L'Hydre et l'Académie

    Anna. C. Zielinska, Métaéthique. Connaissance morale, scepticismes et réalismes

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    Johnathan R. Razorback
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    Anna. C. Zielinska, Métaéthique. Connaissance morale, scepticismes et réalismes

    Message par Johnathan R. Razorback le Mar 12 Sep - 17:36

    "On peut même imaginer que les questions métaéthiques soient finalement les seules questions que le philosophe puisse poser dans le domaine moral: il se peut qu'il n'ait pas à trancher entre des opinions divergentes portant sur ce qui est bon, mais que sa seule tâche soit de critiquer les problèmes formels impliqués dans les problèmes moraux." (p.10-11)

    "Non cognitivisme: les jugements moraux n'expriment pas des connaissances." (p.22-23)

    "Aussi bien Sidgwick que Moore [...] pensaient que clarifier les difficultés et réduire les incohérences des systèmes éthiques existants constituait déjà un pas considérable dans le travail du philosophe moral, et que sur ce terrain déjà ordonné, les contenus positifs de la moralité s'imposeraient tout naturellement." (p.31-32)

    "La date symbole marquant l'ouverture des recherches en langue anglaise sur la métaéthique est sans aucun doute 1874, l'année de la publication des Methods of Ethics de Henry Sidgwick (1838-1900), philosophe victorien travaillant dans l'université de Cambridge. [...] Quoique s'inscrivant de facto dans la tradition utilitariste, Sidgwick critique l'argument de J. S. Mill (qui, après Jeremy Bentham, est l'un des fondateurs de cette doctrine), en soulignant le fait que nous soyons à la recherche du plaisir ne veut pas dire que ce soit le plaisir qui devrait être la fin ultime de nos actions. [...] Sigdwick s'écarte en même temps de l'intuitionnisme en l'accusant de donner trop d'importance à une notion psychologique, la faculté d'intuition. [...] Les considérations psychologiques quittent ainsi le domaine de compétence du philosophe." (p.32-33)

    "Étudiant de Sidgwick, G. E. Moore (1873-1958) s'est intéressé à la fois à la philosophie morale et à l'épistémologie. Avec Bertrand Russel (1872-1970), Moore est considéré comme l'un des fondateurs de la philosophie analytique britannique ; et l'on gardera à l'esprit son opposition au néo-idéalisme d'une partie de ses professeurs de Cambridge (J. M. E. McTaggart en particulier), et son attachement au sens commun." (p.34-35)
    -"Par la "Méthode de l'Éthique" l'on comprend toute procédure rationnelle par laquelle nous déterminons ce que les êtres humains individuels devraient faire (ought to) -ou ce qu'il convient* (right) pour eux de faire ou de s'efforcer de réaliser par une action volontaire. [...] La Politique [...] cherche de son côté à déterminer la constitution appropriée des sociétés gouvernées et la conduite publique qu'elles ont à observer: aussi bien l'Éthique sont, à mon avis, distinctes des sciences positives puisque leur objet spécifiques et principal est de déterminer ce qui doit être, et non pas de décrire ce qui simplement est, était ou sera." (p.47-48)
    -Anna. C. Zielinska, Introduction à Métaéthique. Connaissance morale, scepticismes et réalismes, Vrin, 2013, 326 pages.

    "[Pour l'Intuitionnisme] la conduite est considérée comme droite quand elle est conforme à certains préceptes du Devoir, dont on connaît intuitivement la force inconditionnellement contraignante." (p.50)

    "Ce n'est pas simplement avec indifférence que nous regardons celui que refuse d'adopter les moyens propres à lui faire atteindre le bonheur, en donnant pour seule raison son désintérêt pour celui-ci. La plupart des hommes considéreraient un tel refus comme irrationnel, et cela avec une certaine désapprobation. [...] Ils penseraient que l'homme devrait se soucier de son propre bonheur." (p.56)
    -Henry Sidgwick, Les Méthodes de l'Éthique, in Métaéthique. Connaissance morale, scepticismes et réalismes, Vrin, 2013, 326 pages.

    "Bon n'est pas définissable." (p.73)

    "L'objet direct de l'éthique est la connaissance." (p.75)
    -G. E. Moore, Principia Ethica, in Métaéthique. Connaissance morale, scepticismes et réalismes, Vrin, 2013, 326 pages.

    "Examinons l'argument épicurien en faveur de l'hédonisme que Mill a cherché, de façon si imprudente, à embellir: le plaisir est bon, puisque tous les hommes le recherchent. Ici, on tire une conclusion éthique de prémisses non-éthiques. Et l'argument, tel qu'il est présenté, est de fait fallacieux. Mais il ne l'est pas parce qu'un terme éthique apparaît dans la conclusion, alors qu'il ne figurait pas dans la prémisse. Il est fallacieux parce qu'aucun argument de la forme "A est B, donc A est C" n'est valide, au sens strict, en tant que tel. Par exemple, l'argument "Crésus est riche parce qu'il est fortuné" n'est pas valide. De tels arguments ne doivent cependant pas être pris au pied de la lettre. Ce sont des enthymèmes qui contiennent une prémisse sous-entendue. Et quand cette prémisse sous-entendue est rendue explicite, ces arguments sont valides et ne recèlent aucun sophisme logique. Ainsi l'inférence épicurienne d'un hédonisme éthique à partir d'un hédonisme psychologique est valide quand on ajoute la prémisse sous-entendue pour dire que ce que tous les hommes recherchent est bon. La seule question qui reste alors est celle de savoir si ces prémisses sont vraies." (p.83-84)

    "Le sophisme naturaliste [...] est un sophisme non pas parce qu'il est naturaliste ou parce qu'il confond une qualité non-naturelle avec une qualité naturelle, mais uniquement parce qu'il implique le sophisme définitionniste. [...] Le sophisme définitionniste est le processus qui tend à confondre ou identifier deux propriétés, à définir une propriété par une autre, ou à substituer une propriété à une autre. De plus, le sophisme est toujours simplement que deux propriétés sont traitées comme s'il n'y en avait qu'une, et, si c'est le cas, il importe peu que l'une soit naturelle ou non-éthique, et l'autre non-naturelle ou éthique." (p.88-89)

    "La bonté est ce qu'elle est et pas autre chose." (p.89)
    -William Frankena, Le Sophisme Naturaliste, in Métaéthique. Connaissance morale, scepticismes et réalismes, Vrin, 2013, 326 pages.

    "Quoique la raison, quand elle est pleinement secondée et perfectionnée, suffise à nous instruire de la tendance utile ou nuisible des qualités et des actions, elle ne peut à elle seule susciter le blâme et l'approbation morale. L'utilité n'est que la tendance à une certaine fin ; et la fin nous était totalement indifférente, nous sentirions la même indifférence envers les moyens. Il est indispensable qu'un sentiment s'exprime ici, afin de nous faire préférer les tendances utiles aux tendances nuisibles. Ce sentiment ne peut être que notre aptitude à sentir le bonheur des hommes ou à ressentir leurs malheurs ; car ce sont les différentes fins que la vertu et le vice tendant à promouvoir. Ici, donc, la raison nous instruit de ce à quoi tendent nos actions et l'humanité nous fait pencher en faveur de celles qui sont utiles et bénéfiques.
    Ce partage entre les facultés de l'entendement et du sentiment dans toutes les décisions morales semble assez clair à partir de la précédente hypothèse. Mais supposons que cette hypothèse soit fausse ; il faudra alors chercher une autre théorie qui donne satisfaction. J'ose affirmer qu'on en trouvera jamais aucune, tant qu'on supposera que la raison est la seule source de la morale
    ." (p.112-113)

    "La moralité est déterminée par le sentiment. Elle définit la vertu comme étant toute action ou toute qualité qui donne au spectateur un plaisant sentiment d'approbation ; et le contraire pour le vice." (p.115)

    "Le crime et l'immoralité ne sont point des faits ou des relations particulières qui seraient les objets de l'entendement, mais qu'ils naissent entièrement du sentiment de désapprobation que par la constitution même de la nature humaine nous éprouvons inévitablement à la vue de la barbarie et de la perfidie." (p.119)

    "Comme la vertu est une fin et qu'elle désirable pour l'amour d'elle-même, sans rémunération ni récompense attendue, uniquement pour la satisfaction immédiate qu'elle apporte, il faut qu'il y ait en nous quelque sentiment qu'elle touche, quelque goût ou impression intérieure -employez le nom que vous voudrez-, qui distingue entre le bien et le mal moral, qui embrasse l'un et rejette l'autre.
    Ainsi est-il facile d'établir les limites et les fonctions respectives de la raison et du goût. La première apporte la connaissance du vrai et du faux ; le second donne le sentiment du beau et du laid, du vice et de la vertu. [...] La raison qui est froide et sans attache n'est pas un motif pour l'action et se borne à diriger l'impulsion reçue de l'appétit ou de l'inclination, en nous montrant les moyens d'atteindre le bonheur et de fuir le malheur ; le goût, en donnant plaisir et peine et étant ainsi la source du bonheur et du malheur, devient un motif pour l'action et constitue le premier ressort, le premier mouvement du désir et de la volonté
    ." (p.121)
    -David Hume, Appendice I à L'Enquête sur les principes de la morale.

    "Le système ordinaire de l'éthique, tel qu'il est élaboré dans les œuvres des philosophes moraux, est très loin de former un tout homogène. Non seulement il peut contenir des éléments métaphysiques et des analyses de concepts non éthiques, mais ses contenus éthiques réels sont eux-mêmes de différentes espèces. Nous pouvons les diviser, en effet, en quatre classes principales. Il y a, tout d'abord, des propositions qui expriment des définitions de termes éthiques, ou des jugements sur la légitimité de termes éthiques ou la possibilité de certaines définitions. Deuxièmement, il y a des propositions décrivant les phénomènes de l'expérience morale et leurs causes. Troisièmement, il y a des exhortations à la vertu morale. Et enfin il y a de véritables jugements éthiques. C'est malheureusement un fait que la distinction entre ces quatre classes, simple comme elle est, est communément ignorée par les philosophes moraux, avec la conséquence qu'il est souvent très difficile de dire, d'après leurs œuvres, ce qu'ils cherchent à découvrir ou à prouver.
    En fait, il est aisé de voir que c'est seulement la première des quatre classes, à savoir celle qui comprend les propositions relatives aux définitions des termes éthiques, qui peut être dite constituer la philosophie éthique. Les propositions qui décrivent les phénomènes d'expérience morale et leurs causes doivent être attribuées à la science de la psychologie ou de la sociologie. Les exhortations à la vertu morale ne sont pas des propositions du tout, mais des exclamations ou des commandements, qui sont destinés à susciter chez le lecteur une action d'une certaine espèce. En conséquence, elles n'appartiennent à aucune branche de la philosophie ou de la science. Quant aux expressions des jugements éthiques, nous n'avons pas encore décidé comment elles doivent être classées. Mais puisqu'elles ne sont certainement ni des définitions, ni des commentaires sur ces définitions, ni des citations, nous pouvons affirmer avec décision qu'elles n'appartiennent pas à la philosophie éthique. Un traité strictement philosophique sur l'éthique ne devrait donc prononcer aucune proposition éthique. Mais il devrait montrer en donnant une analyse des termes éthiques quelle est la catégorie à laquelle toutes ces affirmations appartiennent
    ." (p.124-125)

    "Nous ne sommes pas d'accord pour dire qu'appeler une action morale est dire que de toutes les actions possibles, dans des circonstances données, elle produirait, ou devrait vraisemblablement produire, le plus grand bonheur ou la plus grande supériorité du plaisir sur la douleur ou la plus grande supériorité de désir satisfait sur le désir insatisfait, parce que nous trouvons qu'il n'est pas contradictoire de dire qu'il est quelquefois immoral de réaliser l'action qui produirait effectivement ou probablement le plus grand bonheur ou la plus grande supériorité du plaisir sur la peine ou du désir satisfait sur le désir insatisfait. Et puisque ce n'est pas contradictoire de dire que certaine choses agréables ne sont pas bonnes, ou que quelques choses mauvaises sont désirées, on ne peut pas dire que la phrase "X est bon" est équivalente à "X est agréable" ou à "X est désiré". Et à chaque autre variante d'utilitarisme que je connais, la même objection peut être faite. Et par conséquent nous devrions conclure, je pense, que la validité des jugements éthiques n'est pas déterminé par les tendances eudémoniques des actions, pas plus que par la nature des sentiments des agents moraux ; mais qu'elle doit être regardée comme "absolue" ou "intrinsèque" et non pas calculable empiriquement." (p.126-127)

    "En disant qu'un certain type d'action est bonne ou mauvaise, je ne formule aucun jugement factuel, pas même un jugement sur mon propre état d'esprit. J'exprime simplement certains sentiments moraux. Et celui qui est censé me contredire ne fait qu'exprimer ses sentiments moraux. Il n'y a donc absolument pas de sens à demander qui de nous a raison. Car aucun de nous n'exprime une proposition authentique. [...] La fonction du mot éthique employé est purement "émotive". Il est employé pour exprimer des sentiments au sujet de certains objets mais non pour formuler une assertion à leur sujet.
    Il mérite d'être mentionné que les termes éthiques ne servent pas seulement à exprimer des sentiments. Ils sont destinés aussi à susciter les sentiments, et ainsi à stimuler l'action
    ." (p.130-131)

    "Les phrases qui expriment simplement les jugements moraux ne disent rien. Ce sont de pures expressions de sentiment, et comme telles, elles ne tombent pas dans la catégorie du vrai et du faux. Elles sont invérifiables, parce qu'elles n'expriment pas de propositions authentiques. [...] Il est clair que la conclusion qu'il est impossible de disputer au sujet de questions de valeur, suit également notre théorie. [...] Les jugements éthiques étant de pures expressions de sentiments, il ne peut y avoir aucun moyen de déterminer la validité d'un système éthique, et en effet, aucun sens à demander si un tel système est vrai." (p.132, 134 et 137)
    -Alfred Jules Ayer, Langage, vérité et logique (1936).

    "[John L.] Mackie, qualifie cette position [l'absence d'existence objective des valeurs morales] de "scepticisme moral" et souligne qu'il s'agit d'une position de second ordre, qui comme telle n'implique pas que les énoncés moraux soient conçus comme l'expression de sentiments ou d'attitudes subjectives." (p.221)
    -Jean-Philippe Narboux, in Anna. C. Zielinska, Introduction à Métaéthique. Connaissance morale, scepticismes et réalismes, Vrin, 2013, 326 pages, p.221.

    "Les non-cognitivistes considèrent que les attributions de valeur ne devraient pas être conçues comme des propositions du genre de celles qui sont correctes, ou acceptables, au sens où ce sont des descriptions vraies du monde ; et, corrélativement, ils considèrent qu'on ne trouve nullement les valeurs dans le monde, à la manière dont on y trouve de véritables propriété de choses." (p.256)

    "Dans le descriptivisme, le jugement moral est lui-même strictement cognitif, mais il ne rend le comportement intelligible qu'en conjonction avec un désir." (p.280)
    -John McDowell, "Non-Cognitivism and Rule-Following".


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    -Ayn Rand.



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