L'Hydre et l'Académie

    De la Philosophie & des définitions conceptuelles

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    Johnathan R. Razorback
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    De la Philosophie & des définitions conceptuelles

    Message par Johnathan R. Razorback le Ven 30 Oct - 10:53

    Absolu: "[...] 1. vul. a) qui ne comporte ni exception ni restriction ; ex. nécessité absolue, pouvoir absolu ; b) total, intégral ; ex. vide absolu.
    2. Méta. Adj ou subst. (opp. relatif): a) ce qui est en soi et par soi, indépendamment de toute autre chose ; ex. la substance par rapport à l'accident ; b) ce qui a en soi-même sa raison d'être et qui n'a besoin ni pour être conçu ni pour exister d'aucune autre chose ; l'Etre absolu de qui tout dépend, c.-à.-d. à quoi tout autre être est relatif: Dieu ; c) syn. de chose en soi, ce qu'est la chose en elle-même et non telle qu'elle est donnée comme représentation dans le phénomène (Kant) ; d) syn. d'inconnaissable pour le positivisme [...]
    3. Cosm. Indépendant de tout repère conventionnel. Mouvement absolu: qui ne peut être référé à un point fixe de l'espace ; espace absolu: indépendant des objets qui le remplissent ; temps absolu: indépendant des phénomènes qui s'y passent
    ." -Louis-Marie Morfaux, Vocabulaire de la philosophie et des sciences humaines, Armand Colin, Paris, 1980, 400 pages, p.7.

    Abstraction: "lat. de abstrahere, tirer de, séparer de).
    Psy. a) opération de l'esprit qui isole, pour la considérer à part, un élément d'une représentation qui n'est pas ni peut être donné séparément dans la réalité ; ex: la forme d'un objet indépendamment de sa couleur ; b): résultat de cette opération: "Un point géométrique est une abstraction de l'esprit." (Voltaire).
    " -Louis-Marie Morfaux, Vocabulaire de la philosophie et des sciences humaines, Armand Colin, Paris, 1980, 400 pages, p.8.

    Abstrait: "1. Log.Psy (opp. concret) qui constitue une abstraction ; se dit notamment d'une idée obtenue par abstraction et du terme qui l'exprime. Idée abstraite: celle qui s'applique à une essence considérée en elle-même et qui est tirée par abstraction de divers sujets qui la possèdent ; ex. la blancheur, l'orgueil, la sagesse ; dist. l'idée générale ; ex. vivant est plus abstrait qu'animal puisqu'il comprend aussi le végétal ; elle est moins abstraite qu'une autre si sa compréhension est plus grande ; ex. l'animal a tous les caractères qui appartiennent au vivant, mais il a en outre ses propriétés spécifiques.
    2. Epist. Sciences abstraites: expression qui désigne ordinairement les sciences faisant abstraction, soit, comme la la mathématique, de toutes les propriétés des choses, hormis la quantité et l'ordre, soit, comme les sciences expérimentales, des propriétés individuelles des corps.
    3. Est. Art abstrait ou non figuratif: celui qui, en peinture ou en sculpture, vise à provoquer le sentiment esthétique par la seule composition des formes ou des couleurs, sans représenter ou imiter la réalité sensible. L'emploi de l'expression "art abstrait" s'est généralisé malgré le non-sens qu'elle qu'elle implique ; opp. art figuratif
    ." -Louis-Marie Morfaux, Vocabulaire de la philosophie et des sciences humaines, Armand Colin, Paris, 1980, 400 pages, p.8.

    Accident: "(du lat. accidere, survenir ou s'ajouter).
    1. Méta. (opp. essence ou substance) ce qui existe non en soi-même mais en une autre chose ; ex, la forme ou la couleur appartiennent à une chose qui subsiste en elle-même ; par suite, ce qui peut être modifié ou supprimé sans que la chose elle-même change de nature ou disparaisse.
    2. Log. form. Sophisme de l'accident: consiste à conclure d'un caractère accidentel à un caractère essentiel ; ex. définir la matière par l'état solide
    ." -Louis-Marie Morfaux, Vocabulaire de la philosophie et des sciences humaines, Armand Colin, Paris, 1980, 400 pages, p.9.

    Acte: (lat. actum, le fait accompli, d'agere, agir, faire).
    [...] 2. Hist. (Méta.) chez Aristote, (ctr puissance) l'être en acte est l'être pleinement réalisé, opp. l'être en voie ou en puissance de devenir (potentialité). Ex: la plante est l'acte de la graine (mais celle-ci reste en puissance tant qu'elle n'est pas mise en terre). L'Acte pur: l'Etre qui ne comporte aucune puissance ou potentialité et qui est soustrait au devenir, Dieu
    ." -Louis-Marie Morfaux, Vocabulaire de la philosophie et des sciences humaines, Armand Colin, Paris, 1980, 400 pages, p.9-10.

    Action: "1. Vulg. a) (opp. pensée) le fait d'agir ; ex. l'action de marcher, un homme d'action ; b) activité d'un être dont il est expressément cause et par laquelle il modifie soit son entourage physique ou humain, soit lui-même (opp. passion, passivité)." -Louis-Marie Morfaux, Vocabulaire de la philosophie et des sciences humaines, Armand Colin, Paris, 1980, 400 pages, p.10.

    Actualisation: "1. Hist. (Méta.) Passage de la puissance à l'acte ; on dit aussi actuation.
    2. Psy. Passage de l'état virtuel à l'état réel ; ex. l'actualisation des souvenirs
    ." -Louis-Marie Morfaux, Vocabulaire de la philosophie et des sciences humaines, Armand Colin, Paris, 1980, 400 pages, p.10.

    Adéquat: "(lat. adaequatus, o.p de adaequare, rendre égal).
    1. Gén. qui correspond exactement à son objet ou au but visé. [...]
    3. Hist. (Crit.) a) chez Spinoza, l'idée adéquate est celle qui possède toutes les propriétés intrinsèques de l'idée vraie ; b) chez Leibniz, l'idée adéquate d'une chose est la connaissance distincte par l'analyse de toutes ses déterminations
    ." -Louis-Marie Morfaux, Vocabulaire de la philosophie et des sciences humaines, Armand Colin, Paris, 1980, 400 pages, p.11.

    Adventice: (lat. adventitius, qui vient du dehors).
    Hist (Crit.) Idée adventices: chez Descartes, représentations qui viennent des sens. "Entre mes idées, les unes me semblent nées avec moi (innatae) ; les autres être étrangères et venir du dehors (adventitiae) ; et les autres, être faites et inventées par moi-même (factitiae)." (Med.III)." -Louis-Marie Morfaux, Vocabulaire de la philosophie et des sciences humaines, Armand Colin, Paris, 1980, 400 pages, p.12.

    Agôn: "Quand le politique se joue dans le registre du moralisme, la démocratie est en danger. Non seulement la moralisation du politique nous interdit d’appréhender correctement la nature et les causes des conflits présents, mais elle donne naissance à des antagonismes qui ne peuvent plus être gérés par le processus démocratique ou redéfinis sur un mode que je propose de qualifier d’« agonistique », pour désigner un conflit non pas entre des ennemis mais entre des « adversaires » qui respectent le droit légitime des opposants à défendre leurs positions .
    Il est clair que lorsque l’opposant est défini en termes moraux, il ne peut plus être considéré que comme un ennemi et non comme un adversaire. Avec le « mal », aucun débat agonistique n’est concevable
    ." -Chantal Mouffe, « La " fin du politique " et le défi du populisme de droite », Revue du MAUSS, 2/2002 (no 20), p. 178-194.

    "Opposition entre personnes ou entités." -Wikipédia, article "Conflit".

    "Le conflit n'est pas violence : il peut être géré de façon non-violente comme il peut dégénérer dans la violence." -Wikipédia, article "Violence".

    Aliénation: "(du lat. alienus, étranger, de alius, autre).
    1: Psy. path. Aliénation mentale: trouble profond de l'esprit qui rend l'individu comme étranger à la société de ses semblables et à lui-même. Ce terme, en raison de son imprécision, n'est plus guère employé que dans le langage judiciaire.
    2. Hist. (Phil.) Chez Hegel, action de devenir autre, soit en se posant comme chose (Entaüsserung ou Veraüsserung), soit en devenant étranger à soi-même (Entfremdung)."
    -Louis-Marie Morfaux, Vocabulaire de la philosophie et des sciences humaines, Armand Colin, Paris, 1980, 400 pages, p.14.

    "Chez Marx, la notion d'aliénation [Entfremdung ou Entäusserung en allemand] désigne: a) une séparation (séparation de l'homme avec sa nature, séparation du travailleur d'avec ses produits) ; b) une inversion (inversion des rapports de l'homme et de Dieu, de la vie sociale et de la vie politique, de l'activité humaine et des rapports économiques) ; et c) une oppression du sujet par l'objet (soumission des hommes aux représentations religieuses, domination de la vie sociale par l'Etat, oppression des travailleurs par le capital)." -Gérard Duménil, Michael Löwy et Emmanuel Renault, Les 100 mots du marxisme, PUF, coll "Que sais-je ?", 2009, 126 pages, p.10.

    Altérité: "(du lat. alter, autre).
    1. Gén. Caractère de ce qui est autre, opp. identité.
    2. Psy. soc. Qualité essentielle de l'Autre, comme autre ; l'être-autre
    ." -Louis-Marie Morfaux, Vocabulaire de la philosophie et des sciences humaines, Armand Colin, Paris, 1980, 400 pages, p.15.

    Altruisme: "(lat. alter, l'autre, terme créé par A. Comte pour désigner l'amour d'autrui par opposition à l'égoïsme).
    Psy. Mor. a) sentiment d'affection pour les autres qui dispose à se dévouer pour eux ; b) morale altruiste: doctrine morale qui pose l'intérêt de nos semblables comme but de la conduite morale." -Louis-Marie Morfaux, Vocabulaire de la philosophie et des sciences humaines, Armand Colin, Paris, 1980, 400 pages, p.15.

    Amoral, amoralité: "(comp. du gr a, priv., et du lat, mores, moeurs).
    1. Mor. Qui n'est pas susceptible d'être qualifié moralement ; étranger au domaine de la morale ; ex. les animaux sont
    amoraux." -Louis-Marie Morfaux, Vocabulaire de la philosophie et des sciences humaines, Armand Colin, Paris, 1980, 400 pages, p.15.

    Amour: "(lat. amor, amour, affection).
    1. Psy. a) tendance de la sensibilité qui nous porte vers un être ou un objet reconnu ou ressenti comme bon ; ex. l'amour maternel, l'amour de la gloire, des richesses ; b) inclination vers une personne sous toutes ses formes et à tous ses degrés, de l'amour-désir (inclination sexuelle) à l'amour-passion et à l'amour sentiment. [...]
    2. Péd. Amour captatif (du lat. captare, chercher à prendre): celui qui cherche à accaparer l'autre pour se l'approprier affectivement ; ex. de l'amour de certains enfants à l'égard de leur mère, syn. possessif ; amour oblatif (du lat. offere, offrir): celui qui tend à se donner à l'autre et à se dévouer pour lui
    ." -Louis-Marie Morfaux, Vocabulaire de la philosophie et des sciences humaines, Armand Colin, Paris, 1980, 400 pages, p.15.

    "Attirance, affective ou physique, qu'en raison d'une certaine affinité, un être éprouve pour un autre être, auquel il est uni ou qu'il cherche à s'unir par un lien généralement étroit." -TLFI, "Amour".

    "Si X aime Y..., X ne doit pas seulement trouver que Y est attirant..., il doit vouloir certaines choses qui concernent Y. X doit vouloir être avec Y, faire plaisir à Y, le chérir, vouloir que Y l'aime aussi, et qu'il pense du bien de lui." -William Lyons, Emotion, Cambridge, Cambridge University Press, 1980, p.64.

    "L’homme ne peut pas vivre sans « liens affectifs » au sens large du terme. On le sait pertinemment en ce qui concerne le bébé. Si personne ne le regarde de manière personnelle, ne le touche, ne s’intéresse à lui, il dépérit. Si quelque chose, donc, donne vraiment sens à notre vie, riches ou pauvres, hier ou aujourd’hui, ici ou ailleurs, c’est l’amour. Toutes les recherches philosophiques ou religieuses nous laisseront dans une sensation de vide existentiel si notre vie est sans amour. La vie est viable parce que quelqu’un, ne serait-ce qu’une seule fois, nous a regardé avec amour.

    Je n’oublierai jamais cette scène bouleversante à laquelle j’ai assisté, il y une vingtaine d’années, lors d’un voyage en Inde. Je travaillais comme volontaire chez les sœurs de Mère Teresa. Un bébé, trouvé dans une poubelle, avait été amené à l’orphelinat de Calcutta. Il refusait de s’alimenter, n’exprimait aucune émotion. Il était comme mort. Malgré les premiers soins médicaux et nutritionnels, son état ne s’était guère amélioré. L’une des religieuses le prit dans ses bras, le frictionna vivement, le serra, lui parla, tenta de le faire rire. Rien n’y fit. Serrant l’enfant contre son cœur, elle s’immobilisa longuement les yeux fermés. Il émanait d’elle une force étonnante. Puis, lentement, ses mains recommencèrent à pétrir le bébé. Inlassablement, elle le massa de la tête aux pieds, avec un mélange parfaitement dosé de force et de délicatesse. Elle se remit à faire sauter l’enfant sur ses genoux et son air grave se transforma en une cascade de rires. Et là, sous nos yeux, un miracle de l’amour se produisit. Le regard de l’enfant commença à s’éclairer. L’absent devenait présent. Et, doucement, un sourire s’esquissa accompagné de quelques petits cris de bonheur. Le bébé avait choisi de vivre. Son sourire témoignait que l’amour est le seul motif qui donne vraiment sens à une existence
    ." -Frédéric Lenoir, Le sens de la vie, Psychologies Magazine, avril 2002.

    « On ne peut vivre, on ne peut pas respirer en ce monde si on ne se sent pas aimé. » -Paul Veyne, Entretien avec Laure Adler, Émission “Hors-champs”, France Culture, 21 septembre 2015.

    L'Amour-passion: "[L'amour est] une maladie dont le malade se délecte, un tourment qu'il désire. Quiconque en est atteint ne souhaite pas de guérir ; qui en souffre n'en veut pas être délivré." -Ibn Hazm de Cordoue, Collier de la colombe sur l'amour et les amants.

    "Le monde est en vérité empli de périls, et il y a en lui maints lieux sombres ; mais il y en a encore beaucoup de beaux, et quoique dans tous les pays l'amour se mêle maintenant d'affliction, il n'en devient peut-être que plus grand." -Tolkien, La communauté de l'Anneau.

    « Fais de l'amour un jeu ; mais ne va pas aimer sérieusement un homme. » -William Shakespeare, Comme il vous plaira, I, 2, 1599.

    « Il n’y a pas d’expérience amoureuse sans confrontation au tragique. » -Clotilde Leguil, France inter, Permis de Penser, « Permis d’aimer », 2 janvier 2016.

    "L'érotisme, c'est de donner au corps les prestiges de l'esprit." -Georges Perros.

    "Un amour malheureux est encore un bonheur." -Adélaïde-Gillette Dufrénoy, Élégies, 1813.

    "Y-a-t-il amour plus délicieux, qu'un amour condamné ?" -Jim Fergus, Mille femmes blanches, 1998.

    "On devrait toujours être amoureux. C'est la raison pour laquelle on ne devrait jamais se marier. -Oscar Wilde, Une femme sans importance.

    "L'amour fantasmé vaut bien mieux que l'amour vécu. Ne pas passer à l'acte, c'est très excitant." -Andy Warhol.

    "L'amour platonique. C'est pourtant l'amour parfait, dans le sens cathare." -Julien Green, Entretien avec Pierre Assouline, Septembre 1993.

    « En amour, on préfère les grâces du corps à celles de l'esprit. » -Michel de Montaigne, Pensées diverses, 1580.

    "Amour est le grand point, qu'importe la maîtresse? - Qu'importe le flacon pourvu qu'on ait l'ivresse !" -Alfred de Musset, La Coupe et les Lèvres.

    "La prudence et l'amour ne sont pas faits l'un pour l'autre: à mesure que l'amour croît, la prudence diminue." -La Rochefoucauld.

    "C'est dans l'épuisement que l'on augmente ses forces.
    C'est dans l'abandon que l'on devient prince, et dans l'éclat de mourir que l'on découvre ce plus noble éclat de l'amour
    ." -Christian Bobin, Le huitième jour de la semaine.

    "Il n'y a pas d'autre amour que celui qui consiste à donner sa vie pour ceux qu'on aime." -Léon Tolstoï.

    "L'Amour est un genre de suicide." -Jacques Lacan.

    "L’amour qui ne ravage pas n’est pas l’amour." -Omar Khayyâm.

    "Il n'y a pas d'amour sans souffrance." -Pierre Reverdy, Le gant de crin, 1927.

    "L'amour donne le vertige, mais son vertige, si intolérable qu'il soit, est un délice infini." -Hubert Aquin.

    « L'amour est une fantaisie ardente qui ne s'exalte qu'avec les obstacles. » -George Sand, Melchior, 1832.

    "C'est cela l'amour, tout donner, tout sacrifier sans espoir de retour.

    « L'amour, c'est l'amour absolu, la joie pure et solitaire, c'est celui qui me brûle. » -Albert Camus, Les Justes, 1949.

    « L'amour qui ne prend pas tout n'est pas de l'amour. » -Anne Barratin, De vous à moi, 1892.

    « Le plus parfait amour est le toi et le moi devenus synonymes. » -Robert Sabatier, Le livre de la déraison souriante, 1991.

    "Tout amour est une servitude." -Henry de Montherlant, Un incompris, 1943.

    "L’amour véritable n’est jamais malheureux." -Louis Scutenaire, Mes inscriptions III.

    "L'amour, s'il unit les êtres, ne les dissout pas l'un dans l'autre." -Georges Dor.

    "L'Amour est une folie de l'échange." -Pascal Quignard.

    « L'amour est la seule passion qui se paye d'une monnaie qu'elle fabrique elle-même. » -Stendhal, De l'amour , 1822.

    "Toutes les dettes reçoivent quelque compensation, mais seul l'amour peut payer l'amour." -Fernando de Rojas.

    "Lorsque deux nobles cœurs se sont vraiment aimés. Leur amour est plus fort que la mort elle-même. Cueillons les souvenirs que nous avons semés. Et l'absence après tout n'est rien lorsque l'on s'aime." -Guillaume Apollinaire.

    « L'amour veut l'amour, il souffre s'il n'est aimé. » -François Mauriac, Lacordaire, 1976.

    "L'Amour et l'amitié s'excluent l'un l'autre." -Jean de La Bruyère, Les Caractères, 1696.

    « Il n’y a rien d’impossible quand on s’aime. » -George Sand.

    "Toute existence tire sa valeur de la qualité de l'amour: « Dis-moi quel est ton amour et je te dirai qui tu es »." -Jean-Paul II.

    "Le sexe n'est pas l'amour, ce n'est qu'un territoire que l'amour s'approprie." -Milan Kundera.

    « L'amour de sa flamme honore et purifie toutes ses caresses ; la décence et l'honnêteté l'accompagnent au sein de la volupté même, et lui seul sait tout accorder aux désirs sans rien ôter à la pudeur. » -Jean-Jacques Rousseau, Esprit, maximes et principes , 1764.

    « L'amour est un sentiment de joie accompagné de l'idée de sa cause extérieure. » -Baruch Spinoza, L'Éthique , 1677.

    « L'amour apporte la paix aux hommes, le calme à la mer, un lit et le sommeil à la douleur. » -Platon, Le Banquet.

    "Les deux ailes de l’intelligence sont l’érudition et l’amour." -Nicolás Gómez Dávila.

    "Et là où l'amour n'existe pas, la raison, elle aussi, est absente." -Dostoïevski, Dans mon souterrain.

    "Le narcissisme est indispensable pour se construire une nouvelle personnalité. Avant de pouvoir aimer quelqu’un il faut s’aimer soi-même. Une fois le voyage au pays de la séduction engagé, tu verra que le narcissisme s’estompera naturellement et progressivement. Plus que tu sera aimée par les autres, moins tu en auras besoin."

    "L’amour : S’aider mutuellement à accéder à la satisfaction des sens et au partage des sentiments et des valeurs." -isabelle183, La fille aux cheveux noirs.

    "Enfin voilà deux jeunes corps enlacés qui jouissent de leur jeunesse en fleur ; déjà ils pressentent les joies de la volupté et Vénus va ensemencer le champ de la jeune femme. Les amants se pressent avidement, mêlent leur salive et confondent leur souffle en entrechoquant leurs dents. Vains efforts, puisque aucun des deux ne peut rien détacher du corps de l'autre, non plus qu'y pénétrer et s'y fondre tout entier. Car tel est quelquefois le but de leur lutte, on le voit à la passion qu'ils mettent à serrer étroitement les liens de Vénus, quand tout l'être se pâme de volupté. Enfin quand le désir concentré dans les veines a fait irruption, un court moment d'apaisement succède à l'ardeur violente ; puis c'est un nouvel accès de rage, une nouvelle frénésie. Car savent-ils ce qu'ils désirent, ces insensés ? Ils ne peuvent trouver le remède capable de vaincre leur mal, ils souffrent d'une blessure secrète et inconnaissable.

    Ce n'est pas tout : les forces s'épuisent et succombent à la peine. Ce n'est pas tout encore : la vie de l'amant est vouée à l'esclavage. Il voit son bien se fondre, s'en aller en tapis de Babylone, il néglige ses devoirs ; sa réputation s'altère et chancelle. Tout cela pour des parfums, pour de belles chaussures de Sicyone qui rient aux pieds d'une maîtresse, pour d'énormes émeraudes dont la transparence s'enchâsse dans l'or ; pour de la pourpre sans cesse pressée et qui boit sans répit la sueur de Vénus. L'héritage des pères se convertit en bandeaux, en diadèmes, en robes, en tissus d'Alindes et de Céos. Tout s'en va en étoffes rares, en festins, en jeux ; ce ne sont que coupes pleines, parfums, couronnes, guirlandes . . . mais à quoi bon tout cela ? De la source même du plaisir on ne sait quelle amertume jaillit qui verse l'angoisse à l'amant jusque dans les fleurs. Tantôt c'est la conscience qui inspire le remords d'une oisiveté traînée dans la débauche ; tantôt c'est un mot équivoque laissé par la maîtresse à la minute du départ et qui s'enfonce dans un cœur comme un feu qui le consumera ; tantôt encore c'est le jeu des regards qui fait soupçonner un rival ou bien c'est sur le visage aimé une trace de sourire.

    Encore est-ce là le triste spectacle d'un amour heureux ; mais les maux d'un amour malheureux et sans espoir apparaîtraient aux yeux fermés ; ils sont innombrables.  La sagesse est donc de se tenir sur ses gardes, comme je l'ai enseigné, pour échapper au piège. Car éviter les filets de l'amour est plus aisé que d'en sortir une fois pris : les nœuds puissants de Vénus tiennent bien leur proie
    ." -Lucrèce, De Natura rerum.

    "Tous les hommes sont perfides, inconstants, faux, bavards, hypocrites, orgueilleux ou lâches, méprisables et sensuels ; toutes les femmes sont perfides, artificieuses, vaniteuses, curieuses et dépravées ; le monde n’est qu’un égout sans fond où les phoques les plus informes rampent et se tordent sur des montagnes de fange ; mais il y a au monde une chose sainte et sublime, c’est l’union de deux de ces êtres si imparfaits et si affreux. On est souvent trompé en amour, souvent blessé et souvent malheureux ; mais on aime, et quand on est sur le bord de sa tombe, on se retourne pour regarder en  arrière, et on se dit : J’ai souffert souvent, je me suis trompé quelquefois, mais j’ai aimé. C’est moi qui ai vécu, et non pas un être factice créé par mon orgueil et mon ennui." -Alfred de Musset, On ne Badine pas avec l’Amour, seconde partie, scène première.

    "Ne confonds point l’amour avec le délire de la possession, lequel apporte les pires souffrances. Car au contraire de l’opinion commune, l’amour ne fait point souffrir. Mais l’instinct de propriété fait souffrir, qui est le contraire de l’amour.[…] L’amour véritable commence là où tu n’attends plus rien en retour." -Antoine de Saint-Exupéry, Citadelle.

    "Avant que les troubadours et les romanciers de la Table Ronde aient donné un langage, une expression à l’amour, on n’en parlait pas ; donc, il y a bien des chances pour que les gens n’aient pas éprouvés ces sentiments, puisqu’ils ne savaient pas les dire." -Denis de Rougemont, Entretient avec Gaston Nicole et Roland Bahy (8 novembre 1971).

    « Etre amoureux n’est pas nécessairement aimer. Etre amoureux est un état ; aimer, un acte. On subit un état, mais on décide d’un acte. » -Denis de Rougemont, L’amour et l’Occident, Livre VII « L’Amour Action, ou de la Fidélité », Plon, Bibliothèque 10/18, 1972 (1939 pour la première édition), 445 pages, p.335.

    « L’amour éclaire l’empire des ténèbres ; l’enfer est soumis à la magie puissante de l’amour : le regard de Pluton s’adoucit au sourire de la fille de Cérès. » -Schiller, Groupe du Tartare.

    Anarchie: "Il n'y a plus de police et de choses de ce genre. Nous avons le choix, Dora. Nous pouvons rester ici tranquillement et tirer sur toutes les voitures qui veulent passer ; ou bien partir et laisser les autres tirer sur nous. Quel que soit le parti que nous choisissons, cela revient au même."
    -Hermann Hesse, Le Loup des steppes, Calmann-Lévy, 2004 (1927 pour la première édition allemande), 312 pages, p.271.

    Anarchisme: « On méconnaît ordinairement la différence fondamentale qu'il y a entre l'idée libérale et l'idée anarchiste. L'anarchisme rejette toute organisation de contrainte sociale, il rejette la contrainte en tant que moyen de technique sociale. Il veut vraiment supprimer l'État et l'ordre juridique, parce qu'il est d'avis que la société pourrait s'en passer sans dommage. De l'anarchie il ne redoute pas le désordre, car il croit que les hommes, même sans contrainte, s'uniraient pour une action sociale commune, en tenant compte de toutes les exigences de la vie en société. En soi l'anarchisme n'est ni libéral ni socialiste ; il se meut sur un autre plan. Celui qui tient l'idée essentielle de l'anarchisme pour une erreur, considère comme une utopie la possibilité que jamais les hommes puissent s'unir pour une action commune et paisible sans la contrainte d'un ordre juridique et de ses obligations ; celui-là, qu'il soit socialiste ou libéral, repoussera les idées anarchistes. Toutes les théories libérales ou socialistes, qui ne font pas fi de l'enchaînement logique des idées ont édifié leur système en écartant consciemment, énergiquement, l'anarchisme. Le contenu et l'ampleur de l'ordre juridique diffèrent dans le libéralisme et dans le socialisme, mais tous deux en reconnaissent la nécessité. Si le libéralisme restreint le domaine de l'activité de l'État, il ne songe pas à contester la nécessité d'un ordre juridique. Il n'est pas anti-étatiste, il ne considère pas l'État comme un mal même nécessaire. » -Ludwig von Mises, Le Socialisme, 1922.

    "Nous estimons que les anarchistes sont les ennemis véritables du marxisme. Par conséquent, nous reconnaissons aussi qu'il faut mener une lutte véritable contre de véritables ennemis." -Joseph Staline, Anarchisme ou socialisme ?, 1906.

    Antithèse: "(gr. antithesis, opposition).
    1. Log. Opposition de contrariété entre deux termes ou deux propositions.
    2. Hist. (Crit.) a) chez Kant, proposition contraire à la thèse [...] b) chez Hegel, deuxième moment de la dialectique entre la thèse et la synthèse, qui réalise l'accord des deux premiers moments ; ex. le non-être est l'antithèse de l'être, leur synthèse étant le devenir
    ." -Louis-Marie Morfaux, Vocabulaire de la philosophie et des sciences humaines, Armand Colin, Paris, 1980, 400 pages, p.21.

    "Aporie: (gr. aporia, impasse ; sans issue, d'où difficulté en principe impossible à surmonter).
    1. Hist. (Crit). a) chez Aristote, difficulté résultant de l'égalité des raisonnements contraires, qui met l'esprit dans l'incertitude sur l'action à entreprendre ; b) chez les sceptiques, difficulté arrêtant le progrès de la recherche.
    2. Phil. auj, surtout au plur, difficultés irréductibles soit dans une question philosophique, soit dans une doctrine déterminée
    ." -Louis-Marie Morfaux, Vocabulaire de la philosophie et des sciences humaines, Armand Colin, Paris, 1980, 400 pages, p.23.

    Art: "subst. masc. [...]
    Ensemble de moyens, de procédés conscients par lesquels l'homme tend à une certaine fin, cherche à atteindre un certain résultat. [...]
    I. [Cette activité en tant qu'elle cherche une fin utilitaire]
    A. [En parlant de mét., d'activités ou de techn. diverses] Synon. de technique.[...]
    II. [La finalité de cette activité est de caractère esthétique, désintéressée, non utilitaire]
    A. Expression dans les œuvres humaines d'un idéal de beauté. [...]
    B. [P. oppos. aux mét. qui ont pour objet la production de choses utiles et p. oppos. à la nature, à ce qui est naturel] Ensemble des règles, des moyens, des pratiques ayant pour objet la production de choses belles. [...]
    III. Au plur.
    A. [La finalité est de caractère utilitaire]
    1. Arts mécaniques. Ceux qui exigent un effort manuel ou un travail mécanique. Arts industriels, arts et métiers. Arts ménagers. Ensemble des techniques qui procurent le bien-être matériel en facilitant la tâche de la ménagère.
    2. Arts libéraux. [P. oppos. aux arts mécaniques] Ceux où l'esprit et l'intelligence ont le plus de part.
    [Dans les anc. universités] Les sept arts libéraux. Les sept arts du trivium (grammaire, dialectique, rhétorique) et du quadrivium (arithmétique, géométrie, histoire, musique).
    " -"TLFI".

    "L'artiste vise à enrichir le monde, à l'enchanter, alors que le révolutionnaire veut le transformer." -Jean-Marie Apostolidès, Debord, le naufrageur, Flammarion, 2015.

    « Le beau n’est pas dégradé pour avoir servi à la liberté et à l’amélioration des multitudes humaines. Un peuple affranchi n’est point une mauvaise fin de strophe. »  -Victor Hugo, William Shakespeare, 1864.

    "L'œuvre d'art naît du renoncement de l'intelligence à ordonner le concret. Elle marque le triomphe du charnel. [...] L'œuvre absurde exige un artiste conscient de ces limites et un art où le concret ne signifie rien de plus que lui-même." (p.312)

    "Une œuvre absurde [...] ne fournit pas de réponse." (p.321)
    -Albert Camus, Le Mythe de Sisyphe. Essai sur l'absurde, 1942. Repris dans Albert Camus, Œuvre, Gallimard, Coll. Quarto, 2013, 1526 pages.

    « Le but du développement artistique, c’est la libération des valeurs humaines, par la transformation des qualités humaines en valeurs réelles. […] La valeur de l’art est ainsi une contre-valeur par rapport aux valeurs pratiques, et se mesure en sens inverse de celles-ci. L’art est l’invitation à une dépense d’énergie, sans but précis en dehors de celui que le spectateur lui-même peut y apporter. C’est la prodigalité...on s’est pourtant imaginé que la valeur de l’art était dans sa durée, sa qualité. […] Alors que l’œuvre d’art n’est rien que la confirmation de l’homme comme essentielle source de valeur. »  -L’Internationale situationniste, n°4.

    Barbarie: "Le terme même de « barbarie » apparaît pour la première fois chez Homère, au chant II de l’Iliade, à propos du peuple des Cariens, alliés aux Troyens lors du siège de leur ville, qui sont qualifiés de « barbarophones ». Leur langue est constituée, du moins pour une oreille grecque, de grognements et de borborygmes qui les rendent inaptes à se faire comprendre, le mot de bar-bar étant une onomatopée rude et redoublée. Étymologiquement, le barbare est donc celui qui n’articule pas sa parole parce que sa pensée est elle-même inarticulée. On notera que cette caractéristique du langage des Cariens n’engage que ce peuple, et non les autres armées asiatiques qui défendent leur territoire ; Hector ou Andromaque, comme les autres Troyens, parlent une langue parfaite chez Homère. Dans cette première occurrence, le mot n’a donc pas la signification ethnologique qu’il prendra ultérieurement pour désigner ce qui n’est pas grec, par exemple chez Hérodote ou chez Eschyle, mais sans aucune péjoration des peuples concernés. C’est avec Platon, dans le contexte philosophique du livre VII de la République, en 533 d, que le mot prendra une inflexion négative. L’âme humaine, incapable de s’élever vers le Bien suprême en se dirigeant vers le « haut », anô, risque de s’affaisser « dans un bourbier barbare », en borboro barbariko. Seule la dialectique, en dirigeant son regard vers le monde céleste, permet au prisonnier de la caverne de s’arracher à cette pesanteur de l’existence qui lui interdit de s’ouvrir à la hauteur. La même image reviendra chez Plotin dans les Énnéades8 et prend sans doute sa source dans d’anciens textes orphiques sur la boue de l’Hadès et la boue des Enfers où se perdent les criminels après leur mort.

    À Rome, la barbaria prendra une signification plus politique et deviendra, sous le double visage de la feritas, la « férocité », et de la vanitas, la « vacuité », la notion opposée à la romanitas, la civilisation fondée sur la loi, les deux domaines étant topographiquement séparés par la frontière du limes dont nous avons fait notre « limite ». Le terme s’opposera en même temps à la cultura telle que la définit pour la première fois Cicéron, dans les Tusculanes, en transposant la signification du mot agricultura, le soin de la terre – colere signifie « soigner » – en cultura, dans l’expression nouvelle de cultura animi, la « culture de l’âme ». Dans la lignée de Platon qui ouvrait la paideia sur la lumière du Bien, en conclusion de l’allégorie de la caverne, la cultura, tracée dans l’âme humaine par le soc de la réflexion comme le soc de la charrue laisse son sillon dans la glèbe, est dépendante d’une extériorité première. Le rayon de lumière ou le soc de la charrue ouvrent, par une intervention extérieure, la pensée sur le monde et lui permettent de produire des fruits. [...]
    La culture se présente donc toujours comme l’apport d’un élément exogène. Dès l’enfance, la langue et les connaissances nous sont transmises de l’extérieur par la famille et la société pour relier notre présent au passé de ceux qui nous ont précédés. Ce processus implique, au sens propre du terme, l’existence d’une autorité, auctoritas, qui « augmente » les pouvoirs intellectuels de l’homme et sa maîtrise des connaissances. Or l’autorité – ainsi l’autorité d’un auctor quand nous lisons son livre – témoigne toujours d’une source extérieure. La barbarie, au contraire, consiste à refuser de reconnaître une autorité qui élève l’homme et à dénier en lui l’existence de cette altérité constitutive : le barbare, c’est celui qui, à force d’intérioriser toutes choses, se referme sur sa stérilité. Pour reprendre l’image de Cicéron, dans la barbarie, aucune semence n’est jetée en terre pour produire plus tard, après une lente maturité, les fruits qui donnent un sens au soin du laboureur ; la terre, laissée à l’abandon, se couvre de ronces et de mauvaises herbes. La barbarie de la culture est le refus délibéré de l’extériorité et de l’altérité, comprises comme les conditions d’une fécondation de la pensée, désormais repliée sur elle-même et inarticulée.
    " -Jean-François Mattéi, « La barbarie de la culture et la culture de la barbarie », Noesis, 18 | 2011, 179-189.

    Bonheur: "B. [Au sens large et gén. à la forme abs.] Le bonheur.
    1. État essentiellement moral atteint généralement par l'homme lorsqu'il a obtenu tout ce qui lui paraît bon et qu'il a pu satisfaire pleinement ses désirs, accomplir totalement ses diverses aspirations, trouver l'équilibre dans l'épanouissement harmonieux de sa personnalité." -TFLI, "Bonheur".

    "Le bonheur est un état de satisfaction complète caractérisé par sa stabilité et sa durabilité. Il ne suffit pas de ressentir un bref contentement pour être heureux. Une joie intense n’est pas le bonheur. Un plaisir éphémère non plus. Le bonheur est un état global. L’homme heureux est comblé. Il vit une forme de plénitude. Sa situation est stable : elle présente un équilibre et seul un élément extérieur pourrait la modifier."
    -Dicophilo.

    "On appelle heureux celui qui se trouve dans un rapport harmonieux avec lui-même." -Hegel, La Raison dans l'Histoire, trad. Kostas Papaioannou, Paris, Plon, coll. 10/18, 1965, 311 pages, p.115-116.

    "Le bonheur ne consiste point dans des instants isolés d'énergie, de volupté ou d'oubli. Le bonheur est une succession presque continue, et durable comme nos jours, de cet heureux concours de paix et d'activité, de cette harmonie douce et austère qui est la vie du sage. Toute joie vive est instantanée, et dès-lors funeste ou du moins inutile; le seul bonheur réel c'est de vivre sans souffrir, ou, plus exactement encore, être heureux, c'est vivre : tout mal est étranger à la plénitude de la vie, et toute souffrance a pour principe des causes de destruction. La douleur est contraire à l'existence; quiconque souffre ne vit pas pleinement et entièrement." -Senancour, Rêveries, 1799, pp. 91-92.

    "Lorsque le rapport avec le monde extérieur nous est agréable, nous l’appelons plaisir : mais cet état passager n’est pas le bonheur. Nous entendons par bonheur un état qui serait tel que nous en désirassions la durée sans changement. Or voyons ce qui arriverait si un tel état était possible. Pour qu’il le fût absolument, il faudrait que le monde extérieur s’arrêtât et s’immobilisât. Mais alors nous n’aurions plus de désir, puisque nous n’aurions plus aucune raison pour modifier le monde, dont le repos nous satisferait et nous remplirait. Nous n’aurions plus par conséquent ni activité, ni personnalité. Ce serait donc le repos, l’inertie, la mort, pour nous, comme pour le monde." -Pierre Leroux, Philosophie. — Du Bonheur, Revue des Deux Mondes, Période Initiale, tome 5, 1836, pp. 421-482, p.427.

    "No one can be perfectly happy till all are happy." -Herbert Spencer.

    "Il y a sur terre de telles immensités de misère, de détresse, de gêne et d'horreur, que l'homme heureux n'y peut songer sans prendre honte de son bonheur. Et pourtant ne peut rien pour le bonheur d'autrui celui qui ne sait être heureux lui-même. Je sens en moi l'impérieuse obligation d'être heureux. Mais tout bonheur me paraît haïssable qui ne s'obtient qu'aux dépens d'autrui et par des possessions dont on le prive. (...). Pour moi j'ai pris en aversion toute possession exclusive; c'est de don qu'est fait le bonheur, et la mort ne me retirera des mains pas grand-chose. (...) Mon bonheur est d'augmenter celui des autres. J'ai besoin du bonheur de tous pour être heureux." -André Gide, Les Nourritures terrestres, 1897, pp. 268-270.

    "Par ailleurs, est final, disons-nous, le bien digne de poursuite en lui-même, plutôt que le bien poursuivi en raison d'un autre ; de même, celui qui n'est jamais objet de choix en raison d'un autre, plutôt que les biens dignes de choix et en eux-mêmes et en raison d'un autre ; et donc, est simplement final le bien digne de choix en lui-même en permanence et jamais en raison d'un autre. Or ce genre de bien, c'est dans le bonheur surtout qu'il consiste, semble-t-il. Nous le voulons, en effet, toujours en raison de lui-même et jamais en raison d'autre chose. L'honneur, en revanche, le plaisir, l'intelligence et n'importe quelle vertu, nous les voulons certes aussi en raison d'eux-mêmes (car rien n'en résulterait-il, nous voudrions chacun d'entre eux), mais nous les voulons encore dans l'optique du bonheur, dans l'idée que, par leur truchement, nous pouvons être heureux, tandis que le bonheur, nul ne le veut en considération de ces biens-là, ni globalement, en raison d'autre chose." (p.67)

    "Le bonheur paraît quelque chose de final et d'autosuffisant, étant la fin de tout ce qu'on peut exécuter." (p.68)

    "Nul ne dirait juste celui qui n'a pas de joie à faire la justice, ni généreux celui qui n'en a pas aux actions généreuses [...] les actions vertueuses sont plaisantes, mais aussi bonnes et belles." (p.77)

    "Nous avons posé que la fin de la politique est le bien suprême. Or la politique met le plus grand soin à faire que les citoyens possèdent certaines qualités, qu'ils soient bons et en mesure d'exécuter ce qui est beau.
    Notre sentiment a donc de l'allure quand nous refusons de dire heureux un bœuf, un cheval ou n'importe quel autre animal, car nul d'entre eux n'est en mesure d'avoir en partage ce genre d'activité. Et c'est pour ce motif que même un enfant n'est pas heureux, parce qu'il n'est pas encore capable d'exécuter de telles actions, vu son âge
    ." (p.81)

    "Si l'on ne veut pas déclarer heureux les gens en vie, c'est en raison des vicissitudes de la vie et parce qu'on se fait du bonheur l'idée d'une chose ferme et malaisée à renverser de quelque façon que ce soit, alors que la roue de la fortune tourne souvent pour les mêmes individus. Il est clair, en effet, que si nous suivons pas à pas les caprices de la fortune, nous allons souvent dire que le même individu et heureux et malheureux tour à tour, donnant de l'homme heureux l'image d'une sorte de caméléon et d'édifice branlant.

    Ne faut-il pas plutôt dire que s'en remettre, pour en juger, aux caprices de la fortune est incorrect de toutes les façons ? Ce n'est pas à eux que tient, en effet, le fait de vivre bien ou mal. Au contraire, ils offrent le supplément dont a besoin l'existence humaine, comme nous le disions. Et ce qui en décide souverainement, ce sont les actes vertueux dans le cas du bonheur et les actes contraires à la vertu dans le contraire
    ." (p.83-84)

    "[L'homme heureux] supportera aussi les caprices de la fortune avec le plus beau visage et restera partout entièrement à son affaire, du moins s'il est véritablement bon "et d'une carrure irréprochable".
    Cependant, bien des choses se produisent au gré de la fortune et il y a une différence entre les grands et les petits aléas.
    Quand elles sont petites, les marques d'une bonne fortune et pareillement d'une fortune opposée ne pèsent évidemment pas lourd dans la vie.
    Quand ce sont, en revanche, de grandes faveurs et qu'elles se répètent souvent, elles peuvent accroitre considérablement la félicité de l'existence, car elles l'assortissent naturellement ainsi d'une parure en supplément et l'on en peut faire un bel usage et vertueux.
    A l'inverse, si ce sont des revers, ils entament et gâtent la félicité car ils accumulent chagrins et obstacles à bien des activités. Et pourtant, même dans ces cas, on voit dans tout son éclat ce qui est beau, chaque fois que quelqu'un supporte sans aigreur des infortunes nombreuses et de taille, non par insensibilité à la douleur, mais parce qu'il possède noblesse et grandeur d'âme
    ." (p.85)

    "On ne peut être, en effet, arraché au bonheur aisément, ni par n'importe quel revers. Au contraire, cela nécessite de grandes infortunes, qui se multiplient. Après de telles infortunes, on ne peut pas non plus recouvrer le bonheur en peu de temps." (p.86)
    -Aristote, Éthique à Nicomaque, Livre I, traduction Richard Bodéüs, GF Flammarion, 2004, 560 pages.

    "Vivre heureux [...] qui ne le désire !" -Sénèque, De Vita Beata (La Vie heureuse), traduction François Rosso, Arléa, 1995, 193 pages, p.15.

    "Tous sans exception, nous voulons être heureux ! [...]

    Mais qu’est ceci ? Que l’on demande à deux hommes s’ils veulent être soldats, et il peut se faire que l’un réponde oui, l’autre non ; mais qu’on leur demande s’ils veulent être heureux, et tous les deux aussitôt sans la moindre hésitation disent qu’ils le souhaitent, et même, le seul but que poursuive le premier en voulant être soldat, le seul but que poursuive le second en ne le voulant pas, c’est d’être heureux. Serait-ce donc que l’on prend sa joie, l’un ici, l’autre là ? Oui, tous les hommes s’accordent pour déclarer qu’ils veulent être heureux, comme s’ils s’accorderaient pour déclarer, si on le leur demandait, qu’ils veulent se réjouir, et c’est la joie elle-même qu’ils appellent vie heureuse. Et même si l’un passe ici, l’autre là pour l’atteindre, il n’y a pourtant qu’un seul but où tous s’efforcent de parvenir : la joie.
    "
    -Saint Augustin, Les Confessions, 354-430.

    "Tous les hommes recherchent d’être heureux. Cela est sans exception, quelques différents moyens qu’ils y emploient. Ils tendent tous à ce but. Ce qui fait que les hommes vont à la guerre et que les autres n’y vont pas est ce même désir qui est dans tous les deux accompagné de différentes vues. La volonté ne fait jamais la moindre démarche que vers cet objet. C’est le motif de toutes les actions de tous les hommes, jusqu’à ceux qui vont se pendre." -Blaise Pascal, Pensées, 138, édition Michel Le Guern.

    « La satisfaction, le bonheur, comme l’appellent les hommes, n’est au propre et dans son essence rien que de négatif ; en elle, rien de positif. Il n’y a pas de satisfaction qui d’elle-même et comme de son propre mouvement vienne à nous : il faut qu’elle soit la satisfaction d’un désir. Le désir, en effet, la privation, est la condition préliminaire de toute jouissance. Or avec la satisfaction cesse le désir, et par conséquent la jouissance aussi. Donc la satisfaction, le contentement, ne sauraient être qu’une délivrance à l’égard d’une douleur, d’un besoin (...) Tout bonheur est négatif, sans rien de positif ; nulle satisfaction, nul contentement, par suite, ne peut être de durée: au fond ils ne sont que la cessation d’une douleur ou d’une privation. »  -Arthur Schopenhauer, Le Monde comme volonté et comme représentation, livre IV, chapitre 58, traduction Burdeau revue par Richard Roos, PUF, Paris, 2004, pp.403-404.

    "Le bonheur est la satisfaction de toutes nos inclinations (aussi bien extensive, à l'égard de leur variété, qu'intensive, quant à leur degré, et même protensive, du point de vue de leur durée)."  -Emmanuel Kant, Critique de la raison pure, traduction Alain Renaut, GF-Flammarion, 2006, 749 pages, p.659.

    "Il y a cependant une fin que l'on peut supposer réelle chez tous les êtres raisonnables [...] un but qui n'est pas pour eux-mêmes une simple possibilité, mais dont on peut simplement admettre que tous se le proposent effectivement en vertu d'une nécessité naturelle et ce but est le bonheur." -Kant, Fondements de la métaphysique des mœurs.

    "Le bonheur positif et parfait est impossible. Il faut simplement s'attendre à un état comparativement moins douloureux."

    "Vivre heureux peut seulement signifier ceci: vivre le moins malheureux possible ou en bref vivre de manière supportable." -Arthur Schopenhauer, L'Art d'être heureux.

    "L’homme ne se contente pas de survivre ou de vivre bien, il veut encore être heureux."

    "Il faut se disposer au bonheur. Et la première condition pour s’y disposer, c’est d’abandonner ce fantasme d’un Bonheur qui serait annulation de toutes nos tensions, satisfaction de tous nos désirs." -Vincent Citot, « Matérialisme, spiritualisme et scepticisme : prolégomènes à une philosophie du bonheur », Le Philosophoire, 2006/1 (n° 26), p. 37-54.

    « Le bonheur des méchants qui réussissent a toujours été l'un des faits les plus gênants de la vie, qu'il n'apporte rien d'expliquer. » -Hannah Arendt, Responsabilité et jugement, trad. Jean-Luc Fidel, Paris, Payot, 2005, p.181.

    « Le bonheur est le souci du plaisir. » -Vladimir Jankélévitch, La mort, Éditions Flammarion, col. Champ essais, 1977,  474 pages, p.49.

    "Le plaisir peut s'appuyer sur l'illusion, mais le bonheur repose sur la réalité." -Chamfort.

    "De quoi jouit-on dans une pareille situation ? De rien d'extérieur à soi, de rien sinon de soi-même et de sa propre existence, tant que cet état dure, on se suffit à soi-même comme Dieu." -Jean-Jacques Rousseau, Les Rêveries du Promeneurs Solitaire.

    "Le bonheur ça ne se mesure pas. C’est impossible." -Denis de Rougemont, Entretient avec Gaston Nicole et Roland Bahy (8 novembre 1971).

    "S’il est assez difficile de définir en général le bonheur, le problème devient insoluble dès que s’y ajoute la volonté moderne d’être le maître de son bonheur, ou ce qui revient peut-être au même, de sentir de quoi il est fait, de l’analyser et de le goûter afin de pouvoir l’améliorer par des retouches bien calculées. Votre bonheur, répètent les prêches des magazines, dépend de ceci, exige cela –et ceci ou cela, c’est toujours quelque chose qu’il faut acquérir, par de l’argent le plus souvent. Le résultat de cette propagande est à la fois de nous obséder par l’idée d’un bonheur facile, et du même coup de nous rendre inaptes à le posséder. Car tout ce qu’on nous propose nous introduit dans le monde de la comparaison, où nul bonheur ne saurait s’établir, tant que l’homme ne sera pas Dieu. Le bonheur est une Eurydice : on l’a perdu dès qu’on veut le saisir. Il ne peut vivre que dans l’acceptation, et meurt dans la revendication. C’est qu’il dépend de l’être et non de l’avoir : les moralistes de tous les temps l’ont répété, et notre temps n’apporte rien qui doive nous faire changer d’avis. Tout bonheur que l’on veut sentir, que l’on veut tenir à sa merci –au lieu d’y être comme par grâce- se transforme instantanément en une absence insupportable." -Denis de Rougemont, L’amour et l’Occident, Livre VII « Le Mythe contre le Mariage », Plon, Bibliothèque 10/18, 1972 (1939 pour la première édition), 445 pages, p.303.

    "Le bonheur ou le malheur est une question très subjective. Personne ne peut juger du bonheur ou du malheur d’un autre à sa place." -Le bloggeur "Descartes", 06/09/2016 (cf: http://descartes.over-blog.fr/2016/08/ensemble-mais-separes.html ).

    "Le fait d'être satisfait n'a rien du charme magique d'une bonne lutte contre le malheur, rien du pittoresque d'un combat contre la tentation, ou d'une défaite fatale sous les coups de la passion ou du doute. Le bonheur n'est jamais grandiose." -Aldous Huxley, Le Meilleur des mondes.

    "Le bonheur repose toujours sur la sécurité, c'est-à-dire sur une limitation apparemment confortable de nos possibilités. La joie, elle, est traversée par le désespoir qui, en bout de course, la rejoint. Alors que le bonheur est un sentiment égal, monotone, dérivant de la sécurité, la joie exprime pleinement et simultanément tout un spectre: joie à un extrême, désespoir au centre, puis joie encore." -David Cooper, Mort de la famille, Éditions du Seuil, 1972 (1971 pour la première édition anglaise), 156 pages, p.53.

    "[Alabanda:] Grâce à Dieu, je n'aurai pas une fin ordinaire. Etre heureux, dans la bouche des valets, c'est somnoler. Etre heureux ! J'ai l'impression d'avoir de la bouillie et de l'eau tiède sur la langue, quand vous me parlez d'être heureux. C'est tellement niais et abominable, tout ce pour quoi vous sacrifiez vos couronnes de laurier, et votre immortalité." -Friedrich Hölderlin, Hypérion ou l'Ermite de Grèce, trad. Jean-Pierre Lefebvre, GF Flammarion, 2005 (1797-1799 pour la première édition allemande), 281 pages, p.96.

    "L'homme n'aspire pas au bonheur ; il n'y a que l'Anglais qui fait cela." -Friedrich Nietzsche, Le Crépuscule des idoles, suivi de Le cas Wagner, trad. Henri Albert, GF-Flammarion, 1985 (1889 pour la première édition allemande), 250 pages, p.73, §12.

    "On devient homme non par le biais de la science, de l'art ou de la religion, mais par le refus lucide du bonheur, par notre inaptitude foncière à être heureux." -Emil Cioran, Des larmes et des saints (1937). In Œuvres, Gallimard, coll. Quarto, 1995, 1818 pages, p.328.

    "Quels sont les desseins et les objectifs vitaux trahis par la conduite des hommes, que demandent-ils à la vie, et à quoi tendent-ils ? On n'a guère de chance de se tromper en répondant: ils tendent au bonheur ; les hommes veulent être heureux et le rester. Cette aspiration a deux faces, un but négatif et un but positif: d'un côté éviter douleur et privation de joie, de l'autre rechercher de fortes jouissances. En un sens plus étroit, le terme "bonheur" signifie seulement que ce second but a été atteint. [...]

    Ce qu'on nomme bonheur, au sens le plus strict, résulte d'une satisfaction plutôt soudaine de besoins ayant atteint une haute tension, et n'est possible de par sa nature que sous forme de phénomène épisodique.
    " -Sigmund Freud, Malaise dans la civilisation, tr. fr. Ch. et J. Odier, PUF, 1971, p. 20.

    " [Le bonheur] est la forme et la signification d'ensemble d'une vie qui se considère réflexivement elle-même comme comblée et comme signifiante, et qui s'éprouve elle-même comme telle. Le bonheur est le sentiment vécu de la conscience lorsqu'elle se dépasse actuellement vers une partie plus ou moins longue de sa vie, et qu'elle saisit tout ou partie du temps qu'elle a vécu et qu'elle est en train de vivre. Le bonheur est donc à la fois une appréhension réflexive de la vie de l'individu dans sa durée, par l'individu existant dans son actualité présente, et un sentiment qualitatif de plénitude et de satisfaction concernant ce Tout de l'existence, saisi par la conscience actuelle." -Robert Misrahi, Le bonheur. Essai sur la joie, Hatier, 1994, p. 52.

    « Le bonheur n’est que plaisir continué. Nous ne pouvons douter que l’homme ne le cherche dans tous les instants de sa durée ; d’où il suit que le bonheur le plus durable, le plus solide, est celui qui convient le plus à l’homme. La morale […] est faite pour lui indiquer le bonheur ou le plaisir le plus durable, le plus réel, le plus vrai, et lui montrer qu’il doit le préférer à celui qui n’est que passager, apparent et trompeur. […]
    L’homme pour se conserver et pour jouir du bonheur, vit en société avec des hommes qui ont les mêmes désirs et les mêmes aversions que lui. La morale lui montrera que pour se rendre heureux lui-même, il est obligé de s’occuper du bonheur de ceux dont il a besoin pour son propre bonheur. Elle lui prouvera que de tous les êtres, le plus nécessaire à l’homme, c’est l’homme.
    » -Paul-Henri Thiry d’Holbach, Système social ou Principes naturels de la Morale & de la Politique avec un Examen de l’Influence du Gouvernement sur les Mœurs, 1773 in Œuvres philosophiques 1773-1790, Éditions coda, 2004, 842 pages, p.39.



    Dernière édition par Johnathan R. Razorback le Mer 2 Mai - 12:24, édité 63 fois


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    « La racine de toute doctrine erronée se trouve dans une erreur philosophique. [...] Le rôle des penseurs vrais, mais aussi une tâche de tout homme libre, est de comprendre les possibles conséquences de chaque principe ou idée, de chaque décision avant qu'elle se change en action, afin d'exclure aussi bien ses conséquences nuisibles que la possibilité de tromperie. » -Jacob Sher, Avertissement contre le socialisme, Introduction à « Tableaux de l'avenir social-démocrate » d'Eugen Richter, avril 1998.

    "Il y a, de nos jours, beaucoup de gens qui s'accommodent très aisément de cette espèce de compromis entre le despotisme administratif et la souveraineté du peuple, et qui pensent avoir assez garanti la liberté des individus, quand c'est au pouvoir national qu'ils la livrent. Cela ne me suffit point." -Alexis de Tocqueville, De la Démocratie en Amérique, vol II, Quatrième Partie : Chapitre VI, 1840.

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    Re: De la Philosophie & des définitions conceptuelles

    Message par Johnathan R. Razorback le Sam 26 Déc - 23:21

    Bien: "I. Le bien (de), du bien. Ce qui favorise l'équilibre, l'épanouissement d'un individu, d'une collectivité ou d'une entreprise humaine (à tous points de vue).
    A. PHILOS., THÉOL., absol. Ce qui correspond aux aspirations essentielles de la nature humaine; ensemble de facteurs propres à amener et maintenir chaque être au summum de son accomplissement vital  notamment par la voie du perfectionnement spirituel. [...]
    B. Domaine éthique
    1. Ensemble des valeurs positives fondamentales (respect de la vie et de la dignité humaine, justice, assistance mutuelle, etc.) prônées par une société donnée comme utiles à l'harmonieux développement, au progrès moral des individus, de la communauté.
    ." -TLFI, "Bien (subst. masc)".

    Capital: "Comme le capital social ou culturel, on peut proposer la notion de capital spatial c’est-à-dire la capacité à accumuler des expériences, à les valoriser, à s’affranchir des cadres de proximité; enfin à maîtriser l’information. Ce capital spatial dont l’élément central est la mobilité forme un système où s’articulent mouvement et stabilité. L’exemple de la Haute bourgeoisie l’illustre bien. L’enracinement symbolique et la maîtrise intergénérationelle de la Haute bourgeoisie se construit à partir des patrimoines de la terre, de la pierre aux portefeuilles d’actions, qui contrastent avec une aptitude à être très mobile pour la formation, les loisirs ou la sociabilité. Elle s’appuie aussi sur une fixité et des pratiques de l’espace au quotidien liées à l’entre-soi dans les « beaux quartiers » pour reprendre le titre de l’ouvrage de M. Pinçon–Charlot et M. Charlot (1989). La mobilité spatiale choisie des élites combinée à leur enracinement forment leur capital spatial. S’y opposent la mobilité subie des migrants, leur difficulté à s’établir durablement à un endroit, ou au contraire leur difficulté à en partir. À la différence des élites, les groupes défavorisés ne capitalisent pas leurs pratiques spatiales; leur connaissance de divers espaces ne forme pas une plus-value, un avantage ou un atout. On peut ainsi dire que les inégalités sont construites en fonction de l’accès au capital économique (biens financiers et patrimoine), au capital social (relations, réseaux d’influence), au capital culturel (diplômes, niveau linguistique, etc.) et au capital spatial défini par les pratiques de l’espace, les capacités à utiliser l’espace, les informations gagnées par les déplacements et les voyages, etc. et surtout à en tirer parti pour l’ascension sociale." -Benoît Raoulx et Jean-Marc Fournier, « La géographie sociale, géographie des inégalités », ESO Travaux et Documents, n°20, 2004, Rennes/Nantes, p.25-32, p.31-32.

    Capitalisme: "Autrefois l'ordre économique fondé sur la terre était limité mais ferme, inébranlable ; aujourd'hui il est agité, secoué par tous les flots, les vents et tempêtes de la mer." -Jean Jaurès, Les origines du socialisme allemand, traduction par Adrien Veber de la thèse latine, in Revue Socialiste (de Benoît Malon), 1892.

    "Plus qu'à l'époque de Marx ou de Weber, nous sommes soumis au pouvoir total de forces impersonnelles -le marché, la finance, la dette, la crise, le chômage- qui s'imposent aux individus comme un destin implacable." -Michael Löwy, La cage d'acier: Max Weber et le marxisme wébérien, Paris, Éditions Stock, coll. « Un ordre d'idées », 2013.

    "Ce qui distingue le mode de production capitaliste des modes de production antérieurs, c'est sa tendance interne à s'étendre à toute la terre et à chasser toute autre forme de société plus ancienne." -Rosa Luxembourg, Introduction à l'économie politique, Chapitre 6 « Les tendances de l'économie mondiale. », 1907.

    « Toute l'histoire du capitalisme est l'histoire d'un prodigieux développement de la productivité, à travers le développement de la technologie. » -Louis Althusser, Avertissement aux lecteurs du Livre I du Capital.

    "A la différence des modes de production précédents, le capitalisme accumule, au lieu de revenir toujours au même point."
    -Anselm Jappe, Guy Debord.

    « S’il y a bien eu des « marchés » et des « entreprises » dans de nombreux contextes historiques –par exemple dans la Rome ancienne, dans le Chine impériale, en URSS-, il n’est pas faux de dire que les économies non capitalistes reposent sur des manières d’allouer les ressources qui, en gros, ne sont pas marchandes, à cause du rôle important qu’y jouent l’autoproduction, le prélèvement contraignant, l’extorsion directe, les flux d’échange enchâssés dans des rapports sociaux préexistants, les échanges non monétaires. Quant à la production de biens et de services, elle n’est pas, dans les sociétés non capitalistes, majoritairement ou hégémoniquement assurée par des organisations conçues en fonction de la recherche du profit, c’est-à-dire de l’anticipation de futurs investissements productifs. Globalement, une économie devient capitaliste lorsque, un seuil critique ayant été franchi, les logiques, les possibilités d’action et les contraintes inhérentes au marché et à l’entreprise commencent à peser d’un poids déterminant sur la production et, à partir de là, sur l’organisation sociale. A partir de ce seuil critique, se produisent des phénomènes de diffusion, d’élargissement, d’escalade concurrentielles, etc, dont l’influence devient marquante. » -Stéphane Haber, Penser le néocapitalisme. Vie, capital et aliénation, Les Prairies Ordinaires, coll. « Essais », 2013, 344 pages, p.47.

    "Le fait que les produits du travail deviennent des marchandises suppose qu'ils soient fabriqués en vue d'être présentés sur un marché pour y être échangés. C'est le résultat d'un ensemble de pratiques sociales. La transformation générale des produits en marchandises ne se réalise pleinement que dans le mode de production capitaliste." -Gérard Duménil, Michael Löwy et Emmanuel Renault, Les 100 mots du marxisme, PUF, coll "Que sais-je ?", 2009, 126 pages, p.76.

    "Le capitalisme n’est rien d’autre que la recherche de l’accumulation d’argent comme but en soi." -Robert Kurz, Le dernier stade du capitalisme d'Etat, article publié le 28 septembre 2008, par le quotidien brésilien Folha de Sao Polo.

    "Plusieurs dictionnaires définissent simplement le capitalisme comme un système qui met en jeu marchés et propriété privée. Or ces institutions existent depuis des millénaires. Des échanges commerciaux avaient déjà lieu entre tribus il y a des dizaines de milliers d’années. La propriété privée prit véritablement forme lorsque le système juridique des premières civilisations codifia les droits de propriété individuelle et les contrats. Les marchés, au sens précis d’un espace public où les biens ou les services sont échangés de manière récurrente, datent quant à eux du VIe siècle avant J.-C, en Grèce et au Moyen-Orient (d’après la Bible et Hérodote). Un de mes anciens étudiants chinois (Xueqi Zhang) a par ailleurs fait remonter l’existence de marchés organisés en Chine à 3000 ans avant J.-C.

    Ainsi, si l’on définit simplement le capitalisme en termes de propriété privée et de marchés, et même si l’on s’en tient à une définition stricte de ces termes, c’est-à-dire que la propriété privée implique non seulement l’acte de possession, mais aussi un véritable cadre juridique, et que les marchés sont non seulement un exemple de commerce, mais aussi des forums d’échange organisés, alors le capitalisme existerait depuis presque cinq mille ans et aurait été bien établi en Grèce, à Rome et en Chine pendant l’antiquité. Il faut donc ajouter certains éléments à la définition du capitalisme pour qu’elle corresponde plus précisément au système dont l’émergence date du XVIIIe siècle. [...]

    Je propose une définition du capitalisme qui inclut la propriété privée, la généralisation des marchés et des contrats de travail, et l’existence d’institutions financières bien développées. Ces dernières font partie de la définition pour les raisons citées précédemment, c’est-à-dire parce que le capitalisme est avant tout un système basé sur la finance. C’est pourquoi le développement d’institutions financières joua un rôle essentiel dans son émergence puis dans son essor
    ." -Geoffrey Hodgson, « Comprendre le capitalisme. Comment le mauvais usage de concepts clés nous empêche de comprendre les économies modernes », La Vie des idées, 17 mars 2016.

    "L’importance de la construction juridique de la possibilité des marchés financiers ne va aucunement à l’encontre de l’importance de l’évolution matérielle des modes de production. Et ceux-ci s’expriment en termes de forces. Dire que le capitalisme se définit par sa capacité à organiser juridiquement la finance ne disqualifie en rien une analyse de l’infrastructure qui a nécessité cette construction juridique pour se développer. Et ce d’autant plus que rien n’indique dans le raisonnement de l’auteur que cette construction juridique serait venue d’autre chose que des besoins créés par une production dont l’évolution s’est trouvée en butte à la question de la finance. Cette évolution institutionnelle de la finance serait alors le fruit de l’évolution de la production et des rapports de force sociaux qu’elle engendre. [...]
    Même si les institutions ne découlent pas de manière déterministe des conditions matérielles de production, celles-ci jouent très fortement dans leur établissement.
    ." -Clément Carbonnier, « Pour une défense du matérialisme », La Vie des idées, 27 septembre 2016.

    Causalité: "Le principe de causalité signifie qu’il y a des séquences d’événements qui se répètent de façon invariable dans le temps. Si un événement du type A a lieu à un moment donné, toutes choses égales d’ailleurs, un événement du type B s’ensuivra dans tous les cas." -Jacques Bouveresse , « Déterminisme et causalité », Les Études philosophiques, 3/2001 (n° 58), p. 335-348.

    Christianisme: "Le christianisme est un pessimisme radical, en ce qu'il nous enseigne à désespérer du seul monde dont nous soyons sûrs qu'il existe, pour nous inviter à mettre notre espoir en un autre dont on ne sait s'il existera jamais." -Étienne Gilson, L'esprit de la philosophie médiéval, 1931, p.111.

    « Le christianisme a déclaré « superstition » les fondements de la cité antique au nom d’une transcendance radicale et d’un accomplissement de l’homme comme tel. »  -Pierre Gisel, Qu’est-ce qu’une religion ?, Paris, Librairie philosophique J. Vrin, 2007, 128 pages, p.67.

    « Le contrepoids de l'individu à tout holisme peut s'observer dans plusieurs systèmes sociaux du Moyen Age. Mais, pour l'Église, il est la définition même de sa constitution. Alors que, dans des cas extrêmes, l'individu peut être absorbé par la "Cité" politique, l'Église, elle, ne peut le sacrifier sans se priver d'une dernière instance de sa légitimité, car son ultime raison n'est pas le salut public, mais le salut éternel des âmes individuelles. Aujourd'hui encore, le Corpus iuris canonici se termine par le canon salus animarum in Ecclesia suprema semper lex esse debet ("le salut des âmes doit être la loi suprême de Église"), contre-pied exact de la devise fondamentale du droit romain, salus publica suprema lex esto ("que le salut public soit la loi suprême"). » -Peter Von Moos, « L’individu ou les limites de l’institution ecclésiale », Brigitte Miriam Bedos-Rezak & Dominique Iogna-Prat (dir), L'Individu au Moyen Age. Individuation et individualisation avant la modernité, Mayenne, Éditions Flammarion, Aubier, 2005, 380 pages, p.271-272.

    "Je crois en effet que l'Église a toujours défini sa nature et son existence d'une manière historique, comme étant le lien dans le temps entre la vie humaine du Christ et son avènement final. Dans cette perspective, la pensée chrétienne a été animée par la vision d'un monde en évolution, d'un peuple en marche vers l'accomplissement du Royaume de Dieu. Ce monde temporel, dans lequel œuvre l'Église, elle cherche depuis ses origines à le dégager de toutes les contraintes aliénantes, à la fois matérielles et spirituelles, pour le préparer à la rencontre finale avec son Créateur.

    Il m'apparaît donc que l'idéologie révolutionnaire qui domine la pensée en ce moment et qui propose la réalisation d'une société toujours en état de contestation d'elle-même, sous la forme plus ou moins utopique de la révolution permanente, a ses origines les plus profondes et les plus authentiques dans la pensée chrétienne. Au-delà du marxisme, du socialisme, du freudisme, du transformisme scientifique, l'idéologie du changement et l'idéologie révolutionnaire poussent leurs racines dans la vieille tradition judéo-chrétienne qui, depuis 4,000 ans, a perçu le monde à travers une historicité où se mêlent, d'une manière plus ou moins cohérente et parfois violente, l'action de l'homme et l'intervention de Dieu
    ." -Guy Rocher, « L'idéologie du changement comme facteur de mutation sociale  », SociologieS [En ligne], Découvertes / Redécouvertes, Guy Rocher, mis en ligne le 28 octobre 2008, consulté le 18 juin 2016.

    "La volonté chrétienne de transformer le pécheur dans son âme et dans sa conduite a entraîné en Occident l’idée de transformer le milieu humain (d’où le mythe de la révolution), et l’idée de transformer le milieu naturel (d’où la technique)." -Denis de Rougemont, L’amour et l’Occident, Livre VII « L’Amour Action, ou de la Fidélité », Plon, Bibliothèque 10/18, 1972 (1939 pour la première édition), 445 pages, p.343.

    Civilisation (et barbarie): « Mais que faut-il entendre par « civilisation » ? Au sens large, le terme n'implique pas seulement la jouissance des améliorations dues au progrès dans la vie de tous les jours, mais aussi le développement des connaissances et la pratique de la vertu afin d'élever la vie humaine à un plan supérieur. Autrement dit, le terme « désigne à la fois l'acquisition du bien-être matériel et l'élévation de l'esprit humain » mais, « comme le bien-être et le raffinement de l'humanité sont le résultat du savoir et de la vertu, la civilisation se définit, en dernière analyse, comme le progrès de l’humanité dans la connaissance et la vertu. » » -Fukuzawa Yukichi, Ébauche d’une théorie de la civilisation, 1875.

    "Au début du Manifeste communiste [...] Marx dit que la guerre des classes "finissait toujours soit par une transformation révolutionnaire de la société tout entière, soit par la destruction des deux classes en lutte", alternative que semble bien illustrer la chute de l'Empire romain, submergé par l'invasion de peuples barbares." (p.18)

    "Si barbarie s'oppose à civilisation, ce mot ne peut plus désigner un peuple ou une race, il ne peut s'appliquer qu'à telle ou telle façon d'agir ou de penser -qui n'épargne aucun peuple et peut s'emparer des esprits dans des pays de très vielle et haute culture: Français et Allemands, Espagnols et Italiens sont bien placés pour le savoir." (p.19)
    -Jean-Louis Prat, Introduction à Castoriadis, Éditions La Découverte, coll. Repères, Paris, 2007.

    Collectif: "Si l’on résume, « collectif » (collectum, supin de colligere qui signifie « réunir ») s’entend pour l’essentiel de deux manières : 1) ou bien la réunion de plusieurs éléments forme un ensemble, littéralement une collection, quel que soit le lien existant entre les éléments eux-mêmes, ce qui peut fort bien signifier que ce lien est adventice et extérieur aux individus, c’est-à-dire uniquement le fait d’un acte de dénombrement qui aurait pu tout aussi bien ne pas exister ; 2) ou bien la réunion produit un être totalement différent (toto genere) de ses éléments qui acquiert par là une vie et une existence indépendante en tant que tout, il s’agit donc du tout en tant qu’il est irréductible à une simple collection, donc de l’être collectif comme être moral ou spirituel supérieur à l’individu : la « Nation », la « Société », la « Collectivité », la « Communauté », de quelque nom qu’on le baptise, l’« Humanité » de Pierre Leroux ou le « Grand Être » d’Auguste Comte, etc. Toute la question est alors de savoir quel est le statut qu’il faut accorder à cet être moral. Pour toute une tradition de philosophie politique (de Hobbes à Renan en passant par Rousseau), un tel être est lui-même un individu de degré supérieur : comme tout il est un individu qui est fait d’individus, il est, très exactement, un « individu collectif », selon l’expression de Vincent Descombes reprise de Louis Dumont. Par exemple, on dira d’une nation qu’elle constitue, dans ses rapports avec l’étranger, c’est-à-dire avec les autres nations, un individu (Rousseau parle même d’« être simple »), alors que, dans son rapport interne à ses membres que sont les citoyens, elle n’est jamais qu’une « collection d’individus  ». D’où le problème de la réalité d’une entité comme l’Humanité : dans la mesure où cette dernière peut difficilement prétendre constituer à son tour un individu composé de ces individus que sont les nations ? puisque lui fait défaut cette relation à un autre individu du même genre qui lui serait extérieur ? faut-il se résoudre à ne voir en elle qu’une simple fiction ? Bref, tant que le collectif se réduit à la pluralité indéfinie de la collection, aucune opposition n’est concevable entre le collectif et l’individuel. Mais dès l’instant que le collectif prend par totalisation et intégration la figure d’un individu ou d’un organisme supérieur à ses membres, l’opposition ne peut que se cristalliser. Tout est ici fonction de la façon dont on conçoit les deux figures du collectif : d’un côté, une collection d’individus qui ne doivent d’être réunis qu’au fait de partager une propriété commune, ce que le latin exprimera par le distributif omnis, de l’autre, un tout intégral auquel ne manque aucune de ses parties, ce que le latin exprimera par totus ; ainsi, comme le note Vincent Descombes, omnis homo, tout homme au sens de chaque homme, renvoie à un tout distributif, tandis que totus homo, un homme total, renvoie à un tout collectif ou intégral ." -Pierre Dardot , « La subjectivation à l'épreuve de la partition individuel-collectif », Revue du MAUSS 2/2011 (n° 38) , p. 235-258.

    Colère: "Cela ne surprendra personne : peu de philosophes défendent la colère. Elle est pour Aristote, ou pour un stoïcien comme Sénèque qui lui consacre tout un traité, le cas d’école de l’emportement par lequel l’homme ajoute inutilement du mal au mal. Elle est chez Spinoza la conséquence de la haine, elle-même conséquence de la tristesse, autant dire la pire des passions tristes, la preuve que nous n’entendons rien au projet spinoziste : « Ni rire ni pleurer, mais comprendre. » Viser la joie, la béatitude ou la sagesse, c’est donc d’abord apprendre, chère Pauline, à ne pas se mettre en colère. Elle est aussi inutile dans une pensée du destin que dans une philosophie de la contingence. Si le monde est un destin, alors la colère ne sert à rien. Si les choses sont contingentes, alors il n’y a plus de raison de se mettre en colère : employons-nous plutôt à les changer, ce que nous ferons mieux sans colère. L’expression « se mettre en colère » suffisait d’ailleurs à attirer le soupçon : elle porte l’idée d’une décision incompatible avec la pureté de l’élan, d’une théâtralisation incompatible avec le caractère insoutenable de l’injustice.

    Pourtant, nous sentons tous qu’il y a parfois dans notre colère quelque chose de sain, de libérateur, voire de joyeux. Par ma colère, en effet, je m’affirme. Que j’aie tort ou raison n’est pas l’essentiel, je crie que j’existe et cela fait du bien. Que l’injustice dont je m’estime victime en soit vraiment une ou pas, peu importe : seul importe, dans le jaillissement de ma colère, l’affirmation d’une limite que j’estime ne pas devoir être franchie. Ce n’est pas une limite objective, c’est la limite pour moi. La colère est bien affirmation d’une subjectivité et c’est à ce titre qu’elle est belle. Seul Dieu, pour les chrétiens, a le droit de se mettre en colère : la colère figure au sein des sept péchés capitaux. On comprend pourquoi : quand la colère me prend, je n’ai plus ni Dieu ni maître.

    La colère a une fonction : elle vient désigner le « non-négociable ». Souvenons-nous de la grande colère de Meursault face à l’aumônier, à la fin de
    L’Étranger d’Albert Camus. Il y a tant de choses qui indiffèrent Meursault, il peut supporter la prison et la bêtise des hommes, l’éloignement de Marie et le rapprochement de l’échéance de la guillotine, mais qu’un aumônier vienne lui gâcher ses derniers instants d’existence en lui répétant ses balivernes, cela, il ne peut l’accepter. Voilà à quoi sert la colère : à indiquer aux autres en même temps qu’à soi-même ce qui est vraiment important, ce sur quoi on ne lâchera pas – ou plus. C’est vrai d’un individu comme d’un peuple." -Charles Pépin (cf: http://www.philomag.com/lepoque/cest-une-question-que-je-me-pose-a-chaque-fois-que-je-me-mets-en-colere-a-quoi-ca-sert-8485 ).

    Collectivisme: "Pour ne pas philosopher sur ce chapitre à perte de vue et nous en tenir à nos sociétés actuelles, nous dirons qu’il ne faut pas voir en elles une somme d’individus juxtaposés, des archipels d’îles peuplées de Robinsons, selon l’expression d’un philosophe contemporain. Chacune d’elles forme un être nouveau, un vrai tout, individuel à son tour et à sa manière, se comportant en tant que corps autrement que ses membres isolés, parce que ceux-ci ont constamment entre eux des rapports qui les rendent dépendants les uns des autres."

    "C’est d’abord qu’aux yeux des promoteurs de la doctrine, le mot de solidarité exprime avec force l’union très ferme, indissoluble, des individus en un tout, et la volonté de substituer de plus en plus la considération de la société, ce bloc vivant et agissant, à celle de l’individu."

    "Il y a une part de notre liberté, de notre propriété, de notre personne même dont nous sommes redevables à l’effort commun des générations antérieures et de nos contemporains. Il ne suffit pas de constater le fait et d’y voir une merveilleuse loi d’harmonie qui lie toutes les existences humaines ; cette réflexion amène à reconnaître le principe d’une dette. On n’est un être social qu’autant qu’on l’accepte et qu’on consent à l’acquitter."

    "Cette dette, imposée par l’esprit de justice, une fois acquittée au moyen de l’impôt, alors la liberté commence vraiment, la propriété individuelle devient respectable."

    "S’il en résulte que la philosophie de la solidarité n’existe encore qu’à l’état d’essai, elle n’est pas moins digne de nous séduire par la grandeur et la noblesse de ses aperçus. Elle n’est peut-être, pour le moment, qu’une manière de penser, ainsi qu’on l’a dit modestement ; mais n’est-ce donc rien, quand cette manière se rattache par des liens intimes et étroits à cette formule féconde de la morale de Kant : « Agis de telle façon que tu traites l’humanité, aussi bien dans ta personne que dans celle d’autrui, toujours comme une fin, jamais comme un moyen » ?" -Joseph Drioux, De la solidarité sociale, 1902.

    "[Ces autorités] intellectuelles sont elles-mêmes le jeu de forces agissant à leur insu. Plus précisément, elles sont gratifiées d’un salaire et d’une reconnaissance par des individus qui tirent avantage de leur pouvoir. Elles œuvrent au sein de l’État. Elles vivent de la taxation. Bref, elles constituent un groupe ayant intérêt à légitimer, c’est-à-dire enchanter une forme de contrainte quelconque, surtout économique.

    Lorsque je leur reflète cet état de choses, ils m’accusent d’être paranoïaque. La remarque est savoureuse d’ironie, car ils passent la plupart de leur temps à analyser le reste de la société civile de cette manière. C’est seulement lorsque je retourne cette méthode contre eux qu’ils invoquent la pleine maîtrise qu’ils ont d’eux-mêmes contre les déterminismes de leur environnement
    ." -Gabriel Lacoste, Qu’est-ce que la liberté ? (cf: http://www.contrepoints.org/2016/05/22/253757-quest-ce-que-la-liberte ).

    Communisme: "[Le] communisme villageois n'[est] pas une “ particularité ethnique ” d'une race ou d'un continent, mais la forme générale de la société humaine à une certaine étape du développement de la civilisation." -Rosa Luxembourg, Introduction à l'économie politique, chapitre 2 « La société communiste primitive », section I, 1907.

    "La société communiste primitive ignorait les principes généraux valables pour tous les hommes; son égalité et sa solidarité naissaient des traditions communes de liens du sang et de la propriété commune des moyens de production. L'égalité de droits et la solidarité des intérêts n'allaient pas plus loin que n'allaient ces liens du sang et cette propriété. Tout ce qui se trouvait hors de ces limites - qui n'allaient pas plus loin que les quatre pieux du village ou, plus largement, que les frontières du territoire d'une tribu -était étranger et pouvait même être ennemi." -Rosa Luxembourg, Introduction à l'économie politique, Chapitre 3 « La dissolution de la société communiste primitive », section I, 1907.

    "Seule une classe déterminée, à savoir les ouvriers des villes et, en général, les ouvriers d'usine, les ouvriers industriels, est capable de diriger toute la masse des travailleurs et des exploités dans la lutte pour renverser le joug du Capital, au cours même de ce renversement, dans la lutte pour conserver et consolider la victoire, dans l'œuvre de création d'un ordre social nouveau, socialiste, dans toute la lutte pour supprimer totalement les classes. (Remarquons entre parenthèses: la distinction scientifique entre socialisme et communisme est simplement que le premier terme signifie la première phase de la nouvelle société sortant du capitalisme; la seconde, c'est la phase suivante, supérieure, de cette société.)." -Lénine, La grande initiative, 1919.

    Communauté: "Ensemble de personnes vivant ensemble." -Wikipédia, article "Communauté."

    "A group of people) who have something in common, such as norms, values, or identity." -Wikipédia, article "Community".

    « Corps d’hommes et de femmes liés ensemble par des traditions et/ou des pratiques morales communes organisées autour d’une conception partagée de la vie bonne, qui leur permet de collaborer en tant qu’amis moraux. » -Tristram Engelhardt, The Foundations of Bioethics, New York, OUP, 1996, p.7.

    Communautés politiques: "Ensemble de personnes regroupé sous les même lois /subordonné à un pouvoir politique commun."

    "L’État n’administre pas des individus nus – de purs citoyens –, mais des êtres humains qui ont une histoire commune et des projets communs. [...] Mener une vie signifiante implique qu’on réalise les projets qui nous tiennent à cœur et qui contribuent à modeler notre identité. Or, les diverses communautés politiques constituent justement le milieu où cela est possible, car ce sont elles qui fournissent le cadre des actions possibles et les biens qui en permettent la réalisation." -Bernard Baertschi, Protéger les citoyens contre la violence :
    la raison d’être d’un État libéral ?, www.contrepointphilosophiques.cf, juin 2004, p.11-12.

    « Communisme. Une égalité d’aigles et de moineaux, de colibris et de chauves-souris, qui consisterait à mettre toutes les envergures dans la même cage et toutes les prunelles dans le même crépuscule, je n’en veux pas […] Communisme. Rêve de quelques uns et cauchemar de tous. » -Victor Hugo, Dossier "Idées ça et là", VI, publié par Henri Guillemin, en 1951 dans Pierres.

    « La vision communiste du capitalisme contemporain nous offre la version sécularisée de cette croyance très ancienne qui veut que l’aube du Millénium soit immédiatement précédée d’un âge d’angoisse et de tyrannie inouïes : dernier et furieux effort des pouvoirs sataniques, régime monstrueux de l’Antéchrist. » -Norman Cohn, Les fanatiques de l’Apocalypse. Courants millénaristes révolutionnaires du XIème au XVIème siècle, Bruxelles, Editions Aden, coll. « Opium du peuple », 2011 (1957 pour la première édition anglaise), 469 pages, p.420.

    Concept: « Le concept se définit par sa consistance, endo-consistance et exo-consistance, mais il n’a pas de référence : il est auto-référentiel, il se pose lui-même et pose son objet en même temps qu’il est créé » -Gilles Deleuze & Félix Guattari, Qu’est-ce que la philosophie ?, Paris : Éd. de Minuit, 1991, p.27.

    Connaissance: « Définie minimalement, la connaissance est la mise en relation d’un sujet et d’un objet par le truchement d’une structure opératoire. C’est en ces termes que Jean Piaget caractérise le processus cognitif. » (p.25)

    « La théorie de la connaissance s’interroge sur l’origine et la nature des structures que le sujet doit solliciter pour décrire l’objet auquel il est confronté. Il est dès lors loisible d’envisager les cadres généraux d’une typologie. En effet, les structures en question pourront appartenir : 1/ au sujet ; 2/ à l’objet ; 3/ à la fois au sujet et à l’objet ; 4/ exclusivement à leur relation ; ou bien 5/ ne relever ni de l’un ni de l’autre. Autant de théories résulteront de ces possibilités, que l’on peut sommairement qualifier pour l’instant : 1/ un idéalisme ; 2/ un empirisme ; 3/ un constructivisme ; 4/ un structuralisme ; ou bien 5/ un idéalisme de type platonicien. » (p.26)

    « La réflexion philosophique sur l’acte de connaître a eu tôt fait de poser une alternative : ou bien la connaissance n’est que le résultat de l’enregistrement dans le sujet d’informations déjà organisées dans le monde extérieur, ou bien elle est produit par le sujet qui possède la faculté d’agencer les données immédiates de la perception. » (p.27)
    -Jean-Michel Besnier, Les Théories de la connaissance, PUF, coll « Que sais-je ? », 2011 (2005 pour la première édition), 128 pages.

    Conscience: "Aucune série causale matérielle, chimique, physico-chimique, biologique, ne rendra jamais compte de la conscience. Non que cette dernière soit une entité spirituelle autosuffisante, mais qu’elle surgit de l’indétermination de la matière. L’avènement de la conscience est assurément contingent, mais dès lors qu’elle est advenue, il est nécessaire (au sens strictement logique) de distinguer entre les deux ordres d’être, l’être en soi et l’être pour soi. En d’autres termes, de confondre conscience et liberté." -Michel Kail et Richard Sobel, « Le marxisme est un humanisme », Les Temps Modernes 4/2005 (n° 632-633-634), p. 505-521.

    "La conscience est apparue grâce aux instants de liberté et de paresse. Lorsque tu es étendu, les yeux fixés sur le ciel ou sur un point quelconque, entre toi et le monde un vide se crée sans lequel la conscience n'existerait pas." -Emil Cioran, Des larmes et des saints (1937). In Œuvres, Gallimard, coll. Quarto, 1995, 1818 pages, p.295.

    Conservatisme: « La liberté (premier terme de la trilogie révolutionnaire) doit être comprise et défendue de façon qualitative à la mesure de chaque personne : à chacun doit être dévolu la liberté qui lui revient, mesuré par la stature et la dignité de sa personne et non par le fait abstrait et élémentaire de son état d'homme ou de citoyen. » -Julius Evola, Les Hommes au milieu des ruines (1953).

    "La pratique de l’alsacien doit être soutenue parce que ce qui existe depuis longtemps, et qui n’a jamais été contesté comme nocif, doit être préservé. C’est une démarche conservatoire." -Alain Favaletto, La fin des dialectes ?, blog de l'auteur, 16 juillet 2015.

    Contrainte: "[2, A]: Violence physique ou morale exercée contre une personne afin de l'obliger à agir contre sa volonté. [...]
    [2, A, 1]: État de gêne ou d'asservissement qui résulte de cette violence. [...]
    [2, A, 2]: État de domination exercé par les circonstances sur une personne en la mettant dans la nécessité d'agir malgré soi
    ." -TLFI, "Contrainte".

    Corps: « Nous serons purs, étant séparés de cette chose insensée qu’est le corps. » -Platon, Phédon, 67a.

    Cosmopolitisme: "L’idée d’une cosmo-politique est si peu évidente que les premières occurrences du thème de la citoyenneté mondiale sont clairement antipolitiques. Il suffit, pour s’en convaincre, de citer la réponse de Diogène le Cynique à la question d’Alexandre lui demandant de quelle cité il était originaire : « Je suis un citoyen du monde (kosmopolitès) ». Cette revendication apparaît comme un défi adressé non seulement à la puissance du conquérant, mais encore aux classifications politiques en usage dans la Grèce antique. Le cosmopolitisme de Diogène est d’essence individualiste et anarchiste : pour lui, être « citoyen du monde » signifie d’abord n’appartenir à aucune cité, n’être soumis à aucune grandeur d’établissement. De ce point de vue, l’absence d’institution mondiale n’est pas un argument contre le cosmopolitisme, mais au contraire une garantie d’indépendance absolue. C’est parce qu’il échappe à l’institution que le monde constitue un espace adéquat à l’individualisme cynique." -Michaël Foessel, « Être citoyen du monde : horizon ou abîme du politique ? », La Vie des idées , 18 juin 2013. ISSN : 2105-3030. URL : http://www.laviedesidees.fr/Etre-citoyen-du-monde-horizon-ou.html

    Crise(s): "La crise dans tout groupe social est [...] ce moment à haute densité intensive, ce kairos propice à la brusque révélation de ce qui, dans et par ce groupe, était inhibé et refoulé ; mais c'est aussi, indissociablement, cet instant où doivent être prises les décisions qui orienteront radicalement l'avenir du groupe et où pourtant domine l'indécision résultant de ce que l'incertitude, en raison de la déroute des routines et du dévoilement soudain de la pluralité vertigineuse des possibles, y es portée à son faîte." -André Béjin, Différenciation, complexification, évolution des sociétés, Communications, 1974, Volume 22,  Numéro 1,  pp. 109-118, p.117.

    « Les crises sont révélatrices du fonctionnement d’un système politique. » -Pierre Cosme, L'année des quatre empereurs, 2012, Fayard, 344 pages, p.259.

    "Toute crise devrait permettre d'améliorer le jugement." -Françoise Bonardel, La crise de l'identité européenne, 24 juin 2017.

    Culture: "On peut définir la culture comme l'ensemble des instruments par lesquels une société se pense et se montre à elle-même ; et donc choisit tous les aspects de l'emploi de sa plus-value disponible, c'est-à-dire l'organisation de tout ce qui dépasse les nécessités immédiates de sa reproduction." -Guy Debord, Préliminaires pour une définition de l'unité du programme révolutionnaire, 1960.

    "Culture, c'est-à-dire un ensemble de procédures qui permettent d'améliorer la vie, qui tiennent lieu de ces conduites instinctives [animales] que nous n'avons plus." -Pierre Chaunu, Histoire et Décadence, Paris, Perrin, 1981, 360 pages, p.47.

    "On parle toujours de culture, mais la culture a rapport, bien sûr avec l'histoire -elle a aussi rapport avec ce qu'on pourrait appeler des raisons techniques, de l'utilité, de l'intelligence. Et elle a rapport enfin avec la nature ambiante. On ne fait pas l'outil avec n'importe quoi." -Gilbert Simondon, Entretien sur la mécanologie, avec Jean Le Moyne, 1968.

    "La culture, n'est-ce-pas pas d'abord cela, l'acquisition et la compréhension de l'héritage, pour bâtir d'autre futurs ?" -Serge Chaumier, L'Inculture pour tous. La nouvelle utopie des politiques culturelles, L'Harmattan, 2010, 228 pages, p.12.

    "Chaque culture a ses possibilités d'expression particulières qui apparaissent, mûrissent, se fanent, et ne reviennent jamais... Ces cultures, êtres vivants du rang le plus élevé, grandissent sans la moindre finalité, comme les fleurs des champs. Elles font partie, comme les fleurs des champs, de la nature vivante de Goethe et non de la nature morte de Newton." -Oswald Spengler, Le Déclin de l'Occident, Paris, 1948 (1918 pour la première édition allemande), Tome I, p.33.

    "Créer une nouvelle culture ne signifie pas seulement faire individuelle­ment des découvertes « originales », cela signifie aussi et surtout diffuser critiquement des vérités déjà découvertes, les « socialiser » pour ainsi dire et faire par con­sé­quent qu'elles deviennent des bases d'actions vitales, éléments de coordination et d'ordre intellectuel et moral. Qu'une masse d'hommes soit amenée à penser d'une ma­nière cohérente et unitaire la réalité présente, est un fait « philosophique » bien plus important et original que la découverte faite par un « génie » philosophique d'une nouvelle vérité qui reste le patrimoine de petits groupes intellectuels." -Antonio Gramsci, La philosophie de la praxis face à la réduction mécaniste du matérialisme historique. L'anti-Boukharine (cahier 11), 1. Introduction à l'étude de la philosophie. Quelques points de référence préliminaires, 1932-1933.

    "The scientific culture really is a culture, not only in an intellectual but also in an anthropological sense.That is, its members need not, and of course often do not, always completely understand each other; biologists more often than not will have a pretty hazy idea of contemporary physics; but there are common attitudes, comnon standards and patterns of behaviour, common approaches and assumptions. This goes surprisingly wide and deep. It cuts across other mental patterns. such as those of religion or politics or class." -Charles Percy Snow, The Two Cultures, 1959, page 9.

    "Culture is the attempt by man to realize the conceivable in the possible. Man's consciousness of himself within his environment distinguishes him from the lower animals, and turns him into the only animal capable of culture. This consciousness, his highest faculty, allows him to project mentally states of being that do not exist at the moment. Able to construct a past and future, he becomes a creature of time -a historian and a prophet. More than this, he can imagine objects and states of being that have never existed ans may never exist in the real world -he becomes a maker of art. Thus, for example, though the ancient Greeks did not know how to fly, still they could imagine it." -Shulamith Firestone, The Dialectic of Sex: The Case for Feminist Revolution, 1970, p.172.

    Déduction: « Deux démarches sont traditionnellement invoquées comme étant caractéristiques des philosophies empiriste et rationaliste : d’une part, la déduction qui subordonne la vérité à l’enchaînement de propositions à partir de prémisses présumées indiscutables ; d’autre part, l’induction qui s’attache à prospecter le terrain de l’expérience pour établir par généralisations les lois recherchées. Il s’agit là de deux opérations logiques intervenant dans les raisonnements les plus élémentaires : on s’élève, dans l’induction, à des considérations générales après avoir observé la répétition de cas particuliers ; on s’applique, dans la déduction, à interpréter ces cas particuliers à partir du point de vue général. Cela dit, il serait arbitraire d’opposer absolument ces deux attitudes car elles coopèrent dans le moindre de nos jugements, comme il est aisé de le montrer. L’exemple suivant est devenu canonique : mon grand-père, mon oncle, mes amis Patrick et Lucien sont morts ; j’en peux induire la proposition générale : « Tous les hommes sont mortels », et il me faut désormais en déduire que, moi-même, qui ressemble par plus d’un trait à mon grand-père, mon oncle et à mes amis, je devrai un jour mourir. Pas de déduction sans une induction préalable, ni d’induction sans la visée d’une déduction. » -Jean-Michel Besnier, Les Théories de la connaissance, PUF, coll « Que sais-je ? », 2011 (2005 pour la première édition), 128 pages, p.36.

    Démocratie: "Une fois que l’on a ainsi distingué entre antagonisme (rapport à l’ennemi) et agonisme (rapport à l’adversaire), on est en mesure de comprendre pourquoi l’affrontement agonal, loin de représenter un danger pour la démocratie, est en réalité sa condition même d’existence. La démocratie ne peut, certes, survivre sans certaines formes de consensus — qui doivent porter sur l’adhésion aux valeurs éthico-politiques qui constituent ses principes de légitimité et sur les institutions où elles s’inscrivent — mais elle doit aussi permettre au conflit de s’exprimer et cela requiert la constitution d’identités collectives autour de positions bien différenciées. Il faut que les citoyens aient vraiment la possibilité de choisir entre de réelles alternatives ." -Chantal Mouffe, "Le libéralisme américain et ses critiques", in Le politique et ses enjeux, La Découverte/Mauss, Paris, 1994, p. 14.

    "“Democratic” in its original meaning [refers to] unlimited majority rule . . . a social system in which one’s work, one’s property, one’s mind, and one’s life are at the mercy of any gang that may muster the vote of a majority at any moment for any purpose." -Ayn Rand, “How to Read (and Not to Write),” The Ayn Rand Letter, I, 26, 4.

    "Liberal democracy is a necessary extension of Objectivist political theory." -D. Moskovitz, What is the Objectvist View on Democracy ?, atlassociety.org, 29 june 2010.

    "La démocratie est faite pour les Etats-Nations, pour les peuples qui vivent toujours dans l'illusion que les affaires humaines sont mieux tranchées dans la rivalité et dans le conflit entre des partis politiques en concurrence." -Christopher Booker & Richard North, La Grande Dissimulation, L'Artilleur, coll. "Interventions", 2016 (2003 pour la première édition anglaise), 832 pages, p.800.


    Dernière édition par Johnathan R. Razorback le Lun 14 Mai - 8:58, édité 75 fois
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    Re: De la Philosophie & des définitions conceptuelles

    Message par Johnathan R. Razorback le Sam 26 Déc - 23:22

    Désir: "Tendance spontanée et consciente vers une fin connue ou imaginée.
    Le désir repose donc sur la tendance dont il est un cas particulier et plus complexe. Il s'oppose d'autre part à la volonté (ou à la volition) en ce que celle-ci suppose de plus: 1: la coordination au moins momentanée des tendances ; 2: l'opposition du sujet et de l'objet ; 3: la conscience de sa propre efficacité ; 4: la pensée des moyens par lesquels se réalisera la fin voulue. Enfin, selon certains philosophes, il y a encore dans la volonté un
    fiat d'une nature spéciale, irréductible aux tendances, et qui constitue la liberté." -André Lalande, Vocabulaire technique et critique de la philosophie, PUF, 2016 (1926 pour la première édition), 1376 pages, p.218-219.

    "[Socrate]: Quiconque éprouve le désir de quelque chose, désire ce dont il ne dispose pas et ce qui n'est pas présent ; et ce qu'il n'a pas, ce qu'il n'est pas lui-même, ce dont il manque, tel est le genre de choses vers quoi vont son désir et son amour."  -Platon, Le Banquet, GF Flammarion, Paris, 2016 (1998 pour la première édition), 285 pages, p.134.

    « Pour ce qui est des désirs, des plaisirs et des peines qui sont simples et mesurés, ceux qui bien sûr sont dirigés par un raisonnement soutenu par l’intellect et l’opinion droite, tu les rencontreras chez le petit nombre, chez ceux qui sont doués d’un naturel excellent et qui ont pu recevoir la meilleure éducation. » (p.234)

    « Si [l’âme] se trouve dans un état de soif et que quelque chose l’entraîne dans une autre direction, c’est qu’il existe en elle autre chose que cet être assoiffée et se démenant comme une bête pour parvenir à boire : car il n’est pas possible, nous l’avons reconnu, que la même chose puisse, par la même partie d’elle-même et au égard au même objet, produire des effets contraires. […]
    -Ne devons-nous pas reconnaître qu’il y a parfois des personnes qui ont soif et qui ne veulent pas boire ?
    -Bien sûr, dit-il, on en trouve plusieurs et souvent.
    -Alors, dis-je, comment faudrait-il présenter leur état, si ce n’est pas en affirmant qu’il se trouve dans leur âme quelque chose qui leur commande de boire, et une autre qui les en empêche ? Cette dernière n’est-elle pas différente de la première, ne l’emporte-t-elle pas sur la chose qui commande ?
    -Si, dit-il, c’est bien mon avis.
    -N’est-ce donc pas que le principe qui empêche de telles actions, lorsqu’il intervient, est le résultat du raisonnement, alors que ce qui s’agite et pousse vers l’action se produit par l’entremise des passions et des troubles maladifs ?
    -Il semble bien.
    -Nous n’aurions donc pas tort, repris-je, de soutenir qu’il s’agit de deux principes, et qu’ils diffèrent l’un de l’autre : l’un, celui par lequel l’âme raisonne, nous le nommerons le principe rationnel de l’âme ; l’autre, celui par lequel elle aime, a faim, a soif et qui l’excite de tous les désirs, celui-là, nous le nommerons le principe dépourvu de raison et désirant, lui qui accompagne un ensemble de satisfactions et de plaisirs
    . » (p.248)
    -Platon, La République, Livre IV. Traduction Georges Leroux, Paris, GF Flammarion, 2004 (2002 pour la première édition), 801 pages.

    « Quant à ceux qui recherchent les honneurs, à mon avis, tu peux observer que s’ils ne parviennent pas à devenir stratèges, ils deviennent les chefs d’un tiers de tribu, et que lorsqu’ils n’arrivent pas à se faire honorer par des gens importants et respectables, ils se contentent d’être honorés par des gens de moindre importance et plus ordinaires, puisqu’ils se montrent avides de l’honneur en général.
    -Oui, parfaitement.
    -Faut-il dès lors affirmer ou nier le point suivant ? Celui que nous disons possédé du désir de quelque chose, affirmerons-nous qu’il désire toute l’espèce de cette chose, ou qu’il désire tel élément et non tel autre ?
    -Toute l’espèce.
    -Par conséquent, le philosophe lui aussi, nous dirons qu’il est possédé du désir de la sagesse, non pas de tel ou tel élément, mais de la sagesse toute entière ?
    -C’est vrai
    . » (p.303)
    -Platon, La République, Livre V. Traduction Georges Leroux, Paris, GF Flammarion, 2004 (2002 pour la première édition), 801 pages.

    « [Les désirs] que nous ne serions pas en mesure de repousser, il conviendrait de les appeler nécessaires, et de même tous ceux qu’il est utile de satisfaire ? Car c’est pour nous une nécessité naturelle que d’éprouver ces deux types de désirs, n’est-ce-pas ?
    -Oui, certainement.
    -C’est donc à juste titre que nous les désignons de ce nom, « nécessaires » ?
    -A juste titre, oui.
    -Eh bien, pour ceux dont on peut débarrasser, si on s’y applique quand on est jeune, ceux-là dont l’expérience ne produit aucun bien et entraîne même le contraire, à tous ceux-là donnons le nom de désirs non nécessaires
    . » (p.426)
    -Platon, La République, Livre VIII. Traduction Georges Leroux, Paris, GF Flammarion, 2004 (2002 pour la première édition), 801 pages.

    « Parmi les plaisirs et les désirs qui ne sont pas nécessaires, certains me semblent déréglés. Ils surgiront probablement en chacun, mais s’ils sont réprimés par les lois et par les désirs meilleurs, en accord avec la raison, ils pourront être entièrement éliminés chez certains hommes, ou demeurer affaiblis et réduits, tandis que chez les autres, ils seront plus forts et plus nombreux.
    -Mais de quels désirs et de quels plaisirs parles-tu ? demanda-t-il.
    -De ceux qui s’éveillent durant le sommeil, répondis-je, chaque fois que l’autre partie de l’âme –la partie qui est rationnelle, sereine et faite pour diriger- est endormie et que la partie bestiale et sauvage, repue d’aliments et de boissons, s’agite et repoussant le sommeil cherche à se frayer un chemin et à assouvir ses penchants habituels. Tu sais que dans cet état elle a l’audace de tout entreprendre, comme si elle était déliée et libérée de toute pudeur et de toute sagesse rationnelle. Elle n’hésite aucunement à faire le projet, selon ce qu’elle se représente, de s’unir à sa mère, ou à n’importe qui d’autre, homme, dieu, animal ; elle se souille de n’importe quelle ignominie, elle ne renonce à aucune nourriture, et pour le dire en un mot, elle ne recule devant aucune folie ni aucune infamie.
    -C’est tout à fait vrai, dit-il.
    -Mais selon moi, lorsqu’un homme adopte pour lui-même un comportement sain et modéré et qu’il ne s’abandonne au sommeil qu’après avoir mis la partie rationnelle de son âme en éveil et l’avoir nourrie de beaux discours et de belles réflexions, en se livrant pour lui-même à l’exercice spirituel intérieur, sans avoir toutefois soumis la partie désirante ni à la privation ni à l’excès, de sorte qu’elle trouve le repos et ne cause à la partie supérieure aucun trouble par sa jouissance et sa souffrance ; lorsqu’il laisse cette partie supérieure seule, pure, et par elle-même faire son examen et se porter vers la saisie de ce qu’elle ne connaît pas, qu’il s’agisse de quelque chose des faits passés, ou alors des êtres présents, ou encore de ce qui doit advenir ; lorsque de cette manière il a adouci l’élément d’ardeur <de son âme> et qu’il s’endort sans s’être mis en colère contre personne et d’un cœur serein ; lorsqu’il a apaisé ces deux parties de l’âme et qu’il a mis en mouvement la troisième, celle où réside la pensée, et que dans cet état il s’abandonne au repos, c’est alors, tu le sais, que cet homme atteint le mieux la vérité, et c’est alors que les visions des songes qui envahissent l’imagination sont le moins déréglées
    . » (p.445-446)

    « Il existe en chacun de nous une espèce de désirs qui est terrible, sauvage et sans égards pour les lois. On la trouve même chez le petit nombre de ceux qui sont selon toute apparence mesurés, et c’est cela justement qui devient manifeste à travers les songes. » (p.447)
    -Platon, La République, Livre VIII. Traduction Georges Leroux, Paris, GF Flammarion, 2004 (2002 pour la première édition), 801 pages.

    "Tous les hommes ont par nature le désir de connaître." -Aristote, Métaphysique 989a.

    "Et si d'un autre côté ils estimaient qu'il [le sage] demeure maître de lui dans la mesure où il écarte par la raison de mauvais jugements qu'il a formés, ils devraient d'abord reconnaître que la sagesse ne lui a servi à rien puisqu'il connaît les troubles du désir et a besoin d'assistance ; et ensuite accorder qu'il est plus malheureux que les gens sans moralité. Car il est on ne peut plus troublé par la tentation et, en tant qu'il exerce le contrôle de la raison, il retient le mal en son for intérieur et est en cela bien plus troublé que l'homme sans moralité qui s'en débarrasse aussitôt, car celui-ci, après avoir ressenti le trouble de la tentation, voit, sitôt assouvi son désir, son trouble disparaître peu à peu." -Sextus Empiricus, Contre les moralistes, in Les Sceptiques grecs, PUF, 1966, p.202.

    « [Sophie] : Aimer et désirer sont deux effets de la volonté, contraires l’un à l’autre. […]
    Nous aimons les choses par nous estimées bonnes, les ayant en notre puissance : et, à faute de les avoir, les désirons : tellement que le désir précède l’amour, et après que la chose désirée nous est octroyée, l’amour commence et le désir prend fin. […]
    Ne vois-tu que, étant malades, nous désirons la santé laquelle nous défaut ? et qui est-ce qui dirait que nous l’aimons alors ? Vois-tu aussi que, soudain qu’elle nous est rendue, nous l’aimons, toutefois ne la désirons plus. Les joyaux, héritages et autres richesses, avant qu’être possédées, sont affectionnément désirées, mais non encore aimées : puis, tombées entre les mains de celui qui les désirait, le désir cessant, curieusement aimées. […]
    C’est improprement parlé, dire que vouloir avoir une chose signifie aimer : car ce, vouloir avoir, n’est autre chose que le désir : pour ce que l’amour est assis en la même chose aimée, à laquelle le désir, quand on ne l’a, aspire seulement ; donc, à mon jugement, l’amour et le désir ne peuvent demeurer ensemble. […]
    L’amant a ce qu’il aime, et celui qui désire n’est encore possesseur de son bien désiré. Quel exemple plus familier se peut offrir que des enfants ? Lesquels, de qui ne les a, ne peuvent être aimés, mais bien sont désirés : ni, de qui les a, peuvent être désirés, toutefois sont aimés
    . » (p.55-56)
    « [Sophie] : L’amour ne reçoit pour son sujet que les choses qui sont, et le désir, celles qui ne sont point. […]
    Nécessairement la connaissance précède l’amour : car nulle chose peut-être aimée, si pour bonne elle n’est premièrement connue
    .  » (p.58)
    « [Philon] : Nous ne pouvons désirer chose qui ne soit réellement, pour ce que notre désir ne s’étend qu’aux choses lesquelles la connaissance nous fait juger être bonnes. Et à cet occasion définit un grand philosophe [Aristote], cela être bon qui est désiré de chacun, puisque la connaissance est de choses ayant essence. […]
    La connaissance de la chose, soit aimée, soit désirée, précède et l’amour et le désir, j’entends cette connaissance qui persuade et imprime un jugement de bonté : autrement telle connaissance ferait haïr et avoir en horreur la chose connue, et non pas aimer ou désirer. Or donc, l’amour et le désir, l’un comme l’autre, présupposent l’essence de la chose tant en effet qu’en connaissance
    . » (p.59)
    -Juda Abravanel, Dialogues d’Amour, 1535 (première publication). Tome premier, « De l’Amour ».

    "§73. Le désir (appetitio) est l'autodétermination du pouvoir d'un sujet par la représentation de quelque chose qui est à venir et qui constituerait l'effet de ce pouvoir. Le désir sensible qui a la dimension d'une habitude se nomme inclination. Le fait de désirer sans qu'on applique un quelconque pouvoir à produire l'objet est le souhait. Celui-ci peut apporter sur des objets dont le sujet sent lui-même qu'il est incapable de se les procurer, et c'est alors un souhait vain (oiseux). Le vain souhait de pouvoir annuler le temps qui sépare le désir et la possession de l'objet désiré est l'impatience. Le désir qui reste indéterminé quand à son objet (appetitio vaga) et qui pousse simplement le sujet à s'extraire de son état présent sans savoir dans lequel il veut entrer peut être nommé souhait capricieux (que rien ne satisfait).
    L'inclination qui n'est maîtrisée que difficilement, ou ne parvient pas à l'être, par la raison du sujet est la passion. En revanche, le sentiment d'un plaisir ou d'un déplaisir que l'on éprouve dans l'état présent et qui ne laisse pas la réflexion (la représentation de la raison selon laquelle on devrait s'abandonner à ce sentiment ou se refuser à lui) se faire jour chez le sujet est l'affect.
    Etre soumis à des affects et à des passions est sans nul doute toujours une maladie de l'âme, parce que, dans les deux cas, la maîtrise de la raison est exclue. Les affects et les passions ont en outre le même degré de violence ; mais c'est du point de vue qualitatif qu'ils sont essentiellement différents, aussi bien dans la méthode que le médecin de l'âme aurait à employer pour les prévenir que dans celle qu'il devrait utiliser pour les guérir.

    80. La possibilité subjective que vienne à naître un certain désir qui précède la représentation de son objet est le penchant (propensio) ; la contrainte intérieure de la faculté de désirer à prendre possession de cet objet avant même qu'on le connaisse correspond à l'instinct (comme l'instinct sexuel ou l'instinct parental de l'animal à protéger ses petits, etc.). Le désir sensible qui sert de règle au sujet (habitude) s'appelle l'inclination (inclinatio). L'inclination qui interdit à la raison de la comparer, dans l'optique d'un certain choix, avec la somme de toutes les inclinations est la passion (passio animi).
    On perçoit aisément que, dans la mesure où les passions se laissent associer à la réflexion la plus calme et ne peuvent être donc irréfléchies comme l'est l'affect, ni être impétueuses et passagères, mais peuvent, en s'enracinant, coexister même avec la ratiocination, elles font le plus grand tort à la liberté ; et si l'affect est une ivresse, la passion est une maladie qui abhorre toute médication et est par conséquent largement plus grave que tous les mouvements passagers de l'esprit qui font naître du moins le projet de se rendre meilleur -au milieu de quoi la passion est un ensorcellement qui exclut même l'idée d'amélioration.
    On désigne aussi la passion du terme de manie (manie des honneurs, manie de la vengeance, manie du pouvoir, etc.), à l'exception de celle de l'amour telle qu'elle consiste dans le fait d'être épris de quelqu'un. La raison en est qu'une fois que ce désir a été satisfait (par la jouissance), il cesse aussitôt, du moins vis-à-vis de la même personne: on peut bien, par conséquent, présenter comme une passion le fait d'être passionnément épris (aussi longtemps que l'autre partie persiste à se refuser), mais non point l'amour physique, parce que ce dernier, en ce qui concerne son objet, ne contient nul principe de fidélité. La passion suppose toujours chez le sujet une maxime qui est d'agir selon une fin qui lui est prescrite par l'inclination. Elle est donc toujours associée en lui à la raison, et à de simples animaux on ne peut attribuer de passions, pas plus qu'à des êtres purement rationnels. La manie des honneurs, la manie de la vengeance, etc., parce qu'elles ne sont jamais parfaitement satisfaites, sont au nombre des passions, au sens où elles constituent des maladies contre lesquelles il n'y a que des palliatifs.
    §81. Les passions sont des gangrènes pour la raison pratique pure et, dans la plupart des cas, elles sont incurables, parce que le malade ne veut pas être guéri et se soustrait à la domination du principe d'après lequel seulement la guérison pourrait advenir. Dans le domaine de la sensibilité pratique aussi, la raison va de l'universel au particulier en suivant le principe selon lequel il faut éviter, par complaisance pour une inclination unique, de rejeter toutes les autres dans l'ombre ou de les tenir à l'écart, mais veiller au contraire à ce qu'elle puisse coexister avec la somme de toutes les inclinations. L'ambition d'un homme peut certes toujours être une orientation, approuvée par la raison, de son inclination ; mais l'ambitieux veut néanmoins aussi être aimé des autres, il a besoin d'un commerce agréable avec autrui, de maintenir l'état de sa fortune, etc. Mais il est passionnément ambitieux, il est aveugle à l'égard de ces fins que ses inclinations l'invitent pourtant à prendre aussi en compte, et la haine que les autres pourraient lui porter, la manière dont ses relations pourraient le fuir ou la façon dont ses dépenses pourraient l'exposer à la ruine -tout cela, il le néglige. C'est là une folie (prendre ce qui n'est qu'une partie de ce qu'il vise pour la totalité de ses fins) qui contredit directement la raison elle-même dans son principe formel.
    De là vient que les passions ne sont pas seulement, comme les affects, des états d'âme malheureux porteurs de beaucoup de maux, mais des dispositions mauvaises sans exception -et le désir qui procède du meilleur naturel, quand bien même ce qu'il vise relève (dans sa matière) de la vertu, par exemple la bienfaisance, est cependant (dans sa forme), dès lors qu'il tourne en passion, non seulement pernicieux du point de vue pragmatique, mais même moralement condamnable.
    L'affect porte un préjudice momentané à la liberté et à la maîtrise de soi-même. La passion ne s'en préoccupe pas et trouve son plaisir et sa satisfaction dans l'esclavage. Puisque la raison, cependant, ne faiblit pas dans l'appel qu'elle lance à la liberté intérieure, le malheureux soupire sous ses chaînes, auxquelles il ne peut pourtant s'arracher: car elles ne font désormais, pour ainsi dire, plus qu'un avec ses membres.
    Néanmoins, les passions ont aussi trouvé leurs laudateurs (de fait, où ne s'en trouve-t-il pas, une fois que la méchanceté s'est installée dans les principes ?), et l'on dit que "jamais rien de grand n'a été accompli dans le monde sans passions violentes, et que c'est dans la Providence elle-même qui les a avec sagesse implantées dans la nature comme autant de ressort". Ce qu'on peut sans doute accorder à propos des multiples inclinations dont la nature vivante (même celle de l'homme) ne peut se dispenser, dans la mesure où elles constituent comme un besoin naturel et animal. Mais qu'elles puissent, voire qu'elles doivent, devenir passions, la Providence ne l'a pas voulu, et si l'on peut pardonner à un poète de les représenter sous cet angle (de dire par exemple avec Pope: "Si la raison est une boussole, les passions sont les vents"), en revanche il n'est pas permis au philosophe de se laisser convaincre par ce principe, fût-ce pour louer les passions comme une disposition provisoire de la Providence qui les auraient installées intentionnellement dans la nature des hommes en attendant que l'espèce humaine eût atteint le degré convenable de culture
    ." -Emmanuel Kant, Anthropologie du point de vue pragmatique, III, §73, 80, 81, trad. A. Renaut, GF-Flammarion, 1993, p.217-218, et p.236-239.

    "Adolescente j’ai hésité à m’engager dans l’armée par goût pour une discipline poussée que j’aime autant subir qu’imposer." -isabelle183, La fille aux cheveux noirs (cf: http://autourdelafessee.over-blog.com/article-20462272.html ).

    "Moi la révoltée, la querelleuse, j’étais une soumise qui s’ignorait ! J’obéirais et je jouirais comme ne jouiraient jamais ceux qui méconnaissent la jouissance à laquelle prédispose l’obéissance." -Ian Cecil, La Soubrette, 20 décembre 2014, p.16-17 (cf: http://www.amazon.fr/Soubrette-suivi-Scorpion-Ian-Cecil-ebook/dp/B00R4WI8QK/ref=asap_bc?ie=UTF8 ).

    "Elle se sentait vraiment objet ainsi, face à lui, et il lui fallait reconnaître que c'était terriblement excitant." -Eva Delambre, L'Esclave, 2014, Tabou Éditions, 206 pages, p.33.

    "Le désir de fusion rencontre toujours un obstacle infranchissable."  -Jan Marejko, Jean-Jacques Rousseau et la dérive totalitaire, Éditions L'Age d'Homme, 1984.

    Destin: "L'enchaînement nécessaire des causes [...] n'est autre que le Destin." -Pierre Hadot, Études de philosophie ancienne, Les Belles Lettres, coll. L’âne d’or, 2010 (1998 pour la première édition), 384 pages, p.218.

    "Le destin a des bottes de sept lieues. Il frappe de loin." -Fernand Braudel, La dynamique du capitalisme, Flammarion, coll. Champ.Histoire, 2008 (1985 pour la première édition), 122 pages, p.98.

    Dualisme: "Nous entendons comme dualistes tous les systèmes où la création du monde et son gouvernement légitime (c'est-à-dire fondé sur des motifs de constitution intime de la nature, du corps humain, etc.) sont le fait de deux puissances, conçues comme contradictoires, bien que parfois complémentaires. [...] Le Christianisme [...] lui, n'est pas dualiste." -Ugo Bianchi, Le dualisme en histoire des religions, Revue de l'histoire des religions Année, 1961, 159-1 pp. 1-46, p.7-8.

    Échange: "La répartition des produits et l'échange ne peuvent être que des phénomènes dérivés. Pour que les produits puissent être répartis ou échangés entre consommateurs, il faut avant tout qu'ils soient fabriqués. La production est donc le premier et le plus important facteur de la vie économique de la société." -Rosa Luxembourg, Introduction à l'économie politique, chapitre 2 « La société communiste primitive », section IV, 1907.

    Éducation: « L'instruction publique n'a pas droit de faire enseigner des opinions comme des vérités. » -Nicolas de Condorcet, Cinq Mémoires sur l'instruction publique (1792).

    Emancipation: "L’émancipation suppose des déjà émancipés ou qui se considèrent tels, dans une position de domination à l’endroit de ceux qu’ils entreprennent d’émanciper. Ils possèdent cette assurance des dominants qui leur fait croire qu’ils connaissent la norme de l’émancipation. Connaissance dont ils s’autorisent pour accorder l’émancipation à ceux qui en sont privés. Norme qui ne manque évidemment pas d’intégrer la domination des émancipateurs. Par quoi l’émancipation perpétue sous des couleurs plus douces cette dernière.

    Or, la notion de sujet, mise en avant par le marxisme critique, appartient définitivement au champ de l’émancipation et ne saurait donc être intégrée dans une logique de l’auto-émancipation. Le « sujet » est solidaire du déterminisme des conditions, que celui-ci soit organisé par la volonté divine ou par une dialectique de la matière. La notion de sujet est précisément élaborée pour que ce dernier vienne s’ajuster aux conditions, préalablement organisées en « nature ». Le sujet cartésien veut ce que veut Dieu en voulant la vérité, alors que le sujet prolétarien accède à son identité en rejoignant la « conscience possible » que lui dessine, que lui destine, la philosophie de l’histoire hégéliano-marxiste
    ." -Michel Kail et Richard Sobel, « Le marxisme est un humanisme », Les Temps Modernes 4/2005 (n° 632-633-634), p. 505-521.

    « La liberté est une condition de possibilité de l’émancipation, et ne se confond donc pas avec elle. » (p.5)

    « Autant Kant définit les Lumières comme l’entrée de l’humanité dans l’âge majeur, époque dans laquelle les individus pensent par eux-mêmes et délaissent l’état dans lequel leurs esprits étaient dirigés par d’autres ; autant Deleuze valorise une « minoration », comme il l’écrit dans Critique et clinique, qu’il fonde sur un autre sol, et qui ne semble pas pour autant être le contraire d’une démarche émancipatrice. » (p.7)

    « Le chemin de l’émancipation, qui est un devenir-majeur au sens d’affranchi, implique en même temps qu’on devienne mineur, puisqu’on appartient désormais à une minorité. » (p.182)
    -Diogo Sardinha, L’émancipation de Kant à Deleuze, Paris, Hermann Éditeurs, coll. Hermann Philosophie, 2013, 243 pages.

    Empire: "Le mot d'Empire a deux sens, comme on sait: ou bien un empire est la réunion de divers pays sous une même souveraineté, de manière à former un Etat multinational, ou bien c'est la domination par la force de populations étrangères, autrement dit l'hégémonie." -Paul Vayne, Y a-t-il eu un impérialisme romain ?, Mélanges de l'Ecole française de Rome. Antiquité, Année 1975, Volume 87, Numéro 2, pp. 793-855, p.

    "Le concept d’empire suppose que les différents peuples d’une organisation politique soient gouvernés différemment." -Frederick Cooper & Jane Burbank, Empires in World History. Power and Politics of Difference, Princeton-Oxford, Princeton University Press, 2010, p.2.

    "[Un Empire est] une vaste unité politique, expansionniste ou conservant le souvenir d’un pouvoir étendu dans l’espace, qui maintient la distinction et la hiérarchie à mesure qu’elle agrège de nouvelles populations." -Frederick Cooper et Jane Burbank, Empires. De la Chine ancienne à nos jours, Paris, Payot, 2011, p. 23.

    "Incompatibilité foncière de l'empire [peuples inégaux] et de la nation [individus reconnus égaux]." (p.102)

    "Ce sont toujours les classes dirigeantes, bourgeoises assurément, mais par dessus-tout aristocratiques, qui pleurent les empires." (p.118)
    -Benedict Anderson, L'imaginaire national. Réflexions sur l'origine et l'essor du nationalisme, Paris, Éditions La Découverte & Syros, 2002 (1983 pour la première édition américaine), 211 pages.

    Espaces solides / Espaces fluides: "Les terres sont par nature des régions de peuplement stable. Les mers ne sont occupées par l’homme que temporairement, et d’ordinaire en mouvement. Quant à l’espace atmosphérique ou cosmique, il ne peut qu’être traversé à grande vitesse. Les mers et les airs seraient-ils un jour habités, ce ne serait qu’épisodiquement, et par fort peu de gens. Sur terre, les structures sociales prennent tout leur relief; sur mer elles affectent des formes étroitement limitées par les relations entre équipage de navires ou par la cohabitation sur chaque navire; dans les airs, leur allure est tout à fait fugace, car elles ne peuvent se manifester que dans des populations d’une ténuité extrême. La distinction de ces domaines physiques se ramène d’ailleurs à une combinaison dont le sol détient toujours la clé. En effet, les navires, les avions ou les fusées doivent partir, jusqu’à présent tout au moins, de bases terrestres. Les populations à terre détiennent ainsi le contrôle, à plus ou moins lointaine distance ou échéance des mouvements de tous les véhicules qui se détachent du sol." -Pierre Naville, « Les arguments sociaux de la stratégie » in, Revue française de sociologie, 2-2, 1961, p. 4-14.

    "Celui qui attend que tout danger soit écarté pour mettre les voiles, ne prendra jamais la mer." -Thomas Fuller

    "Il y a trois sortes d'hommes : les Vivants, les Morts, et ceux qui vont sur la Mer." -Aristote.

    "Seule la Terre était le site de la Loi et la matière organisée dont elle était faite était depuis des éons drainés vers la Mer du Chaos." -Michael Moorcock, Elric le Nécromancien, Tome 4 du Cycle d'Elric, Pocket, 2005 (1977 pour la première édition britannique), 157 pages, p.19.

    "La mer est un espace de rigueur et de liberté."

    "La mer, compliquée du vent, est un composé de forces. Un navire est un composé de machines. Les forces sont des machines infinies, les machines des forces limitées. C'est entre ces deux organismes, l'un inépuisable, l'autre intelligent, que s'engage ce combat qu'on appelle la navigation." -Victor Hugo.

    2. Etat: "D. Staat ; E. State ; I. Stato.
    A. Une société organisée, ayant un gouvernement autonome, et jouant le rôle d'une personne morale distincte à l'égard des autres sociétés analogues avec lesquelles elle est en relation.
    B. L'ensemble des services généraux d'une nation. L'Etat s'oppose en ce sens au département, à la province, à la commune, etc. ; l'industrie d'Etat à l'industrie privée, etc
    ." -André Lalande, Vocabulaire technique et critique de la philosophie, PUF, 2016 (1926 pour la première édition), 1376 pages, p.304.

    "La coalition des plus forts peut être appelée Etat, et le reste de la population est alors composé des citoyens de cet Etat. [...] La plupart des Etats se sont formés dans la violence, imposés par des conquérants à des peuples qu'ils avaient conquis."
    -Philippe Simonnot, 39 leçons d'économie contemporaine, Gallimard, coll. folio.essais, 1998, 551 pages, p.120.

    "S'il n'existait que des structures sociales d'où toute violence serait absente, le concept d'État aurait alors disparu et il ne subsisterait que ce qu'on appelle, au sens propre du terme, l'« anarchie ». La violence n'est évidemment pas l'unique moyen normal de l'État, - cela ne fait aucun doute - mais elle est son moyen spécifique. De nos jours la relation entre État et violence est tout particulièrement intime. Depuis toujours les groupements politiques les plus divers - à commencer par la parentèle - ont tous tenu la violence physique pour le moyen normal du pouvoir. Par contre il faut concevoir l'État contemporain comme une communauté humaine qui, dans les limites d'un territoire déterminé - la notion de territoire étant une de ses caractéristiques - revendique avec succès pour son propre compte le monopole de la violence physique légitime. Ce qui est en effet le propre de notre époque, c'est qu'elle n'accorde à tous les autres groupements, ou aux individus, le droit de faire appel à la violence que dans la mesure où l'État le tolère : celui-ci passe donc pour l'unique source du « droit » à la violence. Par conséquent, nous entendrons par politique l'ensemble des efforts que l'on fait en vue de participer au pouvoir ou d'influencer la répartition du pouvoir, soit entre les États, soit entre les divers groupes à l'intérieur d'un même État."

    "L'État consiste en un rapport de domination de l'homme sur l'homme fondé sur le moyen de la violence légitime (c'est-à-dire sur la violence qui est considérée comme légitime). L'État ne peut donc exister qu'à la condition que les hommes dominés se soumettent à l'autorité revendiquée chaque fois par les dominateurs." -Max Weber, "Le métier et la vocation d'homme politique", in Le Savant et le Politique, 1919, "Les classiques des sciences sociales", 152 pages, p.87.

    "L'Etat n'est pas une entreprise [...] [Il faut] penser l'Etat en terme étatiques." -Pierre-Yves Rougeyron, Grand Entretien de novembre 2016.

    "La Défense ! C'est la première raison d'être de l'Etat. Il n'y peut manquer sans se détruire lui-même." -Charles de Gaulle (en 1952).

    « En raison de l’effondrement anarchique, de la disparition totale de l’État, un groupe d’hommes armés, animés par une foi commune, a décrété qu’il était l’État : le soviétisme, sous cette forme, est, à la lettre, un "fascisme". » -Élie Halévy, « L’Ère des tyrannies », Bulletin de la Société française de philosophie, octobre-décembre 1936 [Séance du 28 novembre 1936].

    "L'État n'est pas une union de communautés, mais d'individus." -Gilbert Boss, Manifeste de l’individualiste, Zurich, 2005.

    "L'Etat qui toujours ne veut que régner." -Emmanuel Kant, Le conflit des facultés, 1798 in Opuscule sur l'histoire, GF Flammarion, Paris, 1990, 245 pages.

    "L'Etat est la forme sous laquelle les individus d'une classe dominante font valoir leurs intérêts communs et sous laquelle se résume l'ensemble de la société civile d'une époque." -Karl Marx, Friedrich Engels & Joseph Weydemeyer, L'idéologie allemande, trad. Jean Quétier et Guillaume Fonde, Éditions sociales, GEME, 2014, 497 pages, p.241.

    "Le prolétariat se servira de sa suprématie politique pour arracher petit à petit tout le capital à la bourgeoisie, pour centraliser tous les instruments de production entre les mains de l'Etat, c'est-à-dire du prolétariat organisé en classe dominante, et pour augmenter au plus vite la quantité des forces productives." -Karl Marx et Friedrich Engels, Le Manifeste communiste, II. Prolétaires et communistes, 1848.

    « La Commune ne fut pas une révolution contre une forme quelconque de pouvoir d’État, légitimiste, constitutionnelle, républicaine ou impériale. Elle fut une révolution contre l’État comme tel, contre cet avorton monstrueux de la société (…) Elle ne fut pas une révolution ayant pour but de transférer le pouvoir d’État d’une fraction des classes dominantes à une autre mais une révolution tendant à détruire cette machine abjecte de la domination de classe. » -Karl Marx, Lettre à Louis Kugelmann, 17 avril 1871.

    "L'Etat, c'est une machine destinée à maintenir la domination d'une classe sur une autre."

    "Tout Etat où existe la propriété privée de la terre et des moyens de production, où règne le capital, est un Etat capitaliste, une machine aux mains des capitalistes pour maintenir dans la soumission la classe ouvrière et la paysannerie pauvre.

    Le suffrage universel, l'Assemblée constituante, le Parlement, ne sont que la forme, une sorte de lettre de change, qui ne changent rien au fond.

    La forme que revêt la domination de l'Etat peut différer : le capital manifeste sa puissance d'une certaine façon là où existe une certaine forme, d'une autre façon là où la forme est autre ; mais, somme toute, le pouvoir reste aux mains du capital, que le régime soit censitaire ou non, même si la république est démocratique ; mieux encore : cette domination du capitalisme est d'autant plus brutale, d'autant plus cynique que la république est plus démocratique
    ."

    "Avec cette machine, ou avec ce gourdin, nous anéantirons toute exploitation ; et quand il ne restera plus sur la terre aucune possibilité d'exploiter autrui, qu'il ne restera plus ni propriétaires fonciers, ni propriétaires de fabriques, qu'il n'y aura plus de gavés d'un côté et d'affamés de l'autre, quand cela sera devenu impossible, alors seulement nous mettrons cette machine à la ferraille.

    Alors, il n'y aura plus d'Etat, plus d'exploitation. Tel est le point de vue de notre Parti communiste
    ." -Lénine, De l'État, 1919.

    « Le capitalisme développé renforce sans cesse la puissance étatique centrale ; il accroît la cohésion de l'Etat et le démarque nettement par rapport aux autres Etats. L'Etat est l'organisation de combat de la bourgeoisie. » -Anton Pannekoek, Lutte de classe et Nation , 1912.

    "L’abolition nécessaire du droit formel bourgeois qui fonde la propriété privée des moyens de production, renvoie à l’abolition nécessaire de l’Etat en tant que tel, puisque c’est bien l’Etat qui fait exister et maintient ce droit. Il n’y a pas d’abolition des catégories capitalistes sans abolition de l’Etat. En effet, l’Etat n’est jamais que la marchandise, la valeur, le travail, et l’argent, eux-mêmes, dès lors qu’ils prennent une forme « politique ». L’Etat ne fait que gérer ces catégories, leur mouvement, leur développement, et leur distribution. L’Etat ne fait que gérer, mécaniquement et bureaucratiquement, une extorsion de la plus-value, un vol institutionnalisé, qui devra être le plus « régulé » possible. Il organise méthodiquement et patiemment l’exploitation, la déshumanisation, et la réification générales. Les individus exigeront dans un premier temps que l’Etat leur rende des « droits » qu’ils perdent toujours plus, mais à chaque fois, au fil de ces revendications, ils comprendront toujours plus la nécessité d'abolir les formes abstraites-réelles destructrices qu'il développe de façon morbide. La marchandise, l’argent, le travail, la valeur, sont la misère en soi. L’Etat n’est que la forme politique de ces catégories."

    "L’Etat-nation en lui-même, en effet, avec ses frontières relativement fixes et délimitées, sa juridiction formelle fondée sur un « droit » défendant la propriété privée, son appareil militaire et policier, est avant tout une nécessité du point de vue d’un libre-échange moderne qui tend à se mondialiser toujours plus, dans la mesure où les partenaires ou concurrents économiques devront avoir des contours bien dessinés, des systèmes de défense et des formes juridiques homogènes, pour entrer dans la guerre économique globale." -Benoit Bohy-Bunel, Critique radicale du concept, formulé par Frédéric Lordon, d' "Etat général", Palim Psao, 14 Novembre 2016.

    "La valeur essentielle du modèle républicain nous semble résider dans ses pouvoirs critiques et sa capacité à fournir les linéaments de la reconstruction d’une pensée politique de l’émancipation humaine. Si on veut bien admettre que la question proprement politique, celle de l’État est bien le point d’achoppement de la critique marxiste du mode de production capitaliste, le républicanisme poussé jusqu’au bout, c’est-à-dire radicalisé dans ses conséquences politiques et socio-économiques permet de reprendre la question de l’émancipation là précisément où le marxisme historique l’avait laissée.

    Le marxisme historique a été incapable de produire une théorie de l’État satisfaisante parce qu’il postule que tout État est un instrument de domination d’une classe sur une autre et n’est que cela. Cette constatation s’étend jusqu’à « l’État ouvrier », l’État de la « dictature du prolétariat », censé être l’instrument de domination de la classe majoritaire, celle des prolétaires, sur la classe minoritaire des capitalistes. On peut, certes, constater sans difficulté que l’État sert le plus souvent la classe dominante. Mais c’est une tautologie : si la classe dominante est dominante, c’est précisément parce qu’elle domine et qu’elle domine donc aussi l’État et donc peut s’en servir pour ses propres buts de domination. On n’en peut donc pas déduire qu’il est de l’essence de l’État d’être un appareil de domination. Presque tous les États en effet ont d’autres fonctions que d’assurer la défense des intérêts de la classe dominante. Aucun État ne peut subsister durablement s’il ne peut se présenter au moins partiellement comme le garant de l’intérêt général, en tout cas aucun État démocratique.  L’école publique, la santé, la défense et l’ordre public, par exemple, sont des fonctions que tout État doit assurer. Ces fonctions sont évidemment utiles à la classe dominante, mais elles ne sont pas moins utiles aux classes dominées !

    Nous ne pouvons développer ici une critique d’ensemble de la théorie marxiste standard de l’État, mais il nous semble qu’une perspective renouvelée d’émancipation sociale doit tirer un trait définitif sur le « dépérissement de l’État ». Le républicanisme, à l’inverse, permet de penser un État qui ne serait pas un instrument de domination mais au contraire un instrument de protection contre la domination ; donc, naturellement, les dominés devraient être enclins à donner leur appui à une telle organisation du pouvoir politique
    ." -Denis Collin, La valeur du modèle républicaniste. Contribution à une théorie de l'émancipation, 2 octobre 2010 (cf: http://denis-collin.viabloga.com/news/la-valeur-du-modele-republicaniste ).

    "Les États dépensent une énergie considérable pour façonner la culture de leurs populations en établissant des langues nationales, des
    mythes historiques, des imaginaires géographiques et beaucoup d'autres formes de représentations positives de soi, par le biais des programmes d'études du système scolaire, des arts et de la symbolique architecturale. [...]
    L’État ne produit pas seulement des pièces de monnaie, mais aussi ses sujets
    ." -W. Zierhofer, "State, power and space", Social Geography, n°1, 2005, pp.29–36, p.34.

    "L'Etat représente la volonté générale. L'Etat français est républicain. Sa légitimé est issue de la Révolution française. La volonté générale s'est substituée à l'arbitraire du monarque de droit divin. L'Etat est alors l'objectivation, l'institutionnalisation du projet démocratique en un appareil exécutif de cette volonté générale. [...]
    L'Etat, comme objectivation de la volonté générale est l'idée qui fonde la civilité, la vie publique. Et il faut un minimum d'adhésion à cette idée pour que la vie publique soit possible. [...]
    L'Etat est aussi l'expression de la
    volonté particulière de la classe dominante. Très vite, la loi est subvertie par l'intérêt de classe. Aussi l'Etat est constitutivement ambigu, à la fois volonté générale démocratiquement fondée et pouvoir de classe économiquement usurpé. Mais, aussi brutale et cynique que soit cette prise de pouvoir, elle doit se justifier par la volonté générale. A notre époque, aussi charismatique que se prétende ce pouvoir, il ne peut plus dire "l'Etat, c'est moi" ; il doit s'étayer sur quelque constitution, référendum ou projet de retour à des élections. Tout pouvoir de classe quel que soit son régime (et même et surtout le régime présidentiel) doit proposer une légitimité, tant il est vrai qu'un processus irréversible s'est instauré par la Révolution française, une force de loi, un consensus républicain, une civilité minimale." -Michel Clouscard, La Bête sauvage, Métamorphose de la société capitaliste et stratégie révolutionnaire, Éditions sociales, 1983, réédition Kontre Kulture, 2014, 312 pages, p.108-109.

    "L'Etat a été l'instance super structurale de la répression capitaliste. C’est pourquoi Marx le dénonce. Mais aujourd'hui, avec la mondialisation, le renversement est total. Alors que l'Etat-Nation a pu être le moyen d'oppression d'une classe par une autre, il devient le moyen de résister à la mondialisation. C'est un jeu dialectique. [...]

    Il y aura toujours un appareil d'Etat, un code de la route. L'Etat-Nation est autre chose que l'Etat politique. C'est le moyen de créer un système de la parenté et un mode de production. L'Etat est une conquête en terme hégélien, l'appareil de réalisation de l'esprit
    ." -Michel Clouscard, Entretien avec Aymeric Monville, « Le génie marxiste d'aujourd'hui », in L’évadé n° 8.

    "L'État est une structure permanente des sociétés développées qui ne peut ni être abolie, ni s'éteindre, ni disparaître ; aussi la question de savoir comment l'État pourrait être remplacée comme structure sociale par une autre forme d'organisation relève plus d'une rêveuse utopie que d'un projet concrétisable. Bien sûr cela n'exclut pas que l'État puisse être réformé en profondeur, ou que des États particuliers puissent être détruits et disparaître, mais dans ces cas ce ne sont que des formes particulières de l'État qui sont abolies, non l'État comme structure sociale." (p.284)

    "L'idée d'une extinction de l'État repose sur la base utopique de l'exercice direct du pouvoir par le peuple lui-même." (p.286) -Robert Tremblay, Critique de la théorie marxiste de l’État, Philosophiques, vol. 13, n° 2, 1986, p. 267-289.

    "La vocation de l'Etat, c'est d'être totalitaire, c'est-à-dire finalement de faire un contrôle précis de tout." -Michel Foucault, Dits et écrits II, La sécurité et l'Etat, p.386.

    « Pour défendre la liberté individuelle, il ne suffit pas de proclamer les droits de l'homme. Il faut encore savoir comment les hommes deviennent des esclaves, souvent volontaires. L'Etat est l'ennemi de l'homme. » -Pascal Salin, préface à Antony de Jasay, L’Etat – La logique du pouvoir politique, Les Belles Lettres, coll. Laissez faire, 1994 (1985 pour la première édition anglaise), 500 pages.

    "La doctrine libérale assigne à l’Etat une place particulière au sein de la société, paradoxale puisqu’à la fois essentielle et minimale. Elle repose sur deux hypothèses fondamentales : la première est que l’Etat est économiquement inefficient par rapport à l’organisation privée de la production, et la seconde est qu’il est un prédateur qui confisque autant qu’il le peut les richesses individuelles, par la force si besoin est, à l’intérieur comme à l’extérieur. L’Etat appauvrit donc toujours la société puisque la violence est destructrice de richesses alors que l’échange libre enrichit l’ensemble des individus qui s’y consacrent. Mais il existe aussi une violence privée ainsi que la violence des autres Etats. La conclusion de la doctrine libérale est donc que face à ces autres violences il faut bien accepter une certaine intervention de l’Etat pour défendre les agents producteurs. Cependant il convient de limiter étroitement ce rôle utile de l’Etat à un domaine « minimal »." -Jean-Jacques Rosa, Intervention au colloque "Les idées libérales vont-elles transformer les doctrines militaires et les armées ?", organisé par La Fondation pour la Recherche Stratégique et Le Laboratoire d’Économie Publique (Université Panthéon-Assas), Le jeudi 30 janvier 2003 (amphi Suffren du CESM – Ecole militaire).

    Etatisme: "Néologisme désignant les doctrines qui tendent à mettre toutes les fonctions sociales sous la direction immédiate de l'Etat." -André Lalande, Vocabulaire technique et critique de la philosophie, PUF, 2016 (1926 pour la première édition), 1376 pages, p.304.

    Étendue: "A. Qualité des corps d'être situés dans l'espace et d'en occuper une partie.
    B. Cette partie elle-même.
    C. Métaphoriquement, caractère de ce qui s'étend plus ou moins loin: "l'étendue de l'esprit, de la mémoire" - "l'étendue d'une influence" - dans le temps: "une étendue de plusieurs siècles
    ." -André Lalande, Vocabulaire technique et critique de la philosophie, PUF, 2016 (1926 pour la première édition), 1376 pages, p.304.

    Expérience: (lat. experientia, essai, épreuve, de experiri, éprouver, faire l'essai ; cf. peritus, qui sait par expérience).
    1. Psy. Aperception immédiate du réel soit par l'intuition sensible (expérience externe, données des sens), soit par l'intuition psychologique (expérience interne, données de la conscience) [...]
    2. Épist. Expérience scientifique: action d'observer ou d'expérimenter en vue de former ou de contrôler une hypothèse et résultat de l'observation et de l'expérimentation ; certains auteurs prennent le temps comme syn. d'expérimentation [...]
    3. Crit. a) pour les empiristes, source unique de la connaissance ; v. Empirisme ; b) pour les rationalistes, not. pour Kant, matière de la connaissance ou intuition empirique, opp forme de la connaissance (intuitions pures de la sensibilité, espace et temps, et catégories): "toute connaissance ne commence qu'avec l'expérience, ce qui ne veut pas dire qu'elle dérive toute de l'expérience" (R. pure, Introd.).
    4. Méta. Expérience métaphysique (Bergson) ou intégrale: coïncidence et communion avec l'absolu ; se relie à celle des grands mystiques [...]
    5. Rel. Expérience mystique ou religieuse: contact direct avec Dieu ou sentiment éprouvé par le sujet que "sa conscience se continue dans une conscience surhumaine" (W. James).
    6. Mor. Expérience morale: a) prise de conscience des valeurs morales à l'épreuve de la vie ; une croyance morale "ne se prouve pas, elle s'éprouve" (F. Rauh) ; b) intuition affective des valeurs morales (M. Scheler).
    7. Vulg. Connaissance ou savoir-faire acquis empiriquement par l'usage de la vie: pratique des choses et des hommes ; ex. avoir de l'expérience, un homme d'expérience ; désigne aussi ce qui s'ajoute au savoir théorique par l'exercice d'une profession et qu'elle seule peut apporter ; ex. un médecin de grande expérience
    ." -Louis-Marie Morfaux, Vocabulaire de la philosophie et des sciences humaines, Armand Colin, Paris, 1980, 400 pages, p.117-118.

    "1. dans un sens abstrait et général: "l'expérience" (D. Erfahrung ; E. Experience ; I. Esperienza) ; 2. dans un sens concret et plus technique: acte d'expérimenter (D. Experiment ; E. Experiment ; I. Esperimento). [...]
    1. L'expérience en général:
    A. Le fait d'éprouver quelque chose, en tant que ce fait est considéré non seulement comme un phénomène transitoire, mais comme élargissant ou enrichissant la pensée: "Faire une dure expérience ; avoir (ou avoir acquis) l'expérience des assemblées publiques)." [...]
    B. Ensemble des modifications avantageuses qu'apporte l'exercice à nos facultés, des acquisitions que fait l'esprit par cet exercice, et, d'une façon générale, de tous les progrès mentaux résultant de la vie. On distingue une expérience individuelle et une expérience de l'espèce (on dit encore: expérience ancestrale) ; celle-ci peut être elle-même transmise soit par la tradition (éducation, langage, exemples) ; soit par l'hérédité psycho-physiologique.
    Il est à remarquer qu'on n'appelle pas expérience toutes les modifications produites par la vie (par. ex. l'oubli, l'indifférence, les compromissions morales, etc.), mais seulement celles qu'on juge avantageuses. Le terme a donc une valeur appréciative.
    C. Théorie de la connaissance.
    L'exercice des facultés intellectuelles, considéré comme fournissant à l'esprit des connaissances valables qui ne sont pas impliquées par la nature seule de l'esprit, en tant que pur sujet connaissant.
    Il est usuel de distinguer en ce sens l'expérience externe (perception), et l'expérience interne (conscience) ; l'expérience, dans son ensemble, est alors opposée, soit à la mémoire ; soit à l'imagination créatrice et aux autres facultés dites d'élaboration ; soit à la raison
    ." -André Lalande, Vocabulaire technique et critique de la philosophie, PUF, 2016 (1926 pour la première édition), 1376 pages, p.321-322.

    Extranéation : "Désigne, notamment chez Hegel, la scission qui sépare l’homme de son état naturel. Le terme caractérise ainsi la culture qui résulte d’une telle scission (également nommée « aliénation ») mais qui promet aussi une réconciliation finale de l’homme avec le monde." -Jean-Michel Besnier, Les Théories de la connaissance, PUF, coll « Que sais-je ? », 2011 (2005 pour la première édition), 128 pages, p.116.

    Extrémisme: "L'extrémisme est la morbidité aiguë du médiocre, ce qui est extrême en lui est le degré de violence." -Dorian Astor, Nietzsche. La détresse du présent, Gallimard, coll. Folio essais, 2014, 654 pages, p.264.

    Environnement: "Ensemble aussi bien des facteurs matériels que psychiques qui entourent un organisme et le soumettent à des influences agissant sur son développement, sa physiologie, son comportement, son psychisme, ces facteurs étant eux-mêmes influencés par cet organisme dans un échange nécessaire, spécifique et continu d’actions et de réactions." -Gabriel Gandolfo, « Le concept de milieu dans les sciences du vivant », Noesis [En ligne], 14 | 2008, mis en ligne le 28 juin 2010, consulté le 13 avril 2016. URL : http://noesis.revues.org/1674.

    "Le robot lunaire chinois Yutu (Lapin de Jade), a connu une anomalie de commande mécanique, et les scientifiques sont en train de procéder à l'organisation des réparations.

    L'anomalie est survenue en raison de « l'environnement complexe de la surface lunaire », a déclaré samedi l'Administration d'Etat des Sciences et Technologies et de l'Industrie de la Défense nationale (SASTIND). [...]
    Une nuit sur la Lune dure environ 14 jours sur Terre, au cours de laquelle la température tombe en dessous de moins 180 degrés Celsius. Pendant la nuit lunaire, il n'y a pas de lumière du soleil, nécessaire pour fournir de l'énergie aux panneaux solaires de Yutu.
    "
    (cf: http://french.peopledaily.com.cn/Sci-Edu/8522107.html ).

    "[Sens 1 ] Ce qui entoure tous côtés. [...]
    [Sens 2 ] L'ensemble des éléments (biotiques ou abiotiques) qui entourent un individu ou une espèce et dont certains contribuent directement à subvenir à ses besoins
    ." -Dictionnaire Larousse (consulté le 5 janvier 2010: http://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/environnement/30155?q=environnement#30067 ).

    "La notion d’environnement ne doit en aucun cas être confondue avec le concept de nature. Car le monde ne peut exister comme nature que pour un être qui n’en fait pas partie, et qui peut porter sur lui un regard extérieur, semblable à celui du détachement objectif de la science, à une distance telle qu’il est facile de céder à l’illusion qu’il n’est pas affecté par sa présence. La distinction entre l’environnement et la nature correspond à une différence de perspective : nous considérons-nous comme des êtres à l’intérieur d’un monde ou comme des êtres à l’extérieur de celui-ci ? Nous avons par ailleurs tendance à penser la nature comme si elle était extérieure non seulement à l’humanité, comme je l’ai déjà remarqué, mais également à l’histoire, comme si le monde naturel n’était que le décor immuable où se déroulent les activités humaines. Pourtant les environnements, dans la mesure où ils ne cessent de se renouveler au cours de nos vies – puisque nous les façonnons tout comme ils nous façonnent –, sont eux-mêmes fondamentalement historiques." -Tim Ingold, Culture, nature et environnement, The Perception of the Environment. Essays on Livelihood, Dwelling and Skill, Londres, Routledge, 2000, p. 13-26 (cf: http://traces.revues.org/5470 ).

    "Vouloir préserver la nature suppose d’appréhender l’environnement comme un domaine séparé du monde social et historique, alors qu’il est en permanence transformé et modifié par celui-ci." -Paul Guillibert, La nature n’existe pas, Revuepériode.net, 30 juillet 2014.

    Famille: "La famille est elle aussi une communauté, elle est même la première dans la carrière de l’individu et du citoyen, et elle est aussi extrêmement déterminante dans l’acquisition du capital social, économique et culturel des agents sociaux quels qu’ils soient." -Louis-Georges Tin, Êtes-vous communautaristes ? Quelques réflexions sur la rhétorique « anti-communautaire », 19 février 2005.

    "Il y a à mon avis un rapport dialectique entre la Famille et la Nation, en ce que ces deux institutions ont une caractéristique commune : ce sont deux institutions dont le fonctionnement repose sur des liens réciproques de solidarité inconditionnelle. Il est clair que les processus qui conduisent à l’individu-île, qui se constitue de lui-même et ne doit rien à personne affaiblissent l’idée même de solidarité inconditionnelle, et donc la Nation et la Famille en même temps." -"Descartes", 04/01/2016 (cf: http://descartes.over-blog.fr/2016/01/avec-tous-mes-voeux.html ).

    Fête: "Aujourd'hui et autrefois. - Qu'importe tout l'art de nos œuvres d'art si nous laissons échapper cet art supérieur, l'art des fêtes ! Autrefois, toutes les œuvres d'art se dressaient sur la grande voie triomphale de l'humanité, en marques commémoratives et témoignages de ses moments d'élévation et de félicité. Aujourd'hui, on veut, au moyen des œuvres d'art, attirer les malheureux épuisés et malades à l'écart de la grande voie des souffrances de l'humanité pour une fraction de seconde de concupiscence ; on leur offre une petite ivresse et une petite folie." -Nietzsche, Le Gai savoir, Livre II, traduction Patrick Wotling, Paris, GF Flammarion, 2007 (1997 pour la première édition), 445 pages,  p.139, §88.

    Fétichisme: "Culte [...] de certains objets terrestres et matériels appelés Fétiches chez les Nègres Africains." -Charles de Brosses, Du culte des Dieux Fétiches ou Parallèle de l’ancienne Religion de l’Égypte avec la Religion actuelle de Nigritie, « Introduction », Paris, 1760, pp. 5-17.

    "A. Système religieux consistant à faire de divers objets naturels ou façonnés les signes efficaces de puissances supra-humaines et à les utiliser dans des pratiques de magie. [...]
    B. P. anal. Attachement ou respect exagéré pour quelqu'un ou quelque chose. [...]
    1. PSYCHANAL. Perversion sexuelle, généralement masculine, dans laquelle l'apparition et la satisfaction des désirs sexuels sont conditionnées par la vue ou le contact d'un objet ou d'une partie du corps. [...]
    2. PHILOS. MARXISTE. Fétichisme de la marchandise. Processus de réification réduisant les rapports sociaux à des relations d'échanges entre des marchandises, dans le mode de production marchande
    ."  -TLFI, article "Fétichisme".

    Fidélité: "La fidélité : c’est l’acceptation décisive d’un être en soi, limité et réel, que l’on choisit non comme prétexte à s’exalter, ou comme « objet de contemplation », mais comme une existence incomparable et autonome à son côté, une exigence d’amour actif." -Denis de Rougemont, L’amour et l’Occident, Livre VII « Le Mythe contre le Mariage », Plon, Bibliothèque 10/18, 1972 (1939 pour la première édition), 445 pages, p.310.

    « La fidélité dans le mariage ne peut pas être cette attitude négative qu’on imagine habituellement ; elle ne peut être qu’une action. Se contenter de ne pas tromper sa femme serait une preuve d’indigence et non d’amour. La fidélité veut bien plus : elle veut le bien de l’être aimé, et lorsqu’elle agit pour ce bien, elle crée devant elle le prochain. » -Denis de Rougemont, L’amour et l’Occident, Livre VII « L’Amour Action, ou de la Fidélité », Plon, Bibliothèque 10/18, 1972 (1939 pour la première édition), 445 pages, p.334-335.

    « La fidélité se garantit elle-même contre l’infidélité du simple qu’elle habitue à ne plus séparer le désir et l’amour. Car si le désir va vite et n’importe où, l’amour est lent et difficile, il engage vraiment toute une vie. » -Denis de Rougemont, L’amour et l’Occident, Livre VII « L’Amour Action, ou de la Fidélité », Plon, Bibliothèque 10/18, 1972 (1939 pour la première édition), 445 pages, p.339.




    Dernière édition par Johnathan R. Razorback le Ven 16 Mar - 15:21, édité 70 fois
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    Re: De la Philosophie & des définitions conceptuelles

    Message par Johnathan R. Razorback le Mer 30 Déc - 9:19

    Frivole (& Sérieux): "S'amuser signifie toujours : ne penser à rien, oublier la souffrance même là où elle est montrée. Il s'agit, au fond, d'une forme d'impuissance. C'est effectivement une fuite mais, pas comme on le prétend, une fuite devant la triste réalité; c'est au contraire une fuite devant la dernière volonté de résistance que cette réalité peut encore avoir laissé subsister en chacun. La libération promise par l'amusement est la libération du penser en tant que négation." -Max Horkheimer et Theodor W. Adorno, La Dialectique de la Raison. Fragments philosophiques, Gallimard, coll. Tel, 1974 (1944 pour la première édition allemande), 281.

    « Seul l’irrévocable est sérieux. » -Denis de Rougemont, L’amour et l’Occident, Livre VII « L’Amour Action, ou de la Fidélité », Plon, Bibliothèque 10/18, 1972 (1939 pour la première édition), 445 pages, p.332.

    "Il n'y qu'un problème philosophique vraiment sérieux: c'est le suicide. Juger que la vie vaut ou ne vaut pas la peine d'être vécue, c'est répondre à la question fondamentale de la philosophie. Le reste, si le monde a trois dimensions, si l'esprit a neuf ou douze catégories, vient ensuite. Ce sont des jeux ; il faut d'abord répondre." -Albert Camus, Le Mythe de Sisyphe. Essai sur l'absurde, 1942. Repris dans Albert Camus, Œuvre, Gallimard, Coll. Quarto, 2013, 1526 pages, p.255.

    "Comme le sérieux permanent est le comble du grotesque, la fête permanente c’est la tristesse sans fin." -Cornelius Castoriadis, Mai 68 – La Révolution anticipée. Texte diffusé sous forme de brochure par des anciens camarades de Socialisme ou Barbarie à la fin du mois de mai, repris avec des textes d’Edgar Morin et de Claude Lefort dans La Brèche, Fayard, juin 1968.

    "Ceux qui se croient des esprits forts et affranchis ont parfois la légèreté de jouer avec des choses dont la portée symbolique les dépasse. Il arrive qu'ils le paient assez cher." -Michel Tournier, Gaspard, Melchior & Balthazar, Gallimard, coll. Folio, 1980, 277 pages, p.28.

    "La légèreté ou, pour le dire dans ma langue, le gai savoir, est en effet une récompense : récompense qui honore le sérieux soutenu, courageux, laborieux et souterrain, qui n’est évidemment pas donné à tout le monde." -Friedrich Nietzsche, La Généalogie de la morale, Avant-propos, § 7, 1887.

    Force: "[Force] it's what is done not by persuasion but by physical compulsion. You are forced to do something if the alternative is physical damage: you'll be seized, imprisoned, deprived of property, or killed. In its improper form, force is what is done to you by right, not by a process of objective law, but by might." -Ayn Rand, Answers, New American Library, 2005, 241 pages, p.5.

    Gauche / Droite: « Lorsqu’on me demande si la coupure entre partis de droite et partis de gauche, hommes de droite et hommes de gauche, a encore un sens, la première idée qui me vient est que l’homme qui pose cette question n’est certainement pas un homme de gauche. »  -Alain, Propos de décembre 1930.

    "[Sont de gauche] les mouvements qui, dans l'histoire, se sont battus pour changer la société en plaçant le principe d'égalité au centre de leurs projets et de leurs luttes." -Enzo Traverso, Mélancolie de gauche: La force d'une tradition cachée (XIXe-XXIe siècle), Éditions La Découverte, Paris, 2016.

    « La droite réactionnaire, qu'on la nomme contre-révolutionnaire, légitimiste, traditionaliste ou qu'elle évolue sous la bannière du catholicisme social, s'inscrit d'emblée dans une opposition radicale, aussi philosophique que politique, au libéralisme et au capitalisme. Les choix fondamentaux en jeu sont la solidarité collective avant l'émancipation individuelle, la communauté naturelle plutôt que la sociabilité contractuelle, l'enracinement local contre le déracinement cosmopolite. Toute une littérature réactionnaire s'attache à dénoncer avec horreur les effets ravageurs de la mutation économique engendrée par la révolution industrielle, aussi bien l'exploitation du prolétariat que la dégradation morale corrélative de la bourgeoisie, les deux étant jugés contradictoires avec ce qu'exige l' "art politique", soit les conditions d'un ordre social juste. » -Patrick Buisson, La cause du peuple, Perrin, 2016.

    "La gauche représente plutôt ce que les sociologues appellent les couches populaires, disons les individus les plus pauvres ou les moins riches, ceux qui ne possèdent rien, ou presque rien, les prolétaires, comme disait Marx, qu’il vaut mieux aujourd’hui appeler les salariés. La droite, tout en recrutant aussi dans ces milieux (il le faut bien : ils sont majoritaires), a plus de facilité avec les indépendants, qu’ils soient ruraux ou urbains, ceux qui possèdent leur terre ou leur instrument de travail (leur boutique, leur atelier, leur entreprise…), ceux qui font travailler les autres ou travaillent pour eux-mêmes plutôt que pour un patron."

    "La gauche, depuis la Révolution française, se prononce en faveur des changements les plus radicaux ou les plus ambitieux. Le présent ne la satisfait jamais ; le passé, moins encore : elle se veut révolutionnaire ou réformiste – et la révolution est plus à gauche que la réforme. La droite se plaît davantage à défendre ce qui est, voire, cela s’est vu, à restaurer ce qui était. Parti du mouvement, d’un côté ; parti de l’ordre, de la conservation ou de la réaction, de l’autre. Avec, là encore, tout ce qu’on veut d’échanges et de nuances entre les deux, surtout dans la dernière période (la défense des avantages acquis tend parfois à l’emporter, à gauche, sur la volonté réformatrice, comme la volonté de réformes libérales, à droite, sur le conservatisme), mais qui ne suffisent pas à annuler la différence d’orientation. La gauche se veut essentiellement progressiste. Le présent l’ennuie ou la déçoit ; le passé lui pèse : elle en ferait volontiers, comme le chante encore l’Internationale, « table rase ». La droite est plus volontiers conservatrice. Le passé lui est un patrimoine, qu’elle veut préserver, plutôt qu’un poids. Le présent lui paraît supportable : puisse l’avenir lui ressembler ! Dans la politique, la gauche voit surtout l’occasion d’un changement possible ; la droite, d’une continuité nécessaire. Ils n’ont pas le même rapport au temps. C’est qu’ils n’ont pas le même rapport au réel, ni à l’imaginaire. La gauche penche, parfois dangereusement, vers l’utopie. La droite, parfois durement, vers le réalisme. La gauche est plus idéaliste ; la droite, plus soucieuse d’efficacité."

    "La gauche se veut du côté du peuple, de ses organisations (les partis, les syndicats, les associations), de sa représentation (le Parlement). La droite, sans mépriser pour autant le peuple, est davantage attachée à la Nation, à la patrie, au culte du terroir ou du chef. La gauche a une certaine idée de la République ; la droite, une certaine idée de la France. La première penche volontiers vers la bureaucratie ; la seconde, vers le nationalisme, la xénophobie ou l’autoritarisme. Cela n’empêche pas les uns et les autres d’être souvent de parfaits démocrates, ni de tomber parfois dans le totalitarisme. Mais ils n’ont pas les mêmes rêves, ni les mêmes démons."

    "La gauche refuse le capitalisme, ou ne s’y résigne que de mauvais gré. Elle fait davantage confiance à l’État qu’au marché. Elle nationalise dans l’enthousiasme, ne privatise qu’à regret. La droite est évidemment à l’opposé (du moins aujourd’hui) : elle fait davantage confiance au marché qu’à l’État, et c’est pourquoi elle est tellement favorable au capitalisme. Elle ne nationalise que contrainte et forcée, privatise dès qu’elle le peut. Là encore, cela n’empêche pas qu’un homme de gauche puisse être libéral, même au sens économique du terme (voyez Alain), ni qu’un homme de droite ait le sens de l’État ou du service public (voyez de Gaulle). Mais la différence n’en demeure pas moins, à l’échelle des grands nombres ou des orientations fondamentales. L’État-providence est à gauche ; le marché, à droite. La planification est à gauche ; la concurrence et l’émulation, à droite."

    "Être de gauche passe pour une vertu : la gauche serait généreuse, compatissante, désintéressée… Être de droite passerait plutôt pour une petitesse : la droite serait égoïste, dure aux faibles, âpre au gain… Qu’il y ait là une conception naïve de la politique, ce n’est guère niable, mais ne suffit pas à annuler cette asymétrie. On se flatte d’être de gauche. On avoue être de droite."

    "Ce ne sont que des tendances, qui peuvent traverser chacun d’entre nous, chaque courant de pensée (dans les Évangiles, la parabole du jeune homme riche est de gauche ; celle des talents, de droite), mais qui me paraissent, au total, assez claires. La démocratie, parce qu’elle a besoin d’une majorité, pousse à cette bipolarisation. Mieux vaut en prendre acte que faire semblant de l’ignorer. Non qu’un parti ou qu’un individu doive forcément, pour être de gauche ou de droite, partager toutes les idées qui caractérisent – mais d’un point de vue régulateur plutôt que constitutif – l’un ou l’autre courant. À chacun, entre ces deux pôles, d’inventer son chemin, sa position propre, ses compromis, ses équilibres. Pourquoi faudrait-il, pour être de gauche, se désintéresser de la famille, de la sécurité ou de l’effort ? Pourquoi, parce qu’on est de droite, devrait-on renoncer aux réformes, au progrès, à la laïcité ? Droite et gauche ne sont que des pôles, je l’ai dit, et nul n’est tenu de s’enfermer dans l’un des deux. Ce ne sont que des tendances, et nul n’est tenu de s’amputer totalement de l’autre. Mieux vaut être ambidextre que manchot. Mais mieux vaut être manchot d’un bras que de deux.

    Reste, qu’on soit de droite ou de gauche, à l’être intelligemment. C’est le plus difficile. C’est le plus important. L’intelligence n’est d’aucun camp. C’est pourquoi nous avons besoin des deux, et de l’alternance entre les deux
    ." -André Comte-Sponville, "Droite / Gauche", in Dictionnaire philosophique, PUF, 2013, 1120 pages.

    "Ce qui devrait être considéré par la gauche comme l'essence même de la démocratie et plus encore comme le fondement de ses principes et de sa pratique politiques [...] une défense des droits acquis et une ouverture permanente à de nouveaux droits, revendiqués par de nouvelles catégories, de nouveaux mouvements, etc.)." -Didier Eribon, D'une révolution conservatrice et de ses effets sur la gauche française, Paris, Léo Scheer, 2007.

    "Ne pas laisser le capital régner, voilà ce qu'est être de gauche." -Frédéric Lordon.

    "Droite et gauche sont relatifs à un mode de production (à la formation sociale qui le particularise)."
    -Michel Clouscard, La Bête sauvage, Métamorphose de la société capitaliste et stratégie révolutionnaire, Éditions sociales, 1983, réédition Kontre Kulture, 2014, 312 pages, p.105.

    Gloire: « Ce qui permet de donner un sens à la souffrance humaine et d’assurer une sorte de victoire, c’est la gloire. On vit et meurt pour la galerie. » -Yves Barrel, Le héros et le politique : Le sens d’avant le sens, Paris, PUG, 1989, p. 32.

    "La recherche de la gloire tire son origine de la peur de mourir seul, et du désir de finir sur la scène." -Emil Cioran, Le Livre des Leurres (1936). In Œuvres, Gallimard, coll. Quarto, 1995, 1818 pages, p.243.

    "De toutes les gloires, la moins trompeuse est celle qui se vit." -Albert Camus, Le Mythe de Sisyphe. Essai sur l'absurde, 1942. Repris dans Albert Camus, Œuvre, Gallimard, Coll. Quarto, 2013, 1526 pages, p.300.

    Grandeur: "Il n’est pas d’homme, si abaissé qu’il soit, qui préfère pour lui la prospérité et le bonheur à la grandeur." -Wilhelm von Humboldt, Essai sur les limites de l’action de l’Etat, Institut Coppet, Paris, novembre 2011 (1792 pour la première édition allemande), 89 pages, p.12.

    Guerre: "Qui aime la guerre va à sa perte, mais qui oublie la guerre est en danger." -Liu Xiang, érudit confucéen.

    War follows from enmity. War is the existential negation of the enemy. It is the most extreme consequence of enmity.”  -Carl Schmitt, The concept of the political, translation by George Schwab, The University of Chicago Press, p.33.

    "Une guerre éclate pour lever les obstacles qui se dressent sur la voie de la politique, quand celle-ci a atteint un certain stade qui ne peut être dépassé par les moyens habituels. [...]
    La politique est une guerre sans effusion de sang et la guerre une politique avec effusion de sang. [...]
    La guerre n'a d'autre but que "de conserver ses forces et d'anéantir celles de l'ennemi" (anéantir les forces de l'ennemi, c'est les désarmer, "les priver de toute capacité de résistance", et non pas les anéantir toutes physiquement). [...]
    La conservation de ses propres forces et l'anéantissement des forces de l'ennemi en tant que buts de la guerre constituent l'essence même de la guerre et le fondement de tout acte de guerre
    ." -Mao Zedong, De la guerre prolongée, 1938.

    Haine: "La haine est encore la forme négative de l'attachement, non pas son absence." -Antoine Vergote, Religion, foi, incroyance: étude psychologique, Bruxelles, Pierre Mardaga Éditeur, Psychologie et sciences humaines, 1996, p.53.

    Hasard: "Concédons pourtant son influence au hasard. Il ne se fait pas faute d'intervenir dans les faits, avec ses caprices et ses contradictions ; nous nous empressons de le reconnaître." -Theodor Mommsen, Histoire romaine, Tome 1 "Des commencements de Rome jusqu'aux guerres civiles", Livre Premier "Depuis Rome fondée jusqu'à la suppression des rois", Robert Laffont, coll. Bouquins, Paris, 1985, 1141 pages, p.33.

    "C’est un hasard, et une chose qui ne peut pas être interprétée à son tour comme la conséquence d’une loi, que des lois naturelles déterminées règnent simplement dans le monde." -Moritz Schlick, Naturphilosophie, 1925.

    Historicisme: « L’historicisme est l’attitude de pensée qui affirme que tous les phénomènes humains sont historiques, c’est-à-dire non naturels et non éternels. » -Olivier Sedeyn, introduction à Leo Strauss, La philosophie politique et l’histoire, traduction Olivier Sedeyn, Librairie Générale française, coll. Le livre de poche, 2008, 414 pages, p.27.

    Holisme (dualisme métaphysique de l'action ; hypostase réalistes d'entités nominales): "Rand's admiration for capitalism was envisioned entirely through the lens of the heroic industrialist. While such figures still exist, the main propulsive vehicles of capitalism in the 21st century are corporations. The problem in trying to apply the ethical and political principles of rational self-interest to the conduct of corporations is that corporations are not sentient beings: they have no soul, and on an ethical level they know no "fear" because they are not mortal and do not face death. For instance, a business decision that might have a 50 per cent probability of generating a spectacular windfall profit, but a 10 per cent probability of abject annihilation (for instance, a nightmare environmental disaster) presents excellent odds for a corporation that doesn't fear "death" as such, whereas a person facing a one in ten chance of self-termination might well be motivated to act quite differently." -Christopher Majka, What's wrong with Rand: Objection to Objectivism (cf: http://rabble.ca/blogs/bloggers/christophermajka/2012/09/whats-wrong-rand-objection-objectivism ).

    Homme(s) (nature humaine, anthropologie): "L'homme est un mystère. Il faut l'élucider et si l'on passe à cela notre vie entière, il ne faut pas dire que nous avons perdu notre temps." -Fiodor Mikhaïlovitch Dostoïevski.

    "L'essence de l'homme n'est pas une abstraction inhérente à l'individu isolé. Dans sa réalité, elle est l'ensemble des rapports sociaux." -Karl Marx, Sixième des Thèses sur Feuerbach, 1845.

    "Il n'y a pas de nature humaine." -Jean-Paul Sartre, L'existentialisme est un humanisme, 1946.

    "Hypothétique nature humaine." -Tom Thomas, Une brève histoire de l’individu, 1993.

    "Le discrédit qui [a] atteint le concept d’essence humaine ou de nature humaine est aujourd’hui profond." -Pierre Dardot, « La subjectivation à l'épreuve de la partition individuel-collectif », Revue du MAUSS 2/2011 (n° 38) , p. 235-258.

    "La nature humaine n'étant pas immuable, peut être modifiée au profit de l'humanité.
    La morale doit donc être fondée non sur la nature humaine viciée, telle qu'elle est actuellement, mais sur la nature humaine idéale, telle qu'elle doit être dans l'avenir.
    " -Élie Metchnikoff, Études sur la nature humaine - Essai de philosophie optimiste, Paris, Masson & cie éditeurs, 1903, 418 pages, p.373.

    "De même, en effet, qu'un flûtiste, un sculpteur, tout artiste et globalement ceux qui ont un certain office et une action à exécuter semblent trouver, dans cet office, leur bien et leur excellence, de la même façon, on peut croire que l'homme aussi se trouve dans cette situation, si tant est qu'il ait quelque office.
    Serait-ce donc qu'un menuisier et un cordonnier ont des offices et des actions à exécuter, alors que l'homme n'en aurait aucun et serait naturellement sans fonction ? Ou bien peut-on poser qu'à l'exemple de l'œil, de la main, du pied et en somme chacun de ses membres, qui ont visiblement un office, l'homme aussi en a un, à côté de tous ceux-là ? Alors, que peut-il donc bien être ?
    Vivre, en effet, constitue manifestement un office qu'il a en commun même avec les plantes ; or on cherche ce qui lui est propre ; il faut donc écarter la vie nutritive ou de croissance. D'autre part, il y aurait, à sa suite, une certaine vie sensitive ; mais manifestement, elle aussi, est commune au cheval, au bœuf et à tout animal. Reste donc une certaine vie active à mettre au compte de ce qu'il y a de rationnel, c'est-à-dire ce qui, d'un côté, obéir à la raison et, de l'autre, la possède et réfléchit
    ." (p.70)
    -Aristote, Éthique à Nicomaque, Livre I, traduction Richard Bodéüs, GF Flammarion, 2004, 560 pages.

    "Human nature, in which the laws of politics have their roots, has not changed since the classical philosophies of China, India, and Greece endeavored to discover these laws." -Hans J. Morgenthau, "Six Principles of Political Realism", Politics Among Nations: The Struggle for Power and Peace, Fifth Edition, Revised, New York: Alfred A. Knopf, 1978, pp. 4-15.

    "Nous n’avons jamais une parfaite liberté d’esprit. Mais cela n’empêche pas que nous n’ayons un certain degré de liberté qui n’appartient pas aux bêtes, c’est que nous avons la faculté de raisonner et de choisir suivant ce qui nous paraît." -Leibniz, Système nouveau de la nature et de la communication des substances, GF-Flammarion, 1994, p.50.

    « Il y aura des vices tant qu’il y aura des hommes. […] Je me suis soigneusement abstenu de tourner en dérision les actions humaines, de les prendre en pitié ou en haine ; je n’ai voulu que les comprendre. En face des passions, telles que l’amour, la haine, la colère, l’envie, la vanité, la miséricorde, et autres mouvements de l’âme, j’y ai vu non des vices, mais des propriétés, qui dépendent de la nature humaine, comme dépendent de la nature de l’air le chaud, le froid, les tempêtes, le tonnerre, et autres phénomènes de cette espèce, lesquels sont nécessaires, quoique incommodes, et se produisent en vertu de causes déterminées par lesquelles nous nous efforçons de les comprendre. » -Spinoza, Traité politique.

    « Le fait de penser est le propre de l'homme en tant que tel. » -Antonio Gramsci, Le philosophe , 1935.

    « L’être humain est le seul à savoir qu’il doit mourir. » -Roland Quilliot, Qu’est-ce que la mort ?, Armand Colin, coll. U. Philosophie, 2000, 256 pages, p.29.

    "La première tombe intentionnelle, signe de notre humanité." (p.13)

    "Les premières tombes intentionnelles ont quarante à quatre-cinq milles ans au maximum." (p.34)
    -Pierre Chaunu, Histoire et Décadence, Paris, Perrin, 1981, 360 pages.

    "La vie humaine n'est qu'une illusion perpétuelle ; on ne fait que s'entre-tromper et s'entre-flatter. Personne ne parle de nous en notre présence comme il en parle en notre absence. L'union qui est entre les hommes n'est fondée que sur cette mutuelle tromperie ; et peu d'amitiés subsisteraient, si chacun savait ce que son ami dit de lui lorsqu'il n'y est pas, quoiqu'il en parle alors sincèrement et sans passion.
    L'homme n'est donc que déguisement, que mensonge et hypocrisie, et en soi-même et à l'égard des autres. Il ne veut donc pas qu'on lui dise la vérité. Il évite de la dire aux autres ; et toutes ces dispositions, si éloignées de la justice et de la raison, ont une racine naturelle dans son cœur
    ." -Pascal, Pensées.

    "L'homme [...] seule créature raisonnable sur terre." -Emmanuel Kant, Idée d'une histoire universelle au point de vue cosmopolitique, 1784, in Opuscule sur l'histoire, GF Flammarion, Paris, 1990, 245 pages.

    "Le cœur de l'homme n'a pas varié, le cœur de l'homme est pareil à la mer profonde et ténébreuse, les changements n'ont lieu qu'à la surface où notre sensibilité réfléchit la lumière, mais quand nous descendons, nous retrouvons ce qui fut et sera : la philosophie n'y pénètre guère et seule la théologie a les clés de l'abîme." -Albert Caraco, Le Bréviaire du Chaos, 1982.

    "La société humaine contient naturellement mille principes et mille éléments contraires et incompatibles: et quant à faire cesser ces discordes, l'intelligence et la puissance de l'homme n'y sont jamais parvenues depuis le jour où naquit notre race illustre; et de nos temps, aucune loi ne le pourra, ni aucun journal, si sages et si influents qu'ils puissent être." -Giacomo Leopardi.

    "Hélas, ce que les hommes sont aujourd'hui, ce qu'ils seront demain, ils l'ont toujours été." -Lucrèce, De la nature.

    "La nature de l'homme est d'avoir et de transmettre une culture." -Sylvain Poirier, Comment convertir une population.

    "L'homme est un être de transmission, c'est-à-dire qu'aucune génération ne peut prétendre à elle seule être toute l'humanité, contrairement à l'animal ; une abeille au temps de Virgile et une abeille au temps de Chirac, elle est la même, l'homme n'est pas le même. Donc, il se transmet. Il thésaurise, il cumule et il transmet. En ce sens, l'homme est l'animal qui a une histoire." -Régis Debray, Entretien avec Alain Finkielkraut, Émission "Répliques", France-Culture, 1er avril 2006.

    "L’homme n’a pas de code de survie automatique. Il n’a pas de processus d’action ou d’ensemble de valeurs automatiques. Ses sens ne lui dictent pas automatiquement ce qui est bon ou mauvais pour lui, ce qui est favorable à sa vie ou la met en danger, quels objectifs il doit poursuivre et les moyens qui lui permettraient de les atteindre, les valeurs dont dépend sa vie, ou le processus d’action qu’il doit suivre. Sa propre conscience doit découvrir les réponses à toutes ces questions." -Ayn Rand, L'Éthique Objectiviste (Texte d’une conférence donnée par Ayn Rand à l’Université du Wisconsin le 9 février 1961), extrait de La Vertu d'Égoïsme.

    « La caractéristique distinctive de l'homme est son type de conscience, conscience capable de former des abstractions, de définir des concepts, d'appréhender la réalité par un processus rationnel. » -Ayn Rand, Introduction à l’épistémologie objectiviste, première parution dans The Objectivist juillet 1966 et février 1967.

    "Le souci est une caractérisation qui, autant que celle de l'homme comme "animal raisonnable", traverse l'histoire occidentale." -Michaël Fœssel, Le temps de la consolation, Seuil, coll. "L'ordre philosophique", 2015, 276 pages, p.144.

    "Être passible de ce mal nous place au-dessus de la bête, progrès qui nous distingue bien autrement que la marche verticale, signe de notre verticalité infinie ou du sublime de notre spiritualité." -Søren Kierkegaard, Traité du désespoir ou La Maladie mortelle, exposé de psychologie chrétienne pour l’édification et le réveil, 1849, p.11.

    "L'art, ô homme, toi seul tu le possèdes." -Friedrich Schiller, Les artistes, 1789.

    "On peut distinguer les hommes des animaux par la conscience, par la religion, ou par tout ce qu'on veut d'autre ; eux-mêmes ne commencent à se distinguer des animaux qu'à partir du moment où ils commencent à produire leurs moyens de vivre, un pas en avant qui est conditionné par leur organisation corporelle. En produisant leurs moyens de vivre, c'est indirectement leur vie matérielle elle-même que les hommes produisent.
    Le mode sous lequel les hommes produisent leurs moyens de vivre dépend d'abord de la constitution même des moyens de vivre qu'ils trouvent là avant eux et qu'il leur faut reproduire. Ce mode de la production ne doit pas simplement être considéré du côté suivant, à savoir qu'il est la reproduction de l'existence physique des individus. Il est bien plutôt un type déterminé d'activité de ces individus, un type déterminé d'expression de leur vie, un
    mode de vie déterminé de ces individus. Les individus sont leur manière d'exprimer leur vie." -Karl Marx, Friedrich Engels & Joseph Weydemeyer, L'idéologie allemande, trad. Jean Quétier et Guillaume Fonde, Éditions sociales, GEME, 2014, 497 pages, p.273.

    « Qu'est-ce que l'homme ?
    C'est la question première, la question principale de la philosophie
    . »
    « L'humanité qui se reflète dans chaque individualité est composée de divers éléments : 1º l'individu ; 2º les autres hommes ; 3º la nature. Mais le deuxième et le troisième élément ne sont pas aussi simples qu'il peut sembler. L'individu n'entre pas en rapport avec les autres hommes par juxtaposition, mais organiquement, c'est-à-dire dans la mesure où il s'intègre à des organismes qui vont des plus simples aux plus complexes. Ainsi l'homme n'entre pas en rapport avec la nature simplement par le fait qu'il est lui-même nature, mais activement, par le travail et par la technique. Autre chose : ces rapports ne sont pas mécaniques. Ils sont actifs et conscients, c'est-à-dire qu'ils correspondent au degré d'intelligence plus ou moins grand que chaque homme en a. Aussi peut-on dire que chacun se change lui-même, se modifie, dans la mesure où il change et modifie tout le complexe des rapports dont il est le centre de liaison. » -Antonio Gramsci, Carnets de Prison.

    « Chacun se change lui-même [de manière active et consciente], se modifie, dans la mesure où il change et modifie tout le complexe des rapports dont il est le centre de liaison. C'est en ce sens que le philosophe réel est, et doit être nécessairement identique au politique, c'est-à-dire de l'homme actif qui modifie le milieu, en entendant par milieu l'ensemble, des rapports auxquels s'intègre chaque homme pris en particulier. Si notre propre individualité est l'ensemble de ces rapports, nous créer une personnalité signifie acquérir la conscience de ces rapports; modifier notre propre personnalité signifie modifier l'ensemble de ces rapports.
    […]  Tout individu est, non seulement la synthèse des rapports existants, mais aussi l'histoire de ces rapports, c'est-à-dire le résumé de tout le passé. Mais, dira-t-on, ce que chaque individu peut changer est bien peu de chose, si l'on considère ses forces. Ce qui est vrai jusqu'à un certain point. Puisque chaque homme pris en particulier peut s'associer à tous ceux qui veulent le même changement, et, si ce changement est rationnel, chaque homme peut se multiplier par un nombre imposant de fois et obtenir un changement bien plus radical que celui qui, à première vue, peut sembler possible. […]
    L'homme [est] riche des possibilités qui lui sont offertes par les autres hommes et par la société
    . » -Antonio Gramsci, Qu’est-ce que l’homme ? (1935).

    « Toutes les théories politiques véritables postulent un homme corrompu, c'est-à-dire un être dangereux et dynamique, parfaitement problématique. » -Carl Schmit, Théologie politique, p.65.

    "On a abondamment répété, depuis quarante ans, qu'il n'y a pas de nature humaine ou d'essence de l'homme. Cette constatation négative est tout à fait insuffisante. La nature, ou l'essence de l'homme, est précisément cette "capacité", cette "possibilité" au sens actif, positif, non prédéterminé, de faire être des formes autres d'existence sociale et individuelle, comme on le voit abondamment en considérant l'altérité des institutions de la société, des langues ou des œuvres. Cela veut dire qu'il y a bel et bien une nature ou une essence de l'homme, définie par cette spécificité centrale -la création, à la manière et selon le mode selon lesquels l'homme crée et s'autocrée. Et cette création -constatation en apparence banale, mais décisive et dont on ne finit pas de dérouler les conséquences- n'est pas terminée, en aucun sens du terme." -Cornelius Castoriadis, Anthropologie, philosophie, politique, Conférence à l'université de Lausanne, le 11 mai 1989 ; publiée dans la série Actes des colloques du groupe d'études pratiques sociales et théories, université de Lausanne, 1990, repris dans La montée de l'insignifiance, 1996, p.128-130.

    « L’un des besoins les plus profonds de l’homme […] c’est le besoin de souffrir. » -Denis de Rougemont, L’amour et l’Occident, Livre IV « Le Mythe dans la Littérature », Plon, Bibliothèque 10/18, 1972 (1939 pour la première édition), 445 pages, p.231.

    « L'aboutissement d'une vie bien menée n'est rien d'autre que d'accéder à sa nature authentique. » -Ernst Jünger, La Mobilisation Totale (1930).

    Honte: "Avant Octavia, tu faisais toutes ces choses sans même avoir besoin de te regarder en face. Tu faisais ce que tu avais à faire parce que tu n'avais pas le choix, et tu ne portais jamais de jugement sur tes actions parce qu'il n'y avait personne d'autre pour les voir. Mais maintenant, elle est là, et moi aussi. Et brutalement, tu as l'impression d'être un sale fils de pute d'hérétique, non ?" -Aaron Demski-Bowden, Le Pilleur de sang, Black Library, 2013 (2011 pour la première édition anglaise), 415 pages, p.308.

    "Idéalisme [...] primat des idées sur le réel."  -Gérard Duménil, Michael Löwy et Emmanuel Renault, Les 100 mots du marxisme, PUF, coll "Que sais-je ?", 2009, 126 pages, p.78.

    Idée: "Former une idée générale est abstraire des choses diverses et changeantes un aspect commun qui ne change pas ou du moins qui offre à notre action une prise invariable." -Henri Bergson, Le possible et le réel, Essai publié dans la revue suédoise Nordisk Tidskrift en novembre 1930 repris dans La pensée et le mouvant, Paris, PUF, coll. "Bibliothèque de philosophie contemporaine", 1969, 267 pages, p.59.

    Identité: "Vieil océan, tu es le symbole de l'identité : toujours égal à toi-même. Tu ne varies pas d'une manière essentielle." -Lautréamont, Les Chants de Maldoror, 1869.

    "La statue et l'or qui la compose sont deux choses différentes qui se trouvent à la même place au même moment. Or si l'or n'est pas identique à la statue, c'est que ses conditions de persistance ne coïncident pas avec celles de la statue. L'or pourrait être coulé en lingots, la statue et non pas l'or dans ce disparaîtrait." -Stéphane Ferret, Commentaire de David Wiggins, "On Being in the same place at the same Time", in Philosophical Review, janvier 1968. In L'identité, GF, coll. corpus, 1998, 239 pages, p.139.

    "Il n'y a pas deux choses de la même espèce (autrement dit, il n'y a pas deux choses qui satisfont le même concept sortal ou de substance) qui peuvent occuper exactement le même volume, exactement au même moment." -David Wiggins, "On Being in the same place at the same Time", in Philosophical Review, janvier 1968.

    Idéologie: « Système d’opinions qui, en se fondant sur un système de valeurs admis, détermine les attitudes et les comportements des hommes à l’égard des objectifs souhaités du développement de la société, du groupe social ou de l’individu. » -Adam Schaff, La définition fonctionnelle de l'idéologie et le problème de la « fin du siècle de l'idéologie ». In: L’Homme et la société, N. 4, 1967. pp. 49-59.

    Idolâtrie: "B.  Culte rendu à l'idole d'un dieu au même titre que si elle était Dieu lui-même. [...]
    C.  Au fig. Amour excessif, admiration exagérée poussée jusqu'au culte
    ." -TLFI, article "Idolâtrie".

    Ignorance: "Ce n'est qu'à force d'ignorance qu'on arrive à être insouciant." (p.11)
    -Jules Lequier, Comment trouver, comment chercher une première vérité ?, Éditions Allia, 2009 (1865 pour la première édition), 111 pages.

    "Regarde donc un animal: un chat, un chien, un oiseau ou même un de ces grands animaux magnifiques qui peuplent les zoos: un puma ou une girafe ! Tu constateras forcément qu'ils sont tous vrais, que pas un d'entre eux n'est embarrassé ou ignore ce qu'il doit faire, comment il doit se comporter."
    -Hermann Hesse, Le Loup des steppes, Calmann-Lévy, 2004 (1927 pour la première édition allemande), 312 pages, p.170.

    Individu, individuation, individualisme: « Selon l’étymologie, l’individu est l’insécable, l’indivisible, mais il l’est, en première approche, de deux manières distinctes. Ou bien c’est un tout composé, comme l’est ce vivant, qui peut néanmoins être coupé, brisé, partes extra partes, c’est-à-dire détruit ou mis à mort dans sa division. Par conséquent, ce tout est un individu, non parce qu’il ne saurait être divisé, mais parce qu’il cesse d’être s’il est divisé. C’est un individu indivisible en son essence ou sa forme, mais divisible par une violence externe en son existence, et du fait de sa composition. Ou bien, c’est une unité absolue, purement et simplement une, sans composition ni partie, de sorte qu’elle est insécable, comme l’atome de Démocrite, ou une et la même, comme la monade leibnizienne ou le Dieu d’Aristote. » (p.7)

    « Qu’est est le principe d’individuation de l’individu ? La matière, la forme, l’essence, l’accident, la manière d’être, l’avoir, l’agir, l’Un, l’esprit ? » (p.7)

    « La notion d’individu est sans doute d’abord une notion négative, cosmologique, née dans le contexte de la physique grecque antique : l’individu est l’a-tome, l’in-divisible, c’est-à-dire le corps indivisible. Cette notion suppose que la réalité des corps est faite d’éléments premiers ou de corps premiers qui sont insécables de toute manière et invincibles à toute violence externe. La décomposition d’un corps quelconque ne peut se poursuivre à l’infini, croit-on, mais vient nécessairement buter contre un existant premier, inanalysable, l’atome. Cependant, outre le fait que la physique moderne doute de l’existence d’un tel insécable, il faut parvenir à un concept positif de l’individu : l’individu en tant qu’existant distinct, voire singulier, l’Un et l’unique. L’individualité signifie alors quelque chose de grand et va jusqu’à acquérir un sens spirituel : l’individu véritable n’est-il pas le « soi » singulier en son hecceïté ? On le voit, il y a plusieurs formes d’individualité et des degrés, du plus bas qui est l’élémentaire non-articulé, jusqu’au plus haut, qui est une totalité articulée et spirituelle. » (p. Cool

    « Penser l’individu et sa singularité possible est une des affaires majeures de la philosophie, une de ses questions les plus difficiles et peut constituer un fil conducteur de la présentation de son histoire. » (p.9)

    « La question de l’individu ne se réduit donc pas à sa signification physique mais s’ouvre nécessairement sur le vaste champ de l’anthropologie, de la morale et de la politique. » (p.10)
    -Phillipe Soual, Visages de l’Individu, PUF, 2008, 202 pages.

    "Disons-le tout net, l'individu, élément clé de nos représentations et institutions sociales, ne peut pas avoir existé dans la société médiévale, dont l'organisation (c'est-à-dire les structures et les représentations) n'a rien à voir avec la nôtre." (p.79)

    "L'existence de l'individu n'a de sens qu'au sein d'un système social particulier (et de son idéologie propre) car il ne s'agit là que d'une catégorie du discours articulé à un ensemble particulier de rapports sociaux." (p.95)
    -Joseph Morsel, "La construction sociale des identités dans l'aristocratie franconienne aux XIVème et XVème siècle", in Brigitte Miriam Bedos-Rezak & Dominique Iogna-Prat (dir), L'Individu au Moyen Age. Individuation et individualisation avant la modernité, Mayenne, Éditions Flammarion, Aubier, 2005, 380 pages.

    "Le grand nombre a créé l'individu." -Jean-Luc Mélanchon, Quel peuple pour quelle révolution ?

    "L’individu n’est pas un indivisible, il n’est pas la donnée première, mais le résultat d’une individualisation par des techniques de pouvoir, l’effet d’un découpage opéré à l’intérieur d’une multiplicité par la norme. Comme le fait très justement Marx à l’encontre de l’illusion d’un « individu naturel », l’individu n’est jamais qu’un « individu individualisé », c’est-à-dire fait ou produit comme individu à l’intérieur d’une société donnée." -Pierre Dardot , « La subjectivation à l'épreuve de la partition individuel-collectif », Revue du MAUSS 2/2011 (n° 38) , p. 235-258.

    "L'homme ne [s'individualise] qu'au travers du processus historique. Il apparaît à l'origine comme un membre de l'espèce, un être tribal, un animal de troupeau, et nullement comme un animal politique. L'échange est l'un des agents essentiels de cette individualisation." -Karl Marx, Fondements de la critique de l'économie politique, vol. I, p.459.

    « Étant donné la situation historique, la philosophie a son véritable intérêt là où Hegel, d’accord avec la tradition, exprimait son désintérêt : dans le non-conceptuel, l’individuel et le particulier. » -Theodor W. Adorno, Dialectique négative, 1966, p.15.

    "Avant même d’avoir pu fêter son centenaire, la notion d’individualisme avait successivement servi à déplorer le repli sur la vie privée, à dénoncer ou à défendre « l’économie politique anglaise », à préciser les finalités du socialisme français, à donner un socle spirituel à la IIIe République et à maudire les avant-gardes. Pour ne rien arranger, elle a été utilisée à propos des philosophies de Stirner et de Nietzsche dont la fortune critique se développe en France à partir de 1900. On comprend aisément que la notion ait pâti de cette cacophonie." -Joël Roucloux, « Les cinq périodes de l'individualisme savant. L'histoire des idées et le débat sur l'individualisme», Revue du MAUSS, 1/2006 (n° 27), p. 185-211.

    "L’idée moderne de l’individu, au sens normatif, correspond à un projet d’individualisation dans l’agencement des pensées. Le progrès de l’individualisme ne saurait consister à individuer des êtres qui n’auraient été jusque là que des parties virtuelles fondues dans la masse indistincte d’un groupe agissant comme un seul homme. L’individu qui est en cause dans les valeurs individualistes, ce n’est pas l’individu au sens descriptif de l’individuation, c’est l’individu au sens normatif de l’individualisation. Individualiser ne veut pas dire ici reconnaître à l’individu une « sphère d’action » propre, au sens d’une opposition entre une action individuelle et une participation à l’action collective, comme le donnait à penser Durkheim dans son explication de l’opposition entre la Gemeinschaft et la Gesellschaft. Il s’agit plutôt de lui reconnaître un domaine privé, une sphère d’autonomie, en ce sens que c’est à lui, s’il le veut et s’il le peut, de fixer les principes et les règles de sa conduite dans ce domaine qui lui est réservé." -Vincent Descombes, « Individuation et individualisation », Revue européenne des sciences sociales [En ligne], XLI-127 | 2003, mis en ligne le 30 novembre 2009, consulté le 03 mai 2016.

    "L'individualisme atomiste, les calculs utilitaristes qui l'accompagnent, sont incompatibles avec l'idée d'une obligation pour les êtres humains d'agir en vue de la défense des pratiques et des institutions constitutives d'une civilisation." -Guy Laforest, « Démocratie et libéralisme : pour une approche historico-théorique », Politique, n° 13, 1988, p. 87-109.

    "Plus l’individu s’individualise, plus il s’expose à l’effondrement, effondrement psychologique dont la dépression est la forme la plus courante."

    "Force est de constater qu’une fatalité frappe le destin de l’individu, c’est celle d’assumer son individualité tout en sachant que cette individualité passe par le deuil de la communauté. En effet, si avec la modernité l’individu est sevré de la communauté, il n’en est pas moins, malgré son statut d’individu, fraîchement acquis, toujours plus ou moins en demande de communauté, toujours plus ou moins à la recherche de la communauté perdue, apparemment introuvable, (in-)retrouvable.

    Cela ne veut pas dire qu’il soit strictement impossible de trouver de nouvelles combinaisons communautaires, d’inventer des communautés de substitution, des néo-tribus pour essayer de consoler des individus en manque de communauté, pour essayer de dés-individualiser ou de re-communautariser les individus de la modernité. Il est toujours possible pour l’individu orphelin de s’adapter et d’être adopté
    ."

    "À l’impossibilité de retrouver la communauté perdue, répond l’impossibilité plus grande encore de ne pas trouver de nouvelles formes communautaires, pour qu’enfin l’être-ensemble ne soit plus seulement subi mais voulu, désiré. Finalement, il faut penser dialogiquement la mélancolie et l’effervescence, la mélancolie individuelle étant le meilleur ferment de l’effervescence collective qui périodiquement vient (ré-)animer la vie sociale."
    -Stéphane Hampartzoumian, « La mélancolie au creux de la modernité », Sociétés 4/2004 (no 86), p. 21-35.

    « Le problème de l’individuation au Moyen Age reçoit plusieurs solutions, que l’on classe habituellement ainsi :
    (a) individuation par des faisceaux de qualités,
    (b) par un accident
    (c) par une caractéristique spécifique : (i) la forme, (ii) la matière, (iii) un principe sui generis, par exemple l’haeccéité (cf : Jorge Gracia, 1994).
    La solution (a) consiste par exemple à affirmer que ce qui fait l’individualité de Socrate, c’est l’ensemble des qualités liées en Socrate (d’où l’image du faisceau [bundle]). Boèce, Leibniz et Russell ont soutenu cette solution. La solution (b) affirme que certains accidents seulement sont responsables de l’individuation, par exemple la localisation spatio-temporelle, qui est accidentelle et contingente. Locke et Strawson l’ont soutenue et apparemment aussi Brentano. La solution (c) (i) consiste à affirmer que l’individualité d’un individu est causée par sa forme. Averroès, Lukasiewicz et David Wiggins l’ont défendue. La solution (c) (ii) consiste à affirmer que l’individuation est une privation apportée par la matière. Elle a été soutenue par Aristote et par Elizabeth Anscombe. La solution (c) (iii) consiste à introduire un principe spécifique d’individuation, qui peut être un particulier nu (bare particular) ou une essence individuelle ou haeccéité. C’est la position de Duns Scot. Il existe des positions mixtes, comme celle de Thomas d’Aquin qui identifie le principe d’individuation avec la matière dotée d’une certaine dimension. Il existe aussi des auteurs qui, comme Roger Bacon, trouvent la source de l’individuation dans les agents naturels ou surnaturels externes à la chose individuée
    . » -Frédéric Nef, Qu’est-ce que la métaphysique ?, Gallimard, coll. Folio essais, 2004, 1062 pages, p.335-336.

    Institution: "Une institution se définit comme un ensemble public de règles qui détermine des comportements et des statuts auxquels sont liés des droits et des obligations sanctionnables aussi bien pour ceux qui en assurent la direction que ceux qui sont soumis à leur pouvoir et leur régulation. [...] Il existe sans doute diverses manières de rendre compte de la production et de la conservation des institutions: on peut les concevoir comme des réducteurs d'incertitude parce qu'elles donnent lieu à des comportements formalisés, stables et prévisibles ; on peut les concevoir comme des réducteurs de coûts de transaction entre les agents qui externalisent une fonction économique ou sociale qu'ils ne peuvent plus assumer ; mais il est aussi possible de les penser comme des cristallisations de rapports de force destinées à éviter des effets de domination, ou plus simplement comme des éléments de "routine" sociale." -Christian Lazzeri, La production des institutions, Les Belles Lettres, 2002.

    Intellectuel: « Je suis un intellectuel, un écrivain, qui s’efforce de suivre tout ce qui se passe, de connaître tout ce que l’on écrit à ce propos, d’imaginer tout ce que l’on ne sait pas ou que l’on tait ; qui met en relation des faits même éloignés, qui rassemble les morceaux désorganisés et fragmentaires de toute une situation politique cohérente et qui rétablit la logique là où semblent régner l’arbitraire, la folie et le mystère.
    Tout cela fait partie de mon métier et de l’instinct de mon métier
    . »  -Pier Paolo Pasolini, Écrits corsaires, p.133.

    "Il existe peu d’hommes aussi enfermés dans leur profession que les universitaires. Habitudes, caractères, pensées, leurs aspirations et leurs ambitions mêmes ne dépassent pas les bornes du clan. Ils sont donc, malgré leur culture et leurs mérites réels, habituellement bornés et gourmés." -Lise Lamarre, Gouttes de lumière, 1954, p.107.

    "Intellectuals, in particular literary intellectuals, are natural Luddites." -Charles Percy Snow, The Two Cultures, 1959, p.22.



    Dernière édition par Johnathan R. Razorback le Ven 16 Mar - 15:19, édité 84 fois
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    Re: De la Philosophie & des définitions conceptuelles

    Message par Johnathan R. Razorback le Mer 30 Déc - 18:43

    Intérêt: "Ce qui importe à quelqu'un.
    I.  [Objectivement, avec l'idée d'avantage]
    A.  1. Ce qui convient à une personne, une collectivité, une institution, ce qui lui est avantageux, bénéfique dans un domaine moral, social et parfois matériel; ensemble des avantages appartenant à quelqu'un.
    " -TLFI, "Intérêt".

    "I. Tout ce qui apporte un bien, un plaisir ou un profit. [...]
    II. Supériorité qu'une personne a sur une autre, ou sur quelque chose, ou sur son état antérieur
    ." -TLFI, "Avantage."

    "Aime ton prochain comme toi-même ; ne fais pas à autrui ce que tu ne veux pas qu'on te fasse. Est-il étonnant que les prêtres, les rois, les aristocrates fussent opposées à une telle doctrine, et que ses premiers et purs successeurs aient payé de leur vie la vérité de leur système !
    Le philosophe voit en eux les martyrs des droits de l'homme, destinée ordinaire de ceux qui travaillent pour la vérité et non pour leur propre intérêt
    ."
    -Junius Frey, Philosophie sociale dédiée au peuple français, 1793.

    "La République de Hobbes est une structure vacillante qui doit sans cesse se procurer de nouveaux appuis à l'extérieur si elle ne veut pas sombrer du jour au lendemain dans le chaos dépourvu de but et de sens des intérêts privés dont elle est issu." -Hannah Arendt, L'Impérialisme, deuxième partie des Origines du Totalitarisme (1951). Gallimard, coll. Quarto, 2002, p.394.

    "Je me suis laisse prendre à des apparences. Quelquefois j’ai fait plus : je me suis trompé presque sciemment, ayant à cela une sorte d’intérêt sans doute, mais un intérêt bien autrement sérieux et durable à ne le pas faire ; et j’ai été mon flatteur et mon complice, au lieu d’être mon conseiller attentif et intègre. J’ai laissé oisive, en moi, une puissance qu’il ne tenait qu’à moi d’exercer pour mon avantage." -Jules Lequier, Comment trouver, comment chercher une première vérité ?, Éditions Allia, 2009 (1865 pour la première édition), 111 pages, p.21.

    "Les centaines de milliers de personnes qui s'y bousculent [dans les rues de Londres], ne sont-elles pas toutes des êtres humains avec les mêmes qualités et potentialités, et avec le même intérêt d'être heureux ?" -Friedrich Engels, La Condition de la classe ouvrière en Angleterre en 1844.

    Irrationalisme: "Doctrine ou comportement qui s'établit sur le refus de la raison scientifique." -Wiktionnaire, article "irrationalisme".

    "Un poète, un compositeur ou un mystique philosophent seulement dans des moments de fatigue, qui les forcent à revenir à une condition inférieure. Eux seuls se rendent compte que ce n'est pas une gloire d'être philosophe, eux seuls comprennent à quel point la philosophie -sans parler de la science- sait peu de choses. Qu'est-ce que la pensée au regard de la vibration de l'extase, ou du culte métaphysique des nuances qui définit toute poésie ?" -Emil Cioran, Le Livre des Leurres (1936). In Œuvres, Gallimard, coll. Quarto, 1995, 1818 pages, p.232.

    Jalousie: "On devient jaloux quand on développe des sentiments trop forts à l’égard d’une autre personne, quand on est tributaire d’elle, quand on s’imagine que l’on à tout à perdre en ne voyant plus cet être." -isabelle183, La fille aux cheveux noirs.

    Justice: "La Justice est théorique. Parce que c'est un objet de contemplation. [...] On ne peut pas penser la Justice sans le sentiment de la honte. La Justice est un affect, un sentiment. C'est d'abord comme sentiment qu'on y a accès, faute de quoi...c'est pas possible de considérer la Justice théoriquement seulement. [...] Il n'y a pas de Justice sans honte. [...] On ne peut pas désirer la Justice sans avoir été violé, voire violenté, par l'injustice. C'est absolument impensable. C'est ce qui fait de nous des êtres tragiques." -Bernard Stiegler.

    « C'est dans le sérieux de la question de la justice que le politique trouve sa justification. » -Leo Strauss.

    "La justice des hommes est toujours une forme de pouvoir." -Chamfort.

    Langage: "Après le tournant linguistique, il nous est impossible de concevoir un accès à la réalité, interne ou externe, qui ne soit pas médiatisé par le langage." -Jürgen Habermas, Vérité et justification, Gallimard, 2001, p.274.

    « Le langage et la perception [sont] nos deux moyens fondamentaux d’appréhension de la réalité. » -Frédéric Nef, Qu’est-ce que la métaphysique ?, Gallimard, coll. Folio essais, 2004, 1062 pages, p.73.

    "Qu'est-ce que le langage en effet ? Le pouvoir de mentir autant que le pouvoir d'exprimer ce qui est. Un animal est incapable de mentir, de dire ce que l'instinct ne fait pas, d'aller au-delà du nécessaire et au-delà de la satisfaction." -Denis de Rougemont, L’amour et l’Occident, Livre III « Passion et Mystique », Plon, Bibliothèque 10/18, 1972 (1939 pour la première édition), 445 pages, p.186.

    "Le langage est une des concrétisations de la vie sociale et psychique." -Norbert Elias, La Civilisation des mœurs, Calmann-Lévy, coll. Agora, 1973 (1939 pour la parution du premier tome de Über den Prozess der Zivilisation), 507 pages, p.244.

    "C'est en poussant à fond la critique du langage, et sous toutes ses formes, qu'on peut savoir vraiment ce qu'on pense, se désencombrer de ce qui n'a point de signification réalisable, comprendre ce qu'on lit sans glisser des idées préconçues à la place de celles que voulait exprimer l'auteur, et réduire ainsi la part de ce qui reste toujours incertain dans cet acte, si immédiat en apparence, si complexe et si difficile en réalité: la transmission d'une idée d'un cerveau à l'autre." -André Lalande, préface au Vocabulaire technique et critique de la philosophie, PUF, 2016 (1926 pour la première édition), 1376 pages, p.XVII.

    "Le regard que nous portons sur le monde dépend de notre langue et des mots que nous employons." -Jean-Marc Ghitti, « Le milieu : ses significations et ses valeurs », Le Portique [En ligne], 25 | 2010, document 1, mis en ligne le 25 novembre 2012, consulté le 13 avril 2016. URL : http://leportique.revues.org/2473

    « Pour prétendre que ce sont les faits qui sont construits et pas seulement le langage dans lequel nous les décrivons, il faut croire que le langage est tout et décide de tout – ce qui pourrait bien être une forme occidentale et contemporaine de la pensée magique. » -Jean-Jacques Rosat, annexes à Boghossian, La Peur du savoir. Sur le relativisme et le constructivisme de la connaissance, Agone, p.171.

    "Les luttes politiques se jouent toujours aussi dans l’ordre du langage." -Luc Boltanski, Entretien pour lesinrocks.com, 03/06/2014.

    "La lutte des classes est aussi une lutte des langues et dialectes." -Jean-Jacques Lecercle, Le marxisme a besoin d’une philosophie du langage (cf: http://revueperiode.net/le-marxisme-a-besoin-dune-philosophie-du-langage/ ).

    "La théorie du langage est, chez Spinoza, la propédeutique à toute réflexion véritable. Les enjeux de cette théorie sont, dans l’œuvre du philosophe hollandais, d’ordre épistémologique et politique. C’est, en effet, en termes stratégiques que le problème du langage est posé, car celui-ci enveloppe deux dangers majeurs qui se combinent nécessairement : l’illusion et l’oppression.
    L’illusion dans la confusion toujours possible des idées et des mots par lesquels nous désignons les choses, l’oppression lorsqu’entre les mains du théologien, le langage devient l’instrument adéquat de la tyrannie. D’où la nécessité d’une critique du langage comme préalable à toute entreprise philosophique véritable qui se donne pour but la liberté tant individuelle que politique
    ."

    "A partir d’un mot maladroitement utilisé (lui-même produit de la confusion), la philosophie peut s’engager dans les spéculations les plus illusoires."

    "Dire de la même façon, le radicalement différent, c’est briser l’usage passif du langage."

    "Il y a, selon Spinoza, des forces actives dans le peuple, desquelles la philosophie ne peut se couper sans aller à sa perte. Ce sont ces forces et l’espérance politique qu’elles supportent, que la philosophie se doit de développer si elle veut continuer à exister et étendre sa souveraineté. Spinoza est le premier philosophe qui lie le sort de la philosophie au sort du peuple, son salut au salut du peuple. Si celui-ci sombre dans l’oppression et le fanatisme, qu’il combat pour sa servitude comme s’il s’agissait de son salut, la philosophie sombrera aussi. Il y a des époques de barbarie où la philosophie est assassinée. Le philosophe doit donc devenir l’ami du peuple, inversement le peuple doit devenir son allié, mais non démagogiquement comme le font les tyrans et les théologiens, mais au contraire en développant chez lui l’amour de la justice et de la charité — enseignement essentiel de l’Écriture — et par là même l’amour de la Liberté qui, pour un peuple, s’identifie au désir de démocratie. Car c’est par un nouvel usage du texte de l’Écriture que le peuple trouvera sa parole propre que lui confisque depuis des siècles le spécialiste théologien. La parole vivante développera alors son caractère politique positif. Dans une Démocratie en effet, la liberté de la parole est le moyen d’assurer la libre circulation des idées et de l’information politique. Cette liberté de transmettre l’information politique est en fait la garantie fondamentale de la liberté tout court, le plus souvent menacée par les secrets d’Église (des théologiens) ou les secrets d’État (des gouvernants) derrière lesquels se masque l’arbitraire du pouvoir tyrannique." -Laurent Bove, La théorie du langage chez Spinoza, L’Enseignement philosophique n° 4, mars-avril 1991.

    Libéralisme: "Libéralisme.
    A. Doctrine politique suivant laquelle il convient d'augmenter autant que possible l'indépendance du pouvoir législatif et du pouvoir judiciaire par rapport au pouvoir exécutif, et de donner aux citoyens le plus de garanties possible contre l'arbitraire du gouvernement. Les liberales (premier emploi du terme) sont le parti espagnol qui, vers 1810, veut introduire en Espagne le parlementarisme de type anglais. - S'oppose à
    autoritarisme.
    B. Doctrine politico-philosophique d'après laquelle l'unanimité religieuse n'est pas une condition nécessaire d'une bonne organisation sociale, et qui réclame pour tous les citoyens la "liberté de pensée".
    C. Doctrine économique suivant laquelle l'Etat ne doit exercer ni fonctions industrielles, ni fonctions commerciales, et ne doit pas intervenir dans les relations économiques qui existent entre les individus, les classes ou les nations. On dit souvent, en ce sens,
    Libéralisme économique. - S'oppose à Étatisme, ou même plus généralement à Socialisme.
    D. Respect de l'indépendance d'autrui ; tolérance ; confiance dans les heureux effets de la liberté." -André Lalande, Vocabulaire technique et critique de la philosophie, PUF, 2016 (1926 pour la première édition), 1376 pages, p.557-558.

    "Même le modèle libéral de l’« État gendarme » – dont l’intervention est limitée à des fonctions régaliennes (justice, police, diplomatie, défense…) – supposant l’existence de moyens financiers à la disposition des organes du pouvoir." -Franck Waserman, Peut-il y avoir un Etat sans finances ?, http://www.vie-publique.fr, 24 novembre 2017.

    « S'il nous est permis d'appeler libéralisme la doctrine politique pour laquelle le fait fondamental réside dans les droits naturels de l'homme et pour laquelle la mission de l'Etat consiste à protéger (ces) droits, il nous faut dire que le fondateur du libéralisme fut Hobbes. » -Leo Strauss, Droit naturel et histoire, Paris, Flammarion, 1986 (1953), pp. 165–166.

    "La vraie raison ne peut souhaiter pour l’homme d’autre état que celui où non seulement chaque individu jouit de la plus entière liberté de se développer de lui-même et dans sa personnalité propre [...] La raison ne doit s’éloigner de ce principe que dans la mesure où ceci serait nécessaire pour la conservation même du principe. Celui-ci doit toujours servir de base dans toute politique." -Wilhelm von Humboldt, Essai sur les limites de l’action de l’Etat, Institut Coppet, Paris, novembre 2011 (1792 pour la première édition allemande), 89 pages, p.10.

    "Le libéralisme, ce sont en réalité des principes, et pas quelques mesures. Être libéral, c’est une philosophie sociale cohérente. C’est défendre une société fondée sur la liberté et la responsabilité, qui fait confiance à l’homme, qui laisse la liberté du choix, notamment en matière de protection sociale, qui cherche à limiter le pouvoir politique afin de laisser s’épanouir la société civile. Ce n’est pas afficher une liste de propositions plus ou moins « pro-business » ou, pire, « pro-riches », compensées par le maintien du « modèle social français », et chiffrées avec plus ou moins de sérieux. Être libéral c’est aussi, dans la ligne de cette philosophie, une cohérence dans la vie d’un homme avec des valeurs d’état de droit, d’égalité devant la loi, de transparence et de justice. On n’a pas juste des idées libérales, on vit comme un libéral : être libéral c’est d’abord une attitude." -Emmanuel Martin, Alain Juppé, un libéralisme bien curieux, 23 mai 2016 (cf: http://www.contrepoints.org/2016/05/23/253826-alain-juppe-un-liberalisme-bien-curieux ).

    « Liberalism has only one overriding aim : to secure the political conditions that are necessary for the exercise of personal freedom. » -Judith Shklar, The liberalism of fear, 1989, p.21.

    "Les concepts libéraux [...] expriment la méfiance instinctive et l'hostilité foncière de la bourgeoisie à l'égard des affaires publiques." -Hannah Arendt, L'Impérialisme, deuxième partie des Origines du Totalitarisme (1951). Gallimard, coll. Quarto, 2002, p.399.

    "[Le libéral a pour conviction] que tout pouvoir corrompt et que la constance du progrès exige une disparition constante du pouvoir, quelle que soit l'origine de celui-ci."  -Hannah Arendt, Qu'est-ce que l'autorité ?, in La Crise de la Culture. Huit exercices de pensée politique, 1961, repris dans Hannah Arendt. L'Humaine Condition, Gallimard, coll. Quarto, 2012, 1050 pages, p.676.

    "Tant que nous n’aurons pas fait une bonne fois pour toutes le deuil du trône, nous resterons des antilibéraux primaires en guerre les uns contre les autres, obnubilés par le pouvoir." -Jesrad, Mais que veulent les libéraux, à la fin ?, 13 juillet 2007 (cf: https://jesrad.wordpress.com/2007/06/13/mais-que-veulent-les-liberaux-a-la-fin/ ).

    « Avec l’ère de la bourgeoisie s’ouvre celle du Libéralisme […] Ce que veut le Libéralisme, c’est la libre évolution, la mise en valeur non point de la personne ou du moi, mais de la Raison ; c’est en un mot la dictature de la Raison, et, en somme, une dictature. Les Libéraux sont des apôtres, non pas précisément les apôtres de la foi, de Dieu, etc., mais de la Raison, leur évangile. Leur rationalisme, ne laissant aucune latitude au caprice, exclut en conséquence toute spontanéité dans le développement et la réalisation du moi : leur tutelle vaut celle des maîtres les plus absolus. » -Max Stirner, L’Unique et sa propriété, 1844.

    "Ce n'est que maintenant que la bourgeoisie allemande ressent le besoin effectif, engendré par des rapports économiques, d'accéder à la puissance politique [...] que le libéralisme a une existence pratique en Allemagne et, ce faisant, une chance de succès." -Karl Marx, Friedrich Engels & Joseph Weydemeyer, L'idéologie allemande, trad. Jean Quétier et Guillaume Fonde, Éditions sociales, GEME, 2014, 497 pages, p.365.

    "La lutte de classe est le pivot de la vie sociale de nos jours. Et chaque classe, au cours de cette lutte, s'inspire de sa propre idéologie. La bourgeoisie a la sienne, c'est ce qu'on appelle le libéralisme." -Joseph Staline, Anarchisme ou socialisme ?, 1906.

    The essence of liberalism is negociation, a cautious half measure, in the hope that the definitive dispute, the decisive bloody battle, can be transformed into a parliamentary debate and permit the decision to be suspended forever in an everlasting discussion.” -Carl Schmitt, Théologie politique - Quatre chapitres sur le concept de souveraineté, 1922. D'après la traduction anglaise de George Schwab, The MIT Press, Cambridge, Massachusetts, and London, England, 1985, 70 pages, p.63.

    « C’est parce que l’individualisme libéral ne permet pas de concevoir l’aspect collectif de la vie sociale comme étant constitutif qu’il y a une contradiction au cœur du projet de Rawls. » -Chantal Mouffe, "Le libéralisme américain et ses critiques", in Le politique et ses enjeux, La Découverte/Mauss, Paris, 1994, p. 83.

    "Au niveau théorique le communautarisme participe avec le libéralisme d’une éviction du politique du débat philosophique." -Nicolas Duvoux, « Faut-il vouloir la paix sociale ?. », Le Philosophoire 1/2005 (n° 24) , p. 37-50.

    "On oublie trop facilement le caractère tragique du libéralisme alors que la question du mal se trouve à son origine." -Frédéric Boily & Natalie Boisvert, Le libéralisme de l’inquiétude : Friedrich Hayek et Judith Shklar, Politique et Sociétés, Volume 33, numéro 3, 2014, p. 3-29.

    Liberté: "Je nommerai libre un homme qui se possède." -Denis de Rougemont, L’amour et l’Occident, Livre VII « Le Mythe contre le Mariage », Plon, Bibliothèque 10/18, 1972 (1939 pour la première édition), 445 pages, p.304.

    "La fin de l'Etat n'est pas de faire passer les hommes de la condition d'êtres raisonnables à celle de bêtes brutes ou d'automates, mais au contraire il est institué pour que leur âme et leur corps s'acquittent en sureté de toutes leurs fonctions, pour qu'eux-mêmes usent d'une Raison libre, pour qu'ils ne luttent point de haine, de colère ou de ruse, pour qu'ils se supportent sans malveillance les uns les autres. La fin de l'Etat est donc en réalité la liberté."
    -Baruch Spinoza, Traité théologico-politique, 1665, chap. XX, trad. C. Appuhn, GF-Flammarion, 1993, p.330.

    "La propension de nos contemporains à demander, dès que quelque chose ne leur convient pas, que le gouvernement prenne des mesures d'interdiction, et la passivité qu'ils montrent en se soumettant à de tels interdits alors qu'ils ne sont pas du tout d'accord sur leur contenu attestent que la mentalité de valet est encore profondément enracinée en eux. Il faudra de longues années d'éducation pour que le sujet devienne un citoyen. Un homme libre doit pouvoir supposer que ses semblables agissent et vivent d'une façon différentes de celle qu'il estime être la bonne, et il doit perdre l'habitude d'appeler la police dès que quelque chose ne lui convient pas." -Ludwig von Mises, Le Libéralisme (1927).

    "La liberté [...] est menacée partout, même dans les sociétés libres, mais n'est radicalement abolie que dans les systèmes totalitaires et non dans les tyrannies et les dictatures." -Hannah Arendt, Qu'est-ce que l'autorité ?, in La Crise de la Culture. Huit exercices de pensée politique, 1961, repris dans Hannah Arendt. L'Humaine Condition, Gallimard, coll. Quarto, 2012, 1050 pages, p.682.

    "À la réévaluation postmoderne de notre rapport au monde objectif ou à la « réalité » correspond un développement frappant du côté du sujet moral et connaissant. Il existe, là encore, une justification historique au fait d’accoler l’étiquette « platoniste » à la conception contre laquelle se révolte le postmodernisme. Car le progrès dialectique de la théorie vers une cohérence parfaite dans la République de Platon est censé aller de pair avec une tendance analogue vers la cohérence dans l’esprit de celui qui cherche. À mesure que la pratique dialectique renforce ma saisie intellectuelle de la vérité et du bien, je dois me représenter comme me dirigeant vers une intégration mentale parfaite : c’est-à-dire vers un état dans lequel aucun accès d’émotion soudain, aucun aspect des choses non anticipé, n’est en mesure de déranger l’ordre de mes croyances et de mes valeurs.

    La liberté positive

    Depuis son invention, on a lié cet idéal de subjectivité intègre ou « centrée » à celui de liberté personnelle. Cependant, la liberté qu’il promet n’est pas un simple état négatif d’absence de contraintes externes – la « liberté de la spontanéité », qui, selon Hume par exemple, était la seule à laquelle on pouvait intelligiblement aspirer. Il s’agit plutôt d’une « liberté positive » issue de la bonne organisation interne de l’esprit. La liberté positive (connue aussi sous le nom d’« autonomie ») est le résultat de la réussite d’un état d’esprit dans lequel les décisions ou les exigences du vrai sujet (le sujet en tant qu’exemplaire de cohérence et de stabilité idéale) ne peuvent être détournées par des pulsions ou des « passions » récalcitrantes 6. Être libre, en ce sens, c’est être émancipé de l’influence des croyances et des désirs que notre jugement critique condamne comme irrationnels.

    La conclusion logique de ce raisonnement est qu’on ne peut attribuer la liberté sans réserve qu’à ceux qui ont pleinement réalisé leur potentiel de rationalité – c’est-à-dire seulement à un être parfaitement rationnel. Nous autres (ce qui signifie nous tous, bien que nous soyons sans doute éloignés de cet idéal à des degrés divers) pouvons bien ressentir un sentiment subjectif de liberté dans nos actions, mais si nous continuons à nous développer intellectuellement, nous sommes destinés à percevoir, un jour (rétrospectivement), l’absence relative de liberté dans nos modes de comportement actuels.

    Nous pouvons retenir comme un autre composant de la conception des Lumières l’espoir de parvenir à la liberté positive en ébranlant toutes les contraintes accidentelles (c’est-à-dire non rationnelles) pesant sur la façon dont nous pensons et agissons. Le « sujet centré » classique était libre car il n’était plus à la merci d’accès de passion ou d’appétits imprévisibles ; de manière analogue, le sujet moderne est libre parce qu’il ou elle se libère de l’influence des forces sociales qu’il ou elle ne comprend pas et auxquelles il ou elle ne peut donc pas résister. Le marxisme, par exemple, nous encourage à nous acheminer vers la liberté en ce sens, par un gain de lucidité sur l’ordre économique capitaliste et l’idéologie qui l’accompagne
    ." -Sabina Lovibond, Féminisme & postmodernisme, in Revue Agone, n°43 « Comment le genre trouble la classe », 18/06/2010.

    « La liberté en tant qu’homme, j’en exprime le principe pour la constitution d’une communauté dans la formule : personne ne peut me contraindre à être heureux d’une certaine manière (celle dont il conçoit le bien-être des autres hommes), mais il est permis à chacun de chercher le bonheur dans la voie qui lui semble, à lui, être la bonne, pourvu qu’il ne nuise pas à la liberté qui peut coexister avec la liberté de chacun selon une loi universelle possible (autrement dit, à ce droit d’autrui). Un gouvernement qui serait fondé sur le principe de la bienveillance envers le peuple, tel celui du père envers ses enfants, c’est-à-dire un gouvernement paternel, où par conséquent les sujets, tels des enfants mineurs incapables de décider de ce qui leur est vraiment utile ou nuisible, sont obligés de se comporter de manière uniquement passive, afin d’attendre uniquement du jugement du chef de l’État la façon dont ils doivent être heureux, et uniquement de sa bonté qu’il le veuille également, – un tel gouvernement, dis-je, est le plus grand despotisme que l’on puisse concevoir (constitution qui supprime toute liberté des sujets qui, dès lors, ne possèdent plus aucun droit). » -Kant, Théorie et pratique (1793).

    "L'humanité, par le mode de production féodal et le mode de production industriel, s'est libérée de l'ordre du travail de production, du travail domestique, du travail de la communication et de l'échange. La société de classes récupère, au profit de la classe dominante, cette production de la liberté. Le processus de libération -le travail- sera assumé, pris en charge par l'esclave, le serf, l'ouvrier. Alors les classes dominantes, nobles et bourgeois, qui ne font pas ce travail mais qui en profitent, elles, seront libres. Et disponibles pour d'autres activités.
    Telle est l'élémentaire définition de la dialectique liberté-nécessité. Ces termes ne peuvent être dits, n'ont de valeur, que dans et par les rapports de production. La liberté ne peut être définie que comme engendrement historique dans les modes de production
    ." -Michel Clouscard, La Bête sauvage, Métamorphose de la société capitaliste et stratégie révolutionnaire, Éditions sociales, 1983, réédition Kontre Kulture, 2014, 312 pages, p.62.

    « Ce que nous dit d’abord l’ennui, et que nous n’aimons pas entendre, c’est que la liberté est douloureuse. » -Didier Nordon, « Un sujet impossible », dans L’Ennui, Paris, Autrement, n° 175, janvier 98, p. 10.

    "Le malaise de la société n'est autre que la maladie d'être libre, d'une liberté qui en effet n'a plus à se réinvestir en des conduites de devoir et d'obéissance. Libre pour rien."  -Michel Clouscard, La Bête sauvage, Métamorphose de la société capitaliste et stratégie révolutionnaire, Éditions sociales, 1983, réédition Kontre Kulture, 2014, 312 pages, p.252.

    "Vous demandiez si l'épreuve de la liberté ne devient pas intenable. Il y a deux réponses à cette question, qui sont solidaires. L'épreuve de la liberté devient intenable dans la mesure où l'on n'arrive à rien faire de cette liberté. Pourquoi voulons-nous la liberté ? Nous la voulons d'abord pour elle-même, certes ; mais aussi pour pouvoir faire des choses. Si l'on ne peut, si l'on ne veut, rien faire, cette liberté se transforme en la pure figure du vide." -Cornelius Castoriadis, Le délabrement de l'Occident, Entretien avec Olivier Mongin, Joël Roman et Ramin Jahanbegloo, publié dans Esprit, décembre 1991, repris dans La montée de l'insignifiance, 1996.

    Libertarianisme: "Les libertariens souhaitent diminuer le plus possible la sphère du politique et, en bout de ligne, l'abolir complètement par une privatisation complète de toutes les fonctions de l'État, la gauche comme la droite veulent imposer leurs valeurs à tous au moyen de la coercition étatique. [...]
    Il existe des libertariens fondamentalistes religieux et des libertariens athées, des libertariens individualistes et d'autres qui préfèrent vivre dans des communautés fortes, des libertariens qui défendent des valeurs culturelles traditionnelles et d'autres qui font la promotion d'un «transhumanisme» qui permettrait à l'être humain de se transformer grâce aux nouvelles technologies. Les valeurs défendues par les libertariens pris individuellement peuvent rejoindre celles de la gauche «progressiste» ou celles de la droite «conservatrice». La seule perspective fondamentale qui unit les libertariens est qu'ils refusent d'imposer leur propre vision du monde aux autres au moyen d'une institution fondée sur la coercition, en l'occurrence l'État.
    " -Martin Masse.

    Libre-arbitre: "Il n'est pas en votre puissance de souffrir ou de ne souffrir pas; mais quant à vos actions, elles sont le fruit de votre volonté bonne ou mauvaise." -Augustin d'Hippone, De la Ruine de Rome, chapitre III.

    "Chaque méchant est l'auteur de ses méfaits. [...] C'est la justice de Dieu qui punit les mauvaises actions. Or elles ne seraient pas punies avec justice, si elles n'étaient volontaires." -Augustin d'Hippone, Traité du Libre-arbitre, Livre Premier, Chapitre premier "Dieu est-il l'auteur de quelque mal ? ".

    « L’homme est homme par son libre-arbitre. » -Raymond Sebond, Science du Livre des créatures ou de la nature, ou Science de l'homme, 1436.

    "Le libre-arbitre n'appartient pas à l'ordre de la nature. C'est un pur principe transcendant d'initiative, au-delà de toute nature." -André Vergez, Faute et liberté, Annales littéraires de l'université de Besançon, 1969, p.19.

    "La liberté de notre volonté se connaît sans preuve, par la seule expérience que nous en avons." -René Descartes, Principes de la philosophie, article 39.

    "Je suis persuadé que ma volonté peut à son gré arrêter & suspendre à chaque instant l’effet de tous ces ressorts cachés qui me font agir. [...] On pourrait alléguer plusieurs occasions dans la vie humaine, où l’empire de cette liberté s’exerce avec tant de pouvoir qu’elle dompte les corps, & en réprime avec violence tous les mouvements. Dans l’exercice de la vertu, où il s’agit de résister à une forte passion, tous les mouvements du corps sont déterminés par la passion ; mais la volonté s’y oppose & les réprime par la seule raison du devoir. D’un autre côté, quand on fait réflexion sur tant de personnes qui se sont privées de la vie, sans y être poussées, ni par la folie, ni par la fureur, &c. mais par la seule vanité de faire parler d’eux, ou pour montrer la force de leur esprit, &c. il faut nécessairement reconnaitre ce pouvoir de la liberté plus fort que tous les mouvements de la nature. Quel pouvoir ne faut-il pas exercer sur ce corps pour contraindre de sang-froid la main à prendre un poignard pour se l’enfoncer dans le cœur." -L’Encyclopédie de d’Alembert et Diderot, article "Liberté", 1ère édition, tome 9, 1751 (cf: https://fr.wikisource.org/wiki/L%E2%80%99Encyclop%C3%A9die/1re_%C3%A9dition/LIBERT%C3%89 ).

    "Un raisonneur a beau me prouver que je ne suis pas libre, le sentiment intérieur, plus fort que tous ses arguments le dément sans cesse." -Rousseau, Julie ou la nouvelle Héloïse, VI, Lettre VII.

    "Si me sentir souverain dans mon for intérieur, c'était, au fond, ne sentir pas ma dépendance ? Si chacune de mes volontés était un effet avant d'être une cause, en sorte que ce choix, ce libre choix, ce choix en apparence aussi libre que le hasard, eût été réellement (n'y ayan point de hasard) la conséquence inévitable d'un choix antérieur, et celui-ci la conséquence d'un autre, et toujours de même, à remonter jusqu'à ces temps don je n'avais nulle mémoire ?" (p.13)

    "Pourquoi, à tel moment, ai-je précisément voulu telle chose ? J'étais libre en effet, supposons, de me déterminer ainsi ou autrement ; mais à moins de me déterminer arbitrairement, c'est-à-dire sans raison, car est arbitraire ce qui n'a pas de raison d'être, la question: Pourquoi cette détermination plutôt que cette autre ? se comprend d'autant mieux que le motif pour se déterminer ainsi et le motif pour se déterminer de cette autre manière ne pouvant être les mêmes, puisque les deux déterminations possibles étaient différentes, la prédominance au moins apparente et relative d'un motif sur l'autre paraît avoir été la raison décisive du choix. Mais ce n'est plus la liberté." (p.72)
    -Jules Lequier, Comment trouver, comment chercher une première vérité ?, Éditions Allia, 2009 (1865 pour la première édition), 111 pages.

    "Tout déterminisme [est] refuté par l'expérience." -Henri Bergson, Essai sur les donnés immédiates de la conscience, PUF, 1927 (1888 pour la première édition), p.173.


    Dernière édition par Johnathan R. Razorback le Mar 13 Mar - 20:14, édité 44 fois


    _________________
    « La racine de toute doctrine erronée se trouve dans une erreur philosophique. [...] Le rôle des penseurs vrais, mais aussi une tâche de tout homme libre, est de comprendre les possibles conséquences de chaque principe ou idée, de chaque décision avant qu'elle se change en action, afin d'exclure aussi bien ses conséquences nuisibles que la possibilité de tromperie. » -Jacob Sher, Avertissement contre le socialisme, Introduction à « Tableaux de l'avenir social-démocrate » d'Eugen Richter, avril 1998.

    "Il y a, de nos jours, beaucoup de gens qui s'accommodent très aisément de cette espèce de compromis entre le despotisme administratif et la souveraineté du peuple, et qui pensent avoir assez garanti la liberté des individus, quand c'est au pouvoir national qu'ils la livrent. Cela ne me suffit point." -Alexis de Tocqueville, De la Démocratie en Amérique, vol II, Quatrième Partie : Chapitre VI, 1840.

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    Re: De la Philosophie & des définitions conceptuelles

    Message par Johnathan R. Razorback le Mer 30 Déc - 22:15

    Maîtrise / Maître: "Maîtrise: subst. fém.
    A.  Fait, faculté de dominer les êtres ou les choses.
    1. [Correspond partiellement à maître1IA] Rare. Condition, pouvoir d'un maître, de celui qui exerce une autorité absolue (sur une personne ou une communauté). [...]
    2. [Correspond à maître1 I B 2] Fait d'être maître de quelque chose, d'avoir quelque chose en son pouvoir, sous son contrôle matériel ou moral. [...]
    a) Dans le domaine milit. Maîtrise d'un lieu. Pouvoir de domination, de surveillance, exercé en un lieu. [...]
    c) Dans le domaine psychol. Maîtrise de soi ou, absol., maîtrise. Faculté de se gouverner suivant la raison et la volonté, en gardant le contrôle de ses impulsions, de ses instincts. [...]
    d) Dans le domaine de l'activité intellectuelle ou pratique. Connaissance approfondie et sûre (d'un objet de pensée, d'une discipline, d'un art, d'une technique). [...] Art, talent supérieur (manifesté dans l'exécution de quelque chose) reposant sur une connaissance approfondie des moyens
    ." -"TFLI".

    "Maître, Maîtresse, subst.
    I.  Personne qui a un pouvoir de domination sur les êtres ou les choses.
    A.  Personne qui a quelqu'un sous sa dépendance, sous son autorité.
    1. Celui, celle qui a quelqu'un à son service. [...]
    2. Celui, celle qui exerce un pouvoir.
    a) Celui, celle qui exerce le pouvoir politique, qui a des sujets, gouverne un ou plusieurs peuples. [...]
    3. Celui, celle qui a la prééminence (dans un domaine, dans un lieu), qui peut y faire prévaloir son autorité
    ." -"TFLI".

    "ô mon âme, je t'ai affranchie de toute obéissance, je t'ai dispensée de fléchir le genou et de dire: "Mon maître"."  -Friedrich Nietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra, Livre III, "Du Grand Désir", trad. révisée de G. Bianquis, GF Flammarion, 1996, p.277.

    Mal: "Saint jean, qui nous trouve déjà perdus, remonte de degré en degré, par la concupiscence de la chair et par la curiosité de l'esprit, jusqu'au premier principe qui est au comble de tout le mal, qui est l'orgueil de la vie." -Bossuet, Traité de la concupiscence, Bloud & cie, 1908, p.73-75.

    "Il est peut-être vrai que deux personnes dont les morales sont fort distinctes peuvent discuter éternellement sans parvenir à se mettre d’accord sur la valeur morale de tel ou tel acte que l’une juge être un bien et l’autre un mal. Cela au fond importe peu, car il est absolument certain que n’importe qui peut mettre fin à la discussion en les tuant tous deux. C’est très exactement cela, le mal pur. Un déchaînement de violence, qui supprime toute discussion possible, et jusqu’à l’auteur de la violence. Tant que deux personnes s’opposent, au fond, tout va bien. Le mal absolu, c’est quand tout le monde est mort. C’est ce mal absolu qui permet de mesurer tous les autres maux comme tels, comme autant de destructions partielles." -Jean-Paul Galibert, Extrait des Invitations philosophiques à la pensée du rien.

    Métaphysique: « On peut brièvement caractériser la métaphysique comme cette partie de la philosophie qui se propose de dégager la structure générale de la réalité et les catégories fondamentales auxquelles appartiennent les entités qui la composent. » -Daniel Laurier, Introduction à la philosophie du langage, Mardaga, Philosophie et langage, 1993, 332 pages, p.10.

    « La différence entre la science et la métaphysique est que la première n’a pas affaire à quelque chose d’aussi général que « la réalité », « ce qui est », « la totalité de l’étant », etc., à la différence de la métaphysique. La science est une juxtaposition de sciences particulières, régionales (Husserl), chacune d’entre elles spécialisée dans un type de réalité, d’êtres, par exemple les êtres vivants pour la biologie. »  -Frédéric Nef, Qu’est-ce que la métaphysique ?, Gallimard, coll. Folio essais, 2004, 1062 pages, p.62.

    Modernité & Modernisme: "Le modernisme est une posture qui radicalise certains traits de la modernité. Théorisée dans les années 1950 mais apparue beaucoup plus tôt, dès la fin du 19ème siècle (voire avant), elle concerne tous les aspects de la société, et peut se manifester à peu près n'importe où, dans les domaines technique, idéologique ou éthique. Dans le champ artistique, elle est mise en œuvre par des individus, des courants informels ou des avant-gardes. Elle affecte d'abord l'art, mais pas seulement." -Pierre Delain, "Le modernisme est une tendance à l'épuration de chaque art, qui doit toujours aller jusqu'au bout de ses propres règles", (Derridex), page consultée le 20 janvier 2017 (cf: http://www.idixa.net/Pixa/pagixa-0711101452.html ).

    Modes de production & classes sociales: "Marx développa une interprétation de l'histoire des sociétés humaines fondée sur la distinction de grandes périodes qu'il appela des "modes de production". Une liste type de ces modes de production est: "asiatique, antique, féodal et bourgeois moderne". Le mode de production bourgeois n'est autre que le mode de production capitaliste. A chacun de ces modes est associée une structure de classe. En simplifiant, on peut opposer une classe dominante et une classe dominée. Côté dominants, dans l'ordre de la liste ci-dessus, on trouve le despote asiatique et la classe des notables (prêtres, fonctionnaires) qui l'entourent, les maîtres, les seigneurs et les bourgeois. Du côté des dominés, on trouve les paysans encadrés par les notables, les esclaves, les serfs et les prolétaires. Les classes dominantes s'approprient une fraction du travail (un surtravail) des classes dominées, ou du produit de ce travail, selon un processus désigné comme "exploitation" [...] Ce rapport fondamental se complique toujours du fait de l'existence de classes de commerçants et d'artisans, ou de salariés, dont le rapport aux classes dominantes est plus complexe. [...]
    Les forces productives et les rapports de production. Les premiers regroupent les déterminants de la capacité de produire: les ressources naturelles, la technique et l'organisation (dans l'entreprise mais aussi la division du travail entre entreprises). Les seconds renvoient aux rapports entre les hommes qui confèrent aux classes leurs positions sociales respectives, comme la propriété des moyens de production pour les capitalistes, et l'absence d'une telle propriété pour les prolétaires
    ." -Gérard Duménil, Michael Löwy et Emmanuel Renault, Les 100 mots du marxisme, PUF, coll "Que sais-je ?", 2009, 126 pages, p.82.

    "Ce n'est pas Marx, bien entendu, qui a crée le concept de classes sociales: on le trouve chez les économistes classiques, les historiens et les socialistes utopiques. Marx n'a d'ailleurs pas donné une définition précise de la classe sociale. Le dernier chapitre du volume III du Capital, consacré aux classes, est resté inachevé. Mais il existe une approche proprement marxienne des classes sociales; qui les rattache aux rapports sociaux de production: la classe dominante est celle des propriétaires des moyens de production, qui s'approprie, chaque fois d'une manière spécifique, le surplus produit par la classe des travailleurs directs ; entre ces deux pôles principaux se distribue tout un éventail de situations sociales intermédiaires." -Gérard Duménil, Michael Löwy et Emmanuel Renault, Les 100 mots du marxisme, PUF, coll "Que sais-je ?", 2009, 126 pages, p.30.

    "On appelle classes, de vastes groupes d'hommes qui se distinguent par la place qu'ils occupent dans un système historiquement défini de production sociale, par leur rapport (la plupart du temps fixé et consacré par les lois) vis-à-vis des moyens de production, par leur rôle dans l'organisation sociale du travail, donc, par les modes d'obtention et l'importance de la part de richesses sociales dont ils disposent. Les classes sont des groupes d'hommes dont l'un peut s'approprier le travail de l'autre, à cause de la place différente qu'il occupe dans une structure déterminée, l'économie sociale." -Lénine, La grande initiative, 1919.

    "La classe (comme je l’ai affirmé dans le chapitre II, sous-partie ii de mon livre) est l’expression sociale collective du fait de l’exploitation, la manière dont l’exploitation est intégrée dans une structure sociale. (Par « exploitation », j’entends évidemment l’appropriation d’une partie du produit du travail d’autrui : dans une société productrice de marchandises, c’est l’appropriation de ce que Marx appelle « plus-value ».) La classe est essentiellement une relation – de même que le capital, un autre des concepts de base de Marx, est explicitement décrit par lui, dans une dizaine de passages que j’ai relevés, comme « une relation », « un rapport social de production », et ainsi de suite. Et une classe (une classe en particulier) est un groupe de personnes au sein d’une communauté, identifiées par leur position dans l’ensemble du système de production, laquelle est définie avant tout en fonction de leur relation (principalement en termes du degré de contrôle) aux conditions de production (c’est-à-dire aux moyens et au travail de la production) et aux autres classes. Les individus qui constituent une classe donnée peuvent être pleinement ou partiellement conscients de leur identité et de leurs intérêts communs de classe, mais ne le sont pas nécessairement ; ils peuvent ressentir de l’hostilité envers des membres d’autres classes en tant que tels, mais ce n’est pas nécessairement le cas. Le conflit des classes (lutte des classes, Klassenkampf) est essentiellement la relation fondamentale entre les classes, qui comporte l’exploitation et la résistance à cette dernière, mais n’implique pas nécessairement la conscience de classe ou l’activité collective commune, politique ou autre, bien que ces qualités aient des chances de se surajouter quand une classe a atteint une certaine étape de développement et est devenue ce que Marx a une fois appelé « une classe en soi » (en employant une expression de Hegel). Les esclaves de l’Antiquité (et des époques postérieures) correspondent parfaitement à ce schéma. Non seulement Marx et Engels désignent à plusieurs reprises les esclaves antiques comme une classe ; dans toute une série de passages, l’esclave de l’Antiquité se voit attribuer précisément la position du salarié libre sous le capitalisme et du serf à l’époque médiévale – l’esclave est au propriétaire d’esclaves ce que le prolétaire est au capitaliste et ce que le serf est au seigneur féodal. À chaque fois, la relation est explicitement une relation de classe, qui implique un conflit des classes dont l’essence est l’exploitation, l’appropriation d’un excédent du producteur primaire : prolétaire, serf ou esclave. Voilà l’essence de la classe. En fait, dans trois de leurs œuvres de jeunesse, écrites pendant les années 1840, Marx et Engels commettent ce que j’ai appelé dans mon livre « une erreur méthodologique et conceptuelle mineure » quand ils parlent de lutte des classes non pas entre esclaves et propriétaires d’esclaves, comme ils auraient dû le faire, mais entre esclaves et hommes libres ou citoyens. C’est clairement une erreur parce que la grande majorité des hommes libres, et même des citoyens, n’avait pas d’esclaves ; évidemment, la distinction entre esclave et homme libre ou citoyen, aussi importante soit-elle, n’est pas une distinction de classe mais seulement de statut ou « d’ordre ». Heureusement, Marx et Engels ne répétèrent pas cette erreur après 1848, autant que je sache."

    "La nature d’un mode de production donné n’est pas décidée par qui effectue la plupart du travail de production, mais en fonction de la méthode d’appropriation du surplus, la manière dont les classes dominantes arrachent le surplus aux producteurs primaires. À tout le moins dans les parties les plus développées du monde grec et romain, si (comme je l’ai dit) ce sont les paysans et artisans libres qui étaient responsables du gros de la production, c’est à partir du travail non-libre que les classes possédantes obtenaient le plus gros de leur surplus régulier." -Geoffrey de Ste. Croix, « Class in Marx’s conception of history, ancient and modern », New Left Review I/146, juillet-août 1984.

    "Marx et Engels désignent comme communisme primitif le mode de production existant dans les périodes préhistoriques, avant l'apparition de la propriété privée, des classes sociales, du patriarcat et de l'Etat." -Gérard Duménil, Michael Löwy et Emmanuel Renault, Les 100 mots du marxisme, PUF, coll "Que sais-je ?", 2009, 126 pages, p.34.

    "On peut définir le communisme originel comme un système de production autarcique en ce sens que sa production est peu différenciée (selon la moindre division du travail) et intégralement consommée par la communauté. C'est le lieu de production des biens pour la seule valeur d'usage. Le bien produit n'est pas être pour l'échange. L'ouverture relationnelle systématisable par le négoce n'est pas possible. Il y a la moindre distance entre la production, la distribution, la consommation. C'est le moindre système de médiations, de spatio-temporalités spécifiques et autonomes. Les fonctions sociales peuvent se ritualiser et se séparer mais sans s'objectiver en groupements spécifiques." (p.29)
    -Michel Clouscard, L'Etre et le Code. Le procès de production d'un ensemble précapitaliste, L'Harmattan, Logiques sociales, 2003 (1973 pour sa première édition), 595 pages.

    "S'il n'y a pas de classes sociales dans la société primitive, ce n'est pas parce que c'est l'Eden, mais au contraire parce c'est le Panique, l'ordre du manque réel ou virtuel, car il n'y a pas de processus productif suffisamment élaboré pour garantir le minimum vital: les biens de subsistance, réduits à l'aléa de la cueillette ou de la chasse." (p.144)

    "Il y a classe sociale parce qu'il y a procès de production." (p.144)

    "La classe sociale se définit avant tout par le rôle dans le procès de production." (p.183)

    "La classe moyenne traditionnelle: en son principe, fondateur, elle est libre entreprise. Aussi avons-nous défini la classe qui possède ses moyens de production comme la classe dont le principe, la vocation était la libre entreprise." (p.183-184)

    "La classe sociale est autre chose que la somme des individus qui la composent." (p.195)

    "Les modes de production permettent de proposer un ordre de lecture de l'histoire universelle." (p.231) -Michel Clouscard, La Bête sauvage, Métamorphose de la société capitaliste et stratégie révolutionnaire, Éditions sociales, 1983, réédition Kontre Kulture, 2014, 312 pages.

    Monde: "Il n'y a qu'un monde." -Albert Camus, Le Mythe de Sisyphe. Essai sur l'absurde, 1942. Repris dans Albert Camus, Œuvre, Gallimard, Coll. Quarto, 2013, 1526 pages, p.327.

    "L’homme est un animal métaphysique et qui voudrait que l’univers n’existât que pour lui, mais l’ignore. […] La foi n’est qu’une vanité parmi les vanités et l’art de tromper l’homme sur la nature de ce monde.
    Car la nature de ce monde est l’absolue indifférence
    ."
    -Albert Caraco, Le Bréviaire du Chaos, 1982.

    "Le monde tout court est a-sensé, privé de signification." -Cornelius Castoriadis, Fait et à faire, Seuil, coll. Points, 1997, 336 pages, p.13.

    "L'homme est un monde dans un monde." (p.204)

    "Seule la religion nous console encore de l'angoisse, sans l'annuler. L'angoisse est une angoisse devant le monde. La religion, en nous tirant temporairement du monde, nous libère de l' "objet" de la frayeur." (p.261)
    -Emil Cioran, Le Livre des Leurres (1936). In Œuvres, Gallimard, coll. Quarto, 1995, 1818 pages.

    "...ce vaste monde animé d'un mouvement continuel et continuellement transformé, où d'instant en instant rien ne se produisait qui n'eût la raison de son existence dans l'état antérieur des choses." (p.14)

    "Ce monde présent à tous mes sens, dont je subis l'action et qui subit la mienne, à qui je résiste et qui me résiste en tant de manières." (p.52)
    -Jules Lequier, Comment trouver, comment chercher une première vérité ?, Éditions Allia, 2009 (1865 pour la première édition), 111 pages.

    "Nous sommes jetés dans un monde dont nous ne sommes pas les auteurs et qui, bon gré mal gré, s’impose à nous. Lorsqu’un conflit semble s’élever entre nos aspirations sentimentales et la réalité, les premières doivent, quoiqu’il nous en coûte, céder devant la seconde. La tâche des libéraux sera de montrer que ce conflit apparent n’est pas définitif, que nous pouvons, après en avoir pénétré la nature, trouver une conciliation entre notre idéal moral ou social et les phénomènes « amoraux » par essence, du milieu physique. De même, si l’on me permet de poursuivre la comparaison volontairement familière dont j’usais tout à l’heure, nous ne sommes pas nécessairement condamnés à être mouillés lorsque la pluie tombe. Il nous suffit pour l’éviter de rester à l’abri ou de prendre un parapluie. L’important, c’est de ne pas soutenir que le soleil luit au moment où le ciel ouvre sur nous ses cataractes ; c’est d’accepter la réalité quand elle est plus forte que nous : ou bien nous ne prendrons aucune précaution et nous accepterons d’être mouillés sans crier à la méconnaissance de nos droits naturels ou bien nous ne voudrons pas être mouillés et nous en prendrons les moyens." -Albert Schatz, L’individualisme économique et social, Institut Coppet, 2012 (1907 pour la première édition), p.89.

    « La gauche a toujours eu un problème avec l’éthique de la compétition. Il y a là un dogme, celui qui dit que la compétition est par essence mauvaise, et qu’il faudrait l’abolir dans tous les domaines de l’activité humaine. Le monde idéal pour ce courant de pensée ressemble à l’Ecole des Fans : tout le monde essaye et à la fin tout le monde gagne. Et pourtant, la compétition est dans l’ordre des choses, tout simplement parce que nous vivons dans un monde où les ressources, les biens, les plaisirs sont limités. Même dans la société la plus parfaite qu’on puisse imaginer, il y aura toujours deux hommes qui aimeront la même femme et qui chercheront à la séduire. Et cette course ne peut être gagnée que par une seule personne. » -Le Blogueur « Descartes » (cf:  http://descartes.over-blog.fr/2014/12/de-l-agora-romaine-a-l-ecole-sans-notes.html ).

    Morale: "Morality is a code of values to guide man's own life and mind." -Ayn Rand, For the new intellectual, Signet, 1963 (1961 pour la première édition américaine), 216 pages, p.12.

    « Tandis que l'éthique désigne les convictions à propos des modes de vie qu'il est bon ou mauvais de mener, la morale renvoie aux principes qui guident la manière dont toute personne doit se comporter avec les autres. ». -Ronald Dworkin, Sovereign Virtue, 2000.

    "[Pour Freud] La morale [...] consiste dans la discipline que l'homme impose à ses pulsions en vue de rendre possible la collaboration dans le travail et pour protéger les hommes contre les agressions des autres." (p.49)

    "La formation morale se fait par l'intériorisation des normes." -Antoine Vergote, Religion, foi, incroyance: étude psychologique, Brxuelles, Pierre Mardaga Éditeur, Psychologie et sciences humaines, 1996.

    "Il apparaît que le fondement de la morale doit déjà être moral : si en effet nous prétendons donner à la loi morale un fondement pris en dehors de la morale, ce sera pour des raisons étrangères à la morale que nous exigerons du sujet une conduite morale, ce qui privera la morale de sa dignité (on sera moral par intérêt, ou pour être aimé)." -Vincent Descombes, « Que peut-on demander à la philosophie morale ?  », Cités, 1/2001 (n° 5) , p. 13-30.

    "Il n’y a pas de morale « supra-historique » - ou de « morale universelle » - mais seulement des morales particulières qui correspondent à des périodes historiques et à des formations socio-économiques particulières, en dehors desquelles elles n’ont plus aucune pertinence."

    "Les marxistes ne doivent pas considérer l’histoire du point de vue de la morale. Encore une fois, il n’y a pas de morale supra-historique : chaque société a sa morale, religion, culture, etc., qui correspondent à un niveau particulier de développement, et également - tout au moins dans les sociétés dites civilisées - aux intérêts d’une classe sociale particulière. Le fait qu’une guerre donnée soit bonne, mauvaise ou indifférente, ne peut être jugé en fonction du nombre de victimes, et encore moins du point de vue abstrait des principes moraux. On peut désapprouver les guerres en général, mais une chose n’en reste pas moins certaine : l’histoire de l’humanité dans son ensemble démontre que tous les conflits sérieux ont finalement été réglés de cette manière. Cela vaut aussi bien pour les conflits entre nations (guerres) que pour les conflits entre classes sociales (révolutions).

    Notre attitude à l’égard d’un type particulier de société ne doit pas davantage relever d’un jugement moral. Du point de vue du matérialisme historique, il est complètement indifférent de savoir que certains Barbares (y compris, semble-t-il, mes ancêtres Celtes) brûlaient des gens encore vivants dans de grandes statues en osier pour célébrer le milieu de l’été. Il n’y a pas plus de raison de les condamner pour cela qu’il n’y en a de les aduler pour leurs joailleries ou leur amour de la poésie. Ce qui détermine le caractère progressiste - ou non - d’une formation socio-économique, c’est avant tout sa capacité à développer les forces productives - qui sont les véritables bases matérielles sur lesquelles toute culture humaine émerge et se développe
    ." -Alan Woods, "La barbarie, la civilisation et la conception marxiste de l’histoire", Révolution, 17 juillet 2002.

    "L’éthique ne pose pas un « but » à l’homme, ni ne lui permet d’en poser un à sa guise, elle ne « donne » pas du sens à sa vie, elle se contente de le recueillir en observant l’ordre de choses, pour pouvoir montrer à l’homme les fins authentiques, et le conseiller sur les moyens de s’y rendre." -Emmanuel, Questions quodlibétiques (Partie 2), IV, 22 octobre 2016.

    Mythe: « Des mythes, des dogmes sont des états mentaux sui generis que nous reconnaissons aisément, sans qu’il soit même nécessaire d’en donner une définition scientifique, et qui ne sauraient être confondus avec les produits avec de nos conceptions privées. Ils n’ont pas les mêmes caractères, n’ayant pas la même origine. Les uns sont des traditions que l’individu trouve toutes faites et il conforme respectueusement sa pensée ; les autres sont notre œuvre et, pour cette raison, n’enchaînent pas notre liberté. » -Émile Durkheim, « De la définition des phénomènes religieux », in Année sociologique, vol II, 1897-1898, p. 8.

    « Le mythe […] appartient par définition au collectif, justifie, soutient et inspire l'existence et l'action d'une communauté, d'un peuple, d'un corps de métier ou d'une société secrète. » -Roger Caillois, Le Mythe et l'Homme, 1938.

    « La définition qui me semble la moins imparfaite, parce que la plus large, est la suivante : le mythe raconte une histoire sacrée ; il relate un événement qui a eu lieu dans le temps primordial, le temps fabuleux des « commencements ». Autrement dit, le mythe raconte comment, grâce aux exploits des Êtres Surnaturels, une réalité est venue à l’existence, que ce soit la réalité totale, le Cosmos, ou seulement un fragment : une île, une espèce végétale, un comportement humain, une institution. C’est donc toujours le récit d’une « création »: on rapporte comment quelque chose a été produit, a commencé à être. Le mythe ne parle que de ce qui est arrivé réellement, de ce qui s’est pleinement manifesté. » -Mircea Eliade, Aspects du mythe, Paris, Gallimard, « Idées », 1963 ; rééd. « Folio essais », 1988, p.16-17.

    « La fonction maîtresse du mythe est de révéler les modèles exemplaires de tous les rites et de toutes les activités humaines significatives : aussi bien l’alimentation ou le mariage, que le travail, l’éducation, l’art ou la sagesse. » -Mircea Eliade, Aspects du mythe, Paris, Gallimard, « Idées », 1963 ; rééd. « Folio essais », 1988, p.19.

    « On pourrait affirmer que le mythe apparaît comme un récit matriciel à schématisme dynamique, ancré dans la psyché collective, qui raconte une histoire sacrée à caractère symbolique, afin de justifier l’être-au-monde et d’instituer un ensemble d’archétypes fonctionnels.
    Le mythe se crée ainsi à chaque fois qu’une collectivité essaye de se forger une identité, une généalogie.
    » -Linda Maria Baros, À la recherche d’une définition du mythe (cf : http://www.philologica-jassyensia.ro/upload/V_2_Baros.pdf ).

    "[Le] mythe [...] situe le groupe dans son univers." -Gabriel Rebourcet, Introduction au Kalevala, Éditions Gallimard, coll. Quarto, 2010, 962 pages, p.XXXVIII.

    « Le mythe trouvera naturellement à s’incarner dans des faits de langage, écrit ou parlé. […] Mais d’autres sources devront également être prises en compte. Le récit mythique pourra être figuré avec autant d’efficacité par un biais non verbal. » -Aurélie Roger, Pratiques politiques du mythe. La représentation officielle du fait colonial belge aux expositions universelles et internationales en Belgique (1897-1958). Science politique. Institut d'études politiques de Bordeaux, 2006. Français. <tel-00324529>, p.48-49.

    "Le mythe [...] utilise [...] l'immédiateté pour relier l'entité surnaturelle avec la réalité." -Pascal Charbonnat, Histoire des philosophies matérialistes, Paris, Éditions Kimé, 2103, 706 pages, p.65.

    "Le mythe est un discours qui met en scène un absolu en en métamorphosant le sens premier afin de notifier et d’imposer une intention à propos de cet absolu à une communauté afin que celle-ci y adhère de façon irrationnelle." -Jean-Pierre Vandeuren, Spinoza, Mahomet, le Coran et l’Islam, 15 août 2016.

    « En dépit de leur utilisation des techniques les plus modernes, le communisme et le nazisme s’inspirent de mythes profondément archaïques. »
    -Norman Cohn, Les fanatiques de l’Apocalypse. Courants millénaristes révolutionnaires du XIème au XVIème siècle, Bruxelles, Editions Aden, coll. « Opium du peuple », 2011 (1957 pour la première édition anglaise), 469 pages, p.414.


    Dernière édition par Johnathan R. Razorback le Sam 2 Sep - 13:00, édité 31 fois


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    « La racine de toute doctrine erronée se trouve dans une erreur philosophique. [...] Le rôle des penseurs vrais, mais aussi une tâche de tout homme libre, est de comprendre les possibles conséquences de chaque principe ou idée, de chaque décision avant qu'elle se change en action, afin d'exclure aussi bien ses conséquences nuisibles que la possibilité de tromperie. » -Jacob Sher, Avertissement contre le socialisme, Introduction à « Tableaux de l'avenir social-démocrate » d'Eugen Richter, avril 1998.

    "Il y a, de nos jours, beaucoup de gens qui s'accommodent très aisément de cette espèce de compromis entre le despotisme administratif et la souveraineté du peuple, et qui pensent avoir assez garanti la liberté des individus, quand c'est au pouvoir national qu'ils la livrent. Cela ne me suffit point." -Alexis de Tocqueville, De la Démocratie en Amérique, vol II, Quatrième Partie : Chapitre VI, 1840.

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    Re: De la Philosophie & des définitions conceptuelles

    Message par Johnathan R. Razorback le Ven 1 Jan - 19:41

    Narcissisme: "subst. masc.
    A. PSYCHOL. Amour excessif (de l'image) de soi, associant survalorisation de soi et dévalorisation de l'autre, habituel chez l'enfant, courant chez l'adolescent, compensatoire chez l'adulte. [...]
    PSYCHANAL. Investissement de la libido sur le Moi (qui est point de départ et de retour des investissements sur les objets d'amour extérieurs) et effort visant à rendre les actes et les représentations du sujet conformes aux images idéales du Moi
    ." -TLFI, article "Narcissisme".

    "Il y a le malheur narcissique standard, bien connu, qui réside dans le simple fait de faire l'expérience que quelqu'un est peut-être plus intelligent que nous. Cas typique d'un tel malheur: on perd deux parties d'échec de suite contre un ami que l'on n'avait encore jamais affronté, mais en qui l'on espérait un adversaire à sa mesure. Et l'on reste après ces deux parties dans un étrange mal à l'aise, dans une insatisfaction profonde: on a le sentiment que le reste du temps passé avec cet ami nous est accordé avec condescendance depuis une puissance mentale supérieure, qui nous interdira désormais d'affecter cet ami, de compter pour lui. Telle est la folie que nous chante alors la blessure narcissique. Perdre, ne pas avoir l'avantage dans une discussion peut naturellement provoquer cette blessure, même lorsqu'il ne s'agit pas du tout du politique et de l'identité de camp." -Jean-Michel Salanskis, Territoires du sens: essais d'ethanalyse, Librairie Philosophique J. Vrin, coll Matière Étrangère, 2007, p.67-68.

    Nation: "La défense de la nation porte toujours en elle des ferments de sectarisme, de haine et de fanatisme." -Pierre de Senarclens, Le Nationalisme, Armand Colin, 2010.

    "As the ideological alibi of the territorial state, [the nation] is the last refuge of totalitarianism." -Arjun Appadurai, Modernity At Large: Cultural Dimensions of Globalization, Minneapolis: University of Minnesota Press, 1996, p. 159.

    "Il n'y a ni accueil ni reconnaissance politique possible du denizen tant que n'est pas coupé le lien entre nativité et citoyenneté (et l'idée de naturalisation procède évidemment de ce même lien), tant que la trinité État-nation-territoire demeure le présupposé de la citoyenneté et celle-ci le présupposé de l'humanité." -Yves Cusset, « Peut-on désutopiser le cosmopolitisme ? . Réflexions sur la citoyenneté mondiale», Raisons politiques, 4/2008 (n° 32) , p. 139-159.

    "Il est évident que la nation est ce qui vient après une suite historiquement déterminée de modes d’existence collectifs, qui commence d’abord avec les groupements primaires, clan, lignage, tribu, etc., qui dérive ensuite dans les formations secondaires culturelles, ethnies, peuple et nation. Mais de toute façon, il faut bien voir que dire que la nation est une catégorie historique transitoire est à la fois vrai et faux. En tant que Nation-Etat c’est vrai, mais celle-ci est la modalité d’un invariant primaire qui appartient à la nature humaine – des mots qui ont mauvaise presse. Un invariant aussi primaire que la triade familiale de base.

    Evidemment la famille aussi n’est pas une substance éternelle, intemporelle, etc., d’accord ! Seulement, il se trouve que le Papa, la Maman et le fils c’est un invariant de base. C’est biologique comme on dit. Tu peux passer de la famille patriarcale à la « gens », etc., tu auras toutes les gammes historiques possibles, sur un invariant de base. La nation, c’est un invariant de base. C’est l’invariant de la nécessité d’une formation qui est fermeture, d’un bouclage, qui fait qu’une collectivité devienne organique, organisme, avec des parois, des enceintes. C’est-à-dire, une délimitation entre un dedans et un dehors. La façon dont l’enceinte se trace c’est effectivement quelque chose que les historiens peuvent analyser, mais qui ne doit jamais faire oublier que toute identité est différence, toute identification est différenciation ; et qu’il n’y aura jamais d’identité culturelle pour les individus sociaux que par distinction et opposition à un voisinage, par tracé d’une démarcation
    ."

    "Ma position à l’égard des devises, emblèmes et mentalités nationales est tout à fait contraire aux normes soi-disant révolutionnaires, car pour moi la révolution ne pourra triompher en France que lorsqu’elle reprendra à son compte l’héritage national. C’est seulement en s’inscrivant dans le droit fil de cette histoire nationale singulière qu’on peut rompre le fil. C’est l’éternelle dialectique entre la continuité et la rupture : il n’y a de rupture possible que lorsqu’on assume la continuité. Je constate d’ailleurs, à ma surprise, que tous les révolutionnaires que j’ai connus étaient des patriotes fougueux, que leur internationalisme était généralement un messianisme national, et que à Cuba et au Vietnam, être révolutionnaire – et pas seulement maintenant, puisque l’Etat ouvrier existe, mais aussi avant – c’est être nationaliste.

    Quand on fait partie d’une nation dominante comme nous, est-ce qu’on doit liquider tout l’héritage national ou doit-on liquider seulement ce qu’il y a de dominateur et d’impérialiste dans cet héritage ? Je pense qu’il faut liquider le négatif et prendre en charge le positif, qui est pour nous, en France, extraordinairement fécond, puisque nous avons eu la chance d’avoir une révolution qu’on méprise sous le nom de national-démocrate, mais fait tout le sel de ce pays et de son histoire. Quand on a la chance d’avoir derrière soi Valmy, Saint-Just, la Commune de Paris et la Résistance, vraiment on est en position de force. Quand on a la chance d’avoir une classe dominante qui par nature préfère Hitler au front populaire, qui par nature est alliée à l’étranger, eh bien, on en profite !

    Et on en profite non par cynisme ou par opportunisme, on en profite parce que les intérêts de la nation coïncident avec les intérêts de la révolution. Après tout, merde, la Marseillaise est un chant révolutionnaire et je l’ai entendue chanter en Bolivie par des ouvriers ; et l’Internationale est un chant français, qu a été écrit par Eugène Pottier, et je suis très content en tant que Français que sur la Place Rouge de Moscou et la Place Tien-An-Men de Pékin des millions de voix reprennent ce qui a été l’invention d’un artisan français en 1871 ; Pour moi, c’est avec allergie et une incompréhension stupéfaite que je reste devant ce que nos révolutionnaires appellent l’internationalisme, qui consiste généralement à prendre en compte le nationalisme des autres, c’est-à-dire soit le nationalisme chinois, déguisé sous le nom de maoïsme, soit le nationalisme des pays coloniaux, algérien, cubain, vietnamien et de ne pas prendre en compte la racine nationale et populaire dont nous sommes le produit.

    Autrement dit, il n’y a aucune contradiction de principe et de fait entre drapeau rouge et drapeau tricolore ; je m’inscris dans le droit fil du national-communisme. Je constate d’ailleurs que partout où le communisme veut dire quelque chose, il est national-communisme, que ce soit en Yougoslavie en Chine ou à Cuba. C’est en revendiquant l’héritage de Sun Yat-sen, lequel revendiquait l’héritage des Taïpings, que Mao Tsé-toung s’est imposé face aux Japonais, c’est en revendiquant l’héritage de Marti que Fidel est devenu ce qu’il est. Je ne sais pas ce que c’est qu’être révolutionnaire en France aujourd’hui, mais s’il émerge un jour une grande figure de révolutionnaire, cette figure assumera et revendiquera l’héritage de tous les grands héros nationaux français. C’est une banalité triviale, qu’il faut dire parce qu’il y a un dépérissement évident du sentiment national en France, qui est très apparent, mais il ne faut pas se laisser prendre à cette apparence. Et je pense que ce n’est pas seulement l’opposition entre nation dominante et dominée qui doit nous guider à ce sujet ; dans l’héritage national d’une nation dominante, il y a des éléments dominés, il y a des traces des dominés antérieurs qu’il s’agit de reprendre. Il est évident que Pétain, cela ne nous concerne pas, mais Jean Moulin nous concerne
    ." -Régis Debray, Entretien avec Carlos Rossi, Critique Communiste [revue théorique de la LCR], 1976.

    "Les nations ne sont pas éternelles. Ce sont des créations historiques. Elles apparaissent et elles disparaissent." -Denis Collin, Marx, l'Etat et la Nation.

    "La nation, sujet essentiel de la recherche historique [...] ne cesse pas d'exister parce que l'indépendance politique a été perdue." -Władysław Smoleński, historien polonais.

    "Toutes les nations ont été construites à la fois comme des corps politiques et comme des communautés culturelles. La dimension politique de la nation est universelle, elle prend cependant corps dans un espace géographique identifiable. Ce qui suppose le recours à des critères culturels particularisants. C’est donc en fait le culturel qui sert à délimiter la communauté politique. Mais affirmer, à la fin du XVIIIème siècle, qu’il existe des communautés transsociales et spatialement délimitables est tout aussi révolutionnaire que de proclamer la nation politique. Car ces cultures nationales n’existent pas encore. Les cultures nationales actuelles ont été élaborées depuis cette période." -Anne-Marie Thiesse, « La nation, une construction politique et culturelle », Savoir/Agir 2/2007 (n° 2), p. 11-20.

    "La nation ce n'est pas un clan, ce n'est pas une race, ce n'est pas une tribu. La nation c'est plus fort encore que l'idée de patrie, plus fort que le patriotisme, ce noble réflexe par lequel on défend sa terre natale, son champ, ses sépultures. Car le sentiment national c'est ce par quoi on devient citoyen, ce par quoi on accède à cette dignité suprême des hommes libres qui s'appelle la citoyenneté !" -Philippe Seguin, Discours prononcé le 5 mai 1992 à l'Assemblée nationale.

    "Aucune notion, plus que celle de nation, n'engage à ce point la responsabilité de l'historien vis-à-vis du type d'histoire qu'il écrit: la réflexion sur la nation a été, avant toutes les autres, une réflexion des historiens sur leur discipline et sur eux-mêmes." -Nicolas Roussellier, Déconstruire l'état-nation. Travaux et discussions, Vingtième Siècle, revue d'histoire, Année 1996, Volume 50, Numéro 1, pp. 13-22.

    "Dans un esprit anthropologique, je proposerai donc de la nation la définition suivante: une communauté politique imaginaire, et imaginée comme intrinsèquement limitée et souveraine.
    Elle est
    imaginaire (imagined) parce que même les membres de la plus petite des nations ne connaîtront jamais la plupart de leurs concitoyens: jamais ils ne les croiseront ni n'entendront parler d'eux, bien que dans l'esprit de chacun vive l'image de leur communion. [...]
    En vérité, au-delà des villages primordiaux où le face-à-face est de règle (et encore...), il n'est de communauté qu'imaginée. Les communautés se distinguent, non par leur fausseté ou leur authenticité, mais par le style dans lequel elles sont imaginées. Les villageois javanais savent depuis toujours qu'ils sont liés à des populations qu'ils n'ont jamais vues, mais ces liens étaient jadis imaginés de manière particulariste: sous la forme de réseaux indéfiniment extensibles de parenté et de clientèle. Encore tout récemment, le javanais n'avait pas de mot pour désigner l'abstraction "société". [...]
    La nation est imaginée comme
    limitée parce que même la plus grande d'entre elles, pouvant rassembler jusqu'à un milliard d'êtres humains, a des frontières finies, même si elles sont élastiques, derrière lesquelles vivent d'autres nations. Aucune nation ne s'imagine coextensive à l'humanité. Les plus messianiques des nationalistes ne rêvent pas au jour où tous les membres de l'espèce humaine rejoindront leur nation, ainsi qu'à certaines époques les chrétiens ont pu rêver d'une planète entièrement chrétienne.
    Elle est imaginée comme
    souveraine parce que le concept est apparu à l'époque où les Lumières et la Révolution détruisaient la légitimité d'un royaume dynastique hiérarchisé et d'ordonnance divine. Parvenant à maturité à une étape de l'histoire humaine où les plus fervents adeptes d'une religion universelle étaient inévitablement confrontés au pluralisme vivant des religions de ce type et à l'allomorphisme entre les prétentions ontologiques de chaque confession et son étendue territoriale, les nations rêvent d'être libres et de l'être directement, même si elles se placent sous la coupe de Dieu. L'Etat souverain est le gage et l'emblème de cette liberté.
    Enfin, elle est imaginée comme une
    communauté parce que, indépendamment des inégalités et de l'exploitation qui peuvent y régner, la nation est toujours conçue comme une camaraderie profonde, horizontale. En définitive, c'est cette fraternité qui, depuis deux siècles, a fait que tant de millions de gens ont été disposés, non pas tant à tuer, mais à mourir pour des produits aussi limités de l'imagination." -Benedict Anderson, L'imaginaire national. Réflexions sur l'origine et l'essor du nationalisme, Paris, Éditions La Découverte & Syros, 2002 (1983 pour la première édition américaine), 211 pages, p.19-21.

    "L'histoire du pays au XIXème siècle ne peut être abordée avec les méthodes que l'on applique à celles de la Grande-Bretagne, de la France ou de la Russie, ni à celles des pays plus heureux qui se forgèrent eux-mêmes leur identité, comme l'Allemagne et l'Italie. Pendant la majeure partie de cette période, la "Pologne" ne fut qu'une idée -souvenir du passé ou espoir pour l'avenir." -Norman Davies, Histoire de la Pologne, Fayard, 1986 (1984 pour l'édition britannique), 542 pages, p.184.

    "Selon Ernest Gellner, l’État est la puissance politique qui construit la nation et réalise l’unité. Mais que veut dire construire une nation ? Nous pouvons entendre l’expression dans le sens du constructivisme politique moderne. On dira alors que la construction politique des nations – et, singulièrement, des nations d’Europe– est intervenue, sinon au terme, du moins à un certain point de maturation du processus de leur formation historique. Or c’est dans cette articulation entre formation historique et construction politique des nations d’Europe que se tient l’explication de la naissance et du développement du sentiment national.

    La formation historique des nations européennes a été un processus lent, pluriséculaire, inséparable du procès de civilisation, au sens où l’entend Norbert Elias. Leur construction politique résulte, quant à elle, d’une action volontariste, engagée par les États modernes pour relever le défi de la révolution industrielle, mais elle est toujours intervenue sur la base de ce que l’histoire pluriséculaire avait préalablement mis en place
    ." -Jean-Marc Ferry, « Face à la question européenne, quelle intégration postnationale ? », Critique internationale, 2/2004 (no 23), p. 81-96.

    "Aujourd'hui, les nations tiennent bon et ne s'effaceront pas de sitôt. C'est si vrai que les idéologies qui président leur disparition font appel à la volonté politique afin de hâter et d'entériner cette disparition. Cet oubli de la nation ne va donc pas de soi, apparemment. Et les nations, pour le meilleur et pour le pire, ont, en effet, largement contribué à l'institution de démocraties de masse et en partie remplacé les religions dans la ferveur quotidienne comme dans la mobilisation guerrière."

    "L'inquiétude et la violence nationalistes sont facilement visibles.
    La bonne pensée et la quiétude supranationalistes sont peut-être moins pernicieuses au premier abord. Mais entre ces choix opposés et inévitables, on peut espérer faire une place à d'autres formes d'existence et de politique. La nation en est une, parmi d'autres, plus vivante que certaines, pour l'instant et dans un avenir proche
    ."

    "Le mot "nation" vient du latin par l'intermédiaire de natio, nationis, qui désignait l'espèce, la race, le peuple avant de dériver vers le sens moderne. On employait aussi genus, d'où viendra "indigène". Cicéron emploie genus romanum pour désigner la nation romaine. Et le genre humain est nommé, selon le même procédé, genus humanum. Dans genus comme dans natio la même importance est accordée à la naissance.
    De là, partent deux chemins: on est forcément né quelque part et de quelqu'un. La terre et le sang. Pour former une nation, il faut être nés ensemble, soit:
    -à la même époque ;
    -au même endroit ;
    -d'un même sang ;
    -avoir grandi ensemble, être devenus humains ensemble, par la langue et les mœurs.
    Cumuler ces caractéristiques n'est pas indispensable, mais il faut au moins en avoir une pour prétendre faire partie d'une nation
    ."

    "La nation emprunte sa métaphore à la famille. Cette métaphore est utilisée sur tous les registres. La "mère patrie" allie paternité et maternité, autorité et amour. Et le thème fraternel s'y ajoute. Les enfants de la nation paternelle et maternelle sont frères et sœurs. Enfin, comme symbole de la chaîne des générations, la nation symbolise même les ancêtres qu'on n'a pas connus et les descendants qui ne sont pas encore nés. Il n'est donc pas étonnant que cette sorte de chaînes des générations, ce lien ancestral d'une culturel, prenne de l'importance quand progresse la conscience de la profondeur et de la durée historique.
    Comme la famille, la nation, selon cette métaphore implicite dans l'étymologie et l'usage, est quelque chose -par ailleurs très difficile à définir en substance- qui se transmet de génération en génération. Dire famille, c'est dire lien naturel, inévitable, mais cela n'écarte ni les dissensions familiales, ni les rivalités ou les alliances séculaires. Dans cet univers métaphorique, naître apatride, sans nation, c'est comme naître orphelin
    ."

    "La nation n'est pas cette belle endormie depuis des siècles. C'est au contraire une œuvre progressive de la modernité."

    "Le nationalisme est le produit d'une décomposition du patriotisme par des moyens idéologiques." -Gil Delannoi, Sociologie de la nation: Fondements théoriques et expériences historiques, Armand Colin, Paris, 1999.

    Nationalisme: "Je définis comme nationalistes, qu'il s'agisse du présent ou de périodes plus anciennes, des gens qui, à l'instigation d'un parti organisé, se proclament les vrais et les meilleurs Français en dénonçant -prétendument au nom de la nation et de ses intérêts- la présence dans notre pays d'une catégorie d'habitants qu'ils qualifient de traîtres ou d'étrangers." -Yves Lacoste, Vive la Nation. Destin d'une idée géopolitique, Fayard, 1997, 339 pages, p.16-17.

    "Le nationalisme est dirigé contre quelqu'un, non seulement contre quelqu'un à l'étranger, mais contre quelqu'un à l'intérieur de nos propres frontières." -Jacques Malaude, Le nationalisme de Maurice Barrès, Paris, Ed. du Sagittaire, 1943.

    "Leur demande [aux nationalistes] comprend le besoin d'une communauté harmonieuse, dont seraient exclus les dissidents ou ceux qui sont soupçonnés de contrarier ce projet, position qui entretient nécessairement des tendances agressives. Leur exigence s'avère inséparable d'un besoin de supprimer toute forme de dissidence intérieure."

    "Le nationalisme [...] s'épanouit dans des conditions socio-économiques particulières, avant tout dans les situations de crise et d'insécurité." -Pierre de Senarclens, Le Nationalisme, Armand Colin, 2010.

    "Le nationalisme n’est pas un facteur révolutionnaire, mais une méthode plus moderne de continuer l’exploitation de l’homme par l’homme. Il est l’outil qui permet de reconstruire une classe dominante qui se substitue à une classe dominante usée." -Maurice Joyeux, Le Monde libertaire (1962).

    "Le fond de l'affaire, c'est que le nationalisme pense en termes de destin historique, tandis que le racisme rêve de contamination éternelle, transmises depuis l'aube des temps à la faveur d'une succession sans fin d'abominables copulations: hors de l'histoire. [...] Ainsi, pour le nazi, l'Allemand juif était nécessairement un imposteur." (p.153)
    -Benedict Anderson, L'imaginaire national. Réflexions sur l'origine et l'essor du nationalisme, Paris, Éditions La Découverte & Syros, 2002 (1983 pour la première édition américaine), 211 pages.

    Nature: "Ensemble du réel ignorant les modifications apportées par l'homme, elles-mêmes qualifiées d'artificielles." -Wikipédia, article "Nature".

    "I. Ensemble de la réalité matérielle considérée comme indépendante de l'activité et de l'histoire humaines." -TLFI, "Nature".

    "La nature peut être définie: comme privation de toute détermination phénoménologique, comme manque de l'être produit historiquement." -Michel Clouscard, L'Etre et le Code. Le procès de production d'un ensemble précapitaliste, L'Harmattan, Logiques sociales, 2003 (1973 pour sa première édition), 595 pages.

    "La nature est ce qui est universel." -lenuki69 (cf: http://lenuki69.over-blog.fr/article-12528354.html )

    « La nature est un principe et une cause de mouvement et de repos pour la chose en laquelle elle réside immédiatement, par essence et non par accident. »  -Aristote, Physique, livre 8.

    "Rien de ce qui est naturel ne se modifie par l'habitude. Ainsi, la pierre qui se porte naturellement vers le bas, ne peut prendre l'habitude de se porter vers le haut, même si on veut la lui faire contracter en la jetant dix mille fois en l'air." -Aristote, Éthique à Nicomaque, Livre II, traduction Richard Bodéüs, GF Flammarion, 2004, 560 pages, p.100.

    "La nature n'a aucune obligation envers les hommes, n'a passé aucun contrat avec eux." -Galilée, Lettre à Grienberger, 1er septembre 1611, Ed. Nationale, t. XI, p.192.

    "Toute l’histoire humaine est construite autour d’une réalité quotidienne : la nature ne nous doit rien. L’homme ne survit qu’en arrachant à la nature les moyens de sa subsistance. Et c’est pour arracher cette subsistance qu’il est tenu de travailler." -Le Blogueur « Descartes », 14/01/2017 (cf: http://descartes.over-blog.fr/2017/01/pourquoi-je-suis-contre-le-revenu-universel.html ).

    « La nature est ce dont nous avons l’expérience dans la perception par les sens. » -Alfred North Whitehead, Le concept de nature, Vrin, Paris, p. 39.

    « Les chasseurs du paléolithique vivaient sur un terrain de chasse infini et imprévisible. La journée de chasse pouvait se terminer par la capture d’une bête énorme, par l’épuisement après des heures de vaines recherches, ou par une mort violente. Dans ce face-à-face intimidant avec le grand Tout de la nature, les hommes s’aidaient de récits, d’images et de rites propitiatoires : des poteries, des statuettes, des peintures en témoignent. Des médiateurs s’établissent ainsi entre l’immense espoir et l’immense aléa de la chasse : les préhistoriens, les ethnologues et les historiens des religions ont reconstitué les systèmes mythiques qui soutenaient et motivaient les hordes de chasseurs. On y trouve des bestiaires sacrés représentants les grands animaux, des Mères de fécondité, des Maîtres des animaux, des rites funéraires, etc. Retenons-en que, pour la première fois, les puissances de la Nature, dont dépend totalement la survie des hommes de cette époque, ne sont plus seulement subies, mais représentées. Ces représentations, mentales et figurées, permettent un culte religieux : ainsi l’effort angoissant de la chasse ou de la cueillette est-il apaisé et favorisé par l’effort spirituel du culte.
    Cette recherche de médiations va se poursuivre avec la découverte de l’agriculture et de l’élevage. On peut s’en étonner : leur apparition ne devrait-elle pas être le signe d’une maturité, d’une autonomie par rapport aux caprices de la Nature, d’une volonté définitive de ne compter que sur le fruit de son labeur ? Mais l’histoire ne va pas aussi vite, et les premiers agriculteurs gardent leur mentalité de chasseurs. Ce que nous appelons trop vite l’agriculture reste bien longtemps –et reste toujours encore un peu- à la fois culte des puissances naturelles et effort de culture. Cette hésitation tient à la mentalité héritée de la chasse, mais aussi au fait que les premiers cultivateurs pouvaient se demander si l’un (le culte de la Nature) ne s’opposait pas à l’autre (la culture du sol). Le caractère problématique, vécu et pensé, des relations entre nature et culture naît avec les débuts de l’agriculture
    . » (p.10)

    « Si dans l’agriculture nous trouvons pour la première fois une opposition entre nature et culture, cette opposition reste donc, dans les faits et les mentalités, une simple distinction et une évidente subordination de la seconde à la première. La supériorité ontologique de la nature sur la culture en est accrue. Respecter la sacralité mythologique de la Nature (comme dans l’histoire de Déméter), c’est tout simplement reconnaître et accepter la priorité et l’antériorité ontologique de la production naturelle sur la production humaine agricole. L’activité agricole de l’homme n’existe qu’en marge et par la grâce de la Mère Nature.
    Un schéma fondamental en ressort, que la pensée de l’Antiquité va élaborer systématiquement : la nature comme origine et mesure universelle de l’action humaine (et donc de la culture), et, concomitamment, le statut problématique d’une culture proprement humaine, toujours plus indépendante d’une référence à la nature.
    » (p.13)

    « Hésiode oppose les pratiques solides de la terre aux traversées hasardeuses de la mer, symbole du commerce insatiable. » (p.15)

    « [Pour Aristote] Sera réputé naturel l’être ou la chose dont le principe de mouvement et le repos ne réside qu’en lui-même. Cette définition de l’être naturel s’appuie clairement sur son contraire, la chose artificielle, dont le principe de mouvement et de repos réside à l’extérieur (dans l’esprit et les mains de l’artisan). » (p.19)

    « La théorie platonicienne, tout particulièrement, soutient que le changement perpétuel des phénomènes naturels empêche à jamais de jeter les bases d’une connaissance digne de ce nom. Seul le monde des Idées permet d’atteindre la vérité. » (p.23)

    « Toute la cité de Beauté est faite pour minimiser, gommer ou camoufler l’origine humaine des institutions et de la société, pour ancrer la cité entre une origine immuable, la nature, et un modèle absolu, l’idée de justice. Tout comme l’individu isolé, le genre humain n’est pas une fin en soi. La traduction que donnera Cicéron du mot grec paideia, humanitas (qui donnera nos « humanités », voir infra), confirme cette crainte platonicienne d’une volonté de l’homme d’être à lui-même sa propre origine et son propre modèle, volonté qui s’incarne dans la culture comme déploiement infini, irréversible et proliférant des potentialités de l’humanité dans un monde exclusivement humain, qui devient sa propre justification. […] La culture est condamnée dans la République parce qu’elle fait en toute chose figure de remède fallacieux. » (p.46)

    « Quant aux accouplements, ils sont règles à la façon des éleveurs : comme pour des chevaux, des chiens ou des oiseaux de race, les hommes les meilleurs s’accoupleront aux femmes les meilleures le plus souvent possible « si l’on veut que le cheptel soit de la meilleure qualité possible » (V, 459). […]."

    « L’éducation, on l’a vu, n’est pas une scolarisation spécialisée, mais une observation des réactions naturelles des jeunes dans toutes sortes de jeux qui sont « des exercices, des épreuves et des compétitions. » Le jeu, suspension d’une finalité précise, doit créer cette transparence qui permette de sonder l’âme dans sa spontanéité. » (p.48)

    « La critique rousseauiste de la civilisation reprend avec superbe l’essentiel du rejet platonicien de la culture. » (p.146)

    « Réfutant Kant, Herder, fortement inspirée par Rousseau, écrivait de même : « La nature a fait tout ce qu’elle a pu, non pour étendre notre être, mais pour le circonscrire, et pour nous habituer à la sphère où notre vie doit se développer. (Idées sur la philosophie de l’histoire de l’humanité, VIII). » (p.148)
    -Dalibor Frioux, Nature et Culture, Armand Colin, Coll. Cursus. Philosophie, Paris, 2001, 192 pages.

    « Pour montrer que la nature n’a pas de fin qui lui soit prescrite, et que toutes les causes finales ne sont que des fictions humaines, il n’est pas besoin de beaucoup. » -Spinoza, Éthique, I, Appendice.

    "L’esprit est plus haut que la nature [...] Dans la nature il ne se produit rien de nouveau sous le soleil." -Hegel.

    "La nature est éternellement la même." -Cicéron, De Republica.

    « L’homme civilisé fait de la nature son amie, et respecte en elle la liberté en se bornant à réprimer ses caprices tyranniques. » -Schiller, Lettres sur l’éducation esthétique de l’homme (1795).

    "Il n’y a presque plus rien sur terre qui n’ait pas déjà été touché par l’être humain." -Adrian Lahoud, Nomos et cosmos : coloniser le ciel, e-flux journal #65 Supercommunity, mai-août 2015. Repris par jefklak (24 novembre 2015).

    "On dit d'un fait qu'il est conventionnel lorsqu'il dépend non de la nature, mais d'un accord entre les membres d'une communauté." -Pascal Lugwid, Vade-Mecum de Le Langage, GF Flammarion, Paris, 1997, 256 pages, p.226.

    Normes: « Toute norme est effectivement destinée à exercer une fonction de direction, d’assurance et de coercition. » -Paul Mathias, Des libertés numériques. Notre liberté est-elle menacée par l’Internet ?, PUF, coll. Intervention philosophique, 2008, 185 pages, p.14.

    Organicisme: "[Socrate]: Nous avons comparé une cité bien administrée à un corps." -Platon, La République ou De la Justice, Livre V. Traduction Émile Chambry.

    "12 Car, comme le corps est un et a plusieurs membres, et comme tous les membres du corps, malgré leur nombre, ne forment qu’un seul corps, ainsi en est-il du Christ.

    13 Tous, en effet, nous avons été baptisés dans un seul esprit pour former un seul corps, soit Juifs, soit Grecs, soit esclaves, soit libres, et nous avons tous été abreuvés d’un seul Esprit
    ." -Paul de Tarse, Première Épître aux Corinthiens, 12.

    Hobbes, dans le Léviathan, compare quant à lui l’Etat à un « homme artificiel », « en lequel la souveraineté est une âme artificielle, en tant qu'elle donne vie et mouvement au corps entier, où les magistrats et les autres officiers affectés au jugement et à l'exécution sont des jointures artificielles, la récompense et la punition (qui, attachées au siège de la souveraineté, meuvent chaque jointure, chaque membre pour qu'il accomplisse son devoir) sont les nerfs, et [tout] cela s'accomplit comme dans le corps naturel : la prospérité et la richesse de tous les membres particuliers sont la force, le salus populi (la protection du peuple) est sa fonction, les conseillers, qui lui proposent toutes les choses qu'il doit connaître, sont la mémoire, l'équité et les lois sont une raison et une volonté artificielles, la concorde est la santé, la sédition est la maladie, et la guerre civile est la mort. »

    On retrouve cette métaphore platonicienne de la société comme corps dans les écrits de Rousseau : « Le corps politique, pris individuellement, peut être considéré comme un corps organisé, vivant, & semblable à celui de l'homme. Le pouvoir souverain représente la tête; les lois & les coutumes sont le cerveau, principe des nerfs & siège de l'entendement, de la volonté, & des sens, dont les juges & magistrats sont les organes; le commerce, l'industrie, & l'agriculture, sont la bouche & l'estomac qui préparent la subsistance commune; les finances publiques sont le sang qu'une sage économie, en faisant les fonctions du cœur, renvoye distribuer par tout le corps la nourriture & la vie ; les citoyens sont le corps & les membres qui font mouvoir, vivre, & travailler la machine, & qu'on ne saurait blesser en aucune partie, qu'aussitôt l'impression douloureuse ne s'en porte au cerveau, si l'animal est dans un état de santé. » (L’Encyclopédie, article « Économie politique »).

    "Corps politique [...] cette sorte de créatures." -Emmanuel Kant, Idée d'une histoire universelle au point de vue cosmopolitique, 1784, in Opuscule sur l'histoire, GF Flammarion, Paris, 1990, 245 pages, p.79.

    "L'Etat est un tout organique ; ces articulations lui sont nécessaires comme elles le sont pour l'organisme." -Hegel, La Raison dans l'Histoire, trad. Kostas Papaioannou, Paris, Plon, coll. 10/18, 1965, 311 pages, p.164.

    "Au début du XIXe siècle, l'organicisme a d'abord été conçu comme une réponse aux doctrines universalistes et individualistes de la Révolution française : instrument du conservatisme social, il a été utilisé aussi bien par Edmond Burke que par Joseph de Maistre ou Louis de Bonald. Grâce à lui, tous trois ont pu mettre l'accent sur l'unité organique du corps social, qui justifie la prééminence de la société sur l'individu, et donc celle du tout sur les parties. Pour eux, la société n'est nullement une construction rationnelle des individus qui établiraient entre eux des liens contractuels et volontaires, et toute atteinte à l'unité organique provoquerait aussitôt la désagrégation du corps social. Ils rejettent ainsi l'individualisme libéral et souhaitent au contraire le maintien des hiérarchies naturelles, des valeurs et des traditions collectives qui manifestent l'existence indépendante du tout par rapport à celle des parties.

    S'inspirant de cet organicisme conservateur, mais s'appuyant aussi sur l'organicisme positiviste et réformiste de Saint-Simon (1760-1825), pour lequel la division des fonctions de l'organisme social représente un facteur de progrès, Auguste Comte s'est efforcé d'élaborer une synthèse entre ces deux courants organicistes opposés. Pour lui, la société prise comme un tout constitue la réalité première, et la différenciation des fonctions sur laquelle elle repose donne naissance à une hiérarchie naturelle qu'il est nécessaire de respecter. Dans son Système de politique positive, il élabore un parallèle entre l'organisme social et l'organisme biologique : il montre que la famille représente la cellule, tandis que les groupes sociaux constituent les tissus et l'État l'organe directeur. Cet organicisme positiviste et scientifique lui permet de repousser dans le passé les métaphysiques individualistes, rationalistes et révolutionnaires qui négligent l'origine naturelle du corps social
    ." -Pierre Birnbaum, « ORGANICISME  », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 19 août 2016.

    "A Saint-Simon, dit Durkheim, revient "l'honneur" d'avoir le premier "donné la formule" de la science sociale ; à Comte celui d'avoir voulu "faire" cette science. Or, l'un comme l'autre fondaient leur représentation de son objet et de ses principes sur l'analogie entre la société et l'organisme vivant. Cette analogie, Durkheim ne cherche pas à la remettre en question, -seulement à l'aménager." -Jean-Claude Filloux, Durkheim et l'organicisme: l'influence de Spencer et d'Espinas dans l'élaboration du fonctionnalisme durkheimien, in Revue européenne des sciences sociales, T. 17, No. 47 (1979), pp. 135-148.

    "Les religions se sont fait un titre de gloire d'avoir prescrit de bannir l'orgueil sans se demander si, sans lui, l'homme avait encore un but quelconque dans la vie. Sans orgueil, il n'y a pas d'action, parce qu'il n'y a pas d'individualité. Qui est contre l'orgueil se déclare ennemi mortel de la vie." -Emil Cioran, Le Livre des Leurres (1936). In Œuvres, Gallimard, coll. Quarto, 1995, 1818 pages, p.255.


    Dernière édition par Johnathan R. Razorback le Ven 8 Juin - 9:56, édité 47 fois


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    « La racine de toute doctrine erronée se trouve dans une erreur philosophique. [...] Le rôle des penseurs vrais, mais aussi une tâche de tout homme libre, est de comprendre les possibles conséquences de chaque principe ou idée, de chaque décision avant qu'elle se change en action, afin d'exclure aussi bien ses conséquences nuisibles que la possibilité de tromperie. » -Jacob Sher, Avertissement contre le socialisme, Introduction à « Tableaux de l'avenir social-démocrate » d'Eugen Richter, avril 1998.

    "Il y a, de nos jours, beaucoup de gens qui s'accommodent très aisément de cette espèce de compromis entre le despotisme administratif et la souveraineté du peuple, et qui pensent avoir assez garanti la liberté des individus, quand c'est au pouvoir national qu'ils la livrent. Cela ne me suffit point." -Alexis de Tocqueville, De la Démocratie en Amérique, vol II, Quatrième Partie : Chapitre VI, 1840.

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    Re: De la Philosophie & des définitions conceptuelles

    Message par Johnathan R. Razorback le Mer 13 Jan - 16:41

    Paix: « La paix est peut-être, l’état de choses dans lequel l’hostilité naturelle des hommes entre eux se manifeste par de créations, au lieu de se traduire par des destructions comme fait la guerre. C’est le temps d’une concurrence créatrice, et de la lutte des productions. » -Paul Valéry, La crise de l’esprit, 1919, « Les classiques des sciences sociales », 14 pages, p.8.

    Paganisme: « Les dieux de la plupart des nations prétendent avoir créé le monde. Les dieux olympiens n’ont pas une telle prétention. Le plus qu’ils firent jamais fut de le conquérir. » -Gilbert Murray, Five Stages of Greek Religion.

    « De tous les cultes religieux que nous montre l’histoire [le paganisme] fut certainement le moins théologique, le moins sérieux, le moins divin et à cause de cela même le moins malfaisant, celui qui entrava le moins le libre développement de la société humaine. — La seule pluralité des dieux à peu près égaux en puissance était une garantie contre l’absolutisme ; persécuté par les uns, on pouvait chercher protection chez les autres, et le mal causé par un dieu trouvait sa compensation par le bien produit par un autre. Il n’y avait donc pas dans la mythologie grecque cette contradiction logiquement aussi bien que moralement monstrueuse, que le bien et le mal, la beauté et la laideur, la bonté et la méchanceté, la haine et l’amour se trouvent concentrés dans une seule et même personne, comme cela se présente fatalement dans le dieu du monothéisme. » -Bakounine, Le Principe de l’État.

    « Le Paganisme est le contraire même de l’esprit de sérieux et c’est en cela qu’il est le plus sérieux et le plus durable. » -Guillaume Faye, Entretien avec Christopher Gérard, paru sous le titre « Les Titans et les Dieux » dans la revue Antaios (n° XVI, printemps 2001).

    Passion: "Il y a passion lorsque l'objet de plaisir est transformé en objet de besoin ; autrement dit, lorsque l'objet ne saurait manquer, lorsque le sujet ne peut concevoir sa vie sans la possession, l'absorption, la poursuite, en un sens finalement: l'identification avec l'objet de la passion, devenu enjeu de vie ou de mort." -Cornelius Castoriadis, Fait et à faire, Seuil, coll. Points, 1997, 336 pages, p.149.

    Philosophie: « J'espérais, dans ma jeunesse, que la philosophie me permettrait d'accéder à quelques vérités fondamentales : elle en est incapable. Quand ma foi vacilla, je pensai qu'elle m'aiderait, du moins, à poser correctement quelques questions essentielles (sur le sens de la vie, de la mort, sur l'histoire, le bonheur) : il n'en est rien. [...] Il n'est pas de philosophe qui ne s'estime d'une autre qualité que le commun des mortels, même s'il feint l'humilité. Il est celui qui sait, qui sait plus, mieux et autrement, sa pensée survole le monde et le domine, quand les autres s'y engluent et s'y perdent, il est le grand explicateur, le grand concepteur… Ce qui est une façon de se prendre pour le Créateur et de signer son délire. L'idée même de construire un système total, de parvenir à une saisie pleine et entière de l'être, d'expliquer d'un même élan et d'englober dans une même aperception toutes ses manifestations, cette idée-là est une idée de fou. L'idée d'un homme qui se prend pour Dieu. Comme, dans les asiles, d'autres se prennent pour Napoléon ou Genghis Kahn. [...] Totaliser : à quelque niveau qu'il se manifeste, ce projet n'est pas seulement fou, il est dangereux : dans son principe même, il est totalitaire. [...] La philosophie n'a aucun pouvoir, elle ne donne pas de recettes, elle ne fait pas d'un angoissé un homme serein, d'un dépressif un être joyeux, d'un obsessionnel un décontracté, d'un homme moyennement vicieux un parangon de vertu, et l'on ne découvre pas le bonheur en s'abîmant dans la lecture de l'Ethique ou de la Phénoménologie de l'Esprit. La philosophie ne rend pas meilleur, comme elle est impuissante à vaincre le malheur. » -Maurice Maschino, Oubliez les philosophes !, 2001.

    "La philosophie n'est sans doute pas à portée de tous les hommes ; mais à ceux qui en sont capables, elle offre ce qu'on peut imaginer de meilleur et de plus beau: une vue sur les choses éternelles ; un plein exercice de l'intelligence ; la société (effective ou idéale) des hommes les plus sages ; une forme de liberté à l'égard des passions et des accidents de cette vie." (p.10)

    "La philosophie a survécu, comme domaine et comme tradition, aux critiques les plus virulentes, aussi bien qu'à l'émancipation des savoirs qu'elle avait nourris dans son sein ; mais elle est aujourd'hui comme un ancien empire réduit aux dimensions d'une petite république: on respecte ses monuments, on révère peut-être son antiquité, mais de sa puissance il n'est plus question, si ce n'est sur le mode rétrospectif." (p.12)
    -Denis Kambouchner, in Notions de philosophie, I, Gallimard, coll Folio essais, 551 pages.

    « C’est que les premiers principes, ne supposant rien d’antérieur d’où l’on puisse les tirer, ne se démontrent. » -Félix Ravaisson, Métaphysique et Morale.

    « Les premiers principes doivent être hors de discussion. » -Lautréamont, Poésie I, 1870.

    "La philosophie est l'art de former, d'inventer, de fabriquer des concepts." -Gilles Deleuze & Félix Guattari, Qu'est-ce que la philosophie ?, Les éditions de Minuit (coll. « Critique »), Paris, 1991, 206 pages.

    "Tout le travail de la philosophie consiste à bien définir les concepts." -Jacques Mantoy, Précis d'histoire de la philosophie, Paris, Éditions de l'École, 1965, 124 pages.

    "Aucun esprit n'est meilleur que la précision de ses concepts." -Ayn Rand, L'extrémisme ou l'art de la délation, 1964, repris dans Capitalism: the Unknown Ideal, 1967.

    « Philosopher, c’est réfléchir, faire usage de sa raison, en tout et partout, au milieu des fous comme parmi les sages, dans le tourbillon du monde comme dans la solitude et le silence du cabinet. » -Maine de Biran, Journal, 27 juin 1816, Ed. Gouhier, I, p. 154.

    « Penser n’est ni savoir ni ignorer, mais chercher. » -François Zourabichvili, « Deleuze. Une philosophie de l’événement », in La philosophie de Deleuze, PUF, coll. « Quadrige », 2004, 340 pages, p. 59.

    "La philosophie est un combat contre l'ensorcellement de notre entendement par les ressources de notre langage." -Ludwig Wittgenstein.

    « Étant donné la situation historique, la philosophie a son véritable intérêt là où Hegel, d’accord avec la tradition, exprimait son désintérêt : dans le non-conceptuel, l’individuel et le particulier ; dans ce qui depuis Platon a été écarté comme éphémère et négligeable et sur quoi Hegel colla l’étiquette d’existence paresseuse. Son thème serait les qualités ravalées par elle comme contingentes au rang de quantité négligeable. Ce qui presse le concept c’est ce à quoi il n’atteint pas, ce qu’exclut son mécanisme d’abstraction, ce qui n’est pas déjà un exemplaire du concept. » (p.15)

    « La philosophie, même celle de Hegel, s’expose à l’objection générale d’opter d’avance pour l’idéalisme puisque son matériau consiste nécessairement en concepts. De fait, aucune philosophie même un empirisme extrême, ne peut traîner les facta bruta par les cheveux et les présenter comme des cas en anatomie ou des expériences en physique ; aucune ne peut, comme mainte peinture tente de le lui faire accroire, coller les choses singulières dans les textes. Mais cet argument, dans sa généralité formelle, prend le concept de façon aussi fétichiste que son autocompréhension naïve à l’intérieur de son domaine : comme une totalité autosuffisante sur laquelle le penser philosophique ne peut rien. En vérité tous les concepts, même les concepts philosophiques visent du non-conceptuel parce que pour leur part ils sont des moments de la réalité qui nécessite leur formation –tout d’abord en vue de la domination de la nature.
    […] La réflexion philosophique s’assure du non-conceptuel dans le concept. Sinon ce dernier serait, selon l’affirmation de Kant, vide, et pour finir ne serait absolument plus le concept de quelque chose et ce faisant, nul. La philosophie qui le reconnaît, qui abroge l’autarcie du concept, arrache le bandeau des yeux.
    » (p.17-18)

    « La philosophie veut bien plutôt se plonger littéralement dans ce qui lui est hétérogène, sans le ramener à des catégories toutes faites. […] Elle tend à une extériorisation (Entaüsserung) intégrale. » (p.18-19)

    « La connaissance ne possède complètement aucun de ses objets. Elle ne doit pas susciter le fantasme d’un tout. […] La pensée non naïve sait combien peu elle atteint ce qui est pensé et doit toujours pourtant parler comme si elle le possédait complètement. Ceci la rapproche de la clownerie. Elle a d’autant moins le droit de nier les traits de cette clownerie que c’est elle seule qui lui fait naître l’espoir de ce qui lui est refusé. La philosophie est ce qu’il y a de plus sérieux mais elle n’est pas non plus si sérieuse que cela. » (p.19-20)
    -Theodor W. Adorno, Dialectique négative, 1966.

    "Comment supposer connue par avance une situation qui est unique en son genre, qui ne s’est pas encore produite et ne se reproduira jamais ? On ne prévoit de l’avenir que ce qui ressemble au passé ou ce qui est recomposable avec des éléments semblables à ceux du passé. Tel est le cas des faits astronomiques, physiques, chimiques, de tous ceux qui font partie d’un système où se juxtaposent simplement des éléments censés immuables, où il ne se produit que des changements de position, où il n’y a pas d’absurdité théorique à imaginer que les choses soient remises en place, où par conséquent le même phénomène total ou du moins les mêmes phénomènes élémentaires peuvent se répéter. Mais d’une situation originale, qui communique quelque chose de son originalité à ses éléments, c’est-à-dire aux vues partielles qu’on prend sur elle, comment pourrait-on se la figurer donnée avant qu’elle se produise ? Tout ce qu’on peut dire est qu’elle s’explique, une fois produite, par les éléments que l’analyse y découvre. Mais ce qui est vrai de la production d’une nouvelle espèce l’est aussi de celle d’un nouvel individu, et plus généralement de n’importe quel moment de n’importe quelle forme vivante."

    "Contre cette idée de l’originalité et de l’imprévisibilité absolues des formes toute notre intelligence s’insurge. Notre intelligence, telle que l’évolution de la vie l’a modelée, a pour fonction essentielle d’éclairer notre conduite, de préparer notre action sur les choses, de prévoir, pour une situation donnée, les événements favorables ou défavorables qui pourront s’ensuivre. Elle isole donc instinctivement, dans une situation, ce qui ressemble au déjà connu ; elle cherche le même, afin de pouvoir appliquer son principe que « le même produit le même » . En cela consiste la prévision de l’avenir par le sens commun. La science porte cette opération au plus haut degré possible d’exactitude et de précision, mais elle n’en altère pas le caractère essentiel. Comme la connaissance usuelle, la science ne retient des choses que l’aspect répétition. Si le tout est original, elle s’arrange pour l’analyser en éléments ou en aspects qui soient à peu près la reproduction du passé. Elle ne peut opérer que sur ce qui est censé se répéter, c’est-à-dire sur ce qui est soustrait, par hypothèse, à l’action de la durée. Ce qu’il y a d’irréductible et d’irréversible dans les moments successifs d’une histoire lui échappe. Il faut, pour se représenter cette irréductibilité et cette irréversibilité, rompre avec des habitudes scientifiques qui répondent aux exigences fondamentales de la pensée, faire violence à l’esprit, remonter la pente naturelle de l’intelligence. Mais là est précisément le rôle de la philosophie
    ." -Henri Bergson, L’Évolution créatrice, Chapitre I, 1907.

    "Si, parvenus à ce stade, on devait demander :
    « qui donc doit maintenir l'ordre dans l'organisation du vocabulaire conceptuel de l'homme, proposer les changements dans les définitions, ou leur extension, formuler les principes de la cognition et les critères de la science, protéger l'objectivité des méthodes et de la communication au sein des sciences particulières et entre celles-ci, et fournir les lignes directrices pour l'intégration des connaissances de l'humanité ? »
    La réponse sera :
    la philosophie." -Ayn Rand, Introduction à l’épistémologie objectiviste, première parution dans The Objectivist juillet 1966 et février 1967.

    "Le philosophe, tout indépendant qu'il est, ne se soustrait jamais entièrement à l'influence du siècle où il vit ; il a beau s'abstraire, il tient toujours à son temps ; et l'État idéal que traçait Platon se sent encore de la politique grecque, comme la monarchie rêvée par Montesquieu est la copie de la seule monarchie constitutionnelle que l'Europe possédât alors. Les œuvres des philosophes, quelque individuelles qu'elles paraissent, sont aussi des manifestations sociales ; c'est toujours étudier les nations que d'étudier les grands hommes qui les représentent et qui les honorent." -Jules Barthélemy-Saint-Hilaire, préface à sa traduction de la Politique d'Aristote, 1874.

    « Les philosophes ne poussent pas comme les champignons, ils sont les fruits de leur époque, de leur peuple, dont les humeurs les plus subtiles, les plus précieuses et les moins visibles circulent dans les idées philosophiques. C’est le même esprit qui édifie les systèmes philosophiques dans le cerveau des philosophes et qui construit les chemins de fer avec les mains des ouvriers. La philosophie n’est pas hors du monde, pas plus que le cerveau n’est extérieur à l’homme même s’il n’est pas dans son estomac ; mais il est sûr que la philosophie a pris contact avec le monde par le cerveau avant de toucher le sol avec ses pieds, tandis que maintes autres sphères humaines ont depuis longtemps leurs pieds bien plantés sur la terre, et de leurs mains cueillent les fruits du monde, avant de se douter que la « tête » aussi fait partie de ce monde, ou que ce monde est celui de la tête.

    Parce que toute vraie philosophie est la quintessence intellectuelle de son époque, le temps doit venir nécessairement où la philosophie, non seulement intérieurement par sa manifestation, entrera en contact avec le monde réel de son époque et établira avec lui des échanges réciproque. La philosophie cessera alors d’être un système déterminé face à d’autres systèmes déterminés, elle deviendra la philosophie en général face au monde, elle deviendra la philosophie du monde actuel. Les signes extérieurs qui dénotent que la philosophie atteint cette importance, qu’elle devient l’âme vivante de la culture, que la philosophie devient « de ce monde » et que ce monde devient philosophique, ont été les mêmes à toutes les époques ; on peut ouvrir n’importe quel livre d’histoire, et l’on verra se répéter avec une fidélité inaltérable les rites les plus simples qui marquent, sans qu’on puisse s’y méprendre, son entrée dans les salons et les presbytères, dans les salles de rédaction des journaux et dans les antichambres des cours, dans le cœur rempli de haine ou d’amour des contemporains. L’entrée de la philosophie dans le monde est marquée par les cris de ses ennemis qui trahissent la contagion interne par les appels sauvages de détresse qu’ils lancent contre l’incendie allumé par les idées. Ces cris de ses ennemis, ont, pour la philosophie, la même importance que le premier vagissement d’un enfant à l’oreille inquiète de la mère. C’est le cri qui lui annonce que ses idées sont vivantes, qu’elles ont fait éclater la carapace sans défaut d’hiéroglyphes que formait le système, et qu’elles se sont métamorphosées en citoyens du monde
    . » -Karl Marx, L’éditorial du n° 179 de la « Gazette de Cologne », Gazette rhénane n° 191, 193 et 195 des 10, 12 et 14 juillet 1842.

    « La philosophie est à l’étude du monde réel ce que l’onanisme est à l’amour sexuel » -Marx et Engels, L’idéologie allemande (1846).

    "La seule attitude qui soit vraiment philosophique [...] consiste à reprendre pour son propre compte les pensées déjà pensées par d'autres." (p.7)

    "Si le contenu du discours résiste à l'opération, et apparaît conditionné par des données "positives", c'est-à-dire obtenues par un travail sur des données issues de l'expérience, donc non déductibles en droit, irréductibles à des concepts, c'est que l'on a affaire à des "sciences humaines" -histoire, psychologie, sociologie, etc. [...] La philosophie n'estpas une "science humaine."." (p.12)
    -Dominique Folscheid, Jean-Jacques Wunenburger & Philippe Choulet, Méthodologie philosophique, Paris, PUF, coll. "Quadrige", 2013 (1992 pour la première édition), 366 pages.

    "La philosophie elle-même revêt parfois des dehors belliqueux, fourbit ses armes et se mêle au combat politique ; elle ne regarde pas seulement le ciel, mais aussi la terre." -Jean Jaurès, Les origines du socialisme allemand, traduction par Adrien Veber de la thèse latine, in Revue Socialiste (de Benoît Malon), 1892.

    "If science unites, and if it unites without dividing, philosophy divides, and it can only unite by dividing."

    "Philosophy is a certain continuation of politics, in a certain domain, vis-à-vis a certain reality." -Louis Althusser, Lénine et la philosophie, communication à la Société Française de Philosophie, 24 février 1968.

    « Si nous découvrons notre propre pensée à propos de celle d'un autre philosophe, si nous demandons à celui-ci des techniques et des méthodes susceptibles de nous faire accéder à de nouveaux problèmes, cela veut-il dire que nous épousons toutes ses théories ? Marx a emprunté à Hegel sa dialectique. Direz-vous que Le Capital est un ouvrage prussien ? » -J.-P. Sartre, « À propos de l'existentialisme : Mise au point », in M. Contat et M. Rybalka, Les Écrits de Sartre, Gallimard, 1970 p. 654.

    "[La philosophie est] une activité qui, par des discours et des raisonnements, nous procure la vie heureuse." -Définition de la philosophie par Épicure, d'après Sextus Empiricus.

    « En dépit de l'importance de la figure platonicienne de Socrate, et de surcroît même si on met l'accent sur les exercices spirituels pratiqués dans les écoles grecques, de façon ésotérique, réservées aux initiés selon les degrés de leurs progrès, reste que ce qui distingue la sagesse philosophique désirée et recherchée de toute autre sagesse contenue dans les grands textes fondateurs de religion, c'est qu'elle est théorétique. Même si on voit l'essentiel de la philosophie dans la question du mode de vie le meilleur, du mode de vie philosophique, ce mode de vie se caractérise par le fait qu'il est consacré à la lumière de la connaissance (et non à la lumière ou à la parole divines). On peut sûrement dire, de façon acceptable, d'un homme qu'il vit en philosophe ; tant que, toutefois, il n'a pas "inventé" quelque chose en philosophie, il ne sera pas vraiment un philosophe (la réciproque n'est pas nécessairement vraie). Si donc un philosophe est celui qui invente sinon une philosophie, du moins en philosophie, alors, il y a fort peu de philosophes. » -Edith Fuchs, Entre Chiens et Loups. Dérives politiques dans la pensée allemande du XXème siècle.

    "Le sujet se déterminant comme philosophe choisit la connaissance suprême ou la philosophie comme fin ultime de sa vie ou de ses efforts." -Edmund Husserl, Philosophie première.

    « La philosophie n’a pas de nationalité, elle est définie par sa prétention à l’universalité. […]
    La plupart des philosophes, depuis le XVIIIème siècle, sont des professeurs, c’est-à-dire des gens qui appartiennent à des institutions toujours nationales. […] A l’intérieur de ces racines nationalisantes, la vocation universelle est au travail.
    » -Jacques Derrida, in “Surpris par la nuit. Raison de plus“, Entrevue avec Alain Veinstein, France Culture, 17 décembre 2001.

    "Je doute que la philosophie puisse rendre les hommes meilleurs. Mais alors, dira-t-on, que peut la philosophie ? Ses pouvoirs sont limités, mais ils sont réels. Ce que la philosophie sait faire, c’est dénouer des difficultés purement intellectuelles, des manières de nœuds qui se sont formés dans l’esprit des gens, à la suite d’interférences ou d’embrouillements entre les diverses et multiples « lignes » conceptuelles que chacun doit tirer et tisser dans son esprit afin de comprendre où il en est et ce qu’il fait." -Vincent Descombes, « Que peut-on demander à la philosophie morale ?  », Cités, 1/2001 (n° 5) , p. 13-30.

    « Le souci qui définit la philosophie [est de] produire des énoncés absolument vrais, bien que non vérifiables par des procédures expérimentales et non quantifiées par des mesures, vrais par leur place dans une chaîne de raisons et non relatifs à l’opinion, la science ou la religion. Ce souci de vérité permet à la philosophie d’exercer une fonction critique vis-à-vis de ces trois systèmes de croyance, c’est-à-dire à ne pas se plier à la loi de la majorité pour les opinions, de ne pas se calquer sur les résultats des sciences positives et enfin de ne pas se transformer en préparation aux opinions théologiques. »
    -Frédéric Nef, Qu’est-ce que la métaphysique ?, Gallimard, coll. Folio essais, 2004, 1062 pages, p.54-55.

    "La philosophie est prise en charge de la totalité du pensable." (p.11) -Cornelius Castoriadis, Fait et à faire, Seuil, coll. Points, 1997, 336 pages.

    "On ne peut détacher la philosophie de la politique et on peut montrer même que le choix et la critique d'une conception du monde sont eux aussi un fait politique." -Antonio Gramsci, La philosophie de la praxis face à la réduction mécaniste du matérialisme historique. L'anti-Boukharine (cahier 11), 1. Introduction à l'étude de la philosophie. Quelques points de référence préliminaires, 1932-1933.

    Politique: « [La politique] est l’activité sociale qui se propose d’assurer par la force, généralement fondée sur le droit, la sécurité extérieure et la concorde intérieure d’une unité politique particulière en garantissant l’ordre au milieu de luttes qui naissent de la diversité et de la divergence des opinions et des intérêts. » -Julien Freund, L'essence du politique.

    « La politique est l’art ou la pratique de faire vivre les hommes en société. Ou encore, c’est la théorie et la pratique de faire accepter aux hommes les commandements inévitables. » -Raymond Aron, Radioscopie, Entretien entre Jacques Chancel, 1er octobre 1976.

    "Entrer dans la politique, c'est participer à des conflits dont l'enjeu est la puissance - puissance d'influer sur l'État et par-là même sur la collectivité." -Raymond Aron, préface à Max Weber, Le Savant et le Politique, 1919, "Les classiques des sciences sociales", 152 pages.

    "Nous entendrons uniquement par politique la direction du groupement politique que nous appelons aujourd'hui « État », ou l'influence que l'on exerce sur cette direction." -Max Weber, "Le métier et la vocation d'homme politique", in Le Savant et le Politique, 1919, "Les classiques des sciences sociales", 152 pages, p.86.

    "La politique est une lutte entre des projets hégémoniques qui visent à incarner l’universel de manière à définir les paramètres de la vie sociale. L’hégémonie est réalisée par la construction de points nodaux qui fixent de manière discursive le sens des institutions et des pratiques sociales à travers lesquelles une conception spécifique de la réalité est établie. Un tel résultat sera toujours contingent et précaire, et tout ordre est susceptible d’être ébranlé par des interventions contre-hégémoniques visant à le désarticuler afin d’installer une autre forme d’hégémonie."

    "Ce n’est que dans la mesure où les différences démocratiques se heurtent à des forces ou à des discours qui les nient toutes que ces différences peuvent se substituer les unes aux autres. L’enjeu, ici, est la création d’une « volonté collective » (Gramsci), d’un « nous » ; et ceci requiert la détermination d’un « ils ». C’est pourquoi la construction d’une volonté collective nécessite qu’un adversaire soit défini." -Chantal Mouffe, "Communisme ou démocratie radicale", Actuel Marx (n° 48), 2/2010, p.87.

    "Contrairement à tous ceux qui croient que la politique peut se réduire à des motivations individuelles et qu’elle est impulsée par le seul intérêt personnel, ces partis sont pleinement conscients que la politique consiste toujours en la création d’un nous opposé à un eux, et qu’elle passe par la constitution d’identités collectives." -Chantal Mouffe, « La " fin du politique " et le défi du populisme de droite », Revue du MAUSS, 2/2002 (n° 20), p. 178-194.

    "La politique est l’exercice de la différence." -Frédéric Lordon (cf: http://blog.mondediplo.net/2016-11-22-Politique-post-verite-ou-journalisme-post ).

    "J'entends donc par pouvoir politique un droit de faire des lois sanctionnées par la peine de mort, et donc par toutes les autres peines de moindre importance, pour réglementer et préserver la propriété ; c'est aussi le droit d'employer la force de la communauté pour l'exécution de ces lois et pour la défense de la République contre les atteintes de l'extérieur ; et tout cela en vue seulement du bien public." -John Locke, Le Second Traité du gouvernement. Essai sur la véritable origine, l'étendue et la fin du gouvernement civil, PUF, coll. Épiméthée, 1994 (1689 pour la première édition anglaise), 302 pages, p.4.

    « Le but originel de la politique : favoriser les intérêts de certains groupes humains. » -Stig Dagerman, L'Anarchisme et Moi, revue 40-tal (Les Années 40), numéro 2, 1946. Traduit du suédois par Philippe Bouquet.

    « La distinction spécifique du politique, à laquelle peuvent se ramener les actes et les mobiles politiques, c'est la discrimination de l'ami et de l'ennemi. Elle fournit un principe d'identification qui a valeur de critère, et non une définition exhaustive ou compréhensive. » -Carl Schmitt, La notion de politique, 1927.

    "S’il y a un acte politique premier, c’est de mettre fin à la violence, d’établir l’ordre." -Nicolas Rousseau, recension de "Marshall Sahlins : La nature humaine, une illusion occidentale", site de l'auteur, 9 décembre 2010.

    "Toute politique reste un art des limites." -Daniel Bensaïd, Le Sourire du spectre, nouvel esprit du communisme, chapitre II (Partie III : « Métamorphoses du spectre »), Paris, Éditions Michalon, 2000.

    "Plus l’activité politique s’est délestée de ses vieux accents messianiques et même de tout grand dessein, plus la promesse religieuse a retrouvé ses vieux appétits politiques." -Régis Debray, L’année … vue par la philosophie, Les Nouveaux chemins de la connaissance, France Culture, le 5 février 2016.

    "Définir une politique c’est faire des mécontents." -Le blogueur "Descartes", Produire français ?, 15 Octobre 2016 (cf: http://descartes.over-blog.fr/2016/10/produire-francais.html ).

    « La politique est […] plus que jamais l’élément total, existentiel, métaphysique dans lequel se meut la liberté humaine. » -Le Tiqqun, Thèses sur le Parti Imaginaire (1999).

    "Pour moi, la beauté de la politique, c'est d'essayer de convaincre, d'être dans le dialogue les uns avec les autres et d'aller au contact." -Emmanuel Macron, "En Direct de Mediapart", 4 novembre 2016.

    "L’intervention politique joue essentiellement du performatif. Dire « il y a » est un moyen de contribuer à faire exister la chose dont on dit qu’elle existe avant qu’elle existe vraiment. Et c’est vrai : c’est un type d’intervention qui a tout du pari !" -Frédéric Lordon, Entretien avec Xavi Espinet, pour le journal barcelonais El Critic, réalisé le 16 avril, publié le 23 avril 2016.

    Possible (possibilité / potentialité): ""Il est possible" veut dire que l'on ignore." -Jules Lequier, Comment trouver, comment chercher une première vérité ?, Éditions Allia, 2009 (1865 pour la première édition), 111 pages, p.96.

    "Tout événement qui a une probabilité différente de zéro finira par arriver un jour, à condition d’attendre suffisamment longtemps." -Jacques Bouveresse , « Déterminisme et causalité », Les Études philosophiques, 3/2001 (n° 58), p. 335-348.

    Pouvoir: "[I, A] Être capable de faire quelque chose. [...]
    [B, I] Avoir l'autorité, la puissance de faire quelque chose
    ." -TLFI, "Pouvoir".

    "Le pouvoir a toujours eu tendance à s'ajouter à lui-même, à agrandir sa sphère d'influence, à dépasser les limites établies pour le contenir; et là où l'habitude de résister à de telles violations n'est pas nourrie, et où l'individu n'apprend pas à être jaloux de ses droits, l'individualité disparaît peu à peu et le gouvernement ou l’État devient un grand tout." -Benjamin R. Tucker, Socialisme d'Etat et Anarchisme, Liberty n°120, 10 mars 1888.

    "La sagesse qui permettrait de définir l’existence digne d’être menée est assez éloignée des aptitudes qui facilitent l’accès au pouvoir. Nous avons donc toutes les chances que les hommes d’État utilisent mal le pouvoir qui leur est confié." -Hadrien Gournay, La contrainte peut-elle être légitime ?, Contrepoints, 14 février 2017.

    "Dans la vie que qui n'a pas le pouvoir n'a rien, qui détient le pouvoir peut tout." -Pourquoi nous combattons. Déclaration d'Alain Geismar à son procès (20, 21 et 22 octobre 1970), Paris, Maspero, 1970, 28 pages, p.11.

    "Le pouvoir politique, à proprement parler, est le pouvoir organisé d'une classe pour l'oppression d'une autre." -Karl Marx et Friedrich Engels, Le Manifeste communiste, II. Prolétaires et communistes, 1848.

    "Étant donné que le pouvoir est essentiellement et exclusivement le moyen d'arriver à une fin, une communauté fondée seulement sur le pouvoir doit tomber en ruine dans le calme de l'ordre et de la stabilité ; sa complète sécurité révèle qu'elle est construite sur du sable. C'est seulement en gagnant toujours plus de pouvoir qu'elle peut garantir le statu quo ; c'est uniquement en étendant constamment son autorité par le biais du processus d'accumulation du pouvoir qu'elle peut demeurer stable." -Hannah Arendt, L'Impérialisme, deuxième partie des Origines du Totalitarisme (1951). Gallimard, coll. Quarto, 2002, p.394.

    "Par pouvoir, il me semble qu'il faut comprendre d'abord la multiplicité des rapports de force qui sont immanents au domaine où ils s'exercent, et sont constitutifs de leur organisation ; le jeu qui par voie de luttes et d'affrontements incessants les transforme, les renforce, les inverse ; les appuis que ces rapports de force trouvent les uns dans les autres, de manière à former chaîne ou système, ou, au contraire, les décalages, les contradictions qui les isolent les uns des autres ; les stratégies enfin dans lesquelles ils prennent effet, et dont le dessin général ou la cristallisation institutionnelle prennent corps dans les appareils étatiques, dans la formulation de la loi, dans les hégémonies sociales." -Michel Foucault, La volonté de savoir, Paris, Gallimard, 1976, p.121-122.

    « Le pouvoir est un rapport de forces […] Le pouvoir n'est pas essentiellement répressif (puisqu'il "incite, suscite, produit"). » -Gilles Deleuze, Foucault, Les éditions de Minuit (coll. « Critique »), Paris, 1986, p. 77.

    "Puisque l'autorité requiert toujours l'obéissance, on la prend souvent pour une forme de pouvoir ou de violence. Pourtant l'autorité exclut l'usage de moyens extérieurs de coercition ; là où la force est employée, l'autorité proprement dite a échoué. L'autorité, d'autre part, est incompatible avec la persuasion qui présuppose l'égalité et opère par un processus d'argumentation. Là où on a recours à des arguments, l'autorité est laissée de côté. Face à l'ordre égalitaire de la persuasion, se tient l'ordre autoritaire, qui est toujours hiérarchique. S'il faut vraiment définir l'autorité, alors ce doit être en l'opposant à la fois à la contrainte par force et à la persuasion par arguments. (La relation autoritaire entre celui qui commande et celui qui obéit ne repose ni sur une raison commune, ni sur le pouvoir de celui qui commande ; ce qu'ils ont en commun, c'est la hiérarchie elle-même, dont chacun reconnaît la justesse et la légitimité, et où tous deux ont d'avance leur place fixée). Ce point est historiquement important ; un aspect de notre concept de l'autorité est d'origine platonicienne, et quand Platon commença à envisager d'introduire l'autorité dans le maniement des affaires publiques de la polis, il savait qu'il cherchait une solution de rechange aussi bien à la méthode grecque ordinaire en matière de politique intérieure, qui était la persuasion (peithein), qu'à la manière courante de régler les affaires étrangères, qui était la force et la violence (bia)." -Hannah Arendt, Qu'est-ce que l'autorité ?, in La Crise de la Culture. Huit exercices de pensée politique, 1961, repris dans Hannah Arendt. L'Humaine Condition, Gallimard, coll. Quarto, 2012, 1050 pages, p.672-673.

    "Comme l'étymologie l'indique, la finalité de l'autorité est l'augmentation de l'être à qui elle s'applique. Elle se définit par le service de l'autre qui accepte de reconnaître dans cette médiation, les moyens de sa propre élévation. Le chef qualifie son charisme par la croissance des possibilités de celui qu'il dirige en le révélant à lui-même [...] La fin de l'autorité est ainsi sa propre disparition dès lors que l'autre est accompli dans ses propres fins. [...] Son effet pervers est bien de se perpétuer durablement en figeant l'ordonnance des établissements sans renouvellement dynamique ni questionnement critique." -Robert Damien, Éloge de l’autorité, généalogie d’une (dé)raison politique, Paris, Armand Colin, coll. "Le temps des idées", 2013.


    "Le pouvoir est pour certains une plus grande tentation que d'anciens idéaux grandioses." -Aaron Dembski-Bowden, Le Traqueur des abîmes, Black Library, 2013 (2012 pour la première édition anglaise), 412 pages, p.155.

    Puissance (moyens de, usages de): "1. Pouvoir d’imposer son autorité. [...]
    2. Domination, empire. [...]
    5. Pouvoir de faire une chose. [...]
    6. Force
    ." -Wikionnaire, article "Puissance".

    "Le terme de puissance est synonyme de pouvoir. Les langues anglaises avec power ou allemand avec Macht utilisent d'ailleurs le même mot."

    "Robert Kagan résume ainsi la puissance comme la capacité à faire l’Histoire, avec un H majuscule. La puissance a pour objectif affiché la sécurité nationale, mais elle peut devenir auto-destructrice, selon Paul Kennedy, lorsqu’elle atteint le seuil de la « surextension impériale »."

    "La puissance implique, en effet, une hiérarchie des acteurs : hyperpuissance, superpuissance, puissance moyenne, puissance déclinante, ancienne puissance, puissance ré-émergente, puissance émergente, etc. Le système international évolue en fonction de cette hiérarchie mouvante des puissances et des capacités variables des Etats."

    "La puissance est généralement localisable dans l’espace. Le concept de système monde fondé sur la dualité centre/périphérie parait le mieux adapté pour spatialiser la puissance puisque, de façon imagée, les centres comme lieux de pouvoir, s’opposent aux périphéries ainsi désignées en tant qu’espaces dominés et impuissants."

    "Jusqu’à ce jour, aucune puissance n’a été capable de contrôler l’ensemble de la planète. A la frontière entre le Pakistan et l’Afghanistan, les Etats-Unis ne maîtrisent pas totalement la situation, en dépit de l’usage des drones... dont les effets s’avèrent parfois contreproductifs. Et il leur a fallut 10 ans pour mettre la main sur Oussama Ben Laden et l’exécuter. Plus on s’éloigne du centre, plus le pouvoir tend à s’amenuiser, s’effilocher."

    "La puissance résulte d’abord d’un désir. [...]  Il y a ici un mélange de libido et de pulsion vitale… qui peut conduire au conflit et à la mort, à la victoire comme à la défaite. Il y a généralement des gagnants et des perdants. Dans un monde plus que jamais concurrentiel, les territoires et les populations qui n’ont pas d’ambition de puissance doivent s’attendre à être les jouets des pays qui ont un désir, une stratégie et les moyens de la mettre en œuvre. [...] Ceux qui se détournent de la quête de puissance ont toutes les chances de sortir des premiers rangs."

    "Seuls les États qui s’en donnent les moyens sont à même d’avoir une chance d’accroître leur puissance, car celle-ci s’impose toujours au détriment d’un autre, en dépit de tous les discours convenus."

    "Le désir nécessite une stratégie pour arriver à ses fins. Une stratégie est nécessaire pour développer la puissance. Elle impose une analyse de la situation présente, une réflexion sur les lignes de force des temps proches et lointains, des choix d’objectifs, l’allocation de moyens et une mise en œuvre pertinente. Qu’il manque un de ces éléments et la stratégie échoue, comme le plus souvent." -Pierre Verluise, "Géopolitique - La puissance - Quels sont ses fondamentaux ?", Diploweb.com, 10 novembre 2013.

    "On définira la puissance comme une capacité - capacité de faire ; capacité de faire faire ; capacité d’empêcher de faire ; capacité de refuser de faire." -Serge Sur, Relations internationales, Paris, 2000, éd. Montchrestien, p. 229.

    "La puissance est le pouvoir d'affecter, c'est-à-dire le pouvoir d'une chose de produire des effets sur une ou plusieurs autres choses, l'affect est l'effet en une certaine chose de l'exposition à la puissance d'agir d'une ou plusieurs autres choses." -Frédéric Lordon, La Société des affects. Pour un structuralisme des passions, Éditions du Seuil, coll. L'ordre philosophique, 2013, 284 pages, p.83.

    "La coercition devient un mode beaucoup plus délicat d'exercice de la puissance. C'est vrai de la coercition militaire, où les réticences de l'opinion publique, la pression internationale, le renforcement de petits Etats rendent, comme on l'a dit, beaucoup plus difficile la "gunboat diplomacy" : si en 1953, les Etats-Unis purent restaurer la royauté du Shah d'Iran moyennant une opération discrète et limitée, que faudrait-il aujourd'hui pour amener les ayatollahs à résipiscence ?" -Christian Mallis, Raymond Aron et le concept de puissance.

    « La puissance, ça n’est pas forcément d’aller casser la gueule à son voisin. »

    « La force armée est […] un des outils de la puissance. […] L’économie, la culture, le rayonnement, tout ça, ça en fait parti. » -Laurent Henniger, « Penser les forces armées au XXIe siècle », Conférence au Cercle Aristote du 12 octobre 2015.

    Praxis: "Ensemble des pratiques par lesquelles l'homme transforme la nature et le monde, ce qui l'engage dans la structure sociale que déterminent les rapports de production à un stade donné de l'histoire." -Gérard Legrand, Dictionnaire de Philosophie, Bordas, 1972, 271 pages.

    "La notion de pratique (Praxis) désigne précisément l'activité humaine comme conditionnée par des conditions matérielles indépendantes d'elle et néanmoins modifiables par elle. Le nouveau matérialisme sera nommé dans L'Idéologie allemande (1846) "matérialisme pratique"." -Gérard Duménil, Michael Löwy et Emmanuel Renault, Les 100 mots du marxisme, PUF, coll "Que sais-je ?", 2009, 126 pages,  p.79.

    Production (procès de): "[Diotime]: Tout ce qui est cause du passage du non-être vers l'être pour quoi que ce soit, voilà en quoi consiste la fabrication (poiesis)." -Platon, Le Banquet, GF Flammarion, Paris, 2016 (1998 pour la première édition), 285 pages, p.146.

    "La production n'est pas un acte de création ; elle n'apporte pas quelque chose qui n'existait pas avant. Elle est la transformation d'éléments donnés qu'elle arrange et combine." -Ludwig von Mises, L'Action humaine. Traité d'économie (1949).

    "Un élément de violence [est] inévitablement inhérent à toutes les activités du faire, du fabriquer et du produire, c'est-à-dire les activités par lesquelles les hommes affrontent directement la nature, distinguées d'activités comme l'action et la parole qui sont essentiellement axées sur des êtres humains. L'édification de l'artifice humain implique toujours qu'on fasse violence à la nature -il faut tuer un arbre pour obtenir du bois de construction, et il faut faire violence à ce matériau pour fabriquer une table." -Hannah Arendt, Qu'est-ce que l'autorité ?, in La Crise de la Culture. Huit exercices de pensée politique, 1961, repris dans Hannah Arendt. L'Humaine Condition, Gallimard, coll. Quarto, 2012, 1050 pages, p.689-690.

    "Le procès de production, dans sa spécificité économique, peut s'apprécier à trois niveaux: taux de croissance, moyens de production, histoire de la technologie. Et selon un rapport de cause à effet: la technologie est la cause de l'exploitation selon telle pratique économico-technique comme celle-ci est la cause du taux de croissance. [...]
    Le taux de croissance peut proposer, dans ce système, une loi dialectique: une extension, d'ordre quantitatif, d'un volume de production, permet d'atteindre un seuil, permet un saut qualitatif. Alors est autorisé (selon des conditions à définir) une mutation d'ordre qualitatif. Ce seuil, acquis par un processus d'accumulation, peut proposer les conditions de la mutation, peut en être une mesure, peut être même la mutation spécifique d'une époque. Ce saut qualitatif peut marquer le passage à un autre mode de production, à l'hégémonie économique d'un mode de production
    ." (p.70-71)
    -Michel Clouscard, L'Etre et le Code. Le procès de production d'un ensemble précapitaliste, L'Harmattan, Logiques sociales, 2003 (1973 pour sa première édition), 595 pages.

    Progrès: "Aucune idée, parmi celles qui se réfèrent à l'ordre des faits naturels, ne tient de plus près à la famille des idées religieuses que l'idée de progrès, et n'est plus propre à devenir le principe d'une sorte de foi religieuse pour ceux qui n'en ont plus d'autre. Elle a, comme la foi religieuse, la vertu de relever les âmes et les caractères. L'idée du progrès indéfini, c'est l'idée d'une perfection suprême d'une loi qui domine toutes les lois particulières, d'un but éminent auquel tous les êtres doivent concourir dans leur existence passagère. C'est donc au fond l'idée du divin ; et il ne faut point être surpris si, chaque fois qu'elle est spécieusement invoquée en faveur d'une cause, les esprits les plus élevés, les âmes les plus généreuses se sentent entraînés de ce côté. Il ne faut pas non plus s'étonner que le fanatisme y trouve un aliment, et que la maxime qui tend à corrompre toutes les religions, celle que l'excellence de la fin justifie les moyens, corrompe aussi la religion du progrès." -Antoine-Augustin Cournot, Considérations sur la marche des idées et des événements dans les temps modernes, 1872.

    "Il ne peut y avoir dans l'histoire que des progrès et des décadences limitées, ne serait-ce que parce qu'ils sont historiques, donc relatifs et non absolus." -Jean-Luc Vieillard-Baron, Le problème du temps, sept études, ch. VII, Vrin, 1995, p. 151-170.


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    « La racine de toute doctrine erronée se trouve dans une erreur philosophique. [...] Le rôle des penseurs vrais, mais aussi une tâche de tout homme libre, est de comprendre les possibles conséquences de chaque principe ou idée, de chaque décision avant qu'elle se change en action, afin d'exclure aussi bien ses conséquences nuisibles que la possibilité de tromperie. » -Jacob Sher, Avertissement contre le socialisme, Introduction à « Tableaux de l'avenir social-démocrate » d'Eugen Richter, avril 1998.

    "Il y a, de nos jours, beaucoup de gens qui s'accommodent très aisément de cette espèce de compromis entre le despotisme administratif et la souveraineté du peuple, et qui pensent avoir assez garanti la liberté des individus, quand c'est au pouvoir national qu'ils la livrent. Cela ne me suffit point." -Alexis de Tocqueville, De la Démocratie en Amérique, vol II, Quatrième Partie : Chapitre VI, 1840.

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    Re: De la Philosophie & des définitions conceptuelles

    Message par Johnathan R. Razorback le Mer 13 Jan - 18:53

    Raison / Rationalisme: "A.  Principe pensant; mode de pensée.
    1. [P. oppos. à l'instinct de l'animal] Faculté qu'a l'esprit humain d'organiser ses relations avec le réel; son activité considérée en général tant dans le domaine pratique que dans le domaine conceptuel. [...]

    3. a) [P. oppos. au cœur en tant que siège de l'affectivité, source du sentiment, de la passion et p. oppos. à la volonté en tant que source du caprice] Faculté de bien juger, de discerner le vrai du faux, le bien du mal; ensemble des qualités de celui ou de celle qui sait se rendre maître de ses impulsions, de son imagination, notamment dans son comportement, dans ses actes
    ." -TLFI, "Raison".

    "La raison [...] est la seule chose qui nous rend hommes, et nous distingue des bêtes." -René Descartes, Discours de la méthode, première partie, 1637.

    "La raison, dans une créature, est le pouvoir d'étendre les règles et desseins qui président à l'usage de toutes ses forces bien au-delà de l'instinct naturel, et ses projets ne connaissent pas de limites." -Emmanuel Kant, Idée d'une histoire universelle au point de vue cosmopolitique, 1784, in Opuscule sur l'histoire, GF Flammarion, Paris, 1990, 245 pages, p.71-72.

    "La tâche primordiale de la raison est d'affronter consciemment les limitations qu'impose à l'homme la nature, elle est de lutter contre la rareté. L'homme pensant et agissant est le produit d'un univers de rareté dans lequel n'importe quelle sorte de bien-être obtenu est la récompense de l'effort et de la peine, comportement que l'on appelle communément économique." -Ludwig von Mises, L'Action humaine. Traité d'économie (1949).

    "La raison est l'interrogation illimitée. Cette interrogation -et l'espace de la validité de droit qu'elle constitue- est créée pour la première fois en Grèce, vers la fin du VIIème siècle. La validité de droit, et la raison, et la vérité au sens plein et fort du terme, sont des créations social-historiques." (p.51)

    "Pour amener un être humain à la raison, il faut autre chose: que cesse son adhésion à une institution hétéronome de la société, son intériorisation des représentations où celle-ci s'incarne." (p.52)
    -Cornelius Castoriadis, Fait et à faire, Seuil, coll. Points, 1997, 336 pages.

    "On comprendra donc sous ce concept de raison tout à la fois un principe de pensée grâce auquel on peut distinguer et séparer, juger et réfuter ; une norme susceptible de fonder la certitude et la vérité en opposition avec le modèle de l’autorité traditionnel ; enfin une méthode universelle d’organisation et de classification : l’époque recherche des catégories générales susceptibles de quadriller le réel, de penser et de contrôler la diversité, de subsumer les particularismes." -Claudia Moatti, La Raison de Rome. Naissance de l’esprit critique à la fin de la République (IIe-Ier siècle avant Jésus-Christ), Éditions du seuil, coll. Des Travaux, 1997, 474 pages, p.14.

    "A.  1. PHILOS. Doctrine d'après laquelle tout ce qui existe a sa raison d'être de telle sorte que tout est intelligible. [...]
    Doctrine selon laquelle toute connaissance vient de principes a priori pouvant être logiquement formulés, ne dépendant pas de l'expérience et dont nous avons une connaissance raisonnée et innée. [...]
    Doctrine d'après laquelle la raison, en tant que système de principes organisateurs des données empiriques, fonde la possibilité de l'expérience. [...]
    B.  P. ext.
    1. Confiance dans la raison, croyance en l'efficacité de la connaissance rationnelle. [...]
    2. Tournure d'esprit, mode de pensée qui n'accorde de valeur qu'à la raison, à la pensée logique
    ." -TLFI, "Rationalisme".

    "Pour le rationalisme la notion de débat, d’argumentations contradictoires constitue une condition fondamentale. Il n’est de rationalisme que si l’on accepte que toutes les questions, que tous les problèmes soient livrés à une discussion ouverte, publique, contradictoire." -Jean-Pierre Vernant, Religions, histoires, raisons, Paris, Maspero, 1979, p.100-101.

    Réalisme: « Idée que ce qui est vrai ou ce qui existe pourrait bien être indépendant de nos croyances les mieux justifiées, de nos préférences les plus raisonnables, de nos théories les plus raffinées et de nos méthodes d’investigation les plus poussées. » -Ruwen Ogien.

    Réalité: « La connaissance de la réalité est une expérience pénible. Elle enseigne avec autorité les limites imposées à la satisfaction des désirs. C'est à contrecœur que l'homme se résigne à reconnaître qu'il y a des choses — en fait, tout le réseau complexe des relations causales entre les événements — que l'on ne peut changer selon ses rêves. » -Ludwig von Mises, L'Action humaine. Traité d'économie (1949).

    Réification: "Marx s'est référé à différentes reprises à l'idée que le capitalisme tend à transformer le travail en une chose, ou à le faire apparaître comme une chose. C'est ce processus qui est rendu par le terme "réification" (Verdinglichung/Versachlichung).
    C'est à Georg Lukács, dans
    Histoire et conscience de classe (1923), que l'on doit d'avoir transformé les remarques éparses de Marx en une véritable théorie de la réification." -Gérard Duménil, Michael Löwy et Emmanuel Renault, Les 100 mots du marxisme, PUF, coll "Que sais-je ?", 2009, 126 pages, p.100-101.

    "Elle se sentait vraiment reléguée au rang d'objet, et incapable de s'expliquer pourquoi ça l'excitait, pourquoi elle aimait être traitée ainsi, et pourquoi, malgré tout, ça restait difficile." -Eva Delambre, L'Esclave, Tabou Éditions, coll Le Jardin de Priape, 2014, 206 pages, p.107

    "J’étais devenue une sorte d’objet de désir sexuel pur. J’avais renoncé en entrant chez lui à tout ce qui d’habitude faisait de moi un être humain à part entière, et j’adorais ça. Pourtant, c’était loin d’être ma nature dans la vie de tous les jours. Je me surprenais moi-même d’y prendre goût si facilement."
    -Lily Moon (cf: http://revebebe.free.fr/histoires/rvb161/reve16165.html ).

    Religion: « Une religion est un système solidaire de croyances et de pratiques relatives à des choses sacrées, c’est-à-dire séparées, interdites, croyances et pratiques qui unissent en une même communauté morale, appelée Église, tous ceux qui y adhèrent. » -Émile Durkheim, Les formes élémentaires de la vie religieuse (1912), Paris, PUF, 2003, p.65.

    « Un système de symboles, qui agit de manière à susciter chez les hommes des motivations et des dispositions puissantes, profondes et durables, en formulant des conceptions d’ordre général sur l’existence, et en donnant à ces motivations une telle apparence de réalité que ces motivations et ces dispositions semblent ne s’appuyer que sur le réel. »  -Clifford Geertz, « La religion comme système culturel » (1966), dans R. R. Bradbury et all, Essais d’anthropologie religieuse, Paris, Gallimard, 1972, p.19-66, p.23.

    "La religion, pour nous, est l'ensemble du langage, des sentiments, des comportements et des signes qui se rapportent à un être (ou à des êtres) surnaturel(s). "Surnaturel" signifie ce qui n'appartient ni aux forces naturelles ni aux instances humaines, mais ce qui transcende celles-ci. Bien sûr, les catégories de nature et transcendance, faisant partie de la tradition occidentale, portent un héritage philosophique et scientifique. Pour définir une réalité, force nous est de recourir au trésor sémantique de la civilisation qui s'est efforcée de penser la différence entre les phénomènes." (p.9-10)

    "Les religions se réclament d'une origine surnaturelle: un dieu ou des ancêtres mythiques auraient communiqué aux hommes les vérités, les lois et les pratiques fondatrices de leur religion. [...] Si la religion se concevait comme étant de fabrication humaine, elle ne pourrait pas faire prévaloir son titre à une communication avec ce qui est extra-humain." (p.11)

    "Toute religion formule des lois morales qui visent à mettre la conduite de la vie et de la société en harmonie avec les vérités qu'elle énonce. Ainsi, dans toutes les civilisations anciennes, l'éthique et le droit étaient indissolublement liés à la religion. [...] L'évolution de la culture les différencie de la religion et leur autonomie se confirme progressivement. La religion a été la matrice de l'éthique, mais, passé une certaine étape de la conscience que l'homme prend de lui-même et de la vie sociale, il se rend compte que la raison fonde l'éthique sur les exigences immanentes à l'humanité de l'homme." (p.74)
    -Antoine Vergote, Religion, foi, incroyance: étude psychologique, Bruxelles, Pierre Mardaga Éditeur, Psychologie et sciences humaines, 1996.

    « Le moment d’un croire n’est […] pas à l’œuvre au cœur de toute religion. Le croire marque un moment central du christianisme et marque chacun, même lorsqu’on se veut laïque ou opposé aux religions héritées. Des juifs intransigeants considèrent que le judaïsme l’ignore, ne connaissant que la Loi (les six cent treize commandements, autre chose donc que le seul Décalogue selon la relève qu’en opère le christianisme), la Loi comme marque de transcendance, qu’il n’y a ni a comprendre, ni à s’approprier (cela conduirait à trop rapprocher Dieu de l’homme, ou l’humain du divin), mais à appliquer, sans plus […] dans certaines formes du polythéisme gréco-romain, il y a à accomplir tel rite, en tel lieu, pour éviter la peste ou une autre catastrophe, et cela hors adhésion croyante à quoi que ce soit. » (p.12)

    « On repérera [dans le religieux diffus, non-institutionnel, contemporain] les traits d’une matrice de type gnostique : la matière, le corps, le monde extérieur sont vus et éprouvés comme lieu d’exil (un exil de l’âme) ou au moins comme n’étant pas le lieu de son identité profonde et authentique. Il y a à retrouver son lieu, où son identité peut se nouer et se déployer ; à accéder à un niveau d’harmonie. Au total, un « salut » par la « connaissance » (gnosis), via approfondissement, travail sur soi, initiation, cheminement. Où rien n’est à « croire », en extériorité, mais où tout est à retrouver, par intériorisation. » (p.27)

    « Religion –une opération de symbolisation et une visée d’absolu, avouées ou non. […] Un geste ou un désir lié à ce qui dépasse le savoir et les décisions du sujet se tapit au cœur de toute vie humaine effective, socialement et historiquement donnée. » (p.87 et 90)
    -Pierre Gisel, Qu’est-ce qu’une religion ?, Paris, Librairie philosophique J. Vrin, 2007, 128 pages.

    "S’il est une vérité que l’histoire a mise hors de doute, c’est que la religion embrasse une portion de plus en plus petite de la vie sociale. A l’origine, elle s’étend à tout; tout ce qui est social est religieux. Puis, peu à peu, les fonctions politiques, économiques, scientifiques s’affranchissent de la fonction religieuse, se constituent à part et prennent un caractère temporel de plus en plus accusé. Dieu [...] abandonne le monde aux hommes et à leurs disputes [...] L’individu se sent donc, il est réellement moins agi; il devient davantage une source d’activité spontanée [...] Cette régression n’a pas commencé à tel ou tel moment de l’histoire : mais on peut en suivre les phases depuis les origines de l’évolution sociale." -Émile Durkheim, De la division du travail social, p. 143-144.

    "L’ancienne constitution religieuse traversait tous les aspects de la vie de manière immédiate, et elle maintenait la société dans une structure de traditions solides (qu’on ne pouvait changer que lentement et difficilement). La détermination de base, religieuse, du code social, était immédiatement présente en toutes choses (à la différence de la « religion » d’aujourd’hui). Il s’agissait d’une forme diffuse de totalité sociale, qui reposait plutôt comme une buée sur la conscience sociale. Tout devait avoir un fondement immédiatement religieux." -Robert Kurz, "La fin de la politique", Article publié en 1994 dans le numéro 14 de la revue Krisis.

    "Les religions ne transigent point, à l’inverse des intérêts : elles préfèrent la mort héroïque. (De tous temps les guerres de religion ont été de beaucoup les plus violentes. » -Denis de Rougemont, L’amour et l’Occident, Livre V « Le Mythe dans la Littérature », Plon, Bibliothèque 10/18, 1972 (1939 pour la première édition), 445 pages, p.286.

    Révolution: « La révolution étant, par définition, le processus de la décomposition des formes institutionnalisées de la vie sociale, elle ne peut s’établir en tant que façon permanente de vivre, et, bien qu’il soit vrai qu’au cours de ce processus les groupes actifs acquièrent un fort sentiment d’identification collective, il est également vrai que ce ne sont que des périodes brèves d’euphorie, inévitablement suivies par des déceptions amères lors du rétablissement des institutions ; la révolution conçue comme une découverte d’esprits affamés d’un lieu durable d’identification psychologique ne fut et ne sera jamais qu’une chimère d’adolescents. » -Leszek Kolakowski, Le Village introuvable, Éditions complexe, 1986, p.10.

    "La première phase d'une révolution est la séparation, c'est-à-dire un processus aboutissant à la position de deux groupes de forces dont chacun est caractérisée par la nécessité dans laquelle il se trouve d'exclure l'autre. La seconde phase est l'expulsion violente du groupe qui possédait le pouvoir par le groupe révolutionnaire." -Georges Bataille, "La valeur d'usage de D.A.F de Sade", in Œuvres complètes, tome II, Gallimard, NRF, 1970, 461 pages, p.66.

    We will define a revolution either as widespread collective violence targeted at changing the political system, or as immediate and substantial constitutional reform implemented to prevent it.” -Helge Berger & Mark Spoerer, Economic Crises and the European Revolutions of 1848, The Journal of Economic History, Vol. 61, No. 2 (Jun., 2001), pp. 293-326, p.296.

    "Seuls ceux qui voient la révolution comme un bien pur, mythique, un absolu de revanche, la transfiguration de tous leurs maux et le sommeil de leurs scrupules, sont rejetés par l'échec dans un désespoir qui mène à tous les reniements. Ceux-là, découragés par Thermidor, acclament Bonaparte couronné ou rejettent l'héritage de 89 et, dans les deux cas, enterrent la liberté. Mais ceux pour qui la révolution n'est qu'un moyen savent qu'elle n'est pas ce bien pur qui ne peut être ni trahi ni jugé. Elle peut être trahie, et il faut le savoir, car elle tient aux hommes par ce qu'ils ont de plus grand et de plus bas. Elle peut être jugée, car elle n'est pas la valeur la plus haute et si elle en vient à humilier ce qui dans l'homme est au-dessus d'elle, elle doit être condamnée dans le temps où elle humilie." -Albert Camus, préface au Moscou sous Lénine d'Alfred Rosmer, 1953.

    "Les gens ne se rebellent pas nécessairement quand la situation est la plus difficile et que chaque parcelle de leur énergie est consacrée à maintenir leur famille en vie. Il y a tout autant de chance pour que leur mécontentement explose plus tard, alors que les conditions matérielles s'améliorent et que les inquiétudes immédiates ont diminué, mais qu'un ancien régime borné et discrédité persiste dans son attitude insolente et autocratique. En d'autres termes la corrélation entre détresse économique et explosion politique n'est pas directe. Les prévisions politiques doivent intégrer aussi bien les principes de la psychologie sociale et de la nature humaine la plus élémentaire que les graphiques et les statistiques des analystes économiques." -Norman Davies, Histoire de la Pologne, Fayard, 1986 (1984 pour l'édition britannique), 542 pages, p.478-479.


    Dernière édition par Johnathan R. Razorback le Sam 23 Sep - 16:11, édité 36 fois


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    « La racine de toute doctrine erronée se trouve dans une erreur philosophique. [...] Le rôle des penseurs vrais, mais aussi une tâche de tout homme libre, est de comprendre les possibles conséquences de chaque principe ou idée, de chaque décision avant qu'elle se change en action, afin d'exclure aussi bien ses conséquences nuisibles que la possibilité de tromperie. » -Jacob Sher, Avertissement contre le socialisme, Introduction à « Tableaux de l'avenir social-démocrate » d'Eugen Richter, avril 1998.

    "Il y a, de nos jours, beaucoup de gens qui s'accommodent très aisément de cette espèce de compromis entre le despotisme administratif et la souveraineté du peuple, et qui pensent avoir assez garanti la liberté des individus, quand c'est au pouvoir national qu'ils la livrent. Cela ne me suffit point." -Alexis de Tocqueville, De la Démocratie en Amérique, vol II, Quatrième Partie : Chapitre VI, 1840.

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    Re: De la Philosophie & des définitions conceptuelles

    Message par Johnathan R. Razorback le Jeu 14 Jan - 21:38

    Science: "Toute science procède en se détachant des données immédiates, pour construire des objets abstraits dont elle exprime les relations en formules rigoureuses, mais qui du même coup perdent la saveur unique de l'immédiat. En ethnologie comme en histoire deux attitudes à la fois s'opposent et se complètent: d'une part la restitution du singulier, du vécu, d'autre part l'aspiration à la loi, à l'universel." -Nathan Wachtel, La vision des vaincus. Les Indiens du Pérou devant la Conquête espagnole (1530-1570), Gallimard, coll. folio histoire, 1971, 395 pages, p.24.

    Sensation: "Faculté apte à recevoir les formes sensibles sans la matière, de même que la cire reçoit l'empreinte déterminée de l'anneau sans le fer ni l'or." -Aristote, De Anima, II, 12.

    Sexualité(s) (sadisme, masochisme, etc.): "Sans du tout avoir été punie, sans du tout avoir envie de l’être, sans même savoir ce que cela pourrait être, vraiment, dans le cadre de cette relation qui occupe désormais mon esprit et même ma vie, puisqu’il ne se passe pas une seule heure sans que j’y pense, je pense avoir compris le sens de ce curieux acte qui semble ponctuer la vie de toutes les personnes qui vivent une relation D/s.

    Et le sens en est simple, très simple même, le soumis a besoin de se sentir au centre des préoccupations de son Maître, cela devient même viscéral car sinon, il se sent seul, seul avec lui-même, seul avec ses préoccupations, seul avec ses pensées, seul avec sa raison de vivre, la relation.

    Car si la présence du Maître s’estompe, même un peu, à quoi peut bien se raccrocher celui ou celle qui vit dans un no man’s land dont seul le Maître a les clés, s’il ne vient pas lui même dans ce land vide qu’il est censé emplir de sa présence unique ? A rien. Absolument rien. Il me semble donc que si la punition est autant désirée par les soumis, car cela semble manifestement le cas, c’est, je crois, essentiellement pour cette raison, s’assurer de l’attention du Maître
    ." -tijao, De la punition, 29 août 2014.

    "Le SM représente une menace à l'ordre établi [c'est] pourquoi il est durement sanctionné et persécuté. Les rôles SM ne sont liés ni au genre, ni à l'orientation sexuelle, à la race ou à la classe."

    "Un fouet est un bon moyen de capter l'attention d'une femme."

    "La volonté de plaire est à l'origine du plaisir d'une bottom."

    "Les top se battent pour mériter le don de soumission des bottom." -Pat Califia, Sexe et utopie, La Musardine, coll. L'attrape-corps, (cf: https://books.google.fr/books?id=vhJ0N3LmbqAC&pg=PT10&lpg=PT10&dq=ce+que+j'aime+dans+le+sm+c'est+perdre+le+contr%C3%B4le&source=bl&ots=0FkjT14zm4&sig=AQ9G33QfT9u1hB2srg-ZYIIzDzI&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwjKgenzk4_MAhVF0hoKHVVLDmkQ6AEIHDAA#v=onepage&q=ce%20que%20j'aime%20dans%20le%20sm%20c'est%20perdre%20le%20contr%C3%B4le&f=false ).

    "Ce que j’aime dans le SM, c’est le fait de perdre le contrôle, de laisser totalement tomber... Ce moment où on ne réfléchit pas, où on est aux ordres de quelqu’un... c’était vraiment libérateur." -Daphné, L'Obs, Vie de baise, 16/05/2015 (cf: http://rue89.nouvelobs.com/2015/05/16/daphne-22-ans-tout-monde-veut-sexe-sauf-259157 ).

    "Elle qui toute sa vie avait menée une vie programmée, rangée, où chaque acte était soigneusement analysé et pesé, se retrouvait désormais à prendre plaisir de ne pas savoir ce qu’elle ferait dans l’heure suivante ! Pire, le fait de ne pas être maîtresse de ses actes lui procurait une jouissance cérébrale qu’elle n’aurait jamais crue possible." -Isabelle Lorédan, L’éducation d’une soumise, isaloredan.wordpress.com, 8 décembre 2005.

    "Je me sentais, comme soulagée, à présent j’étais comme n’importe quel objet de la pièce, je lui appartenais, elle pouvait m’aimer, comme me casser, me garder ou me rejeter." -Longue Déchéance Psychologique (cf: http://www.bdsmcircle.net/storiesguest/longuedecheancepsychologique.htm ).

    "Une sécurisation sociale relativement faible, la froideur affective des parents ou de leurs substituts, souvent réalisée dans leur absence réelle ou ressentie, l’imposition rigide et excessive de règles comportementales, rendent plus difficile la résistance aux ambitions de domination des autres, donc favorisent leur soumission et la tendance à des comportements masochistes. L’expérience de proches dominateurs à l’égard de l’individu lui-même accentuent évidemment cette tendance. Remarquons ici qu’un cadre d’éducation trop strict structure une personnalité rigide, encline à ne pouvoir se mouvoir qu’à l’intérieur de règles très délimitantes, ce qui favorise plus l’imagination que la réalisation. D’où la propension masochiste à imposer des contrats à suivre scrupuleusement par leurs partenaires sexuels afin de pouvoir concrétiser l’univers sexuel imaginaire que l’individu a élaboré."
    -Jean-Pierre Vandeuren, Spinoza, sadisme et masochisme (5/8 ), vivrespinoza.wordpress.com, 10 juillet 2017.

    Séduction: "Séduction : volonté d’attirer à soi pour faire corps, mais pour cela, ce que l’on veut séduire doit être conduit à l’écart de son milieu d’origine. Unir (à soi) et séparer (du reste). Ce double mouvement est celui de la métaphysique, mais aussi celui de la séduction. La méta­physique, selon Nietzsche, est séduction : elle nous trompe, nous persuade avec ses mensonges, nous convertit parfois même sans qu’on le sache."

    "La séduction est un problème complexe, profond. La relation Apollon-Dionysos est une relation de séduc­tion parce qu’elle est changeante, toute entière artiste, parce qu’elle est à la fois lutte et alliance, amour et haine, union et séparation, mais aussi parce qu’à travers la tragédie qu’elle produit, elle séduit : elle fait aimer la vie même dans ce qu’elle a de plus douloureux. La séduction active de la métaphysique-amie (par opposition à la séduction réactive de la métaphysique-ennemie) est cependant elle aussi contagieuse. Il semble que du point de vue de la séduc­tion, les deux types de métaphysiques ne soient pas très différents. Au con­traire, c’est la séduction qui les différencie. En effet, la séduction active com­prend en elle-même la séduction comme tension productrice de force qui jaillit vers le dehors. Sa relation interne se dépense en relation externe. De plus, elle ne nie pas mais affirme la vie, les apparences, l’art, la séduction.

    Le double mouvement de la métaphysique réactive était celui-ci : d’abord elle voulait fixer, créer l’identité, l’unité, la substance. Ensuite, involontairement et comme conséquence, elle séparait le monde en deux, le corps en deux. Le mouvement double de la séduction active est quant à lui l’inverse : d’abord il produit la différenciation, la modification, le changement, c’est-à-dire le multiple et le devenir. Ensuite, volontairement, il organise en une unité à l’intérieur de laquelle le mouvement continue, les tensions se font, éclatent, recommencent autrement
    ."

    "Le séducteur dans la Bible est Satan, notamment dans l’Apocalypse de Jean que Zarathoustra parodie dans le chapitre « Les sept sceaux (ou : Le chant du Oui et de l’Amen). »."

    "Zarathoustra, en séducteur, quitte. Il se sépare de ceux qu’il a séduit afin qu’ils se retrouvent eux-mêmes. La séduction réactive sépare le corps des individus en un corps et un esprit (ou âme), le corps amputé est à son tour séparé en bons et mauvais instincts (surtout en mauvais) : l’individu est morcelé. La séduction active, à l’inverse, permet à l’individu de renouer avec lui-même, de se réunir, de se réorganiser. Le séducteur actif doit quitter pour produire la contagion saine, active : c’est en étant quitté que le séduit peut à son tour devenir séducteur. Et séducteur, il doit l’être d’abord auprès de lui-même, c’est-à-dire qu’il doit briser la séparation qui le rongeait. Le sous-titre d’Ecce Homo est « Comment on devient ce que l’on est ». C’est ce que la séduction active produit comme effet. Dans ces paroles de Zarathoustra, nous avons retrouvé la notion de tromperie propre à toute métaphysique, à tout art. Mais justement, Zarathoustra l’énonce, il ne cache pas la tromperie, et s’il ne fait que la suggérer, c’est afin que ses auditeurs la trouvent par eux-mêmes. Enfin : aimer ses ennemis et haïr ses amis est le fonctionnement essentiel de la séduction – le séducteur aime la lutte, et conçoit l’amour comme lutte. Le mouvement de la séduction est toujours double : attirer et repousser, unir et séparer. C’est une union des contraires qui est un lien de tension.

    Dionysos, enfin, est le dieu de la séduction
    ."

    "Les effets de la séduction active sont clairement énoncés : élever les humains, les rendre plus proches des dieux. C’est-à-dire les transformer eux-mêmes en séducteurs, les rendre « plus beaux », mais aussi « plus profonds », ce qui signifie plus proches d’eux-mêmes. Mais pourquoi ne seraient-ils pas proches d’eux-mêmes ? Parce que la séduction réactive de la métaphysique-ennemie les a éloignés d’eux. Toute la philosophie nietzschéenne est une philosophie dionysiaque, une philosophie de la séduction. Au passage, notons que le tentateur est un autre nom de Satan dans le Nouveau Testament, livre dans lequel la tentation est le Mal (absolu)."

    "La métaphysique-ennemie est une séduction qui s’ignore, ou pire, qui se nie elle-même. Son mouvement est double : elle crée l’identité, elle fixe les choses dans des « substances », dans « l’Être », « Dieu ». Elle est volonté d’unifier le monde, mais de ce fait, elle sépare le monde en deux, elle fragmente l’individu, le séparant de lui-même. En voulant unifier, elle émiette tout ce qu’elle touche. En voulant grandir, elle rabaisse. Elle se fragmente elle-même en niant la séduction qui la compose, qui plus encore la fonde. Le mouvement de la métaphysique-amie est lui aussi double, mais inversé : il est mouvement de séparation, de modification, de différenciation, d’opposition, de contradiction, mais de ce fait mouvement d’union, d’organisation."
    -Antoine Mérieau, « NIETZSCHE : LA MÉTAPHYSIQUE DE LA SÉDUCTION », Philosophique [En ligne], 16 | 2013, mis en ligne le 13 juin 2016, consulté le 28 novembre 2016. URL : http://philosophique.revues.org/839 .

    "La séduction n'est pas que ruse démoniaque pour ensorceler autrui. Il existe et existera toujours, bien sûr, le séducteur diabolique ou, pour utiliser un mot contemporain, le pervers, qui accapare toute la jouissance, qui fait d'autrui son objet et, finalement, sa proie. A côté de cette forme de séducteur diabolique, il y a ceux et celles qui utilisent les jeux de séduction dans l'existence quotidienne pour ritualiser la rencontre et pour enchanter la vie." -Clermont Gauthier & Denis Jeffrey, Enseigner et séduire, Les Presses de l'Université de Laval, 1999, p.51.

    "Dans la séduction je maîtrise mon monde, c’est moi qui crée les liens et qui détermine leur degré et profondeur." -isabelle183, La fille aux cheveux noirs.

    Socialisme: « Le socialisme combat pour la disparition du salariat. » -Gabriel Deville, Aperçu sur le socialisme scientifique, 1883.

    "Le socialisme, c’est la suppression du parasitisme social, c’est la fin de l’exploitation de l’homme par l’homme, c’est la propriété sociale des moyens de production." -Gabriel Péri, Non, le nazisme, ce n’est pas le socialisme !, avril 1941.

    "La marque indélébile du socialisme n’est en effet rien d’autre que le projet de collectivisation toujours plus poussée de la vie courante sous le règne d’un État tutélaire intrusif, associé à un anti-individualisme forcené." -Alain Laurent, L’individualisme récupéré par la gauche intellectuelle anti-libérale, Contrepoints, 11 février 2012.

    Société: "La société n'est pas un artifice, un fait scientifique, une combinaison de la mécanique; la société est un phénomène providentiel et indestructible; les hommes, comme tous les animaux de mœurs douces, sont en société par nature. L'état de nature est déjà l'état de société; il est donc absurde, quand il n'est pas infâme, de vouloir constituer, par un contrat, ce qui est constitué de soi et à titre fatal." -Anselme Bellegarrigue, Manifeste de l’Anarchie, L'anarchie, Journal de l'Ordre, n°1, Avril 1850.

    Société civile: « Gramsci développe une utile distinction analytique entre société civile et société politique : la première consiste en associations volontaires (ou du moins rationnelles et non coercitives), comme les écoles, les familles, les syndicats, la seconde en institutions étatiques (l’armée, la police, la bureaucratie centrale) dont le rôle, en politique, est la domination directe. » -Edward Saïd, L’Orientalisme. L’Orient crée par l’Occident, Paris, Seuil, 2003 (1978 pour la première édition américaine), 392 pages, p.19.

    « La société civile est la masse globale des aspirations quotidienne empirique avec ses conflits et ses luttes, le domaine des désirs et des efforts privés. Pour Hegel, les conflits de la société civile sont arbitrés de manière rationnelle, tenus en bride et dépassés dans la volonté supérieure de l’Etat, une volonté indépendante de tout intérêt particulier. Pour Marx, l’Etat, du moins sous sa forme actuelle, loin d’être un médiateur neutre, est l’instrument de certains intérêts particuliers déguisés en une illusoire volonté universelle. »  -Leszek Kolakowski, Le Village introuvable, Éditions complexe, 1986, p.25.

    Solitude: "1.État d’une personne qui est seule, qui est retirée du commerce du monde. [...]
    2.(Figuré) Sentiment d'être seul ou abandonné
    ." -Solitude, Wiktionnaire.

    "Nos camarades de combat, nos aînés sont ceux-là dont on se rit parce qu'ils n'ont pas la force et sont apparemment seuls. Mais ils ne le sont pas. La servitude seule est solitaire, même lorsqu'elle se couvre de mille bouches pour applaudir la force." -Albert Camus, préface au Moscou sous Lénine d'Alfred Rosmer, 1953.

    « La solitude morale produit les mêmes effets que la solitude terrestre ; le silence permet d'y apprécier les plus légers retentissements, et l'habitude de se réfugier en soi-même développe une sensibilité dont la délicatesse révèle les moindres nuances des affections qui nous touchent. » -Honoré de Balzac, Le lys dans la vallée , 1836.

    « La solitude ne va bien qu'au petit nombre ; la plupart des hommes sont trop engagés avec le monde, pour pouvoir s'isoler de lui, et trop mal avec eux-mêmes pour vivre en paix dans leur propre intimité. » -Alfred Auguste Pilavoine, Pensées, mélanges et poésies, 1845.

    « Comme un homme sauvé du naufrage sur un rocher je contemple de ma solitude les orages qui frémissent dans le reste du monde. Mon repos même redouble par le bruit lointain de la tempête. Depuis que les hommes ne sont plus sur mon chemin, et que je ne suis plus sur le leur, je ne les hais plus ; je les plains. » -Jacques-Henri Bernardin de Saint-Pierre, Paul et Virginie, 1788.

    Souveraineté: "La souveraineté est le droit de commander en dernier ressort dans la société, pour faire comprendre que la nature de la souveraineté consiste principalement en deux choses ; la première dans le droit de commander aux membres de la société, c’est-à-dire de diriger leurs actions avec empire ou pouvoir de contraindre ; la seconde est que ce droit doit être en dernier ressort, de telle sorte que tous les particuliers soient obligés de s’y soumettre, sans qu’aucun puisse lui résister : autrement si cette autorité n’étoit pas supérieure, elle ne pourroit pas procurer à la société l’ordre & la sûreté qui sont les fins pour lesquelles elle a été établie."

    "Les limitations du pouvoir souverain ne donnent aucune atteinte à la souveraineté ; car un prince ou un sénat à qui on a déféré la souveraineté, en peut exercer tous les actes, aussi-bien que dans une souveraineté absolue : toute la différence qui s’y trouve, c’est qu’ici le roi prononce seul en dernier ressort, suivant son propre jugement, & que dans une monarchie limitée, il y a un sénat qui conjointement avec le roi, connoît de certaines affaires, & que son consentement est une condition nécessaire sans laquelle le roi ne sauroit rien décider." -Louis de Jaucourt, "Souveraineté", in L’Encyclopédie, 1re éd, 1751 (Tome 15, p. 425-426).

    Stasis: "La guerre civile est bien la pire des guerres." -Jacques Sapir, préface à Christopher Booker & Richard North, La Grande Dissimulation, L'Artilleur, coll. "Interventions", 2016 (2003 pour la première édition anglaise), 832 pages, p.10.

    « Les luttes intestines, les affrontements fratricides et les guerres civiles sont, on le sait, les plus cruelles de toutes les guerres. » -Carl Schmitt, Terre et Mer. Un point de vue sur l’histoire mondiale, Paris, Éditions du labyrinthe, 1985 (1944 pour la première édition allemande), 121 pages, p.65.

    "Si vous cherchez à vous expliquer la guerre civile autrement que par un gouvernement qui veut venir et un gouvernement qui ne veut pas s'en aller, vous perdrez votre temps: vous ne trouverez rien.

    La raison est simple
    Un gouvernement est fondé. À l'instant même où le gouvernement est fondé il a ses créatures, et, par suite, ses partisans; et au même moment où il a ses partisans, il a aussi ses adversaires. Or, le germe de la guerre civile est fécondé par ce seul fait, car vous ne pouvez point faire que le gouvernement, investi de la toute puissance, agisse à l'égard de ses adversaires comme à l'égard de ses partisans. Vous ne pouvez point faire que les faveurs dont il dispose soient également réparties entre ses amis et ses ennemis. Vous ne pouvez point faire que ceux-là ne soient choyés, que ceux-ci ne soient persécutés. Vous ne pouvez donc point faire que, de cette inégalité, ne surgisse tôt ou tard un conflit entre le parti des privilégiés et le parti des opprimés. En d'autres termes, un gouvernement étant donné, vous ne pouvez pas éviter la faveur qui fonde le privilège, qui provoque la division, qui crée l'antagonisme, qui détermine la guerre civile.

    Donc, le gouvernement, c'est la guerre civile
    ." -Anselme Bellegarrigue, Manifeste de l’Anarchie, L'anarchie, Journal de l'Ordre, n°1, Avril 1850.

    « La stasis […] représente la prise de parti, la faction, la sédition et, disons-nous en notre langue toute romaine, la guerre civile. » (p.Cool

    « Stasis, ou la division devenue déchirure. » (p.20)

    « Stasis […] insurrection violente, bouleversement radical, meurtres en série, catastrophe politique. » (p.60)

    « L’histoire nationale […] se raconte en occultant le plus possible le fait de la stasis. » (p.61)
    -Nicole Loraux, La cité divisée. L’oubli dans la mémoire d’Athènes, Éditions Payot & Rivages, coll « Critique de la Politique », 1997, 291 pages.

    « Une raison possible du désintérêt pour la guerre civile tient dans la popularité croissante (au moins jusqu’à la fin des années 1970) du concept de révolution, qui s’est toutefois jamais coïncider avec lui. C’est Hannah Arendt, dans son essai De la révolution, qui a formulé sans réserves la thèse de l’hétérogénéité entre les deux phénomènes. » (p.11)

    « Il [est] probable que la différence entre les deux concepts soit en réalité purement nominale. » (p.12)

    « Polemos désigne en effet la guerre étrangère et, comme Platon l’écrira dans la République (470c), se réfère à ce qui est allotrion kai othneion (extérieur et étranger), tandis que pour ce qui est oikeios kai syggenes (parent et d’origine commune) le terme qui convient est stasis. » (p.14-15)
    -Giorgio Agamben, La Guerre civile. Pour une théorie politique de la stasis, Éditions Points, coll. Essais, 2015 (2015 pour la première édition italienne), 76 pages.

    "Il convient de souligner que l'une des grandes préoccupations des théoriciens politiques -de Platon et d'Aristote notamment- est de prévenir la stasis." -Pierre Carlier, Le IVe siècle grec, jusqu'à la mort d'Alexandre, Nouvelle histoire de l'Antiquité, Éditions du Seuil, tome III, coll. Points, 1995, 353 pages, p.254.

    Surplus: "A l'intérieur d'un mode de production la combinaison de la force du travail et des moyens de production permet d'obtenir une production brute dont une partie servira à reconstituer les moyens de production (amortissement du capital), à recomposer la force de travail (nourriture, logement, formation). On peut définit le surplus comme la différence entre la production qu'une société veut ou peut réaliser et la part de cette production nécessaire pour recomposer les forces productives ayant permis cette production.
    Le surplus pouvant avoir trois usages partiels:
    -accroître les moyens de production (investissement net) ;
    -améliorer la force de travail ("investissement humain" net) ;
    -réaliser des dépenses improductives (exemples: enseignement de prestige, armement, gaspillage, entretien de travailleurs improductifs) ; ces dépenses improductives ont en fait un rôle puisqu'elles permettent de reproduire les superstructures idéologiques et institutionnelles et par là même en partie les rapports sociaux.
    " -Philippe Hugon, À propos de l'ouvrage de Samir Amin, Le développement inégal, Revue Tiers Monde, Année, 1974, 58, pp. 421-434, p.424-425.

    Superstructure (et infrastructure):  "La force de travail produit le moyen de production et par ce moyen la force de travail produit des biens. L'infrastructure productive est le nécessaire relais de la production économique. [...]
    Cette infrastructure productive est à la fois synchronique et diachronique. Elle est d'une part historiquement accumulative, résultante d'un processus global, et en même temps nécessaire médiation à toute production.
    " (p.28)

    "Ce système relationnel, effet du travail, et qui va autoriser tout le travail de la distribution, qui est effet et moyen, s'objective matériellement par le travail en une infrastructure relationnelle médiatrice (comme l'infrastructure productive). C'est la matérialisation du relationnel (routes, ports, dépôts), des moyens de relations (bateaux, camions, etc.), des réseaux de signes de la relation (codes de circulation et de transmission)." (p.29)

    "Cette production idéologique est objectivée par le constitutionnel et le juridique. Cette idéologie constituée est alors la codification des droits, devoirs, sanctions. Elle est l'expression coercitive et répressive de la classe dominante.
    Cette idéologie constituée se redistribue fonctionnellement et concrètement selon un appareil institutionnel: les instances de l'Etat, l'école, la famille, etc. Cet infrastructural institutionnel est l'appareil opératoire de l'idéologique. (Mais ces institutions par elles-mêmes ne sont pas l'idéologie. Elles sont les lieux d'expression, de manipulation, de l'idéologie de la classe dominante. Mais cet institutionnel en sa fonctionnalité n'est pas idéologique. C'est l'idéologie qui utilise la médiation institutionnelle.)
    Cet infrastructural institutionnelle joue le même rôle que les deux autres infrastructures: il est médiation. Produit, il autorise la production. Ainsi l'infrastructural est à trois niveaux. Il est la triple objectivation de l'ordre du travail, de l'ordre du marché, de l'ordre institutionnel idéologique. C'est le référent non dit et non su de toute relation inter-subjective. C'est-à-dire de toute relation qui n'est plus l'expression immédiate, fonctionnelle, du travail, de l'économique, de l'institutionnel. L'inter-subjectif est le relationnel produit par ce référent en dehors des lieux d'expression du référent. Ce reférent est l'inconscient collectif.
    L'inter-subjectivité n'est possible que par ce commun référentiel des individus. La relation inter-subjective n'est qu'un effet du référent. Si les individus peuvent communiquer en dehors du travail, de l'échange économique, de la coercition institutionnelle immédiate, c'est de par la participation qu'est le référent. Mais l'immédiat recours de cette inter-subjectivité est l'infrastructure institutionnelle qui véhicule l'idéologie. Le référent est capté par l'idéologie qui exprime l'ordre de la classe dominante ; aussi l'inter-subjectivité sera comme la pratique existentielle de l'institutionnel. Celui-ci se déverse dans la pratique existentielle par les modèles, statuts, rôles sociaux. Et en tant que référentiel variable selon les dispositions concrètes des groupes, fonctions, relations, spatio-temporalités.
    L'inter-subjectivité est donc le lieu de rencontre de l'institutionnel et du sujet
    ." (p.30)
    -Michel Clouscard, L'Etre et le Code. Le procès de production d'un ensemble précapitaliste, L'Harmattan, Logiques sociales, 2003 (1973 pour sa première édition), 595 pages.

    "Chez Marx, le rapport entre la base économique et le reste de la vie sociale n'est ni mécanique, ni direct. Le propre de la conception matérialiste de l'histoire est certes d'expliquer l'édifice des institutions et des représentations à partir des facteurs économiques. Mais Marx insiste également sur l'importance des dynamiques spécifiques de la lutte des classes et il souligne l'action réciproque entre les différents éléments d'une même formation sociale. C'est en ce sens qu'Engels parlera d'autonomie relative des superstructures et dira des conditions économiques qu'elles sont déterminantes en "dernière instance" seulement." -Gérard Duménil, Michael Löwy et Emmanuel Renault, Les 100 mots du marxisme, PUF, coll "Que sais-je ?", 2009, 126 pages, p.19.

    "Des matérialistes ont poussé trop loin cette voie en présentant la superstructure comme une fonction déterministe de l’infrastructure. C’est également faux. La superstructure ne découle pas directement et univoquement de l’infrastructure. Il existe des choix sociaux et des variantes à ces superstructures, mais l’infrastructure impose des contraintes fortes qui font que les différentes variantes ont nombre de points communs entre elles." -Clément Carbonnier, « Pour une défense du matérialisme », La Vie des idées, 27 septembre 2016.

    "Il n'est pas vrai que la situation économique est la seule cause active et que tout le reste n'est qu'un effet passif. Mais il y a une action réciproque sur la base de la nécessité économique qui finit toujours par l'emporter en dernière instance. [...] Il n'y a donc pas, comme on arrive parfois à se le figurer, une action automatique de la situation économique ; les hommes font eux-mêmes leur histoire, mais dans un milieu donné qui les conditionne, sur la base de rapports réels préexistants, parmi lesquels les rapports économiques, si influencés qu'ils puissent être par les autres rapports politiques et idéologiques sont en dernière instance les rapports décisifs et forment le fil conducteur qui permet seul de la comprendre." -Friedrich Engels, Lettre à Walter Borgius, 25 janvier 1894.


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    « La racine de toute doctrine erronée se trouve dans une erreur philosophique. [...] Le rôle des penseurs vrais, mais aussi une tâche de tout homme libre, est de comprendre les possibles conséquences de chaque principe ou idée, de chaque décision avant qu'elle se change en action, afin d'exclure aussi bien ses conséquences nuisibles que la possibilité de tromperie. » -Jacob Sher, Avertissement contre le socialisme, Introduction à « Tableaux de l'avenir social-démocrate » d'Eugen Richter, avril 1998.

    "Il y a, de nos jours, beaucoup de gens qui s'accommodent très aisément de cette espèce de compromis entre le despotisme administratif et la souveraineté du peuple, et qui pensent avoir assez garanti la liberté des individus, quand c'est au pouvoir national qu'ils la livrent. Cela ne me suffit point." -Alexis de Tocqueville, De la Démocratie en Amérique, vol II, Quatrième Partie : Chapitre VI, 1840.

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    Re: De la Philosophie & des définitions conceptuelles

    Message par Johnathan R. Razorback le Dim 24 Jan - 19:35

    Technique: « L'inventeur de l'arc n'avait aucune idée de la pesanteur, ni de la trajectoire. Cela conduit à juger que la technique, quoique réglée sur l'expérience, et fidèlement transmise de maître en apprenti, n'a pas conduit toute seule à la science. » -Alain, Propos du 28 février 1931.

    « Plus le niveau de la technique est élevé, plus les avantages que peuvent apporter des progrès nouveaux diminuent par rapport aux inconvénients. » -Simone Weil, Oppression et Liberté, 1955.

    "Dans le processus d'évolution technique d'une société, l'invention n'est pas la condition décisive: est décisive la nécessité de disposer des matières et des forces physiques capables de mettre l'invention en œuvre massivement." -Matthieu Auzanneau, Or Noir. La grande histoire du pétrole, Éditions La Découverte/Poche, 2016, 881 pages, p.54.

    Théorie: "du G[rec] [...], proprement: vision d'un spectacle, vue intellectuelle, spéculation), D. Theorie ; E. Theory ; I. Teoria.
    Construction spéculative de l'esprit, rattachant des conséquences à des principes:
    1. Par opposition à la pratique, dans l'ordre des faits: ce qui est dans l'objet d'une connaissance désintéressée, indépendante de ses applications. [...]
    2. Par opposition à la pratique, dans l'ordre normatif: ce qui constituerait le droit pur ou le bien idéal, distincts des obligations communément reconnues. [...]
    3. Par opposition à la connaissance vulgaire: ce qui est objet d'une conception méthodique, systématiquement organisée, et dépendant par suite, dans sa forme, de certaines décisions ou conventions scientifiques qui n'appartiennent pas au sens commun. [...]
    4. Par opposition à la connaissance certaine: construction hypothétique, opinion d'un savant ou d'un philosophe sur une question controversée: "la théorie cartésienne de l'erreur".
    5. Par opposition au détail de la science: large synthèse se proposant d'expliquer un grand nombre de faits, et admise, à titre d'hypothèse vraisemblable, par la plupart des savants d'une époque [...]
    Remarque:
    Ce mot, dans l'une ou l'autre de ses acceptions, est très fréquemment employé dans un sens péjoratif. On qualifie de "théorie" soit une vue de l'esprit artificiellement simplifiée, qui représente les faits d'une manière trop schématique pour qu'on puisse en tirer des conclusions applicables au réel ; soit une conception individuelle et hasardée, due à l'imagination ou au parti pris plus qu'à la raison
    ." -André Lalande, Vocabulaire technique et critique de la philosophie, PUF, 2016 (1926 pour la première édition), 1376 pages, p.1127-1128.

    Temps: « Qu’est-ce donc que le temps ? Qui pourra le dire clairement et en peu de mots ? ». -Augustin d'Hippone, Confessions, Livre XI, chapitre XIV.

    Tragique: "I.  Adjectif
    [A] 1. Qui appartient, qui est propre à la tragédie. [...]
    2. Propre à la tragédie, à une situation conflictuelle, dramatique, douloureuse, dans laquelle une personne est prise comme dans un piège dont elle ne peut s'échapper. [...]
    2. Qui exprime la terreur, l'angoisse, une émotion violente. [...]
    II.  Subst. masc. [...]
    [A] 1. a) Le tragique. Le genre de la tragédie. [...]
    B.  Au fig. Ce qu'il y a de malheureux, de terrible dans un événement, une situation
    ." -TLFI, "Tragique".

    "Des contradictions qui ne sont jamais dépassées (c’est cela le tragique)." -Moisés De Lemos Martins, « Médias et mélancolie – le tragique, le baroque et le grotesque », Sociétés, 2011/1 (n°111), p. 17-25.

    "Le tragique est le surgissement ou plutôt l’éclatement des contradictions qui ne se surpassent pas dans l’heureuse synthèse de ceux qui se confient sereinement à la trilogie dialectique. Il admet la passivité, il ne la néglige ni ne la fait dépendante de l’activité. Le lieu du tragique est le paradoxe et non pas la dialectique. Il ouvre l’interrogation, l’incertitude et l’incomplétude sans pour autant nous jeter dans la stérilité du nihilisme. Si le tragique est preuve et épreuve comme nous venons de l’annoncer, c’est qu’il est inscrit dans la chair du corps, du monde et de l’histoire qui sont faits de la même étoffe. Il est l’indice d’une texture où s’entrelacent les rencontres et les métamorphoses et où gesticule la douleur comme lieu d’individuation des êtres humains qui se revendiquent comme singuliers dans leur être et dans leur appartenance générique." -Abdelaziz Ayadi, Notre tragique, Dogma, novembre 2011.

    « La volonté tragique est volonté du meilleur, c’est-à-dire de donner le plus de valeur, de qualité possible, aux instants, aux actes, aux œuvres, quoi qu’il en soit de la durée qui ne nous appartient pas, dont il n’y a pas à s’occuper. Faire toujours de son mieux sans se soucier de ce que cela devient » -Marcel Conche, Le fondement de la morale, Paris, éd. Mégare, 1982, p.105.

    "Quand il n'y a pas d'enjeux, il n'y a pas de tragique." -Pierre-Yves Rougeyron, Grand Entretien de février 2017.

    « Vous rêvez d’une société dont les actionnaires ne prêtent pas attention aux cours de Bourse ou dont les salariés proposent d’eux-mêmes des réductions de salaires ? Vous rêvez d’une entreprise sans tragique, or le tragique fait parti de la condition humaine. » -André Comte-Sponville.

    « Ils ont oublié que l'Histoire est tragique. » -Raymond Aron, à propos de Valéry Giscard d’Estaing, 26 juin 1979.

    « Il n’y a pas d’expérience amoureuse sans confrontation au tragique. » -Clotilde Leguil, France inter, Permis de Penser, « Permis d’aimer », 2 janvier 2016.

    « Le caractère ostentatoire du tragique. » -Paul Mathias, Des libertés numériques. Notre liberté est-elle menacée par l’Internet ?, PUF, coll. Intervention philosophique, 2008, 185 pages, p.44.

    "Le tragique est un genre en décadence. Ce n'est pas moi qui le dit, mais George Steiner, qui dans un essai célèbre - et toujours d'actualité - intitulé "la mort de la tragédie" avait signé le certificat de décès du tragique en littérature. Quarante ans plus tard, nous ne pouvons que constater que la même chose est en train d'arriver en politique.

    Il n'est pas inutile ici de rappeler ce qu'est exactement la tragédie, mot que l'on connait surtout par son utilisation constante - et abusive - par les journaux télévisés. Une tragédie n'est pas seulement un évènement avec beaucoup de morts. La tragédie est un genre théâtral apparu dans la Grèce antique. Peu pratiqué pendant le moyen-âge, il est redécouvert à la Renaissance et devient le genre "noble" par excellence - avec des changements stylistiques importants - jusqu'au XVIII siècle, pour tomber ensuite en désuétude - même si quelques rares auteurs s'y essayent par la suite. C'est un genre qui se caractérise par plusieurs éléments: le récit tragique concerne toujours des personnages exceptionnels (princes, rois, dieux, magiciens), prisonniers d'un destin qu'ils sont impuissants à contrôler et qui les entraîne généralement vers la mort. La quintessence du récit tragique est celui d'Œdipe, roi de Thèbes. Lors de sa naissance, l'oracle prédit à son père, Laïos, que son fils le tuera et épousera sa propre mère. Horrifié, Laïos ordonne à un serviteur d'abandonner l'enfant dans la forêt, mais Œdipe survit et par une ruse du destin retrouve par hasard son père et sans le reconnaître, le tue. Puis, se rendant dans sa ville natale sans le savoir, il tombe amoureux de sa mère et l'épouse. La vérité lui ayant été révélée par l'oracle, il se crève les yeux. On voit pourquoi ce récit est "tragique": Laïos crée les conditions de sa chute en essayant de s'y soustraire - s'il avait gardé son fils auprès de lui, tout ça ne serait pas arrivé. Quant à Œdipe, il n'a commis aucune faute et pourtant il est puni.

    A la lecture de cette description, on comprend pourquoi la politique a par essence une dimension tragique. La politique, pour reprendre la formule de Bismarck, c'est l'art du possible. Le politique se trouve en permanence confronté à des situations sur lesquelles il n'a souvent qu'un contrôle - et une compréhension - limitées, tout en étant soumis à une injonction pressante de "faire quelque chose". Bien entendu, personne ne croit plus au "destin" aux "dieux". Mais faire de la politique, c'est être le jouet de forces puissantes qu'on ne comprends pas toujours et qu'on ne contrôle pas d'avantage. Un hasard, une coïncidence, une intervention extérieure peut faire ou défaire une carrière, fabriquer la réussite ou l'échec d'une politique. En politique, ce ne sont pas les meilleurs qui gagnent, mais les plus forts et les plus chanceux, ceux qui savent conquérir - et acheter - les partisans et les adversaires. Le destin d'un Mendès-France compétent, honnête, moral et  mais qui n'aura gouverné en tout et pour tout que 8 mois (juin 1954-février 1955) alors que Mitterrand - qui était tout le contraire - a gouverné lui 14 longues années est l'expression de cette tragédie.

    Il y a aussi tragédie en politique parce que, que ce soit en monarchie où en démocratie, le peuple a longtemps voulu croire qu'il était gouverné par des hommes exceptionnels, qui étaient au delà du vulgaire, qui ne sont pas comme nous. Et que cédant à cette demande, les hommes politiques se sont longtemps pliés à ce désir, qu'ils fussent vraiment exceptionnels - comme De Gaulle - ou qu'ils fissent semblant - comme Mitterrand.  

    Mais ce qui sans aucun doute est un élément fondamental dans la perception tragique de la politique est la guerre. Il ne faut pas d'ailleurs oublier que pendant très longtemps la guerre - et non pas la guerre lointaine, mais la guerre proche, celle qui crée des alternatives de vie ou de mort de la Nation elle même - a été l'horizon indépassable de la politique. Des guerres choisies quelquefois, des guerres subies le plus souvent. C'est la disparition progressive des générations qui en France ont connu la guerre qui a permis la disparition de la tragédie comme figure politique chez nous, contrairement à ce qui se passe dans un pays comme les Etats-Unis, ou le tragique reste symboliquement très présent.

    La politique - au sens noble du terme - a donc une dimension tragique qui lui est inhérente. [...]

    Le fait de grandir nos dirigeants nous grandit nous mêmes. Nos dirigeants sont en fait les dépositaires de nos propres ambitions. Nous les demandons "exceptionnels" lorsque nous avons l'ambition d'être un pays exceptionnel. Ils deviennent "normaux" lorsque nous limitons nos ambitions au pain quotidien. Avec le sens du tragique disparaît aussi le sens de la "grandeur". Le tragique fait partie d'un système symbolique qui nous permet de sortir de nos petits intérêts quotidiens et penser dans la sphère de l'exceptionnel. La mort du tragique, c'est le repli frileux dans le "ça m'suffit".
    " -Le blogueur "Descartes", Le discours de la méthode (XI): du tragique en politique, 22 Octobre 2011 (cf: http://descartes.over-blog.fr/article-le-discours-de-la-methode-xi-du-tragique-87022193.html ).

    "Le tragique originel consiste en ceci que (...) les deux côtés de l'opposition, chacun pris pour soi, ont une justification tandis que par ailleurs ils ne sont en mesure de faire valoir la vraie teneur positive de leur fin et de leur caractère que comme négation et lésion de l'autre puissance, laquelle est tout aussi justifiée de son côté." -Hegel, Esthétique, Aubier, t.III, p.493.

    « Les forces qui s’affrontent dans la tragédie sont également légitimes et également armées en raison. Dans le mélodrame ou le drame, l’une est seulement légitime. Autrement dit, la tragédie est ambiguë, le drame simpliste. » -Albert Camus, en 1955, lors d’une conférence.

    "Le conflit d’Antigone et de Créon assure deux choix politiques, également légitimes, que nous pouvons comprendre (cœur et esprit à la fois). Qui n’a pas choisi à un moment ou un autre, un de ces deux camps ? Raison d’État ou fidélité à soi (aux siens). Quel que soit le camp choisi, il est tragique, car il entraîne une catastrophe…" -Barbara Michel, « La tragédie et l’action politique », La Réserve [En ligne], La Réserve, Archives Barbara Michel (I), mis à jour le : 23/11/2015, URL : http://ouvroir-litt-arts.u-grenoble3.fr:8080/revues/reserve//revues/reserve/202-la-tragedie-et-l-action-politique.

    « Le vrai tragique de notre époque est diffus dans la médiocrité. » -Denis de Rougemont, L’amour et l’Occident, Livre IV « Le Mythe dans la Littérature », Plon, Bibliothèque 10/18, 1972 (1939 pour la première édition), 445 pages, p.254.

    "Dans l'Iliade, Achille est libre de ne pas tuer Hector dont la mort entraînera la sienne, mais il doit se condamner lui-même, car s'il ne vengeait pas Patrocle, il ne serait plus Achille. Telle est la liberté tragique, liberté ironique qui laisse au héros le choix entre deux façons de se perdre... Mais liberté grandiose qui lui permet d'affirmer ce qu'il est.
    Un être exemplaire acculé par le destin à un comble de malheur auquel il ne peut échapper qu'en cessant d'être lui-même, voilà la situation-type du tragique. C'est celle d'Oreste dans les Choéphores, Orestre le Justicier, guidé non par un sentiment de haine ou de vengeance personnelle (comme l'Électre de Sophocle), mais par le devoir de venger Agamemnon et de libérer Argos de l'usurpateur, devoir qui n'appartient à nul autre qu'au fils du roi assassiné. Or il ne peut remplir sa mission qu'en devenant parricide: libre de frapper ou non Clytemnestre, Oreste est forcé d'être coupable, envers sa mère s'il frappe, envers son père s'il ne frappe pas. Conscient de l'horreur de sa situation (son hésitation au moment suprême le prouve), Oreste accepte sciemment la souillure du parricide pour répondre à sa vocation de fils d'Agamemnon, et les Erinnyes qui l'assaillent, visibles pour lui seul, sont le symbole même de la conscience tragique
    ."

    "Corneille sentait parfaitement l'esprit du tragique quand, aux passions désignées par Aristote, il proposait de joindre l'admiration."

    "Prométhée et Antigone n'ont d'autre tort que de s'opposer à un pouvoir tyrannique ; quand à Œdipe, non seulement il a fait tout ce qui était humainement possible pour éviter le crime qui lui était prédit, mais c'est justement en voulant le fuir qu'il l'a commis sans le savoir, victime de la "machine infernale" (selon le mot de Cocteau) montée par Apollon. Tous sont donc moralement innocents. S'il y a faute, elle remonte à leurs ancêtres, c'est la faute d'Altrée ou de Laïos qu'expient leurs descendants ; leur seul tort, c'est d'être ce qu'ils sont, c'est d'exister: Œdipe est celui qui ne devait pas naître."

    "La mort de Socrate s'oppose à la mort d'Antigone: alors que l'héroïne tragique, raillée des hommes, abandonnée des dieux, marche en pleurant vers cette mort qui l'arrache à la lumière du Soleil, le Sage, condamné comme elle injustement, se prépare dans la sérénité à ce "voyage" qui lui révélera la vraie Lumière. Dans cette perspective les maux présents sont frappés d'irréalité. Crainte, angoisse, révolte ne sont que les réactions intempestives d'une sensibilité aveugle, que la Raison doit éliminer comme indignes d'un homme. C'est pourquoi il ne peut y avoir que guerre entre la Philosophie et la Poésie tragique, car le platonisme n'est pas à proprement parler un dépassement du tragique, il en est simplement la négation." -Gilberte Ronnet, Le sentiment du tragique chez les Grecs, Revue des Études Grecques, Année 1963, Volume 76, Numéro 361, pp. 327-336.

    Voir aussi: http://www.klubprepa.fr/Site/Document/ChargementDocument.aspx?IdDocument=2145

    Transhumanisme: "Les transhumanistes, en substituant leur volonté toute-puissante à cette absence de volonté, créent une inégalité inédite (ceux qui choisiront de rester humains et de ne pas s’augmenter seront les « chimpanzés du futur », selon le cybernéticien Kevin Warwick). Surtout, ils détruisent la possibilité de former encore une espèce commune. Si chacun construit son identité et le support matériel de celle-ci selon ses propres choix, il n’y a plus de reconnaissance possible en l’autre. Fin de l’homme, fin de la société, fin de l’aventure commune." -Collectif Pièces et main d’œuvre, « Transhumanisme, du progrès de l’inhumanité », publié dans la revue Nature & Progrès, été 2015.

    Travail: "Le travail est d’abord un procès qui se passe entre l’homme et la nature, un procès dans lequel l’homme règle et contrôle son métabolisme avec la nature par la médiation de sa propre action." -Karl Marx, Le Capital, Livre 1, PUF, Paris, p.199.

    "Ce que cherchent les gens en travaillant ne se limite pas à un gain financier. Le travail représente bien plus que ça : le travail est en effet source d'identité dans notre société, mais aussi source de sociabilité, de valorisation et souvent d'épanouissement personnel et de réalisation de soi. Etre privé de travail, ce n'est pas seulement être privé de ressources financières, c'est aussi être privé de dignité et d'utilité sociale." -Camille Dorival, "Indemniser aggrave-t-il le chômage ?", Alternative économique, Hors série n° 99, 2014, pp. 48-49.

    Tyrannie et régime autoritaire: "La différence entre la tyrannie et le gouvernement autoritaire a toujours été que le tyran gouverne conformément à sa volonté et son intérêt, tandis que même le plus draconien des gouvernements autoritaires est lié par des lois. Ses actes sont contrôlés par un code dont l'auteur ne fut pas un homme, comme dans le cas de la loi de nature, des commandements de Dieu, ou des idées platoniciennes, ou du moins aucun des hommes qui sont effectivement au pouvoir. La source de l'autorité dans un gouvernement autoritaire est toujours une force extérieure et supérieure au pouvoir qui est le sien ; c'est toujours de cette source, de cette force extérieure qui transcende le domaine politique, que les autorités tirent leur "autorité", c'est-à-dire leur légitimité, et celle-ci peut borner leur pouvoir." (p.676)

    "La forme autoritaire de gouvernement avec sa structure hiérarchisée est la moins égalitaire de toutes ; elle érige l'inégalité et la différence en principes omniprésents." (p.677)

    "Toutes les théories politiques qui traitent de la tyrannie sont d'accord pour l'assimiler rigoureusement aux formes égalitaires de gouvernement ; le tyran est le dirigeant qui gouverne seul contre tous, et les "tous" qu'il oppresse sont tous égaux, c'est-à-dire également dépourvus de pouvoir. Si nous nous en tenons à l'image de la pyramide, tout se passe comme si les couches intermédiaires entre le sommet et la base étaient détruites, de telle sorte que le sommet demeure suspendu, soutenu seulement par les proverbiales baïonnettes, au-dessus d'une masse d'individus soigneusement isolés, désintégrés, et complètement égaux. La théorie politique classique excluait totalement le tyran de l'humanité, et l'appelait "un loup à figure humaine" (Platon) à cause de cette situation de un contre tous, où il s'était mis lui-même, et qui établissait une distinction tranchante entre son gouvernement, le gouvernement d'un seul, que Platon appelle encore indifféremment mon-arkhia, ou tyrannie, et les diverses formes de royauté ou basileia." (p.678)
    -Hannah Arendt, Qu'est-ce que l'autorité ?, in La Crise de la Culture. Huit exercices de pensée politique, 1961, repris dans Hannah Arendt. L'Humaine Condition, Gallimard, coll. Quarto, 2012, 1050 pages.

    "La tyrannie ouverte donne du ressort aux âmes fortes, la domination insinuante les endort, les énerve, les paralyse, et, d'un peuple libre, fait, avant qu'il s'en doute, un peuple de valets." -Jacques-Henri Serment.

    "L'existence de l'autorité absolue ne laisse ouvertes que quatre voies d'action: accepter loyalement le régime, lui résister par des moyens illégaux (l'opposition "légale" est impossible), l'amener à une certaine forme de compromis avec ses sujets, ou le fuir." -Norman Davies, Histoire de la Pologne, Fayard, 1986 (1984 pour l'édition britannique), 542 pages, p.204.

    Utopie: « Le communisme comme fin de l’histoire, c’est encore une idée non matérialiste et non dialectique. A entendre comme une idée de la raison pure marxiste. Dans la mesure où elle suppose la fin de la rareté, la disparition de l’Etat, la fin de la division du travail manuel et intellectuel, c’est évidemment ce qu’on appelle une utopie. C’est d’ailleurs pourquoi Marx l’a reprise telle quelle des utopistes et n’a jamais réfléchi dessus sérieusement. »  -Régis Debray, Entretien avec Carlos Rossi, Critique Communiste [revue théorique de la LCR], 1976.


    Dernière édition par Johnathan R. Razorback le Sam 26 Mai - 9:54, édité 50 fois


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    "Il y a, de nos jours, beaucoup de gens qui s'accommodent très aisément de cette espèce de compromis entre le despotisme administratif et la souveraineté du peuple, et qui pensent avoir assez garanti la liberté des individus, quand c'est au pouvoir national qu'ils la livrent. Cela ne me suffit point." -Alexis de Tocqueville, De la Démocratie en Amérique, vol II, Quatrième Partie : Chapitre VI, 1840.

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    Re: De la Philosophie & des définitions conceptuelles

    Message par Johnathan R. Razorback le Dim 31 Jan - 13:17

    Valeur: "Les problèmes commencent lorsqu’on cesse de faire de l’argent un média de la valeur pour faire comme s’il contenait lui-même la valeur, comme s’il l’était." (p.49)

    "Le blasé, lui, est le malade de la sécurité du revenu. Après avoir touché sa paye comme employé des suites d’opérations répétitives et standardisées, devenu consommateur, il languit dans une organisation où tout s’acquiert également par des gestes récurrents: déposer de la monnaie sur un comptoir ou signer un chèque. La façon qu’il a d’accéder aux biens l’éloigne considérablement du principe vitaliste. [...] Puisque la valeur d’une chose réside notamment dans les efforts réels qu’on doit déployer pour l’obtenir (un verre de lait n’a pas la même valeur selon qu’on l’a payé au café ou qu’on a dû trouver soi-même une vache à traire), du moment qu’on a les moyens pécuniaires d’obtenir tout objet de désir sans effort particulier (poser sur un comptoir un billet ou quelques pièces de monnaie), la chose que l’on acquiert se déprécie d’un point de vue psychique. La valeur s’apprécie en fonction de son éloignement et de ce qu’il s’agit de mettre en œuvre pour le surmonter." (p.51)
    -Alain Deneault, La médiocratie, Lux Éditeur, 2015, 218 pages.

    "Nietzsche ne s’en tient pas toutefois à un lien entre affect et histoire : il établit également un lien entre affect et « appréciation de valeur » : les affects produisent des « appréciations de valeur »; on pourrait aussi dire qu’elles produisent de l’évaluation (appréciation) si on veut insister sur le processus, ou qu’elles produisent des valeurs si on veut insister sur le résultat de ce processus. Dire que les affects orientent la façon dont nous évaluons les choses, cela signifie que les affects sont source de valorisation ou de dévalorisation."
    -Roxane Khodabandehlou, Nietzsche et la conception cartésienne du bonheur, 2014-2015, p.31-32.

    "Tant que la peinture se mesure en unités de surface ou en temps de travail, ou à la quantité et au prix des matières employées, or ou bleu d'outremer, l'artiste peintre n'est pas radicalement différent d'un peintre en bâtiment. C'est pourquoi, entre toutes les inventions qui accompagnent l'émergence du champ de production, une des plus importantes est sans doute l'élaboration d'un langage proprement artistique: d'abord, une manière de nommer le peintre, de parler de lui, de la nature et du mode de rémunération de son travail, à travers laquelle s'élabore une définition autonome de la valeur proprement artistique, irréductible, en tant que telle, à la valeur strictement économique."
    -Pierre Bourdieu, Les règles de l'art : genèse et structure du champ littéraire, Seuil, 1998 (1992 pour la première édition), 572 pages, p.476.

    « La structure du champ économique détermine tout ce qui se passe dans le champ, et en particulier la formation des prix ou des salaires. En sorte que la lutte que l’on dit politique pour modifier la structure du champ économique est partie intégrante de l’objet de la science économique. Il n’est pas jusqu’au critère de la valeur, enjeu central des conflits entre les économistes, qui ne soit un enjeu de luttes dans la réalité même du monde économique. Si bien que, en toute rigueur, la science économique se devrait d’inscrire dans la définition même de la valeur le fait que le critère de la valeur est un enjeu de lutte au lieu de prétendre trancher cette lutte par un verdict prétendument objectif et de tenter de trouver la vérité de l’échange dans une propriété substantielle des marchandises échangées. Ce n’est pas un mince paradoxe en effet que de retrouver le mode de pensée substantialiste, avec la notion de valeur-travail, chez Marx lui-même, qui dénonçait dans le fétichisme le produit par excellence de l’inclination à imputer la propriété d’être une marchandise à la chose physique et non aux relations qu’elle entretient avec la producteur et les acheteurs potentiels. »
    -Pierre Bourdieu, Homo academicus, Paris, Les Éditions de Minuit, coll. « Le sens commun »,‎ 1984, 302 pages, p. 127.

    "La valeur de chaque chose dépend et des dépenses et du temps nécessaires à sa production. [...] Proudhon l'a dit, la théorie de la valeur est pour ainsi dire la pierre angulaire du socialisme. Fichte, le premier, a esquissé la théorie de la valeur, développée ensuite par Marx. [...]
    Dans quelques cas, je l'avoue, dans certaines circonstances extraordinaires, la valeur n'est pas déterminée par la quantité de travail. Par exemple, si l'on offre de l'eau à des hommes altérés dans le désert, si l'on offre du pain à des hommes affamés dans une île, ils achèteront ce pain très rare, cette eau très rare, à un prix énorme. Mais ces hasards que quelques sots opposent orgueilleusement au socialisme, n'ont aucune signification, comme étant en dehors de toute règle et de l'ordre normal de la société. En effet, c'est le principal devoir de la société que par un commerce toujours en mouvement, les choses nécessaires à l'existence soient facilement mises à la portée de quiconque veut les acheter. Et il ne subsiste aucune règle, lorsque la vie elle-même de l'homme dépend non pas de la société mais d'un seul homme de telle sorte que celui-ci peut exiger, en échange d'une bouchée de pain, non seulement un prix exorbitant, mais encore la servitude du corps. Dans la société ordinaire, la vraie mesure de la valeur est la quantité de travail, non pas subordonnée mais conditionnée par son utilité
    ."
    -Jean Jaurès, Les origines du socialisme allemand, traduction par Adrien Veber de la thèse latine, in Revue Socialiste (de Benoît Malon), 1892.

    "Les anthropologues Theodor Bestor (2001) et Brenda Chalfin(2004) ont aussi montré que la manipulation du consommateur est, en Occident, à l’origine d’une survalorisation des marchandises exotiques : alors que celles-ci étaient autrefois d’une valeur marginale dans leur pays d’origine, elles acquièrent, en Occident, une valeur ajoutée en raison d’une amplification artificielle de leur rareté. Là encore, on ne peut comprendre la valeur depuis le procès de production des marchandises : on doit se rendre à l’évidence que c’est tout le complexe publicitaire du capitalisme qui façonne les désirs et les besoins subjectifs pour qu’il y ait valorisation de marchandises dont la valeur à la production était tout d’abord dérisoire.

    Cette perspective subjective sur la valeur est donc aujourd’hui incontournable. Mais si elle ne peut suffire à l’analyse contemporaine de la valeur, c’est que son cadre épistémologique implique trop souvent l’occultation du processus d’objectivation du travail aliéné et de l’exploitation sous-jacente
    ."
    -Renaud Picard, Problème de la valeur et critique de la consommation capitaliste : objectivation et fabrication des subjectivités dans le capitalisme, 2011.

    « Les deux particularités de la forme équivalent, examinées en dernier lieu, deviennent encore plus faciles à saisir, si nous remontons au grand penseur qui a analysé le premier la forme valeur, ainsi que tant d'autres formes, soit de la pensée, soit de la société, soit de la nature : nous avons nommé Aristote.
    D'abord Aristote exprime clairement que la forme argent de la marchandise n'est que l'aspect développé de la forme valeur simple, c'est à dire de l'expression de la valeur d'une marchandise dans une autre marchandise quelconque, car il dit :
    « 5 lits = 1 maison » [...] « ne diffère pas » de :
    « 5 lits = tant et tant d'argent » [...].
    Il voit de plus que le rapport de valeur qui confient cette expression de valeur suppose, de son côté, que la maison est déclarée égale au lit au point de vue de la qualité, et que ces objets, sensiblement différents, ne pourraient se comparer entre eux comme des grandeurs commensurables sans cette égalité d'essence. « L'échange, dit-il, ne peut avoir lieu sans l'égalité, ni l'égalité sans la commensurabilité » [...]. Mais ici il hésite et renonce à l'analyse de la forme valeur. « Il est, ajoute-t-il, impossible en vérité [...] que des choses si dissemblables soient commensurables entre elles », c'est-à-dire de qualité égale. L'affirmation de leur égalité ne peut être que contraire à la nature des choses ; « on y a seulement recours pour le besoin pratique ».
    Ainsi, Aristote nous dit lui-même où son analyse vient échouer, — contre l'insuffisance de son concept de valeur. Quel est le « je ne sais quoi » d’égal, c'est-à-dire la substance commune que représente la maison pour le lit dans l'expression de la valeur de ce dernier ? «Pareille chose, dit Aristote, ne peut en vérité exister. » Pourquoi ? La maison représente vis-à-vis du lit quelque chose d'égal, en tant qu’elle représente ce qu'il y a de réellement égal dans tous les deux. Quoi donc ? Le travail humain.
    Ce qui empêchait Aristote de lire dans la forme valeur des marchandises, que tous les travaux sont exprimés ici comme travail humain indistinct et par conséquent égaux, c'est que la société grecque reposait sur le travail des esclaves et avait pour base naturelle l'inégalité des hommes et de leurs forces de travail. Le secret de l'expression de la valeur, l'égalité et l'équivalence de tous les travaux, parce que et en tant qu'ils sont du travail humain, ne peut être déchiffré que lorsque l'idée de l'égalité humaine a déjà acquis la ténacité d'un préjugé populaire. Mais cela n'a lieu que dans une société où la forme marchandise est devenue la forme générale des produits du travail, où, par conséquent, le rapport des hommes entre eux comme producteurs et échangistes de marchandises est le rapport social dominant. Ce qui montre le génie d'Aristote c'est qu'il a découvert dans l'expression de la valeur des marchandises un rapport d'égalité. L'état particulier de la société dans laquelle il vivait l'a seul empêché de trouver quel était le contenu réel de ce rapport.
    »
    -Karl Marx, Le Capital, Livre I, 1867.

    "Ne confondez pas le mot « plusvalue » au sens comptable du terme, et le sens que lui donne la théorie marxiste. La « plusvalue » au sens marxiste est la différence entre la valeur de ce que produit un travailleur et la valeur qui lui est restituée par son patron. Je vous rappelle que la valeur d’un bien est le temps socialement nécessaire pour le produire. Or, la valeur produite par le trader est très faible, incomparablement plus faible que les 16 millions qu’il gagne dans votre exemple.

    Si le trader peut gagner autant – et faire gagner encore plus à son patron – ce n’est pas parce qu’il produit de la valeur, mais parce qu’il extrait une partie de la valeur produite ailleurs, par le travail d’autres hommes. S’il fallait le classer quelque part, le trader serait plus proche du bourgeois que du prolétaire. Seulement, contrairement au bourgeois, il ne dispose pas d’un capital matériel. Sa capacité a gagner beaucoup d’argent dépend d’un capital immatériel – ses connaissances, son « flair », ses relations – qui lui permettent de négocier avec son employeur un partage de la plusvalue que celui-ci récupère.

    Quant à l’apiculteur, oui, il empoche la totalité de la valeur que produit son travail. Il appartient donc lui aussi aux classes moyennes
    ."
    -"Descartes", 23/11/2015.

    "Il vaut d'être noté que Keynes accepte, dans la Théorie générale (1936), le concept de valeur travail: "Nos préférences vont par conséquent à la doctrine préclassique que c'est le travail qui produit toute chose... avec l'aide du travail passé incorporé dans les biens capitaux" (éd. Payot, 1969, p. 223, souligné par Keynes). C'est, stricto sensu, la théorie marxiste de la valeur travail qui identifie le capital comme du travail accumulé."
    -Bernard Marris, Le suicide du libéralisme économique, Alternatives Economiques n° 211 - février 2003.

    Vérité: "Quand on dit qu'un énoncé est vrai, cela signifie que son contenu correspond aux faits ou décrit une situation non seulement possible mais actualisée (réalisée). Un énoncé faux ne correspond pas à un fait, la situation qu'il décrit n'est pas actualisée (réalisée)."
    -Tero Tulenheimo, Logique propositionnelle.

    "Avec la vérité, en effet, toutes les données sont en accord, tandis qu'avec l'illusion, on constate bien vite leur désaccord." (p.74)
    -Aristote, Éthique à Nicomaque, Livre I, traduction Richard Bodéüs, GF Flammarion, 2004, 560 pages.

    "La vérité est une limite, une norme supérieure aux individus ; et la plupart d'entre eux nourrissent une animosité secrète contre son pouvoir."
    -André Lalande, préface au Vocabulaire technique et critique de la philosophie, PUF, 2016 (1926 pour la première édition), 1376 pages, p.XVIII.

    Vie (et Mort): "Naissance, épanouissement et mort forment le cercle d’airain où se trouve confinée toute chose humaine et qu’elle doit parcourir jusqu’au bout… La mort elle-même est  préformée dans le vivant."
    -Karl Marx, Différence de la philosophie de la nature chez Démocrite et d’Épicure, Traduction Jacques Ponnier, Ducros, Bordeaux, 1970, page 218.

    "Ce flot anti-entropique qui caractérise toute forme de vie."
    -Kim Stanley Robinson, Mars La Rouge, Paris, éditions Presses de la Cité, 1994 (1993 pour la première édition américaine), 548 pages, p.375.

    "[Diotime]: Voilà bien en quoi, chez l'être vivant mortel réside l'immortalité: dans la grossesse et dans la procréation." (p.149)
    -Platon, Le Banquet, GF Flammarion, Paris, 2016 (1998 pour la première édition), 285 pages.

    "[La vie] cette source vive se dérobe par définition à toute approche et à toute saisie, à toute pensée et à toute expression, à toute occupation et à toute préoccupation". (p.13)

    "Nous touchons une fois de plus, au caractère illogique de la vie, à son caractère incompréhensible, qui tient à sa trop grande puissance, beaucoup plus grande que celle de notre intelligence, qui n'est qu'un produit ou un fragment de cette puissance, qu'un élément ou un degré, une certaine quantité de celle-ci." (p.15-16)

    "La raison ne peut avoir accès à la vie profonde, mais en reste toujours à certaines apparences, à certaines productions ou extériorisation de cette vie." (p.17)

    "Tout ce qui est [...] est par et pour la vie." (p.18)

    "Il n'y a de réalité extérieure que du point de vue d'une réalité intérieure, d'une sensibilité, d'une affectivité." (p.20)

    "L'homme sait peu de chose, et ce peu qu'il sait, ce serait aussi bien qu'il ne le sache pas, car ce savoir l'enferme plutôt que de l'ouvrir, trace dans son cerveau comme des sillons d'habitude. [...] L'ignorance est un art plus profond que toute connaissance." (p.23)

    "L'homme ment en tentent de parler de lui-même, de la vie, ou de sa vie, il s'agit [...] d'un mensonge métaphysique, par-delà bien et mal, inscrit dans la nature ontologique des choses." (p.29)
    -Pierre Bertrand, La vie au plus près, Editions Liber, 1997, 189 pages.

    « La mort est un vide qui se creuse en pleine continuation d’être ; l’existant, rendu soudain invisible comme par l’effet d’une prodigieuse occultation, s’abîme en un clin d’œil dans la trappe du non-être. » (p.7)

    « La mort est littéralement « extra ordinem », parce qu’en effet elle est d’un tout autre ordre que les intérêts de l’empirie et les menues affaires de l’intervalle : et pourtant rien n’est davantage dans l’ordre des choses ! La mort est par excellence l’ordre extraordinaire. » (p.7)

    « Il n’est jamais arrivé qu’un « mortel » ne meure point, échappe à la loi commune, accomplisse ce miracle de vivre toujours et de ne disparaître jamais, que la longévité, passant à la limité ou allant à l’infini, devienne éternité : car l’absolu est d’un tout autre ordre que la vie. Alors pourquoi la mort de quelqu’un est-elle toujours une sorte de scandale ? Pourquoi cet événement si normal éveille-t-il chez ceux qui en sont les témoins autant de curiosité et d’horreur ? Depuis qu’il y a des hommes, et qui meurent, comment le mortel n’est-il pas encore habitué à cet événement naturel et pourtant toujours accidentel ? Pourquoi est-il étonné chaque fois qu’un vivant disparaît, étonné comme si pareil événement arrivait pour la première fois ? Et de fait, « tout le monde est le premier à mourir », comme dit Ionesco. La toujours nouvelle banalité de chaque mort n’est pas sans analogie avec la très ancienne nouveauté de l’amour, avec la très vieille jeunesse de tout amour : l’amour est toujours neuf pour ceux qui le vivent, et qui prononcent en effet les mots mille fois ressassés de l’amour comme si personne ne les avait jamais dits avant eux, comme si c’était la première fois depuis la naissance du monde qu’un homme disait la parole d’amour à une femme, comme si ce printemps était le tout premier printemps et ce matin le tout premier matin ; l’amoureux est devant cette toute neuve matinée et cette toute neuve aurore comme un être inlassable devant une chose inépuisable. Ici tout imitateur est un inventeur et un initiateur, toute recréation une création, tout recommencement un premier commencement. Depuis qu’il y a des poètes, et qui chantent, comment trouve-t-on encore quelque chose à dire sur l’amour ? Et pourtant, c’est un fait : chacun de ceux qui l’éprouvent a son témoignage inédit, son expérience sans précédent, sa contribution originale à apporter : c’est un domaine où tous le monde est compétent ! Agathon oppose à Phèdre [dans Le Banquet de Platon] que le dieu Eros est le plus jeune des dieux […] parce qu’il est toujours naissant, précise le Discours sur les passions de l’amour, on représente Eros sous les traits d’un enfant. Si paradoxal que cela puisse sembler, la mort aussi, à sa manière, est toujours jeune. » (p.Cool

    « La mort est à la fois allogène et intestine. » (p.9)

    « L’homme frappé par le malheur prend la mort au sérieux. » (p.16)

    « C’est dans l’anéantissement et l’arrachement à l’être que l’homme expérimente le plus intensément l’effectivité de la mutation. » (p.16)

    « Comme l’amoureux rafraîchit et renouvelle en la vivant lui-même la vérité si usée des thèmes éternels, ainsi l’homme en deuil, meurtri dans ses attachements, revit pour sa part la vérité inouïe et déchirante de la mort, ravive pour sa part la pathétique absurdité de la mort, éprouve douloureusement et de l’intérieur le tragique de la mort. » (p.17)

    « La fin de mon temps vital est bien pour moi la fin des temps, la tragédie métaphysique par excellence, l’inconcevable tragédie de ma nihilisation. » (p.24)
    -Vladimir Jankélévitch, La mort, Éditions Flammarion, col. Champ essais, 1977,  474 pages, p.49.

    « La médecine peut être considérée dans son ensemble comme la science des causes qui provoquent la mort de l’organisme, et des moyens de s’opposer à elle. » (p.10)

    « On se suicide moins par exemple en temps de guerre qu’en temps de paix. » (p.10)

    « L’évolution des conceptions de la mort reflète évidemment l’évolution générale de la civilisation et de la conscience humaine. » (p.11)

    « Qu’est-ce que vivre en effet ? Au minimum, pour cette unité de base qu’est la cellule, se nourrir, respirer, échanger avec le milieu extérieur, et pour finir, se reproduire. De façon plus générale, c’est être le siège d’une activité autorégulée supposant un très grand nombre de processus physico-chimiques, tous solidaires, dont l’originalité est d’être finalisée en vue de la perpétuation de la totalité organisée elle-même, et de sa reproduction. » (p.19)

    « L’inerte s’oppose au vivant de deux façons opposées : il y a, d’une part, des structures répétitives et rigides qui produisent des formes stables, non évolutives et, d’autres part, des agrégats déstructurés, juxtaposant des particules aux mouvements aléatoires qui ne sont pas intégrés dans une unité véritable. Le vivant se situe ainsi, pour reprendre l’expression d’Atlan, « entre le cristal et la fumée » : il constitue un système à la fois complexe et souple –souple parce que complexe-, capable d’échanger avec son milieu et d’évoluer sans perdre son unité. L’idée que la « vie » peut être menacée aussi bien par l’excès d’ordre que par l’excès de désordre peut évidemment être transposée hors du domaine biologique : par exemple dans le domaine politique –parmi les pathologies de la cité figurent aussi bien la rigidité de l’utopisme totalitaire, rêvant d’abolir le changement historique et de supprimer les différences entre les individus, que l’anarchie de collectivités n’arrivant pas à s’imposer de loi commune et à s’arracher à la violence- ; ou encore de le domaine psychologique –la rigidité des rituels de l’obsessionnel s’opposant par exemple à l’instabilité du maniaque. » (p.20)

    « La mort est à la fois l’arrêt de l’activité intégrée du vivant, et la rupture de son unité –qui donne l’impression à l’observateur extérieur que son « principe de vie » a mystérieusement et subitement disparu, et qu’il ne reste plus que le corps brut, désormais inerte et voué à se disloquer. On observera ici que cette unité et cette identité qui caractérisent l’être vivant sont d’autant plus remarquables qu’elles n’impliquent absolument pas la permanence de la totalité de ses constituants. Tandis que la stabilité d’un objet inerte dépend de la force avec laquelle ses éléments sont soudés les uns aux autres, celle de ce « système ouvert » sur l’extérieur qu’est l’être vivant dépend au contraire du renouvellement incessant des éléments qui le constituent. » (p.20)

    « La mort nécessaire semble bien liée à l’individuation des organismes vivants, qui doit être mise en relation avec l’apparition d’un autre mode de reproduction que la reproduction par division : combinant deux moitiés, chacune choisie de façon aléatoire, du patrimoine génétique de chacun des deux parents, pour produire un être radicalement nouveau, qui n’est la copie d’aucun des deux, la reproduction sexuée apparaît comme une « machine à produire de la différence ». Elle rend possible l’apparition d’êtres dont chacun (à l’exception de jumeaux vrais) représente une combinaison génétique inédite ; mais en même temps elle supprime la possibilité d’une perpétuation à l’identique. Elle implique du coup pour chaque organisme individuel la nécessité de la mort : l’apparition de Thanatos est en ce sens solidaire de celle d’Éros. Ce qui veut dire à la fois, selon Jacques Ruffié, que la mort est la « rançon obligatoire de la sexualité », mais en même temps aussi que la sexualité est la « seule réponse à la mort ». La mort nécessaire (dans le meilleur des cas au terme d’un processus de vieillissement) devient donc la loi de la vie des organismes complexes. Et au niveau humain, le plus complexe de tous, cette mort accède à la conscience de soi, ce qui lui fait jouer un rôle encore plus décisif. » (p.22)

    « D’un premier point de vue en effet la mort –et la maladie qui est souvent à son origine- semble simplement l’effet de l’impuissance de l’organisme individuel face à des forces extérieures qui l’agressent, alors que sa tendance fondamentale est de chercher par tous les moyens possible à « persévérer dans son être ». La vie est en ce sens, selon la formule célèbre de Bichat, « l’ensemble des forces qui résistent à la mort », mais au niveau individuel, cette résistance est condamnée sur le long terme, à être vaincue, usée par ses efforts incessants. D’un second point de vue en revanche, la mort est inscrire au cœur même de la vie, tout être tendant à réaliser un parcours fini au terme duquel il doit disparaître, chaque pas vers l’accomplissement étant en même temps un pas vers le néant : c’est le point de vue de Hegel, qui affirme « la vie comme telle porte en elle le germe de la mort » (Encyclopédie), et de Engels, qui de son côté soutient : « il n’est pas de physiologie scientifique qui ne comprenne la négation de la vie comme essentiellement contenue dans la vie elle-même … Vivre c’est mourir ». Loin de trancher entre ces deux conceptions, les données médicales empiriques leur donnent à chacune raison selon les moments. » (p.23-24)

    « L’idée commune selon laquelle la mort se concentre en un instant unique doit être nuancée. Après l’arrêt de l’activité cérébrale, par exemple, toute vie ne disparaît pas brutalement de l’organisme : des organes, des cellules peuvent continuer à fonctionner, les ongles poussent encore, les yeux, les reins, le cœur peuvent être prélevés et transplantés. Par ailleurs, la mort peut être précédée d’une agonie longue et pénible, qui donne l’impression qu’elle s’étale dans la durée. » (p.27)

    « Aujourd’hui c’est à plus de 100 000 ans qu’on fait remonter les premières traces de rituels funéraires, c’est-à-dire l’apparition de l’Homo sapiens sapiens. » (p.29)

    « L’être humain est le seul à savoir qu’il doit mourir. » (p.29)

    « Immortels nous mènerions une vie indéfinie et sans enjeu dans laquelle il ne nous arriverait, au sens fort, rien. » (p.31)

    « Il reste que lorsque la mort atteint un être que nous aimons vraiment, et qui fait partie intégrante de notre vie, elle est alors la forme la plus pure du malheur, et que la blessure qu’elle laisse est parfois inguérissable : le besoin violent de l’autre subsiste en nous (le besoin de le voir, de l’entendre, de lui parler, de lui confier ce qu’on pense et de savoir comment il réagirait), qui se heurte sans cesse à la désespérante évidente du « jamais plus ». Cette expérience est en un sens la seule véritable expérience que nous puissions faire de « mort dans la vie », puisque nous n’existons que par les relations que nous nouons avec les autres, et que la disparition des plus chers d’entre eux peut parfois laisser le survivant, amputé d’une partie vive de son être, son désir et sa joie à jamais amoindris ou éteints. » (p.35)

    « Des derniers moments mêmes de l’existence, il faut d’abord souligner à quel points ils peuvent être vécus de façon différentes : loin d’être uniformes, les conditions concrètes et la signification de la mort peuvent changer du tout au tout. Il y a des morts douces, qui ressemblent à une lente plongée dans le sommeil, et des morts atroces, précédées d’un paroxysme de souffrance, physique ou psychologique. Des morts conscientes, que le mourant voit approcher, parfois dans la résignation et parfois dans la terreur, et des morts par surprise, qu’on n’a pas vu venir. Des morts acceptées, parfois désirées –celles de vieillards épuisés qui ont perdu le goût de vivre et qui ne supportent pas de se sentir diminués, celles de malades qui en ont assez de souffrir-, et des morts refusées, vécues dans le désespoir, la révolte, la colère avec un sentiment d’injustice profonde –notamment chez ceux qui doivent quitter ce monde jeunes, sans avoir eu leur part, alors qu’ils sont pleins de désirs et de projets. Des morts qui ont un sens –celle par exemple du combattant qui donne sa vie pour une cause et qui affirme ainsi sa valeur-, et d’autres qui sont le comble de l’absurde. Des morts qui sont le couronnement d’une vie bien remplie ; et d’autres qui témoignent de la férocité du destin à l’égard d’êtres qu’il aura impitoyablement broyés sans leur donner l’occasion de montrer ce dont ils étaient capables. » (p.39)
    -Roland Quilliot, Qu’est-ce que la mort ?, Armand Colin, coll. U. Philosophie, 2000, 256 pages.

    « On ne peut  jamais "expliquer" la vie par un principe mécaniste, pas  plus que la totalité ne peut l’être par sa partie. Mais l’engendrement, la naissance et la mort sont accessibles  par le vécu : en tant qu’étapes du déroulement de sa  propre vie et de la vie des autres, ils se trouvent être des objets du vécu, et sont donc accessibles par l’intuition. Et à partir du vécu, intuition et compréhension s’étendent en retour à l’universel. »
    -Ernst Krieck, idéologue nazi, cité dans Georg Lukács, Le fascisme allemand et Hegel (1943), p.9.

    Vertu: "La vertu de l'homme doit aussi être l'état qui fait de lui un homme bon et qui lui permet de bien remplir son office propre." (p.112-113)

    "La vertu est un état décisionnel qui consiste en une moyenne fixée relativement à nous." (p.116)
    -Aristote, Éthique à Nicomaque, Livre II, traduction Richard Bodéüs, GF Flammarion, 2004, 560 pages.

    Violence: "La violence est l’utilisation de force ou de pouvoir, physique ou psychique, pour contraindre, dominer, tuer, détruire ou endommager. Elle implique des coups, des blessures, de la souffrance, ou encore la destruction de biens humains ou d'éléments naturels."
    -Wikipédia, article "Violence".

    « Il y a une violence « altruiste » et idéaliste, fondée sur le besoin de se donner et de combattre les ennemis de sa communauté ; et à l’inverse une violence « égoïste », reposant sur le désir d’acquérir des biens rares (richesse, mais aussi pouvoir, voire prestige) en éliminant concurrents et obstacles. Il y a aussi une violence haineuse, ancrée dans la frustration et la peur, qui fait de l’ennemi détesté le responsable unique de tous les maux dont on souffre ; et, encore, différente malgré les apparences, une violence sadique, dans laquelle la destruction de la vie et de la conscience d’autrui est une source de jouissance, donnant au tortionnaire qui humilie ses victimes un sentiment vertigineux de toute puissance. […] Ces tendances […] existent à des degrés variables en tout homme. »
    -Roland Quilliot, Qu’est-ce que la mort ?, Armand Colin, coll. U. Philosophie, 2000, 256 pages, p. 35.

    "Toute violence est, en tant que moyen, soit fondatrice, soit conservatrice de droit."
    -Walter Benjamin, Critique de la violence, août 1921, in  in Œuvres, Tome I, Gallimard, coll. Folio essais, 2000, 400 pages, p.224.

    "[La violence politique désigne l'ensemble] des actes de désorganisation, destruction, blessures dont l’objet, le choix des cibles ou des victimes, les circonstances, l’exécution et/ou les effets acquièrent une signification politique, c’est-à-dire tendent à modifier le comportement d’autrui dans une situation de marchandage qui a des conséquences sur le système social."
    -H. Nieburg, Political Violence, 1969, p.13.

    « La violence est la sage-femme de toute vieille société grosse d’une nouvelle. »
    -Karl Marx, Le Capital, Tome I, 1867.

    « L'amour de la violence est un aspect de notre humanité. Même les faibles rêvent d'être forts afin de pouvoir manier le fouet. »
    -Dan Simmons, L'Échiquier du mal, 1994.



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    « La racine de toute doctrine erronée se trouve dans une erreur philosophique. [...] Le rôle des penseurs vrais, mais aussi une tâche de tout homme libre, est de comprendre les possibles conséquences de chaque principe ou idée, de chaque décision avant qu'elle se change en action, afin d'exclure aussi bien ses conséquences nuisibles que la possibilité de tromperie. » -Jacob Sher, Avertissement contre le socialisme, Introduction à « Tableaux de l'avenir social-démocrate » d'Eugen Richter, avril 1998.

    "Il y a, de nos jours, beaucoup de gens qui s'accommodent très aisément de cette espèce de compromis entre le despotisme administratif et la souveraineté du peuple, et qui pensent avoir assez garanti la liberté des individus, quand c'est au pouvoir national qu'ils la livrent. Cela ne me suffit point." -Alexis de Tocqueville, De la Démocratie en Amérique, vol II, Quatrième Partie : Chapitre VI, 1840.

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    Message par Johnathan R. Razorback le Sam 6 Fév - 10:25




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    "Il y a, de nos jours, beaucoup de gens qui s'accommodent très aisément de cette espèce de compromis entre le despotisme administratif et la souveraineté du peuple, et qui pensent avoir assez garanti la liberté des individus, quand c'est au pouvoir national qu'ils la livrent. Cela ne me suffit point." -Alexis de Tocqueville, De la Démocratie en Amérique, vol II, Quatrième Partie : Chapitre VI, 1840.

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    Message par Johnathan R. Razorback le Sam 6 Fév - 11:14






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    Re: De la Philosophie & des définitions conceptuelles

    Message par Johnathan R. Razorback le Sam 9 Avr - 13:15



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    « La racine de toute doctrine erronée se trouve dans une erreur philosophique. [...] Le rôle des penseurs vrais, mais aussi une tâche de tout homme libre, est de comprendre les possibles conséquences de chaque principe ou idée, de chaque décision avant qu'elle se change en action, afin d'exclure aussi bien ses conséquences nuisibles que la possibilité de tromperie. » -Jacob Sher, Avertissement contre le socialisme, Introduction à « Tableaux de l'avenir social-démocrate » d'Eugen Richter, avril 1998.

    "Il y a, de nos jours, beaucoup de gens qui s'accommodent très aisément de cette espèce de compromis entre le despotisme administratif et la souveraineté du peuple, et qui pensent avoir assez garanti la liberté des individus, quand c'est au pouvoir national qu'ils la livrent. Cela ne me suffit point." -Alexis de Tocqueville, De la Démocratie en Amérique, vol II, Quatrième Partie : Chapitre VI, 1840.

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    Re: De la Philosophie & des définitions conceptuelles

    Message par Johnathan R. Razorback le Mer 31 Aoû - 14:18



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    « La racine de toute doctrine erronée se trouve dans une erreur philosophique. [...] Le rôle des penseurs vrais, mais aussi une tâche de tout homme libre, est de comprendre les possibles conséquences de chaque principe ou idée, de chaque décision avant qu'elle se change en action, afin d'exclure aussi bien ses conséquences nuisibles que la possibilité de tromperie. » -Jacob Sher, Avertissement contre le socialisme, Introduction à « Tableaux de l'avenir social-démocrate » d'Eugen Richter, avril 1998.

    "Il y a, de nos jours, beaucoup de gens qui s'accommodent très aisément de cette espèce de compromis entre le despotisme administratif et la souveraineté du peuple, et qui pensent avoir assez garanti la liberté des individus, quand c'est au pouvoir national qu'ils la livrent. Cela ne me suffit point." -Alexis de Tocqueville, De la Démocratie en Amérique, vol II, Quatrième Partie : Chapitre VI, 1840.

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    Re: De la Philosophie & des définitions conceptuelles

    Message par Johnathan R. Razorback le Mar 6 Sep - 13:40





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    « La racine de toute doctrine erronée se trouve dans une erreur philosophique. [...] Le rôle des penseurs vrais, mais aussi une tâche de tout homme libre, est de comprendre les possibles conséquences de chaque principe ou idée, de chaque décision avant qu'elle se change en action, afin d'exclure aussi bien ses conséquences nuisibles que la possibilité de tromperie. » -Jacob Sher, Avertissement contre le socialisme, Introduction à « Tableaux de l'avenir social-démocrate » d'Eugen Richter, avril 1998.

    "Il y a, de nos jours, beaucoup de gens qui s'accommodent très aisément de cette espèce de compromis entre le despotisme administratif et la souveraineté du peuple, et qui pensent avoir assez garanti la liberté des individus, quand c'est au pouvoir national qu'ils la livrent. Cela ne me suffit point." -Alexis de Tocqueville, De la Démocratie en Amérique, vol II, Quatrième Partie : Chapitre VI, 1840.


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