L'Hydre et l'Académie

    Jean de Paris

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    Johnathan R. Razorback
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    Jean de Paris

    Message par Johnathan R. Razorback le Mer 7 Oct - 12:39

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_de_Paris

    "Le troisième traité théorique était celui de Jean de Paris (Jean Quidort): son De regia potestate et papali (Sur le pouvoir royal et papal) fut réalisé en 1302/1303. C'était un ouvrage abstrait et érudit centré sur les questions des pouvoirs et de la juridiction temporels et spirituels. Il prétendait raisonner d'une manière valable pour toutes les situations: il ne comportait qu'une couple de références aux conflits entre Philippe IV et le pape. Son propos était de protéger la monarchie contre les prétentions pontificales en définissant les limites du pouvoir du pape: Jean cherchait expressément à réfuter les arguments théocratiques de Gilles de Rome et d'un autre auteur favorable au pape au cours des conflits, Henri de Crémone. Pour autant, le traité peut être considéré comme favorable au roi, mais il l'était pas de manière excessive, de sorte que quelques historiens modernes ont estimé qu'il ouvrait une voie moyenne entre les positions polarisées au cours des conflits. Le rejet par Jean d'une approche théocratique apparaissait dans la façon dont il traitait le thème de la séparation des pouvoirs séculiers et spirituel à partir de l'idée qu'ils étaient de nature différente. Il définissait la royauté en termes naturalistes et aristotéliciens [...]

    A l'opposé, le sacerdoce était purement spirituel:
    "Le sacerdoce est un pouvoir spirituel conféré par le Christ aux ministres de l'Église pour dispenser les sacrements aux fidèles". Selon Jean, les origines naturels des communautés politiques faisaient que différentes formes d'Etat et de gouvernement étaient apparues en différents endroits en réponse à la diversité de climat, de langue et de conditions des hommes. Ceci expliquait pourquoi toute forme de gouvernement temporel universel était inadapté et, en réalité, du point de vue de l'efficacité de la coercition physique, impraticable. Le monde politique de Jean était constitué d'une pluralité d'Etats territoriaux, principalement de royaumes. A l'opposé, il acceptait comme divinement établi et praticable le caractère universel du gouvernement spirituel du pape, du fait qu'il intervenait par la parole plutôt que par le glaive matériel.
    Pour ce qui était des rapports entre les pouvoirs séculiers et spirituel, Jean estimait qu'ils existaient en parallèle, le pouvoir séculier étant supérieur dans le domaine temporel, et le pouvoir spirituel dans le domaine spirituel. Les deux pouvoirs provenait directement et en dernier ressort de Dieu. Jean s'en prenait à l'argument central de la position hiérocratique en introduisant une distinction dans la notion de hiérarchie: il acceptait la supériorité absolue de l'ordre spirituel sur l'ordre temporel du point de vue de la dignité, mais en établissant une différence entre eux du point de vue de leur nature et de leur objet, il était en mesure d'éviter la conclusion que le pouvoir séculier émanait du pouvoir spirituel en matière temporelle et lui était subordonné. En réalité, le pouvoir séculier n'était ainsi subordonné au pouvoir spirituel que pour les questions (spirituelles) pour lesquelles Dieu l'avait spécifiquement subordonné. Bien qu'il y eut une source divine ultime de l'autorité dans l'Eglise et dans l'Etat, le choix des individus qui les exerçaient, qu'ils s'agît d'évêques ou de rois, revenait à des êtres humains, c'est-à-dire au peuple: le pape était ainsi écarté comme intermédiaire entre Dieu et l'homme, autant pour le pouvoir royal qui émanait
    "de Dieu et du peuple qui élit le roi en personne ou par le biais de sa dynastie", que pour la juridiction des évêques qui émanait directement de Dieu et du consentement du peuple. Jean s'en prenait encore à l'argumentation théocratique en soulignant que la thèse du Pseudo-Denys, selon laquelle l'inférieur ne pouvait être conduit au supérieur que par des intermédiaires, laissant entendre que, puisque les évêques n'avaient que des pouvoirs spirituels, le pape, par sa position dans la hiérarchie, n'avait lui-même que des pouvoirs de cette nature. [...]
    Toutefois, Jean ne séparait pas complètement les pouvoirs séculier et spirituel, ce qui explique que son traité ait été décrit comme recherchant une voie moyenne. Il soutenait que le pape pouvait indirectement (ou "accidentellement") déposer un dirigeant séculier, tout comme un empereur pouvait indirectement déposer le pape. Par l'ex-communication, le pape pouvait faire en sorte qu'un prince fautif soit déposé par le peuple ; de la même façon, l'empereur pouvait amener le peuple à déposer le pape. Le pontife pouvait intervenir contre un roi non seulement en matière spirituelle, mais aussi en matière temporelle, si les barons et les pairs du royaume l'en priaient. De même, l'empereur pouvait corriger le pape s'il était fautif en matière temporelle ; si la faute du pape était d'ordre spirituel, les cardinaux pouvaient faire appel au bras séculier de l'empereur pour le déposer. L'argument de Jean présentait des problèmes -le moindre n'était pas le caractère vague des termes qu'il employait. Il parlait indifféremment de "prince", d' "empereur" et de "roi". Il ne disait pas non plus clairement qui était le peuple. Au surplus, il existait une nette incohérence dans son argumentation d'ensemble dans le cas d'une pluralité d'Etats territoriaux, lorsqu'il parlait de l'universalité de la juridiction de l'empereur comme justification légitime du pouvoir de celui-ci de déposer indirectement le pape. Pour sûr, le changement apporté par Jean à la séparation des pouvoirs illustre la difficulté d'appliquer le terme "dualiste" à ses idées.
    Sur la question de la possession des biens, Jean s'appliquait longuement à écarter les arguments de Gilles de Rome dans son
    De ecclesiastica potestate (Du pouvoir ecclésiastique). Jean refusait au pape tout droit de propriété ou toute juridiction sur les biens temporels des laïcs: le Christ n'avait pas exercé de tels pouvoirs. Le droit de propriété des laïcs était plutôt acquis par les individus en vertu de leurs propres habileté, travail et ingéniosité."
    -Joseph Canning, Histoire de la pensée politique médiévale (300-1450).


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