L'Hydre et l'Académie

    George Berkeley, Oeuvres complètes

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    Johnathan R. Razorback
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    George Berkeley, Oeuvres complètes

    Message par Johnathan R. Razorback le Mer 15 Avr - 14:59

    http://fr.wikipedia.org/wiki/George_Berkeley

    https://archive.org/details/worksofberkeley01berkuoft

    https://archive.org/details/worksofberkeley02berkuoft

    https://archive.org/details/worksofberkeley03berkuoft

    https://archive.org/details/worksofberkeley04berkuoft

    « Quand il publie les Principes, il n’a que vingt-cinq ans, mais c’est déjà un philosophe accompli, aux thèses affinées et fermement établies. Il s’est fait connaître l’année précédente par son Essai sur une nouvelle théorie de la vision. Il professe l’immatérialisme, doctrine qui a, pour lui, l’avantage de concilier les exigences de la raison et de la foi, et qui lui permet d’engager avec optimisme la lutte sans merci qu’il entend mener contre le scepticisme et l’irréligion. Il en a découvert le principe quelques années auparavant, alors qu’il est mêlé à la vie intellectuelle intense du Trinity College de Dublin où des hommes comme William Molyneux jouent un rôle essentiel dans le débat moderniste et la réflexion sur Locke. » (p.11)
    « [Pour Berkeley], quand on parle de la volonté comme d’un mouvement de l’âme, il faut veiller à ne pas tomber dans une de ces interprétations mécanistes qui, récusant la liberté, ont de fâcheuses conséquences en morale. » (p.31)
    -Dominique Berlioz, présentation de Berkeley, (Traité des) Principes de la connaissance humaine, (1710 pour la première édition), Paris, GF-Flammarion, 1991, 182 pages.
    « 1. La Philosophie n’étant rien d’autre que l’étude de la sagesse et de la vérité, on pourrait raisonnablement s’attendre à ce que ceux qui lui ont consacré le plus de temps et de peine jouissent de plus de calme et de sérénité d’esprit, d’une connaissance plus claire et plus évidente, et qu’ils soient moins troublés par les doutes et les difficultés que les autres hommes. Et pourtant nous voyons, c’est vrai, que la masse illettrée du genre humain, qui marche sur la grand-route du simple sens commun et qui est gouvernée par les décrets de la Nature, est, en majorité, tranquille et sans inquiétude. A ceux-là rien de ce qui est familier ne paraît inexplicable ou difficile à comprendre. Ils ne se déplorent pas le manque d’évidence de leurs sens et sont hors de tout danger de devenir sceptiques. Mais nous n’avons pas plutôt délaissé le sens et l’instinct pour suivre la lumière d’un principe supérieur, pour raisonner, méditer et réfléchir sur la nature des choses, que mille scrupules surgissent dans notre esprit au sujet des choses que nous paraissions auparavant pleinement comprendre. Les préjugés et les erreurs du sens du sens se découvrent de toutes parts à notre vue ; et quand nous essayons de les corriger par la raison nous sommes insensiblement entraînés des paradoxes grossiers, dans des difficultés et des incohérences qui se multiplient et nous envahissent à mesure que nous progressons dans la spéculation, jusqu’à ce qu’enfin, après avoir erré dans mains labyrinthes compliqués, nous nous retrouvions exactement là où nous étions, ou ce qui est pire, installés dans un scepticisme sans espoir.
    2. On pense que la cause en est l’obscurité des choses ou la faiblesse et l’imperfection naturelles de notre entendement. Nos facultés, dit-on, sont en petit nombre et la Nature les destine à l’entretien, et aux plaisirs de la vie et non à pénétrer l’essence interne et la constitution des choses. En outre, l’esprit de l’homme est fini, et quand il traite de choses qui participent de l’infinité, il ne faut pas s’étonner s’il rencontre des absurdités et des contradictions dont il est impossible qu’il se tire jamais car il est de la nature de l’infini de n’être pas compris par ce qui est fini.
    3. Mais peut-être sommes-nous trop partiaux envers nous-mêmes, quand nous plaçons originellement la faute dans nos facultés et non pas plutôt dans le mauvais usage que nous en faisons. […] En somme, je suis enclin à penser que la majeure partie des difficultés, sinon toutes, qui ont jusqu’ici amusé les philosophes et ont fermé le chemin de la connaissance, nous sont entièrement imputables. Nous avons d’abord soulevé un nuage de poussière et nous nous plaignons ensuite de ne pas y voir. […] Les entraves et les difficultés qui paralysent et embarrassent l’esprit dans sa quête de la vérité, ne naissent pas tant d’une quelconque obscurité et complexité dans les objets ou d’un défaut naturel de l’entendement que de faux principes, auxquels on s’est attaché et que l’on aurait pu éviter. » (p.39-41)
    « L’idée d’homme que je me forge doit être celle d’un homme blanc, noir ou basané, droit ou tordu, grand, petit ou de taille moyenne. Je ne puis par aucun effort de pensée concevoir l’idée abstraite décrite-ci-dessus. Il m’est également impossible de former l’idée abstraite de mouvement, distinct du corps en mouvement, et qui ne soit ni rapide ni lent, ni curviligne, ni rectiligne. On peut en dire autant de toutes les autres idées générales abstraites. » (p.45)
    « Je ne nie pas absolument qu’il y ait des idées générales, mais seulement qu’il y ait des idées générales abstraites. […] Je crois qu’une idée qui, considérée en elle-même, est particulière, devient générale quand on lui fait représenter toutes les autres idées particulières de la même sorte, ou en tenir lieu. » (p.48-49)
    « L’universalité, autant que je puisse la comprendre, ne consiste pas dans la nature ou la conception positive, absolue, de quelque chose mais dans la relation qu’elle entretient avec les particuliers qu’elle signifie ou représente : c’est en vertu de cette relation que les choses, les noms, ou les notions qui, par leur nature propre, sont particuliers, sont rendus universels. Ainsi, quand je démontre une proposition sur les triangles, on doit supposer que j’ai en vue l’idée universelle de triangle : mais il ne faudrait pas comprendre que je peux forger l’idée d’un triangle qui ne serait ni équilatéral, ni scalène, ni isocèle ; comprenez seulement que le triangle particulier que je considère, peu importe de quelle sorte il est, représente également tous les triangles rectilignes, en tient lieu et est en ce sens, universel. » (p.52)
    « Celui qui sait n’avoir que des idées particulières, ne s’embarrassera pas en vain pour découvrir et concevoir l’idée abstraite attachée à un nom. Et celui qui sait que les noms ne sont pas toujours mis pour des idées, s’épargnera la peine de chercher des idées là où il n’y en a aucune à trouver. Il serait donc souhaitable que chacun fasse tous ses efforts pour parvenir à une vue claire des idées qu’il veut considérer, les séparant de tout l’accoutrement et de l’obstacle des mots qui contribuent tant à aveugler le jugement et à diviser l’attention. C’est en vain que nous étendons notre vue jusque dans les cieux et que nous cherchons à pénétrer dans les entrailles de la terre ; en vain que nous consultons les écrits des savants et que nous suivons les traces obscures de l’Antiquité. Il nous suffit de tirer le rideau des mots pour contempler le plus bel arbre de la connaissance, dont le fruit est excellent et à la portée de notre main. » (p.61)
    « 2. Mais, outre toute cette variété sans fin d’idées [sensations, passions, actes mentaux, imagination, mémoire] ou objets de connaissance, il y a aussi quelque chose qui les connaît ou les perçoit, et exerce diverses opérations à leur sujet, telles que vouloir, imaginer, se souvenir. Cet être actif percevant est ce que j’appelle esprit, intelligence, âme ou moi. Par ces mots, je ne dénote aucune de mes idées, mais une chose entièrement distincte d’elles, dans laquelle elles existent ou ce qui est la même chose, par laquelle elles sont perçues ; car l’existence d’une idée consiste à être perçue. […]
    4. C’est une opinion étrangement prédominante chez les hommes que les maisons, les montagnes, les rivières, en un mot tous les objets sensibles, ont une existence naturelle ou réelle, distincte du fait qu’ils sont perçus par l’entendement. Mais aussi grande soit l’assurance qu’on a de ce principe, aussi large soit l’assentiment qu’il puisse rencontrer dans le monde, quiconque aura le courage de le mettre en question pourra percevoir, si je ne me trompe, qu’il implique une contradiction manifeste. Que sont, en effet, les objets mentionnés ci-dessus sinon les choses que nous percevons par le sens ? et que percevons-nous hormis nos propres idées ou sensations ? ne répugne-t-il pas clairement que l’une d’entre elles ou quelqu’une de leurs combinaisons, puissent exister non perçues.
    5. Si nous examinons complètement cette thèse nous trouverons peut-être qu’elle dépend au fond de la doctrine des idées abstraites. Car peut-il y avoir un effort d’abstraction plus subtil que de distinguer l’existence des objets sensibles d’avec le fait qu’ils sont perçus, de manière à les concevoir existants non perçus ? […]
    6. Il y a des vérités si proches de l’esprit et si obvies qu’un homme n’a qu’à ouvrir les yeux pour les voir. Dans leur nombre je compte cette importante vérité : que tout le chœur des cieux et tout le contenu de la terre, en un mot tous les corps qui composent l’ordre puissant du monde, ne subsistent pas hors d’un esprit, que leur être est d’être perçu ou connu ; que, par conséquent, aussi longtemps qu’ils ne sont pas effectivement perçus par moi, ou qu’ils n’existent pas dans mon esprit, ou dans celui de quelque autre intelligence créée, il faut qu’ils n’aient aucune existence, ou bien alors qu’ils subsistent dans l’esprit de quelque intelligence éternelle : car il est parfaitement inintelligible et cela implique toute l’absurdité de l’abstraction, d’attribuer à quelqu’une de leurs parties une existence indépendante d’une intelligence.
    7. Il s’ensuit de ce qui a été dit, qu’il n’y a pas d’autre substance que l’intelligence, ou ce qui perçoit. » (p.64-67)
    « 23. Mais, direz-vous, assurément il n’y a rien de plus facile que d’imaginer des arbres dans un parc, par exemple, ou des livres dans un cabinet et personne à côté pour les percevoir. Je réponds : vous le pouvez, il n’y a là aucune difficulté. Mais qu’est cela, je vous le demande, si ce n’est forger dans votre esprit certaines idées que vous appelez livres ou arbres et, en même temps, omettre de forger l’idée de quelqu’un qui puisse les percevoir ? Mais, vous-même, ne les percevez-vous pas, ou ne les pensez-vous pas pendant tout ce temps ? Cela ne sert donc à rien : cela montre seulement que vous avez le pouvoir d’imaginer ou de former des idées dans votre esprit, mais cela ne montre pas que vous pouvez concevoir la possibilité pour les objets de votre pensée d’exister hors de l’esprit. Pour y arriver, il faudrait que vous les conceviez comme existants non conçus, ou non pensés, ce qui est une incompatibilité manifeste. Quand nous nous évertuons à concevoir l’existence des corps extérieurs, nous ne faisons, pendant tout ce temps, que contempler nos propres idées. » (p.77-78)
    « L’être même d’une idée implique en elle passivité et inertie, au point qu’il est impossible qu’une idée fasse quelque chose, ou, à strictement parler, soit la cause de quelque chose. » (p.79)
    « 28. Je trouve que je peux convoquer, à mon gré, des idées dans mon esprit, varier et transformer la scène aussi souvent que je le juge bon. Il n’y a qu’à vouloir, aussitôt telle ou telle idée se présente dans ma fantaisie ; et le même pouvoir fait qu’elle est effacée et laisse la place à une autre. C’est parce qu’il fait et défait les idées que l’esprit mérite très justement la dénomination d’actif. Tout cela est certain et fondé sur l’expérience, mais quand nous parlons d’agents non pensants, de provoquer des idées sans l’intervention de la volition, nous ne faisons que nous amuser avec les mots.
    29. Mais quelque pouvoir que j’ai sur mes propres pensées, je trouve que les idées effectivement perçues par le sens ne sont pas ainsi dépendantes de ma volonté. Quand j’ouvre les yeux en pleins jours, il n’est pas en mon pouvoir de choisir de voir ou de ne pas voir, ni de déterminer quels objets particuliers se présenteront à ma vue ; les idées qui y sont imprimées ne sont pas des créations de ma volonté. Il y a donc quelque autre volonté, ou intelligence, qui les produit.
    30. Les idées des sens sont plus fortes, plus vives et plus distinctes que celles de l’imagination ; elles ont aussi de la stabilité, de l’ordre et de la cohérence et ne sont pas provoquées au hasard, comme le sont souvent celles qui sont l’effet de volontés humaines, mais se produisent dans une série ou suite régulière, dont l’admirable connexion atteste suffisamment la sagesse et la bienveillance de leur Auteur. » (p.81)
    « Que les choses que je vois existent, existent réellement, je ne le mets pas du tout en question. La seule chose dont nous nions l’existence, est celle que les philosophes appellent matière ou substance corporelle. » (p.84)
    « Ce que je vois, ce que j’entends, ce que je sens, existe, c’est-à-dire que je le perçois, je n’en doute pas plus que de mon propre être. Mais je ne vois pas comment le témoignage du sens peut être allégué comme preuve de l’existence de quelque chose qui n’est pas perçu par le sens. » (p.87)
    « Bien que nous soutenions, de fait, que les objets du sens ne sont rien d’autre que des idées qui ne peuvent exister non perçues, toutefois, il ne nous est pas permis d’en conclure qu’elles n’ont d’existence que pendant le temps que nous les percevons, puisqu’il peut y avoir une autre intelligence qui les perçoit alors que nous ne le faisons pas. Quand on dit que les corps n’ont pas d’existence hors de l’esprit, je ne voudrais pas que l’on comprenne que je l’entends de tel ou tel esprit particulier mais de tous les esprits quels qu’ils soient. Il ne s’ensuit donc pas des principes précédant que les corps sont annihilés et créées à tout moment ou qu’ils n’existent pas du tout pendant les intervalles qui séparent les perceptions que nous en avons. » (p.93)
    « Dire qu’un dé est dur, étendu et carré n’est pas attribuer ces qualités à un sujet qui s’en distingue et les supporte, c’est seulement expliquer le sens du mot dé. » (p.94)
    « Nous pouvons même affirmer que l’existence de Dieu est perçue avec beaucoup plus d’évidence que l’existence des hommes ; car les effets de la nature sont infiniment plus nombreux et considérables que ceux qui sont attribués aux agents humains. » (p.161)
    -Berkeley, (Traité des) Principes de la connaissance humaine, (1710 pour la première edition), Paris, GF-Flammarion, 1991, 182 pages.


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    «You'll have to think harder than you've ever done before, because you will be on your own -relying on your own judgment and the logic of the arguments you hear or consider, rejecting all authorities and all bromides, and taking nothing on faith. »  
    -Ayn Rand.



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