L'Hydre et l'Académie

    Eric J. Hobsbawm, Marx et l’histoire

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    Johnathan R. Razorback
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    Eric J. Hobsbawm, Marx et l’histoire

    Message par Johnathan R. Razorback le Lun 27 Fév - 22:16

    « Je crois que l’une des rares choses qui nous sépare d’une descente accélérée vers les ténères est l’ensemble de valeurs héritées du siècle des Lumières. Cette vision n’est pas très à la mode en ce moment, où les Lumières peuvent être rejetées pour toute sorte de raisons, qu’on les tienne pour superficielles et intellectuellement naïves ou pour une conspiration d’hommes blancs morts portant perruque qui visait à fournir une assise intellectuelle à l’impérialisme occidental. Que tout cela soit vrai ou pas, les Lumières sont aussi l’unique fondement des aspirations à construire des sociétés propices à la vie de tous les êtres humains partout sur cette Terre, et de l’affirmation de leurs droits en tant que personnes. Le progrès de la civilité qui s’est produit entre le XVIIIème siècle et le début du XXème s’est accompli dans une très grande mesure ou ntièrement sous l’influence des Lumières, mené par des gouvernements dirigés par ce que l’on appelle encore, dans l’intérêt des étudiants en histoire, des « despotes éclairés », par des révolutionnaires et des réformateurs, des libéraux, des socialistes, des communistes, qui tous appartenaient à la même famille intellectuelle. » (p.5-6)

    « L’histoire est […] la matière première des idéologies nationalistes, ethnicistes ou fondamentalistes. Le passé est un élément essentiel, peut-être l’élément essentiel de ces idéologies. S’il ne convient pas, on peut toujours l’inventer. En général, il ne convient jamais tout à fait, car le phénomène que ces idéologies prétendent justifier n’est ni ancien ni éternel, mais historiquement nouveau. […] Le passé légitime. Il donne un arrière-plan plus glorieux à un présent qui n’offre guère de motifs de réjouissance. » (p.29)

    « Je pensais au moins que l’historien, à la différence, disons, du physicien nucléaire, ne pouvait pas faire de mal. Je sais désormais que ce n’est pas le cas. Nos études peuvent devenir des usines à fabriquer des bombes. Cet état de chose nous affecte de deux manières. Nous avons une responsabilité globale envers les faits historiques, et une responsabilité particulière : celle de critiquer les abus de l’utilisation de l’histoire dans un but politico-idéologique. » (p.30)

    « L’histoire doit […] être différenciée du mythe, de la politique et du rituel nationa[al]. » (p.33-34)

    « Nous devons résister à la formation de mythes nationaux, ethniques et autres, à mesure qu’ils voient le jour. Cela ne nous rendra pas populaires. » (p.34)

    « Les élèves exceptionnels s’en sortiront, et vous prendrez plaisir à être leur professeur. Ce sont les autres qui ont besoin de vous. » (p.35)

    « On doit mettre au crédit du XIXème siècle, âge de la civilisation bourgeoise, plusieurs succès intellectuels, mais la discipline de l’histoire académique qui s’est développée durant cette période n’en fait partie. » (p.37)

    « La réorientation majeure des historiens français a été conduite par l’école des Annales, qui n’avait certainement pas besoin de Marx pour se pencher sur les dimensions économiques et sociales de l’histoire. (L’identification populaire avec le marxisme d’un intérêt pour de tels sujets est néanmoins telle que le Times Literacy Supplement plaçait encore récemment Fernand Braudel sous l’influence de Marx. » (p.42)

    « La question fondamentale de l’histoire implique la découverte du mécanisme de la différenciation des différents groupes sociaux humains et la transformation d’un type de société à un autre, ou de l’incapacité à y parvenir. » (p.50)

    « [Pour Althusser], l’histoire est le processus qui consiste à jouer toutes les variantes d’une fin de partie d’échecs. » (p.53)

    « L’approche de Marx est aujourd’hui encore la seule qui nous permet d’expliquer l’histoire humaine tout entière. » (p.58)

    « L’analyse de toute société, à quelque moment que ce soit du développement historique historique, doit commencer par l’analyse de son mode de production, c’est-à-dire d’une part de la forme technico-économique du « métabolisme entre homme et nature » (Marx), la manière dont l’homme s’adapte à la nature et la transforme par le travail, et d’autres part des arrangements sociaux en fonction desquels la main d’œuvre est mobilisée, utilisée et répartie. » (p.69)

    « Marx n’a pas dit le dernier mot, loin de là, mais il a dit le premier, et nous sommes encore obligés de poursuivre le discours qu’il a débuté. » (p.77-78)

    « Le marxisme a tellement transformé le courant dominant de l’histoire qu’il est aujourd’hui souvent impossible de dire si un ouvrage particulier a été écrit par un marxiste ou un non-marxiste. » (p.81)

    « Nous ne pouvons pas nous empêcher de comparer passé et présent : c’est à cela que servent les albums de photos familiaux ou les films amateurs. Nous ne pouvons pas nous empêcher d’en tirer les enseignements, car c’est ce que signifie l’expérience. » (p.83)

    « La simple expérience historique peut toujours nous en apprendre long sur la société contemporaine. C’est en partie dû au fait que les êtres humains ne changent guère, et que les situations humaines se reproduisent périodiquement. » (p.88)

    « Pourquoi tous les régimes font-ils enseigner l’histoire à l’école ? Ce n’est pas pour comprendre leur société et la manière dont elle change, mais pour l’approuver, s’en enorgueillir, afin d’être ou de devenir de bons citoyens des Etats-Unis, d’Espagne, du Honduras ou d’Irak. Il en va de même des causes et des mouvements. En tant qu’inspiration et qu’idéologie, l’histoire a une tendance innée à se transformer en mythe autojustifiant. Il n’y a pas d’aveuglement plus dangereux que celui-là. » (p.101)
    -Eric J. Hobsbawm, Marx et l’histoire, Éditions Demopolis, coll. Pluriel, 2008, 204 pages.


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