L'Hydre et l'Académie

    Christophe Guilluy et le mythe du libéralisme-libertaire

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    Johnathan R. Razorback
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    Christophe Guilluy et le mythe du libéralisme-libertaire

    Message par Johnathan R. Razorback le Mer 15 Nov - 15:41



    pp.74-75 du bouquin de Guilluy: comment ne pas penser à Alain de Benoist ?

    https://iresmo.jimdo.com/2014/02/09/lib%C3%A9ral-libertaire-les-enjeux-d-une-confusion/

    Clouscard ;

    http://fr.liberpedia.org/Lib%C3%A9ral-libertaire

    "Tout en s’opposant au libéralisme économique et en remettant en question la distribution du pouvoir et des richesses sous le capitalisme, ils dénoncent l’antitraditionnalisme d’une « nouvelle gauche ». En fait, c’est précisément cet antitraditionnalisme qui empêcherait de critiquer convenablement la dynamique destructrice du capitalisme. Ces intellectuels critiques partagent en cela le diagnostic des néoconservateurs (mais aussi de certains penseurs du néolibéralisme, auxquels ils associent pourtant les tenants du «néo-progressisme») : la montée d’une contre-culture et la multiplication de «nouveaux mouvements sociaux» portant des revendications dites «de reconnaissance» à partir des années 1960 mèneraient à une véritable paralysie politique. Pour les conservateurs de gauche, c’est moins la souveraineté de l’État (comme chez les néoconservateurs) qui serait affaiblie par l’apparition de ces mouvements «identitaires» et contre-culturels que la capacité de la gauche à mener une politique authentiquement anticapitaliste. Progressiste, la «nouvelle gauche» serait celle qui aurait voulu porter «une critique sans concession d’institutions formelles telles que la famille, l’Église, l’école, etc. ». Ce progressisme culturel, notamment véhiculé par les féministes et les antiracistes, ferait le beau jeu «du capitalisme à l’heure de son accomplissement mondialisé ». C’est ici que Benjamin entre en scène : sa critique de l’idéologie du progrès est mobilisée afin de revendiquer la nécessité d’adopter une posture conservatrice sur les questions dites «sociétales» ou «identitaires» pour soutenir un anticapitalisme conséquent."
    -Félix L. Deslauriers, « Libérer du conformisme une tradition en passe d’être violée par lui ». Walter Benjamin et les « conservateurs de gauche », http://raisons-sociales.com, 2 décembre 2015.

    Jean-Claude Michéa ; Michel Onfray ; ou encore le blogueur marxiste "Descartes" ;
    Auxquels on peut adjoindre des penseurs québécois comme Maxime Ouellet https://comptoir.org/2016/06/22/eric-martin-et-maxime-ouellet-lindividualisme-a-cree-une-mefiance-envers-le-commun/
    ou Gilles Labelle https://trahir.wordpress.com/category/gilles-labelle/
    (lequel se réclame de sociologues antérieurs tels Michel Freitag ( http://classiques.uqac.ca/contemporains/freitag_michel/dissolution_post_moderne/dissolution_pm.html ) ou Christopher Lasch ( https://fr.wikipedia.org/wiki/Christopher_Lasch#Culture,_politique_et_soci%C3%A9t%C3%A9 ).

    Julien Freund ; Yannick Jaffré ; Pierre-Yves Rougeyron ; Alain Soral ; https://fr.wikipedia.org/wiki/Lib%C3%A9ral-libertaire#Le_lib%C3%A9ralisme_libertaire_chez_Alain_Soral

    « Tout ennemi de la liberté individuelle peut devenir un allié objectif. Je n’ai qu’un ennemi : le libertaire, le libéral. »
    -Michel Houellebecq , entretien d’août 1998 au magazine « Les Inrockuptibles ».

    "Pour ce qui concerne la critique de l'anti-modèle et singulièrement du libéralisme libertaire forgée par Michel Clouscard, elle devien[t] de plus en plus un lieu commun, soit qu'on la fasse sienne ou soit qu'on se définisse en s'y opposant et tend donc à devenir hégémonique au sens de Gramsci (même si cela se fait parfois transitoirement sur un malentendu). Les exemples dans la vie quotidienne ou dans les médias en sont en tous les cas de plus en plus nombreux."
    -Edmond Janssen, avant-propos à Michel Clouscard, Les chemins de la praxis. Fondements ontologiques du marxisme, Paris, Éditions Delga, 2015, 284 pages, p.8.

    http://hydra.forumactif.org/t3216-alain-laurent-du-liberalisme-en-gauchisme-culturel-histoire-dune-derive?highlight=gauchisme+culturel

    Pour ne pas améliorer ce confusionnisme idéologique, il est à noter que Daniel Cohn-Bendit revendique l’épithète: https://www.humanite.fr/node/198792
    Pis encore, elle fut utilisé par François Léotard en 1985, au temps de la très éphémère montée du libéralisme à droite.
    https://fr.wikipedia.org/wiki/Fran%C3%A7ois_L%C3%A9otard

    http://propos-en-liberte.com/parenthese-liberale-de-la-droite-francaise/

    L'accumulation des critiques du "libéralisme-libertaire", le succès médiatique de certains de ces pourfendeurs, la valeur intellectuelle de certains autres, incite à considérer la part de la vérité que peut receler ladite critique.

    On pourrait à vrai dire accuser ce courant de redécouvrir l'eau chaude, dans la mesure où le Manifeste communiste (1848) de Karl écrivait déjà clairement:


    Il faudrait sans doute lier l'émergence de ce courant antilibéral et le déclin du marxisme. Gilles Labelle dénonce d'ailleurs "un certain marxisme, prompt à célébrer la vertu du capitalisme qui détruit l’institution". https://trahir.wordpress.com/category/gilles-labelle/

    http://hydra.forumactif.org/t4079-joseph-dejacque#4939

    Le libéralisme-libertaire, un réductionnisme conceptuellement inepte:

    liberté des moeurs, libertin, moderniste, athée,
    libertaire comme attitude individuelle contingente

    http://hydra.forumactif.org/t4291-edmond-de-sorlay-le-liberal-et-le-libertaire#5166

    Le libertaire, adversaire de l'Etat libéral et du capitalisme.

    « Le Libertaire n’a de patrie que la patrie universelle. Il est l’ennemi des bornes : bornes-frontières des nations, propriété d’État ; bornes-frontières des champs, des maisons, des ateliers, propriété particulière ; bornes-frontières de la famille, propriété maritale et paternelle. Pour lui, l’Humanité est un seul et même corps dont tous les membres ont un même et égal droit à leur libre et entier développement, qu’ils soient les fils d’un continent ou d’un autre, qu’ils appartiennent à l’un ou l’autre sexe, à telle ou telle autre race.
    De religion, il n’en a aucune ; il est protestant contre toutes. Il professe la négation de Dieu et de l’âme ; il est athée et matérialiste, attendu qu’il affirme l’unité universelle et le progrès infini ; et que l’unité ne peut exister, ni individuellement, ni universellement, avec la matière esclave de l’esprit et l’esprit oppresseur de la matière, comme le progrès non plus ne peut être infiniment perfectible s’il est limité par cette autre borne ou barrière où les humanicides ont tracé avec du sang et de la boue le nom de Dieu.
    » -Joseph Déjacque, Le Libertaire, n°1, 9 juin 1858.

    Un libéral peut avoir individuellement une sensibilité "libertaire" (ou à l'inverse de sentir plutôt "conservateur"), sans pour autant être politiquement libertaire (anarchiste) ou conservateur. Il existe au moins un exemple de libertarien "hédoniste" / de "gauche" de ce genre, le précurseur de l'anarcho-capitalisme Anselme Bellegarrigue:
    https://www.contrepoints.org/2018/01/15/307423-on-etre-liberal-conservateur

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Anselme_Bellegarrigue

    "Qu'on ne me parle point de la révélation, de la tradition, des philosophies chinoise, phénicienne, égyptienne, hébraïque, grecque, romaine, tudesque ou française; en dehors de ma foi ou de ma religion dont je ne dois compte à personne, je n'ai que faire des divagations de l'ancêtre; je n'ai pas d'ancêtres! Pour moi, la création du monde est datée du jour de ma naissance; pour moi, la fin du monde doit s'accomplir le jour où je restituerais à la masse élémentaire l'appareil et le souffle qui constituent mon individualité. Je suis le premier homme, je serai le dernier. Mon histoire est le résumé complet de l'histoire de l'humanité; je n'en connais pas, je n'en veux pas connaître d'autre. Quand je souffre, quel bien me revient-il des jouissances d'autrui? Quand je jouis, que retirent de mes plaisirs ceux qui souffrent? Que m'importe ce qui s'est fait avant moi? En quoi suis-je touché par ce qui se fera après moi? Je n'ai à servir ni d'holocauste au respect des générations éteintes, ni d'exemple à la postérité. Je me renferme dans le cercle de mon existence, et le seul problème que j'aie à résoudre, c'est celui de mon bien-être. Je n'ai qu'une doctrine, cette doctrine n'a qu'une formule, cette formule n'a qu'un mot: JOUIR !" (in Manifeste de l’Anarchie, L'anarchie, Journal de l'Ordre, n°1, Avril 1850)

    Mais force est de constater que ce n'est ni très représentatif de la famille libérale, ni une attitude politique proprement dite. C'est une affaire de sensibilité personnelle, un peu comme être croyant ou athée.

    technique du glissement sémantique: violence, domination, relégation... autant de notion évoquant le recours à la force physique, alors que Guilluy admet lui-même que les évolutions qu'il dénonce tienne largement à la seule "loi du marché" (lequel, loin d'être le spectre abstrait cher aux anticapitalistes, n'est jamais que la somme des échanges entre individus libres et responsables. On voit dès lors mal ce qu'il y aurait d'abominable à être "soumis" à ladite "loi" -qui est plus exactement une institution historique, toute économie n'est pas une économie de marché-, à moins de rêver d'un univers sans contraintes, ou, plus prosaïquement, de désirer secrètement d'être un parasite social entretenu par l'impôt...).

    Est-ce à un géographe comme Guilluy qu'il faut expliquer que les inégalités, étant inscrites dans l'espace, ne pourront jamais être éradiquées, fusse par le pouvoir politique le plus despotique ? Nous ne pourrons jamais tous habiter sur la place du village. Il faut dès lors savoir accepter les inégalités justes (consécutives du mérite: nous ne pouvons pas tous occuper la première place du podium) ou nécessaires (inscrites dans l'ordre des choses. Ainsi de la rareté, et de la rareté de l'espace disponible en particulier).

    Les inégalités sont peut-être attristantes en comparaison d'une société utopique, mais quand bien mal seraient un mal, il faut s'y résigner. Un sage l'a écrit: « Il faut savoir accepter certains maux, dans la mesure où la tentative de les faire disparaître engendrerait des maux plus grands encore. » -Aristide Renou.


    [N1]:

    Pourquoi ne pas comprendre, avec Bastiat, que l'Etat est "la grande fiction à travers laquelle tout le monde s'efforce de vivre aux dépens de tout le monde", et qu'au jeu pervers de la spoliation de tous par tous, la classe dominante se débrouille par définition mieux que les autres ? Clouscard était inhabituellement lucide (mais toujours aussi peu lisible) en notant: "En fin de parcours, le capitalisme est ce monstrueux paradoxe: le libéralisme économique est étatique et l'appareil d'Etat est social-démocrate. [...] Sa dialectique a inversé ses composantes originelles: libéralisme économique et conservatisme politique. Quelle ruse !" (Michel Clouscard, Le capitalisme de la séduction. Critique de la social-démocracie libertaire, Éditions Delga, 2013 (1981 pour la première édition), 350 pages, p.340). C'est ce basculement historique dans l'économie mixte, survenue au vingtième siècle en quatre temps (dirigisme de guerre en 1914, Front populaire, planisme du régime de Vichy, Etat-Providence issu du compromis gaullo-communiste en 1945), dans lequel nous vivons toujours, que Guilluy est incapable de voir, alors que les indicateurs et les preuves de l'étouffement de la liberté économique sont innombrables. Son incompréhension de la réalité du libéralisme l'empêche de s'attaquer à l'interventionnisme politique, alors même qu'il sait les privilèges que tirent les classes supérieures de leur main-mise sur l'aménagement territorial. Plutôt que de jouer un modèle territorial contre l'autre, l'auteur devrait s'interroger sur la légitimité même d'une construction politique de l'espace [N2].

    Quand au chômage, plutôt que de l'envisager de manière fixiste (territoires compétitifs versus territoires "fragiles"), il serait bon de s'interroger sur ces causes. Là encore, la responsabilité des politiques économiques et de la législation étatique mériterait d'être interrogée.

    [Note 1]: J'avais déjà eu l'occasion de m'attaquer, dans un précédent billet, au poncif que consiste l'équivalence entre libéralisme et bourgeoisie.
    https://www.contrepoints.org/2015/10/01/223793-la-gauche-et-le-liberalisme-les-poncifs-de-libe-decryptes

    [Note 2]: Pensons à des "dispostifs" légaux tels que https://fr.wikipedia.org/wiki/Expropriation_pour_cause_d%27utilit%C3%A9_publique



    _________________
    « La racine de toute doctrine erronée se trouve dans une erreur philosophique. [...] Le rôle des penseurs vrais, mais aussi une tâche de tout homme libre, est de comprendre les possibles conséquences de chaque principe ou idée, de chaque décision avant qu'elle se change en action, afin d'exclure aussi bien ses conséquences nuisibles que la possibilité de tromperie. » -Jacob Sher, Avertissement contre le socialisme, Introduction à « Tableaux de l'avenir social-démocrate » d'Eugen Richter, avril 1998.

    "Il y a, de nos jours, beaucoup de gens qui s'accommodent très aisément de cette espèce de compromis entre le despotisme administratif et la souveraineté du peuple, et qui pensent avoir assez garanti la liberté des individus, quand c'est au pouvoir national qu'ils la livrent. Cela ne me suffit point." -Alexis de Tocqueville, De la Démocratie en Amérique, vol II, Quatrième Partie : Chapitre VI, 1840.


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