L'Hydre et l'Académie

    Robert Tremblay, Critique de la théorie marxiste de l’État

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    Johnathan R. Razorback
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    Robert Tremblay, Critique de la théorie marxiste de l’État

    Message par Johnathan R. Razorback le Sam 12 Nov - 0:10

    https://www.erudit.org/revue/philoso/1986/v13/n2/203320ar.pdf

    "Marx s'interdit de questionner la transition qu'il considère pourtant inévitable. Or le problème qui se pose est pourtant clair : comment l'État, force oppressive par définition, acceptera-t-il de se liquider ? C'est par un recours à son économisme structurel que Marx arrive à oblitérer la question : l'État ne fait que refléter la société qui est déterminée en dernière instance par son infrastructure économique (le mode de production, la division du travail, le développement des forces productives, etc.). On ne peut traiter l'État « ... comme une réalité indépendante, possédant ses propres "fondements intellectuels, moraux et libres"». Ainsi lorsque le mode de production socialiste se développera, il entraînera un dépérissement automatique de l'État.
    Nous nous retrouvons toujours devant une pétition de principe : le socialisme suppose le dépérissement de l'État, donc l'État dépérira ! Il y a plus encore chez Marx une impossibilité de penser l'autonomie de l'État. Sans théorie de la spécificité de l'État, sans théorie de la transition, le marxisme sera peu préparé à affronter le problème politique majeur qui sera le sien : la transformation de la « dictature du prolétariat » en dictature bureaucratique d'État
    ." (p.277)

    "Engels présente cette théorie de l'extinction de l'État comme une alternative au socialisme d'État et à la théorie anarchiste de l'abolition de l'État. Pourtant elle fait problème à plusieurs égards. Premièrement il est extrêmement paradoxal, du point de vue marxiste, d'opposer le « gouvernement des personnes » à « l'organisation des opérations de production », puisque l'un des traits spécifiques de l'aliénation du travail est justement l'absence de contrôle direct des travailleurs sur l'organisation du travail, or celle-ci devient une prérogative de l'État, non des travailleurs eux-mêmes. Ainsi l'État continuerait-il par ce biais à « gouverner des personnes ». Deuxièmement on remarquera que le mode de propriété caractéristique du socialisme devient la propriété étatique ; lorsque l'on connaît l'insistance de Marx sur le fait que les formes de propriété reflètent l'état social dans son ensemble (à chaque mode de production correspond une forme spécifique de propriété), il nous faut reconnaître que la propriété étatique représente un certain mode de production, qui n'est pas le communisme, et donc est susceptible d'une certaine permanence.
    Troisièmement ce qui caractérise en partie la bourgeoisie c'est qu'elle s'assure la direction des opérations de production au détriment des producteurs eux-mêmes ; le fantôme du capitalisme d'État nous hanterait alors à nouveau justement à cause du transfert d'autorité vers l'État. Quatrièmement Engels n'explique pas comment l'État se retirerait graduellement de tous ses champs d'intervention, ni pourquoi, sinon que cette intervention deviendrait « superflue »: mais alors de quel point de vue le devient-elle ?
    " (p.281)

    "La clef de ce raisonnement se trouve ici : « La scission de la société en une classe exploiteuse et une classe exploitée... était une conséquence nécessaire du faible développement de la production dans le passé.» Comme la planification étatique de la production devait, selon les marxistes, libérer les forces productives de leurs entraves, la société devait ainsi cesser automatiquement d'être divisée en classes. Ainsi c'est l'État socialiste qui aurait pour fonction de développer rationnellement la production, jusqu'à ce qu'il devienne inutile." (p.282)
    -Robert Tremblay, Critique de la théorie marxiste de l’État, Philosophiques, vol. 13, n° 2, 1986, p. 267-289.


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    « La racine de toute doctrine erronée se trouve dans une erreur philosophique. [...] Le rôle des penseurs vrais, mais aussi une tâche de tout homme libre, est de comprendre les possibles conséquences de chaque principe ou idée, de chaque décision avant qu'elle se change en action, afin d'exclure aussi bien ses conséquences nuisibles que la possibilité de tromperie. » -Jacob Sher, Avertissement contre le socialisme, Introduction à « Tableaux de l'avenir social-démocrate » d'Eugen Richter, avril 1998.

    "Il y a, de nos jours, beaucoup de gens qui s'accommodent très aisément de cette espèce de compromis entre le despotisme administratif et la souveraineté du peuple, et qui pensent avoir assez garanti la liberté des individus, quand c'est au pouvoir national qu'ils la livrent. Cela ne me suffit point." -Alexis de Tocqueville, De la Démocratie en Amérique, vol II, Quatrième Partie : Chapitre VI, 1840.


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