L'Hydre et l'Académie

    Herbert George Wells, La Guerre des Mondes + La Russie telle que je viens de la voir

    Johnathan R. Razorback
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    Message par Johnathan R. Razorback le Sam 16 Déc - 17:42

    https://fr.wikipedia.org/wiki/H._G._Wells

    https://fr.wikipedia.org/wiki/La_Guerre_des_mondes

    https://fr.wikisource.org/wiki/La_Guerre_des_mondes

    https://fr.wikisource.org/wiki/La_Russie_telle_que_je_viens_de_la_voir/III

    "Peu de marxistes se sont aventurés très avant dans Das Kapital.

    Le Marxiste est représenté par des gens de même sorte dans toutes les communautés modernes et j’avouerai que, par tempérament comme par l’effet des circonstances, j’ai pour lui une très vive sympathie. S’il adopte Marx pour prophète, c’est tout simplement qu’il pense que Marx a écrit sur la guerre de classes — une guerre implacable des « travailleurs » contre les « employeurs » et qu’il a prophétisé le triomphe des premiers, puis une dictature du monde par les masses libérées (dictature du prolétariat) et enfin l’âge d’or communiste surgissant de cette dictature.

    La doctrine et la prophétie ont, dans tous les pays, exercé une extraordinaire attirance sur les jeunes gens, surtout sur les jeunes hommes d’énergie et d’imagination qui, au début de la vie, se sont vus, imparfaitement instruits, mal équipés, agrippés par l’esclavage salarié du système économique actuel.

    Ceux-ci sentent, dans leur propre personne, l’injustice sociale, la négligence stupide, la colossale grossièreté de ce système. Ils comprennent qu’il les lèse et les sacrifie. Et ils se vouent à le détruire, à en émanciper le monde.

    Pour faire de tels rebelles, point n’est besoin d’insidieuse propagande.

    Ce sont les crimes de notre régime qui, leur donnant une demi-éducation pour les rendre ensuite esclaves, a créé le mouvement communiste partout où l’industrialisme s’est développé.

    Marx n’eût-il jamais vécu, qu’il y aurait des marxistes tout de même.

    À l’âge de quatorze ans j’étais un marxiste complet, sans avoir encore entendu prononcer le nom de Marx.

    Mon éducation brusquement interrompue, j’avais été placé dans un détestable atelier où me brisait une existence de travail âpre et fastidieux.

    On me faisait peiner si durement, si longuement, que toute aspiration vers le perfectionnement de moi-même semblait sans espoir. [...]

    C’est cette indignation des jeunes énergies brisées, mal utilisées, c’est cela bien plus que les théories économiques qui, à travers le monde, sert d’inspiration vivante et de lien au mouvement marxiste
    ." (p.77-91)

    "[Les Bolcheviks] s’attachent désespérément à cette croyance qu’il existe en Angleterre des centaines de mille de communistes convaincus, familiers avec l’évangile de Karl Marx, et qu’il y a chez nous une solidarité prolétarienne, qui est à la veille de s’emparer du pouvoir et de proclamer la république des soviets britanniques.

    Oui, c’est à cela, malgré trois années d’attente vaine, qu’ils accrochent leur espoir ! Mais leur foi faiblit.

    Parmi les incidents les plus amusants suscités par cette étrange mentalité, on doit noter les gronderies fréquentes que le télégraphe sans fil de Moscou répand sur les travailleurs occidentaux parce qu’ils ne se comportent pas comme Marx dit qu’ils devraient se comporter !
    " (p.87)

    "Abolissez le commerce, et les neuf dixièmes des édifices d’une ville ordinaire cessent d’avoir le moindre sens ou la moindre utilité.

    — Les villes deviendront beaucoup plus petites, reconnut Lénine.

    — Elles seront aussi toutes différentes de ce qu’elles sont aujourd’hui ?

    — Évidemment ; tout à fait différentes.

    Je lui fis remarquer l’énormité de la tâche que cela impliquait.

    Cela signifiait la mort des villes actuelles et leur remplacement. Les églises et les grands édifices de Petrograd deviendraient bientôt comme ceux de Novgorod la Grande, comme les temples de Pœstum ou d’Angkor.

    Il admit sans aucune tristesse que la plupart des villes se désagrégeraient et finiraient par disparaître.

    Il me semble que cela lui réjouissait le cœur de trouver quelqu’un qui comprenait une des conséquences nécessaires du collectivisme — conséquence que beaucoup, même parmi ses disciples, ne peuvent saisir.

    — La Russie, me dit-il, a besoin d’être reconstruite de toutes pièces… Il faut de la Russie faire une chose entièrement neuve…

    — Et l’industrie, questionnai-je, ne faudra-t-il pas la reconstruire de fond en comble, elle aussi ?

    Il me demanda si je me rendais compte de ce qu’on avait déjà commencé à faire dans cette voie dans son pays. N’avais-je donc pas encore entendu parler de l’électrification totale de la Russie ?

    Car Lénine, qui, comme tout bon marxiste orthodoxe, raille et dénonce volontiers les utopistes, a fini, lui aussi, par tomber victime d’une utopie, l’utopie des électriciens.

    Il appuie de tout son pouvoir un projet grandiose qui comporte l’établissement de grandes centrales électriques en Russie, capables de distribuer à des provinces entières, lumière, moyens de transport et force motrice pour l’industrie.

    — À titre d’expérience, dit-il, on a déjà électrifié deux districts.

    Peut-on imaginer un projet plus hardi dans ce pays plat, couvert de forêts, peuplé de paysans illettrés, dans ce pays sans houille blanche, sans techniciens, et dont l’industrie et le commerce sont en agonie.

    Des plans d’électrification du même genre — il faut le dire — sont en cours d’exécution en Hollande. D’autres ont donné et donnent lieu à des discussions techniques et financières en Angleterre.

    Dans ces contrées, à population dense, à industrie développée, on comprend fort bien que ce système puisse donner d’excellents résultats, qu’il puisse être économique et soit appelé à rendre d’immenses services.

    Mais appliquer ce système de l’avenir à la Russie d’à présent, voilà qui demande un grand effort à l’imagination la plus résolument créatrice.

    Il m’est impossible, quant à moi, de concevoir la réalisation de rien de pareil dans cette Russie sombre et inscrutable.

    Mais le petit homme du Kremlin est plein de confiance.

    Il voit les chemins de fer aujourd’hui délabrés remplacés par un mode de locomotion électrique tout neuf. Il voit de nouvelles routes se déroulant en longs rubans à travers tout le pays. Il voit un industrialisme communiste — tout nouveau et plus heureux que celui que nous connaissons — s’installant bientôt sur les ruines de celui-ci.

    Et pendant que je causais avec lui, il avait presque réussi à me faire partager son enthousiasme et sa confiance en sa vision
    ." (p.144-147)
    -Herbert George Wells, La Russie telle que je viens de la voir, 1921, Chapitre III "Quintessence du Bolchevisme".



    _________________
    « La racine de toute doctrine erronée se trouve dans une erreur philosophique. [...] Le rôle des penseurs vrais, mais aussi une tâche de tout homme libre, est de comprendre les possibles conséquences de chaque principe ou idée, de chaque décision avant qu'elle se change en action, afin d'exclure aussi bien ses conséquences nuisibles que la possibilité de tromperie. » -Jacob Sher, Avertissement contre le socialisme, Introduction à « Tableaux de l'avenir social-démocrate » d'Eugen Richter, avril 1998.

    "La vraie volupté est remportée comme une victoire sur la tristesse [...] Il n’y a pas de grands voluptueux sans une certaine mélancolie, pas de mélancoliques qui ne soient des voluptueux trahis." -Albert Thibaudet, La vie de Maurice Barrès, in Trente ans de vie française, volume 2, Éditions de la Nouvelle Revue Française, 1919, 312 pages, p.40.

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    Message par Johnathan R. Razorback le Mer 12 Déc - 12:09



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    « La racine de toute doctrine erronée se trouve dans une erreur philosophique. [...] Le rôle des penseurs vrais, mais aussi une tâche de tout homme libre, est de comprendre les possibles conséquences de chaque principe ou idée, de chaque décision avant qu'elle se change en action, afin d'exclure aussi bien ses conséquences nuisibles que la possibilité de tromperie. » -Jacob Sher, Avertissement contre le socialisme, Introduction à « Tableaux de l'avenir social-démocrate » d'Eugen Richter, avril 1998.

    "La vraie volupté est remportée comme une victoire sur la tristesse [...] Il n’y a pas de grands voluptueux sans une certaine mélancolie, pas de mélancoliques qui ne soient des voluptueux trahis." -Albert Thibaudet, La vie de Maurice Barrès, in Trente ans de vie française, volume 2, Éditions de la Nouvelle Revue Française, 1919, 312 pages, p.40.


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