L'Hydre et l'Académie

    Renaud Barbaras, Introduction à la philosophie de Husserl

    Partagez
    avatar
    Johnathan R. Razorback
    Admin

    Messages : 4508
    Date d'inscription : 12/08/2013
    Localisation : France

    Renaud Barbaras, Introduction à la philosophie de Husserl

    Message par Johnathan R. Razorback le Dim 18 Sep - 16:01

    "Il ne s'agit pas d'adopter une position de surplomb qui permettrait d'ordonner, d'organiser le réel, selon la tradition métaphysique, mais au contraire de s'immerger dans le vivre lui-même par lequel quelque chose nous est donné. Pour tel objet, telle région de l'être, il ne s'agit pas de le penser à partir de sa place, dans un ordre absolu -mais plutôt d'en saisir le sens, c'est-à-dire la manière dont nous le vivons. En cela, on peut dire que cette philosophie n'est pas subordonnée au principe de raison suffisante (tout comme Bergson ; cf. la critique du néant dans L'Évolution créatrice: faire sortir l'être du néant, c'est demander pourquoi il y a quelque chose plutôt que rien): le but de la pensée est de s'égaler à une inscription originaire au cœur du réel en tant que vivre de ce réel- si bien que la question n'est plus "pourquoi quelque chose ?", mais "comment se donne-t-il ?". Originalité absolue. Différence donc avec Hegel, car pour Husserl il y a vraiment identité de l'Absolu et de la manifestation, alors que chez Hegel il y a un processus de l'Absolu lui-même qui n'est pas le processus de sa manifestation." (p.10)

    "Ce n'est pas une philosophie argumentative, mais une philosophie de l'intuition. [...] Cela signifie que la justification ultime d'un énoncé réside dans une évidence, c'est-à-dire dans une intuition, un voir où la chose -au sens de ce dont il est question- est présente en personne." (p.10)

    "Tel étant ne peut pas être autrement que selon le mode sous lequel il se donne à une conscience: la scission classique de l'être et de l'apparence disparaît. Cette distinction renvoyait bien sûr à la position d'une finitude anthropologique, source de l'apparence comme telle. Or, pour Husserl, tout homme imaginable, quelle que soit sa modification, ne pourrait faire l'expérience du monde selon d'autres modes de donnée. Ce qui veut dire que la phénoménalité n'est pas le fait de l'humanité, mais plutôt l'humanité, au moins au sens empirique, le fait de la phénoménalité (le fini n'est plus une limitation mais bien la mesure de l'Etre)." (p.15)

    "On mesure d'abord l'originalité et la radicalité philosophique de cet a priori de la corrélation. La position d'un en soi, étranger à la subjectivité, d'une réalité absolue, qui était celle de la métaphysique classique, est récusée. [...] Corrélativement, cela n'a plus de sens de se donner une conscience qui n'aurait affaire qu'à ses représentations de telle sorte que la question du rapport à l'objet, de la valeur objective, se poserait alors. L'a priori de la corrélation implique une conscience transcendantale, en un sens particulier et radical. Cette conscience ne conditionne pas la forme de l'objectivité au sein de phénomènes distincts de l'en soi. Elle est origine du monde, selon la formule de Fink, c'est-à-dire qu'elle est l'absolu." (p.16)

    "C'est à la condition de ne pas penser l'être de la conscience sur le modèle de la chose, donc de ne pas en faire un membre de la nature, bref, une substance, que l'on peut comprendre la corrélation essentielle, l'ouverture de la conscience à autre chose qu'elle. Cependant, la formule citée montre que la réification de la conscience est ce dont nous devons être sauvés, c'est-à-dire ce qui représente un risque majeur, que nous ne sommes jamais sûrs d'avoir évité ou surmonté." (p.17)

    p.38.
    -Renaud Barbaras, Introduction à la philosophie de Husserl, Vrin, Paris, 2015, 237 pages.


    _________________
    « Et comment peut-il être bon, lui qui n’a pas même de sévérité contre les méchants ! »  
    -Archélaos de Sparte.


    « Agir par vertu n’est autre chose en nous qu’agir et vivre, conduits par la raison, et conserver son être, et d’après ce fondement de la vertu qu’il faut rechercher sa propre utilité. »
    -Spinoza, Éthique, IV, 24, 1677.


      La date/heure actuelle est Lun 19 Fév - 23:39