L'Hydre et l'Académie

    Charles-Robert Ageron, Catherine Coquery-Vidrovitch, Gilbert Meynier & Jacques Thobie, Histoire de la France coloniale

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    Johnathan R. Razorback
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    Charles-Robert Ageron, Catherine Coquery-Vidrovitch, Gilbert Meynier & Jacques Thobie, Histoire de la France coloniale

    Message par Johnathan R. Razorback le Mer 3 Jan - 18:48

    « En 1914, au terme du fiévreux mouvement d’expansion amorcé au cœur des années 1880, la France s’est donc taillé le deuxième empire colonial du monde, un empire de plus de 10 millions de km2 peuplé par près de 50 millions d’habitants. Un empire qui s’étale en taches roses sur tous les murs des écoles communales. Un empire qui fait dire en 1905 à Clémentel, novice ministre des Colonies, devant la vaste carte des possessions françaises : « Les colonies… Je ne savais pas qu’il y en eût tant. ». » (p.7)

    « Alors que les départements algériens apparaissent comme le prolongement de la France au sud de la Méditerranée, la Tunisie et le Maroc conservent leur souverain, leur pavillon et leur personnalité. C’est le résident général, ministre des Affaires étrangères des souverains, chef des services administratifs et commandant en chef des forces armées, qui est « dépositaire dans ces territoires des pouvoirs de la République » sous la tutelle du ministre des Affaires étrangères. » (p.9)

    « Tous les autres territoires de l’empire, à l’exception donc de l’Afrique du Nord, relèvent du ministre des Colonies créé par la loi du 20 mars 1894. » (p.10)

    « Quatre grands gouvernements généraux avaient fini par être constitués. L’Indochine réunissait depuis le décret du 21 avril 1891 l’Annam, la Cochinchine, le Tonkin, le Cambodge et le Laos. L’AOF, dont l’organisation avait été réglée par le décret du 18 octobre 1904, rassemblait les colonies du Sénégal, de la Guinée française, de la Côte-d’Ivoire, du Dahomey, de la Mauritanie, du Soudan français, de la Haute-Volta et du Niger. L’AEF, constituée en 1908, se composait du Gabon, du Moyen-Congo, de l’Oubangui-Chari et du Tchad. Un quatrième gouvernement général rassemblait Madagascar, Mayotte et les Comores. Les autres territoires étaient placés sous l’autorité de gouverneurs des colonies. » (p.12)

    « Le ministère des Colonies pesait, en 1913, 100 millions de francs, soit 2.1% des dépenses publiques totales, trois fois moins que l’Instruction publique, mais deux fois plus que l’Agriculture. » (p.12-13)

    « Cette complexité administrative était en fait le produit du débat qui opposait, depuis le début des années 1890, partisans et adversaires de l’assimilation. Pour les premiers, qui rassemblaient les juristes experts en législation coloniale [comme Arthur Girault], la politique d’assimilation devait avoir pour objectif de soumettre aux mêmes lois les différentes parties du territoire et d’en faire progressivement de véritables départements français. Cette politique, prétendaient-ils, était celle des nations de race latine, fidèles héritières du génie assimilateur de Rome qui avait romanisé la Gaule, l’Espagne et l’Afrique et répandu sa langue, sa religion et ses coutumes. » (p.14)

    « C’est de Lanessan, ancien médecin de marine, professeur à la Faculté de médecine et gouverneur général de l’Union indochinoise de 1891 à 1894, qui allait défendre avec le plus d’éloquence la politique de l’autonomie. Dans ses Lettres du Tonkin et de Madagascar, Lyautey, nommé à l’état-major du corps d’occupation du Tonkin en octobre 1894, nous avoue la « séduction » qu’exerce sur lui de Lanessan, au mois de novembre, quand cet ardent défenseur du protectorat contre l’administration lui expose sa théorie. » (p.17)

    « Maintenir les institutions et les usages indigènes, utiliser les chefs traditionnels, leur laisser l’exercice de la police, de l’administration, de la perception de l’impôt, de la justice, tels étaient les principes que tentera d’appliquer Lyautey par la suite au Maroc. » (p.18)

    « Georges Leygues, successeur de Clémentel au ministère des Colonies, […] déclarait devant les membres du Congrès colonial en juillet 1906 : « L’assimilation est une erreur funeste. Il faut y renoncer pour toujours. Ce serait tenter une œuvre inutile parce qu’elle ne pourrait réussir, et dangereuse parce qu’elle ne pourrait soulever contre nous que défiance et colère. » (p.19-20)

    -Jacques Thobie, « Les hésitations du colonisateur », chapitre 1 in Charles-Robert Ageron, Catherine Coquery-Vidrovitch, Gilbert Meynier & Jacques Thobie, Histoire de la France coloniale, tome II 1914-1990, Armand Colin, coll. U Histoire, 2016 (1990 pour la première édition), 654 pages, pp.7-24.




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