 1914. Au débouché des principales lignes, les grands ports sont aménagés : Calcutta, qui exporte le jute et le thé, Bombay, qui exporte du coton, Madras, qui expédie des arachides, des cuirs et peaux, etc. » (p.307)
    « Cent cinquante à deux cent mille [coolies indiens], recrutés clandestinement entre 1848 et 1860, puis légalement à la suite de la signature de deux conventions franco-britanniques en 1860 et 1861, contribueront au peuplement de la Réunion, de la Guadeloupe, de la Martinique et de la Guyane. » (p.308)
    « Les produits agricoles non transformés représentent encore 70% des exportations entre 1860 et 1911. Si les exportations d’indigo s’effondrent à cause de la concurrence de l’aniline chimique, celles d’opium se maintiennent, malgré l’édit anti-opium du gouvernement impérial chinois en 1906, celles de coton et surtout de jute et de thé connaissent une remarquable expansion.
    Le Royaume-Uni reste le principal importateur, même si sa part passe de 41.6% en 1880-1881 à 24.9% en 1910-1911. La diversification des exportations à destination de la France, mais surtout de l’Allemagne et des Etats-Unis, au début du XXe siècle, est loin d’être un handicap pour la Grande-Bretagne : elle permet, « dans le calme d’un système de paiements multilatéraux, de compenser le déficit britannique. Le rôle de l’Inde dans le système impérial britannique n’est donc pas tant de fournir au Royaume-Uni des matières premières pour son industrie que de contribuer par ses exportations en direction de pays tiers, à l’équilibre de la balance impériale des comptes ». » (p.308-309)
    « En 1876, Disraeli parachève le rattachement à la Couronne en faisant adopter par le Parlement le Royal Titles Bill, qui fait de Victoria l’impératrice des Indes. » (p.311)
    « Alors que la Pax Britannica y règne et que les affaires y prospèrent, l’Inde est menacée par l’expansionnisme russe. Ce qui n’était que fantasme lors de la première guerre afghane entre 1839 et 1842 menace de devenir une réalité à partir de 1873 quand les Russes prennent Khiva (Ouzbékistan) et en 1881 quand ils entrent dans Merv (Turkménistan). Ils sont alors aux portes de l’Afghanistan. L’émir de Kaboul, Shir Ali (1863-1878), fils de Dost Muhammad, juge opportun de se rapprocher du tsar, alors qu’il a longtemps bénéficié de l’aide britannique. Son revirement est à l’origine de la deuxième guerre anglo-afghane, déclenchée par Lord Lytton en 1878. Bien que Shir Ali n’obtienne pas le soutien que les Russes lui avaient promis, les opérations s’enlisent.
    Afin d’éviter un désastre identique à celui de 1841-1842, les Britanniques préfèrent finalement négocier. Le traité de Gandamak, signé le 26 mai 1879, leur cède le contrôle de la passe de Khyber et de la région de Pichin, au contact de la province de Kandahar, ainsi qu’un droit de regard sur la politique étrangère de l’Afghanistan. En échange de ce demi-protectorat, les Britanniques reconnaissent Abdul Rahman (1880-1901), l’héritier de Shir Ali, et évacuent l’Afghanistan. » (p.313)
    « Au nord-est, ce sont les progrès des Français en Indochine qui préoccupent les Britanniques. Le 15 décembre 1882, Gambetta tient des propos qui ne peuvent qu’inquiéter Londres et Calcutta : « Il faut donc que la France s’établisse au Tonkin comme et plus qu’elle l’est en Cochinchine, afin de mettre la main sur l’Annam, sur le royaume de Siam et sur la Birmanie et d’avoir ainsi barre sur les Indes, et d’aider la civilisation européenne contre la race jaune ». Le roi Thibaw, hostile aux Britanniques, ne fait qu’aviver leurs craintes en ouvrant des négociations avec les Français en 1883. Par ailleurs, la Haute-Birmanie, si elle était occupée, permettrait aux Anglais d’arriver, avant les Français, au bassin du Yangzi et aux importants marchés chinois.
    Un corps expéditionnaire occupe Mandalay en novembre 1885. Thibaw est déporté en Inde, la monarchie est abolie et l’annexion de la Haute-Birmanie est réalisée en 1886 : elle est rattachée à l’Empire des Indes et le restera jusqu’en 1937. Néanmoins, malgré la disparition de la monarchie, une résistance nationale birmane ne tarde pas à s’organiser autour d’organisations religieuses et culturelles et notamment l’Association des jeunes bouddhistes, fondée en 1906. » (p.314)
    « Un retraité de l’Indian Civil Service, Allan Octavian Hume, qui partage les conceptions de Ripon, réunit à Bombay, en décembre 1885, 72 intellectuels qui ne représentent que l’étroite élite anglicisée du pays. […]
    S’intitulant, malgré leur faible représentativité, Congrès national indien, ils décident de se réunir tous les ans en des lieux différents. Durant les premières années, aucune activité n’est prévue dans l’intervalle des sessions. Cependant, chaque session voit le nombre des délégués augmenter : ils sont deux mille en 1889, en très grande majorité hindous. Le Congrès permet à de grands dirigeants indiens de s’affirmer : outre D. Naoroji et S. Banerji, le parsi Pherozeshah Mehta (1845-1915) et le brahmane Chitpavan Gopal Krishna Gokhale (1866-1915), qui entrera au Conseil législatif du vice-roi et sera le mentor de Gandhi.
    Les revendications de ces bourgeois sont très modérées et ne concernent guère que les intérêts de l’infime minorité à laquelle ils appartiennent. Ils demandent une réforme du recrutement de l’Indian Civil Service, et notamment son organisation simultanée en Angleterre et en Inde. Tant que le concours aura lieu en Europe, il restera inaccessible à la plupart des jeunes Indiens, soit en raison du coût du voyage, soit à cause des interdits sur les voyages en mer. Les candidatures indiennes sont effectivemnt fort peu nombreuses et l’accès d’un Indien au Civil Service reste exceptionnel : en 1887, on n’y compte qu’une douzaine d’Indiens sur un millier d’agents. Le Congrès revendique également l’accès des Indiens aux plus hauts grades de l’armée et l’élection des membres des conseils législatifs central et provinciaux. L’introduction des institutions libérales de la Grande-Bretagne, à laquelle aspirent les congressistes, est un idéal dont la complexité religieuse et sociale de l’Inde rend la réalisation lointaine. En matière budgétaire, le Congrès demande la réduction des dépenses militaires et de la taxe sur le sel, qui représente environ 10% des rentrées annuelles.
    Le Congrès qui émet des revendications modérés ne conteste pas fondamentalement la domination britannique. Il n’en est pas de même du nationalisme hindou qui s’affirme dans les années 1890. » (p.318-319)
    « Une décision relative aux mariages d’enfants, l’Age of Consent Bill de 1891, qui porte de dix à douze ans l’âge minimum du mariage, est à l’origine de la mobilisation des traditionalistes. Plus que la mesure elle-même, ils dénoncent l’ingérence des firingi dans les affaires religieuses des hindous et leur organisation sociale. Un brahmane Chitpavan du Maharashtra, Bal Gangadhar Tilak, dénie aux Européens le droit de s’immiscer dans les affaires familiales des hindous, de modifier l’ordre social et, ce faisant, de porter atteinte au dharma. Alors que des épidémies ravagent l’Inde, la peste en particulier à la fin du siècle, il s’oppose à l’action des services sanitaires européens dont l’intrusion dans les maisons hindoues constituerait une souillure indélébile.
    En 1893, il mobilise les hindous autour d’un mouvement de protection de la vache, Cow Protection Agitation, qui est aussi dirigé contre les musulmans, lsquels n’ont pas le même respect pour cet animal sacré. […]
    (p.320-321)

    p.593
    p.594
    p.596-598
    -Jacques Weber, Le Siècle d’Albion. L’Empire britannique au XIXe siècle, 1815-1914, Paris, Les Indes savantes, 2011, 748 pages.




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    « La racine de toute doctrine erronée se trouve dans une erreur philosophique. [...] Le rôle des penseurs vrais, mais aussi une tâche de tout homme libre, est de comprendre les possibles conséquences de chaque principe ou idée, de chaque décision avant qu'elle se change en action, afin d'exclure aussi bien ses conséquences nuisibles que la possibilité de tromperie. » -Jacob Sher, Avertissement contre le socialisme, Introduction à « Tableaux de l'avenir social-démocrate » d'Eugen Richter, avril 1998.

    "Il y a, de nos jours, beaucoup de gens qui s'accommodent très aisément de cette espèce de compromis entre le despotisme administratif et la souveraineté du peuple, et qui pensent avoir assez garanti la liberté des individus, quand c'est au pouvoir national qu'ils la livrent. Cela ne me suffit point." -Alexis de Tocqueville, De la Démocratie en Amérique, vol II, Quatrième Partie : Chapitre VI, 1840.


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