L'Hydre et l'Académie

    Ayn Rand, Œuvre

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    Johnathan R. Razorback
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    Ayn Rand, Œuvre

    Message par Johnathan R. Razorback le Ven 12 Déc - 17:46

    http://fr.wikipedia.org/wiki/Ayn_Rand
    http://aynrandlexicon.com/lexicon/#A_index
    http://en.wikipedia.org/wiki/Objectivism's_rejection_of_the_primitive#Arabs_versus_Israel

    http://fr.liberpedia.org/Dichotomie_analytique-synth%C3%A9tique

    http://www.fichier-pdf.fr/2013/11/01/ayn-rand-la-vertu-d-egoesme/ayn-rand-la-vertu-d-egoesme.pdf

    L'extrémisme ou l'art de la délation: https://docs.google.com/document/d/1azCurWYBHFrmp_CdWxU6SXNvPSJJTTowq9sdd9jPiAw/edit

    Le nouveau fascisme: le règne du consensus: http://lemennicier.bwm-mediasoft.com/displayArticle.php?articleId=217

    François-René Rideau (traduction): La philosophie: qui en a besoin : http://fare.tunes.org/liberalisme/philo.html

    Introduction à l'épistémologie objectiviste:
    https://docs.google.com/document/d/1Bb9UtmCr4GH70kPxd5TB6tWruS54UbuwaFNLL4eVNIM/edit
    https://docs.google.com/document/d/1jUDC9P3f40Oo7s78t7lLjSxQIe8e5epM3wNjrF_7GE8/edit

    Les droits de l'homme: https://docs.google.com/document/d/1V-yLt4HLMLed6WCF2_DjrTkcLXgPQA3ViCyuBdaC5QE/edit
    La Collectivisation des droits: https://docs.google.com/document/d/1g7bHkieFyYfT056NcE_P7IaVJKTqoSrE12NrrqSp3dc/edit

    https://books.google.fr/books?id=pEn4LUKpGecC&pg=PT14&dq=ayn+rand&hl=fr&sa=X&ei=3huoVO7JLJPe7Abd6oDgDg&ved=0CCgQ6AEwADge#v=onepage&q=ayn%20rand&f=false

    http://fr.liberpedia.org/Objectivisme
    http://fr.liberpedia.org/Les_enseignements_philosophiques_de_Ayn_Rand

    "Matter is indestructible, it change its forms, but it cannot cease to exist."
    -The Objectivist Ethics.

    "JE SUIS, JE PENSE, JE VEUX.

    Mes mains... Mon esprit... Mon ciel... Ma forêt... Cette terre qui est mienne. Que dois-je dire de plus ? Ce sont les mots. C'est la réponse.

    Je me tiens ici debout au sommet de la montagne. Je lève la tête et je tends les bras. Ceci, mon corps et mon âme, tout ceci représente la fin de la quête. Je désirais connaître le sens des choses. Je suis le sens. Je voulais découvrir ma raison d'être. Je n'ai nul besoin de raison d'être, ni d'autorisation pour mon existence. Je suis la raison d'être et l'autorisation.

    Ce sont mes yeux qui voient, et la vision de mes yeux accorde sa beauté à la terre. Ce sont mes oreilles qui entendent, et l'ouïe de mes oreilles offre au monde sa musique. C'est mon esprit qui pense, et le jugement de mon esprit est le seul phare qui puisse éclairer la vérité. C'est ma volonté qui choisit, et le choix de ma volonté est le seul verdict que je me dois de respecter.

    De nombreux mots me furent accordés, quelques-uns sont sages et d'autres sont trompeurs, mais trois seulement sont sacrés : « Je le veux ! »
    Quelle que soit ma route, la bonne étoile est avec moi : la bonne étoile est la boussole qui m'indique le chemin. Elle n'indique qu'une seule direction. Et cette direction, c'est moi.

    J'ignore si cette terre sur laquelle je me trouve est le cœur de l'univers, ou si elle n'est qu'un grain de poussière perdu dans l'éternité. Je l'ignore, et cela m'est égal, car je sais quel bonheur m'est possible sur cette terre. Et mon bonheur n'a pas à se justifier. Mon bonheur n'est pas un moyen d'arriver à une quelconque fin. Il est la fin. Il est son propre but. Il est sa propre raison d'être.

    Je ne suis pas non plus un moyen d'arriver à une fin que d'autres voudraient atteindre.
    Je ne suis pas un instrument à leur disposition.
    Je ne suis pas un serviteur de leurs exigences. Je ne suis pas un baume pour leurs plaies. Je ne suis pas un sacrifice sur leur autel.

    Je suis un homme. Je me dois de posséder et conserver, de défendre, d'utiliser, de respecter et de chérir ce miracle.

    Je n'abandonne ni ne partage mes trésors. La richesse de mon cerveau ne doit pas être gaspillée en pièces de bronze jetées en aumône, à tous vents, aux pauvres d'esprits. Je défends mes trésors : ma pensée, ma volonté, ma liberté. Et le plus précieux est ma liberté.

    Je ne dois rien à mes frères, je ne suis pas leur créancier. Je ne demande à personne de vivre pour moi et je ne vis pas non plus pour les autres. Je ne convoite l'âme d'aucun homme, tout comme mon âme n'a pas à être convoitée.

    Je ne suis ni l'ami, ni l'ennemi de mes frères, mais l'un ou l'autre, suivant ce qu'ils méritent. Pour mériter mon amour, mes frères doivent avoir fait plus que se contenter d'être nés. Je n'accorde pas mon amour sans raison, ni à quelque passant qui se hasarderait à le réclamer. J'honore les hommes de mon amour. Mais l'honneur doit se mériter.

    Je choisirai des amis parmi les hommes, mais jamais d'esclave ni de maître. Et je ne choisirai que ceux qui me plairont; à eux je montrerai amour et respect, mais jamais domination ni obéissance. Et nous joindrons nos mains lorsque nous le déciderons, ou marcherons seuls si nous le désirons. Car dans le temple de son esprit, chaque homme est seul. Que chaque homme garde son temple pur et intact. Qu'il rejoigne d'autres hommes, qu'il les prenne par la main, s'ils le désirent, mais seulement au-delà de ce seuil sacré.
    Car le mot « Nous » ne doit jamais être prononcé, sauf par choix personnel et après réflexion. Ce mot ne doit jamais être privilégié dans l'âme d'un homme, ou il devient monstrueux, l'origine de tous les maux sur terre, l'origine de la torture de l'homme par l'homme et d'une innommable duperie.
    Le mot « Nous » est comme de la chaux vive versée sur les hommes, qui se contracte et durcit comme la pierre, écrase tout ce qui se trouve au-dessous, mêlant le noir et le blanc dans son gris. C'est le mot grâce auquel les dépravés volent la vertu des hommes droits, grâce auquel les faibles volent la force des forts, grâce auquel les imbéciles volent la sagesse des sages.

    Quelle joie en tirer, si toutes les mains, même impures, peuvent l'atteindre ? Quelle sagesse, si même les imbéciles peuvent me donner des ordres ? Quelle liberté, si toutes les créatures, même les incapables et les impuissants, sont mes maîtres ? Quelle vie, si je ne fais que m'incliner, approuver et obéir ?

    Mais j'en ai fini de ce culte de la corruption. J'en ai fini de ce monstre du « Nous », mot de la servitude, du pillage, de la misère, du mensonge et de la honte.

    Et je vois maintenant le visage de dieu, et j'élève ce dieu au-dessus de la terre, ce dieu que les hommes cherchent depuis qu'ils existent, ce dieu qui leur accordera joie, paix et fierté.

    Ce dieu, ce mot unique, c'est « JE ».
    "
    -Ayn Rand, Hymne.

    « Je peux dire que tous les livres que j'écrirai jamais seront toujours voués à la défense de la cause de l'individu »
    -Ayn Rand, Ayn Rand Letters, 5/7/1943.

    "S'il était vrai que la dictature est inévitable et que le fascisme et le communisme sont les deux « extrêmes » au bout de notre course, alors quel serait le choix le plus sûr ?

    Eh bien, le centre mou ! Le centre, avec la sécurité indéfinie, indéterminée, de son économie mixte avec un degré « modéré » de privilèges étatiques pour les riches et un montant « modéré » de subventions étatiques pour les pauvres ; avec un respect « modéré » pour les droits et une dose « modérée » de force brute ; avec une mesure « modérée » de liberté et un degré « modéré » d’esclavage ; avec un degré « modéré » de justice et un degré « modéré » d'injustice ; avec un degré « modéré » de sécurité et un degré « modéré » de terreur, et avec un degré modéré de tolérance pour tous, sauf pour ces « extrémistes » qui défendent les principes, la cohérence, l'objectivité, la morale, et qui refusent les compromis.

    La notion de compromis comme la vertu suprême qui l’emporte sur tout le reste est l'impératif moral, la condition préalable d'une économie mixte. Une économie mixte est un mélange explosif, instable de deux éléments opposés, qui ne peut demeurer en l’état mais doit finir par glisser dans un sens ou dans l'autre ; c'est un mélange de liberté et d’autoritarisme, ce qui veut dire : non pas de fascisme et de communisme, mais de capitalisme et d’étatisme (dans toutes ses variantes). Dans leur panique, ceux qui souhaitent prolonger ce statu quo intenable et en pleine désintégration, hurlent qu’on pourrait le faire en éliminant les deux « extrêmes » de ses composants essentiels, mais ces deux extrêmes-là sont : le capitalisme, ou la dictature totale.

    [...] C’est là que nous pouvons voir les racines profondes, la source qui a rendu possible la propagation de ces « anticoncepts ».

    Ce sont ces névrosés mentalement paralysés, anxieux, produits par la désintégration de la philosophie moderne avec son culte de l'incertain, son irrationalisme épistémologique et son subjectivisme normatif, qui sortent de nos universités, brisés d’avance par une terreur chronique et cherchant échapper à l'absolutisme de la réalité qu’ils se sentent incapables d’affronter.

    C’est la peur qui les pousse à s'associer à d’habiles et pragmatiques manipulateurs et professionnels de la politique pour rendre le monde plus sûr pour les médiocres, en élevant au statut d'un idéal moral le citoyen archétypique d'une économie mixte : le mollasson docile, malléable, modéré qui jamais ne s'excite ni ne fait d’histoires, ne s’en fait jamais trop, s'adapte à tout et ne se bat pour rien.

    La meilleure preuve possible de l'effondrement d'un mouvement intellectuel apparaît le jour où il n'a plus rien à offrir comme idéal ultime qu’un plaidoyer pour la « modération ». La voilà bien, la preuve définitive de la faillite du collectivisme."
    -Ayn Rand, L'extrémisme ou l'art de la délation (1964).

    "Qu’est-ce que la moralité, ou l’éthique ? C’est un code de valeurs pour guider les choix et actions de l’homme, qui déterminent le but et le cours de sa vie. L’éthique, en tant que science, a pour objet la découverte et la définition d’un tel code.
    La première question à laquelle on doit répondre, comme condition préalable à toute tentative de définir, de juger ou d’accepter quelque système éthique que ce soit, est :
    Pourquoi l’homme a-t-il besoin d’un code de valeurs ?
    J’insiste sur ce point. La première question n’est pas : quel code de valeurs particulier l’homme doit-il accepter ? Mais : l’homme a-t-il ou non besoin d’un code de valeurs, et pourquoi ?
    Le concept de
    valeur, du « bon » et du « mauvais », est-il une invention humaine arbitraire, un concept n’ayant aucune relation avec les faits de la réalité, dont la source ne proviendrait pas d’eux ni ne serait fondé sur eux, ou est-il fondé sur un fait métaphysique, une condition invariable de l’existence de l’homme ? (J’utilise le terme « métaphysique » pour signifier ce qui concerne la réalité, la nature des choses, l’existence.) Le fait que l’homme doit guider ses actions suivant un ensemble de principes, est-il décrété par une convention humaine arbitraire, une simple coutume, ou existe-t-il un fait de la réalité qui l’exige ? L’éthique est-elle du domaine de l’irrationnel (caprices, émotions personnelles, contraintes sociales, révélations mystiques), ou du domaine de la raison ? L’éthique est-elle un luxe subjectif, ou une nécessité objective ?
    Dans les tristes annales de l’histoire de l’éthique, les moralistes ont, sauf en de très rares et infructueuses exceptions, considéré l’éthique comme étant du domaine de l’irrationnel. Certains l’ont fait d’une manière explicite, intentionnellement ; d’autres, implicitement, par défaut. Est « irrationnel » le désir ressenti par une personne qui n’en connaît pas la cause et ne tient pas à la connaître.
    Aucun philosophe n’a donné une réponse scientifique, objectivement démontrable et rationnelle à la question :
    Pourquoi l’homme a-t-il besoin d’un code de valeurs ? Aussi longtemps que cette question demeura sans réponse, aucun code éthique objectif, scientifique et rationnel n’a pu être découvert ou défini. Le plus grand de tous les philosophes, Aristote, ne considérait pas l’éthique comme une science exacte ; il fonda son système éthique sur l’observation de ce que les hommes sages de son temps choisissaient de faire, laissant sans réponses les questions suivantes : qu’est-ce qui motivait leurs choix ? et pourquoi considérait-il ces hommes comme sages ?
    La plupart des philosophes ont considéré l’existence de l’éthique comme allant de soi, comme un fait historique, sans se préoccuper de découvrir sa cause métaphysique ou sa validation objective. Beaucoup d’entre eux tentèrent de briser le monopole traditionnel du mysticisme dans le domaine de l’éthique et de définir une moralité non-religieuse, scientifique et rationnelle.
    Mais leurs tentatives reposèrent sur l’acceptation des doctrines éthiques des mystiques, en les justifiant à l’aide de motifs sociaux, substituant ainsi simplement la société à Dieu
    .
    Les mystiques déclarés considéraient l’inexplicable et arbitraire « volonté de Dieu » comme la norme de « ce qui est bon » et comme la validation de leur éthique. Les néomystiques substituèrent « la volonté de Dieu » par « ce qui est bon pour la société », s’enfonçant ainsi dans le cercle vicieux d’une définition telle : « la norme de ce qui est bon est ce qui est bon pour la société ». En toute logique (et aujourd’hui il s’agit d’une pratique répandue partout à travers le monde), cela signifie que la « société » est au-dessus de tout principe éthique, puisqu’elle est la source, la norme et le critère de l’éthique, et que « ce qui est bon » est tout ce qu’elle veut ou considère comme étant favorable à son bien-être ou à son plaisir. Cela signifie que la « société » peut faire tout ce qu’elle veut, puisque tout ce qu’elle choisit de faire est « bon », justement parce qu’elle l’a choisi. Et, puisque la « société » n’est pas une entité comme telle mais seulement un certain nombre d’hommes individuels, cela signifie que quelques-uns d’entre eux (la majorité ou n’importe quel gang qui prétende en être le porte-parole) ont, du point de vue éthique, le droit de réaliser tous leurs désirs (ou atrocités), alors que d’autres sont, toujours du point de vue éthique, obligés d’être à leur service toute leur vie.
    Il est difficile de parler de rationalité. Aujourd’hui, la plupart des philosophes affirment que la raison est en faillite, que l’éthique se situe hors des limites de la raison, qu’une éthique rationnelle ne peut être formulée, et que, dans le domaine de l’éthique (c’est-à-dire dans le choix de ses valeurs, de ses actions, de ce qu’il recherche, de ses objectifs vitaux), l’homme doit être guidé par autre chose que la raison. Par quoi ? Par la foi, l’instinct, l’intuition, la révélation, les émotions, les goûts, les pulsions, les désirs ou les caprices ; bref, par
    l’irrationnel. Aujourd’hui comme avant, la plupart des philosophes conviennent que la norme ultime de l’éthique est l’irrationnel, qu’ils nomment « postulat arbitraire », « choix subjectif » ou « engagement émotionnel ». La seule question étant de savoir quel irrationnel devrait être retenu : le nôtre, celui de la société, du dictateur ou de Dieu ? Quel que soit leur point de divergence, les moralistes contemporains s’entendent tous pour dire que l’éthique est une question subjective et que trois choses ne font pas partie de son domaine : la raison, l’esprit et la réalité.
    Si vous vous demandez pourquoi le monde va de plus en plus mal, voilà la raison.
    Si vous voulez sauver la civilisation, c’est
    cette prémisse de l’éthique moderne (comme de toute l’histoire de l’éthique) que vous devez remettre en question.
    Pour remettre en question la prémisse fondamentale de n’importe quelle discipline, on doit commencer par le commencement. En éthique, on doit commencer par poser les questions suivantes : Que sont les
    valeurs ? Pourquoi l’homme en a-t-il besoin ?
    Une « valeur » est ce pourquoi l’on entreprend une action pour acquérir et (ou) conserver quelque chose. Le concept de « valeur » n’est pas un primat ; il présuppose une réponse à la question : une valeur pour
    qui et pour quoi ? Il présuppose une entité capable d’agir pour atteindre un but en face d’une alternative. Là où il n’y pas d’alternative, aucun but ni aucune valeur n’est possible.
    [...]
    Maintenant, de quelle façon un être humain découvre-t-il le concept de « valeur » ? De quelle façon prend-il d’abord conscience de ce qui est « bon » et de ce qui est « mauvais » dans sa forme la plus simple ? Par les sensations physiques de plaisir et de douleur. De la même façon que les sensations constituent la première étape du développement d’une conscience humaine dans le domaine de la connaissance, elles constituent la
    première étape dans le domaine de l’
    évaluation.
    La capacité de faire l’expérience du plaisir ou de la douleur est innée dans le corps de l’homme ; cela fait partie de sa nature, du genre d’entité qu’il est. Il n’a aucun choix à cet égard, ni sur la norme qui détermine ce qui lui procurera une sensation physique de plaisir ou de douleur. Quelle est cette norme ? Sa vie.
    [...]
    Un organisme qui possède uniquement la faculté sensorielle est guidé par le mécanisme du plaisir et de la douleur propre à son corps, c’est-à-dire par une connaissance et un code de valeurs automatiques. Sa vie est le fondement des valeurs dirigeant ses actions. Dans la sphère des actions qui lui sont possibles, il choisit automatiquement les actions qui préservent sa vie, et rejette celles qui le mèneraient à sa propre destruction.
    Les espèces conscientes supérieures possèdent une forme de conscience beaucoup plus développée : elles possèdent la faculté de retenir les sensations, c’est-à-dire la faculté de la
    perception. Une « perception » est un groupe de sensations automatiquement retenues et intégrées par le cerveau d’un organisme vivant, lui donnant ainsi la capacité d’être conscient non pas d’un seul stimulus, mais d’entités, de choses. Un animal est guidé non seulement par des sensations immédiates, mais par des percepts. Ses actions ne sont pas de simples réponses à des stimuli spécifiques et séparés, mais sont dirigées en fonction d’une conscience intégrée de la réalité perceptuelle à laquelle l’animal fait face. Il est capable de saisir les réalités concrètes perceptuelles immédiatement présentes et est capable de former des associations perceptuelles automatiques, mais ne peut faire plus. Il est capable d’apprendre certaines habiletés pour faire face à certaines situations spécifiques, comme chasser ou se cacher. Dans le cas des animaux plus évolués, ces habiletés sont enseignées aux jeunes par les parents. Mais un animal n’a pas le choix des connaissances et des habiletés qu’il acquiert ; il ne peut que les répéter génération après génération. Et un animal n’a pas le choix de la norme des valeurs dirigeant ses actions : ses sens lui procurent un code de valeurs automatique, c’est-à-dire une connaissance automatique de ce qui est bon ou mauvais pour lui, de ce qui est favorable à sa vie ou de ce qui la met en danger. Un animal n’a pas le pouvoir d’accroître ses connaissances ou de ne pas en tenir compte. Dans les situations où ses connaissances sont inadéquates, il périt ; comme dans le cas de l’animal qui reste paralysé sur une voie de chemin de fer à l’arrivée d’un train. Mais tant qu’il vit, un animal se sert de ses connaissances, ce qui représente pour lui une sécurité automatique, mais aucun pouvoir de choix : il ne peut suspendre sa propre conscience, il ne peut pas choisir de ne pas percevoir, il ne peut pas éviter ses propres perceptions, il ne peut pas ignorer ce qui est bon pour lui, et ne peut choisir ce qui est mauvais et agir contre son propre intérêt.
    L’homme n’a pas de code de survie automatique. Il n’a Il n’a pas de processus d’action ou d’ensemble de valeurs automatiques. Ses sens ne lui dictent pas automatiquement ce qui est bon ou mauvais pour lui, ce qui est favorable à sa vie ou la met en danger, quels objectifs il doit poursuivre et les moyens qui lui permettraient de les atteindre, les valeurs dont dépend sa vie, ou le processus d’action qu’il doit suivre. Sa propre conscience doit découvrir les réponses à toutes ces questions. Mais sa conscience ne fonctionnera pas automatiquement. Malgré le fait qu’il soit l’espèce vivante la plus évoluée sur terre, et un être dont la conscience possède une capacité infinie pour acquérir des connaissances, l’homme est la seule entité vivante née sans aucune garantie de demeurer conscient. Ce qui distingue particulièrement l’homme de toutes les autres espèces vivantes est le fait que sa conscience peut vouloir.
    [...] Les actions de l’homme, de même que sa survie, nécessitent qu’elles soient guidées en fonction de valeurs
    conceptuelles, elles-mêmes découlant d’une connaissance conceptuelle. Mais une connaissance conceptuelle ne peut être acquise automatiquement.
    Le processus de formation des concepts ne consiste pas simplement à saisir quelques abstractions simples, comme « chaise », « table », « chaud », « froid », ou même comme le fait d’apprendre à parler. C’est une méthode d’utilisation de sa conscience, mieux désignée par le terme « conceptualisation ». Ce n’est pas un état passif d’enregistrement d’impressions aléatoires. C’est un processus activement entretenu qui consiste à identifier ses impressions en termes conceptuels, à intégrer chaque événement et chaque observation dans un contexte conceptuel, à saisir des relations, des différences et des similitudes dans notre matériel perceptuel et à les abstraire en nouveaux concepts, à tirer des inférences, faire des déductions et atteindre des conclusions, à se poser de nouvelles questions et découvrir de nouvelles réponses, développant ainsi continuellement la somme de nos connaissances. La faculté qui dirige ce processus et qui fonctionne au moyen de concepts, est la raison. Le processus est la pensée.
    La raison est la faculté qui identifie et intègre le matériel fourni par les sens de l’homme. C’est une faculté que l’homme doit exercer par choix. Penser n’est pas une fonction automatique. En tout moment et dans toutes les circonstances de sa vie, l’homme est libre de penser ou d’éviter cet effort. Penser nécessite un état de conscience d’une complète concentration. L’acte de concentrer notre conscience est volontaire. L’homme peut concentrer son esprit et développer une conscience de la réalité qui soit complète, active, et délibérément orientée ; ou il peut ne pas se concentrer et se laisser dériver dans un état de stupeur semi-consciente, réagissant simplement aux stimuli qui se présentent à lui à tout moment, et à la merci des aléas [...]
    Pour l’homme, le moyen fondamental de survie est la raison. L’homme ne peut survivre, comme le font les animaux, au moyen des seuls percepts. Une sensation de faim lui indiquera qu’il a besoin de nourriture – si, au préalable, il a appris à identifier cette sensation comme telle ; toutefois, cette sensation ne lui indiquera nullement comment obtenir sa nourriture, ni si elle sera bonne ou mauvaise pour lui. L’homme ne peut satisfaire ses besoins physiques les plus élémentaires sans un processus rationnel. Ce processus lui est nécessaire pour savoir comment cultiver sa nourriture et fabriquer ses outils de chasse. Ses percepts pourraient le conduire à une caverne (s’il y en a une de disponible) ; mais même pour construire le plus simple des abris, il a besoin de la pensée rationnelle. Aucun percept ni aucun « instinct » ne lui indiquera comment allumer un feu ou tisser des vêtements, comment fabriquer des outils, une roue ou un avion, comment réussir une appendicectomie, comment produire une ampoule électrique, un tube électronique, un cyclotron, ou une boîte d’allumettes. Pourtant sa vie dépend de telles connaissances, et seul un acte volontaire de sa conscience, un processus rationnel, le lui
    procurera.
    Mais la responsabilité de l’homme va encore plus loin : la pensée rationnelle n’est pas automatique, ni « instinctive », ni involontaire, ni
    infaillible. L’homme doit en prendre l’initiative, l’entretenir et en être responsable pour en supporter les conséquences. Il doit découvrir comment reconnaître le vrai du faux, comment corriger ses propres erreurs, et comment valider ses concepts, ses conclusions et sa connaissance. Bref, il doit découvrir les règles de la pensée et les lois de la logique, pour diriger sa pensée.
    [...]
    Un être qui ne sait pas automatiquement ce qui est vrai ou faux, ne peut savoir automatiquement ce qui est bien ou mal, ce qui est bon ou mauvais pour lui. Pourtant, il a besoin de cette connaissance pour vivre. Il n’est pas exempt des lois de la réalité. Il est un organisme spécifique, d’une nature spécifique et qui a besoin, en conséquence, d’actions spécifiques pour se maintenir en vie. Ce qu’il ne peut faire par des moyens arbitraires, des choix aléatoires ou des envies irrésistibles, ni par chance ou par caprice. Ce qui est requis pour sa survie est déterminé par sa nature ; à cet égard, il ne dispose d’aucun choix. Les seuls choix auxquels il doit faire face sont de savoir s’il découvrira ou non ce qui est requis pour sa survie, c’est-à-dire sa nature, et s’il choisira les bons objectifs et les bonnes valeurs ou non. L’homme est libre de faire de mauvais choix, mais non de réussir s’il en fait. L’homme est libre de fuir la réalité, de ne pas concentrer son esprit et de dévaler aveuglément toutes sortes de routes sinueuses et escarpées, mais pas d’éviter l’abîme qu’il refuse de voir. [...]
    L’homme est libre de choisir de ne pas être conscient, mais non d’échapper aux conséquences de son inconscience : la destruction. L’homme est la seule espèce vivante qui a le pouvoir d’agir comme son propre fossoyeur. Et c’est la façon dont il a agi la plupart du temps au cours de son histoire. Quels sont, alors, les bons objectifs que l’homme doit poursuivre ? Quelles sont les valeurs que sa survie exige ? Voilà les questions auxquelles doit répondre cette science qu’est l’éthique. Et voilà pourquoi l’homme a besoin d’un code éthique.
    Vous êtes maintenant en mesure d’évaluer la signification des doctrines qui prétendent que l’éthique est du domaine de l’irrationnel, que la raison ne peut guider la vie de l’homme, que ses objectifs et ses valeurs devraient être choisis par scrutin ou par caprice, que l’éthique n’a rien à voir avec la réalité, l’existence, nos actions et préoccupations pratiques, que le but de l’éthique se trouve dans l’au-delà et que ce sont les morts qui en ont besoin, et non les vivants.
    L’éthique n’est
    pas une fantaisie mystique, ni une convention sociale, ni un luxe dispendieux et subjectif à écarter en cas d’urgence. L’éthique est une nécessité objective et métaphysique de la survie de l’homme, et ce, non par la grâce d’une quelconque force surnaturelle ou de désirs irrationnels (les vôtres ou ceux des autres), mais par la grâce de la réalité et de la nature de la vie.
    [...]
    Bien que certains hommes tentent de survivre au moyen de la force brute ou par la fraude, le pillage, le vol ou le mensonge, ou en asservissant ceux qui produisent, le fait demeure que leur survie n’est rendue possible que par leurs victimes, c’est-à-dire ceux qui choisissent d’utiliser leur faculté rationnelle et de produire les biens qu’ils confisquent. De tels pilleurs sont des parasites incapables de survivre, et qui n’existent qu’en détruisant ceux qui sont capables, c’est-à-dire ceux qui suivent un processus d’action qui convienne à l’homme.
    Les hommes qui tentent de survivre, non pas au moyen de la raison mais au moyen de la force, tentent de survivre comme le font les animaux. Mais de la même manière que les animaux ne pourraient survivre en tentant de le faire avec les moyens qui conviennent aux plantes, c’est-à-dire en restant là sans bouger et en attendant que le sol les nourrisse, les hommes ne peuvent survivre en tentant de le faire comme le font les animaux, en rejetant la raison et en comptant que les
    hommes productifs les servent selon leurs désirs. De tels pilleurs ne peuvent atteindre leurs buts que momentanément, et au prix de la destruction de leurs victimes et de la leur.
    [...]
    L’homme ne peut survivre, comme un animal, dans l’éphémère et le provisoire. La vie d’un animal consiste en une série de cycles bien définis, sans cesse répétés, comme l’élevage des petits, l’accumulation de la nourriture pour l’hiver, etc. ; la conscience d’un animal ne peut intégrer l’ensemble de la durée de sa vie ; l’animal ne peut que répéter les cycles l’un après l’autre, sans pouvoir faire de liens avec le passé. La vie de l’homme est un tout continu : pour le meilleur et pour le pire, chaque jour, chaque année et chaque décennie de sa vie porte en lui la somme de toutes ses expériences passées. Il peut modifier ses choix, et est libre de changer la voie qu’il suit ; il est même libre, dans plusieurs cas, d’expier les fautes de son passé, sans être libre, toutefois, de s’en échapper, ni de vivre sa vie, comme un animal, un play-boy ou une brute, dans l’éphémère et le provisoire sans en subir les conséquences. Pour réussir à survivre et pour faire en sorte que ses actions ne le conduisent pas à sa propre perte, l’homme doit choisir sa voie, ses objectifs et ses valeurs en fonction et dans un contexte de long terme, c’est-à-dire en prenant en considération l’ensemble de sa vie. Aucune sensation, percept, désir ou « instinct » ne peut le faire ; seul un esprit conscient le peut.
    Voilà la signification de la définition énoncée plus haut : ce qui est requis pour la survie de l’homme
    en tant qu’homme. Il ne s’agit pas d’une survie momentanée ou simplement physique. Il ne s’agit pas de la survie physique momentanée d’une brute stupide, attendant qu’une autre brute lui brise le crâne. Il ne s’agit pas de la survie physique momentanée d’un idiot musclé qui est prêt à accepter n’importe quelles contraintes, obéir au premier gangster venu et abandonner toutes ses valeurs, pour ce qu’il est convenu d’appeler « survivre à tout prix », et qui pourrait bien ne durer qu’un temps limité. « La survie de l’homme en tant qu’homme » signifie les exigences, les méthodes, les conditions et les objectifs requis pour la survie d’un être rationnel en fonction de l’ensemble de la durée de sa vie, et en tenant compte de tous les aspects de son existence qui sont
    susceptibles de choix
    .
    L’homme ne peut survivre autrement qu’en tant qu’homme. Il peut abandonner son moyen de survie, c’est-à-dire son esprit, il peut s’abaisser à devenir une créature sous-humaine, et il peut faire de sa vie un enfer, le temps que son corps résiste au processus de désintégration auquel il se soumet. Mais en tant que sous-humain, il ne peut réussir qu’à accomplir ce qui est sous-humain, comme le démontrent les atrocités perpétrées au cours des périodes antirationnelles de l’histoire de l’humanité. C’est par choix que l’homme doit être homme, et la tâche de l’éthique est de lui enseigner comment vivre en homme.
    L’éthique objectiviste considère la vie de l’homme comme le fondement de toute valeur, et sa propre vie comme le but éthique de chaque individu.
    [...]
    L’homme doit choisir ses actions, ses valeurs et ses buts en fonction de la norme de ce qui convient à l’homme, de façon à accomplir, conserver, réaliser cette valeur ultime, et cette fin en soi qu’est sa propre vie, et en jouir.
    Une
    valeur est ce pourquoi l’on entreprend une action pour acquérir et (ou) conserver quelque chose. Une vertu est l’action par laquelle on l’acquiert et (ou) la conserve. Les trois valeurs cardinales de l’éthique objectiviste sont la raison, l’intentionnalité et l’estime de soi. Ces trois valeurs sont, ensemble, à la fois le moyen de réaliser et la réalisation de cette valeur ultime qu’est notre propre vie. Leurs vertus correspondantes sont la rationalité, la productivité et la fierté.
    Le travail productif est le
    but central de la vie d’un homme rationnel, la valeur centrale qui intègre et détermine la hiérarchie de toutes ses autres valeurs. La raison est la source, la condition préalable de son travail productif, et la fierté, le résultat.
    La rationalité est la vertu fondamentale de l’homme, la source de toutes ses autres vertus. Le vice fondamental de l’homme, la source de tous ses maux, est l’acte de ne pas concentrer son esprit, de « suspendre » sa conscience, c’est-à-dire non d’être aveugle, mais de refuser de voir ; non d’être ignorant, mais de refuser de savoir. L’irrationalité est le rejet du moyen de survie de l’homme, et, par conséquent, un engagement dans la voie de l’autodestruction. Ce qui est contre l’esprit est contre la vie.
    [...]
    Nous ne devons jamais sacrifier nos opinions aux convictions ou aux désirs irrationnels des autres (ce qui constitue la vertu de l’intégrité) ; [...] nous ne devons jamais tenter de falsifier la réalité de quelque façon que ce soit (ce qui constitue la vertu de l’honnêteté) ; et [...] nous ne devons jamais chercher à nous approprier ou à nous octroyer ce que nous ne méritons pas ou ce qui ne nous revient pas de droit, que ce soit dans le domaine matériel ou spirituel (ce qui constitue la vertu de la justice).
    [...]
    Le travail productif est le chemin qui permet à l’homme de réaliser tout ce qu’il désire, et fait appel aux plus hauts attributs de son caractère : son habileté créatrice, son ambition, sa confiance en soi, son refus de se laisser abattre par les catastrophes et son dévouement à l’objectif de refaçonner la terre à l’image de ses valeurs. « Travail productif » ne signifie pas la répétition machinale des mouvements d’un travail quelconque. Il signifie le fait de choisir consciencieusement une carrière productive et de s’y adonner au meilleur de ses capacités, quel que soit le domaine d’activité rationnel, qu’il soit grand ou modeste. Ce n’est pas le degré d’habileté d’un homme ni la portée de son travail qui est éthiquement pertinent ici, mais le fait qu’il utilise ou non son esprit de la manière la plus complète et la plus réfléchie possible.
    [...]
    L’expression « ambition morale » est la meilleure façon de désigner la vertu de fierté. Cela signifie que l’on doit mériter le droit de se considérer soi-même comme notre plus grande valeur en réalisant notre propre perfection morale, c’est-à-dire en refusant d’accepter tout code fondé sur des vertus irrationnelles qui seraient impossibles à pratiquer, et en s’assurant de pratiquer celles qui le sont, en refusant toute culpabilité imméritée, en ne s’y exposant pas et en corrigeant promptement celle que l’on aurait pu mériter, en ne se résignant jamais passivement aux défauts de notre caractère, et en ne laissant jamais quelque inquiétude, caprice, crainte ou humeur momentanée que ce soit l’emporter sur notre propre estime de soi. Et enfin, par-dessus tout, la perfection morale s’accomplit en refusant de jouer le rôle d’un animal sacrificiel et en refusant toute doctrine qui prêche l’auto-immolation
    comme une vertu ou un devoir moral.
    Le principe social fondamental de l’éthique objectiviste est que tout comme la vie est une fin en soi, chaque être humain vivant est une fin en lui-même, non le moyen pour les fins ou le bien-être des autres. Ainsi, l’homme doit vivre pour son propre intérêt, ne sacrifiant ni lui-même aux autres, ni les autres à lui-même. Vivre pour son propre intérêt signifie que l’
    accomplissement de son propre bonheur est le plus haut but moral de l’homme.
    [...]
    La tâche de l’éthique est de définir le code de valeurs qui convient à l’homme pour ainsi lui donner le moyen d’atteindre le bonheur. Déclarer, comme le font les partisans de l’éthique hédoniste que « tout ce qui vous fait plaisir est une valeur adéquate » revient à déclarer que vous pouvez valoriser tout ce que vous voulez, ce qui est un acte d’abdication intellectuelle et philosophique, un acte qui ne fait que démontrer la futilité de l’éthique et invite tous les hommes à en jouer sauvagement.
    Les philosophes qui ont tenté d’élaborer un soi-disant code éthique rationnel n’ont donné à l’humanité que le choix entre deux éthiques fondées sur les désirs irrationnels : soit la poursuite « égoïste » de nos propres désirs irrationnels (comme l’éthique de Nietzsche par exemple), soit le service « altruiste » aux désirs irrationnels des autres (comme les éthiques de Bentham, de Mill, de Comte, et de tous les hédonistes sociaux, qui permettent à l’homme de noyer ses propres désirs irrationnels parmi ceux des millions d’autres, ou qui lui recommandent de s’abaisser à devenir une mauviette totalement désintéressée qui ne cherche qu’à se faire dévorer par les autres).
    Quand un « désir », sans égard à sa nature ou à sa cause, est utilisé comme primat éthique, et que l’assouvissement de n’importe lequel et de tous les désirs est considéré comme un but éthique (tel que « le plus grand bonheur pour le plus grand nombre »), les hommes n’ont d’autres choix que se haïr et se craindre les uns les autres, et se battre les uns contre les autres, étant donné que leurs désirs et leurs intérêts se contrediront nécessairement. Si le « désir » est la norme éthique, le désir d’un homme de produire et le désir d’un autre homme de le voler ont une validité éthique égale ; le désir d’un homme d’être libre et le désir d’un autre de l’asservir ont aussi une validité éthique égale même chose enfin pour un homme qui désire être aimé et admiré pour ses vertus et un autre qui désire l’être sans justification ni mérite. Et si la frustration de
    n’importe quel désir constitue un sacrifice, alors un homme qui possède une automobile et se la fait voler, est victime d’un sacrifice, mais cela est vrai aussi d’un homme qui veut ou qui « aspire à » avoir une automobile que le propriétaire refuse de lui donner ; et ces deux « sacrifices » ont un statut éthique égal. De sorte que le seul choix de l’homme est de voler ou d’être volé, de détruire ou d’être détruit et de sacrifier les autres à n’importe lequel de ses propres désirs ou d’être sacrifié aux désirs d’autrui. Ainsi, la seule alternative éthique de l’homme est d’être un sadique ou un masochiste.
    Le cannibalisme moral de toutes les doctrines hédonistes et altruistes tient dans la prémisse que le bonheur d’un homme nécessite le malheur d’un autre.
    Aujourd’hui, la plupart des gens considèrent cette prémisse comme un absolu qui ne doit pas être remis en question. Et lorsqu’on parle du droit d’un homme d’exister pour son propre bien, pour son propre intérêt rationnel, la plupart des gens supposent automatiquement que cela signifie son droit de sacrifier les autres. Une telle supposition avoue leur propre croyance que nuire, asservir, voler ou assassiner est dans l’intérêt personnel des hommes, mais qu’ils doivent y renoncer d’une manière altruiste. L’idée que l’intérêt personnel de l’homme ne peut être servi que par des relations non-sacrificielles avec les autres n’est jamais venue à l’esprit de ces apôtres humanitaires de l’anti-égoïsme, qui proclament leur désir d’accomplir la fraternité entre tous les hommes. Et il ne leur viendra jamais à l’esprit, ni à personne, tant et aussi longtemps que le concept de rationalité sera dissocié de ceux de « valeurs », « désirs », « intérêt personnel » et de l’
    éthique
    .
    L’éthique objectiviste considère que ce qui est bon pour l’homme ne nécessite pas de sacrifices humains et ne peut être accompli par le sacrifice des uns en faveur des autres. Elle considère que les intérêts rationnels des hommes ne se contredisent pas, et qu’il ne peut y avoir de conflits d’intérêts entre des hommes qui ne désirent pas ce qu’ils ne méritent pas, qui ne font ni n’acceptent de sacrifices et qui traitent les uns avec les autres sur la base d’un échange librement consenti, donnant valeur pour valeur.
    Le principe de l’
    échange est le seul principe éthique rationnel pour toutes, les relations humaines, personnelles ou sociales, privées ou publiques, spirituelles ou matérielles. C’est le principe de la justice.
    Celui qui applique le principe de l’échange est un homme qui gagne ce qu’il obtient et qui ne donne ni ne prend ce qui n’est pas mérité. Il ne traite pas les hommes comme des maîtres ou des esclaves, mais comme des égaux indépendants. Il fait affaire avec eux au moyen d’échanges libres, volontaires, non forcés et non coercitifs, échanges qui bénéficient à chaque partie selon leur propre jugement indépendant. Cet homme ne s’attend pas à être payé pour ses tares, mais seulement pour ses réalisations. Il ne reporte pas sur les autres le fardeau de ses fautes et n’hypothèque pas sa vie pour supporter les leurs.
    [...]
    Aimer, c’est valoriser. Seul un homme rationnellement égoïste, un homme qui a l’estime de soi, est capable d’amour, parce qu’il est le seul homme capable d’avoir des valeurs fermes et cohérentes, sans compromis et avec intégrité. L’homme qui ne se valorise pas lui-même, ne peut valoriser personne ni quoi que ce soit.
    C’est uniquement en se fondant sur l’égoïsme rationnel, sur la justice, que les hommes peuvent avantageusement se réunir pour vivre ensemble dans une société libre, pacifique, prospère, bienveillante et
    rationnelle.
    L’homme peut-il tirer un quelconque avantage personnel à vivre en société ? Oui, s’il s’agit d’une société humaine. Les deux grandes valeurs dont on peut bénéficier par la vie sociale sont la connaissance et l’échange. L’homme est la seule espèce qui peut transmettre et étendre son bagage de connaissances d’une génération à l’autre. La connaissance potentiellement disponible à l’homme qui vit en société est infiniment plus grande que celle qu’il pourrait acquérir seul au cours de sa vie ; chaque homme profite ainsi de l’inestimable avantage des connaissances découvertes par autrui. Le deuxième grand avantage est la division du travail. Il permet à l’homme de se consacrer à un domaine particulier et d’échanger avec ceux qui se spécialisent dans d’autres domaines. Cette forme de coopération permet à tous ceux qui y participent d’atteindre une plus grande connaissance, une plus grande habileté et une plus grande productivité en retour des efforts investis, que si chacun d’eux avait eu à produire tout ce dont ils ont besoin, sur une île déserte ou sur une ferme fonctionnant en autarcie.
    Le principe politique fondamental de l’éthique objectiviste est : aucun homme ne peut prendre l’initiative de recourir à la force physique contre les autres. Aucun homme – aucun groupe, aucune société, aucun gouvernement – n’a le droit d’agir en criminel et d’user de contrainte physique contre qui que ce soit. Les hommes peuvent utiliser la force physique seulement par représailles et seulement contre ceux qui y ont eu recours. Le principe éthique en jeu est simple, clair, net et précis : c’est la différence entre le meurtre et la légitime défense. Un cambrioleur cherche à s’emparer de biens en tuant sa victime ; la victime ne devient pas plus riche en tuant un cambrioleur. Le principe est qu’aucun homme ne peut obtenir quoi que ce soit des autres qui ait de la valeur en ayant recours à la force physique.
    Le seul but
    moral qui convienne à un gouvernement est la protection des droits de l’homme. Cela veut dire que le gouvernement doit le protéger de la violence physique, protéger son droit à la vie, à la liberté, à la propriété et à la poursuite de son propre bonheur. Sans droits de propriété, aucun autre droit n’est possible.
    [...]
    La théorie mystique de l’éthique est explicitement fondée sur la prémisse que la norme fondant les valeurs de l’éthique de l’homme se situe outre-tombe, selon les lois et les exigences d’une autre dimension, une dimension supranaturelle, qu’il est impossible pour l’homme de mettre en pratique son propre code éthique, que celui-ci est impropre et s’oppose à la vie de l’homme sur terre, et que l’homme doit en supporter le blâme et souffrir toute la durée de son existence terrestre pour expier la culpabilité d’être incapable de mettre en pratique l’impraticable. Le haut moyen âge et le moyen âge sont les monuments existentiels de cette éthique.
    La théorie sociale de l’éthique substitue la « société » à Dieu, et bien qu’elle prétende que sa préoccupation principale soit la vie sur terre, ce n’est pas la vie de l’homme, pas la vie d’un individu dont il s’agit, mais la vie d’une entité désincarnée,
    le collectif, qui, par rapport à chaque individu, est tout le monde sauf lui-même. Et autant que l’individu est concerné, son devoir éthique est d’être l’esclave des besoins, des demandes et des exigences revendiqués par autrui, un esclave qui ne peut faire entendre sa voix et dont la personnalité, le moi, l’ego est nié et totalement dépourvu de droits. L’expression « les loups se mangent entre eux » n’est applicable ni au capitalisme ni aux loups, mais bien à la théorie sociale de l’éthique. Les monuments existentiels de cette théorie sont l’Allemagne nazie et la Russie soviétique.
    La théorie subjectiviste de l’éthique est, à proprement parler, non une théorie, mais une négation de l’éthique. Plus encore, c’est une négation de la réalité, une négation non seulement de l’existence de l’homme, mais de
    toute l’existence. Seul le concept d’un univers fluide, plastique, indéterminé, un univers héraclitéen pouvait permettre de penser ou de prêcher que l’homme n’a pas besoin de principes d’action objectifs, que la réalité lui donne carte-blanche sur le choix de ses valeurs, que tout ce qu’il veut bien désigner comme bon ou mauvais le sera, que le désir irrationnel d’un homme peut être une norme morale valide, et que la seule question est de savoir comment on peut s’en tirer. Le monument existentiel de cette théorie est l’état actuel de notre culture.
    [...]
    C’est la philosophie qui détermine les buts de l’homme et la voie qu’il doit suivre ; c’est seulement la philosophie qui peut maintenant les sauver. Aujourd’hui, le monde est face à un choix : pour que la civilisation survive, les hommes doivent rejeter la morale altruiste.
    Je terminerai par ces mots de John Galt, que j’adresse, comme lui, à tous les moralistes de l’altruisme, passés ou présents : « Vous avez utilisé la crainte comme arme et apporté la mort à l’homme comme châtiment d’avoir rejeté votre morale. Nous lui offrons la vie comme récompense pour accepter la nôtre. »

    -Ayn Rand, L'Éthique Objectiviste (Texte d’une conférence donnée par Ayn Rand à l’Université du Wisconsin le 9 février 1961), repris dans La Vertu d'Égoïsme, Les Belles Lettres, 2008.

    "Consternante insouciance avec laquelle les hommes proposent, discutent et acceptent des projets « humanitaires » qui devront être imposés par des moyens politiques, c’est-à-dire par la force, à un nombre illimité d’êtres humains." (p.42)

    "La question non posée et insoluble à l’égard de tous leurs objectifs « désirables » est : Pour qui ? Désirs et objectifs présupposent des bénéficiaires. La science est-elle désirable ? Pour qui ? Pas aux serfs soviétiques qui meurent d’épidémies, d’insalubrité, de faim ou de terreur, ou qui finissent au poteau d’exécution, alors que de brillants jeunes hommes leur font des signes de la main de leurs capsules spatiales circulant au-dessus de leurs porcheries humaines. Non plus qu’à ce père américain qui meurt d’une attaque cardiaque provoquée par une surcharge de travail pour payer les études universitaires de son fils, ou à ce garçon qui n’a pas les moyens d’aller à l’université, ou à ce couple tué dans un accident de la route parce qu’il n’avait pas les moyens de s’acheter une nouvelle automobile, ou à cette mère qui a perdu son enfant parce qu’elle n’avait pas les moyens de l’envoyer dans le meilleur hôpital, non plus qu’à tous ceux dont les taxes paient pour financer la science subventionnée et les projets de recherches publics." (p.42)
    -Ayn Rand, "L'Éthique collectivisée", The Objectivist Newsletter, janvier 1963, repris dans La Vertu d'Égoïsme, Les Belles Lettres, 2008.

    "Une nation dirigée par la force physique brute n’est pas une nation, mais une horde de brigands, qu’elle ait à sa tête Attila, Genghis Khan, Hitler, Kroutchev ou Castro. Quels droits Attila pourrait-il revendiquer et à quel titre ? [...]
    Le droit des nations à l’« auto-détermination » ne s’applique qu’aux sociétés libres ou aux sociétés cherchant à établir la liberté ; il ne s’applique pas aux dictatures
    ." (p.56)

    "Les dictatures sont des nations hors-la-loi. Toute nation libre avait le droit d’envahir l’Allemagne nazie et, aujourd’hui, a le droit d’envahir la Russie soviétique, Cuba ou n’importe quel autre enclos d’esclaves. Qu’une nation libre choisisse de le faire ou non dépend de son propre intérêt, pas du respect des « droits » inexistants de chefs de gang. Ce n’est pas le devoir d’une nation libre de libérer les autres nations au prix de se sacrifier soi-même, mais une nation a le droit de le faire, lorsque et si elle choisit de le faire." (p.57)
    -Ayn Rand, "Les Droits collectivisés", The Objectivist Newsletter, juin 1963, repris dans La Vertu d'Égoïsme, Les Belles Lettres, 2008.

    "Dans une société totalement libre, l’impôt – ou, pour être exact, les contributions pour les services gouvernementaux – serait volontaire. Puisqu’il est démontrable que les services légitimes d’un gouvernement –la police, les forces armées, les tribunaux judiciaires– sont nécessaires pour les citoyens et qu’ils servent leurs intérêts directement, les mêmes citoyens consentiraient (et devraient consentir) à payer pour de tels services, pour les mêmes raisons qu’ils paient pour des assurances." (p.59)
    -Ayn Rand, "Le Financement du gouvernement dans une société libre", The Objectivist Newsletter, février 1964, repris dans La Vertu d'Égoïsme, Les Belles Lettres, 2008.

    « Le bien commun, ou intérêt général, est un concept indéfini et qui ne peut être défini. Des entités telles que la tribu ou le collectif n’existent pas. La tribu (ou le collectif, ou la société) est seulement une somme d’individus. Rien ne peut être « bon » pour la tribu en tant que telle : l’utilité et la valeur ne peuvent être perçues que par des organismes vivants – des organismes individuels – pas par un agrégat désincarné de relations sociales.

    Le « bien commun » est un concept dénué de sens, sauf si nous considérons la somme des intérêts de tous les individus impliqués. Mais cette conception ne saurait servir de critère moral : les questions « qu’est-ce que l’intérêt individuel » et « comment déterminer l’intérêt individuel » restent ouvertes.

    Quand le bien commun d’une société est évoqué en tant que valeur supérieure à l’intérêt de ses membres, cela signifie que l’intérêt de certains hommes supplantent l’intérêt d’autres hommes, consignés au statut d’animaux sacrificiels
    . » -Ayn Rand, Capitalism: the unknown ideal.


    Dernière édition par Johnathan R. Razorback le Lun 16 Oct - 12:22, édité 8 fois


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    -Ayn Rand.


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    Re: Ayn Rand, Œuvre

    Message par Johnathan R. Razorback le Sam 4 Avr - 16:24

    "Les résultats psychologiques de l’altruisme peuvent être observés dans le fait qu’un grand nombre de gens abordent le sujet de l’éthique en posant des questions comme :
    « Doit-on risquer sa vie pour aider un homme qui a) se noie, b) est pris dans un feu, c) se jette devant un camion en marche, d) est suspendu du bout des doigts au-dessus d’un abîme ? »
    Considérez les implications de cette approche. Si un homme accepte l’éthique de l’altruisme, il doit souffrir les conséquences suivantes, en proportion du degré de son acceptation:
    1. Un manque d’estime de soi, puisque sa première préoccupation dans le domaine des valeurs n’est pas de savoir comment vivre sa vie, mais comment la sacrifier ;
    2. Un manque de respect pour autrui, puisqu’il considère l’humanité comme une horde de mendiants invétérés implorant constamment l’aide de quelqu’un ;
    3. Une vision cauchemardesque de l’existence, puisqu’il croit que les hommes sont piégés dans un « univers malveillant » où les désastres sont la préoccupation fondamentale et constante de leur vie ;
    4. et, en fait, une indifférence léthargique à l’éthique et une amoralité désespérément cynique, puisque ses questions impliquent des situations qu’il ne rencontrera probablement jamais et qui n’ont aucune relation avec les problèmes réels de sa propre vie, le laissant ainsi sans aucun principe moral d’aucune sorte pour vivre sa vie.
    En faisant de l’aide à autrui la question fondamentale et centrale de l’éthique, l’altruisme a détruit le concept de toute fraternité ou bienveillance authentique entre les hommes. Il a endoctriné les hommes avec l’idée que valoriser un autre être humain est un acte altruiste, impliquant, de ce fait, qu’un homme ne peut avoir d’intérêts personnels dans les autres, que
    valoriser autrui signifie se sacrifier soi-même, que tout amour, respect ou admiration qu’un homme peut ressentir pour autrui n’est pas et ne peut pas être une source de sa propre jouissance, mais une menace à son existence, un chèque en blanc sacrificiel signé au profit de ceux qu’il aime.
    Les hommes qui acceptent cette dichotomie mais choisissent l’autre côté de la médaille, produits ultimes de l’influence déshumanisante de l’altruisme, sont ces psychopathes qui ne remettent pas en cause les prémisses fondamentales de l’altruisme, mais proclament leur rébellion contre le sacrifice de soi en annonçant qu’ils sont totalement indifférents à tout ce qui vit et qu’ils ne lèveraient pas le petit doigt pour aider un homme ou un chien qui vient d’être mutilé par un chauffard qui a pris la fuite (et qui est généralement un des leurs).
    La plupart des hommes n’acceptent ni ne pratiquent l’un ou l’autre des aspects de la dichotomie vicieusement fallacieuse de l’altruisme ; il en demeure toutefois, comme résultat, un total chaos intellectuel à l’égard des relations qui conviennent entre les hommes ainsi qu’à l’égard de la nature, de la finalité et de l’étendue de l’aide que l’on peut apporter à autrui. Aujourd’hui, un grand nombre d’hommes raisonnables et bien intentionnés ne savent pas comment identifier ou conceptualiser les principes moraux qui motivent leur amour, leur affection ou leur bonne volonté, et ne peuvent trouver aucun guide dans le domaine de l’éthique, qui est dominé par les vieilles platitudes de l’altruisme
    .
    "L’amour et l’amitié sont des valeurs profondément personnelles et égoïstes : l’amour est l’expression et l’affirmation de l’estime de soi, une réponse à nos propres valeurs, que l’on retrouve dans l’autre. On retire une joie profondément personnelle et égoïste de la simple existence de ceux que l’on aime. C’est notre propre bonheur personnel et égoïste que l’on recherche, mérite et recueille par l’amour. Un amour « altruiste » et « désintéressé » est une contradiction dans les termes : cela signifie que l’on est indifférent à ce que l’on valorise. La préoccupation pour le bien-être de ceux que l’on aime est une part rationnelle de nos intérêts égoïstes. Si un homme passionnément épris de son épouse dépense une fortune pour la guérir d’une dangereuse maladie, il serait absurde de prétendre qu’il le fait à titre de « sacrifice » pour son bénéfice à elle, pas le sien, et que pour lui, personnellement et égoïstement, cela ne fait aucune différence qu’elle vive ou qu’elle meurt. Toute action qu’un homme entreprend pour le bénéfice de ceux qu’il aime n’est pas un sacrifice si, dans la hiérarchie de ses valeurs, et dans le contexte global des choix auxquels il fait face, cette action réalise ce qui est pour lui de la plus grande importance personnelle et rationnelle. Dans l’exemple ci-dessus, la survie de son épouse est une valeur plus grande pour le mari que tout ce que son argent pourrait acheter d’autre, c’est ce qu’il y a de plus important pour son propre bonheur et, en conséquence, son action n’est pas un sacrifice.
    Supposez maintenant qu’il la laisse mourir de manière à pouvoir dépenser son argent pour sauver la vie de dix autres femmes qui ne signifient rien pour lui – comme l’exigerait l’éthique de l’altruisme.
    Cela serait un sacrifice. C’est ici qu’apparaît le plus clairement la différence entre l’objectivisme et l’altruisme : si le sacrifice est le principe moral d’action, alors le mari devrait sacrifier son épouse pour le bénéfice des dix autres femmes. Qu’est-ce qui distingue l’épouse des dix autres femmes ? Rien, sauf la valeur qu’elle possède aux yeux du mari qui doit faire le choix – rien, sauf le fait que son bonheur
    à lui nécessite sa survie.
    L’éthique objectiviste lui dirait : votre plus haut but moral est l’accomplissement de votre propre bonheur ; votre argent vous appartient, utilisez-le pour sauver votre épouse.
    Voilà votre droit moral et votre choix rationnel et moral.
    Considérez l’âme du moraliste altruiste qui envisagerait de dire à ce mari de faire le contraire. Et demandez-vous par la suite si l’altruisme est motivé par la compassion
    ."
    [...]
    "Puisque les hommes sont nés tabula rasa, tant cognitivement que moralement, un homme rationnel considère ceux qui lui sont étrangers comme innocents jusqu’à preuve du contraire, et présume au départ qu’ils sont bienveillants au nom de leur potentiel humain. Par la suite, il les juge en fonction du caractère moral dont ils font preuve. S’il les trouve coupables de fautes majeures, la bienveillance qu’il leur accordait au départ est remplacée par le dégoût et la condamnation morale. (Si l’on accorde de la valeur à la vie humaine, on ne peut en accorder à ses fossoyeurs.) S’il les estime vertueux, il reconnaît leur mérite et leur accorde une valeur personnelle et individuelle, en proportion de leurs vertus."
    -Ayn Rand, L'éthique des urgences, The Objectivist Newsletter, février 1963.

    "L’homme qui est prêt à servir de moyen aux fins d’autrui considérera nécessairement les autres comme le moyen pour ses fins. Plus il est névrosé ou consciencieux dans la pratique de l’altruisme (et ces deux aspects de sa psychologie agiront réciproquement pour se renforcer l’un l’autre), plus il tendra à imaginer des projets « pour le bien de l’humanité », de la « société », du « public », des « générations futures » ou de n’importe quoi sauf des êtres humains réels et actuels eux-mêmes.
    D’où la consternante insouciance avec laquelle les hommes proposent, discutent et acceptent des projets « humanitaires » qui devront être imposés par des moyens politiques, c’est-à-dire
    par la force, à un nombre illimité d’êtres humains. Si, d’après les caricatures collectivistes, les riches avides s’adonnent au luxe et à ses extravagances sous le prétexte que « le prix n’a pas d’importance », alors le progrès social apporté par les mentalités collectivistes d’aujourd’hui consiste à s’adonner à la planification politique altruiste, selon le principe que « les êtres humains n’ont pas d’importance ».
    Le trait caractéristique de telles mentalités est le plaidoyer en faveur d’un objectif
    public à grande échelle, sans considération du contexte, des coûts ou des moyens. Hors contexte, un tel objectif peut généralement être présenté comme désirable ; il doit être public, parce que les coûts n’ont pas à être produits mais résultent de l’expropriation ; et une épaisse nappe de brouillard doit ensevelir la question des moyens, parce que les moyens seront des vies humaines."

    [...]

    "Si les hommes ont réussi à maintenir un minimum de respect pour les droits individuels dans leurs relations mutuelles, ce minimum disparaît lorsqu’ils se tournent vers les questions publiques, et celui qui surgit dans l’arène politique est un homme des cavernes qui ne peut pas voir pourquoi la tribu ne pourrait pas briser le crâne de n’importe quel individu si elle le désire.
    La caractéristique distinctive d’une telle mentalité tribale est la vision axiomatique, presque « instinctive », de la vie humaine comme combustible ou moyen pour quelque projet public que ce soit.
    Les exemples de tels projets sont innombrables : « N’est-il pas désirable d’assainir les quartiers pauvres ? » en laissant de côté ce qui arrive à ceux qui se trouvent dans la tranche de revenus immédiatement supérieure ; « N’est-il pas désirable d’avoir de belles villes, bien planifiées, d’un seul style harmonieux ? » (en laissant de côté la question de savoir qui choisira le style qui sera imposé aux constructeurs d’habitation) ; « N’est-il pas désirable d’éduquer le public ? » (en laissant de côté la question de savoir
    qui seront les éducateurs, qu’est-ce qui sera enseigné, et qu’est-ce qu’il adviendra des dissidents) ;
    « N’est-il pas désirable de libérer les artistes, les écrivains et les compositeurs du fardeau des problèmes financiers pour les laisser libres de créer ? » (en laissant de côté les questions suivantes :
    Quels artistes, écrivains, et compositeurs ? Choisis par qui ? Aux frais de qui ? Aux frais des artistes, écrivains et compositeurs qui n’ont pas de poids politique et dont les revenus misérablement précaires seront taxés pour « libérer » cette élite privilégiée ?).
    « La
    science n’est-elle pas désirable ? La conquête de l’espace n’est-elle pas désirable ? » Là, nous en venons à l’essence du déni de réalité (cette irréalité sauvage, aveugle, horrible et sanglante) qui motive l’âme collectivisée."

    [...]

    "La science n’est une valeur que dans la mesure où elle développe, enrichit et protège la vie de l’homme. En dehors de ce contexte, ce n’est pas une valeur. Et il n’y a rien qui soit une valeur en dehors de ce contexte. Et « la vie humaine » signifie la vie unique, spécifique et irremplaçable de chaque homme individuel.
    La découverte d’une nouvelle connaissance n’est une valeur pour les hommes que lorsque et si ils sont libres d’utiliser et de jouir des avantages qu’offrent les connaissances actuelles. Les nouvelles découvertes représentent une valeur
    potentielle pour tous les hommes, mais pas au prix de sacrifier toutes les valeurs dont ils jouissent actuellement. Un « progrès » qui se perd dans l’infini, et qui n’apporte aucun avantage à personne, est une absurdité monstrueuse, comme l’est la « conquête de l’espace » lorsque et si elle est accomplie en expropriant le travail des hommes, dont certains n’ont même pas de quoi s’acheter une paire de chaussures.
    Le progrès ne peut découler que du surplus de la production des hommes, c’est-à-dire du travail de ceux dont l’habileté produit plus que ce qui est nécessaire à leur consommation personnelle et qui sont intellectuellement et financièrement capables de s’aventurer dans l’inconnu. Le capitalisme est le seul système où de tels hommes sont libres d’agir et où le progrès est accompagné, non de privations imposées, mais par l’amélioration constante du niveau général de prospérité, de consommation et de jouissance de la vie.
    Les vies humaines ne sont interchangeables que pour le déni de réalité ankylosé qui se trouve à l’intérieur d’un cerveau collectivisé ; seul un tel cerveau peut considérer comme « moral » ou « désirable » le sacrifice de générations de vies humaines pour les prétendus avantages que la science
    publique, ou l’industrie publique, ou encore les concerts publics apporteront aux générations futures.
    La Russie soviétique est l’illustration la plus claire, parmi d’autres, de ce que peuvent accomplir les mentalités collectivisées. Deux générations de Russes ont vécu, trimé et sont morts dans la misère et dans l’attente de l’abondance promise par leurs dirigeants qui les exhortaient à la patience et leur imposaient l’austérité, tout en édifiant l’« industrialisation » publique et anéantissant l’espoir commun à grands coups de plans quinquennaux. Au début, les gens mouraient de faim en attendant les génératrices électriques et les tracteurs. Aujourd’hui, ils meurent toujours de faim, mais cette fois-ci en attendant l’énergie atomique et les voyages interplanétaires
    ."
    -Ayn Rand, L'éthique collectivisée, The Objectivist Newsletter, janvier 1963.

    "Le gouvernement n’est pas le propriétaire du revenu des citoyens, et ne peut ainsi en disposer comme bon lui semble."

    "Lorsqu’un gouvernement, que ce soit un monarque ou un parlement « démocratique », est considéré comme un dispensateur de services gratuits, ce n’est qu’une question de temps avant qu’il ne commence à augmenter le nombre de ses services et à agrandir la sphère de ce qui est gratuit (aujourd’hui, ce processus est appelé la croissance du « secteur public de l’économie ») jusqu’à ce qu’il devienne inéluctablement l’instrument d’une guerre de groupes de pression et de groupes économiques se pillant les uns les autres.
    La prémisse à mettre en question (et à combattre) dans ce contexte est l’idée première que tous les services gouvernementaux (même ceux qui sont légitimes) doivent être dispensés aux citoyens gratuitement. Pour faire en sorte de mettre totalement en pratique le concept américain du gouvernement en tant qu’
    agence pour les citoyens, on doit considérer le gouvernement comme une agence rétribuée. C’est sur cette base que l’on peut ensuite élaborer les moyens appropriés de lier directement et proportionnellement les revenus gouvernementaux aux services gouvernementaux rendus."
    -Ayn Rand, Le financement du gouvernement dans une société libre, The Objectivist Newsletter, février 1964.

    "Le racisme est la forme la plus abjecte et la plus brutalement primitive du collectivisme. C’est le fait d’accorder une importance morale, sociale ou politique à la lignée génétique à laquelle un homme appartient, et de croire que ses traits intellectuels et caractérologiques sont héréditaires. Ce qui veut dire, en pratique, qu’un homme doit être jugé, non en fonction de son propre caractère et de ses propres actions, mais en fonction de ceux de ses ancêtres.
    Le racisme prétend que le
    contenu de l’esprit d’un homme – pas son appareil cognitif, mais son contenu – est héréditaire, que les convictions, les valeurs et le caractère d’un homme sont déterminés avant sa naissance, par des facteurs physiques au-delà de son contrôle. C’est la version préhistorique de l’innéisme, c’est-à-dire de l’innéité de la connaissance, qui a été complètement réfutée par la philosophie et la science. Le racisme est la doctrine des brutes, conçue par et pour elles. C’est une version du collectivisme pour éleveur de bétail capable de différencier diverses races d’animaux, mais pas les animaux des hommes.
    Comme toute forme de déterminisme, le racisme invalide l’attribut spécifique qui distingue l’homme de toutes les autres espèces vivantes : sa faculté rationnelle. Le racisme nie deux aspects de la vie de l’homme : la raison et le choix, ou l’esprit et la moralité, pour y substituer la prédestination chimique.
    La famille respectable qui entretient ses membres méprisables ou qui dissimule leurs crimes pour « protéger le nom de la famille », (comme si la dignité morale d’un homme pouvait être entachée par les actions d’autrui) – le vaurien qui se vante que son arrière grand-père était un constructeur d’empire, ou la vieille fille provinciale qui se vante que son grand oncle maternel était un sénateur et que son troisième cousin a donné un concert au Carnegie Hall (comme si les réalisations d’un homme pouvaient déteindre sur la médiocrité d’autrui) – les parents qui font des recherches généalogiques pour « peser » leur futur gendre, la vedette qui commence son autobiographie par un compte rendu détaillé de l’histoire de sa famille, voilà autant d’exemples de racisme, de manifestations ataviques d’une doctrine dont la complète expression est la guerre tribale de sauvages préhistoriques, le génocide des juifs par l’Allemagne nazie, et les atrocités des soi-disant « nations en voie de développement » d’aujourd’hui.
    La théorie qui considère le « bon sang » ou le « mauvais sang » comme un critère moral-intellectuel, ne peut mener en pratique qu’à un bain de sang
    .

    [...]

    Attribuer ses vertus à son origine raciale, c’est avouer que l’on n’a aucune connaissance du processus par lequel les vertus sont acquises et, la plupart du temps, que l’on n’a pas réussi à en acquérir. La très grande majorité des racistes sont des hommes qui n’ont acquis aucun sens de l’identité personnelle, qui ne peuvent prétendre à aucune distinction ou réalisation individuelle, et qui cherchent l’illusion d’une « estime de soi tribale » en alléguant l’infériorité de quelque autre tribu.

    [...]

    Le racisme de l’Allemagne nazie – où les hommes devaient remplir un questionnaire sur leur généalogie, de manière à prouver leur ascendance aryenne – a son pendant en Russie soviétique – où les hommes devaient remplir des questionnaires similaires pour démontrer que leurs ancêtres n’avaient détenu aucune propriété et ainsi prouver leur ascendance prolétarienne. L’idéologie soviétique repose sur l’idée que les hommes peuvent être génétiquement conditionnés au communisme, c’est-à-dire que quelques générations conditionnées par la dictature transmettront l’idéologie communiste à leurs descendants qui seront alors communistes de naissance. La persécution des minorités raciales en Russie soviétique, en fonction de l’ascendance raciale et de l’arbitraire d’un quelconque commissaire, est bien connue ; l’antisémitisme est particulièrement présent, sauf que les pogroms officiels sont maintenant appelés « purges politiques ».
    Il n’y a qu’un seul antidote au racisme : la philosophie individualiste et son corollaire politico-économique, le capitalisme de laissez-faire.
    L’individualisme considère l’homme – chaque homme – comme une entité indépendante et souveraine qui possède un droit inaliénable à sa propre vie, un droit qui découle de sa nature en tant qu’être rationnel. L’individualisme soutient qu’une société civilisée, ou toute forme d’association, de coopération ou de coexistence pacifique entre les hommes, ne peut être atteinte que sur la base de la reconnaissance des droits individuels, et qu’un groupe, comme tel, n’a d’autres droits que les droits individuels de ses membres
    .

    [...]

    "Un système totalement libre, capitaliste, n’a jamais encore existé sur terre."

    "Dans sa grande époque capitaliste, les États-Unis furent le pays le plus libre sur la terre, et la meilleure réfutation des théories racistes. Les hommes de toute race vinrent ici, certains de pays inconnus et à l’identité culturelle indéfinie, et accomplirent des prouesses d’habileté productive qui n’auraient jamais été possibles sur leur terre natale opprimée par les contrôles étatiques. Les hommes de groupes raciaux qui s’étaient massacrés les uns les autres pendant des siècles apprirent à vivre ensemble dans l’harmonie et la coopération pacifique. C’est à juste titre que l’Amérique avait été appelée le melting pot. Mais peu de gens réalisèrent que l’Amérique ne fusionna pas les hommes dans la grise conformité d’un collectif : elle les unit en protégeant leur droit à l’individualité."

    "La montée du racisme dans une « économie mixte » accompagne la croissance des
    contrôles gouvernementaux. Une « économie mixte » désintègre un pays en une guerre civile institutionnalisée de groupes de pression, chacun luttant pour obtenir des faveurs législatives et des privilèges spéciaux aux dépens des autres.
    L’existence de tels groupes de pression et de leurs démarcheurs politiques est ouvertement et cyniquement reconnue aujourd’hui. La référence à quelques philosophie politique, principe, idéal ou objectif à long terme que ce soit ne fera bientôt plus partie de la scène politique ; pourtant, personne n’admet que ce pays dérive maintenant à la merci d’un jeu de pouvoir aveugle et à courte vue auquel participent différents gangs étatistes, chacun ayant l’intention de mettre la main sur une arme législative pour l’obtention de quelque avantage particulier et immédiat
    ."

    "La plus petite minorité sur terre est l’individu. Ceux qui nient les droits individuels ne peuvent prétendre être des défenseurs des minorités."

    "Les droits d’un homme ne sont pas violés par le refus d’un individu privé de faire affaire avec lui. Le racisme est une doctrine pernicieuse, irrationnelle et moralement méprisable ; mais les doctrines ne peuvent être interdites ou prescrites par la loi. Tout comme nous devons protéger la liberté de parole d’un communiste, même si ses doctrines sont pernicieuses, nous devons protéger le droit d’un raciste d’utiliser et de disposer de sa propre propriété."
    -Ayn Rand, Le Racisme, The Objectivist Newsletter, septembre 1963.


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    «You'll have to think harder than you've ever done before, because you will be on your own -relying on your own judgment and the logic of the arguments you hear or consider, rejecting all authorities and all bromides, and taking nothing on faith. »  
    -Ayn Rand.


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    Johnathan R. Razorback
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    Re: Ayn Rand, Œuvre

    Message par Johnathan R. Razorback le Lun 15 Juin - 14:01

    2 Hours of Peaceful & Relaxing-Sleep Music-Soft Piano-Road to Bliss Playlist: https://www.youtube.com/watch?v=iSIXlT4X_wU

    "Il n'y a pas de meilleur carburant que la joie." (p.76)

    "Dagny, rien n'est plus important dans la vie que de bien faire ton travail. Rien. C'est la seule chose qui compte. La seule qui te permet de te révéler. La seule chose qui permet de mesurer la valeur d'un être. Tous les codes éthiques dont on nous bourre le crâne ne sont que de la fausse monnaie utilisée par des escrocs qui veulent s'attribuer des qualités qu'ils n'ont pas. La compétence, ça c'est du solide, de l'or en barre." (p.110)

    "Quelqu'un d'honnête n'a pas besoin de gagner la confiance d'autrui, il l'obtient par ses actes." (p.156)

    "Je vais te donner un indice. Les contradictions n'existent pas. Chaque fois que tu crois en rencontrer une, vérifie tes prémisses. Tu verras que l'une d'elle est erronée." (p.208)

    "Ne comprends-tu pas que même un mendiant doit donner quelque chose en échange, ne serait-ce que la raison pour laquelle tu pourrais avoir envie de l'aider." (p.208)

    "Certaines choses ne doivent pas être regardées en face. Il y a, dans le mal, une forme d'obscénité qui contamine l'observateur. Il y a une limite à ce que l'homme peut décemment voir." (p.223)

    "Le jeune homme s'était tu, puis, après réflexion: "Vous savez, monsieur Rearden, il n'y a pas de valeur absolue. Il ne faut pas être trop à cheval sur les principes, il faut un peu de souplesse, tenir compte des réalités du moment, agir en fonction des opportunités.

    -Allez-y, mon vieux. Essayez donc de fondre une tonne d'acier sans principes, en fonction des opportunités
    ." (p.369)

    "Rearden pensa que Franscico n'avait pas pu l'entendre, mais il se tourna vers eux, avec un sourire à la fois grave et courtois:
    "Vous pensez vraiment que l'argent est à l'origine de tous les maux ? demanda-t-il. Et vous êtes-vous demandés quelle était l'origine de l'argent ? L'argent est un moyen d'échange. Il n'a de raison d'être que s'il y a production de biens et des hommes capables de les produire. L'argent matérialise un principe selon lequel les hommes disposent, pour commercer, d'une monnaie d'échange dont ils admettent la valeur intrinsèque. Ceux qui pleurent pour obtenir vos produits ou les pillards qui vous les prennent de force n'utilisent pas l'argent comme moyen. L'argent existe parce que des hommes produisent. C'est ça le mal, selon vous ?
    Quand vous recevez de l'argent en paiement d'un travail, vous l'acceptez parce que vous savez que cet argent vous permettra d'acquérir le fruit du travail d'autres personnes. Ce ne sont pas les quémandeurs et les pillards qui donnent de la valeur à l'argent. Vous pourrez verser toutes les larmes du monde ou menacer d'employer les armes, vous ne pourrez pas assurer votre subsistance et changer en pain ces bouts de papier dans votre portefeuille. Ces bouts de papier qui se sont substitués à l'or sont l'expression d'un engagement fort -votre vocation à bénéficier du fruit de l'énergie et du travail d'autres hommes. Votre portefeuille témoigne de votre espoir qu'il y ait, quelque part dans le monde autour de vous, des hommes qui ne manqueront pas à l'engagement moral à l'origine de l'argent. C'est ça le mal, pour vous ?
    Vous arrive-t-il de réfléchir à l'origine d'un produit ? Un groupe électrogène, par exemple. Oseriez-vous penser qu'il est le fruit du seul effort musculaire de quelques brutes sans cervelle ? Essayez donc de faire germer un grain de blé sans recourir aux connaissances transmises par ceux qui ont été les premiers à en découvrir le principe. Essayez donc d'obtenir votre nourriture par le seul effort physique. Vous apprendrez que le cerveau humain est à l'origine de tous les biens, de toute la richesse qui ont jamais existé sur cette terre.
    Cela étant, vous me dites que le fort produit de l'argent au détriment du faible, n'est-ce-pas ? Mais de quelle force s'agit-il ? Ce n'est pas celle des armes ni celle des muscles. Ce qui produit de la richesse, c'est la capacité de l'homme à penser. Pour autant, l'inventeur du moteur gagne-t-il de l'argent au détriment de ceux qui ne l'ont pas inventé ? Est-ce que l'homme doué d'intelligence gagne de l'argent au détriment des sots ? Le capable au détriment de l'incompétent ? L'ambitieux au détriment du paresseux ? Quand il n'est pas encore détourné ou pillé, l'argent est le fruit des efforts de l'homme honnête, chacun dans les limites de ses capacités. L'homme honnête sait qu'il ne peut pas consommer plus qu'il n'a produit.
    L'argent est le moyen qu'ont choisi les hommes de bonne volonté pour négocier entre eux. La valeur de l'argent repose sur le principe que chaque homme est propriétaire de son cerveau et de son travail. La valeur de votre travail n'est pas défini par l'argent, mais par la libre volonté de celui qui est prêt à vous donner son travail en échange. L'argent vous permet d'obtenir, en échange de vos produits et de votre travail, ce que ceux-ci valent aux yeux des hommes qui s'en portent acquéreur, rien de plus. L'argent n'autorise pas d'autres transactions que celles résultant d'un accord mutuel et librement consenti. L'argent n'a de sens que si l'on admet que l'homme doit travailler pour se faire du bien et non du mal, pour gagner quelque chose et non pour perdre. Qu'il n'est pas une bête de somme, née pour porter votre misère. Qu'on doit lui offrir des gratifications et non lui infliger des blessures. Que le fondement des relations entre les êtres humains est l'échange de biens et non de souffrances...L'argent n'a de sens que si vous vendez votre talent à des hommes doués de raison, et non votre faiblesse à des abrutis. Il n'a de sens que si vous exigez ce que l'argent peut offrir de mieux, sans vous contenter de l'offre en apparence la plus avantageuse. Et lorsqu'on vit d'échanges avec la raison et non la force comme ultime arbitre, c'est le meilleur produit qui l'emporte, la réalisation la plus aboutie, l'homme doté du jugement le plus sûr et de la plus grande productivité. Voilà ce qui régit l'existence des hommes, et l'argent en est l'instrument, le symbole. C'est ça le mal, pour vous ?
    Mais l'argent n'est qu'un instrument. Il vous mènera où vous voulez si c'est vous qui conduisez. Il ne prendra pas votre place. L'argent vous donnera les moyens de satisfaire vos désirs, mais il ne fera pas naître ces désirs. L'argent est un aiguillon pour ceux qui s'attachent à inverser le principe de causalité ; pour ceux qui préfèrent, au lieu d'exercer leur intelligence, s'approprier les produits de l'intelligence d'autrui.
    L'argent ne fera pas le bonheur de celui qui ne sait pas ce qu'il veut. L'argent ne lui donnera pas la notion des valeurs, s'il n'a pas pris la peine de s'enquérir de la valeur des choses ; il ne lui donnera pas de but dans la vie, s'il n'a jamais pris la peine de regarder dans quelle direction il a envie d'aller. L'argent ne permet pas à l'imbécile de s'acheter de l'intelligence, ni au lâche l'admiration de ses semblables, ni à l'incompétent du respect. Celui qui essaie d'acheter à son profit l'intelligence de ceux qui lui sont supérieurs, son argent remplaçant son propre jugement, deviendra la victime de ceux qui lui sont inférieurs. Les esprits brillants le laisseront tomber, mais il attirera les tricheurs, les fraudeurs, en vertu d'une loi qu'il ignore mais selon laquelle l'argent ne peut pas aller à celui qui n'est pas à la hauteur. Est-ce pour cela que vous pensez que c'est le mal absolu ?
    Seul, l'homme qui n'a pas besoin d'argent, celui qui est capable de faire fortune par lui-même, est digne d'en recevoir en héritage. L'argent sert l'héritier qui en est digne, mais détruit celui qui ne l'est pas. Dans ce dernier cas, vous direz que l'argent l'a corrompu. Vraiment ? Et s'il avait plutôt corrompu son argent ? N'enviez pas un héritier qui ne vaut rien. Sa fortune n'est pas la vôtre et vous n'en auriez pas fait meilleur usage. Ne pensez pas que cet argent aurait dû être distribué. Faire proliférez cinquante parasites au lieu d'un seul ne ressusciterait pas cette valeur défunte qu'était sa fortune. L'argent est une énergie, quelque chose de vivant qui ne peut survivre privé de sa source. L'argent ne peut pas se mettre au service d'un cerveau qui n'en est pas digne. Est-ce pour cette raison que vous pensez que c'est le mal absolu ?
    L'homme survit grâce à l'argent. Votre jugement sur votre source de revenus est le même que celui que vous portez sur votre vie. Si cette source est corrompue, c'est votre existence que vous condamnez. Votre argent a été mal acquis ? Vous l'avez obtenu en flattant les bas instincts et la bêtise des hommes ? En profitant de la naïveté d'autrui pour obtenir davantage que ce que vos compétences méritaient ? En manquant d'exigence ? En effectuant un travail que vous méprisez pour des clients que vous ne respectez pas ? Si c'est le cas, alors votre argent ne vous apportera rien, pas la moindre joie, pas un instant de plaisir. Rien de ce que vous achèterez ne sera récompense, mais reproche. Alors, vous clamerez que l'argent est le mal absolu. Mal absolu, parce qu'il ne pourra jamais se substituer au respect de soi ? Mal absolu, parce qu'il ne vous laissera pas jouir de vos turpitudes ? Est-ce pour cette raison que vous haïssez l'argent ?
    L'argent restera toujours un effet, qui ne pourra jamais se substituer à la cause que vous êtes. Il faut de la vertu pour produire de l'argent, mais l'argent n'apportera pas la vertu et ne rachète pas le vice. L'argent ne vous apportera pas ce que vous n'avez pas gagné, sur le plan matériel ou spirituel. Est-ce pour cela que vous haïssez l'argent ?

    L'amour de l'argent serait-il, pour vous, la cause de tous les maux ? Aimer une chose, c'est la connaître et l'aimer pour ce qu'elle est. Aimer l'argent, c'est acceptez et aimer qu'il soit la résultante de ce que vous avez de meilleur en vous, un moyen d'échanger votre travail contre celui des meilleurs d'entre nous. Le fait est que celui qui vend son âme pour des clopinettes, qui crie le plus fort sa haine de l'argent, a de bonnes raisons de le haïr. Ceux qui aiment l'argent son prêts à travailler pour en gagner. Ils se savent capables de le mériter.
    Permettez-moi de vous donnez une petite idée de la race humaine: celui qui méprise l'argent l'a mal acquis ; celui qui le respecte l'a gagné.
    Fuyez comme la peste celui qui vous dit que l'argent est le mal absolu. Cette phrase doit vous alerter: le pillard n'est pas loin. Tant qu'il y aura des hommes sur cette terre, on aura besoin d'une monnaie d'échange: si on renonce à l'argent, les armes le remplaceront. Mais pour faire de l'argent, ou le garder, il faut être d'une très grande exigence envers soi. Ceux qui n'ont pas de courage, de fierté ou de respect d'eux-mêmes, les hommes qui ne s'autorisent pas à être riches et ne sont pas prêts à défendre leur argent comme ils défendraient leur vie, les hommes qui s'excusent d'être riches ne le resteront pas longtemps...Ils seront la proie naturelle des escadrons de pillards qui, en embuscade depuis la nuit des temps, sortent de leur trou dès qu'ils sentent l'odeur de l'homme qui ne cesse de demander qu'on lui pardonne d'être riche. Ils s'empresseront de lui ôter sa culpabilité, et la vie par la même occasion, ce qu'il aura mérité.
    Alors vous assisterez à la montée en puissance de ces hommes qui jouent double jeu -ces êtres qui ne vivent que par la force brutale, tout en comptant sur ceux qui produisent et échangent pour créer les richesses qu'ils vont piller. Ces gens sont les auto-stoppeurs de la vertu. Dans une société régie par un code moral, ce sont des criminels, et les lois ont été faites pour vous en protéger. Mais lorsque, dans une société où crime et prédation sont institutionnalisés, les hommes utilisent la force pour s'approprier la fortune des victimes sans défense, alors l'argent devient l'instrument de la revanche de ceux qui l'ont produit. Les pillards croient pouvoir détrousser impunément les gens sans défense, dès lors qu'ils édictent des lois pour les désarmer. Mais leur butin attire toujours d'autres pillards, qui s'en emparent de la même façon. C'est une course sans fin: non à la compétence et à la productivité, mais à la brutalité la plus impitoyable. Quand la brutalité devient la règle, l'assassin l'emporte sur le pickpocket. Le jour où tout est ruine et massacre, c'est toute la société qui s'effondre.
    Voulez-vous savoir si ce jour est proche ? Regardez de quelle façon l'argent est employé aujourd'hui. L'argent est le baromètre de la morale d'une société. Quand la contrainte, et non le consentement mutuel, préside aux échanges commerciaux ; quand il vous faut la permission de ceux qui ne produisent rien pour produire ; quand l'argent revient à ceux qui échangent des faveurs et non des biens ; quand des hommes gagnent davantage avec des pots-de-vin et des intrigues qu'avec leur travail et que vos lois ne vous protègent plus contre eux mais les protègent contre vous ; quand la corruption est récompensée et que l'honnêteté devient de l'abnégation...alors, vous pouvez vous dire que les jours de votre société sont comptés. L'argent est un instrument d'une telle noblesse qu'il ne peut lutter contre la force ni s'accommoder de brutalités. L'argent ne peut s'accommoder durablement d'un pays tiraillé entre la propriété et le pillage.
    Quand les destructeurs apparaissent, ils s'attaquent d'abord à l'argent, car l'argent protège l'homme, comme garant d'une existence fondée sur la morale. Les destructeurs s'emparent de l'or, ne laissant aux anciens possesseurs qu'un tas de monnaie de singe. Ce qui détruit toute valeur objective et soumet les hommes au pouvoir arbitraire de ceux qui sont chargés d'établir des valeurs tout aussi arbitraires. L'or était une valeur objective, l'équivalent d'une richesse produite. Le papier-monnaie n'est qu'une hypothèque sur une richesse qui n'existe pas, garantie par la force dirigée contre eux dont on attend qu'ils la produisent. Le papier-monnaie est un chèque tiré par des pillards légitimés sur un compte en banque qui n'est pas le leur, autrement dit sur le travail de leurs victimes. Prenez garde au jour où il vous reviendra avec la mention: "chèque sans provision"."  
    Si vous diabolisez les moyens permettant à chacun de survivre, vous ne pouvez pas attendre des hommes qu'ils demeurent vertueux. Vous ne pouvez pas attendre d'eux qu'ils continuent d'obéir à des règles morales et qu'ils se sacrifient pour devenir les victimes expiatoires de l'immoralité. Vous ne pouvez pas attendre d'eux qu'ils produisent si vous condamnez la production et récompensez les prédations. Ne demandez pas: "Qui est en train de détruire le monde ?" C'est vous.
    Vous vivez au milieu des réussites les plus éclatantes de la civilisation la plus productive au monde, et vous vous demandez pourquoi tout s'écroule autour de vous, alors que vous maudissez l'argent qui l'irrigue, qui en est la vie même. Vous avez sur l'argent le même regard que jadis les sauvages. Et vous vous demandez pourquoi la jungle reprend partout ses droits, pourquoi elle s'étend jusqu'au abords de nos villes. Dans toute l'Histoire, on a toujours vu l'argent confisqué par des hommes sans foi ni loi. Leurs noms changeaient, non leurs méthodes. Ils se sont toujours emparés des richesses par la force, ils ont toujours asservi les gens qui produisaient, ils les ont toujours humiliés, diffamés, déshonorés...Ce mépris pour l'argent que vous professez avec tant de bien-pensance et d'inconséquence remonte au temps où la prospérité était produite par des esclaves, lesquels se bornaient à reproduire des techniques jadis mises au point par des cerveaux et que nul ne s'était soucié d'améliorer depuis des siècles. Aussi longtemps qu'on produisait sous la menace et qu'on s'enrichissait par la conquête, il n'y avait pas grand-chose à conquérir. Pourtant, tout au long de siècles de stagnation et de famine, les hommes ont encensé les pillards, de même que la noblesse d'épée, la noblesse héréditaire ou la noblesse de robe, au mépris des producteurs, des esclaves, des commerçants et des industriels.
    A la gloire de l'humanité, et pour la première et unique fois, l'argent a trouvé sa patrie, et c'est le plus beau compliment qu'on puisse faire à l'Amérique: un pays de raison, de justice, de liberté, de production, de grandes réalisations. Pour la première fois, l'intelligence et l'argent sont devenus libres, les fortunes se sont bâties grâce au travail et non par des rapines, et, à la place des spadassins et des esclaves, est apparu le véritable créateur de richesses, le vrai travailleur, l'élite des hommes: le self-made man, l'industriel américain.
    Si quelqu'un me demandait quel est, selon moi, le plus beau titre de gloire des Américains, je répondrais -car il englobe tous les autres- l'invention de l'expression: "faire de l'argent" ! Aucun pays, aucune autre nation ne l'avait employée auparavant. Jusque-là, les hommes avaient toujours considéré l'argent comme une entité statique que l'on pouvait s'approprier, quémander, hériter, partager, piller, ou obtenir par faveur. Les Américains ont été les premiers à comprendre que la richesse se crée. Dans l'expression: "faire de l'argent" réside l'essence même de la morale humaine.
    Or, c'est justement cette expression que dénoncent les civilisations corrompues des autres continents. Aujourd'hui, le credo des pillards vous a conduits à avoir honte des réalisations dont vous étiez les plus fiers, à vous sentir coupables de votre prospérité, à considérer vos grands industriels comme des forbans et vos magnifiques usines comme le fruit du travail d'une main d'œuvre qui en serait propriétaire, du travail des esclaves soumis au fouet comme pour la construction des construction des pyramides d'Égypte. Il faudrait que l'ordure qui vous susurre qu'il ne voit pas de différence entre le pouvoir du dollar et celui du fouet apprenne à ses dépends qu'il y en a une. Ce qui ne manquera pas de se produire, croyez-moi.
    Tant que vous ne comprendrez pas que l'argent est fondamentalement bon, vous vous condamnerez à plus ou moins long terme. Quand l'argent cesse d'être l'instrument du commerce entre les hommes, ils s'instrumentalisent les uns les autres. Le sang, le fouet, les armes -ou le dollar. Faites votre choix, il n'y en a pas d'autre. Avant qu'il ne soit trop tard.
    " (p.416-421)

    "Vous savez que l'homme, dans ses rapports avec la nature, doit impérativement respecter certaines règles, mais vous les avez crues inutiles dans vos rapports avec les hommes. Vous avez laissé les armes les plus dangereuses entre les mains de vos ennemis, des armes dont vous ne connaissiez même pas l'existence, auxquelles vous ne compreniez rien. Ces armes, c'est leur code moral. Réfléchissez à tout ce que vous avez accepté. Réfléchissez au rôle des principes dans la vie d'un homme. Demandez-vous s'il peut vivre sans principes moraux. Et demandez-vous ce qu'il advient de lui s'il accepte de faire fausse route, au point de confondre le bien et le mal." (p.461)

    "Il n'y a pas crime plus grand que de faire croire à un individu que le sacrifice est une vertu, un acte de courage. Jeter un homme dans les flammes du bûcher sacrificiel est un crime. Mais c'est un crime plus grand encore que d'exiger qu'il se jette lui-même au feu, après avoir en prime construit le bûcher." (p.462)

    "J'imagine qu'il faut se battre, quelle que soit l'époque." (p.493)

    "Vous vous rappelez ce que j'ai dit à propos de l'argent et de ceux qui cherchent à pallier leur manque d'intelligence en s'appropriant les produits de l'intelligence ? Eh bien, ceux qui se méprisent essaient de se valoriser en ayant de nombreuses aventures -en vain, d'ailleurs, parce que le sexe n'est pas une cause, mais un effet, l'expression de l'idée qu'on a de sa propre valeur.

    -Il va falloir m'expliquer ça.

    -Et si c'était la même question ? Les hommes qui pensent que la richesse vient des ressources matérielles et qu'elle n'a pas de racine intellectuelle ou de sens sont les mêmes qui pensent -pour la même raison- que le sexe est une aptitude physiologique qui fonctionne indépendamment de l'esprit, de ses choix et de ses valeurs. Ils s'imaginent que le corps fait naître le désir et choisit pour vous, exactement comme si le minerai de fer se changeait en voie ferrée par sa seule volonté. L'amour est aveugle, dit-on. Le sexe est sourd à la raison et nargue le pouvoir de tous les philosophes. Mais le choix sexuel d'un homme est le résultat et la somme de ses convictions les plus profondes. Dites-moi quelles femmes attirent sexuellement un homme et je vous dirai quelle est sa philosophie de la vie. Montrez-moi la femme avec laquelle il couche et je vous dirai ce qu'il pense de lui-même. En dépit de tous les discours trompeurs qu'on a entendus sur l'altruisme, l'acte sexuel est un paroxysme d'égoïsme, sa seule justification étant le plaisir. Imaginez un peu celui qui aurait des relations sexuelles dans un esprit de charité ! L'acte sexuel exige de se sentir merveilleusement bien, pas avili, d'avoir la certitude d'être désiré et désirable. C'est un acte qui met l'homme à nu, aussi bien d'esprit que de corps, et qui l'oblige à accepter son vrai moi. Il sera toujours attiré par une femme qui incarne à son yeux la vision secrète qu'il a de lui-même, la femme dont l'abandon lui permettra d'éprouver -ou de feindre- l'estime qu'il a pour lui-même. L'homme conscient et fier de sa valeur recherche une femme qu'il peut admirer, la plus forte, la plus difficile à conquérir, parce que seule la possession d'une femme exceptionnelle lui donnera un sentiment d'accomplissement, pas celle d'une petite écervelée. [...] Il ne cherche pas à se valoriser à ses propres yeux, mais à exprimer toute sa valeur. Il n'y a pas de conflit entre ses ambitions intellectuelles et ses désirs physiques. Mais l'homme convaincu qu'il ne vaut rien sera attiré par une femme qu'il méprise -parce qu'elle reflètera son être profond, elle lui permettra d'échapper à cette réalité objective qui fait de lui une imposture, elle lui donnera l'illusion éphémère d'être quelqu'un, la possibilité de se soustraire aux principes moraux qui le condamnent. Voyez quel épouvantable gâchis la majorité des hommes font de leur vie sexuelle, et voyez le tissu de contradictions qui leur tient lieu de philosophie morale. Tout est lié. L'amour n'est pas autre chose que l'expression de nos exigences. L'homme qui trahit ses valeurs, qui manque d'idéal, qui envisage l'amour, non comme la sublimation de soi, mais comme la négation de soi, qui ne vise plus la fierté, mais la pitié, la douleur, la faiblesse ou le sacrifice, qui affirme que l'amour le plus noble se fonde, non sur l'admiration mais sur la charité, non sur des valeurs, mais sur des faiblesses, cet homme-là se coupe en deux. Son corps ne lui obéira plus, ne réagira plus, le rendra impuissant face à la femme qu'il déclare aimer et le poussera dans le lit d'un putain. Son corps suivra toujours la logique que lui imposent ses plus profondes convictions. S'il pense que la faiblesse a de la valeur, il aura aliéné son existence au mal et seul le mal l'attirera. S'étant condamné, il aura le sentiment qu'il ne peut trouver de plaisir autrement que dans la dépravation. Ayant associé la vertu à la souffrance, il aura le sentiment que seul le vice peut lui apporter du plaisir. Ensuite, il clamera que son corps éprouve de furieux désirs que son vrai esprit ne parvient pas à maîtriser, que le sexe est sale, que l'amour vrai n'est que pure émotion. Et il se demandera pourquoi l'amour ne lui procure aucune joie et pourquoi l'acte sexuel ne fait naître en lui qu'un sentiment de honte.

    Regard vague et réfléchissant tout haut, Rearden acquiesça lentement: "Au moins...je n'ai jamais accepté cet autre principe...Je ne me suis jamais senti coupable de gagner de l'argent."

    Le sens des deux premiers mots échappa à Francisco, qui s'empressa d'ajouter: "Vous comprenez, n'est-ce-pas, que les deux questions se rejoignent ? Non, vous n'accepteriez jamais d'adopter leur sale façon de voir. Vous ne le pourriez pas, même en essayant. Si vous acceptiez l'acte sexuel comme sale, vous agirez quand même, contre votre volonté, en restant fidèle à vos principes. Vous seriez attiré par la femme la plus exceptionnelle que vous ayez jamais rencontrée. Vous ambitionneriez toujours de trouver la femme de vos rêves. Vous seriez incapable de vous sous-estimer. Vous ne pourriez pas croire que la vie ne vaut rien, que vous n'y pouvez rien, que vous êtes prisonnier d'un univers impossible. Vous avez passé votre vie à donner à la matière la forme que votre esprit a conçue. Vous devriez savoir que l'amour platonique, comme l'idée qui ne se concrétise pas en acte, est pure hypocrisie ; que le sexe coupé des valeurs morales est un simulacre, exactement comme un acte qui n'est pas sous-tendu par une idée. Ces deux questions sont liées. Vous ne pourriez pas désirer une femme que vous mépriseriez. Seul l'homme qui chante les louanges de la pureté d'un amour dépourvu de désir est capable de se laisser aller à éprouver un désir dépourvu d'amour. Mais la majorité des hommes sont tiraillés sont tiraillés entre ces deux extrêmes. Les uns méprisent l'argent, les usines, les gratte-ciel et leur propre corps. Ils se lancent dans de grands discours vagues sur des sujets aussi abstraits que le sens de la vie et leurs idéaux. Et ils se désespèrent de n'éprouver aucun sentiment pour la femme qu'ils respectent, alors qu'ils ne résistent pas à une passion pour des "moins-que-rien". Les gens les appellent des idéalistes. Les autres, les soi-disant réalistes, n'ont que mépris pour les principes, les abstractions, l'art, la philosophie et pour leur propre esprit. Ils considèrent qu'acquérir des biens matériels est le seul but de l'existence et se moquent de s'interroger sur leur raison d'être ou leur origine. Ils n'en attendent que du plaisir et, plus ils en accumulent, moins ils en tirent satisfaction. Ce sont ces hommes-là qui ne cessent de courir après les femmes. Réfléchissez à la triple imposture dont ils se rendent eux-mêmes victimes. Ils n'éprouvent pas le besoin de s'élever, puisqu'ils se moquent du concept de valeur morale ; pourtant, ils se méprisent au fond d'eux-mêmes, conscient de n'être qu'un corps. Ils ne le reconnaîtront pas mais ils savent que le sexe est l'expression physique d'un hommage à des valeurs personnelles. Alors, ils tentent de s'affirmer à travers les femmes qui se soumettent, et ils oublient que celles qui leur cèdent n'ont pas de caractère, pas de jugement de valeur ou de code moral. Ils disent ne rechercher que le plaisir physique, mais s'aperçoivent qu'ils se lassent d'une femme au bout d'une semaine ou d'une nuit, qu'ils méprisent les professionnelles et qu'ils fantasment de séduire des filles bien qui font une exception pour eux. C'est le sentiment d'accomplissement qu'ils recherchent et ne trouvent jamais. Quelle gloire y a-t-il à conquérir un corps sans cervelle. Voilà les coureurs !
    " (p.495-498)

    "Je pensais qu'une personne se doit à une autre sans rien recevoir en retour. Je croyais de mon devoir d'aimer une femme qui ne me donnait rien, qui exigeait son bonheur au dépens du mien. Je croyais que l'amour est un don statique qui, une fois accordé, n'a plus besoin de se mériter, de même qu'ils croient que la richesse est un bien statique qu'on peut s'approprier et garder sans plus d'efforts. Je croyais que l'amour était un dû, et non une récompense qu'il fallait mériter, de même qu'ils croient être dans leur droit d'exiger une fortune qu'ils n'ont pas gagnée. Et de même qu'ils croient que leur besoin leur donne le droit de puiser dans mes ressources, j'ai cru que sa souffrance lui donnait des droits sur ma vie. Mû par la pitié, et de par un sentiment de justice, je me suis torturé dix années durant. Ma pitié l'a emporté sur ma conscience, voilà toute ma faute." (p.570)

    « Un idéal terrifiant, voilà ce que Robin des Bois a immortalisé. On raconte qu’il s’emparait des biens de ceux qui volaient le peuple pour les redistribuer à ceux qui avaient été volés, mais ce n’est pas tout à fait ce que la légende en a retenu. Robin des Bois est resté dans l’histoire comme le défenseur, non du droit de propriété, mais de l’état de nécessité. Il est devenu le fournisseur des pauvres et non le protecteur des démunis. Le premier, il s’est paré d’une auréole de vertu en faisant la charité avec des richesses qui ne lui appartenaient pas, en distribuant des biens qu’il n’avait pas produits, en pratiquant une charité d’autant plus généreuse que d’autres auraient à en supporter les frais. Il symbolise l’idée que le besoin et non l’effort donne des droits, qu’il est inutile de produire, qu’il suffit de vouloir, que ce que nous avons gagné ne nous appartient pas alors que ce que nous n’avons pas gagné nous appartient. Il justifie l’existence du médiocre, incapable de se prendre en charge, qui exige de disposer des biens de ceux qui lui sont supérieurs, tout en prétendant se consacrer aux plus faibles, quitte à voler les plus forts. C’est cette créature –un parasite à deux titres, puisqu’il prolifère sur les plaies des pauvres et se nourrit du sang des riches-, la pire qui soit, donc, que les hommes en sont venus à considérer comme un exemple d’exigence morale. Et voilà comment plus un homme est productif, plus il risque de perdre ses droits. Si ces compétences sont exceptionnelles, il sera livré en pâture aux parasites de tout poil, tandis qu’il suffit d’être dans le besoin pour se retrouver au-dessus des droits, des principes, de la morale : pour que tout soit permis, même de piller ou de tuer. Et on se demande pourquoi tout fout le camp ! Voilà contre quoi je lutte, monsieur Rearden. En attendant que les hommes comprennent que, de toutes les figures symboliques, Robin des Bois est la plus immorale, la plus méprisable, il n’y aura pas de justice sur la terre, aucun espoir de survie pour le genre humain. »  (p.582)

    "Tu ne sais plus ce qui est juste. La bataille en cours n'a pas pour enjeu des avantages matériels, Dagny. C'est une crise morale, la plus grave à laquelle le monde ait jamais été confronté, et ce sera la dernière. Notre époque est l'aboutissement de siècles d'erreurs. Il faut y mettre un terme, une fois pour toutes, ou périr, nous, les hommes capables de penser. C'est notre faute. Nous avons produit les richesses de ce monde, mais nous avons laissé nos ennemis ériger leurs principes en code moral." (p.623)

    "Qu'il s'agisse d'une musique ou d'une mine de charbon, toute œuvre est un acte de création, jailli de la même source: d'une capacité inviolée de voir plus loin que l'œil lui-même ; autrement dit, d'une capacité à accomplir une identification rationnelle ; autrement dit encore, d'une capacité de voir, de relier et de faire ce qui n'a jamais été vu, relié et fait auparavant. Cette lumineuse vision dont ils parlent, comme si les musiciens et les romanciers étaient les seuls à l'avoir...Quelle est pourtant, selon eux, cette faculté qui conduit un être humain à découvrir les usages du pétrole, ou comment exploiter une mine et construire un moteur électrique ? Ce feu sacré, dont on dit qu'il brûle chez les musiciens ou les poètes...Qu'est-ce qui pousse, selon eux, un industriel à défier le monde pour imposer un nouveau métal, comme l'ont fait les inventeurs de l'avion, les constructeurs de chemins de fer, les découvreurs de nouveaux germes ou de nouveaux continents à travers les âges ? ...Un dévouement absolu à la poursuite de la vérité, miss Taggart ! Avez-vous entendu les moralistes et les amoureux de l'art parler, dans les siècles passés, de l'engagement sans concession de l'artiste dans sa quête de vérité ? Pouvez-vous me citez un engagement aussi total que celui de l'homme qui soutient que la terre tourne, envers et contre tous ? Ou de celui qui affirme qu'un alliage de cuivre et d'acier possède des propriétés lui permettant de servir à certaines choses ? Que c'est comme ça et pas autrement...Et tant pis si le monde lui fait subir les pires sévices, la ruine, cet homme-là restera fidèle à ce que son esprit a mis en évidence ! A côté de cet esprit-là, miss Taggart, de ce courage, de cet amour de la vérité, prospèrent des traîne-savates qui se baladent fièrement en déclarant qu'ils ont presque touché la perfection du simple d'esprit, sous prétexte qu'ils sont des artistes sans la moindre idée de ce qu'est la création ni de ce qu'elle peut signifier, qu'ils ne sont pas limités par des concepts aussi vains que l'existence ou le sens, qu'ils véhiculent des mystères qui les dépassent, qu'ils ne savent ni comment ni pourquoi ils ont crée une œuvre, qu'elle leur est venus spontanément, comme le vomissement d'un ivrogne, qu'ils n'y ont pas réfléchi, qu'ils ne s'abaisseraient pas à le faire, qu'il leur suffit de sentir...Et ils sentent, ces salopards au regard fuyant et à la bouche baveuse, ces chiffes molles à demi extatiques et liquéfiées ! Moi qui sais ce qu'il faut de discipline, de travail, de concentration, de ténacité pour garder la lucidité qu'implique la création artistique ; moi qui sais que cela exige un travail surhumain, une discipline que le plus sadique des adjudants ne vous imposerait pas, je préfère avoir affaire à l'exploitant d'une mine de charbon qu'à n'importe lequel de ces bipèdes soi-disant transmetteurs de ces mystères qui nous dépassent. L'exploitant de la mine sait que ses sentiments ne font pas avancer les wagonnets de charbon, il sait ce qui les fait avancer. Les sentiments ? Bien sûr que nous sentons des choses, vous et moi, nous sommes mêmes les seuls capable de sentir, et nous savons d'où nous viennent ces sentiments. Mais nous ignorions et n'avons appris que bien tard la véritable nature de ceux qui prétendent ne pas pouvoir expliquer leurs sentiments. Nous ignorions ce qu'ils ressentaient. Nous le savons, à présent. Cette erreur nous a coûté cher. Et les plus coupables le paieront plus cher que les autres, comme il se doit. Les plus coupables sont les vrais artistes qui constatent maintenant qu'ils sont les premiers à être éliminés, et qu'ils ont favorisé le triomphe de leurs bourreaux en les aidant à détruire leurs seuls protecteurs. Car, s'il existe une chose plus tragique que l'imbécilité de l'entrepreneur incapable de défendre ce qu'il y a de plus créatif dans l'esprit humain, c'est l'imbécilité de l'artiste qui pense que l'homme d'affaires est son ennemi." (p.784)

    "Les gens croient qu'un menteur remporte une victoire sur sa victime. J'ai découvert que mentir est un acte d'abdication délibérée ; c'est à soi que l'on renonce, à sa propre réalité, en faveur de la personne à qui l'on ment, c'est devenir son esclave, se condamner à travestir systématiquement la réalité pour qu'elle soit conforme à la vision qu'en aura cette personne. Même si l'on tire un profit immédiat du mensonge, on doit en payer le prix, la destruction de ce à quoi on devait profiter. Celui qui ment à la face du monde se rend esclave du monde, c'est inéluctable." (p.859)

    "Cela fait douze ans que vous vous demandez qui est John Galt. Eh bien, je suis John Galt, c'est moi qui vous parle. Celui qui aime la vie, qui n'a renoncé ni à l'amour de la vie ni à ses valeurs. Celui qui vous a privé de vos victimes, détruisant du même coup votre univers. Vous voulez savoir pourquoi vous êtes en train de dépérir, vous qui avez si peur du savoir ? Je vais vous le révéler." (p.1006)

    "Nous sommes en grève contre la doctrine selon laquelle la culpabilité est consubstantielle à la vie." (p.1007)

    "Si vous voulez continuer à vivre, il ne faut pas retourner à la morale -vous qui n'en avez jamais eu-, mais en découvrir une nouvelle." (p.1008)

    "Penser, c'est choix. [...] La conscience de l'homme obéit à sa volonté. Raisonner n'est pas automatique, penser n'est pas un processus machinal, à la différence du fonctionnement des organes, l'estomac, les poumons ou le cœur. Le fonctionnement de l'esprit n'a rien d'un processus machinal qui se ferait par instinct. Dans toute situation, à chaque instant de votre vie, vous êtes libres de réfléchir ou de vous exonérer de l'effort que cela implique." (p.1009)

    "[L'animal] est incapable d'ignorer ce qui est bon pour lui, de décider de choisir le mal, incapable d'agir pour se détruire.
    L'homme, lui, n'a pas de code de survie automatique. [...] Le désir de vivre ne donne pas le savoir nécessaire pour vivre. Et même, chez l'homme, le désir de vivre n'est pas automatique: le plus terrible, aujourd'hui, la clé de tous ses actes est là, dans le fait que c'est au contraire un désir qu'il n'a pas.
    " (p.1010)

    "Le bien recouvre tout ce qui est propice à la vie d'un être rationnel ; le mal, tout ce qui lui est nuisible." (p.1011)

    "La raison d'être de toute morale est de vous apprendre à vivre et à vous épanouir, non à souffrir jusqu'à en mourir." (p.1012)

    "Ne pas penser est un acte nihiliste, une volonté de nier l'existence, une tentative de balayer la réalité. Mais l'existence existe. On ne peut pas balayer la réalité, c'est elle qui finit par balayer ceux qui la balaient." (p.1015)

    "D'aucun nous serinent qu'il n'y a de morale que sociale et que l'homme n'en a nul besoin sur une île déserte, alors que c'est sur une île déserte, au contraire, qu'il en aurait le plus besoin. Laissez-le claironner, votre Robinson, quand il n'a pas de victimes à sa disposition pour les lui fournir, qu'un rocher est une maison, qu'un tas de sable l'habillera, que la nourriture lui tombera toute rôtie dans le bec et qu'il pourra moissonner demain en consommant aujourd'hui son stock de semences ! La réalité le balaiera de la surface de la terre. Elle lui démontrera que la vie est une valeur qui s'acquiert, et que la faculté de penser est la seule monnaie d'échange assez noble pour cette transaction." (p.1015)

    "Le bonheur ne dépend pas de vos humeurs passagères, ni de la satisfaction de quelque désir irrationnel. Le bonheur est un état de joie sans contradiction -une joie sans mélange, sans culpabilité, qui ne s'oppose à aucune de vos valeurs et n'œuvre pas à votre destruction. C'est la joie que procure l'esprit utilisé à plein régime, et non le plaisir de la fuite ou de la distraction ; c'est la joie de s'épanouir en atteignant des objectifs bien réels, et non le plaisir de jouer la comédie et de travestir la réalité. C'est la joie du créateur, non le plaisir de l'ivrogne. Le bonheur n'est accessible qu'à l'homme rationnel, visant des objectifs rationnels, n'aspirant qu'à des valeurs rationnelles, ne trouvant sa satisfaction que dans des actions rationnelles." (p.1019)

    "Quelle est cette culpabilité que vos maîtres appellent le "péché originel" ? Pourquoi l'homme est-il devenu mauvais quand il a été déchu d'un état supposé de perfection ? Selon la tradition, il a mangé le fruit de l'arbre de la connaissance, acquérant ainsi la faculté de penser, et il est devenu un être rationnel. Cette connaissance, c'est celle du bien et du mal: il est donc devenu un être moral. Il a été condamné à gagner son pain à la sueur de son front: il est donc devenu productif. Il a été condamné à connaître le désir: il a donc pu jouir du plaisir sexuel. Sa condamnation tient ainsi de la raison, de la moralité, de la créativité, du plaisir, toutes valeurs cardinales de son existence. Le mythe de la chute de l'homme n'est donc pas destiné à expliquer et condamner ses vices ; ce ne sont pas ses erreurs que la tradition incrimine, mais bien son essence humaine. Quel qu'ait pu être l'hôte du jardin d'Éden -ce robot oisif incapable de penser, sans valeurs, sans travail et sans amour -ce n'était certainement pas l'homme.
    D'après vos maîtres, la chute de l'homme lui permet de bénéficier des vertus nécessaires à l'existence. Ces vertus, selon leurs critères, constituent son péché. Et le péché dont ils l'accusent, c'est d'être un homme. La faute dont ils l'accusent, c'est de vivre.
    Et ils appellent cela une morale de miséricorde, une doctrine fondée sur l'amour de l'homme.
    Non, prétendent-ils, ce n'est pas que l'homme soit mauvais ; tout le mal vient de ce corps étranger qu'est son enveloppe charnelle. Non, prétendent-ils, il n'est pas question de le tuer, juste de le débarrasser de son enveloppe charnelle. Et pour le soulager de sa souffrance, disent-ils, ils l'ont attaché à un instrument de torture, un chevalet où deux poulies l'écartèlent, un chevalet de la doctrine qui sépare son âme de son corps.
    [...] Deux types de maîtres à penser, qui tirent profit de cette séparation entre le corps et l'esprit, enseignent la morale de la mort: d'un côté, les mystiques de l'esprit, que vous qualifiez de "spiritualistes" ; de l'autre, les mystiques de la force physique, les "matérialistes". Les premiers croient à la conscience sans existence, les seconds à l'existence sans conscience. Mais tous deux exigent la capitulation de votre esprit, les uns devant leurs révélations, les autres devant leurs réflexes. Ils ont beau crier haut et fort qu'ils sont d'irréconciliables antagonistes, leurs codes moraux sont identiques, leurs idéaux également: pour les matérialistes, l'esclavage du corps humain, pour les spiritualistes, la destruction de l'esprit.
    Pour le mystique de l'esprit, le bien, c'est Dieu, un être qui ne se définit que par l'incapacité de l'homme à le concevoir, définition qui nie la conscience humaine et réduit sa conception de l'existence à néant. Non, rétorquent les mystiques de la force physique, le bien, c'est la Société, un organisme atypique, un super-être qui ne s'incarne dans personne en particulier et dans tous le monde en général, sauf vous. L'esprit de l'homme doit être soumis à la volonté de Dieu, disant les spiritualistes. Non, répliquent les matérialistes, l'esprit de l'homme doit être soumis à la volonté de la Société. L'échelle des valeurs humaines est à l'appréciation de Dieu, disent les premiers -un Dieu qui échappe à l'entendement et doit être accepté par un acte de foi. Non, affirment les seconds, l'échelle des valeurs humaines est à l'appréciation de la Société -une société dont les critères échappent à l'homme, contraint de s'y soumettre comme à un absolu, sans aucun droit de juger. Mais dans tous les cas, l'homme n'a plus qu'à devenir un zombie à la recherche d'un objectif dont il ignore tout, pour des raisons qu'il n'a aucun droit de contester. Il sera récompensé outre-tombe, promettent les mystiques de l'esprit. Ses arrière-arrière-petits-enfants seront récompensés plus tard, assurent les mystiques de la force physique.
    Le mal, disent-ils en cœur, c'est l'égoïsme. Alors que le bien, c'est renoncer à ses désirs, se renier, s'oublier soi-même. Le bien, pour l'homme, ce serait donc nier la vie. L'essence même de la morale, la plus haute vertu qui soit, c'est le sacrifice, clament-ils également en cœur.
    Qui que vous soyez, vous qui m'écoutez, si vous êtes une victime, et non un tueur, c'est au chevet de votre esprit moribond que je parle. S'il vous reste un tant soit peu de force pour résister, lutter et vous raccrocher à cette flamme vacillante qui subsiste encore en vous, réagissez. Vite. Leur idée de "sacrifice" vous a détruit. Utilisez vos dernières forces pour comprendre. Vous êtes encore vivant. Tout est encore possible
    ." (p.1023-125)
    -Ayn Rand, La Grève (1957).


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    -Ayn Rand.


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    Johnathan R. Razorback
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    Re: Ayn Rand, Œuvre

    Message par Johnathan R. Razorback le Jeu 16 Fév - 14:35

    "If i had to choose one [of the Founding Fathers], i would say Thomas Jefferson -for the Declaration of Independance, which is probably the greatest document in human history, both philosophically and literarily." (p.1)

    "We are moving rapidly toward the loss of all freedom. This trend need not continue, however ; it can be changed." (p.2)

    "You take it as self-evident that if a society gets more complex, then the government must acquire more functions. But today we are so Advanced technologically that we are sending men into space. The more rational a society, the less it can be ruled by brute force. As a society progresses, the more urgent it is that men must be left free." (p.2)

    "Does the state have a right to interfere with parents who abuse their children ?

    Yes, in a case a demonstrable physical abuse, like beating or starvation. This is an issue of protecting individual rights. Since children cannot protect themselves from physical abuse, and are dépendent upon their parents, the governement can interfere to protect a child's rights -just as it can to prevent an adult from beating up, locking up, or starving another adult. [...] But this does not extend to intellectual issues. The government has no right to interfere in upbringing of the child, which is entirely the responsability and the right of the parent." (p.3)

    "Since all rights rest on human nature, a being that cannot exercice his rights cannot have full human rights." (p.4)

    "Even if the ecologists had some knowledge -which is singularly, eloquently absent- it is still up to them to convince you ; then you can obey them voluntarily. Their Superior knowledge would not give them the right to demand that we all give up our freedom." (p.5)

    "Rome grew great in its period of freedom, as a republic, and collapsed after it changed into an empire, with the growth of government controls (including a welfare state, known by the slogan "bread and circuses"). The growth of taxation and government control destroyed the Roman economy and caused the collapse of Rome, which allowed the barbarians to take over. The same thing is happening today." (p.5)

    "[Force] it's what is done not by persuasion but by physical compulsion. You are forced to do something if the alternative is physical damage: you'll be seized, imprisoned, deprived of property, or killed. In its improper form, force is what is done to you by right, not by a process of objective law, but by might." (p.5)

    "If everyone wanted to exercise his "right" to retaliate by himself, project the chaos of arbitrary whims and total irrationality that would rule the country. You could not have a society, because the honest, rational men would be at the mercy of the first dishonest and irrational man who took force into his own hands. So, a person cannot use force when there is a government that protects him according to objective standarts." (p.6)

    "Does a person have the right to refuse to pay taxes ?

    The moral right, yes. Unfortunately, this political right is not recognized, and he would be penalized too heavily for not paying." (p.7)

    "Do you pay income taxes, and if so, why ?

    Yes, because they are taken from me at gunpoint." (p.Cool

    "But so long as we have a system of taxation to finance the government, those who don't want to pay for defense -if they're honest and have integrity- should leave the country immediately. By what right do you live in this country if you aren't willing to spend money for a primary necessity: protection against military conquest." (p.Cool

    "People should be free to use whatever they please, so long as they don't harm others. No government planner has the right to forbid products for the consumer's own good. Let the consumer decide." (p.9)

    "The ecology movement is a political fraud. In actual cases of pollution, the preventive "force" is public opinion -which is not force but the power of persuasion: people protesting and suing for damages. If physical damage to a city or its air, or to someone's property can be demonstrated, there is recourse is a court a law. [...] Industries should not avoid pollution or save endangered species, however, at the price of massive unemployement and the destruction of an industry." (p.10)

    "If any industrialist manufacturing explosives located his plant too close to homes or schools, and it could be demonstrated that such a factory endangered lives, then he could be ordered by law to relocate. The protection of citizens from physical danger is the proper function of the government." (p.11)

    "Nobody has the right to force a person to do anything for his own good and against his own judgment." (p.13)

    "Prostitution is evil by almost any standart of morality. So long as it isn't forced on anyone, however -so long as a woman chooses to engage in that kind of activity (one shouldn't call it a profession) and some men take advantage of it -that is between them and not the business of society. It is their moral degradation ; but it should not be a legal crime -society has no right to forbid it. The same applies to selling drugs." (p.13-14)

    "All restrictions on drugs should be removed (except, of course, on the sale to minors)." (p.14)

    "Adults should be free to kill themselves in any way they want." (p.14)

    "There can be laws against someone misrepresenting the nature of the drug he is selling -that's what laws against fraud are for." (p.15)

    "Birth control and abortion involve the actions of the agent alone. They do not infringe on anyone's rights." (p.16)

    "The idea of some bitches -and i don't apologize for that- trying to prescribe to all other women what they should do with their lives is disgusting. And they call it a right to life ! The basic principles here are: never sacrifice the living to the nonliving, and never confuse an actuality with a potentiality. An "unborn child", before it's formed, is not a human, it's not a living entity, it has no rights. The woman has rights." (p.17)

    "You have the right of assembly, yes,on your own property, and on the property of your adhérents or your friends. But nobody has the "righ" to clog the streets. The Streets are only for passage." (p.20)

    "The army requires a hierarchy of command, and can't function without total obedience. Freedom of publications could undermine the morale of soldiers. (I'm speaking of a voluntary, not conscripted, army. I oppose the draft as a total violation of rights.)." (p.22-23)

    "Education should be private, and children should go wherever their parents decide to send them." (p.24)

    "Under laissez-faire capitalism, there would be private, competing post offices, private roads, private schools. [...] The government should have no economic functions." (p.26)

    "What do you think man is ? Outside of nature ? A supernatural being ? Of course, man is a natural being and the essential attribute of man's nature is his mind, a faculty that enables him to understand nature and to use it to his own advantage, which is his only way to survival." (p.31-32)

    "In the nineteenth century, there was suddenly an amazing flowering of human talent.
    The two other brief periods similar in quality were ancient Greece and the Renaissance. In both cases, men were relatively free and therefore could exercise their talents openly and independently ; most didn't have to beg for royal sustenance or risk being imprisoned or exiled or executed for their ideas
    ." (p.32)

    "No problem will be solved by means of a mixed economy, with some controls and some freedom. We can't go on forever that way. There is no solution to problems of production -including energy and food- Under a dictatorship or a mixed economy. Either we go back to capitalism, or i hope some of my works survive the next Dark Ages." (p.36)

    "Capitalism, as history shows, raises the general standart of living, and men on all levels of ability are rewarded et get much more than they could get Under any form of statism or tribal rule. If you want to help Africa, teach them the theory of freedom. [...] At the start of the Industrial Revolution, most nations of the world were pretty primitive -perhaps not as undeveloped as Africa, but they were savages in the Middle Ages compared to what we are today. After one century of freedom, under government protection of individual rights and property, you couldn't recognize the nature of the civilization, material prosperity, and undreamed-of talent that suddenly apperead among men. I predict the same would happen in Africa, if there were anyone to teach them what capitalism is. Unfortunately, that's not what we're exporting today ; that's not what we're teaching them. What we're doing is arming them without giving the right ideology to go with those arms: the ideology of freedom and human rights. We're only helping them destroy each other in civil wars, as the more civilized nations of earth are doing as well." (p.37)

    "When currency is not backed by gold, then we are under the power of a government that arbitrality sets the value of money, devaluates the currency, inflates credit, and taxes us indirectly through the manipulation of money (which is more disastrous than direct taxation). The government's power to destroy the objective value and security of currency is precisely what ultimately destroys the economy." (p.40)

    "Businessmen are perhaps more guilty of self-destruction than any other group." (p.41)

    "If men want to organize into a union and bargain collectively with their employer, that is their right, provided they don't force anyone to join, or force their employer to negociate with them." (p.41)

    "[Austrian economists] attempt -von Mises particularly- to substitute economics for philosophy. That cannot be done." (p.43)

    "Do you support capital punishment ?

    Yes and no, from two different perspectives. In principle, a man who has deliberately killed another human (that is, it's first-degree murder) should forfeit his life. Morally, he deserves it. The valid argument against capital punishment comes from the fact that human, including juries, are fallible ; mistakes can be made. It is moral to let ten guilty men go free rather than execute one innocent man. [...] It's better to condemn murderers to jail for life than risk taking the life of an innocent man through a possible miscarriage of justice. Si i'm against capital punishment on epistemological, not moral, grounds." (p.45-46)

    "Every change in practical politics has been preceded by a cultural change -that is, a change in the philosophy dominating the culture." (p.49)

    "Politicians are not the determining factor. They are what public opinion makes them (or what they think public opinion wants). Therefore, before one can engage in politics, one should engage in educational work." (p.51)

    "People have free will." (p.51)

    "Is there someone in politics today about whom you are enthusiastic ?

    No. I wish there were." (p.52)

    "Defend capitalism against religion, which is what destroyed capitalism in the first place." (p.53)

    "Anyone serious about saving the world today must first discard the dominant philosophy of the culture. Stand on you own as much as if you moved to a separate valley, like in Atlas Shrugged." (p.55)

    "You'll have to think harder than you've ever done before, because you will be on your own -relying on your own judgment and the logic of the arguments you hear or consider, rejecting all authorities and all bromides, and taking nothing on faith." (p.56)

    "Religion should be a private matter. The mixture of religion and politics is very ancient and very dangerous." (p.59)

    "Persuasion, reason, argument are not the province of religion. Religion rests on faith -on an acceptance of certain beliefs apart from reason. This is why it must be private." (p.63)

    "If you cant to be a full Objectivist, you cannot reconcile that with religion ; but that doesn't mean religion people cannot be individualists and fight for freedom. They can, and this country is the best proof of it." (p.63)

    "You should vote only so long as you think a candidate has more virtues than flaws. But if you regard both candidates as evil, do not choose a lesser evil." (p.69)

    "Only the right philosophy can save us." (p.73)

    "The end does not justify the means ; you cannot achieve anything good by evil means." (p.74)

    "Why is the lack of government in Galt's Gulch (in Atlas Shrugged) any different from anarchy, which you objet to ?

    Galt's Gulch is not a society ; it's a private estate. It's owned by one man who carefully selected the people admitted. Even then, they had a judge as an arbitrator, if anything came up ; only nothing came up among them, because they shared the same philosophy. But if you had a society in which all shared in one philosophy, but without a government, that would be dreadful. Galt's Gulch probably consisted a about, optimistically, a thousand people who represented the top geniuses of the world. They agreed on Fundamentals, but they would never be in total agreement. They didn't need a government because if they had disagreements, they could resolve them rationally.
    But project a society of millions, in which there is every kind of viewpoint, every kind of brain, every kind of morality -and no government. That's the Middle Ages, your no-government society. Man was left at the mercy of bandits, because without government, every criminally inclined individual resort to force, and every morally inclined individual is helpless. Government is an absolute neccessity if individual rights are to be protected, because you don't leave force at the arbitrary whim of other individuals. Libertarian anarchism is pure whim worship, because what they refuse to recognize is the need of objectivity among men -particularly men of different views. And it's good that people within a nation should have different views, provided we respect each other's rights
    ." (p.75)

    "Rational men are not afraid of government." (p.76)

    "I was against the war in Vietnam, but we are not guilty of any injustice except toward ourselves. We are guilty of colossal, stupid self-sacrifice. We aren't guilty of anything with respect to the Vietnamese. Consider what they and the Cambodians are doing now. Did we, by the standart of justice, have the right to interfere in Vietnam ? When a country doesn't recognize the individual rights of its own citizens, it cannot claim any national or international rights. Therefore, anyone who wants to invade a dictatorship or semi-dictatorship is morally justified in doing so, because he is doing no worse than what that country has accepted as its social system. It is improper to attack a free country, because it recognizes the individual rights of its citizens." (p.91-92)

    "In my view, we should fight fascism and communism when they come to this country. As to fighting abroad, let us send all the military equipment that we can spare (without sacrifice) to any fight for freedom, whether it's against fascism or communism." (p.93)

    "Even the citizens of Soviet Russia -who dit not elect the Communists- keep them in power through passivity." (p.95)

    "Why are the Arab against Israel ? (This is the main reason i support Israel). The Arabs are one of the least developed cultures. They are still pratically nomads. Their culture is primitive, and they resent Isreal because it's the sole beachhead of modern science and civilization on their continent. When you have civilized men fighting savages, you support the civilized men, no matter who they are. Israel is a mixed economy inclined toward socialism. But when it comes to the power of the mind -the development of industry in that wasted desert continent -versus savages who don't want to use their minds, then if one cares about the future of civilization, don't wait for the government to do something." (p.96)

    "Would you comment on the rights of the Palestinians to their homeland ?

    Whatever rights the Palestinians may have had -I don't know the history of the Middle East well enough to know what started the trouble- they have lost all rights to anything: not only to land, but to human intercourse. If they lost land, and in response resorted to terrorism -to the slaughter of innocent citizens- they deserve whatever any commandos everywhere can do to them, and i hope the commandos succeed." (p.97)

    "I don't care to discuss the alleged complaints American Indians have against this country. I believe, with good reason, the most unsympathetic Hollywood portrayal of Indians and what they did to the white man. They had no right to a country merely because they were born here and then acted like savages. The white man did not conquer this country. And you're a racist if you object, because it means you believe than certain men are entitled to something because of their race. You believe that if someone is born in a magnificent country and doesn't know what to do with it, he still has a property right to it. He does not. Since the Indians did not have the concept of property or property rights -they didn't have a settled society, they had predominantly nomadic tribal "cultures"- they didn't have right to the land, and there was no reason for anyone to grant them rights that they had not conceived of and were not using. It's wrong to attack a country that respects (or even tries to respect) individual rights. If you do, you're an agressor and are morally wrong. But if a "country" does not protect rights -if a group of tribesmen are the slaves of their tribal chief- why should you respect the "rights" that they don't have or respect ? The same is true for a dictatorship. The citizens in it have individual rights, but the country has no rights and so anyone has the right to invade it, because rights are not recognized in that country ; and no individual or country can have its cake and eat it too -that is, you can't claim one should respect the "rights" of Indians, when they had no concept of rights and no respect for rights. But let's suppose they were all beautifully innocent savages -which they were not. What were they fighting for, in opposing the white man on this continent ? For their wish to continue a primitive existence ; for their "right" to keep apart of the earth untouched -to keep everybody out so they could live like animals or cavemen. Any European who brought with him an element of civilization has the right to take over this continent, and it's great that some of them did." (p.103-104)

    "I am profoundly antifeminist, because it's a phony movement. To begin with, it's Marxist-Leninist in origin. [...] It wants "independance" for women -government-funded independance, supported by taxes. Extorted from whom ? From men, whose equals they claim to be. But men did not get esthablished in this country with the help of the government. If women want to be equal -and of course, potentially, they are- then they should achieve it on their own, and not as a vicious parasitical pressure group." (p.106)

    "What do you mean by 'selfishness" ?

    I mean the pursuit of one's rational self-interest. I mean that the central purpose of one's life is to achieve one's own happiness, not to sacrifice oneself to others or others to oneself. "Selfishness" means to live by the judgment of one's own mind and to live by one's own productive effort, without forcing anything on others." (p.109)

    "You are not your brother's keeper. You cannot and do not have unchosen obligations ; you're responsible for your own actions. You would be responsible for any harm you do to other people. You would be held responsible for any relationship that you enter into voluntarily, for any contract that you break unilaterally. You would have to stand by your word. You would have no right to pass on to others the burden or conséquences of your mistakes or failures or whims. In other words, you cannot make other men your victims, and you need not be their victim.
    Any help you might want to give others would be your private privilege, but not your moral -and certainly not your legal- duty. If you want to help others, fine, so long as you can afford it, so long as it's your voluntary choice, and so long as you do not claim it as a major virtue or duty. It is good to help others only when you help them on the grounds of the value you see in them. If you see a talented man struggling, and you want to help him financially (and you can afford it), that's not a sacrifice, and would be a good gesture, under my morality. But it's not good to help someone who is suffering as a result of his own evil. If you help him, you are sanctionning his immorality, which is evil
    ." (p.110-111)

    "I honor the men who died fighting for freedom in the past, and i honor them when i say i hope they died for the own freedom. Because we profited from their actions, we should appreciate what they did ; but it was not their duty to be martyrs for us." (p.113)

    "Suppose someone lives in a dictatorship, and needs a disguise to escape. If he doesn't get one, the Gestapo or GPU will arrest him. So he must kill an innocent bystander to get a coat. In such a case, morality cannot say what to do.
    Under a dictatorship -Under force- there is no such thing as morality. Morality ends where a gun begins. Personally, i would say the man is immoral if he takes an innocent life. But formally, as a moral philosopher, i'd say that in such emergency situations, no one could prescribe what actions is appropriate. That's my answer to all lifeboat questions. Moral rules cannot be prescribed for these situations, because only life is the basis on which to establish a moral code. Whatever a man chooses in such cases is right -subjectively. Two men could make opposite choices. I don't think i could kill an innocent bystander if my life was in danger ; i think i could kill ten if my husband's life was in danger. But such situations could happen only under a dictatorship, which is one reason not to live under one
    ." (p.114)

    "Reason involves knowing the nature and the conséquences of your actions, and of knowing where your rational self-interest lies. Reason does not mean you can arbitrary decide that whatever you want is in your self-interest. [...]
    Reason demands the recognition of human rights. Morality is not based on whim, categorical imperative, or revelation. It's based on the simple fact that man exists by means of his mind. Anything man wants or needs must be produced ; man must possess knowledge in order to produce it ; reason provides that knowledge. Once you know that, if you then decide you don't want to exist by means of reason and production, but by means of muscle instead -since you're physically strong, you prefer to rob or ensclave somebody else- you are contradicting the only base on which you could have any justification for your existence. You are guilty of the most irrationnal contradiction. The only grounds on which you can claim the right to your own life are the same grounds that support the right to life of every human. [...]
    Moreover, a man of self-esteem does not want the unearned: he doesn't want anything from others that he must obtain by coercion -by crime or by government force and regulation. Such a man deals with other men as an equal, by trade. Further, a man of reason plans his life long range. The psychological distinction between a rational man and an evader is that a rational man thinks, plans, and acts long rang, while the more neurotic and evasive a person is, the sorter the range of his interests. The playboy or drunkard -the pleasure chaser unable to look beyond the range of the moment- is an irrational neurotic. But no rational person would decide that it's in his self-interest to rob and murder, because he knows that others will and should answer him by the same means
    ." (p.115)

    "Rationally selfish people do not start wars." (p.115-116)

    "I disagree with [Nietzsche] emphatically on all fundamentals. Judge a philosopher by the fundamentals of his philosophy -namely, his metaphysics and epistemology. Nietzsche was a subjectivist and an irrationalist. Existentialism claims him as an ancestor, with a great deal of justice." (p.117)

    "It is certainly my rational self-interest to live in a free society and not in a dictatorship. Therefore, i work to reform society primarily for myself, and secondarily for those i value. What i do will also benefit mankind -that's the consequence of every rational achievement- but that is not my purpose. ." (p.120)

    "The right of a living human being comes above any potential human being. I never equate the potential with the actual. Moreover, if you argue, that a potential human is entitled to life, then we are all murderers every moment we're not in bed trying to reproduce." (p.125-126)

    "The fact that something will make a parent or friend unhappy is no reason to lie to them." (p.130)

    "There is nothing wrong in using my ideas, provided you give me credit. You can make any mixture of ideas that you want ; the contradiction will be yours." (p.131)

    "Objectivism [...] is an atheistic philosophy." (p.131)

    "As a principle of romantic love, a single, lifelong romance is not the only appropriate romantic relationship. That is the ideal. If a couple achieve that, they are extremely Lucky, and have good premises ; one can't make that the norm.
    The standard of romantic love is the seriousness of the feeling and the values it is based on
    ." (p.137)

    "Nobody forms an abstraction from just one concrete. You need at least two of something." (p.140)

    "The archvillain in the history of philosophy: Immanuel Kant." (p.147)

    "Besides Aristotle and Ayn Rand, have any other philosophers identified important philosophic truths ?

    Yes, Thomas Aquinas. He brought the philosophy of Aristotle back to Europe, at the end of the Middle Ages. He was the intellectual father of the Renaissance. He was valuable in clarifying and developing many Aristotelian ideas. But he was a monk. At that time, you could not be a thinker if you weren't religious. There's even a suspicion that he wasn't religious (though historically, that's not known). He wrote on philosophy and religion, and he attempted to reconcile the two. This unleashed philosophy from religion and so in time, of course, philosophy won, because he was Aristotelian -an advocate of reason. He was not a mystic, but you still can take only only half of him as a value: the secular, Aristotelian part. [...]
    In a sense, there's only one philosopher: Aristotle. He made some errors -he couldn't be omniscient- but he covered all the essentials. Some lesser truths were identified by philosophers of less value. For instance, John Locke did some valuable thinking, based on Aristotle, in politics. He was the teacher of the Founding Fathers. But this is only politics ; in metaphysics and epistemology, Locke was disatrous. He departed from Aristotle and denied that we can perceive reality. In this respect, he opened the gate to a lot of trouble from modern philosophers
    ." (p.149)

    "We don't have a choice about our own nature [...] but about our action." (p.152-153)

    "I recommend Kant's Critique of Pure Reason. Read it and observe how often Kant rewrites reality." (p.153)

    "I deny the existence of any reason-emotion dichotomy. To state my position briefly, emotions are the production of your thinking or your evasions ; they are the result of your rational-facultry, and are created by you either consciously or subconsciously." (p.160)

    "There's only one philosopher whose influence i admit -and proudly- and that is Aristotle." (p.163)

    "Aristotle and even Plato are significant today: Marx is not. He is significant politically, but not philosophically. He's a footnote to Hegel." (p.167)

    "Art is the re-creation of reality according to one's values." (p.181)

    "My school of writing is romantic realism: "romantic" in that I present man as he ought to be ; "realistic" in that I place men here and now on this earth, in terms applicable to every rational reader who shares these values and wants to apply them to himself. It's realistic in that it's possible to man and applies to this earth ; it's romantic in that it projects man and values as they ought to be, not as stastical averages.
    The writer I consider my closest ancestor literarily is Victor Hugo. He is a romantic writer who presented values as they apply to human life. He's one of the few who [...] wrote a great novel in contemporary terms,
    Les Misérables. Offhand i can't think of another romantic novel presented in realistic terms." (p.188)

    "All the arts suffer from a lack of valid and objective esthetics." (p.224)

    "Values, including beauty, have to be judged as objective, not subjective or instrinsic." (p.227)
    -Ayn Rand, Answers, New American Library, 2005, 241 pages.


    _________________
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    -Ayn Rand.


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    Johnathan R. Razorback
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    Re: Ayn Rand, Œuvre

    Message par Johnathan R. Razorback le Jeu 20 Juil - 19:33

    "When a man, a business corporation or an entire society is approaching bankruptcy, there are two courses that those involded can follow: they can evade the reality of their situation and act on a frantic, blind, range-of-the-moment expdiency -not daring to look ahead, wishing no one would name the truth, yet desperately hoping that something will save them somehow- or they can identify the situation, check their premises, discover their hidden assets and start rebuilding." (p.3)

    "In any given period of history, a culture is to be judged by its dominant philosophy, by the prevalent trend of its intellectual life as expressed in morality, in politics, in economics, in art." (p.3)

    "If we look at modern intellectuals, we are confronted with the grotesque spectacle of such characteristics as militant uncertainty, crusading cynicism, dogmatic agnosticism, boastful self-abasement and self-righteous depravity -in an atmosphere of guilt, of panic, of despair, of boredom and of all(pervasive evasion." (p.4)

    "There were no professional intellectuals in the Middle Ages, there were only monks in monasteries. In the post-Renaissance era, prior to the birth of capitalism, the men of the intellect -the philosophers, the teachers, the writers, the early scientists- were men without a profession, that is: without a socially recognized position, without a market, without a means of earning a livelihood. Intellectual pursuits had to depend on the accident of inherited wealth or on the favor and financial support of some wealthy protector. And wealth was not earned on an open market, either ; wealth was acquired by conquest, by force, by political power, or by the favor of those who held political power. Tradesmen were more vulnerably and precariously dependent on favor than the intellectuals.
    The professional businessman and the professional intellectual came into existence together, as brothers born of the industrial revolution. Both are the sons of capitalism -and if they perish, they will perish together. The tragic irony will be that they will have destroyed each other ; and the major share of the guilt will belong to the intellectual.
    " (p.6-7)

    "To integrate perceptions into conceptions by a process of abstraction, is a feat that man alone has the power to perform -and he has to perform it by choice." (p.Cool

    "The preconceptual level of consciousness is nonvolitional ; volition begins with the first syllogism." (p.Cool

    "Man survives by adjusting his background to himself." (p.9)

    " "Nature, to be commanded, must be obeyed." " (p.9)

    "There is only one means of survival for those who do not choose to conquer nature: to conquer those who do." (p.9)

    "Morality is a code of values to guide man's own life and mind." (p.12)

    "The producers, so far, have been the forgotten men of history." (p.16)

    "The prelude to the entrance of the producer on the historical scene, was the birth of philosophy in ancient Greece. All earlier cultures had been ruled, not by reason, but by mysticism." (p.17)

    "Aristotle's philosophy was the intellect's Declaration of Independance. Aristotle, the father of logic, should be given the title of the world's first intellectual, in the purest and noblest sense of that word. No matter what remnants of Platonism did exist in Aristotle's system, his incomparable achievement lay in the fact that he defined the basic principles of a rational view of existence and of man's consciousness: that there is only one reality, the one which man perceives -that it exists as an objective absolute (which means: independently of the consciousness, the wishes or the feeling of any perceiver) -that the task of man's consciousness is to perceive, not to create, reality -that abstractions are man's method of integrating his sensory material -that man's mind is his only tool of knowledge -that A is A.
    If we consider the fact that to this day everything that make us civilized beings, every rational value that we possess -including the birth of science, the industrial revolution, the creation of the United States, even the structure of our language- us the result of Aristotle's influence, of the degree to which, explicitly or implicitly, men accepted his epistemological principles, we would have to say: never have so many owed so much to one man
    ." (p.17-18)

    "The Renaissance -the rebirth of man's mind." (p.19)

    "The industrial revolution completed the task of the Renaissance [...] For the first time in history, men gained control over physical nature and threw off the control of men over men -that is: men discovered science and political freedom." (p.20)

    "The events of any given period of history are the result of the thinking of the preceding period." (p.24)

    "From the start of the post-Renaissance period, philosophy -released from its bondage as handmaiden of theology- went seeking a new form of servitude, like a frightened slave, broken in spirit, who recoils from the responsability of freedrom. Descartes set the direction of the retreat [...] While promising a philosophical system as rational, demonstrable and scientific as mathematics, Descartes began with the basic epistemological premise of every Witch Doctor (a premise he shared explicitly with Augustine): "the prior certainty of consciousness", the belief that the existence of an external world is not self-evident, but must be proved by deduction from the contents of one's consciousness -which means: the concept of consciousness as some facultry other than the facultry of perception -which means: the indiscriminate contents of one's consciousness as the irreductible primacy and absolute, to which reality has to conform. What followed was the grotesquely tragic spectacle of philosophers struggling to prove the existence of an external world." (p.25)

    "If it were possible for an animal to describe the content of his consciousness, the result would be a transcript of Hume's philosophy. Hume's conclusions would be the conclusions of a consciousness limited to the perceptual level of awareness, passively reacting to the experience of immediate concretes, with no capacity to form abstractions, to integrate perceptions into concepts, waiting in vain for the appearance of an object labeled "causality" (except that such a consciousness would not be able to draw conclusions)." (p.26)

    "Those who claimed that man obtains his knowledge of the world by deducing it exclusively from concepts, which come from inside his head and are not derived from the perception of physical facts (the Rationalists) -and those who claimed that man obtains his knowledge from experience, which was held to mean: by direct perception of immediate facts, with no recourse to concepts (the Empiricists)." (p.27)

    "Kant's expressly stated purpose was to save the morality of self-abnegation and self-sacrifice." (p.27)

    "An action is moral, said Kant, only if one has no desire to perform it, but performs it out of a sense of duty and derives no benefit from it of any sort, neither material nor spiritual ; a benefit destroys the moral value of an action." (p.29)

    "If one finds the present state of the world unintelligible and inexplicable, one can begin to understand it by realizing that the dominant intellectual influence today is still Kant's -and that all the leading modern schools of philosophy are derived from a Kantian base." (p.29)

    "The great treason of the philosophers was that they never stepped out of the Middle Ages." (p.32)

    "Nietzsche's rebellion against altruism consisted of replacing the sacrifice of oneself to others by the sacrifice of others to oneself." (p.34)

    "The businessman asked for proof and expected things to make sense -an expectation that kicked the intellectuals into the category of the unemployed. They had nothing to offer to a man who did not buy any shares of any version of the "noumenal" world." (p.39)

    "The escape from the conceptual level of consciousness, the progressive contraction of man's vision down to Attila's range, has now reached its ultimate climax. Withdrawing from reality and responsability, the neo-mystics proclaim that no entities exist, only relationships, and that one may study relationship without anything to relate." (p.43)

    "System-building -the integration of knowledge into a coherent sum and a consistent view of reality- is denounced by all the Attila-ists as irrational, mystical and unscientific. [...]
    No consciousness can accept disintegration as a normal and permanent state. Science was born as result and consequence of philosophy ; it cannot survive without a philosophical (particularly epistemological) base. If philosophy perishes, science will be next to go
    ." (p.43)

    "The injunction "don't judge" is the ultimate climax of the altruist morality which, today, can be seen in its naked essence. When men plead for forgiveness, for the nameless, cosmic forgiveness of an unconfessed evil, when they react with instantaneous compassion to any guilt, to the perpetrators of any atrocity, while turning away indifferently from the bleeding bodies of the victims and the innocent -one may see the actual purpose, motive and psychological appeal of the altruist code. When these same compassionate men turn with snarling hatred upon anyone who pronounces moral judgments, when they scream that the only evil is the determination to fight against evil -one may see the kind of moral blank check that the altruist morality hands out." (p.43-44)

    "To oppose anything, one needs a firm set of principles, which means: a philosophy." (p.45)

    "The present state of the world is not the proof of philosophy's impotence, but the proof of philosophy's power. It is philosophy that has brought men to this state -it is only philosophy that can lead them out." (p.50)

    "The new radicals are the fighters for capitalism." (p.55)

    "No discussion, co-opreation, agreement or understanding is possible among men who subsitute emotion for proof." (p.56)

    "Let no man posture as an advocate of peace if he proposes or supports any social system that initiates the use of physical force against individual men, in any form whatever. Let no man posture as an advocate of freedom if he claims the right to establish his version of a good society where individual dissenters are to be suppressed by means of physical force. Let no man posture as an intellectual if he proposes to elevate a thug into the position of final authority over the intellect -or if he equates the power of physical compulsion with the power of persuasion- or if he equates the power of muscles with the power of ideas.
    No advocate of reason can claim the right to force his ideas on others. No advocate of the free mind can claim the right to force the minds of others.
    " (p.57)
    -Ayn Rand, For the new intellectual, Signet, 1963 (1961 pour la première édition américaine), 216 pages.


    _________________
    «You'll have to think harder than you've ever done before, because you will be on your own -relying on your own judgment and the logic of the arguments you hear or consider, rejecting all authorities and all bromides, and taking nothing on faith. »  
    -Ayn Rand.



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