L'Hydre et l'Académie

    Clément Rosset, L'anti-nature: Éléments pour une philosophie tragique + Le Réel. Traité de l'idiotie + Principes de sagesse et de folie

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    Johnathan R. Razorback
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    Clément Rosset, L'anti-nature: Éléments pour une philosophie tragique + Le Réel. Traité de l'idiotie + Principes de sagesse et de folie

    Message par Johnathan R. Razorback le Jeu 1 Jan - 18:43

    https://books.google.fr/books?id=L-MJCwAAQBAJ&printsec=frontcover&dq=Cl%C3%A9ment+rosset&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwjGy8-4l5HaAhWL6RQKHWTfAbE4FBDoAQg3MAM#v=onepage&q=Cl%C3%A9ment%20rosset&f=false

    "La pensée tragique n'a guère trouvé, depuis Nietzsche, d'interprète philosophe."
    -Clément Rosset, Logique du pire. Éléments pour une philosophie tragique, Paris, Presses Universitaires de France, coll. «Bibliothèque de philosophie contemporaine», 2015 (1971 pour la première édition).

    "L'idée fondamentale du naturalisme est une mise à l'écart du rôle du hasard dans la génèse des existences: l'affirmation que rien ne saurait se produire sans quelque raison, et qu'en conséquence les existences indépendantes des causes introduites par le hasard ou l'artifice des hommes résultent d'un autre ordre de causes, qui est l'ordre des causes naturelles. On sait seulement que la nature est ce qui reste quand on a de toutes choses biffé les effets de l'artifice et du hasard: nul ne précise ce qui reste ainsi, mais il suffit, pour que se constitue l'idée de nature, qu'on tienne pour acquis qu'il y a quelque chose qui reste."

    "L"idée de nature est invincible parce qu'elle est vague."

    "L'idée de hasard est peut-être, de toutes celles dont les hommes peuvent avoir à connaître, la plus lourde à assumer pour les affectivité, parce que impliquant l'insignifiance radicale de tout événement, de toute pensée et de toute existence."

    "L'idée de causes surnaturelles n'est possible qu'à partir de l'idée de "causes naturelles", qui autorise à interpréter tout phénomène comme le "résultat" d'un principe ou d'une série de principes: l'explication naturaliste des phénomènes apparaît dès lors comme le modèle idéologique dont s'inspirent toutes les explications y compris les explications religieuses.
    Une interprétation religieuse du monde n'est possible que s'il y a un monde à interpréter, c'est-à-dire si ce qui existe doit son existence à des principes et sa durée à des forces, en jeu dans l'existence, qui lui permette de survivre. L'idée de nature satisfait à cette double condition.
    "

    "Ce qui est contraire à l'idée de nature n'est pas l'idéologie religieuse, mais, à l'opposé, la pensée matérialiste, qui refuse de voir dans l'existence tant l'effet de forces que le résultat de princes: pour rendre compte de ce que les hommes appellent la nature, le matérialisme se contente d'invoquer deux "refus de principe" qui sont l'inertie (refus d'introduire l'idée de force dans l'existence) et le hasard (seul apte à rendre compte de la possibilité des productions sans entorse au principe d'inertie)."

    "La question fondamentale, à laquelle matérialisme et idéologie religieuse apportent des réponses divergentes, n'est pas de savoir si ce qui existe est l’œuvre de Dieu ou la nature, mais si on peut considérer ce qui existe comme quelque chose de fait. Estimer qu'il y a quelque chose de fait signifie estimer que ce qui existe ne peut exister que dans la mesure où il est le résultat d'un "faire": que le monde n'est pas un assemblage hasardeux, mais un produit fabriqué, même si aucun fabricateur ne peut être désigné à l'origine de cette fabrication. Religion et naturalisme, qui ont en commun cette intuition d'un faire à l'origine de l'existence, se trouvent investis d'une même signification idéologique ; l'idéologie religieuse se réduit même à un épiphénomène de l'idéologie naturaliste, puisque la première ne met en question que la personnalité de l'acteur, alors que la seconde introduit la notion d'acte, sans laquelle il ne saurait y avoir d'interrogation quand aux acteurs."

    "Le "matérialisme" de Diderot illustre assez bien ce mouvement de régression de l'idéologie religieuse vers l'idéologie naturaliste. Matérialisme qui demeure idéaliste parce qu'il est avant tout naturalisme -à la différence du matérialisme de La Mettrie, d'Helvétius et, dans une moindre mesure, de d'Holbach- et en vient ainsi à pratiquer une opération idéologique exactement opposée à une réduction matérialiste: loin de privilégier le principe d'inertie, il élève la matière à une dignité métaphysique d'une nature en subordonnant toute existence à des principes de sensibilité et de vie. Extrémisme idéaliste, en un certain sens: il n'est plus rien de matériel aux yeux de Diderot -au sens où matière signifierait inertie- puisque la matière est conçue originellement vivante."

    "Diderot se refuse à admettre que la matière puisse s'organiser en vie à partir du seul principe d'inertie."
    -Clément Rosset, L'Anti-nature. Éléments pour une philosophie tragique, PUF, 2015 (1973 pour la première édition).



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    "Il y a, de nos jours, beaucoup de gens qui s'accommodent très aisément de cette espèce de compromis entre le despotisme administratif et la souveraineté du peuple, et qui pensent avoir assez garanti la liberté des individus, quand c'est au pouvoir national qu'ils la livrent. Cela ne me suffit point."
    -Alexis de Tocqueville, De la Démocratie en Amérique, vol II, Quatrième Partie : Chapitre VI, 1840.



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