L'Hydre et l'Académie

    Propos sur les dieux

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    Johnathan R. Razorback
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    Propos sur les dieux

    Message par Johnathan R. Razorback le Sam 1 Avr - 13:47

    Dieux: "L'antiquité était de sa nature trop matérialiste pour ne pas attacher infiniment plus de prix à la vie réelle qu'à la vie dans le royaume des ombres ; chez les Grecs l'immortalité passait plutôt pour un malheur."
    -Friedrich Engels, Contributions à l'Histoire du Christianisme primitif, Le Devenir social, 1894.

    "Les dieux d’Homère appartiennent au monde humain, si je puis ainsi dire ; et c’est à peine si quelque trait de leur légende, ou quelque épithète consacrée, rappelle leur primitive et symbolique origine. Leur séjour habituel est sur les sommets de l’Olympe. C’est là que Jupiter tient une cour, à l’image des rois de l’âge héroïque : on dirait Agamemnon élevé à l’immortalité et à la toute puissance. L’épouse de Jupiter partage, comme une reine, ses honneurs et sa suprématie.

    Les autres dieux ne sont que les ministres du dieu souverain, ou des conseillers qui l’aident de leurs avis dans le gouvernement de l’univers. Il y a, dans le palais de Jupiter, des jalousies, des inimitiés sourdes ou déclarées ; et l’assemblée céleste offre le même spectacle de lutte, et souvent de confusion, que ces conseils où les pasteurs des peuples, comme les appelle Homère, ne parvenaient pas toujours à s’entendre. Mais ce qui occupe principalement, presque uniquement, les habitants de l’Olympe, c’est le sort des nations et des cités : ce sont eux qui font réussir ou échouer les entreprises des héros ; et il n’est pas rare de les voir se mêler de leur personne aux combats qui se livrent sur la terre, et s’y exposer aux plus désagréables mésaventures. Les héros ne sont pas indignes de cette haute intervention, car ils sont eux-mêmes, pour la plupart, ou les fils des dieux ou les descendants des fils des dieux. Ils forment la chaîne qui rattache la race divine au vulgaire troupeau de l’espèce humaine
    ." -Alexis Pierron, Histoire de la littérature grecque, 1850.

    "Hésiode et tous les Théologiens n’ont cherché que ce qui pouvait les convaincre eux-mêmes, et n’ont pas songé à nous. Des principes ils font des dieux, et les dieux ont produit toutes choses ; puis ils ajoutent que les êtres qui n’ont pas goûté le nectar et l’ambroisie sont destinés à périr. Ces explications avaient sans doute un sens pour eux ; quant à nous, nous ne comprenons même pas comment ils ont pu trouver là des causes. Car, si c’est en vue du plaisir que les êtres touchent à l’ambroisie et au nectar, le nectar et l’ambroisie ne sont nullement causes de l’existence ; si au contraire c’est en vue de l’existence, comment ces êtres seraient-ils éternels, puisqu’ils auraient besoin de nourriture ?" -Aristote, Métaphysique, Livre III, Chapitre 4.

    "Les dieux existent [...] mais ils ne sont pas tels que [la multitude] les considère."
    -Épicure, Lettre à Ménécée, in Daniel Delattre & Jackie Pigeaud (éds), Les Épicuriens, Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard, Paris, 2010, 1481 pages, p.45.

    "C'est le destin qui gouverne les dieux et non pas une science, quelle qu'elle soit."
    -Max Weber, Le Savant et le Politique, 1919, "Les classiques des sciences sociales", 152 pages, p.74.

    "N'implorez pas la pitié des Parques, car elles sont sourdes et aveugles !" -Michael Moorcock, Une chaleur venue d'ailleurs (Les Danseurs de la Fin des Temps, I), Denoël, Folio SF, 2005 (1972 pour la première édition américaine, 1975 pour la première édition française), 274 pages, p.180.

    "Mais toutes les actions de l'homme ont à la fin leur châtiment, et seuls les dieux ou les enfants échappent à la Némésis." -Friedrich Hölderlin, Hypérion ou l'Ermite de Grèce, trad. Jean-Pierre Lefebvre, GF Flammarion, 2005 (1797-1799 pour la première édition allemande), 281 pages, p.238.

    "La violence mythique, sous ses formes archétypiques, est pure manifestation des dieux." -Walter Benjamin, Critique de la violence, août 1921, in  in Œuvres, Tome I, Gallimard, coll. Folio essais, 2000, 400 pages, p.234.

    "Le fanatisme [...] n'est pas une œuvre et ses traces ne sont que ruines et destructions. C'est ainsi que les Grecs parlent d'un règne de Kronos, du Temps qui dévore ses enfants, les actes qu'il engendre: c'était l'âge d'or, l'âge qui n'a pas créé d'œuvres éthiques. C'est Zeus, le dieu politique, qui par la tête engendra Minerve et au cycle duquel appartiennent Apollon et les Muses, qui le premier a dompté le temps en produisant une œuvre éthique, consciente, en créant l'Etat." -Hegel, La Raison dans l'Histoire, trad. Kostas Papaioannou, Paris, Plon, coll. 10/18, 1965, 311 pages, p.207.

    "L'agriculture a certainement été pour les Gréco-Italiens, comme pour tous les autres peuples, le germe et le noyau de la vie publique et privée: et elle restée l'inspiratrice du sentiment national. La maison, le foyer que le laboureur s'est construits à demeure, au lieu de la hutte et de l'âtre mobile du berger, prennent bientôt place dans le monde moral, et s'idéalisent dans la figure de la déesse Vesta [...] la seule peut-être du panthéon helléno-grec qui ne soit pas indo-germaine, alors pourtant qu'elle est nationale chez les deux peuples." (p.29)

    "Mars est le prototype de l'homme de guerre ; il est en même temps le dieu principal de toute communauté italique." (p.53)
    -Theodor Mommsen, Histoire romaine, Tome 1 "Des commencements de Rome jusqu'aux guerres civiles", Livre Premier "Depuis Rome fondée jusqu'à la suppression des rois", Robert Laffont, coll. Bouquins, Paris, 1985, 1141 pages.

    "Personnification d'un substantif neutre signifiant à peu près « le charme » au sens le plus fort du mot, tout ce qui est de nature à engendrer un attrait dont la raison ne rend pas compte. Pour prendre une idée de l'étendue des connotations de ce terme, il faut se rappeler que la même racine a fourni des noms aussi différents que venia, « la bienveillance toute gratuite », et venenum, « le poison », « le philtre magique ». De cette racine dérivent en latin toute une série de noms et d'adjectifs qui tournent tous autour des notions d'une grâce ou d'un charme doués du pouvoir de subjuguer.

    Comme divinité, Vénus est avant tout à Rome celle qui garantit aux hommes cette grâce, cette bienveillance, cette
    venia des dieux, qui constitue un des objets fondamentaux de la vie religieuse. Il convient à ce propos d'apporter un correctif à la vision traditionnelle de la religion romaine. Certes, à Rome un acte religieux vise toujours à conclure avec les dieux un contrat engageant réciproquement les deux parties ; mais les Romains n'en savaient pas moins que rien ne pouvait contraindre les dieux à se plier au jeu de ces conventions bilatérales, qu'en leur qualité d'hommes, ils n'avaient aucun droit à faire valoir et qu'ils ne pouvaient compter que sur la générosité entièrement gratuite de leurs partenaires divins, sur leur venia. C'est pourquoi un des impératifs de la vie religieuse était de « vénérer » les dieux, c'est-à-dire d'exercer sur eux le charme capable de provoquer leur réponse gracieuse. La présence de Vénus introduit une nuance de gratuité et d'attrait magique qu'on croit trop souvent absente de la religion romaine." -Encyclopédie "Universalis", article "Vénus".

    « Arès, dieu du meurtre, le Meurtre même. » (p.30)

    « A Athènes, Aphrodite est institutionnellement Pandemos, en ce qu’elle préside à l’Amour civique qui rassemble le peuple en un tout. » (p.67)

    « On est plutôt enclin à penser une Éris moins antithétique qu’ambivalente –une Éris authentiquement double, qui serait à la fois noire (lugubre, terrible) et essentielle à la vie en cité. » (p.89)

    « Arès incarne plus d’une fois la loi sanglante de la stasis. » (p.104)

    « Harmonia l’Assembleuse est fille d’Aphrodite, comme les poètes aiment à le rappeler, et d’Arès, ce qu’ils s’accordent généralement à passer sous silence. » (p.117)

    « Il y a aussi un Arès de la vie en cité dont, sans peut-être même sans aviser, les citoyens doivent bien s’accommoder : il préside, sur l’Aéropage, à la paix armée du procès, il est garant des serments et redoutable aux parjures, en un mot il veille sur la cité comme totalité bien jointe. Arès le tueur, gardien du lien social ? » (p.118)
    -Nicole Loraux, La cité divisée. L’oubli dans la mémoire d’Athènes, Éditions Payot & Rivages, coll « Critique de la Politique », 1997, 291 pages.

    « Éros et Thanatos ne sont pas seulement adversaires mais aussi amants. » -Herbert Marcuse, La dimension esthétique, trad. D. Coste, Paris, Éditions du Seuil, 1979, p. 79.

    "Le couple Narcisse-Vulcain exprime l'origine de l'inconscient de classe. C'est la dualité du plaire et du faire, de la séduction et du travail, du frivole et du sérieux." -Michel Clouscard, Refondation progressiste face à la contre-révolution libérale, Éditions L'Harmattan, 2003.

    "Prométhée [...] représente la ruse qui dérobe les secrets de la nature aux dieux qui les cachent aux mortels, la violence qui cherche à vaincre la nature afin d'améliorer la vie des hommes." -Pierre Hadot, Études de philosophie ancienne, Les Belles Lettres, coll. L’âne d’or, 2010 (1998 pour la première édition), 384 pages, p.307.

    "Le vieil Héphaïstos, dieu des Forgerons, ne tient parmi les dieux de l'Olympe qu'un rang inférieur. Sa claudication le montre assez, et bien d'autres disgrâces encore, mais surtout l'allure pénible de ses actes créateurs. Ses ouvrages sont liés au travail: ils ne naissent pas, comme ceux des autres dieux, d'une conjuration par le verbe ou d'un "tour de magie"."

    "Le sablier est, en particulier, l'un des attributs de Chronos, ce triste du temps, presque toujours nu et chauve, vêtu seulement d'une étoffe dont le vent gonfle les plis, et porteur de larges ailes: c'est ainsi qu'il est peint, dessiné, ou sculpté sur les pierres tombales. Outre son sablier, il est muni d'une faux : de l'un, il évalue la longueur du fil de la vie ; de l'autre, il le tranche. [...] Parfois, ce Chronos [...] se confond avec la Mort.

    Les Anciens ne savaient rien d'un tel dieu du Temps. Au reste, il eût été bien déplacé dans l'Olympe. C'est une invention médiévale
    ." -Ernst Jünger, Traité du sablier, 1954.

    "Dionysos est d'abord un dieu oriental, non grec, venu de contrées barbares, menaçant sans cesse, de l'extérieur, l'intérieur de l'homme grec. Dionysos est souffrance en ce qu'il est la puissance capable d'anéantir l'individualité humaine. Ce sont des puissances sauvages, comme la frénésie sexuelle, la brutalité grotesque, les stupéfiants violents qui viennent à chaque instant menacer de décomposer le rapport de l'individu à lui-même, sa mesure, et le font basculer dans l'animalité, c'est-à-dire dans la participation collective, effrénée et aveugle à la totalité de la vie." (p.21-22)

    "Apollon, dieu de l'apparence et de l'illusion, est aussi le dieu de la connaissance et de la vérité. Nous l'avons dit, c'est en vertu de son pouvoir d'action à distance qu'il est le dieu pythique, le dieu des énigmes oraculaires. Nous ne comprenons ce paradoxe apollinien que si nous savons ce que punit Apollon de sa flèche cruelle: c'est l'hybris, par quoi Dionysos arrache l'homme à lui-même et à sa mesure. Il faut prendre à la lettre l'injonction delphique: "Connais-toi toi-même". Elle exige la connaissance de sa propre individuation, et du principe même de l'individuation." (p.40)
    -Dorian Astor, Nietzsche. La détresse du présent, Gallimard, coll. Folio essais, 2014, 654 pages.


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    « Et comment peut-il être bon, lui qui n’a pas même de sévérité contre les méchants ! »  
    -Archélaos de Sparte.


    « Agir par vertu n’est autre chose en nous qu’agir et vivre, conduits par la raison, et conserver son être, et d’après ce fondement de la vertu qu’il faut rechercher sa propre utilité. »
    -Spinoza, Éthique, IV, 24, 1677.


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