L'Hydre et l'Académie

    Hippolyte Castille, Daniele Manin

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    Johnathan R. Razorback
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    Hippolyte Castille, Daniele Manin

    Message par Johnathan R. Razorback le Ven 13 Oct - 20:18

    http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k2023331

    "Vers l'extrémité de la rue Blanche, dans un petit appartement d'une simplicité presque austère, où l'absence des choses familières qui sont l'âme du logis trahit le campement de l'exil, vit un homme dont le nom est l'honneur de l'Italie. Je veux parler de M. Daniele Manin, l'ancien président de la République de Venise." (p.5)

    "M. Daniele Manin est le fils d'un avocat distingué, M. Pietro Manin, républicain passionné, qui, par l'énergie de son patriotisme, s'efforça de faire oublier la pusillanimité du dernier doge de Venise, Lodovico Manin. On sait que ce doge, entendant gronder le canon français, s'était mis à pleurer en présence du grand Conseil. Outre l'influence de son père, le Jeune Daniele reçut celle d'un autre républicain non moins exalté, M. Francesco Foranisti,   son précepteur. Ce dernier était un savant mathématicien." (p.6)

    "En 1821, il passa ses examens à l’université de Padoue et fut reçue docteur en droit. Or, comme il était né en 1804, il avait alors dix-sept ans. Je ne crois pas qu'on ait jamais vu de docteur en droit de cet âge.
    Obligé d'attendre jusqu'à vingt-quatre ans pour entrer dans l'exercice de sa profession, il lui restait sept années, qu'il employa à une traduction du droit romain.
    " (p.7)

    "Sans fortune, marié, comme beaucoup de personnes qui ont le courage de vivre selon leur cœur plutôt que selon les coutumes du monde, avec la femme de son premier amour, M. Manin, dès l'âge de vingt et un ans, dût pourvoir aux besoins d'une maison." (p.Cool

    "Le silence s'était fait dans cette Venise autrefois si retentissante. Il est certain que l'aristocratie vénitienne, déchue de sa grandeur passée, ne pouvait plus être l'espérance du peuple. Mais la classe moyenne, là comme en France en 1789, commençait à se dégager avec ses brillantes qualités, sa science, ses talents, son patriotisme.
    Les vices ne venant qu'après le succès, en Italie, la classe moyenne en est encore aux vertus politiques
    ." (p.10-11)

    "En regard des idées républicaines unitaires de M. Mazzini, il existait en Piémont un parti politique qui rêvait une Italie du Nord avec un roi de la maison de Savoie. C'est entre ces deux partis restreints dans leurs moyens et dans leur but que M. Manin s'efforça de rallier le parti national." (p.14)

    "M. Tommaseo est le Lamartine de la Vénétie. Poète, publiciste, orateur, sa plume et sa parole ont puissamment contribué au mouvement politique des provinces lombardo-vénitiennes dans les années qui précèdent la Révolution de 1848." (p.23)

    "Dans les premiers jours de janvier 1848, cette agitation qui depuis bientôt dix ans avait été entretenue avec tant d'art et de prudence, prit un caractère tellement grave que le gouvernement autrichien en comprit le danger. Le directeur général de la police, Call, appela, le 5 janvier, M. Manin à son bureau et le pria d'intervenir afin de calmer l'irritation populaire." (p.23-24)

    "Le 18 janvier 1848, M. Manin fut éveillé à six heures du matin par une escouade qui saisit ses papiers et l'emmena à la direction de la police. Il subit un long interrogatoire, et fut conduit, à onze heures du soir, à cette prison monumentale qui a servi de théâtre aux plus sombres pages de l'histoire de Venise.
    Le même jour, M. Tommaseo était également arrêté et incarcéré
    ." (p.25)

    "Chaque soir, à quatre heures, au lieu d'aller aux théâtres et aux concerts, la population, vêtue de deuil, défilait sur le quai des Esclavons, s'arrêtait sur le pont de la Paglia et saluait en silence le prisonnier." (p.27)

    "Le 29 février, on apprit à Venise la révolution de Paris ; celle de Naples, de Toscane et de Sardaigne étaient déjà connues." (p.28)

    "Le 15, Venise apprit qu'on s'insurgeait à Vienne." (p.29)

    "[Le 22], Manin, abandonné de la municipalité et du commandant de la garde civique, partit seul avec son jeune fils. Le père portait une épée et le fils un fusil. Ils allaient chasser l'Autriche.
    Sur la place Saint-Marc, il trouva quelques amis, parmi lesquels Degli Antoni, et le capitaine Olivo. Un grand nombre de gardes nationaux se joignirent à lui. Il apprit, chemin faisant, que le colonel Marinovich, qui commandait l'arsenal, avait été tué par des émeutiers
    ." (p.31)

    "L'arsenal aux mains de la garde civique, les Autrichiens n'avaient plus qu'à se retirer de Venise.
    M. Manin remit le commandement de l'arsenal au colonel Graziani, fit rentrer les ouvriers, les réunit à la garde civique et se rendit à la place Saint-Marc.
    En arrivant au pont, il jeta ce cri:
    "Vive l'Italie !"
    "Vive l'Italie !" répéta la foule.
    " (p.33)

    "Après l'évacuation des troupes autrichiennes, M. Manin organisa le gouvernement. Les provinces venètes s'empressèrent d'envoyer leur adhésion à la République, et le lendemain même du triomphe il fallut songer à se défendre." (p.35)

    "Le 8 avril, M. Limpérani, consul général de France à Venise, demanda, au nom du gouvernement vénitien, l'envoi de quelques bâtiments de guerre français dans les eaux de l'Adriatique.
    Le 30 mars, M. Manin demenda en outre au Gouvernement provisoire français l'autorisation d'acheter des fusils et des vapeurs de guerre.
    Quinze dépêche de M. Limperani à M. de Lamartine insistent sur ces demandes.
    Or un navire de guerre fut envoyé au bout de sept mois. Quant aux armes, vingt mille fusils furent commandés et payés à une maison de Paris
    ." (p.37)

    "Mais les vieux fusils ne se trouvèrent disponibles qu'après l'époque où Venise vaincue ne pouvait plus s'en servir.
    M. de Lamartine refusa des secours. Par une combinaison incroyable, il voulait que la Vénétie appartînt à l'Autriche et la Lombardie au Piémont.
    " (p.38)

    "C'est un dur spectacle pour l'homme juste de voir le droit opprimé sous la force et de ne pouvoir qu'assister au sacrifice avec un océan de larmes dans le cœur et pour toute arme en main ce ridicule fétu que l'on nomme une plume.
    Longtemps, comme un bâtiment échoué sur une côte ennemie, Venise lutta contre l'armée d'Haynau. Manin était le capitaine de ce navire en détresse
    ." (p.40)

    "Un officier napolitain, le brave général Ulloa, une âme droite et de bonne trempe comme son épée, tenait avec deux milles volontaires le fort de Malghera. Et pendant six semaines Haynau et ses trente mille Croates imbéciles qui se battaient contre l'Italie en haine des Magyars, jeta tout son fer sur cet avant-poste de la ville assiégée." (p.40-41)

    "On capitula.
    C'était le 24 août 1849.
    " (p.41)

    "M. Manin s'embarqua le 27 avec quarante exilés, l'élite de ces jours héroïques. Le 30, Radetzky arrivait de Milan et s'agenouillait à Saint-Marc au chant du Te Deum, comme un baron du moyen âge." (p.42)

    "Le refus de l'impôt, par exemple, est en principe une chose détestable qui, en passant dans les mœurs d'un peuple, le rendrait impropre à toute espèce de gouvernement." (p.60)
    -Hippolyte Castille, Daniele Manin, Portrait politique au 19ème siècle, n°11, Paris, Ferdinand Sartorius éditeur, 1856, 72 pages.



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    « Et comment peut-il être bon, lui qui n’a pas même de sévérité contre les méchants ! »  
    -Archélaos de Sparte.


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    -Spinoza, Éthique, IV, 24, 1677.


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