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    Jean-Louis Miège, Expansion européenne et décolonisation de 1870 à nos jours

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    Johnathan R. Razorback
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    Jean-Louis Miège, Expansion européenne et décolonisation de 1870 à nos jours

    Message par Johnathan R. Razorback le Ven 26 Jan - 12:42

    « L’impérialisme colonial de l’Europe contemporaine est sans précédent et sans doute le fait le plus important de la deuxième moitié du XIXe siècle ; il a marqué tous les aspects de la vie de la plupart des sociétés. Le phénomène de décolonisation présente la même importance pour la deuxième moitié du XXe siècle. » (p.5)
    « La population de l’Europe s’élève entre 1815 et 1870 de 190 millions à 300 millions et atteint près de 450 millions en 1914. Elle représentait 20% de la population mondiale en 1815, 23% en 1870 et près de 27% en 1914. La grande vague de la colonisation correspond à cet apogée ; ce n’est pas hasard si la décolonisation accompagne la décroissance de la population européenne face à l’explosion démographique du Tiers Monde. » (p.155)
    « Les transformations de la navigation, importantes à partir de 1850-1865, sont décisives dans les années 1880-1885 où la flotte des vapeurs l’emporte sur celle des voiliers. » (p.157)
    « Le Canal de Suez est ouvert en 1869, le canal de Corinthe en 1893, le canal de Kiel en 1895 et le canal de Panama en 1914. » (p.159)
    « Les prêts et avances aux gouvernements étrangers des pays sous-développés, où l’argent est rare et cher et dont les besoins, pour une modernisation malaisée, sont importants, sont particulièrement recherchés entre 1863 et 1882. Ils permettent non seulement de fructueuses opérations mais des prises de gage. Après l’Espagne et l’Italie, la « Méditerranée musulmane » attire particulièrement les capitaux. L’Empire ottoman, l’Egypte, la Tunisie s’endettent au-delà de leur capacité. Les créanciers s’efforcent d’imposer un contrôle, et d’assurer le service prioritaire de leurs prêts. Ainsi se prépare un terrain favorable aux interventions. » (p.159)
    « L’économie britannique possède une avance telle qu’elle n’a guère à redouter de concurrents. La seule ouverture d’un marché est pour elle une condition suffisante de sa domination. Par la persuasion et la négociation, par le menace ou la guerre, Londres impose partout des traités de commerce qui lui livrent des marchés neufs sans défense (Turquie, 1827, Chine, 1844 ; Maroc, 1856). Des forteresses emporium, judicieusement acquises, servent de relais à la navigation, de postes de défense, d’entrepôts, de places de commerce : Gibraltar, Malte (1814), Singapour (1824), les Falkland (1832), Aden (1839), Hong-kong (1841). » (p.164)
    « En France, le décret de 1880 et la loi du 7 mai 1881 marquent les étapes de ce réveil protectionniste qui conduira au tarif de 1892. Sans doute, dans les ports comme Bordeaux et Marseille, les chambres de commerce sont-elles, dans la première décennie de la IIIe République, composées de libre-échangistes convaincus. Mais leur attitude évolue dans les années 1880-1885, celles justement de la grande poussée coloniale. La Chambre de Commerce de Bordeaux, après celles de Rouen et de Nantes, se montre de plus en plus favorable au protectionnisme. Le 23 mars 1887, elle écrit au ministère des Finances : « Le retour à des tarifs différentiels nous paraît aujourd’hui justifié par la nécessité de resserrer les liens, trop relâchés dans ces derniers années, qui unissent la France à ses colonies… L’expérience a prouvé que la France… a besoin de trouver, dans ses colonies habitées par ses nationaux, des débouchés assurés pour les produits naturels et industriels. »
    La crainte de la fermeture des marchés extra-européens, à la suite de leur annexion par des Etats ayant abandonné le libre-échange, est un facteur important d’initiatives coloniales en Grande-Bretagne. Parmi les arguments utilisés par les partisans de la colonisation, la menace du protectionnisme français revient fréquemment. Les tarifs français freinant le commerce britannique, laisser la France acquérir de nouvelles colonies, c’est voir s’étendre le domaine du protectionnisme et l’idée se répand qu’il convient de devancer son occupation afin de maintenir la porte ouverte. Ce souci britannique –affirmé dans le tarif général de l’Inde diminué de moitié en 1876, puis aboli en 1882- apparaît dans l’attitude du Foreign Office. » (p.166)
    « Les mythes du paradis perdu, des îles fortunées, de la renaissance par le départ, tous les plus anciens rêves des hommes, vivifient un désir né du désarroi créé par l’urbanisation, les migrations rurales, la mutation industrielle.
    Le mythe résiste aux faits les plus affirmés. Chaque déconvenue fait renaître l’espoir dans un nouveau produit, un nouveau pays, un nouvel accord, avec d’autant plus de force qu’ils doivent remplacer les espérances déçues et compenser les dépenses déjà engagées. » (p.170)
    « Colonisation et activité missionnaire apparaissent-elles dans les années 1880-1900, étroitement imbriquées. » (p.176)
    « Les années qui vont du jubilé de la British and Foreign Antislavery Society (1883) à la réunion de la Conférence internationale antiesclavagiste de Bruxelles (1890) sont celles de l’apogée de l’intérêt humanitaire et religieux pour l’Afrique. […] La Société britannique a l’oreille du Foreign Office. Sa revue, l’Antislavery reporter, tire à plusieurs dizaines de milliers d’exemplaires. » (p.176)
    « En France, la plus importante –et la plus caractéristique [des associations colonialistes] est le Comité de l’Afrique française, fondé à l’automne de 1890 par le prince d’Arenberg et Harris Alis (Percher), animé par Eugène Etienne, et avec pour secrétaire Auguste Terrier. On y retrouve aussi bien des représentants politiques de la droite (le marquis de Moustier, Eugène de Voguë) que des gambettistes (Reinach, Etienne), des écrivains (H. Percher) que des hommes d’affaires (Jaluzot, Rothschild). […]
    Faiblesse relative du nombre de leurs adhérents (le Comité de l’Afrique française n’a que 4000 membres en 1914). » (p.176-177)
    « Les associations coloniales allemandes, établies suivant les mêmes modalités, ont un recrutement beaucoup plus large. La Deutsch Kolonial Gesellschaft, crée à Berlin en 1888, par la réunion de plusieurs sociétés antérieures, connaît un rapide succès et compte plusieurs dizaines de milliers d’adhérents. La Deutscher Flottenverein, fondée en 1898, regroupe dans ses 5000 sections locales près de 650 000 membres : industriels (Krupp), militaires (Gal Kein), fonctionnaires, publicistes (v. Schweinburg), etc. » (p.177)
    « A Paris, le « groupe colonial de la Chambre » est fondé en juin 1892 par E. Etienne qui en assure la présidence. Le « parti colonial » devient une force parlementaire : dans la Chambre de 1902, il compte près de 200 adhérents. » (p.178)
    « En France, la droite est peu favorable, jusqu’aux années 1890, à une expansion qui risque de détourner le pays de la reconquête des provinces perdues. Mais les appels à la politique coloniale ne manquent pas, venus de milieux traditionalistes. Même dans la période souvent dite de recueillement -1871/1878- les plaidoyers montrent que le relatif relantissement de l’expansion est moins dû à un principe arrêté qu’à une nécessité conjoncturelle. […]
    L’opinion socialiste se montre très nuancée […]
    L’expansion est avant tout le fait des « républicains de toutes observances ». Le groupe des amis de Gambetta y est le plus attaché. » (p.179)
    « Les oppositions font figure d’exception : il est impensable de n’être pas colonisateur à la fin du XIXe siècle. » (p.180)
    « [Gambetta] semble avoir pris conscience de l’importance de la politique d’expansion entre 1878 et 1880, en partie sous l’influence du baron de Courcel, peut-être aussi de certaines amitiés britanniques, notamment celle de Dilke. » (p.181)
    -Jean-Louis Miège, Expansion européenne et décolonisation de 1870 à nos jours, PUF, coll. Nouvelle Clio, 1993 (1971 pour la première édition), 427 pages.
    Carte des territoires européens en 1895, p.192. et p.194

    « Tout au long de l’histoire et jusqu’au XX siècle, différentes régions du globe ont connu l’emploi d’une main-d’œuvre esclave, sous des formes et pour des activités diverses. Cette pratique a été désignée par des termes comme esclavage, servitude, servage ou travail forcé. Elle consistait à obliger des hommes hommes, des femmes et des enfants à un travail forcé intensif.
    Durant la période de notre étude, 1908-1922, la forme de dépendance par excellence utilisée dans les colonies portugaises en Afrique était le travail forcé, dont les victimes étaient appelées serviçaes. C’est par le biais de ces serviçaes que Sao Tomé et Principe a établi des liens avec le Mozambique. » (p.173)
    -Natalia Umbelino, « Émigration ou déportation entre deux océans ? Les travailleurs sous contrat (serviçaes) de l’Afrique portugaise (1908-1922) », in Ernestine Carreira et Idelette Muzart Fronseca dos Santos (dir.), Maisonneuve & Larose, 2000, 317 pages, pp.173-200, p.173.



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    « La racine de toute doctrine erronée se trouve dans une erreur philosophique. [...] Le rôle des penseurs vrais, mais aussi une tâche de tout homme libre, est de comprendre les possibles conséquences de chaque principe ou idée, de chaque décision avant qu'elle se change en action, afin d'exclure aussi bien ses conséquences nuisibles que la possibilité de tromperie. » -Jacob Sher, Avertissement contre le socialisme, Introduction à « Tableaux de l'avenir social-démocrate » d'Eugen Richter, avril 1998.

    "Il y a, de nos jours, beaucoup de gens qui s'accommodent très aisément de cette espèce de compromis entre le despotisme administratif et la souveraineté du peuple, et qui pensent avoir assez garanti la liberté des individus, quand c'est au pouvoir national qu'ils la livrent. Cela ne me suffit point." -Alexis de Tocqueville, De la Démocratie en Amérique, vol II, Quatrième Partie : Chapitre VI, 1840.


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