L'Hydre et l'Académie

    Ernst Kapp, Principes d'une philosophie de la technique

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    Johnathan R. Razorback
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    Ernst Kapp, Principes d'une philosophie de la technique

    Message par Johnathan R. Razorback le Mar 19 Avr - 17:49

    https://books.google.fr/books?id=W8Doa8V7AIYC&pg=PA21&lpg=PA21&dq=philosophie+de+la+technique&source=bl&ots=ANASYn-pJ3&sig=TYi0vOfdLV9eCktURAaMpB-1MHQ&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwiEk7D-oJvMAhWpCsAKHWP0CG04HhDoAQg5MAU#v=onepage&q=philosophie%20de%20la%20technique&f=false

    "En 1845, Kapp fait paraître un grand traité intitulé Géographie philosophique ou géographie générale comparée.
    Malgré certaines critiques qui relèvent un style "obscur et ampoulé", le livre connaît un certain succès. [...] On cite alors Kapp parmi les brillants représentants de l'École jeune-hégélienne.
    Kapp a voulu appliquer la philosophie de Hegel à la géographie. L'histoire philosophique hégélienne étudiait la façon dont l'esprit se réalise au cours du temps. La géographie philosophique étudiera comment l'esprit se réalise à travers l'espace
    ."

    "Un rapport décrit à cette époque Kapp et Herzberg comme des "démocrates de tendance républicaine", ce qui correspond à l'aile gauche du mouvement, par opposition aux libéraux. L'Assemblée rédige des adresses solennelles, se préoccupe de la "détresse des petits travailleurs dans et autour de Minden", et organise les élections des députés au Parlement révolutionnaire de Francfort. Signe de son implication dans le mouvement, Ernst Kapp présente sa candidature avec le soutien du président de l'Assemblée de Minden."

    "Pour ce qui est de son orientation politique, Kapp se fait le partisan d'une "république démocratique sociale", modèle qu'il oppose à celui de la monarchie constitutionnelle à la conception "française" de la représentation politique, qualifiée d'universalité abstraite -l'universalité concrète consistant au contraire à doter les différents "états" sociaux d'instances de représentation propres au sein de l'Etat.
    Un tel système institutionnel implique un incessant mouvement de réforme que Kapp compare au métabolisme du corps et oppose au "mécanisme" bureaucratique. Malgré les événements de 1848, Kapp place toujours ses espoirs dans "le progrès mesuré de la Prusse". Sa conviction réformiste ne le conduit pourtant pas à condamner la révolution, fièvre curative que le camp de la réaction attise en bloquant l'indispensable réforme.
    Pour résoudre la question sociale, il préconise une politique de "colonisation intérieure" qui passe par l'intensification et la réorganisation du travail dans l'espace national. S'il dénonce les "privilèges du capital", il refuse explicitement le communisme.
    En octobre 1849, Ernst Kapp démissionne de son poste de professeur au lycée de Minden et décide de partir en Amérique: "passionné depuis toujours par ce qu'on appelle la formation humaine, mais ennemi juré des formes serviles dans lesquelles on la pratique, ennemi mortel de toute opération de dressage de l'esprit, je renonce volontaire à mon poste d'enseignant. [...] Je quitte l'Allemagne et, troquant le confort contre le labeur, et la plume qui m'est si familière contre la houe qui m'est encore étrangère, je pourrai bientôt, en homme libre, poser le pied sur une terre libre."

    "La sphère du mécanique étant pour Kapp totalement identifiée à celle des artefacts, elle est postérieure à celle de l'organique qui l'engendre et qui la détermine en tant que modèle inconscient." (p.28)

    "Georges Canguilhem, lecteur attentif de Kapp, l'a bien montré: l'insertion du phénomène technique dans l'ordre du vivant signe son antériorité absolue sur le savoir scientifique, qui apparaît dans cette perspective comme le produit d'une rationalisation postérieure. Comme Canguilhem l'écrit dans son article Machine et organisme, où Kapp figure en bonne place parmi les représentants d'une "philosophie biologique de la technique": "comprendre la construction même de la machine à partir de la structure et du fonctionnement de l'organisme" implique de remettre en question le postulat de "l'antériorité à la fois logique et chronologique du savoir sur ses applications".
    Du point de vue de la connaissance du sujet, la science vient en dernier: il y a d'abord la motricité du corps avec ses principes immanents, puis l'objet technique, qui hérite de certains aspects du fonctionnement de l'organisme en même temps que de certaines de ces formes, et ce n'est qu'ensuite, une fois ces relations organiques objectivées dans la structure d'artefacts manipulables, qu'il devient possible de les connaître en tant que rapports entre solides et de les exprimer sous forme mathématique." (p.29)

    "A la thèse d'une constitution du monde par extériorisation organique correspond une conception préformationniste du processus historique. L'histoire ne crée rien, elle déploie un ordre originaire.
    On retrouvera ces deux traits (organisme et évolutionnisme préformationniste), plus ou moins prononcés, dans toutes les "philosophies de la technique" qui se fondent sur une théorie de la projection d'organe, qu'elles aient ou non connaissance du texte de Kapp. On peut multiplier les exemples, mais la techno-prophétie béate de Jöel de Rosnay suffit à illustrer le propos: "l'homme du futur sera simplement l'homme symbiotique, en partenariat étroit, -s'il parvient à le construire- avec le système sociétal qu'il a extériosé à partir de son cerveau, de ses sens et de ses muscles. Un super organisme nourricier, vivant de la vie de cellules, ces neurones de la Terre que nous sommes en train de devenir."
    Poussé à son terme, la théorie de la projection d'organe aboutit à la naturalisation de l'ordre social et ses transformations, alors présentées comme le développement d'un principe germinal plutôt que comme un authentique devenir historique.
    Pour mener à bien sa démonstration, cet évolutionnisme continuiste doit masquer ou ignorer les ruptures et les renversements qui marquent l'histoire des techniques." (p.36)
    -Grégoire Chamayou, introduction à Ernst Kapp, Principes d'une philosophie de la technique, Paris, Librairie philosophique, Vrin, 2007 (1887 pour la première édition allemande).

    "Il est possible de justifier l'existence d'une philosophie de la technique. Pour cela, il faudrait qu'une observation réfléchie parvienne à montrer que la genèse et le perfectionnement des artefacts issus de la main de l'homme sont la condition première de son évolution vers la conscience de soi. [...]
    Nous prouverons d'abord par des faits incontestables que l'homme transfère inconsciemment la forme, la relation fonctionnelle et le rapport normal de son organisation corporelle aux œuvres de sa main et qu'il prend conscience seulement après coup des rapports d'analogie que celles-ci entretiennent avec lui-même
    ." (p.47)

    "L'homme qui croit sincèrement en lui-même et en sa personnalité, ne se confondra jamais avec une carcasse technique, et n'acceptera jamais, en tant que microcosme, de subir les conséquences dégradantes d'avoir renié la différence qui sépare un macrocosme d'un simple planétarium fait de pièces rapportées." (p.48)

    "Plus les deux camps sont opiniâtres dans leur prétention exclusive à détenir la vérité, plus ils manifestent pleinement leur contenu, et plus ils apparaissent comme un aux yeux de la conscience de leur époque." (p.55)

    "Tout moi est un centre du monde." (p.60)

    "L'homme a transféré ou projeté les formes de ses organes dans les outils primitifs." (p.84)
    -Ernst Kapp, Principes d'une philosophie de la technique, Paris, Librairie philosophique, Vrin, 2007 (1887 pour la première édition allemande).


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